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Full text of "Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection de toutes les relations de voyages par mer et par terre, qui ont été publiées jusqu'à présent dans les différentes langues de toutes les nations connues [microforme] : contenant ce qu'il y a de plus remarquable, de plus utile, & de mieux avéré, dans les pays où les voyageurs ont pénétré, touchant leur situation, leur étendue, leurs limites ... : avec les moeurs et les usages des habitans ... : pour former un systême complet d'histoire et de géographie moderne, qui représentera l'état actuel de toutes les nations : enrichie de cartes géographiques nouvellement composé es sur les observations les plus autentiques ; de plans et de perspectives, de figures d'animaux, de végétaux, habits, antiquitez, &c"

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GES, 
E COLLECTION 
DE TOUTES LES RELATIONS DE VOTAGES 


PAR MER ET PARTERRE, 


QUI ONT ÉTÉ PUBLIÉES JUSQU'À PRÉSENT DANS LES DIFFÉRENTES 
LANGUES DE TOUTES LES NATIONS CONNUES: 


CONTENANT 


Ce qu'il y a de plus remarquable , de plus utile, €$ de mieux avéré, dans les Pays où les 
Voyageurs ont pénétré, 


Touchant leur Situation, leur Etendue, leurs Limites, leurs Divifions , leur 
Climat , leur Terroir, leurs Produétions , leurs Lacs , leurs Rivières, 
leurs Montagnes, leurs Mines , leurs Citez & leurs principales 
Villes, leurs Ports, leurs Rades, leurs Edifices, &c. 


AVEC LES MOEURS ET LES USAGES DES HABITANS, 
LEUR RELIGION, LEUR GOUVERNEMENT , LEURS ARTS ET LEURS 
SCIENCES, LEUR COMMERCE ET LEURS MANUFACTURES ; 


POUR FORMER UN SYSTÈME COMPLET D'HISTOIRE ET 
DE GEOGRAPHIE MODERNE, QUI REPRESENTERA 


! 
LETAT ACTUEL DE TOUTES LES NATIONS: 
ENRICHIE DE CARTES GÉOGRAPHIQUES 
Nouvellement compofées fur les Obfervations les plus autentiques ; 


pe PLANS, er, pe PERSPECTIVES; pe FIGURES D'ANIMAUX, 
DE VEGETAUX,HABITS, ANTIQUITEZ, &c. 


NOUVELLE EDITION, 


Revue Jur l'Original Anglois, € où l'on a non-feulement rétabli avec foin ce qui a été fup- 
prime ou omis par le Traduêteur ; éxaltement difiingué fes Additions du Refte de l'Ou- 
vrage; €S corrigé les Endroits où il s'eft écarté du vrai Sens de fon Auteur ; 


Mais même dont les Figures & les Cartes ont été gravées par & fous la Direétion 
de J. vanper ScuLev, Elève diftingué ducélèbre PicarT LE ROMAIN. 


T O0 M E S E C OQ N D. 
D. 2 
A LA ESSAYE, 


Ch PIERRE DE HO ND T, 
M DCC KLVIZ 


Avec Privilege de Sa Majefté Imperiale. 
de Nos Seigneurs les Etats de Hollande €? de efifrife. 


avoue 
digne 
progr 
(°) des 


auroié 


| LETTRE 
| M. B E L L I N, 


INGÉNIEUR DE LA MARINE, 


A 


M L’ABBÉPREVOST. 


MONSIEUR, 


MSOICI des Epreuves de toutes les Cartes qui doi- 
vent entrer dans le fecond Volume de votre Re- 
cueil des Voyages. Quoique j’aye employé tous 
Ÿ mes foins pour répondre à l’'emprefflement que 
2 UN "AUS Ze Public a marqué pour cet Ouvrage, je n’6[e- 
4 CAD rois affürer qu'il ne me foit échappé quelquecho- 
"fe; Eÿ je crains, malgré toute ma bonne volonté, de ne pas fatis- 
+ faire affez parfaitement aux engagemens que vous m'avez fait preu- 
| dre dans la Préface de votre premier Volume. Cependant je vous 
avouerai que j'ai fait tous mes efforts pour n’étre pas tout-a-fait in- 
M digne de la façon dont vous vous exprimez fur mon zèle pour le 
progrès d'une Science que je cultive dès ma première jeuneffe , avec 
D (*)des/ecours que perfonne n'aeus jufqw’ici, Eÿ qui en d’autres mains 
M auroient fans doute un fuccès plus brillant que dans les miennes. 
N Vous /érez peut-être furpris que je n’aye pas toûjours fuivi 
4 
; 


les 
(*) Le Dépôt des Cartes, Plans € Fournaux de la Marine. 


* 0 


IV LETTRE pr M BELLIN, 


les Cartes & les Plans que les Auteurs Anglois nous ont donnés 
pour ce fècond Volume ; mais je ne leur ai pas trouvé l'éxaétitude 
nécoffaire. [me paroit qu'ils ont pris de côté &ÿ d'autre fans beau- 
coup de choix , € que leur critique s’eft bornée à la narration. Ils 
n'ont pas même remarqué qu'il leur manquoit beaucoup de Cartes 
pour Pintelligence de leur Collection ,&? qu’il étoit impoflible , avec 
celles qu’ils donnoient , de füivre les Navigateurs dans toutes les Par- 
ties de leurs Poyages ; que ces Cartes étoient mal diflribuées , & 
fatiguoient un Leéleur attentif qui veut tout avoir fous fes yeux. 

CES défauts fe remarquent ai[ément dans le premier Volume. 
Mais il n’a pas été pofible d’y remédier affez promptement. Cette 
entreprifè me demandoit un tems qui auroit empêché le Libraire 
de fatisfaire aux engagemens qu’il venoit de prendre avec le Public : 
mais comme vous fpavez auf]i-bien que moi qu'il n’épargne rien de 
tout ce qui peut contribuer a la perfetlion de l'Ouvrage, je fuis 
convenu avec lui de donner un Supplément de Cartes pour le pre- 
mier Volume, qui feront finies Ed délivrées au mois de Décembre 
prochain avec le troifième Volume. 

PARMI ces Cartes,on en trouvera une générale de tout ? U- 
nivers, qui m°a paru abfolument effentielle dans un pareil Recueil. 
Cette Carte ne fera pas une Mappemonde telle qu'onnous les pré- 
fente ordinairement. Cette Projeclion circulaire embarraffe &? les 
yeux éÿ l’efhrit du plus grand nombre, &? ne leur permet pas de 
comparer les grandeurs €ÿ les diflances des diverfes Parties de la 
Terre € des Mers. Te me fervirai de la Projection ufitée pour 
nos Cartes marines, qui repréfènte les Méridiens € les Paralleles 
par des lignes droites ,en faifant du Globe de la Terre un Cylin- 
dre, qui devient alorsune furface plane, dont le développement ne 
préfente aux yeux de tout le monde qu'une Carte femblable à celles 
auxquelles on ef} accoutumé € d'un ufage facile ,tant pour fuivre 
les Fournaux des Navigateurs, &? pointer fur la Carte les mêmes 
routes qu’ils ont faites à la mer, que pour marquer celles qu'il 
convient de faire pour toutes les Parties connues de notre Globe. 

À Pégardde Pordre dans lequel les Cartes du premier Volume 

Jont difiribuées, & dont je ne fuis pas content, je Jens re ne 
éroit 


ont donnés 
P'éxaélitude 
e fans beau- 
ration, Îls 
b de Cartes 
ofible , avec 
tes les Par- 
ribuées, E? 
us fes yeux, 
y Volume. 
ent. Cette 
e Libraire 
le Public : 
rne rien de 
e, je füis 
ur le pre- 
Décembre 


» tout PU- 
il Recueil. 
us les pré- 
affe E? Les 
net pas de 
rties de la 
fitée pour 
Paralleles 
un Cylin- 
bement ne 
le à celles 
ur fuivre 
les mêmes 
elles qu'il 
re Globe. 
r ’olume 
s qu'il ne 

Jeroit 


A M. LABBE’' PREVOST, V 


feroit guères poffible d'y remédier, fs l’on vouloit fuivre dans la 
difiribution des Cartes le cours biflorique du Recueil ; car on trou- 
ve différens Voyages > en différens temrs pour les mêmes Parties 
du monde, ce qui met le Leéleur dans la néceffité de revenir aux 
mêmes Cartes. Ainfi dans quelque endroit qu'on les plaçät par 
préférence, on trouveroit qu’elles manquent dans d’autres, où 
elles font auffi néceffaires. 

ON ne peut eviter cet inconvenient, qu’en retirant toutes les 
Cartes Géographiques (E? c’efl le confeil que je donne a mes amis) 
dont on formera un Volume féparé, qui aura l'avantage d'offrir 
un corps de Géographie affez fingulier &? curieux, d'autant que 
dans la fuite je puis donner des morceaux qui ne font pas communs. 
I] fera aifé d'y arranger toutes les Parties de D tes en proche, 
au moyen de la Cartegénérale dont nous venons de parler. Nous fe- 
rons plus; nous donnerons à la fin de Ouvrage une Lifle de tou- 
tes les Cartes, dans l’ordre qu’on les dit ranger, € l’on Len 
un Frontifhice convenable pour un tel Volume. C’eft-là l'unique 
moyen de lever toute difficulté fur la manière d'arranger Eÿ dis- 
tribuer les Cartes ; mais il eff indifpenfable de continuer à les 
mettre dans chaque Polume qui paroîtra, en y apportant le plus 
Pordre qu’il jèra poffible (a). 

VoiLA, Monfieur ,les obfervations dont j'ai cru devoir vous 
faire part, pour répondre à la confiance que vous avez eue en 
moi, en me chargeant de la Parti: Géographique de votre Ou- 
vrage, € je ne ferois pas fâché g.. :# Publicen eut connoiffance. 

ÎL ne me refle plus qu’à vous prier de faire quelque attention 
aux additions € aux changemens que j'ai faits dans les Cartes 
deflinces pour ce fècond Volume. | 

1°. JAI fait cinq Cartes de parties affez confidérables , €? qui 
manquoient dans la Colletlion Angloife; la première contient le 
Golfe de Bengale, C’efl-a-dire ,PIfle de Ceylan, les Côtes de Co- 

| romande), 


(a) Par la même raifon, quelques Figu-  renvoyées à l'Hiftoire Naturelle de chaque 
res particulières d' Animaux €ÿ de Plantes, Région ,où tout ce qui appartient à la Phy- 
qui Je trouvoient difperfées fans ordre à l'uc- Jique eft recueilli, fuivant la méthode an- 
cafon de quelque incident pafJager , Jin noncée dans les Priflees 


3 


VI LETTREDE M BELLIN 


romandel, de Golconde , d'Orixa ,de Bengale, d Aracan, d' Ava, 
de Pegu ; celles de Tenafferim , €? de Queda, jujqu’à la prefqu’ fe 
de Malaca, avec la partie féptentrionale de Sumatra, &? les Ifles 
qui en font au Nord. La feconde comprend les Ifles de Sumatra, 
Java, Borneo; les Détroits de la Sonde &ÿ de Banca, celui de 
Malaca &? fa prefqu'Ifle, avec le Golfe de Siam. Cette Carte ef 
extrémement néceffaire pt lintelligence de plufieurs Voyages 
fr pis dans ce fécond Volume. La troifième contient les Côtes 
de la Cochinchine, celles de Tunquin, & partie de celles de la 
Chine jufjqu’a Canton. La quatrième comprend la fuite des Côtes 
de la Chine, la Corée &? les Lfles du Japon. La cinquiéme renfer- 
me les Ifles Philippines, les Moluques, PIfle Célèbes ,&ÿc. Tai 
dreffé ces Cartes avec tout le foin poflible: les latitudes &? les lon- 
gitudes de beaucoup d'endroits font déterminées par des obferva. 
tions affronomiques; &ÿ lorfquw’elles me manquoient, les remar- 
ques des plus babiles Navigateurs m'ont fervi de guide pour ne 
me point égarer dans la ru » le gifflement 9 les différen- 
ces de ce grand nombre d'Ifles. 

CES cinq Cartes , avec les fept que les Anglois ont mifès dans 
le premier Lolume , © qui font tirées des Cartes pre A AE 
que j'ai dreffées depuis quelques années pour le fervice des V asf- 
feaux du Roi, forment une fuite de Côtes depuis le Détroit de G:i- 
braltar jufqu’aux Parties les plus Orientales de l Aie ; au moyen 
de laquelle 1l fera facile de furvre les Voyageurs dans les divers 


Pays qu'ils ont parcourus, © pour rendre cette fuite complete, : 


nous joindrons une Carte des Côtes depuis le Nord de l’Europe juf 

qu'au Détroit de Gibraltar. 
2°. J'AI deffé une Carte des Ifles Canaries. Si vous la com- 
parez avec toutes celles qui ont paru , vous ferez étonné des erreurs 
dans lefquelles leurs Auteurs font tombés. Ils n'ont pas placé ces 
les dans leurs latitudes. On ne trouve aucune vérité dans les 
diflances © les gifemens. Les contours © la grandeur des Ifles 
Sont fans aucunes proportions. En voict quelques exemples, Ces 
Cartes placent l'Ifle Canarie Eft & Ouef, avec PIfle Fortavan- 
ture, au lieu qw'elles giflent Nord-Eft © Sud-Ouef! ; F ee 5 
omère 


; A _ , 
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celui de 
Carte ef 
Voyages 
les Côtes 
Îles de la 
des Côtes 
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. Ces 
Latan- 
alme 


omère 


f 


il: 


A M. L’ABBE’ PREVOST. vit 


ère à 14 heuës l’une de l'autre, au lien de 8 à 9 lieuts au 
pur Sainte Croix dans l’Ifle de T'énérife, € la Gate dans l’Ifle 
de Canarie, Nord-Ouefl quart de Nord, © Sud-Ef? quart de 
Sud, à 16 lieuës de diflance ; au lieu que les relevemens faits par 
des Navigateurs à la vie de ces deux lieux, donnent 10 lieuës de 
diflance de l'un à l'autre, © leur giffement Sud-Eff © Nord- 
Gael Te ne finiross pot fi je vouloss entrer dans la dijiuffion de 
tous les points. C’efl des Journaux de dr qui font au Dé- 
pôt de L Marine, tant des V'aiffeaux du Ros, que de ceux de 
la Compagnie des Indes, que j'ai tiré le nombre prodigieux de 
remarques néce[faires pour conflater ma Carte, € me donner la 
bardiefe de m + salé de tous ceux qui m'ont précédé dans 
ce genre de travai Ne 
3°. JA1 donné une Carte particulière de PIfle-de Ténérife, 
toute différente de celle des Anglois , qui n’efl qu'un morceautrès- 
informe, © duquel on ne peut tirer aucune lumière , tant pour la 
grandeur, que pour la forme de cette Ifle. Les Bayes &ÿ la con- 
figuration des Cotes y font fans aucunes proportions , de même que le 
Pie € les autres Montagnes de l'Ifle. Pour en étre convaincu, 1l 
Suffit de remarquer qu'us n’y ont misni Graduation ni Echelle. 
ILs ont traité de même l'Ifle de Madère, T'en ai fait auffi 
une petite Carte, où j'a tâché de dar toutes les connos[jan- 
ces que l'on en a. D) at ajoûté l'Îfle de Porto-Santo, que les 
Angloss avotent oublié ; £ÿ j'ai donné aux Ifles Défertes la gran- 
deur € la pofition qui leur convient. | 
4°. JAI fait beaucoup de correëtions €? de changemens à la 
Carte des Îfles du Cap-V'erd, &? à prefque toutes les drverfes Par- 
tres de la Côte Occidentale d'Afrique. 
5°. J'AI refar en entier la Carte du cours du Sénégal que les 
ÆAngloss ont tirée de ce qui en a été publié par le Père Labat, 
mass qu'ils n'avoient pas bien éxécutée. Ÿy ai ajohté des degrés de 
latitude & de longitude pour plus de précifion, & j'ai retranché 
des Plans particuliers, pour les placer ailleurs. Les Anglois en 
avotent chargé la même Carte, ce qui faifoit une efpèce de confu- 
Jion qu’on ne fjauroit trop éviter en Géographie. er 
7, J'AT 


VIII LETTRE pe M. BELLIN. 


6. J'Ax donné une petite Carte de l'Ifle d'Argum © de le 
Côte vosfine, avec un détail affez précis des bancs de fable &# des 
Sonds qui l'environnent, 

D. J'AI donné un Plan de la Ville &ÿ du qe de S, Ja- 
go, ou Ribeiro Grande, Capitale des Ifles du Cap-l'erd, qua 
été levée fur les lieux par un Ingénieur François ; E? je le mets 
sci avec d'autant plus de plaifir, que les Anglois ont donné une 
mauvaife petite Vie ou Plan de la Rade ns) Ville de S. Tage, 
qu'ils ont tiré des Voyages de Darnpierre, &? que j'ai laiffé jub- 
fer , pour que l'on puiffe faire la comparaïfon ES je convaincre de la 
néceffité où nous nous trouvons de ne les pas copier aveuglément, 

8°, Y: 1 donné un Plan de l Ifle de Gorée &? de fes fortificas 
tions. On peus y avoir quelque confiance. Il m'a étécommun: 
par Meffieurs les Direéteurs de la Compagnie des Indes, On le 
trouvera différent de celui que les Angloss ont donné, que j'ai 
laiffé fubfifer dans le même efprit de comparaifon dont je viens de 
parler, Ÿ'ai ajoûté à mon Plan, les détails de la Mer, c’eft-a- 
dire, les Sondes 6? les Mouillages , qui font autour de P'Ifle. 

JE pourrois pouffer ce détail beaucoup plus lois , mais ceci 
me paroit fuffifant pour prouver que je tâche d'entrer dans vos 
vées, 6 que je n’épargne ni travail ns foins pour approcher de ce 
degré de perfeétion fi defirable, &ÿ dont je fens que je fuis encore 
for 4 é loigné, . 


HISTOIRE M 


& de la 
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ISTOIRE 


G E N EE R A LE 


DES VOYAGES 


DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XVe. SIÉCLE, 
| SECONDE PARTIE. 


à LIVRE TROISIÈME. 
Î GEL ec EI LES RE EL MERE Eh GED x ED x RE EL x UD 


De : 


_ 


PREMIERS VOYAGES DES ANGLOIS AUX IN- 
DES ORIENTALES,ENTREPRIS PAR UNE 
COMPAGNIE DE MARCHANDS. 


CHAPITRE PREMIER. 
Voyage du Capitaine James Lancafter en 1601. (a). 
ç LI. 


ML toit tems pour les Anglois de recueillir le fruit de tant 
M de dépenfes extraordinaires & de périlleufes entreprifes. 
CR [La Relation de Davis, qui fut publiée immédiatement a- 
ER près fon retour, ne laiflant plus de lumières à defirer, & 
ER devenant un nouveau motif pour les mettre en ufa co] il 
MCE fe forma aufli-tôt une puiflante Société de Marchands, fous 
de nom de Compagnie des Indes Orientales, avec tous les a- 
vantages qu’elle pouvoit en efpérer de la proteétion de la Cour, & de l’ex- 
périence 

par divers paflages que celui qui l'a écrite a été à 
bord de l'Amiral; & c'eft-là tout ce qu'on en fait. 


(a) La relation de ce Voyage fe trouve dans 
Purchef] ‘sPilgrims, Vol.I. pag. 147. Hparoît 
IL, Part, 


LaNcasTen, 
1601. 


Nouvelles 
idées des An- 
glois & leurs 
préparatits, 


» VOYAGES DES ANGLOIS AUX L 


Lancasren,  périence de fes propres Chefs. Elle donna ce titre 4 Lancafter & à Davis. 
1601. e premier, qui avoit fait le Voyage de l'Inde en 1591, avec les circon- 
ftances qu'on a vû dans fa propre Relation, fut choili pour premier Capi- 
taine, ou pour Amiral de la Flotte qu’on fe hâta de faire équiper. Davis, 4 
Lettres pa- LAS rempli des idées qu'il venoit de publier , & fur lefquelles onfondoit 4 M 
sain Com. 68 Principales efpérances de l'entreprife, | fut nommé premier Pilote, La FA 
pagnie des In. Reine accorde des Lettres Patentes, qui ouvroient fans exception le Cor 
des Orienta-  merce des Indes Orientales à la Compagnie; & les Négocians dont elle étoit 
les. compofée firent un fond de 72000. livres fterling, pour l'équipement des 
Vailleaux & pour l'achat des marchandifes. 

La Flotte confiftoit en quatre gras Bâtimens, le Dragon de fix cens ton- 
neaux & de deux cens deux hommes , commandé immédiatement par Lan- 
cafter ; lHeëtor de troie cens tonneaux & cent huit hommes, par le Capitaine 
Jean Middleton ; l'.4ftengton de deux cens foixante tonneaux & trente-deux 
hommes, par William Brand ; la Sufane de [deux cens guerre) tonneaux 

Flotte de & quatre-vingt-quatre hommes, par Jean Hayward. Chaque Vaifleau eut 
quatre Vaif. trois Faéteurs, qui devoient remplacer füucceflivement chaque Capitaine en | 
AS cas de mort. On joignit à cette Flotte un Bâtiment de centtrente tonneaux, 

nommé le Gue?, pour le tranfport des vivres. Toute la cargaifon, en y 
comprenant des provifions pour vingt mois, ne montoit qu'à la valeur de 
27000 livres fterling; mais le refte du fond avoit été employé à l'armement 
des Vaifleaux & des Soldats. Comme les grandes aétions demandent une 
autorité abfolue dans les Chefs, la Reine revêtit Lancafter de toute la fien- 
ne, fans en excepter le droit de vie & de mort. [Elle lui donna auffi desk# 
Lettres de recommendation pour divers Princes des Indes, à qui elle offroit 
de contraéter alliance avec eux.] 

IL partit de Woolwich le 13 de Février 1-1. Mais faute de vent il fut 
arrêté fi long-tems dans la Tamife & aux Dunes, qu'il ne put arriver que 
vers Pâques à Darmouth, où il employa cinq ou fix jours à prendre du bif- 
cuit & d'autres provifions. Il remit à la voile le 18 d'Avril jufqu’à 

Projet de na- Tolbay, où l’on convint d’une méthode de navigation, & de divers rendez- 

M ue vous, dans la fuppoñition des tempêtes qui pouvoient féparer les Vaiffeaux. 
Les principaux lieux furent les Calmes de Canane, la Baye de Saldanna, fi 
l'on ne parvenoit point à doubler le Cap de Bonne-Efpérance , le Cap S. 
Roman dans l’Ifle de Madagafcar, l’Ifle de Cirne ou Diégo Rodrigues | & Su- 
matra, qui étoit le terme. 

Le 22 d'Avril, on partit d’un fort bon vent pour les Ifles Canaries , & 
le $ de Mai au matin on eut la vûe de celle d’Alegranza , qui eft la plus 

Route de la Septentrionale. Mais ayant pris entre Jürte- Ventura & la grande Cana- 

Fique rie, on fut arrêté au Sud de celle-ci par un calme, qui vient ordinaire- 
ment de la hauteur des terres au long de cette Côte. Le 7 de Mai un 
vent INord-Eft vint lever cet obftacle, & l’on avança Sud-Oueft par Sud 
& Sud-Sud-Oueft, jufqu’au vingt-unième degré & demi. Depuis le vingtiè- 
me jufqu’à l’onzième , on porta prefque toûjours au Sud, & l’on changea 
peu jufqu'au huitième , parce que le vent fouffa toujours du Nord ou du 
Nord-Eit. : 

A cette latitude, les calmes & les vents contraires devinrent fuccefive- 
ment fort incommodes. C’eft le propre des Côtes de Guinée dans cette Lu 

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AC Corientes 7 NN Le res 2 ” Lanca 

C.des Courans tes Ÿ V2 # née À : 
25 


(b) 


INDES ORIENTALES, Liv. II. Cnar. I. 4 


fon. Les tonnerres, les éclairs, les ouragans y caufent des révolutions efra- 
yantes. Aufli-tôt que ces accidens fe font preffentir par quelque altération 
dans l'air ou dans le Ciel , on fe hâte de baiffer toutes les voiles ; mais il 
arrive fouvent, malgré la vigilance des Pilotes, que le mal eft plas prompt 
que tous les foins. Depuis le 20 de Mai jufqu'au 21 de Juin, + Flotte fut 
arrêtée par un calme fi profond, ou repouflée par des vents fi contraires , 
u'elle eut beaucoup de peine à parvenir au fecond degré du Nord. Elle 
écouvrit un Vaifleau, dont elle fe faifit, après lui avoir donné long-tems 
la chaffe. Il appartenoïit à ge Particuliers de Viane en Portugal. 
Etant parti de Lisbonne avec deux Caraques , & trois Galions , il en avoit 
été féparé par la tempête. Sa cargaifon confiftoit en cent quarante-fix 
muids de vin, cent cinquante barils d'huile , & cinquante-cinq de plufieurs 
fortes de liqueurs (b). Ce fecours imprévû fut diftribué fur la Flotte avec 


une parfaite égalité. Es 
ELLe pafña la Ligne le dernier jour de Juin avec un vent Sud-Eft, & 


[Davis obferva comment] on perdoit par degrés la vûe de l'étoile du Nord. 


Énfüuite portant au Sud-Sud-Oueft avec un vent Sud-Eft , il doubla le Cap 
Saint Auguftin à la diftance de vingt-fix lieuës en mer. Le 20 de Juillet, 
il fe trouva pouflé à 19 degrés 40 minutes de latitude du Sud, & de jour en 
jour le vent s’élargifloit vers l'Eft. Ce fut-là qu'il réfolut de décharger le 
Bâtiment de tranfport, fur lequel on avoit embarqué toutes les provifions qui 
n’avoient pû trouver place dans les quatre Vaiffeaux ; après quoi l'ayant dé- 
pouillé de fes voiles & de fes mâts, & s'étant accommodé de tout le bois 
propre au chauffage, il l’abandonna aux vents & aux flots. Le 24il pañlale 
Tropique du Capricorne avec un vent Nord-Eft par Nord, & la navigation 
fut continuée Fft:Sud-Eft. Pour être parti d'Angleterre cinq ou fix femai- 
nes trop tard, on avoit été fi long-tems fous la Ligne que les maladies a- 
voient commencé à fe répandre dans chaque bord. Lancafter à qui fon an- 
cienne expérience faifoit redouter ce terrible obftacle, donna ordre à fes 
trois Capitaines de relâcher à la Baye de Saldanna ou dans l’Ifle Sainte-Hé- 
lène, pour y prendre le tems de fe rafraîchir. 

CEPENDANT ils ne fe trouvèrent, le premier d’Août, qu'à 30 degrés du 
Sud; mais ils eurent le bonheur d'y voir lever un vent Sud-Oueft, qui fou- 
lagea beaucoup les Equipages. Le fcorbut commençoit à faire un ravage fi 
affreux, qu’à peine fe trouvoit-il affez de Matelots en bonne fanté pour 
fournir à-la manœuvre. Le même vent dura jufqu’à deux cens cinquante 
lieuës du Cap de Bonne-Efpérance. Enfuite changeant à l'Eft, il y demeu- 
ra conftamment pendant douze ou, quinze jours, que ceux qui avoient com- 


“Himencé à fe rétablir devinrent beaucoup plus malades; [fans parler de la di- 


fette d’eau qui augmenta de jour en jour jufqu’à forcer] les Faéteurs , dans 


l'épuifement abfolu de tous les Matelots, de mettre la main à la voile, & 


de faire les plus vils éxercices du Vaifleau. Enfin le vent étant devenu moins 
contraire, toute la Flotte arriva le 9 de Septembre à la Baye de Saldanna. 
Lancafter y jetta l'ancre le premier, pour fe hâter d'envoyer fa Chaloupe , 

avec 


(b) Angl. cinquante- cinq muids de farine. R. d. E. 


A 2 


Lancasren. 
1601. 


Elle prend 
un Vaifleau 
Portugais, 


Maladies qui 
fe répandent 
fur la Flotte, 


Elle arrive à 
la Baye de 
Saldanna. 


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65 

7 )' S'Aler. drrex 
KAART van alle de bekende EILANDEN op de Æ#s7r van ZANGUFBAR en va 
cCemaukt ra de Zransfè .Xaart van den Oofter-Oceaan, artyegeeyen, «1 


Vermyerderd op Byzondere Aanmerkingen ; en geschikt 


PV) SR 11101111: Sen 111114 à: Sims CE. QUI Q _— 1 … BAUME, 1 QUE 
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Dauphin : : à | : de da meme manière | H 
Hide PAU Zêree de la arte Franc se de 4 Vcean reertal Des p'otrés marquent les LUUX ou d Aabëites Des 
, «à ab rs cri el foi à Céser valions 
Lee J'ubusee en 1740. par ordre de ALT LEA RER tee ire ue nnel 
D Crise D Mchaiss | Een Str ep- pers de Naamen bobihand de 
om de «au pas, (ll Plaatsien wuar van de BREXDTE bepaald is 
| P 


« Tugmentee sur des Remarques partcu s door Sterr ekundige bee 
& 
, Twe Streepen —wyzen in gel er voegen, .de 
BuxxpTx en de Lengte der Plaatsien aan 


LETTRE ETES 


, , 
Ceres, et dressée S/27 des 
. 


| 
à Observakons PA tonorr ‘ ] | 2e Stppen- a Plaatsien An ua 
=. « ormuiques. ll 'Ervanre Zeelieden Waarneemingen gemaakt hebben . 
CALLELEERRE DMC 7. CREER 1400400040 4101) RSR (4010 MR 1 EE BAUER TENTE OPEN DONNE TNT tn) 
do 


An ZANGUEBAR en van MADAGASCAR , welke op den F44RD naar /v2zx 
-Oceaan, urlgegeeren, «1? 3 2740., op Berel van den A" Crave de Maurepas : 
imerkinçgen ; er geschikt volgens Ste | 


gevon den worden ‘ 


rrekundige -Waarnee mingen . 
€ 


LANCASTER, 
16017. 


Régime con- 
ucle Scorbut, 


. Les An rlois 
fe rétabliffcnt, 


Leurs précau- 
tions contre 
les Négres, 


Réglement 
de Lancatter. 


4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


avec une partie de fes gens, ‘au-devant des trois autres Vaifleaux, dont te 
Matelots n'étoient plus capables de fc remuer. Ceux de l’Amiral avoient con- 
fervé plus de force, & devoient leur fanté au jus de limon, dont il avoit ap- 

orté d'Angleterre un grand nombre de boutcilles. Il leur en avoit fait aval- 
Rx tous les matins une cuillerée à jeun, en leur défendant de prendre la 
moindre nourriture jufqu'à midi. Ce régime les avoit garantis prefque tous 
du mal, quoique fon Equipage fût plus nombreux du double que tous les au- 
tres; & l'on eft perfuadé qu'avec un préférvatif fi fimple il y auroit peu de 
Matelots attaqués du fcorbut, s'ils pouvoient fe réduire au bifcuit & fe pri- 
ver de chair falée. 

L'iNDusTRIE de Lancafter fit bientôt régner fur la Flotte toutes fortes de 
rafraichiflemens. 11 defcendit lui-même à terre pour chercher les Sauvages. 
Avec des clouds, des couteaux & de petits morceaux de fer, il fe procura 
des bœufs & des moutons en abondance. Sans entendre le langage des Né- 
gres, il trouva le moyen de leur faire comprendre fes befoins, en imitant 
le cri des animaux qu'il leur demandoit. Mais étant réfolu de ne fe remet- 
tre en mer qu'après avoir rétabli la fanté de tous fes gens, il fit apporter les 
voiles à terre, pour en faire des tentes, qui devinrent comme l'Hôpital de 
la Flotte, 11 les fit environner d'un retranchement contre lis attaques impré- 
vûes des Négres; & tandis que ceux qui fe portoient bien s'occupèrent à la 
chaffe, ou à commercer avec les Sauvages , il prit un foin paternel de fes 
Malades. 

SES précautions s’étendirent particuliérement fur la méthode du Commer- 
ce. Il fçavoit par le récit de Davis avec combien de facilité les Négres fe 
livroient à leurs défiances, & ce qu'il en avoit coûté aux Hollandois dans le 
Voyage précédent, pour les avoir allarmés mal-à-propos. Le reméde qu'il 
y apporta fut de donner à cinq ou fix de fes gens la commiffion de traiter 
pour les beftiaux, & de défendre à tous les autres, fous de rigoureufes pei- 
nes, d'approcher des Négres dans le tems du marché. Cependant, pour 
tenir aulti ces Barbares en refpeét, il donna ordre que pendant la vente, & 
dans toutes les occafions où l’on fouffriroit qu'ils s’'approchaffent, il n'y eût 
jamais moins de trente Anglois fous les armes. Ces deux Réglemens Are 
obfervés avec tant de foin, que pendant tout le féjour qu’il fit dans la Baye, 
fes gens n'ofèrent attaquer un Négre fans fa permilion, ni les Négres s’ap- 
procher des Tentes & des Chaloupes fans y être appellés par fon ordre. 
Auñli conferva-t-on la paix avec eux jufqu’au dernier moment. Douze jours 
après l’arrivée de Ja flotte, on s’étoit déja procuré mille moutons & qua- 
rante-deux bœufs. 11 n’auroit pas été plus ditlicile d'en obtenir davantage , 
fi l’on en avoit eu befoin dans le même tems. Lancafter n'en ayant acheté 
un fi grand nombre que pour les engraiffer dans un Parc, autour de lui, ilfe 
pafla quelques femaines fans qu'il parût en defirer d’autres. Mais lorfqu'il 
recommença les fignes pour fe faire amener quelques bœufs de plus, les Né- 
gres lui montrérent de la main ceux qu'il avoit encore dans le Parc, en lui 
faifant entendre qu’ils pénétroicent fon deffein, qui étoit fans doute de s’é- 
tablir dans leur Pays. ‘Telle fut du moins l'explication qu'il crut devoir 
donner à ce figne, & à l'obftination qui les empécha de revenir. Leurs 
bœufs font aufli gros que ceux d'Angleterre, Les moutons font beaucoup 

: plus 


igueu 
crégl 
alcte 
ce fe F. 
tirer 
aifan 


ui a de 


uife ( 
ieuës ( 

LE. 
ance : 


‘OU 


(c) 4 


, qu'on la 


d) 4 


À joints à 


d'arriver 
cinq hor 


X 


c, dontie 
voient con- 
il avoit ap- 
it fait aval- 
prendre la 
refque tous 
cous les au- 
oit peu de 
 & fe pri- 


tes fortes de 
s Sauvages. 
_ fe procura 
age des Né- 
, en imitant 
e fe remcet- 
apporter les 
l'Hôpital de 
ques impré- 
apèrent à la 
ernel de fes 


du Commer- 
s Négres fe 
dois dans le 
reméde qu'il 
nm de traiter 
bureufes pei- 
ndant, pour 
la vente, & 
, in'y eût 
mens on 
lans la Baye, 
Négres s'ap- 
r fon ordre. 
Douze jours 
ons & qua- 
davantage , 
ayant acheté 
de lui, ilfe 
ais lorfqu'il 
plus, les Né- 
Parc, en lui 
oute de s’é- 
crut devoir 


enir. Leurs 
t beaucoup 
plus 


“lus gras, 


INDES ORIENTALES, Liv. III Cnar. I. $ 


& d'un goût plus fin que ceux des Dunes d'Effex, dont on van- 
e la bonté. La couleur des Habitans de cette Côte eft fort bazannée, fans 
tre noire. Ils font communément de fort belle taille, agiles dans tous 
Meurs mouvemens, & très-légers à la courfe. Leur langage eft fi guttu- 
Mal & fi mal articulé, que pendant fept femaines que la Flotte pafla dans 
Meur Baye, aucun Anglois ne put en diftinguer une feule fillabe. Cepen- 
dant ils répétent affez facilement les mots des Langues de l'Europe 4e 
L'air & les alimens du Pays furent fi falutaires aux Malades, qu'à la ré- 
rve de quatre ou cinq, ils recouvrèrent tous leurs forces. On en cpmptoit 
éanmoins, à leur arrivée, cent cinquante-quatre, qui étoient à peine en (d) 
tat de fe remuer. [La joye qu'ils reffentirent de leur guérifon, & la nouvelle 
igueur qu'ils reprenoient dans un climat fi chaud, les fit tomber dans un 
éréglement qui faillit de ruiner toutes les précautions de l'Amiral. Les Con- 
alcfcens, moins aflujettis à fes loix, avoient la liberté de fe promener & 
“Mc fe faire des amufemens convenables à leur fituation. Ils en abufèrent pour 
fttirer quelques femmes Sauvages, qui ne firent pas payer trop cher la com- 
Wblaifance qu'elles eurent pour eux. Mais les Négres s'en apperçurent; & les 
arques de leur mécontentement firent juger à l'Amiral que fes gens les a- 
Moient offenfés dans quelque occafion qu'ilignoroit. Il n’en fut informé qu'après 
Mévoir levé l'ancre. Quoique cette raifon n'eut pas contribué à fon pd sil 
“ne fut pas fâché que fes réfolutions fe fuflent accordées avec un fi jufte fujet 
d'abandonner leur Côte.] 

% (+) Le 24 d'Oëtobre, après avoir renouvellé fa provifion d’eau & de bois, 

A1 fit publier l’ordre de retourner à bord, pour mettre à la voile au premier 
vent. Dès la nuit fuivante (f) il fortit de la Baye, en côtoyant une petite Ifle 

Maui cit l'entrée, & qui fourniroit feule des rafraîchiflemens à la Flotte la plus 

Mhomb'eufe, tant il s’y trouve de veaux marins & de Pengouins. Au-deflus de 

a Baye, on trouve une montagne fort haute, dont le fommet eft fi plat qu’on 

lui a donné le nom de Table. Il n’y a point d’endroit fur toute cette Côte qui 

Mpuile étre fi facilement diftingué, car on l’apperçoit de dix-fept ou dix-huit 

dicuës en mer. 

M4 LE Dimanche 1 de Novembre, la Flotte doubla le Cap de Bonne Efpé- 
Wrance avec un bon vent Oucft-Nord-Oueft. Le 26, elle tomba vers la pointe 
ec l'Ifle de Madagafcar , un peu à l’Eft du Cap S. Sebaftien. Elle ne trouva pas 

oins de vingt braffes d’eau à cinq ou fix mille du Rivage. La variation de 

Aiguille étoit d'environ 16 degrés. Cette obfervation eft d'un grandufage dans 

htles Voyages à l'Eft & à l'Oucft, mais fur-tout dans celui des Indes Orientales. 
+ Deruis le 26 de Novembre jufqu'au 15de Décembre, on s’efforça toû- 
“jours de porter à l'Eft, pour gagner l'Iflc de Cirne, qui porte dans quelques 

Mcartes le nom:de Diégo Rodrigues. Mais depuis qu'on fut arrivé à la vûe 

Mde Madagafcar, le vent ne ceila point d'être Eft, ou Eft-Sud-Eft, ou Eft- 

hi. Nord-Eft ; 

0 (ce) Angl. ils comprennent dabordles fignes 

… qu'on leur fait. R. d. E, 

* (Cd) Angl. Ces 4 ou 5 qui moururent , 

ris a SM pee avant que R, d. E. 
€ ; (4 nar , aliOic cent- } ï » HT N 

ne. cinq hommes. Le rcfte de lÉdute Lu GO AAUE IEEE LE Lg us 


A 2 


ÿ 


j 


va plus fain & plus fort en quittant cette Baye, 
qu'en partant d'Angleterre. R. d. E, 


rr] 


LANCASTER. 
1601. 


Leur langage. 


Facilité des 
Femmes Sau- 
vages, 


Obfervation 
importante, 


Ce ) Ici commence la 2de, Section de l’Original. . 


6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Lancaseun, Nord-Eft; de forte qu'il fut impoffible de tenir cette route. D'un autre cd. ercés 
1601. té, comme il auroit été dangereux de lutter perpétuellement contre le vent, "Miards d' 
* dans l'efpérance de le voir changer, parce que le fcorbut recommençoit "ais ils 
Baye d'An. fesravages, onprit la réfolution de relâcher dans la Baye d'Antongile, pour meuré 
tonglle, fe délivrer de cette fâcheufe maladie avec le fecours des oranges & des li- 
mons. 
ON découvrit le 17, la partie méridionale de Ifle de Sainte-Marie, & 
le jour fuivant on jetta l'ancre entre cette Ifle & celle de Madagafcar. Les 
Chaloupes qui furent envoyées à Sainte-Marie en rapportèrent une fort bon- 
ne p'ovifion de limons & d'oranges ; mais à peine furent-elles revenues , 
qu'une furieufe tempête enlevant les quatre Vaiffeaux de deflus leurs ancres, 
les agita pendant feize heures avec la dernière violence. Cependant ils n'eu- 
rent pas de peine à fe rejoindre lorfque le vent fut appaifé. L’Ifle de Sainte. 
Ille de Sainte. Marie efluneterre haute & couverte de bois. Ses Habitans font noirs; mais 
Marie, fes Ha. ils ont le vifage agréable & la taille fort haute. Leurs cheveux font frifés, & 
bitans &fes Je foin qu'ils prennent de leurs toupets leur rend le front femblable à celui 
produâions. es femmes de l'Europe. Ils font nuds, excepté vers le milieu du corps. Leur 
caraétère eft fort humain, quoiqu'ils paroiffent vifs & courageux. Ils fe nour- 
riflent de ris & de poiflon; mais comme ils étoient à la veille de leur moif- 
fon , & que leurs provifions étoient épuifées, on ne put obtenir du ris 
d'eux , qu’en fort petite quantité. Ils ont de l’eau fraîche en plufieurs en- 
droits de l’Ifle (g). Les chèvres y font en abondance , & les Habitans en ai- 
ment le lait; mais à la vûe de la Flotte, ils eurent foin d'écarter leurs chè- 
vres & leurs autres beftiaux , fans que les offres des Anglois fuffent capables 
de les faire confentir aux échanges ordinaires. [Il auroit été dangereux d'y: perte 
. Les Anglois €mployer la force. ] Aïnfi voyant peu d'avantage à tirer d'eux, l'Amiral Ê M y iu 
entrent dans  hâta de gagner la Baye d’Antongile ; d'autant lus qu'étant à la fin de la bon- 486: 
la Baye d'An- ne faifon, les vents d'Eft & les maladies de fes gens lui faifoient craindre 
tonglle, beaucoup d’'embarras. 

IL entra dans la Baye le 25 de Décembre. Les quatre Vaïifleaux y jetté- 
rent l'ancre fur huit brafles de fond, entre une petite Ifle & la Côte, qui 
forme en cet endroit une Rade fûre & commode, [ Ceux qui mouillérent le} 
plus près de l'Ile furent à l'abri d'un gros tems qu'on eut à effuyer. ] Quel- 

ues Anglois étant defcendus dans l’Îfle y trouvèrent fur les rocs unë in- 

Infcription  {Cription en langage Hollandois, qui leur apprit que deux mois auparavant, 

qu'ils trou- quelques Bâtimens de cette Nation avoient perdu dans la Baye, environ  4U& 

Pas fur des  Jeux-cens hommes, par diverfes maladies. PCet avis portoit encore que# Cap 

les Hollandois avoient trouvé beaucoup de fecours dans l'humanité des Fa- 
bitans. ] 

IL ne fe pañlfa pas deux jours fans qu'on vît paroître plufieurs Négres; & 
fur la foi de l’Infcription, l'Amiral fit avancer quelques-uns de fes gens pour 
les recevoir. On comprit par leurs fignes que les Vaiffeaux Hollandois étoient 

Commerce au nombre de cinq, & qu'ils avoient acheté la plus grande partie des provi- 
avecles Né.  fions du Pays. Cependant ils apportérent du ris, des poules, des oranges, 


gres. des limons, & d’autres fruits, mais en petite quantité; & paroïffant fort 
éxcrcés 


itaine 
lemilicu | 


(g) Angl. en deux ou trois endroits, où  R. d. L. 
l'on peut s'en pourvoir mais avec peine. 


U X 
D'un autre cô. 


contre le vent, 


recommençoit 
ntongile, pour 
ges & des li. 


te- Marie, & 
dagafcar. Les 
. une fort bon- 
Iles revenues , 
sieurs ancres, 
idant ils n'eu- 
'Ifle de Sainte- 
nt noirs; mais 
x font frifés, & 
nblable à celui 
du corps. Leur 
ux. Ils fenour- 
: de leur moif- 
btenir du ris 
1 plufieurs en- 
Habitans en ai- 
rter leurs chè- 
uffent capables 
dangereux ds 

, l'Amiral fe 

fin de la bon- 
oient craindre 


eaux y jetté- 
la Côte, qui 
mouillérent let 
uyer. ] Quel- 
rocs unè in- 
s auparavant, 
Baye, environ 
t encore que# 
anité des Fa- 


Négres; & 
es gens pour 
hndois étoient 
ie des provi- 
des oranges, 
aroiflant fort 
éxCrcés 


INDES ORIENTALES, Liv. II. Cuar, L 


reés au commerce, ils les mirent à fort haut prix. Le marché étoit fur les 
ards d'une grande Rivière ; les Anglois ÿ étoient venus dans leurs Chaloupes ; 
is ils n'avoient fait defcendre que leurs Marchands, & les autres étoient 
meurés à vingt ou trente pas du rivage, armés & prêts à recevoir ou à dé- 
dre leurs Compagnons dans le befoin, Il fe pa p ufieurs jours, fans qu'on 
Ac s'accorder pour le prix des marchandifes. L'adreffe des Sauvages confifte 
faire avantageufement leur premier marché , parce qu'enfüite ils ne donnent 
ais la même chofe à plus bas prix, fous divers prétextes ils trou- 
t fouvent l'occafion de le haufler; & s'il arrive que plufieurs Européens 
hécent à La fois, c'eft toûjours celui qui offre le plus, qui devient la régle 
tous les autres, L'Amiral ayant pénétré l'artifice des Négres, trouva le 
yen de s'en défendre, en failant faire une mefure pour le ris, qui étoit fon 
ncipal befoin, &. réglant combien de grains de verre on donneroit pour 


d'un air ferme, il déclara qu'il ne vouloit point de trafic autrement. A- 
s quelques marques d'incertitude, les Négres y confentirent, & le com- 
Hce fe ft de bonne-foi dans ces termes. Les Anglois achetèrent ainfi quinze 
bhcaux de ris, cinquante boiffeaux de pois ,un grand nombre d'oranges & de 

jons, huit bœufs & quantité de poules. | 
Prnpanr le féjour qu'ils firent dans cette Baye, ils conftruifirent une Pi- 
Me de dix-huit tonneaux , dont ils avoient apporté tous les matériauxd'Angle- 
rc. Les arbres du pays leur fournirent encore des planches pour la revetir 
double fond. Elle devoit fervir dans l'Inde, à précéder la Flotte lorfqu'elle 
Mbrocheroit de quelque Port. Mais tous ces avantages n'approchérent point 
pertes que les Anglois effuyérent dans la Baye d'Antongile. . Soit que 
y fut pernicieux à leur tempérament, foit qu'ils ne s'y fuflent point 
dez ménagés dans l'ufage des alimens, qu'ils trouvoient en abondance, ou 
qué l'eau ne fût pas auñli faine qu'ils fe l'étoient figurés, la plûpart furent 
Squés d'un flux qui devint mortel pour un grand nombre. Le Chirurgien, 
liniftre, le Contre-Maître & dix Matelots, moururent en peu de jours 
ns le Vaifleau de l’Amiral. Les trois autres Bätimens ne perdirent pas moins 
onde. Un accident ençore plus trifte fit périr le Capitaine & le Contre- 
itre de l'Afcenfion. Ils s'étoient mis dans leur Chaloupe pour accompagner 
ques morts à la fépulture; & comme c’eft l'ufage en mer de tirer quel- 
iéces d'artillerie à l'enterrement des Officiers, un Canonier mit le feu 
Wiiennes fans avoir fait attention qu'elles étoient chargées à boulet, Le 
Capitaine eut la tête emportée, & le Contre-Maître fut coupé en deux par 
lemilieu du corps: étrange coup du hazard, qui les fit defcendre au tom- 
u en y conduifant les autres. La maladie qui attaqua la Flotte, venoit 
aremment de la mauvaife qualité des eaux du Pays. On étoit en hiver. 
s pluies continuelles avoient groffi les Rivières & chargé l'eau d’un limon 
t mal-fain. On remarqua aufli qu’il étoit dangereux fur cette Côte de fe 
à ET nud, comme il arrive aux Matelots lorfqu’ils font échaufés 
e travail. 


L'AMIRAL 


Ch) Pourn'avoirpaspris cette précaution, 
a beaucoup nui au commerce des Pianta- 
us de la Virginie. Quelques perfonnes, foit 


ar néceffité, foit par une trop grande facili- 
P 

Lé, y ayant trop payé certuines chofes, les ont 

fait monter à un prix exceflif, Purcha/], 


ea 


te quantité (b). Ilfit de même un réglement pour les oranges & les limons ;. 


LANCASTEA, 
1602. 


Les Angluts 
contftruifent 
une Pinafle, 


Accidens fà- 
cheux dans la 
Baye d'An- 
tongile, 


LanNcasTen, 
1602, 
ifle de Ro 


quepiz & fes 
agrqnens. 


Dangereufes 
chaines de 
Trocs, 


On fe rafrai. 
chit aux iles 
Nicobur, 


8 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


. 

L'AminRAL ayant quitté la Baye d'Antongile le 6 de Mars, fe trouva de 
16 à la vûe de l'Ifle Koquepiz , vers le rot, degré 30 minutes du Sud. Il y 
envoya fa Chaloupe pour chercher une Rade commode; mais la profondeur 
extraordinaire de Fan lui faifant trouver peu de füreté fur fes ancres, il cô. 
toya l'Ifle fans s'y arrêter. En obfervant la terre, il trouva la perfpeëtive 
fi agréable, qu'il regretta que la difficulté d'y jetter l'ancre ne permit point 
d'en faire un lieu de rafraïchiffement. 11 s'en exhaloit une odeur auffi douce 

ue fi l'Ifle entière n'eûc été qu'un jardin de fleurs. Les Cocotiers & quan- 
tité d'autres arbres couvroient la campagne jufqu'au bord du rivage. Les 
oifeaux de toute efpèce y étoient en fi grand nombre, que venant voltiger 
au-deflus des. Vaifleaux , les Matelots en tuèrent plufieurs avec leurs crocs 
& leurs rames. Pendant tout le Voyage, ils n'en avoient point encore trou- 
vé de fi gras ni d'un goût fi délicieux. 

Le 30 de Mars, ils tombèrent vers le 6 degré du Sud, fur une chaîne 
de rocs, qu'ils découvroient clairement à moins de cinq brafles. Ce danger 
leur caufa d'autant plus d'effroi qu'il n'avoit pas été prévû ; mais s'étant a- 
vancés avec beaucoup de précaution, ils trouvèrent bientôt huit brafles , & 
la crainte s'évanouit à mefure qu'ils s'avançoient à l'Eft. Un Matelot apper- 
çut du haut de fon mât, unelfle versle Sud-Eft, à cinq ou fix lieuës de dif: 
tance, La difpofition de la terre, qui étoit fort baffle, la fic prendre pour Can- 
du, quoique par eftimation les Pilotes ne fe cruffent point fi avancés à l'Eft, 
Treize ou quatorze lieuës plus loin, on tomba fur une nouvelle chaîne de 
rocs. On en trouva d'autres encore à douze lieuës de-la, vers le Sud; de 
forte qu'en éxaminant bien tous les rapports de cette chaîne, on ne douta 
point que la Flotte n’en fût environnée, dans un efpace qui n'avoit pas 
moins de cinquante braffes de fond. Le danger parut d'autant plus grand qu'on 
ne voyoit aucune voye pour l'éviter. Cependant, après deux jours d’inquié- 
tude , pendant lefquels la Pinaffe alloit en fondant fans ceffe, à la tête des 
quatre Vaifleaux, on trouva une fortie vers le Nord, fur fix braffes d'eau, 
à 6 degrés 3 minutes. [Lancafter fe crut fi heureux d'étre délivré de ce pc: 
ril, qu'il fit éclater fa joye par une fête publique.] 

LA navigation fut lente, & les vents fort variables jufqu’au 9 de Mai, 
qu’on eut à quatre heures après midi la vûe des Ifles Nicobar. On porta droit 
au Nord du Canal, où l’on mouilla dès le même jour. Mais le vent ayant 
changé au Sud-Oueft , on fut forcé de lever l'ancre, & de gagner le côté du 
Sud, où l'on fe mit à couvert fous une petite Ifle, qui eft contre le rivage. 
On trouva, dans ce lieu, moins de rafraîchiffemens qu'on ne s'en étoit pro- 
mis. Cependant les Infulaires s'approchèrent de la Flotte dans de longs Ca- 
nots, dont chacun pouvoit contenir plus de vingt hommes. Ils apportèrent 
des gommes, qu'ils vendirent aux Anglois pour de l'ambre; car tous c& 
Peuples du Levant ne cherchent qu'à tromper. Ils avoient aufli des poule: 
& des noix de cocos ; mais il les rent fi cher qu'on en prit fort peu. Com: 
me on ne fe croyoit plus fort éloignés du terme, l'inquiétude étoit médiocr: 
pour les provifions. L'Amiral ne penfa qu'à réparer un peu fes Vaiffeaux , à 
qu'à difpofer fon artillerie à tout événement. 

Arrès y avoir employé dix jours, il partit le 20 de Mai, pour faire voile 
droit à Sumatra. Mais la force des courans & le vent Sud-Sud-Oueft lui pré 


paroient de nouveaux obftacles. Pendant que tout l’art de fes Matelots s'enr k. 
ployoi M 


ploys 
deux 
l'Ifle 
lant 
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is la profondeur 
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la perfpeétive 
le permit point 
»deur auffi douce 
cotiers & quan- 
lu rivage. Les 
venant voltiger 
avec leurs crocs 
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fur une chaîne 
fes. Ce danger 
mais s'étant a- 
huit brafles , & 
Matelot apper- 
fix lieuës de dif 
rendre pour Can- 
avancés à l'Eft, 
velle chaîne de 
rers le Sud; de 
c, on ne douta 
qui n'avoit pas 
plus grand qu'on 
t jours d'inquié- 
, à la tête des 
x brafles d'eau, 
livré de ce pc 


l'au 9 de Mai, 
On porta droit 
is le vent ayant 
agner le côté du 
ontre le rivage. 
> s'en étoit pro: 
s de longs Car 
Ils apportérent 
; Car tous Ce 
ufli des poule 
fort peu. Com: 
étoit médiocre 
es Vaifleaux , & 


, pour faire voile 
d-Oucft lui pré 


{ 
{ 
{ 


; +4 
Matelots s'em " 


ployoi , 


INDES ORIENTALES, Liv, III, 


ployoit à les vaincre, un de fes Vaiffeaux courut le dernier 7 le par 
deux voyes d'eau qui s'y firent fubitement, Il fe vie forcé de relâcher dans 
l'Ile de Sombrero (1), à dix ou douze licuës au Nord de Nicobar, En mouil- 
lant fur la Côte, qui eft parfemée de rochers, il perdit une de fes ancres. 
Cependant il fur confolé de toutes ces difgraces par les fecours qu'il tira des 
Habicans de l'Ile, Ils font fi doux & fi timides, qu'ils furent quelque tems 
fins dler prendre confiance aux fignes qu'on leur fit pour les raflürer, Mais 
lor‘que cette première crainte fut diflipée, ils ne refufèrent aucun fervice à 
la Flotte, Ils font nuds, à l'exception d'une piéce de toile qui leur fert de 
ceinture, & de laquelle il te détache une autre piéce qui leur pañle entre les 
jambes, Leur couleur eft fort noire; mais ils la relèvent par diverfes pein- 
tures dont ils ont le vifage bigarré, L'Amiral n'ayant pas fait difficulté de pé 
nécrer dans leur ffle, avec une bonne eftorte, vit quelques-uns de leurs Pré- 
tres, qui étoient couverts d'habits, mais fi ferrés fur leur corps qu'ils y pa- 
roifloient coufus. Ils avoient deux cornes fur la tête, le vifage peint de verd 
& de jaune, &, par derrière, une queuë qui pendoit jufqu'a terre; ce qui 
les rendoit fort femblables à nos images du Diable, [Quand il leur demanda 


Cnar, I, @ 


&|a raifon de cet équipage, ils lui répondirent qu'ils écoient ainfi habillés, par- 
ce que le Diable, dont ils étoient les ferviteurs C) 


leur apparoifoit fous 
cette forme, dans les facrifices qu'ils lui offroient.] L'Ifle cit remplie d'ar- 
bres, qui par leur hauteur & leurs autres proportions, pourroient fervir de 
mâts aux plus grands Vaifleaux. Les Anglois déouvrirent fur le fable duri- 
vage une petite plante, qui croît affez pour devenir un arbre, mais qui fe re- 
üre dans la cerre lorfqu'on y touche, & qui s'y enfonce afféz pour n’en être 
arrachée qu'avec effort. Lorfqu'on l'en a tirée, on trouve avec admiration 
que fa racine eft un ver, qui diminue à mefure que la plante s'élève, & qui 
prend par degrés la confiftence du bois.  L'Auteur Lire que cette trans- 
formation eft un des plus étranges phémomènes qu'il ait vûs dans tous fes 
Voyages ; & le refte n'eft pas moins merveilleux, car fi l'on arrache la plan- 
te us fa jeuneffe, elle acquiert en féchant la dureté d'une pierre, jufqu'à 
devenir tout-à-fait femblable au corail blanc; de forte que le ver fe change 
fucceflivement en deux natures effentiellement différentes. Il ne paroît pas 
que la vérité de cette obfervation puifle être fufpeéte (7), puifque les An- 
xlois de la Flotte prirent plufeurs de ces plantes, & les rapportèrent en 
Angleterre. 

En) À la diftance où la Flotte Angloife étoit de Sumatra , elle n'avoit be- 
foin que d’un vent favorable, pour gagner en peu de tems le Port d'Achin. 
File remit à la voile le 29 de Mai; & découvrant les Côtes de l'Ifle le 2 de 
Juin, elle mouilla, le 6, dans la Rade, à deux milles de la Capitale. 11 s’y 
trouvoit dix-huit ou vingt Bâtimens de divers Pays, tels que Bengale, Calé- 
cut, Guzarate, Pégu & Patan. A la vûc de quatre Vaifleaux Européens, 

deux 


7(i) Elle eft ainfi nommée parce qu'à la 
pointe méridionale de la plus grande des Ifles, 
qui font là en affez grand nombre, il y a une mon- 
tagne qui reffémble à la figure d'un Parafol, 
e>7(k) Cette réponfe peut bien être uncinven- 
tion ou une erreur de Lancafler, quin'aura pas 
entendu Ie langage de ces gens-là. 


IL, Part. B 


(1) Cette réflexion n'eft point dans l'Origi- 
nal, qui ditau contraire que c'eft- là vrai-fem- 
blablement une l'able, quitire peut-être fon O- 
rigine de ce qu'on voit quelques-fois du Corail 
croître fur des coquillages. R, d, E. 

(m7) Ici commence la 36, Seétion, K.d. E, 


LAN casvren, 
1604 
Ifle de Som. 
broro, & te 

lab ltans, 


Alfreuls fu: 
re de lours 
Prètres, 


Arrivée des 
Anglois au 
l'ort d'Achin, 


Lancasrvan, 
1 60 2e 


Us font blen 
reçus du Hoi, 


Difficultés 
pour la Lettre 
de la Cour 
d'Angleterre, 


Aceucil fait 
aux Anglois, 


10 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


deux Hollandois qui avoient été retenus l'année précédente, & qui avoient 
appris dans cec intervalle la larigue & les ufages du Pays, fe hätèrent de 
venir à bord, & n'y apportèrent que d'heureules nouvelles, Ils avoient été 
traités par le Roi beaucoup plus favorablement qu'ils ne l'avoient efpéré, 
Ce Prince fouhaitoie de voir des Ecrangers dans fes Ports, La réputation de 
l'Angleterre s'y étoit répandue, depuis les grandes viétoires que cette Cou- 
ronne avoit remportées fur l'Efpagne, & les Anglois devoient s'attendre à 
toutes fortes d'avantages pour leur Etabliflement & pour leur Commerce, 

Des le même jour, l'Amiral fit defcendre le Capitaine Middieton, ac- 
compagné de cinq ou fix Officiers de la Flotte , pour informer le Roi que 
l'Amiral d'Angleterre, chargé d'une Lettre de fa glorieufe Reine au puiflant 
Roi d'Achin & de Sumacra, demandoic la liberté d'entrer dans fa Ville, & 
l'honneur de faire une écroice alliance avec lui, Middleson devoit obtenir un 
fauf-conduit pour tous les Anglois de la Flotte, ou convenir de recevoir & 
de donner des cages, fuivant les Loix établies dans toutes les Nations, 

IL fut reçu du Roi avec de grands cémoignag:s de joye & d'amitié, Non- 
feulement fes demandes furent accordées ; mais après lui avoir fait quantité 
de queftions, ce Prince ordonna qu'on lui fervit des rafraîchiffemens,. & lui 
fic préfent, à fon départ, d'une robe & d'un curban brochés d'or, Ille char- 
gea de dire à l'Amiral qu'après les fatigues d'un fi long voyage, il devoic 
prendre un jour pour fe repofer à bord; mais que le jour fuivant 11 étoit li- 
bre de venir à l'Audience, & qu'il pouvoit compter d'etre auffi tranquille 
dans fes Etats qu'au centre de l'Angleterre; que s'il doutoit néanmoins de fa 
parole royale, on lui donneroit des Otages, & couces les füretés qu'il pour- 
roit defirer. 

L'AminaL attendit trois jours pour fe rendre au rivage, Il y defcendic 
avec une efcorte de trente hommes, Les Hollandois s'y. trouvèrent pour le 
recevoir, & le conduifirent à la maifon qu'ils avoient dans la Ville, parce 
qu'il n'en voulut point accepter d'autre avant que d'avoir vû le Roi. Il lui 
vint aufli-tôt un Seigneur de la Cour, pour le faluer de la part de ce Prince, 
& lui demander la Lettre de la Reine, Mais l'Amiral refufa de la remettre, 
en s'excufant fur l'ufage de l'Europe, qui oblige un Ambaffadeur de rendre 
fes Lettres au Prince même à qui elles font adreflées. Le Seigneur Indien de- 
manda là-deflus à voir la fufcription, qu'il lut à haute voix, & dont il tira 
une copie. Îl prit auffi par écrit lenom de la Reine, & fa curiofité s'attacha 
particulièrement à obferver le Sceau. Enfüuite renouvellant fes civilités à l'A- 
miral, il l'affüra que le Roi fon Maître recevroit avec joye les éclaircife- 
mens qu’il alloit lui porter. 

EN effet, le Roi n'eut pas plutôt reçu la réponfe qu'il attendoit , que don- 
nant divers ordres à fes Oficiers, il fit partir fix grands éléphans , avec quan- 
tité de trompettes & de tymbales, & un cortège fort nombreux, pour aller 
au-devant de l'Amiral. Le moindre (n) des éléphans avoit treize ou quator- 
ze pieds de hauteur, & portoit fur le dos un petit château , de la forme d'un 
carofle, couvert de velours cramoifi. Au milieu du château, on avoit placé 
un grand baflin d'or, couvert d'un drap de foye fort richement travaillé, fous 
lequel on mit la Lettre de la Reine. L'Amiral monta fur un autre éléphant. 

Une 
(n) Angl. le plus grand, R. d.E, 


en or, 


cfpèce 
difting 


McarciTe 


i 


goût. 


"nant à 


Reine, 


U X 


% qui avoient 
hätèrent de 
s avoient été 
ient efpéré, 
‘éputation de 
le cette Cou- 
s'attendre à 
ommerce, 
kleton, ac- 
le Roi que 
e au pui ant 
fa Ville, & 
it obtenir un 
recevoir & 
Vations, 
amitié, Non- 
fait quantité 
mens, & lui 
r, Ille char- 
:, il devoit 
it 1) étoit li- 
Ti tranquille 
imoins de fa 
| qu'il pour- 


y defcendie 
rent pour le 
'ille, parce 
Roi, Il lui 
: ce Prince, 
a remettre, 
de rendre 
r Indien de- 
dont il tira 
é s'attacha 
ilités à l’A- 
éclairciffe- 


it , que don- 
avec quan- 
pour aller 

où quator- 
forme d'un 
ivoit placé 
vaillé, fous 
: éléphant. 
Une 


{ B 2 


INDES ORIENTALES, ILav. III Cm, L ii 


Une partie de fa fuice fur invitée à monter auffi fur les autres , & le’ refte le 
fuivie à pied, Mais lorfque le any fut arrivé à la Cour ,un Seigneur pria 
l'Amiral d'arrêter , pour fe donner le tems de prendre les ordres du Roi. Il 
revine prefqu'aufli-côt, en apportant la permiflion d'entrer. 

L'AmitnaL fe préfenta devant le Roi d'un air ferme & modefte (0). II 
Jui déclara qu'il étoit envoyé par la crès-puiffante Reine d'Angleterre, pour 
e félicicer de fa grandeur, & lui propofer un Traité de paix & d'amitie, Sa 
arangue devoit être plus longue, mais le Roi l'incerrompit, pour lui dire 
u'il le croyoit fatiqud du long voyage qu'il venoit de finir heureufement, 

u'il le prioit d'acceprer des rafraïichiffemens, Il ajoûta qu'il pouvoit comp- 
ter d'écre traité favorablement à fa Cour, par confidération pour la Reine ‘à 

laicrefle, dont le mérite & la gloire s'étoient répandus jufqu'aux Indes. 
L'Amiral comprit que le Roi s'ennuyoit de lui entendre parler une Langue 
trangère, Il lui préfenta la Lettre de la Reine, que ce Prince reçut avide- 
ent, & qu'il remit à quelques Scigneurs Indiens qui étoient derrière lui. Les 
réfens furent apportés. C'étoit un baflin d'argent, avec une fontaine, du 
oids de deux cens cinq onces , une grande couppe de méme métal, un ri- 
ghe miroir; un bonnet orné de plumes; quelques belles épées avec leurs 
Æcinturons, & plufieurs éventails, Toutes ces richeffes furent reçues par des 
Seigneurs de la Cour; mais le Roi prit entre fes mains un éventail, & l'ayant 
conlidèré avec plaifir, il le remit à une de fes femmes, pour en faire aufli. 
“uôc l'effai. Les Anglois crurent s'appercevoir que de tous ces divers préfens, 
c'étoit celui qui lui plaifoit le plus, 
ALons on propofa au Général Anglois de s'affvoir à terre, fuivant l'ufa- 
“pce du Pays. Ille fit, à limitation du Roi & de toucc fa Cour, On fervit auiti- 
œûc un grand feftin, dans des plats d'or, où d'un autre métal fort eftimé aux 
des, qui eft un mélange d'or & de cuivre, & qu'on nonume Tombak, Pen- 
gant ce repas, le Roi qui étoit aflis un peu plus loin, fur une eftrade élevée 
ic deux ou trois pieds , but plufieurs fois à la fanté de l'Amiral, Sa liqueur 
avorite étoit l'Arrack, efpèce d'eau-de-vie dont j'ai déja expliqué la compo- 
2Mficion. L'Amiral la trouva fi force, qu'il fe fit donner de l'eau pure avec la 
Mpcrmiflion du Roi, 

& Arrès un grand nombre de cérémonies, le Roi donna ordre qu'on fit en- 
er les Danfeufes; & fes propres femmes commencèrent à jouër des airs de 
anfe fur divers inftrumens. Elles étoient richement vêtues, & parces de 
bracelets & de pierreries. C'étoit une faveur extraordinaire pour l'Amiral, 
jar le Roi n'accorde la vûe de fes femmes qu'à ceux qu’il honore d'une con- 
Midération diftinguée, 11 lui fit enfuite préfent d'une robe de calico, brodée 
en or, d'une belle écharpe de Turquie, & de deux Cres, qui font une 
EAP de poignards, dont un Seigneur arme fur le champ celui que le Roi 
diftingue par cette faveur, L'Amiral fut ainfi congédié, avec de nouvelles 
carefés, & la permiffion de fe choifir dans la Ville une maifon de fon 
“goût. Mais il ne jugea point à-propos d'accepter cette offre, & retour- 
La à bord, il laifla au Roi le tems de faire fes réfléxions fur la Lettre de la 
" Reine, 


4: Daws 


Co) Angl, l'Amiral fe préfenta devant le 


. 1Sr. Pays, R. d, K, 
Roi, en faifünt la révéronee à la manière du 


Lincare 
10032, 


Ciremonte du 
l'Audlluner, 


Tombak, trés 
tal Indicn, 


Arrack , Île 
queur, 
Chanteufes 
ù Danfiuivs, 


LANCASTER, 
1602. 
Seconde Au- 
dience & fes 
effets pour le 

comuncree, 


Commiflaires 
Indiens, & 
leur conféren- 
ces, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Dans la feconde Audience 
long fur l’objet de fon voyage. 
les demandes.] Le Roi protefta que fi les fentimens de la Reinc étoient auf 
fincères qu’elle l'en affüroit dans fa Lettre, elle trouveroit ua retour fidèle 
dans les fiens; que pour le Traité d'Alliance qu'elle lui propofoit, il y confen- 
toit avec joye: enfin, qu'à l'égard du Commerce, il avoit déja donné ordre 
à deux de fes principaux Officiers d’en conférer avec l'Amiral, & d'entrer 
fans exception dans toutes les intentions de la Reine. Cette réponfe fut fui- 
vie d’un nouveau feftin. Le jour füuivant, l'Amiral envoya demander aux deux 
Seigneurs que le Roi lui avoit nommés, quel tems ils avoient choifi pour la 
Conférence. L'un étoit le grand Pontife du Royaume, homme d'efprit & 
d'honneur ; qui méritoit l’eftime que le Roi & toute la Nation avoient pour 
lui. L'autre étoit un des Chefs de la Nobleffe, perfonnage fort grave, mais 
moins propre aux affaires que le Prélat. 

ON prit un jour pour s'aflembler. La Conférence fe tint en Langue Ara- 
be, que le Prélat & le Seigneur Indien entendoient parfaitement. L'Amiral 
fe fervit pour Interprête , d'un Juif qu'il avoit amené d'Angleterre, & qui 
parloit fort bien cette Lan: 1e. Sa première propofition regarda la liberté du 
Commerce pour les Marchands Anglois. Le Prélat, fans répondre directe- 
ment, lui demanda quels motifs il avoit à faire valoir pour engager le Roi 
à lui accorder cette grace. L’'Amiral faififfant volontiers cette idée, allégua 
d’abord les offres d'amitié de fa Reine, le mérite éclatant de cette Princef- 
fe, fon courage & fes force; pour réfifter au Roi d'Efpagne (p), qu’elle re- 


La eut de ce Prince, il s'expliqua fort au 


gardoit comme l’Ennemi commun de l'Angleterre & des Rois de l’Inde ; [lax 


générofité avec laquelle elle avoit refufé les offres qu'il lui avoit faites (4), de 
la mettre en pofleflion des pays qui lui obéifloient dans ces contrées ;] la con- 
fidération extrême qu’elle s’étoit acquife dans toute l'Europe, & qui avoit 
déja porté l'Empereur de Turquie à rechercher fon Alliance. Il s’étendit en- 
fuite fur les raifons tirées en général des avantages mêmes du Commerce. Le 
Roi ne pouvoit ignorer que c'étoit pour vous les Princes une fource conti- 
nuelle de richeffes & de profpérités; que la puiffance d'un Etat croiffant à 
mefure que les Sujets devenoient plus riches, il n’y avoit que le Commerce 
qui pût augmenter leurs biens & leurs commodités ; & que pour rendre Ie 
Commerce floriffant, il falloit recevoir & traiter favorablement les Etran- 
gers; qu'à l'égard d’Achin en particulier, la fituation du Port étoit admi- 
rable pour le Commerce de Bengale, de Java, des Moluques & de la Chi- 
ne; que l'efpérance d’y vendre leurs marchandifes y améneroit bientôt tous 
les Négocians de ces diverfes Régions; qu’en peu de tems le Roi d’Achin 
verroit croître fes forces, & diminuer celles des Efpagnols & des Portugais : 
que s’il avoit befoin d'Ouvriers & d’Artiftes , il pouvoit s’affürer d’en rece- 
voir d'Angleterre, à la feule condition de leur faire recueillir quelque fruit 
de leur voyage, & de leur laiffer la liberté de retourner dans leur Patrie, 
Jorfqu’il feroit fatisfait de leurs fervices: qu'il trouveroit de même toutes for- 

| tes 


>p) Il étoit alors Roi de Portugal, & par 
conféquent Maitre de leurs poficflions dansles 
lides. 

6 (g) Ceci fuit allufion aux 


mariage du Roi Philippe IL avec la Reine F- 
lizabeth, auxquelles ceile-cine voulut pas cour 
icotir, 

propofitions de 


Les réponfes avoient été préparées comme 8 volo 


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A retour fidèle 
bit, il y confen- 
ja donné ordre 
1, & d'entrer 
éponfe fut füui- 
lander aux deux 
choiïfi pour la 
me d'efprit & 
h avoient pour 
rt grave, mais 


n Langue Ara. 
nent. L'Amiral 
eterre, & qui 
la la liberté du 
ondre directe- 
ngager le Roi 
idée, allégua 
cette Princef- 
p), qu'elle re- 
de l'Inde ; [lar 
it faites (4), de 
trées ;] la con- 
__ & qui avoit 
Il s’étendit en- 
Commerce. Le 
fource conti- 
tat Croiffant à 
le Commerce 
our rendre le 
ent les Etran- 
‘tt étoit admi- 
 & de la Chi- 
it bientôt tous 
: Roi d’'Achin 
des Portugais : 
rer d'en rece- 
quelque fruit 
leur Patrie, 
ne toutes for- 
tes 


vec la Reine F- 
ec voulut pas cour 


14 


parées comme 


hi] & de fortie. 3°. 
LA 


æ 
INDES ORIENTALES, Liv. IL Cnam k 13 


tes de commodités & de fecours dans les Etats de la Reine, qui confentiroit 
M volontiers à coutes fes prapolitions, lorfqu ciles n'auroient rien de conti aire 
"à fon honneur, aux loix de fon Royaume, & à fes Traités avec les Princes 
j ue RAL demanda de plus, que Île Roi fit défendre à tous fes Sujets par 
une proclamation publique, de caufer le moindre trouble aux do  C 
eurs ufages & dans le cours des affaires. Cet article fut accordé fur le 
hamp, avec fi peu de réferve, que malgré les Loix du Pays qui ne permet- 
tent point aux Habitans de fortir pendant la nuit, il fut permis aux Anglois 
d'aller nuit & jour fans aucun obftacle ; affüujettis feulement, lorfqu'ils fe- 
roient rencontrés par la Juftice après une certaine heure, à fe voir conduire 
chez leur Amiral, entre les mains duquel ils feroient remis. 
0 En finiflant la Conférence , les deux Commiflaires Indiens demandérent 
4 par écrit à l'Amiral un Mémoire des raifons qu'il leur avoit expofées X des 
“privilèges qu'il demandoit au nom de la Reine. Ils lui promirent d en faire 

Eur rapport au Roi des le même jour , & que la réponfe de ce Prince ne 

* “feroi pas long-tems différée. Quelques jours fe pañférent. L’Amiral futin- 

évité à voir un combat de cocqs, qui faifoit un des principaux amufemens 
Mau Roi. Il prit cette occafion pour le fupplier par fon Interprète de nc pas 
# faire craîner les affaires en longueur. Cinq ou fix jours après il reçut de fa 
N propre main un Traité auquel il ne manquoit rien pour la forme. . Tous les 
Ù articles du Mémoire avoient été copiés fort proprement par un Sécretaire, 
| Le Roi les avoit revètus de fon autorité & de fon feing. En les remettant à 
l'Amiral, il y joignit un compliment fort civil, & de nouveaux témoigna- 
ges de fatisfaétion & d'amitié. Il feroit inutile de faire entrer ici la traduc- 
À tion de cette piéce. Elle contenoit en fubftance, r°. que les Anglois joui- 
æ voient dans le Royaume d'Achin d'une entière liberte pour leurs perfonnes , 
.h leurs biens & leur commerce. 2°, Qu'ils feroient éxempts des Droits d'encre 
Que s'il arrivoit à leurs Flottes quelque accident qui les mît 
en danger, ils feroient fecourus, eux & leurs marchandifés, par les Vaiffeaux 
du Pays. 4°. Qu'en cas de mort, ils auroient la liberté de difpofer de leurs 
biens & de leurs effets par un ‘Feftament. 5°. Qu'ils éxerceroient la Jufti- 
ce, fuivant leurs Ufages, fur les Criminels de leur Nation, 6e. Qu'on re- 
cevroit leurs plaintes, & qu'on leur accorderoit fatisfaétion , lorfqu'ils fe- 
% roient offenfés par les Ilabitans du Pays. 7°. Qu'on ne metiroit jamais de prix 
forcé à leurs marchandiits. 8. Enfin, qu'ils jouiroient perpétuellement de la 
liberté de confcience. 

Les Faéteurs Anglois commencèrent auffi-tôt à raflembler du poivre pour 
la cargaifon: mais la ftérilité de l'année précedente l’avoit rendu fort rare, 
Ayant appris de quelques Habitans qu’il s’en trouvoit d'avantage dans un Port 
nummé l’riaman, à cent cinquante lieuës d’Achin, vers le Sud de l'Ifle, ils 
y envoyèrent la Suzane, un de leurs moindres Vaifleaux , commandé par le 
Capitaine Middieton. Ii: avoient trouvé beaucoup à rabattre aux. promef- 
fes de Davis, leur premier Pilote, qui les avoit aflürés en partant de Lon- 
dres que le quintal de poivre ne leur reviendroit qu'a quatre réaux d'Efpa- 
gne. Ils le payoient prefque vingt. Cette erreur jetta l'Amiral dans un 


grand embarras, Ses marchandifes & les fommes qu'il avoit apportées ne pa- 
roillant pas füuffire pour rendre fa cargaifon complette , il confidéroit com- 
bien 


4 


Laxcasren, 
1602. 


. Demandes 
de l'Amiral 
Anglois. 


Traité con. 
firmé par le 
Roi d'Achiu, 


Exercice du 
commerce & 
fes diMicultés. 


LanNcasTer. 
1602. 
Artifice des 
Portugais, qui 
leur réuilit 

mal, 


Efpion des 
Portugais, & 
fes entrepri- 
fes. 


L'Amiral Ar- 
glois pénétre 
les vûües de 
l'Efpion. 


LS 


14 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


bien il lui feroit difficile de conferver à fa Nation une certaine eftime qui eft 
le fondement du Commerce, & quel défagrément ce feroit pour lui de re- 
tourner prefqu'a vuide. D'un autre côté, il avoit à combattre les intrigues 
d'un Ambaffadeur Portugais , qui étoit depuis quelque tems à la Cour d'A: 
chin, & qui n’y demeuroit vrai-femblablement que pour obferver fes démar- 
ches. Ce n'eft pas qu’il y fût regardé de fort bon œil. Il avoit demandé 
au Roi dans fa dernière Audience, la permiflion, non-feulement d'établir un 
Comptoir de fa Nation, mais encore de bâtir un Fort à l'entrée du Port, 
fous prétexte que la Ville étant forc fujette aux incendies, les Portugais au- 
roient befoin d'une retraite pour y mettre leurs marchandifes à couvert, Le 
Roi, pénétrant fon artifice , lui avoit répondu : ,, Votre Maître penfe-t'il 
»» à marier une de fes filles avec mon fils, lorfqu'il marque tant d'inquiétude 
pour la confervation de ma Ville capitale ? Dites-lui qu'il n'a pes befoin 
pour cela d’un Fort, & que je donnerai à fes gens pour leur Comptoir une 
bonne maifon à deux lieuës de ma Ville, où ils n'auront à craindre ni le 
» feu, ni leurs Ennemis, fous ma protcétion. ,, L'Ambañadeur s'étoit retiré 
fort mécontent, & le Roi s’étoit fait un amufement du chagrin qu'il lui avoit 
caufé par fa réponfe. 

(r) IL arriva, quelque tems aprés, dans le Port, un Vaiffeau Portugais 
chargé de ris. Il venoitde Sengale. Le Capitaine fe lcgea chez l’Ambaffadeur 
de fa Nation. Entre les gens de fon Equipage, il y avoit plufñeurs Indiens 

ui éxerçoient aufli un commerce proportionné à leur état, füuivant l’ufage 

e ces Régions, où tout le monde fe pique de la qualité de Marchand. Il 
s’en préfenta un chez l’Amiral Anglois, avec des poules qu'il offroit à ven- 
dre. L’Amiral ne douta point que cc ne fût un efpion des Portugais. Il 
acheta fes poules & les paya libéralement. Enfüuite, prenant occafon de fon 
trafic pour le faire parler , il lui marqua quelque regret de voir un homme 
d’une figure telle que la fienne, avili par un emploi qui lui convenoit fi peu. 
L'Autcur, en rapportant cette converfation, prend foin d'avertir que le récit 
eft précicux par fa fidelité. 

L'IND1EN répondit: Je fers ce Capitaine Portugais, fans fçavoir fi je 
fuis libre ou efclave, quoique je fois né de condition libre : car il y a fi long- 
tems que je le fers qu'il s’eft accoutumé à me regarder comme un bien qui 
cft à lui; & les gens de cette Nation font fi puiflans qu'on ne peut rien 
leur difputer. 

S1 tu connois le prix de Ja liberté, lui dit l’Amiral, il eft certain que tu 
parois digne de l'obtenir. Que ferois-tu pour quelqu'un qui te l’offriroit, & 
qui t'épargneroit, la peine d'avoir là-deflus des difputes avec ton Maître ? 
Ma liberté, repliqua l'Indien, me feroit plus chère que ma vie, & j'expo- 
ferois hardiment ma vie pour celui qui me donneroit la liberté. Mettez-moi 
là-deffus à l'épreuve, & vous verrez que je vous tiendrai parole. 

Ex bien, reprit l'Amiral, tu me fais naître l'envie d’éprouver effeétive- 
ment fi tu parles de bonne-foi, J'ai une queftion à te faire. Que dit l’Am- 
baffadeur Portugais de moi & de ma Flotte, & qu’elles. font ici fes vûes ? 

[L vous obferve continuellement, répondit l’indien, fans que vous puif- 
fiez vous appercevoir qu'il vous regarde. Il a pour efpion autour de ee 

Flotte 


LE] 
LE] 
LE 


Cr) Ici commence la 4e, Section dans l'Original. R. d. FE. 


Bucrre 
foient a 


Md'appre 


de ce d 


* 


UX 


eftime qui ef 
our lui de re- 
e les intrigues 
_Ja Cour d'A: 
ver fes démar- 
ivoit demandé 
nt d'établir un 
rée du Port, 
Portugais au- 
couvert, Le 
tre penfe-t'il 
t d'inquiétude 
l'a pes befoin 
Comptoir une 
raindre ni le 
 s'étoit retiré 
| qu'il lui avoit 


eau Portugais 
Ambaffadeur 
feurs Indiens 
aivant l’ufage 
farchand. Il 
)ffroit à ven- 
Portugais. Il 
ccafon de fon 
r un homme 
renoit fi peu. 
tir que le récit 


fçavoir fi je 
il y afilong- 
un bien qui 
e peut rien 


rtain que tu 
l’'offriroit, & 
on Maître ? 
e, & j CXpo- 
Mettez-moi 


cr effeétive- 
ue dit l’Am- 
es vûes ? 
vous puif- 
1 de votre 
Flotte 


4 
Le 
D 


L; 
K 


Minais le nombre & le calibre de votre artillerie jufqu’à la moindre piéce. Il 


INDES ORIENTALES, Liv. IL Cuar. I. 15 


h lotte, un Chinois, qui s’eft familiarifé avea vos gens. Il a fait tirer le plan 
Mie tous vos Vaifleaux. Il connoît non-feulement leur forme & leur grofeur, 


Mçait combien vous avez de Matelots, ceux qui fe portent bien & ceux qui 
fonc infirmes. Il trouve que vos Vaifleaux font forts & bien équipés; mais 
ü eft perfuadé qu'ayant un grand nombre de malades, vous nétes point à 
puvert d'une furprile, ou même d'une attaque ouverte par des forces iné- 
ocres ; & dans cette idée, il doit envoyer fes plans à Malaca, pour enga- 
er le Gouverneur à vous caufer de l'embarras à vorcre départ. 

L'AmtraL luidit, en affeétant de rire, ton Amballadeur n'eft pas fi ridi- 
ule que tu le repréfentes; car il fçait affez que je crains peu les forces de 
Nation dans cette Mer. Il veut te faire croire, à toi & à ceux qui l'é- 
utent, que les Portugais font aufli redoutables qu'ils fouhaiteroient de l'e- 
e. Va, fois tranquille pour ma Flotte, Mais viens m'apprendre néanmoins 
ns quelques jours fi l'Ambafñfadeur a fait partir fes plans ; & quoique je 
en embarrafle fort peu, je te promets la liberté , pour récompenfer tes 
nnes intentions, 
CL'Inoien partit fort fatisfait. Cette occafion parut fi fingulière à l'Amiral, 
que ne balançant point à la faifir, il fe promit de faire tourner la trahifon 
ntre ceux qui avoient voulu l'employer. Son cipérance ne fut pas trompée. 
Tout ce que l'Ambañfadeur faifoit pendant le jour , lui étoit rapporté le foir 
@u le jour fuivant. L’Indien étoit un Traître éxercé, hardi, fubtil, capable 
de tromper également & l'Ambafladeur Portugais, & les Anglois de la fuite 
Me l'Amiral; le premier, en le repaiffant de faufles nouvelles, pour lef- 
Quclles il étoit récompenfé ; ceux-ci en feignant de ne venir fi fouvent dans 
@ur Cmptoir que pour les entretenir dans la difpofition d'acheter fes pou- 
, &les conjurant même de garder le filen:e fur un commerce par lequel 
Mbfembloit craindre de déplaire à fes Maîtres. L’Amiral étoit le feul avec 
“quel il fit un rôle fincère; encore affcétoit-il de lui parler d'un air fimple, 
Witendant toûjours qu'il fût interrogé, comme s’il n'eût fait que répondre à 
Mes queftions. Ce détail étoit néceflaire, non-feulement pour expliquer com- 
ent l'Amiral fe défendit contre les mauvais offices des Portugais, mais encore 
four faire connoître le caraétère des Indiens, qui eft naturellement artifi- 
eux & trompeur. 
MLe Roi faïoit appeller fouvent l'Amiral pour s’entretenir ou pour boire 
avec lui. Un jour, il lui parla d’un Ambaffadeur que le Roi de Siam lui 
avoit Envoyé, pour lui propofer la conquête de Malaca. L’Ifle de Sumatra 
eft capable d'armer un grand nombre de Galères, quand le tems ne lui man- 
que point pour fes préparatifs; & le Roi de Siam fafoit demander à celui 
@'Achin quelles forces il vouloit joindre aux fiennes. L’Amiral ne manqua 
point de feconder les difpofitions qu'il voyoit à ce Prince pour déclarer la 
Guerre aux Efpagnols. Il lui repréfenta la hauteur avec laquelle ils fe condui- 
. oient au milieu de fa Cour, & le droit qu'ils s’attribuoïient de mettre tous les 
Rois Indiens dans leur dépendance. Il les traita d'Ennemis publics de la liberté 
& du Commerce. Enfin, n'épargnant rien pour rendre le change à leur Am- 
bañadeur, il ne fit pas difficulté d'affürer qu'il n’écoit qu'un Eipion, chargé 
d'approfondir les forces & les fecrets de la Cour d'Achin. Le Roi furpris 
de ce difcours, voulut fçavoir quel en étoit le fondement, Alors s'ouvrant 


fur 


LANCASTER, 
1602. 


Réponie qu'il 
Lai fuit, 


Perfidie des 
Indiens. 


Les Anglois 
rendent un 
fort mauvais 
Oilice aux 
Portugais. 


LancasTen, 
16002, 


© Artifiee de 
leur Amiral, 


Deux Portu- 
gais arrotes 
avec leurs pa- 


picrs. 


Chagrin des 
Portugais; ils 
veulent quit- 
ter Achin, 
leur départ 
cft retardé. 


16 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fur tout ce qu'il avoit appris de fon Indien, il en conclut que les Efpions de 
l'Ambañfadeur n'obfervoient pas moins le Roi que les Anglois. Quoique 
cette preuve n'eut point la force d'une démonflration , elle fuffoit pour ai- 
grir un Prince foupçonneux. Il répondit qu'il connoifoit les Efpagnols pour 
fes Ennemis, & qu'il leur rendoit leur haine au double; maïs qu'il appre 
hendoit peu les forces qu'ils avoient à Malaca. L'Amiral, fatisfait de le 
voir irrité, réfolut d'employer une ruft innocente, pour foûtenir tout à la 
fois fa réputation &' fe garantir des périls qui menaçoient la Flotte Angloife 
à fon départ. Il dit au Roi que ce qui l'inquiétoit dans les deffeins de l'Am- 


bafideur Portugais n'étoit pas la crainte d'être attaqué par les Vaifleaux de : 


Malaca, mais celle au contraire de ne les pas rencontrer dans fa courfe, par- 
ce qu'infailliblement les plans & les avis qu'ils devoient recevoir de leur Am- 
baladeur, ou plûtôt de leur Efpion, leur ôteroient la hardieffe de venir à fa 
rencontre; que dans le defir de les rencontrer, & dans la certitude de les 
battre, il prioit fa Majefté de faire arrêcer deux domeitiques de l'Ambaila- 
deur , qui devoient partir dans trois jours avec fes avis & fes plans. Outre 
l'effet qu'il paroïfloit defirer , il fit entendre encore au Roi, qu’en fe faififfant 
des Meflagers de l'Ambafadeur , il ne manqueroit point de tirer quelques 
nouvelles lumières de leur bouche ou de leurs Lettres. 

CETTE contremine fut pouffée avec tant de foin & d'adreffe, que l’A- 
wiral informé par fon Efpion du départ des deux Meflagers, en apprit au 
Roi le tems & les circonftances. Ils s’étoient rendus dans un Port, à vingt- 
cinq lieuës d'Achin; & payant leur paflage fur le premier Vaifleau qui mità 
la voile, ilss'y embarquèrent en qualité de Marchands étrangers. Mais, fur 
l'ordre fecret du Roi, une Frégate, qui fut envoyée après eux, arrêta leur 
Bâtiment prefqu'a la fortie du Port. Les Officiers d'Achin feignirent de 
vouloir éxaininer fi les marchandifes avoient fatisfait aux droits du Prin- 
ce. Ils découvrirent les deux Portugais en montant à bord. Ils affectérent 
de la furprife, & leur demanderent qui ils étoient, d’où ils étoient venus, 
quel étoit leur deffein & le motif de leur voyage. Toutes ces queftions les 
ayant troublés, en vain répondirent-ils qu'ils venoient d'Achin & qu'ils ap- 
partenoient à l’Ambañladeur Portugais. On feignit de reconnoître à leur 
trouble qu'ils étoient des fcélérats, qui prenoient la fuite après avoir vo- 
lé leur Maître, Le principal Officer fe fait d'eux, & fe chargea de les 
remettre à l'Ambafladeur. Mais fous prétexte de vérifier leur vol, on 
leur enleva leurs plans & leurs Lettres. Ils furent en effet renvoyés à 
l'Amboaffadeur, fur une nouvelle réflexion de l'Amiral, [ qui crut cette voyc: 
plus fûre pour déguifer fon artifice, & qui trouva le moyen de la faire goû- 
ter au Roi. 

QUELQUE jugement que l'Amhafadeur pât porter de cette avanture, il 
n'eut aucun prétexte pour faire éclater fes plaintes, fur-tout lorfqu’enlui pré- 
fentant fes deux domeftiques avec tous leurs effets, on affeéta de faire va- 
loir le fervice qu'on lui avoit rendu. 11 fe difpenfa même de réclamer fes 
plans & fes Lettres; ce qui fit juger à l’Amiral qu'ayant quelque foupçon de la 
vérité, il ne vouloit pas s’expofer à des railleries plus humiliantes que l’ou- 
trage. L’Auteur ne nous apprend point ce que contenoient fes Lettres.] 
Mais le chagrin de voir manquer fon projet par cette voye, lui fit prendre 
la réfolution de partir lui-même , pour fuppléèr apparemment à l'intercep- 

tion 


Li: 


“réfolu 
J'obli 
Ÿ 
“de le 


LL 


à Roi d’ 
. quelqu 


qu'ils 


toutes 


U X 


: les Efpions de 
lois. Quoique 
ifhfoit pour ai- 
Efpagnols pour 
is quil appre 
fatisfait de le 
renir tout à la 
Flotte Angloife 
Teins de l'Am- 
s Vaifleaux de : 
fa courfe, par- 
oir de leur Am- 
le de venir à fa 
certitude de Îles 
de l'Ambafla- 
es plans. Outre 
u’en fe faififfant 
tirer quelques 


‘ee, que l'A- 
, en apprit au 
a Port, a vingt- 
iffeau qui mità 
ers. Mais, fur 
ix, arrêta leur 
feignirent de 
roits du Prin- 
Ils affectérent 
‘toient venus , 
>s queftions les 
n & qu'ils ap- 
nnoître à leur 
près avoir vo- 
hargea de les 
leur vol, on 
t renvoyés à 
rut CCtte VOyC: 
e la faire goû- 


e avanture, il 
rfqu’enlui pré- 
h de faire va- 
k réclamer fes 
foupçon de la 
antes que l’ou- 
fes Lettres.] 
ui fit prendre 
t à l'interccp- 
tion 


INDES ORIENTALES, Liv. IL Cup, I. 


Urion de fes Meflagers. L'Amiral, qui fut informé de ce nouveau deffein, 
“réfolut encore d'en arrêter l'éxécution. Il repréfenta au Roi que la faifon 
“obligeant de fe remettre en mer avec fa Flotte , il alloit perdre tout le fruit 
de leur rufe commune, fi l'Ambaffadeur partoit avant lui. 11 le preflà de fai- 
re naître quelque raifon, qui fufpendît feulement le 7 ah des Portugais pen- 
dant dix jours. Cette. ropofition n'étoit pas fans difficulté , parce que le 
Leflentiment de l’Ambaffadeur Ini ayant fait abréger les formalités , il avoit 
éjà pris congé du Roi & fait fes adieux à toute la Cour. Cependant l’en- 
ie d’obliger l'Amiral, ou, fi l'on veut, la paflion de nuire aux Portugais, 
n lui donnant l’occafion de les battre, fur laquelle il ne ceffoit pas de tenir 
e même langage, porta ce Prince à fuppofer quelques fujets de plaintes con- 
re les Matelots de l'Ambafladeur. Avant que cette accufation fût éclaircie, 
es Anglois eurent le tems de mettre ordre à leurs affaires. 
Iz ne reftoit à l’Amiral qu'à prendre congé du Roi, parce que dans l'em- 
arras où je l'ai repréfenté pour fa cargaifon , il s’étoic déterminé à laiffer 
derrière lui quelques-uns de fes principaux Faéteurs, fous prétexte que le 
Boivre étant fi rare, ils prendroient foin d'en ramaliler jufqu'au retour de la 
lotte. D'ailleurs, de fes quatre Vaiffeaux , il n’y avoit que l’Afcenfion qui 
ne fut point allez chargé pour quitter le Port avec honneur. [Lorfqu'il prit 
ongé,le Roi lui recommanda de ne pas revenir fans lui amener quelque jolie 
Portugaife.] Un Bâtiment Hollandois qui étoit arrivé depuis peu, fous le 
Commandement du Capitaine Spilerge, & que la rareté ou la cherté du poi- 
dvre avoit mis, comme les Anglois, dans la néceflité de partir fans achever 
fa cargaifon , s’offrit à les accompagner. [L'Amiral accepta fi volontiers 
Weette offre, que pour l’affermir dans fa réfolution , il lui céda la huitième 
Mbartie de fes marchandifes. Enfin la veille de fon départ il préfenta au Roi 
Mefieurs Starkey & Styles, deux honnêtes Facteurs qu'il laifloit fous la pro- 
%ection de ce Prince ; & s'étant confirmé dans l'opinion de fa bonne-foi 
Dar les nouveaux témoignages qu’il en reçut, il mit à la voile le r1 de Sep- 


ON a fçû dans la fuite que le Roi foûtenant la diflimulation, continua de 
%etarder l'Ambafladeur Portugais, malgré l'empreflement qu'il avoit de par- 
ir. Un'jour, embarrafté de fes inftances , il lui dit qu'il s’étonnoit de lui 
oir cette ardeur pour fe mettre en mer, tandis que les Anglois, quine pou- 
Voicnt étre fort éloignés, l’attendoient peut-être à fon paffage & ne pouvoient 
Manquer avec des forces fupérieures , de lui faire courir un grand danger. 
L’'Ambalïadeur répondit qu'il les craignoit peu, parce que fa Frégate étoit fi 
 Jégère, que s’il pouvoit gagner le devant fur eux, feulement de fa longueur, 
nil les défioit avec tous leurs efforts de pouvoir jamais la joindre. Eh bien, lui 
dit le Roi, je vous laïffe donc partir d'autant plus volontiers, que je n'aurai 
“rien à craindre pour votre füreté. En effet il lui en accorda la liberté ; mais 
Ki y avoit déja vingt-quatre jours que les Anglois avoient mis.à la voile. Ils 
‘inavoient pà recevoir une marque plus fignalée des favorables difpofitions du 
, Roi d'Achin; car la Frégate Portugaife étoit fi bonne, qu’en partant même 
quelques jours après eux, elle eût été capable de fe rendre à Malaca, avant 

… qu'ils euffent gagné les Détroits, & de faire fortir par conféquent de ce Port 
. toutes les forces des Portugais pour leur couper le paflage ; au lieu que 
… perfonne n'y étant informé de leur approche, ils relâchèrent tranguille- 
IL. Part. ment 


17 


Lancasrzn, 
1602. 


Départ des 
Angiois. 


Bravade des 
Portugais, 


LANCASTER, 
1602. 
Les Anglois 
s'arrêtent près 

de Malaca, 


Ils prennent 
un Vaifleau, 


ls retour- 
nent à Achin, 


18 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ment à vingt-cinq lieuës de la Ville fans qu'elle en cût la moindre con. 
noiffance. 
Le 3 d'Oétobre, étant entrés dans les Détroits de Malaca, ils découvri- 


rent un Vaifleau vers l'entrée de la nuit. L'ordre fut donné auili-tôt pour s'affü. 


rer de cette proye. Ils fe féparèrent l’un de l’autre à la diftance d’un mille, 
dans la crainte qu'elle ne proticât des ténèbres pour trouver un pañlage. Elle 
tomba près l'Heëtor , qui la falua brufquement d'une volée de canon. Les 
autres Vaifleaux s'étant raffemblés autour d'elle , on continua quelque tems 
le feu de l'artillerie; mais la crainte de la couler à fond fit prendre le parti 
d'interrompre le combat jufqu'au jour. A peine commençoit-il à paroître que 
le Capitaine fe mit dans fa Chaloupe avec quelques gens de fon bord, & vint 
fe rendre volontairement. Il étoit parti de Saint-Thomas, dans la Baye de 
Bengale, pour tranfporter des marchandifes & quantité de Paffagers à Ma- 
laca. Il avoit à bord plus de fix cens perfonnes des deux féxes & de tou- 
tes fortes de conditions. Son port étoit de neuf cens tonneaux. L'Amiral 
fic paller fur fa l'lotte ce qu'il avoit de plus précieux. C'étoient de riches 
étoffes, de la porcelaine, des perles & d'autres pierreries. Le ris & tou- 
tes les marchandifes groffières, furent négligées. 11 fallut beaucoup de fer- 
meté, & les plus rigoureufes ordonnances , pour empêcher le pillage. L’A- 
miral laiffa fa prife fur fes ancres, fans avoir fait la moindre infulte aux 
Paffagers. 


UN butin fi riche le mettant en état, non-feulement de rendre fa cargai- 


fon complette au Port d'Achin, mais de faire honneur à la Nation Angloi- 
fe en y reparoiffant avec les fruits de fa viétoire, il ne balança point à pren- 
dre la réfolution d'y retourner, [Son efpé:ance étoit encore de rencontrer 4 
l'Ambaffadeur Portugais, & de lui faire payer fort cher toutes les marques 
qu’il avoir reçu de fa haine. Il fut privé de cette dernière fatisfaétion.] 
Mais le vent lui fut fi favorable qu'il rentra le vingt-quatre d'Oétobre dans le 
Port d'Achin. [Dans la route il craignit d'être fubmergé par un Torrent jt 
d’eau , qui tomba fort près de lui. Ces fortes de pluies tombent, non 
goute à goute, mais comme une feule mañle, & cela avec tant d'impétuofi- 
té, que fi elles rencontrent un Vaifleau, elles peuvent le couler à fond en 
un inftant. Elles durent quelques fois plus d’un quart d’heure, & elles frap- 
pent la Mer avec une telle force qu’elles la font écumer.] 

(s) Les deux Faéteurs Anglois, agréablement furpris de fon retour , fe 
préfentèrent fur le rivage pour le recevoir. Il y defcendit fans attendre la. 
permiflion du Roi, fur-tout lorfqu’il eut appris avec combien de bonté ce 
Prince n’avoit pas ceflé de protéger le Comptoir , & de favorifer les Fac- 
teurs. Dans l'abondance des richeffes qu’il venoit d’acquerir par les armes, 
il fe crut obligé de lui faire un préfent confidérable. Cette galanterie fut 
reçue avec tant de reconnoiffance, qu'après avoir beaucoup loué la valeur 
des Anglois, le Roi offrit à l’Amiral le choix de tout ce qui pouvoit lui plai- 
re dans fes Etats. Le il lui dit en riant, qu'il avoit sublié la commiflion jé 
la plus importante dont il l’eut chargé, c’étoit de ‘ui amener une jolie Por- 
tugaife. L'Amiral répondit qu'il n'en avoit vû aucune qui méritât de lui ê- 

tre 


(s) Ici commence la se, Se@ion. KR, d. E. 


dans | 
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U X 


moindre con: 


, ils découvri- 


tôt pour s'affà. | 


ice d’un mille, 
paflage. Elle 
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quelque tems 
rendre le parti 
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n bord, & vint 
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es & de tou- 
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ent de riches 
Le ris & tou- 
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pillage. L'A- 
re infulte aux 


dre fa cargai- 


ation Angloi- 
point à pren- 
de rencontrer x 
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Jétobre dans le 
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e jolie Por- 
tât de lui é- 


tré 


NAN ES, 


k INDES ORIENTALES, Liv. II. Car. L 19 


| éfentée.] La feule faveur qui pôt flatter des Marchands, étoit de pou- 
Fe? pe, % Dons de he de canelle & de girofle. Mais: il étoit fi 


vrai que l'année avoit été ftérile, qu’en joignant à tout ce que la Flotte avoit 


emporté, ce que les Faéteurs avoient recueilli depuis fon départ, on ne put 
faire une cargaifon complette. L'Amiral réfolut de fe rendre à Bantam dans l'Ile 
de Java, où il avoit appris que ces marchandifes étoient en abondance & à 
eilleur marché. 11 communiqua fon deffein au Roi, qui ne put le défavouèr. 
ans une longue conférence qu'il eut avec lui, ce Prince lui remit une Let- 
een Arabe pour la Reine d'Angleterre, avec un riche préfent. [On en peut 
nclure que le premier départ de l'Amiral avoit été fimulé, & qu'il n'avoit 
Mhit voile vers Malaca que pour y chercher l’occafon qu'il en avoit trouvée 
d'enlever quelque Bâtiment aux Portugais ; fans quoi l'on ne concevroit point 
Bourquoi la Lettre & les préfens auroient été remis à fon retour.] Le Roi 
@'Achin envoyoit à la Reine Elifabeth trois piéces de drap d'or curieufement 
aie , avec un gros rubis enchaffé à la mode du Levant. Il fit préfent 


fi d’un fort beau rubis à l'Amiral. En recevant fes derniers adieux, il lui 
manda fi l'on avoit en Angleterre les Pfeaumes du Roi David, ,, Oui, ré- 
 pondit l'Amiral; & nous les chantons tous les jours. Je veux donc , re- 
ÿ prit le Roi, en chanter un pour la profpérité de votre voyage avec ces 
; Nobles qui font autour de moi. ,, La deflus, il entonna un Pfeaume, & 
s Seigneurs de fa Cour le chantèrent avec lui fort folemnellement. Aprés 
voir fi, il fit connoître à l’Amiral qu’il lui feroit plaifir d’en chanter un, füi- 
ant l’ufage de l'Angleterre, avec les gens de fa fuite. Les Anglois du cor- 
e, étoient au nombre de douze , qui fe mirent aufli à chanter avec l'Ami- 
FL Enfin les careffes & la bonne-foi du Roi d’Achin fe foûtinrent fi conf- 
mment , qu'on en peut tirer une confirmation pour le doute que j'ai mar- 
Qué fur fa querelle avec les Hollandois.] 2 
% L'Amtraz partit d'Achin le neuf de Novembre. Deux jours après, il dé- 
êcha l'Aféenfion en Angleterre, avec des Lettres; & tournant le dos à cc 
âtiment, qui prit vers le Cap de Bonne - Efpérance, il fuivit les.Côtes de 
umatra pour ferendre à Bantam. Dans fa courfe , il tomba pendant la nuit 
ventre certaines Ifles, qui lui caufèrent d'autant pu d’embarras qu’il s’y trou- 
voit engagé fans s'en être apperçu. Les bas-fo | 
ées le mirent plufieurs fois en danger. Ayant pañlé la Ligne pour la troi- 
Mme fois depuis fon départ de l’Europe, il arriva au Port de Priaman, où la 
janne avoit déja fait une partie de fa cargaifon. Le hazard fit qu'à fon 
arrivée il s’y trouva du poivre pour l’achever. Comme il n’en croît point 
“aux environs de ce Port, les Habitans en avoient fait venir une nouvelle 
*provifion d'un lieu plus éloigné dans les terres, qui fe nomme Manangcabo. 
Mais le Canton de Priaman porte de la poudre d'or, qui fe trouve mêlée 
dans le fable de plufieurs Rivières. L'air y eft d’ailleurs excellent, quoiqu'a 
4 moins de quinze minutes de la Ligne. L’Amiral fe voyant offrir de quoi 
? charger entièrement la Sufanne, prit le parti de faifir l’occafion, & de ren- 
voyer encore ce Bâtiment en Angleterre. 
Ox étoit au 4 de Décembre, lorfqu'il remit à la voile pour Bantam. Il 
s’engagea le 15 dans les Détroits de la Sonde , où il mouilla l'ancre fous une 
Ifle nommée Poln Panfa, à trois lieuës de cette Ville. Le lendemain étant 


entré dans la Rade de Bantam, il y fit connoître fon arrivée par une dé- 
charge 


C 2 ‘ 


LANCASTER, 
1602. 


Intelligence 
des Anglois & 
du Roi d'A- 
chin contre lc: 
Portugais, 


Le Roi fait 
chanter des 
Pfeaumes aux 
Anglois. 


nds dont elles font environ- 


LANCASTER, 
1602. 
Les An- 
glois arrivent 
à Bantam dans 
l'Ifle de Java], 


y! Leur Ré- 
ception à la 


Cour du Roi]. 


1603. 
> [Commer- 
ce des Anglois 
établi à Ban- 
tan]. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


charge de fon artillerie, telle que les Habitans n'en avoient jamais entendu, 
Le 17, il envoya le Capitaine Middleton dans une Chaloupe, pour décla. 
rer au Roi qu'il étoit venu avec des Lettres de la Reine d'Angleterre, & 
qu'il lui demandoit la permiffion de defcendre dans fes Etats pour les lui 
préfenter. On répondit à Middleton que les Anglois feroient reçus volon- 
tiers; & fans éxiger d'autres explications, un Seigneur Indien fe rendit à 
bord avec lui, pour inviter au nom du Roi l'Amiral à defcendre librement. 
Le Roi étoit un enfant de dix ou onze ans, [qui ne laifloit pas de gouver- 
ner, avec le fecours d'un Confeil. impatience qu'il eut de voir les An lois” 
lui fit abréger les formalités de l'Audience; & l'Amiral que fon caractère 
rendoit fupérieur à toutes fortes de craintes, ne fit pas difficulté de fe laiffer 
conduire fans précautions. ] 

IL trouva le jeune Monarque aflis dans un cabinet, dont la forme étoit 
ronde , avec feize ou dix-huit Seigneurs qui l'environnoient à quelque dis- 
tance, Après une courte harangue, à laquelle ce Prince fit une réponfe 
gracicufe , il lui préfenta les Lettres de la Reine. Il avoit fait apporter di- 
vers préfens, qu'il y joignit aufli-tôt, & qui furent reçus avec les mar- 
ques d'une vive fatisfaction. Le Roi fe les fit apporter fucceflivernent, & 
prit long-tems plaifir à les confidérer. Enfüite, aflürant l'Amiral de fon 
amitié & de fa proteétion, il le remit, pour l'explication des affaires, entre 
les mains d'un Seigneur de l'Affemblée, qui étoit le Chef de fon Confeil. 

ON fit pañler l'Amiral dans un autre appartement, où fa conférence dura 
près de deux heures avec ce grave Indien. Elle finit par de nouvelles afüran- 
ces de proteétion au nom du Roi, & par la pérmiflion d'acheter ou de vendre 
toutes fortes de marchandifes dans les Etats de ce Prince, L'Amiral demanda 
la liberté de choifir une maifon commode. Elle lui fut accordée, & dans 
l'efpace de ueux jours les Faéteurs Anglois fe trouvérent en état de com- 
mencer leur vente. Mais un Seigneur de la Cour vint avertir l’Amiral que 
l'ufage du Pays étoit de fournir le Roi avant fes fujets. Cette préférence pa- 
rüt d'autant plus jufte aux Anglois, qu'on les aflüra que leurs marchandifes 
feroient vendues plus cher à la Cour qu'aux Particuliers. 

Lorsque le Roi fut fatisfait, les Faéteurs commencèrent publiquement 
leur vente. La preffe y fut fi grande, qu’en moins de cinq femaines ils firent 
de quoi fuppléer abondamment à la cargaifon des deux Vaifleaux, Le poivre 
qu'ils avoient acquis dans cet intervalle, montoitdeja à deux-cens foixante- 
feize facs, chacun de foixante-deux livres de poids, au prix de cinq réaux 
& demi de huit ; chaque réale revenant à quatre fchellings & demi d'Angleter- 


20 


avr 


gourf e 


re. On n’y comprend point les droits de l'ancrage & de la Douanne ; car par I 
par une convention particulière avec le Scha Bandar, c’eft-à-dire, le prin- J'Ami 
cipal Officier du Port, on devoit payer pour l’ancrage des deux Bâtimens, pmpol 
uinze-cens réaux de huit; & pour les droits de la Douanne, une réale par une fe 
ac. Quoique les Habitans de l'Ifle de Java paflent pour une Nation inquié- dau n 
te & livrée au vol, le commerce s’éxerça fort paifiblement. Sur une ou deux on 
infultes que les Anglois avoient reçues d'abord , l’Amiral fut autorifé par le Eu qui 
Roi à faire main-bafle fur tous ceux qui s’approcheroicnt de fa maïfon pen- le jett 


dant la nuit. Quelques éxemples de févérité devinrent un frein pour les plus j 

indociles ; & l'on continua feulement de faire une garde éxaéte aux.environs 4: (t). 

da Comptoir. # R d. ] 
À 4 


+ 


K 


UXx 


amais entendu, 
e, pour décla- 
ngleterre , & 
s pour les lui 
t reçus volon- 
en fe rendit à 
dre librement, 
as de gouver-, 
oir les Anglois 
> fon carattère 
ilté de fe laifler 


Ja forme étoit 
à quelque dis- 
it une réponfe 
it apporter di- 
avec Îles mar- 
ffivenent, & 
Amiral de fon 
affaires, entre 
n Confeil. 
nférence dura 
velles affüran- 
r ou de vendre 
miral demanda 
dée, & dans 
état de: com- 
l’Amiral que 
préférence pa- 
s marchandifes 


publiquement 
aines ils firent 
x. Le poivre 
ens foixante- 
C cinq réaux 
ai d'Angleter- 
ouanne ; Car 
lire, le prin- 
ix Bâtimens, 
ine réale par 
ation inquié- 
rune ou deux 
torifé par Île 
maifon pen- 
pour les plus 
aux, environs 


À 


“ 


n, 
‘2 


INDES ORIENTALES, Liv. II. Cnar, I. 21 


i 
” A mefüure qu'on achetoit le poivre, l'Amiral avoit ordonné qu'il fût tranf 
orté à bord; de forte que le 10 de Février 1605, la cargaifon fut achevée; 
la Flotte prêce à partir. Mais le Capitaine Middleton tomba malade fur 
Vaiffeau qu'il commandoit, L'Amiral ayant établi pour régle que l'un. ou 
Hautre feroit coûjours à bord, fe hâta d'y retourner. 11 le trouva beaucoup 
plus mal, qu'on ne le craignoit d'une attaque fi récente. L expérience qu'il 
oit de la nature du climat lui fit juger cout d'un coup qu'une fiévre violen- 
, accompagnée d'une furieufe oppreffion de poitrine, ne laifferoit pas vi- 
e long-tems fon Collegue. En effet Middleton, qui fe croyoit encore au- 
nt de force que de courage, ne laiffa pas de mourir le lendemain, 
Carre perte fut une nouvelle raifon de hâter le départ. Cependant l'A- 
iral ne voulut point retourner en Europe, fans s'être établi quelque rela- 
on aux Ifles Moluques. Il fit charger fa Pinafle, qui étoit d'environ qua- 
nte tonneaux, d’une quantité de marchandifes choifies, & la confiant à 
uze de fes Anglois, il l'envoyaaux Moluques, pour y jetter les fondemens 
commerce jufqu'à fon retour. 11 laiffa aufli à Bantam, trois Faéteurs , auf- 
els i! donna pour Chef M. William Starkey, avec la commifion de vendre 
For marchandifes qui reftoient à terre, & de tenir des épices pour une au- 
e cargaifon. Enfüite il prit congé du Roi, qui lui remit une Lettre pour la 
Reine d'Angleterre, & quelques belles piéces de Bézoar. Le préfent qu'il 
geçut pour lui-même fut un beau poignard de Java, avec quelques pierre- 
jes &, qu'il eftima beaucoup moins que les diftinétions dont elles furent 
ccompagnées. 
(u) Tous les Anglois de la Flotte s'étant retirés à bord le 20 de Février, 
s deux Vaifleaux. faluérent l'Ifle de Java d'une décharge de leur Artillerie, 
#% mirent fur le champ à la voile. Ils employérent les deux jours fuivans à 
Gaverfer le Sond. Le 24, ils perdirent la vûe des Ifles, & dirigeant leur 
gourfe au Sud-Oucft, ils fe trouvèrent dés le 28 au huitiéme degré quarante 
inutes du Sud. Le Dimanche 13 de Mars, ils paflérent le Tropique du Ca- 


7 Se 


Dricorne, en tenant toûjours la même courfe. Le 14 d'Avril, fe trouvant à 
.. 


ente-quatre degrés, ils jugèrent qu'ils avoient l’Ifle de Madagafcar au Nord. 
€ 28, ils eurent à combattre une furieufe tempête, qui les força pendant 
ingt-quatre heures de s’abandonner aux flots, fans faire aucun ufage de leurs 
oilcs. RATER ils ne reçurent aucun dommage qui ne püût étre réparé 
r leurs foins, à la réferve de quelques voies d'eau auxquelles il fallut remé 
er par un travail continue] pendant tout le refte du voyage. 
Mais la tranquillité qui fuivit cette tempête fut troublée trois jours après 
ar un autre orage, Le. battement des flots fut fi violent contre la prouë de 
W'Amiral, que l'ouvrage de fer s'étant détaché, le bec (x) du Vaifleau fut 
emporté, & s'abima fans reflource. L'effroi s'empara de tous les cœurs. Il 
Une fe préfentoit aucun reméde aux Matelots les plus expérimentés. Le Vaif- 
Afeau n'ayant plus la force de réfifter aux vents ni aux flots, étoit emporté, 
Mcomme l'auroient été fes débris après un naufrage. 11 s’approcha jufqu'à trois 
ou quatre licuës du Cap de Bonne-Efpérance, & bien-tôt un vent contraire 
le jetta prefqu'au quarantiéme degré du Süd, au milieu de la gréle & de la 
nége, 


R ( cui avec une belle pierre de Bézoar, (u Ici commence la 6e: Scétion, R, d. l', . 


x 

fe) 

Le 3 i 
à d. E, (x) Angl, le Gouvernail. 
; C3 
3 


LANCASTER, 
1603. 

œY| Mort de 

Mid.iluton,.!| 


‘Lancafter 
aile trois 
d'acteurs à 
Bantan, 


Préfens du 


Roi. 


La Flotte pari 
de Java pour 
retourner en 
Europe. 


Tempête fu 
rieulc, 


Autre orage 
& iesefets, 


22 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Laxcwren,  nôge, Ce pañlage prefque füubit de la chaleur au froid, fut un autre mal qui 
160%.  acheva d'accabler les Anglois. 
Défufpoir des Dans cette cruelle extrémité, l'Æeftor ménagea fa courfe avec tant d'art, 
ue re qu'il ne s'éloigna point de l'Amiral. Sander Cole, qui avoit été nommé pour 
sai commander ce Vaiffeau dprès la mort de Middleton, fic conftruire fur fon 
bord une machine (y) qu'il crut capable de remédier au malheur de fon Col. 
legue, Mais après quantité d'efforts, & lorfqu'on croyoit avoir rendu l'ou. 
vrage propre à fa deftination, un furieux coup de mer fit quitter prife à ceux 
qui l'attachoient, & l'enfevelit auffi dans les flots. Tous les gens de l'Ami- 
ral, confternés de cette nouvelle difgrace , demandèrent à pafler fur l'Heétor, 
Les plus hardis avoient perdu l'efpérance, & fe difpofoient à changer de bord 
fans attendre l'ordre de Ver Chef. Au milieu de cet abbatement public, l'A- 
Exemple d'un miral prit une réfolution qui n'a point d'éxemple dans l'Hiftoire, 11 affemble 
a cd à hé fes gens, & compofant fon vifage à la joie, il les affüra que par des moyens 
que, pe ù pe ps . , f 
u'il venoit d'imaginer, il ne défefpéroit pas de fauver le Vaifleau, Enfüuite 
Ctant entré dans fa chambre, il écrivit cette Lettre en Angleterre à la Com- 
pagnie qui l'avoit employé. 


s ESSIEURS, vous apprendrez par le Porteur de ma Lettre ce qui 
à s'ef+ pallé dans le voyage que j'ai entrepris jrar vos ordres, les éta- 
» bliflemens que j'ai faits pour votre commerce, & ies autres événemens 
» qui méritent votre attention. Je vais employer tous mes efforts pour fau- 
» Ver mon Vaiffeau & fes marchandifes. Vous n'en douterez pas quand vous 
, fçaurez que je. n'épargne dans ce deffein, ni ma vie, ni celle des gens qui 
» font fous mes ordres. J° ne puis vous dire où vous devez envoyer un au- 
» tre Vaifleau pour me fecourir; car je fuis le jouët des vents & des flots. 
» Adieu. Je prie le Ciel qu’il m'accord: le plaifir de vous revoir avec quel- 
» que füujet de fatisfaétion pour vous & pour moi. 


IL datta cette lettre ,, Du retour des Indes Orientales en Europe ; ,, & pour 
fe rendre utile en périffant, il ajoûta, für les lumières qu'il croyoit s'être pro- 
curées, que le pallage aux Indes Orientales, étoit à foixante-deux degrés & 
demi par Nord-Ouelt, du côté de l'Amérique. Après quoi faifant venir San- 
der Cole dans fa Chaloupe, il lui donna ordre en fecret de partir la nuit fui- 
vante pour l'Angleterre, & de remettre fa Lettre à la Compagnie. [Sa pen-4 
fée étoit que le courage pourroit renaître à fes gens lorfqu'ils auroient per- 
du la reffource de l'Heétor, ou du moins que ce qu'ils feroient forcés de fai- 
re pour conferver leur vie, ferviroit peut-être à la confervation des mar- 
chandifes.] 

SaxDper Cole feignit de céder à fes volontés; mais il lui étoit trop atta- 

L'Amiral ché pour l'abandonner dans fon infortune. L’Amiral le voyant le’ lendemain 
trouve heu brefqu'a la même diftance, dit à l'Auteur même de cette Relation: ,, Ces 


AARRS gens-là n'ont aucun égard pour mesordres. ,, On étoit fort éloigné für fon 
{es ordres. bord be. ! 


(y) L'Original dit que ce fut l'Amiral mê- fort mal, parce qu'on manquoit de ce qui é- … foixa 
me, qui après avoire iyé inutilement de fup- toit néceffaire pour cela; de forte qu'au bout Re 
pléer au Gouvernail en fe fervant d'un mât,en de trois ou quatre heures, ce nouveau gouvet- 
it faire un comme il put; on l’attacha, mais  nail fut auffi emporté, R. d. E, 


AUX 


autre mal qui 


vec tant d'art, 
é nommé pour 
ftruire fur fon 
eur de fon Col. 
roir rendu l'ou- 
ter prife à ceux 

ens de l'Ami- 
er fur l'Hecétor, 
hanger de bord 
ent public, l'A- 
ire, 11 affemble 

ar des moyens 
iffeau, Enfüuice 
terre à la Com- 


a Lettre ce qui 
rdres, les éta- 
res événemens 
orts pour fau- 
+ quand vous 
le des gens qui 
nvoyer un au- 
ts & des flots. 
oir avec quel- 


pe 5, & pour 
'yoit s'être pro- 
ux degrés & 
ant venir San- 
rcir la nuit fui- 
gnie. [Sa pen-#4 
auroient per- 
forcés de fai- 
ation des mar- 


toit trop atta- 
le’ lendemain 
tion: ,, Ces 
loigné für fon 

bord 


uoit de ce qui é- 
forte qu'au bout 
nouveau gouver- 


donnée la veille fervit du moins 


INDES ORIENTALES, Lav. IIT, Cnar. I. 


bord d'entendre le fens de cette plainte. Cependant l'efpérance qu'il avoit 
réveiller fes gens pour le cravauil, Le fer 
Mui manqrant, ou la commodité de le forger, il avoit concerté penclant tou- 
“te la nuit avec le Charpentier du Vaiffeau, un moyen d'y fuppiéer par des 
Mencrelaffemens de cordes (z) & de folives. [Cer expédient luppofoit à la vé- 
tité que la Mer deviendroit plus tranquille ; mais quelle apparence au li 
‘une tempête qui avoit duré plus de quinze jours pdt etre fur éloignés de 
fin! En cffer] dès le jour fuivant, la Mer prit une face moins cerrible; 
l'ouvrage fut pouffé fi vivement, qu'il fut biencot en état de fervir au lou- 
gement du Vaitfeau. [Il arriva cependant un nouveau malheur, mais ce fut 
dernier ; la grande vergue tomba, & précipita dans la Mer un homme, qui 
perdit la 1 On ne put douter, par la hauteur où l'on étoic, qu'on n'eit 
ublé le Cap de Bonne-Efpérance. Malgré l'éloignement de l'ffle de Sante 


23 


Hélène, ce fut le lieu qu'on erûc devoir chercher pour azile. Le 5 de Juin, 
on pañla le Tropique du Capricorne; &% le 16 au matin, on découvrit heu- 
feufement l’Ifle où l'on brûloit d'arriver, | 
M LA joie fut fi exceilive dans les deux Vaiffeaux , qu'oubliant tous les maux 
és, Capicaines & Muacelots ne fongèrent qu'a célébrer leur délivrance par 
s fêtes, jufqu'à perire l’idée du péril qu'ils devoient encore appréhenuer 
dans ie Port. La vûe d'une petite Chapelle que les Portugais avoient bätie de- 
puis long-tems fur le rivage, fit croire au Pilote de l'Heétor qu'il pouvoit s'en 
approcher [fans précaution. Il toucha contreun rocher qui le mic dans la né- 
Eité de recevoir de l'Amiral une partie des fervices qu il lui avoit rendus. ] 
“Cependant ils jetrérent l'ancre tous deux dans le même lieu, fur douze bral- 
es de fond. Perfonne ne fe préfentant à cerre, ils fe hätèrent d'y defcenire. 
Divers écrits, qu'ils trouvèrent fur les rocs du rivage, leur apprirent que les 
Caraques des Indes Portugaifes n'étoient parties que depuis luc jours. 
0 Quoique le défaut des provifions ne fût pas la plus preffante néceñité 
es Anglois, tant de fatigues les firent penfer d'abord à fe procurer des ra- 
raîchifflemens. L'eau ne manque point à Sainte Hélène, & l'on y trouvoit 
ufli des fruits de toute efpéce que la terre produifo:t naturellement. Mais 
ans un tems où l’Ifle étoit encore déferie, il n’y avoit point d'autres vivres 
efpèrer que la chair des animaux fauvages. Si les chèvres y évoient en 
bondance, il falloit des peines infinies pour les tuer dans les bois & les mon- 
nes. L’Amiral fe fit une méthode pour cette chaffe. Il plaçga au milieu de 
Pile quatre Tireurs fort habiles, accompagnés chacun de quatre hommes 
pour aire lever le gibier, & pour le recucillir vingt autres hommes al. 
Moient tous les foirs au rendez-vous, & rapportoient à bord tout ce qui avoit 
“été tué pendant le jour. En peu de tems, les deux Vaifleaux furent abon- 
4 damment pourvus. Le refte de l'Equipage s'occupoit d'un autre côté à les ra- 
A douher. Tous les malades fe rétablirenc ; & le nombre n'en pouvoit etre 
médiocre, après une navigation qui avoit duré trois mois. 

C Les Chaffeurs trouvèrent dans les bois un Hermite Portugais, qu'ils pri- 
rent d'abord pour une bête farouche parce qu'ils le furpriren: étendu fur 1 her. 
be. Ils faillirenc de le tuer dans cette fituation. C'étoit un vieillard d'environ 
à foixante-dix ans qui vivoit depuis plufieurs années dans la folitude , pour ac- 


compiir 


(3) Angl. il fit un nouveau gouvernail, R. d. E. 


Lamceavre 
100 7. 


left délivré 
du péril, 


Ils courent 
un nouveau 
danger en a- 
bordant à 
Suints Hélène, 


Methode de 
l'Anial pour 
f_ procurer 
des vivres. 


Hennite Por 
tugais à Sainte 
Hulene, 


LANCAITEN, 


1003, 


Départ de 
Sainte - Hg: 
lène, 


L'Afcenfion 
lle délerte, 


{ile de Fucgo. 


Ifle Saiute- 
Marie, 


La l'lotte «r- 


rive aux Du- 
lus, 


24 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


complir le vœu qu'il en avoit fait au milieu des flots, Son Vaiffèau ayant 
péri par un naufrage, il fe crovoit redevable de fa vie au fecours du Ciel, 
qui l'avoit conduit à la faveur d'une planche fur le rivage de Sainte-Hélène, 
Il y croit arrive pd tems-la cent Vaiffeaux de différentes Nations, qui 
lui avoient offert de le prendre à bord, Muis dans la réfolucion de mourir 
fidèle à fa promefle, il n'avoic accepté que les matériaux néceflaires pour fe 
batir une cabane au milieu des bois, Il y vivoic des fimples produétions de la 
nature, fans avoir jamais pris la peine d'allumer du feu pour cuire fes alimens, 
C'évoient des figues qui failoient fa principale nourriture , avec du lait de 
quelques chèvres qu'il avoit apprivoilées, Son embonpoint étoit admirable, 
fa fanté ferme & vigoureufe, Il n'avoit point d'autre marque de vicillefle 
que la blancheur de fa barbe, qui lui comboit jufqu'à la ceinture, Ses che- 
veux avoient été de la même couleur ; mais il les avoit perdus depuis deux 
ans, & fa téte droit fi nue ares menton, qu'elle paroifloit avoir coûjours 
été fans chevelure, Les Anglois lui firent la même offre qu'il avoit conttam- 
ment rejectée, Il les remercia fans affeétation; & l'unique préfent qu'il con- 
fencit à recevoir, fut celui de deux jeunes chèvres qu'ils avoient furprifes & 
arrétées vivantes, ] 

Arnès un mois de féjour dans l'Ifle de Sainte-Hélène , l'Amiral crut fa 
Flotte en état d'achever le voyage, fans relicher fur aucune Côte, Il par- 
uit le 5 Juillet, en tournant fes voiles au Nord-Oueit, Le 13 il pañla près 
de l'Ifle de l'#féenfion, dont la vûe ne le tenta point de changer fon projet, 
Elle eft abfolument ftérile, & fans eau, La Mer yeft fi profonde & la Cô- 
te fi cfcarpéc, que dans les tems les plus tranquilles , l'accès en eft force diffi- 
cile aux Vailleaux. L'Amiral continua fa navigation avec un vent Sud & 
Sud-Eit, jufqu'au 19, qu'il pafla la Ligne. Le 24 il étoit à fix degrés du 
Nord; &, fuivant le calcul des Pilotes, à cent cinquante lieuës des Côtes de 
Guinée,  Enfüuite portant Nord quart à l'Oueft & Nord jufqu'au 29, il eut 
la vûe de l'Ifle de Züuego. Mais il y fut furpris d'un culme qui dura cinq jours 
entiers, Envain s'efforça-t-il de pañler à l'Eft de cette Ifle. Le vent ne re- 
commença que pour changer au Nord-Eft, de forte qu'il fut obligé de porter 
Oueft & Nord-Oueit, 

Le 7 d'Août 1603, il toit à feize degrés, & le 12 il pañla le Tropique 
du Cancer, à vingt-huit degrés & demi; en portant direétement au Nord. 
Le vent redevint Oueft, & ne changea point jufqu'au 29, que la Flotte eut 
la vûe de l'Ifle Sainte-Marie, Le 7 de Septembre, on ne fe crut guère à plus 
de quarante lieuës de Lands'End. On commença joyeufement à faire ufage de 
la fonde, & l'on eut dès le lendemain la vûe des Côtes d'Angleterre. L'onze 
du même mois on arriva heureufement aux Dunes. 


Variation. 


Le 21 Novembre 1601, un peu à l'Eft du Cap Saint-Sébaftien dans l'Ifle 
de Madagafcar, la variation de l'Eguille fut de 16 d. oo. 


Latitudes. 
Isze de Roquepiz, 10 degrés 30 fec. lIfle de l'Afcenfion, 8 degrés 


[NB. Les Latitudes ne paroïffent pas avoir été prifes avec beaucoup d'éxac-f 
titude ] | (a) LETTRE 


UX 


Vaifleau ayant 
ours du Ciel, 


Sainte-} Iélène, 2 


# Nations, qui 
ion de mourir 
Maires pour fe 
oduétions de la 
ire fes alimens, 
vec du lait de 
toit admirable, 
ue de vicillefle 
ure, Ses che- 
us depuis deux 
avoir toujours 
avoit conttarn- 
éfent qu'il con- 
nt furprifes X 


Amiral crut fa 
Côte, Il par- 
3 il pañla près 
ser fon projet, 
onde & la Cô- 
en eft fort diffi- 
in vent Sud & 
fix degrés du 
ïs des Côtes de 
‘au 29, il eut 
lura cinq jours 
€ vent ne re- 
bligé de porter 


à le Tropique 
ent au Nord. 

la Flotte eut 
ut guêre à plus 
à faire ufage de 
erre. L'onze 


jen dans l'Ifle 


» 8 degrés 


ucoup d'éxac- ff 


a) LETTRE 


INDES ORIENTALES, Liv, IL Car, I. 
(a) LETTRE de la Reine EvisannmTu au Roi D'Acuiv. 


as 


ISABETH (b}, par la grace de Dieu, Reine d'Angleterre, [de 
Efae) HAN . Proteétrice de la Foi & de la Religion Chré- 
tienne, au grand & puiffant Roi d'Achin, ec. dans l'Ifle de Sumatra, notre 

n frère bien aimé, falut & profpérité. | | 

, Læ Dieu éternel & M + rm , par fa fagefe & fa providence divine, 
a tellement difpofé fes bénédiétions & les bons ouvrages de fa création pour 
l'ufage & la nourriture du genre humain, que malgré la diverfité & l'éloi- 
nement deslieux où les hommes prennent naiffance, l'infpiration de ce 
‘réateur bienfaifanc les difperfe dans toutes les parties de l'Univers; afin 
non-feulement qu'ils reconnoiffent la multitude infinie de fes mervcilleufes 
roduétions qui fe rouvent répandues de telle manière qu'un pays abonde 
uvent de ce qui manque à l'autre, mais encore afin qu'ils puiffent for- 

L mer enfemble le lien de l'amitié, qui et une chofe toute divine, 
%,, Cusr par ces confidérations, noble & puiffant Roi, & tout à la fois 
wpar la haute idée que nous avons de votre générofité & de votre juftice à 
égard des Etrangers qui vont commercer dans vos Etats, en fatisfaifant 
'aux juftes droits de votre Courunnc, que nous fommes portés à nous ren- 
dre aux defirs de plufeurs de nos Sujets, qui fe propofent de vifiter votre 
Royaume dans de bonnes & louables intentions, malgré les dangers & les 
fatigues indifpenfables d'un voyage qui eft le plus long qu'on puille entre- 
rendre au-monde, Si l'éxécution de leur deflein eft approuvé de votre 
lautefle, avec autant de bonté & de faveur que nous le defirons & qu'il 
convient à un fi puiffant Prince, nous vous promettons que loin d'avoir 
jamais fujet de vous en repentir, vous en aurez un très-réel & née arr 
de vous en réjouir. Nos promeflés feront fidéles, parce que leur conduite 
fera prudente & fincère ; & nous efpérons qu'étant fatisfait d'eux , vous fou- 
haiterez vous-même que leur entreprife devienne le fondement d'une ami- 
tié conftante entre nous, & d'un commerce avantageux entre nos fujets. 
Votre Hauteffe peut s'affürer d’étre bien fournie de marchandifes, & mieux 
qu'elle ne l'a jamais été par les Efpagnols & les Portugais, nos Ennemis, 
qui font jufqu'à préfent les feuls Peuples de l'Europe qui ayent fréquenté 
les Royaumes de l'Orient, fans vouloir fouffrir que les autres faffent le mé- 
me voyages fe qualifiant dans leurs écrits, de Scigneurs & Monarques ab- 
folus des Exars & des Provinces qui vous appartiennent, Car nous avons 
» reconnu par le témoignage de plufieurs de nos fujets, & par d'autres preu- 
+ ms ves inconteflables, que vous êtes légitime pee & héritier d'un grand 
Royaume qui os eft venu de votre Père & de vos Ancêtres, & que non- 
feulement vous avez glorieufement défendu vos poffeffions contre ces avi- 
des ufüurpateurs , mais que vous leur avez porté juftement la guerre dans 
les Pays dont ils fe font rendus les maîtres. C’eft ainfi qu'à leur honte ex- 
trême & à la gloire de vos invincibles armes, vos Soldats les “ont atta- 
»» ques 


n Ici commence la 7e, Seétion. R. d. E, ‘tion; fans parlet de l'adreffé avec laquelle 
b) Outre les raifons hiftoriques qui obli- ‘Elizabeth tâche de rendre les Efpagnols & les 
ent de placer ici cette Lettre & la fuivante, Portugais odieux au Roi d'Achin. R. d. ’F. 
n trouvera que le ftyle mérite quelque atten- 


II, Part. 


Lancarren, 
1603, 
Lettre au Kol 

d'Achin, 


LANCASTER, 
1603. 


Réponfe à la 
Lettre précé- 
dente, 


26 


LE 
» 


LE] 
LE] 
LE 
29 
5? 
L2] 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


qués (e) à Malaca, l'an 1575 de la redemption humaine, fous la condui 
te du vaillant Ragamekoten, votre Général. 


» S'1L plaît donc à votre Hauteffe d’honorer de fa faveur & de recevoir mi 
M 


4 
My 


fous fa proteétion Royale ceux d'entre nos Sujets qui partent: chargés de 
notre Lettre dans une fi douce efpérance; le Chef de cette Flotte de qua: 
tre Vaifleaux a reçu ordre de nous, fous la permiflion de votre Hauteffe, 
de laifler dans vos Etats un certain nombre de Faéteurs, & de leur pro: 
curer ue maifon de Comptoir, oùils puiflent demeurer dans l'éxercice 
du commerce jufqu'à l’arrivée d’une autre de nos Flottes, qui fera le mé. 
me voyage après le retour de celle-ci. Ces Faéteurs ont ordre aufli d’ap. 
prendre le langage & les coutumes de vos Sujets, afin qu'ils puiffent vi. 
vre & converfer plus doucement avec eux. Enfin pour confirmer notre 
amitié & notre alliance, nous confentons, fous le bon plaifir de votre 
Hautefle , qu'il fe faffe une Capitulation que nous autorifons le Chef de 
cette Flotte à figner en notre nom; donnant notre parole Royale de l'éxé. 
cuter entièrement , aufli-bien que tous les autres articles qu’il eft char. 
gé de communiquer à Voire Hautefle. Nous defirons donc qu'on l'écoute 
avec confiance, & que Votre Hauteffe accorde à lui & à nos autres fu 
jets qui l’accompagnent, toutes les faveurs qu'ils peuvent attendre de fa 


bonté & de fa juftice. Nous répondrons dans le même degré à tous fes ne 


dèfirs dans l'étendue de nos Etats & de notre puiffance ; @& nous deman- 
dons pour témoignage de foh confentement royal, qu'il lui plaife de nou: 
faire une réponfe par le Porteur de notre Lettre; n'ayantrien plus à cœur 
que de voir Commencer heureufement notte Alliance, & de la voir durer 
pendant un grand nombre d'années. 


LETTRE du Roiv'Acnin à la Reine ELIZABETH, (d) 


Cru foit rendue à Dieu qui s’eft glorifié lui-même dans fes ou: 
3 vrages, qui a établi les Rois & les Royaumes, & qui eft exalté feul 
en pouvoit & en Majefté. Son nom ne péut être expfimé par les paroles 
de la boùche, ni connu par la force de l'imagination. Ce n’eft point un 
vain Phantôme, quoiqu'il ne puiffe être repréfenté par aucune comparai- 
fon, éomme il ne peut être compris dans aucunes bôrnes. Sa bénédiétion 
& fa paix font fupérieures à tout. Il à répandu fes bontés fur du à 

ss 11 


(c) L'avantage que le Roi d’Achin avoit 
remporté dans cette occafion pouvoit faire la 
matière d'un compliment; mais, fi l’on en 
croit Faria, il eft ici pouffé un peu trop loin. 
Cet Hiftorien rapporte que dans l’année dont 
parle la Reine, la Flotte d’Achin, forte de 
quarante Galères, & d'environ cent autres 
Bâtimens, vint mettre léfiége dévant Malàca; 
Triftan Vas de Vegas, qui commandait dans 
cette Place, fit monter trois braves Capitaines, 
Jean Pereyra, Bernardin de Sylva ,'& Ferdinand 
de Pallares, chacun fur un Vaiffeuu, avec Ha 
meilleure partie de la Gafnifon, Mais ils furent 
battus fi entièrement qu'ils périrent tous trois 
dans l'afion, & qu'il ne fe fauva que cinq hom: 


mes de leur fuite, A peine reftoit-il cent-cin: 

uante Portugais dans Malaca pour fe défer: 

re, la plüpart âgés, iralades & fans munitions 
Un état fi trifte les tint dans le flence & dan 
l'ination. Mais cette langueur, qui venoit de 
leur défefpoir , produifit an effet des plus étran: 
ges. La Flotte d’Achin s'imaginant qu'ils étoien! 
occupés de quelque itratagême, qui he tarde 
roit point à paroître, furent faifis d'une terreur 
panique qui les fit retourner dans leurs Port: 
Afie Portugaile, vol. IIL page 334 

(4) Cettre Lettre a été traduite de l’Arabt 
par William Bedwel , le feul Profefléur qu 
l'Angleterre eut alors dans cette Langue; 


# 
D 


Li 
* 


 UX 


fous la condui. 


& de recevoir 
ent: chargés de 
Flotte de qua: 
votre Fauteile, 
& de leur pro: 
dans l’éxercice 

ui fera le mé. 
rdre aufli d’ap 
ils puiffent vi 
onfirmer notre 
laifir de votre 
ons le Chef de 
Royale de l’éxé- 
qu'il eft char. 
qu'on l'écoute 
nos autres fu 
- attendre de fa 


& nous déman- 
ii plaife de nou: 
rien plus à Cœur 
de la voit durer 


rit (d) 


he dans fes ou- 
i eft exalté feul 
par les paroles 
n’eft point un 
cuñe comparai- 
Sa bénédiétion 
fur l'ouvrage de 
TEL 


reftoit-il cent-cin: 
alaca pour fe défer: 
les & fans munitions. 
s le fente & dans 
eur, qui venoit de 
effet des plus étran 
ginant qu'ils étoien 
me, qui he tarde 
t faifis d'une terrelf 
er dans leurs Porti 
age 334 
Là de l’Aralt 
feul Profefféur qu 
cette Langue, 


gré à tous fs M4, cafter; Dieu veuille lui accorder long-tems fes bienfaits. 


INDES ORIENTALES, Eav IIL nav. 1. 27 


fa création. I a été proclamé de bouche par fon Prophéte. H l’eft encore 
M, par fes écrits. [Sa révélation eft deilinée à la Ville, qui n'efi: pas lache 
4, quand il s'agit de donner des preuves de fon Amour envers lui: par elle 
il entretient cette fociété qui remplit avec joie l'Horizon; & c'eft en fa fa- 
 veur qu'il a fait des fignes qui en perpetucront le fouvenir. Il bénit ceux dont 
la requis eft jufte ; ‘qui fe conduifent honnêtement, & qui donnent des preu- 
ves de leur bon naturel, en faifant du bien; en aidant aufñi bien ceux qui 
font dans la profpérité que ceux qui fe trouvent dans l’adverfité; en don- 
nant libéralement aux pauvres, & à ceux qui font dans le befoin; en fecou- 
rant avec empreffement ceux qui font dans le danger. C’eft en leur confidé- 
ration qu’il s’eft fait connoître dans l'Inde & dans l'Arach (e) en fufcitant 
& deshommes diftingués, pour appeller à lui les meilleures de fes Créatures.] 
7 , Cerre Lettre ceft à la Sultane qui régne fur les Royaumes d’Angieter- 
à re, de France, d'Irlande, de Hollande & de Frizeland. Que Dieu confer- 
3 ve fon Royaume & fon Empire dans une longue profpérité. 
» Et comme celui qui a obtenu cette Lettre du Roi du Royaume d’Achin 
# (f); régnant avec un abfolu pouvoir, a répandu de vous un glorieux té- 
 moignage, qui a été reçu avec joie de la bouche du Capitaine Tartes Lan- 
Et comme vos 
Lettres parlent de recommandation , de privilèges & d'amitié ; Dieu tout- 
puiffant veuille avancer le fuccès d'une fi honorable Alliance, & confirmer 
une fi digne Ligue. 
» ET pour ce qui regarde le Sultan d’Afrangiah, (g) 


c 1 que vous nous dé- 
clarez pour votre ennemi & pour l'ennemi de votre Peu 


votre le, dans quel- 
4 que lieu qu'il fait depuis le commencement jufqu'aujourd'hui. En vain 
"44 s éleve-t-il orgucilleufement, & fe donne-t-il pour le Roi du monde. Qu'’a-t- 
ul de plus que fon orgueil? C’eft un furcroît de joye pour moi, &une con- 
gfirmation de notre Alliance, qu'il foit notre ennemi commun dans ce mon- 
de & dans l’autre. En quelque lieu que nous puiffions le rencontrer, nous 
4 lui Ôterons la vie par un fupplice public. " 
3 Vous affürez de plus que vous defirez notre amitié & notre Alliance. 
Que Dieu foit béni& remercié pour la grandeur defes graces. Notre in- 
tention & notre defir font qu’il vous plaife d'envoyer vos Sujets à notre 
iBandar , (h) pour éxercer un honorable trafic ; & que quiquonque viendra 
Midans cette vûe de la part de Votre Hautefle, foit admis à la même fociété 
3718 aux mêmes privilèges; car aufli-tôt que le Capitaine Jacques Lancafter 
» & fa Kormpagnle font arrivés, nous leur avons permis de former une fo- 
ciété libre, & nous les avons revêtus de la dignité convenable à leur en- 
treprife. Nous leur avons accordé des privilèges; nous les avons inftruits 
des meilleures méthodes du commerce, & pour leur faire connoître la 
fraternité & l'amitié que nous voulons entretenir avec vous dans cé mon- 
» de, 
(ce) Ce mot défigne a L 
AN voifine des CPR HS A De 
fan ou la peus ou peut-être auffi s'agit-il de 
Wrak, où Erak, qui eft l’ancienne Chaldée. 
(Cf) Ty a dans l’Original Ashey.] Si c’eft- 
le véritable nom de ce Royaume, Achenen 


D 2 


eft une corruption. 
(g) C'eft un nom que les Arabes donnent 

en géneral à toute l'Europe, dont les Efpagnols 

fe donnoient alors pour les Maîtres. 

HACb) [Principal Officier du ] Port d’Achin, 


LANCASY Eu. 


1603. 


23 : VOYAGES DES. ANGLOIS AUX 


» de, nous vous envoyons par les mains du Capitaine, fuivant l'ufage de 
1608. >, la fameufe Ville Go une bague d'or, enrichie d'un rubis, & deux pié. 
b 


LANCASTER. 


» Ces d'étoffe tiffues & brodées d'or, enfermées dans une boëte rouge de 
» Trin(k). Donné l'an de Mahomet 1011 (/). La paix foit avec nous. (m) 


(i) 11 paroît incertain fi le Roi parle de dans l'Original Tarikb, &] répond à 1602 de 
Londres ou d’Achin, ou peut-être de la Mec- l'Ere Chrétienne. 
que, d'où tous les Princes Mufulmans font (m) Il eft étonnant que le nom du Roi 
gloire de tirer la fource deleurs ufages.R.d.T.  d'Âchin, ne fe trouve point dans la Traduétion 
(k) Bedwell prétend que c'eft la Chine. de cette Lettre; car vray-femblablement il ett 
a) Cette année de l'Hégire [eft nommée dans l'Original. 


ASAMDI AMI IANDIAERNL LR LAID AUDILEN AR 


C H A P IT R E. II 


Voyage du Capitaine Middleton en 1604, au nom de la Compagnie des 
Indes Orientales. 


Henxi [LE retour du Capitaine Läncafter mit comme le fceau à l’établiffement de: #4. 
Mipueron. 4 la Compagnie d'Angleterre. Il n’y manquoit rien dans l'opinion des I 
De Anglois, lorfqu'elle étoit également fondée fur l'autorité de leur Reine & 
des Anglois fur le confentement des Monarques Indiens, dont les Etats faifoient l’objet 
par raportau de leur commerce. Les privilèges de l’Efpagne & du Portugal , fondés fur ! 
commerce des Ja donation du Saint-Siége, ou fur le droit de poffeffion, leur parurent éga- 
indes Orientä- Jement chimériques ; les uns parce que s'étant féparés de l'Eglife Romaine, 
ils ne reconnoifloient plus fes loix; les autres, parce que ne penfant point à 
s'établir aux Indes par des ufurpations & des conruêtes, ils fe perfuadèrent, 
fur les fimples principes de la nature, que tous les biens du monde font pro- 
pofés à l’honnête induftrie des hommes, & doivent être la récompenfe du 
plus habile & du plus laborieux. Cependant comme ils ne s’attendoient point 
à faire goûter aifément ces maximes aux Sujets de l'Efpagne & du Portugal, 
ils prirent la réfolution de fe tenir toûjours fur leurs gardes, moins pour at- 
taquer que pour fe défendre, comme il convient à des Négocians, qui 
cherchent leurs avantages fans s’oppofer à ceux d'autrui, & de rendre 
tous les Vaiffeaux de la Compagnie également propres à la guerre & au 

commerce, 
Récompenfe  L'ANCASTER avoit mérité par fes longs travaux, non-feulement la digni- 
le Lancalter. té de Chevalier qu’il obtint de la Cour, mais encore le privilège de jouir dé- 
. formais de fa réputation & de fes richeffes à la tête d'une Compagnie qui le 
reconnoifloit pour fou fondateur.] Elle choifit pour commander fa Flotte, 
La Compagnie Henry. Middleton, proche parent de celui qui étoit mort à Bantam. Les 
choifit Mid-  Vaiffeaux furent les mêmes qui avoient déja fait le voyage avec Lancafter. 
ons ls partirent de Gravefend le 25 de Mars 1604: Comme ils avoient différens 
fa Motte. ordres, & qu'ils fe féparèrent dans le cours de leur navigation, il nous eft 
refté deux Relations de ce Voyage ; l'une écrite à bord de l'Amiral , qui fe 
borne aux négociations de Middleton dans l’Ifle de Java, & aux Moluques; 
l'autre compofée fuivant les apparences, à bord de l'#/renfion, où l’on trou- 
ve 


AUX 

ant l'ufage de 
, & deux pié- 
oëte rouge de 
ivec nous. (m) 


] répond à 1602 de 


e le nom du Roi 
: dans la Traduétion 
emblablenent il ett 


ILE XAN 
TI. 
pagnie des 


'établiffement de 


s l'opinion des 
e leur Reine & 
faifoient l’objet 
gal , fondés fur 
 parurent éga- 
glife Romaine, 
penfant point à 
e perfuadèrent, 
onde font pro- 
récompenfe du 
ttendoient point 
& du Portugal, 
moins pour at- 
Jégocians , qui 
| & de rendre 
a guerre & au 


lement la digni- 
ge de jouir dé- 
mpagnie qui le 
der fa Flotte, 
Bantam. Les 
vec Lancafter. 
oient différens 
bn, il nous cft 
Amiral , qui fe 
ux Moluques; 
, où l’on trou“ 

ve 


À INDES ORIENTALES, Lav. I. Cnar. IL. 29 


Me des circonftances qui ont un rapport plus géneral à toute la Flotte. PurchaîT 
“hous a confervé l’une & l’autre (a) | | 
La première (b) pafle fur tous les accidens de la route, en faifant ob- 
rver feulement qu'ils eurent moins de.danger que de fatigue, & d'ennui. 
iddleton arriva le 20 de Décembre dans la Rade de Bantam. Il y trouva 
plufieurs Bâtimens Holkandoïis, qui le faluëèrent, civilement de toute leurartil- 
Brie, & qui lui donnèrent dès le lendemain un féftin magnifique, avec tous 
S5 Officiers. Il ne les traita pas moins fomptueufement le dernier jour de 
hnnée; & defcendant à terre le jour füuivant , il préfenta les Lettres du nou- 
Meau Roi d'Angleterre au jeune Monarque de Bantam, qui étoit encore fous 
tutelle de fon Confeil. 
“0 ArRrès avoir reglé les affaires du commerce, Middleton fit partir l'Hec- 
“or pour l'Angleterre, avec les marchandifes qui s'étoient trouvées prêtes à 
"Fembarquement; & diverfes raifons le preffant de fe rendre aux Moiuques , 
kmit à la voile pour ces Ifles dès le feize de Janvier. Les vents ayant mal 
fécondé fon impatience , il n’arriva que le 7 de Février à Veranula. Les Ha- 
bitans de ce lieu, dans la haine mortelle qu'ils portoient aux Portugais, a- 
Joient appellé les Hollandois à leur fecours, après leur avoir promis de fe 
Hioûmettre à leur Domination, s'ils les délivroient de leurs Ennemis. [ Quoi- 
e les Marchands de Hollande fuffent peu difpofés à la guerre, ils n’avoient 
u rejetter des offres fi favorables à leur commerce. ] En un mot, s'étant 
pprochés du Château d’Amboyne, ils avoient fommé les Portugais, au nom 
Prince d'Orange de leur remettre cette Place avant la fin du jour. Le 
âteau n’avoit pas laiffé de foûtenir plufieurs attaques ; maïs s’étant rendu 
r compofition, les Hollandois s’y étoient établis; & le premier ufage qu'ils 


é d’éxiger des Habitans qu’ils n’entreroient dans aucun commerce avec les 
hglois. 

LA gucrre avoit continué entre les Hollandois & les Portugais, mais toû- 
rs moins en leur propre nom, que fous celui des Nations Indiennes aux- 
elles ils prêtoient leur alfiftance. Les premiers avoient pris parti pour le Roi 
Ternate, & les Portugais pour celui de Tydor. Ils étoient dans la plus 
€ chaleur de ce différend, lorfque les Anglois arrivant à Veranula, décou- 
irent entre Pulocafially & Tydor, deux Galères de Ternate qui s’avançoient 
s eux à force de rames & de voiles ; avec un Pavillon blanc, & d’autres 
Bnes pour les engager à les attendre. En même tems il parut fept Galères 
* dé Tydor , qui ne faifoient pas moins de diligence pour couper celles de 
Ternate, en s’efforçant de fe mettre entr’elles & la terre. Middleton igno- 
fant quel étoit leur deffein, fe préfenta fur le pont, pour écouter le Roi de 
«gernate qui parut avec plufeurs de fes Nobles & trois Marchands Hollan: 
bis. Ce Prince implora fon fecours [en Langue Portugaife,] & pour fa Ga: 
e & pour celle qui le fuivoit. Il avoit à faire, lui dit-il, à des Ennemis 
els, qui abufoient de l’avantage du nombre , & dont il n’efpéroit aucun 
artier. La feconde Galère avoit à bord plufieurs Hollandois, qui couroient 
le 


«y(b) Voyez la Colleétion de PurchalT Vol. I. 
pag. 703. . 


D 3 


(a) Ces deux Relations fe trouvent fépa- 
1Mées dans la collcétion.de PurchafT, parce.que 
fct Auteur n'a pas pu avoir l’une aflez-tôt. 


FENRI 
MipDLETON. 
1604. 

Elle arrive à 
Lantain, 


160$. 

Middleton 
fait voile aux 
Moluques. 


Gucrre entre 
les Hollandois 
& les Portu- 
gais. 


lavoient fait de leur puiffance, après en avoir chaffé les Portugais, avoit . 


Les Anglois 
y prennent 
Part, 


Hennr 
MibDLETON, 


160$. 


Piufeurs Hol- 


landois mafTa- 
crés à la vüe 


des Anglois, 


Les Anglois 
accufent les 
Hollandois 
d'ingratituce, 


gs VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


le même danger. [Enfin le Roi de Ternate ne croyant pas les Anglois eg. 
pables de fe déterininer uniquement en fa faveur, tit beaucoup valoir l'in 
térét d’une Nation à laquelle il fuppofoit des liens plus étroits avec l'Angic. 
terre.] Middleton fit tirer aufli-côt quelques piéces de canon fur les Galères 
de Tydor: mais elles n’abordèrent pas moins la feconde de T'ernate, où tout 
le monde fut Pen au fil de l'épée, à la réferve de crois [Marchands Hoi, 
landois ,] qui fe jettèrent à la nage , & qui furent reçus par les Chaloupa 
Angloifes. 

Le deffein de Middleton ayant été d'aller à Tydor , F& fa jaloufie d'ail. 
leurs n'étant déja que trop allumée contre les Hollandois par les informa- 
tions qu'il avoit reçues à Bantam, il ne paroîtra point furprenant qu'il eut 
marqué fi peu d'ardeur à les fecourir. Cependant] le Roi de Ternate, & 
les trois Marchands qui l'accompagnoient , le fupplièrent , avec tant d'in. 
ftances, de ne pas les abandonner à la fureur de leurs ennemis , qu’il leur 
accorda plus efficacement fa proteétion. L’Auteur avoue qu'ils l'achetérent 
à force de promefles, c'eft-à-dire, en s'engageant à fournir aux Anglois des 
monts de girofle & de canelle; mais il ajoûte qu'après le péril le fervice fut 
oublié. 1l reproche même au Roi de l'ernate une baffeffe indigne de fon 
rang: La frayeur l'ayant fait trembler de tous fes membres en paflant fur la 
Flotte Anglo“e, Middleton, qui le crut tremblant de froid, lui mit fur les 
épaules une fort belle robe de damas verd, galonnée d'or & doublée de 
velours. Le Monarque, trop occupé apparemment de fes réflexions, oubli 
de la rendre, & l’emporta même fans aucun remerciment. Il joignit à cet: 
te lâcheté une ingratitude beaucoup plus odieufe, [quoique l’Auteur en accu: 
fe encore plus particulièrement les Hollandois.] Middieton s'étant rendu à 
Tydor, après les avoir fauvés de leurs ennemis, apprit, avec étonnement, 
qu'il avoient fait avertir le Roi de Tydor, par des voies indireétes , de ft 
défier des Anglois, parce qu’on ne devoit attendre d’eux que des noirceurs 
& des trahifons. Un récit de cette nature auroit à peine trouvé foi dans l’ef. 
prit de Middleton, fi quelques affaires l'ayant obligé d'envoyer trois de fe 

ens au Commandant Hollandois, il n’eût apprit d'eux qu'on le chargeoit i 
Rérnte d'avoir pris parti pour les Portugais, & qu'on ne s’y fouvenoi 
plus de l'important fervice que la générofité & la pitié lui avoit fait rendre 
au Roi. 

CIL n'eut pas de peine à fe juftifier par le témoignage même des Prifon 
niers qu’il avoit fait fur les Portugais. Alors les Hollandois dirent pours’ex 
cufér, qu'ils tenoient ce fait d’un Renégat de Guzarate, mais qu'ils n’y ajow 
toient pas foi. Pour comble d'ingratitude, peu de tems après le Roi FA Ter 
nate témoignant quelque bonne volonté pour les Anglois, les Hollandoisk 
menacèrent de l’abandonner, & de fe joindre au Roi de Tydor, fon Enne 
mi, s’il accordoit quelque liberté de commerce aux Anglois, qu’ils difoient 
n'être que des Pyrates, au lieu que le Roi de Hollande étoit plus puiffait 
par Mer que tous les autres Princes de l’Europe (c). Middketon donna 

dément 


«#(c) L'Auteur de la Relation conclut de ce  thètes injurieufes, qui, fuivant une remarqu: 
fait qu'on a tout à craindre des Hollandois, fi de Purchaff, ne tombent que fur les Marchands 


. une fois ils viennent à s'établir dans lesindes qui font toûjours animés les uns contre lesat: 


Orientales ; & il accompagne ée qu'il dit, d'Epi- tres, & non fur toute la nation Hollandoif 


UX 
les. Anglois eg. 


oup valoir l'in à 


s avec l'Angie 
r fur les Galères 
ernate, Où tout 
Marchands Ho. 
r les Chaloupcs 


a jaloufe d'ail. 
ar les informa- 
renant qu'il eut 
le Ternate, & 
avec tant d'in- 
mis, qu'il leur 
ils l'achetérent 
aux Anglois des 
ril le fervice fut 
indigne de fon 
en pañlant fur la 
, lui mit fur les 
 & doublée de 
éflexions , oublia 
Il joignit à cet 
"Auteur en accu 
n s'étant rendu à 
ec étonnement, 
direétes , de f 
ue des noirceurs 
uvé foi dans l’ef 
yer trois de fe 
bn le chargeoïit à 
ne s’y fouvenoi 
avoit fait rendre 


ême des Prifon 
dirent pour s’ex 
is qu’ils n’y ajow 
ès le Roi de Ter 
les Hollandoisk 
ydor, fon Ennc 
s, qu'ils difoient 
oit plus puiffan 
dketon donna 


dément 


uivant une remarqli 

ue furles Marchand 

les uns contre les au: 
ation Hollandoife. 


INDÉS ORIENTALES, Liv. IL. Cuar, IL. ET 


% L'Aureun n'ajoûte à cette Relation du voyage de la Flotte aux Molu- 
es que deux Lettres, traduites par Bedwellos ; l'une du Roi de Térnate, & 
atre du Roi de ‘l'ydor. Quoiqu'elles ne contiennent aucun fait hiftorique, 
en peut conclure que ni la faveur des Hollandois à Ternate, ni celle des 
ortugais à T'ydor. n'empêchérent point Middleton de fonder , dans ces deux 
es, des efpérances confidérables pour fon commerce, C eft par cette rai- 
n fans doute; autant que par leur qualité de piéces originales, que Pur- 


ChalT les juge dignes d'être confervées précieufement. 


LETTRE du Roi de Ternate au Roi d'Angleterre. (d) 


4 


Capitaine Zrançois Drake, qui paffa dans ces Mers il y a trente ans,, 
fous le régne de mon Père. Il fut chargé, par mon Père & mon 
Prédécefleur, d’une bague pour la Reine d'Angleterre. Si François Dra- 
ke vivoit enco:e il pouroit vous informer de l'étroite amitié qui fubfiftoit 
alors entre la Reine & nous; cat Drake agifloit au nom de la Reine; & 
| mon Père non-feulement en fon propre nom, mais encore au nom de fes 
Succeffeurs. Depuis le départ du Capitaine nous avons attendu impa- 
tiemment fon retouf. Mon Père a continué de vivre plufieurs années, 
MI j'ai vêcu, après fa moft, dans la même efpérance , jufqu'à ce que je 
MMfuis devenu pere d’onze enfans. Dans les premiers tems , on nous avoit 
"hiürés que les Anglois étoient une Nation fort méchante, qui venoit 
moins pour éxercer paifiblement le commerce que pour s’empärer de nos. 
Etats. Mais nous apprenons, du Capitaine Middicton , porteur de cette 
Lettre, que c'étoit un faux rapport, & nous en avons beaucoup de joie. 
Après avoir long-tems attendu les Vaiffeaux que le Capitaine Drake nous 
lavoit fait efpérer ,ileneft arrivé plufieurs que nous avons pris d’abord pour 
des Angloiss Cépendant ils étoient au Prince d'Hollande, & n'ayant plus 
Maucune cfpérance d’être fecourus par ceux d'Angleterre, nous nous fom- 
Mmes vûs dans la néceflité d'écrire au Capitaine de Hollande pour lui de- 
wiMander fon afiftance contre les Portugais nos anciens ennemis. ,Il s’eft 


des Forts qu'ils avoient à Amboyne & à Tydor. Comme vous m'avez 
Miécrit une Lettre fort affeétionnée , par votre fujet le Capitaine Henri 
Middieton, je vous protefte qu'elle ne m'a pas caufé peu de joie. Le 
Capitaine Henri Middleton m'a témoigné beaucoup d'envie d'établir iciun 
M Comptoir. . J'étois fort difpofé à lui accorder fa demande. Mais le Capi- 
M tainc des Hollandois ayant appris fon deffein, eft venu me faire un reproche 


ñ d'avoir oublié la promefle que j'ai faite au Prince d'Hollande de ne per- 
4 ° mettre 


(d) J'ai confervé, comme le Traduéteur Anglois, toute fa fimplicité à cette Lettre. R. d. T.- 


w» YE me fouviens d’avoir entendu vanter votre réputation par le grand 


purendu à notre prière, & par la force de fes armes il a chaflé nosennemis : 


Hznarï 
Minneron, 


160$. 


Lettres des 
Rois deT'erna- 
te & deT'ydor, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Hennt mettre ici le commerce à aucune autre Nation que la fienne, s'il mefecou. 
Minperon. , roit affez puiffamment pour chaffer les Portugais. Ainfi je me fuis trouvé 
1605. obligé, contre mon inclination, de me rendre aux remontrances du Ca- 
pitaine des Hollandois. | J'en demande pardon à Votre Hautefle, & je lui 
promets que fi elle m'envoye d'autres aiffeaux à l'avenir ils feront bien 
reçus, quoique le Capitaine de Hollande me follicite beaucoup de n'enre- 
cevoir aucun de votre Nation. Et pour marquer à votre Hauteffe le de. 
fir que j'ai d'entretenir fon amitié , je lui envoye un petit préfent, qui 
confifte dans un tonneau de girofle ; car ce Pays eft pauvre & ne produit rien 
de meilleur. Plaife à votre Hauteffe de le recevoir de bonne part. Signé 
T'ernata. 


LETTRE du Roi de Tydor .au Roi d'Angleterre. 


Et Ecrit du Roi de Tydor au Roi d'Angleterre eft pour faire con- 
noître à Votre HautelTe que le Roi de Hollande a fait pafler dans nos 
Mers une Flotte qui s’eft jointe au Roi de Ternate notre ancien ennemi, 
& qu'étant venu nous attaquer enfemble, ils ont ravagé une partie de nos 
Etats, avec la réfolution de nous détruire, nous & nos füujets. Apprenant 
aujourd'hui que Votre Hauteffe a ceflé d'être en guerre avec le Roi d’'Ef- 
pagne, nous la prions de prendre pitié de nous, & de ne pas fouffrir que 
nous foyons opprimés par les Rois de Hollande & de Ternate, à qui nous 
n'avons fait aucun mal, quoiqu'ils employent toutes fortes de moyens pour 
nous dépouiller de notre Couronne. Comme tous les granus Rois de la 
terre font établis en puiflance par le Ciel pour. aflifter ceux qui font injufte- 
ment perfécutés, je demande à votre Hautefle fon fecours contre mes en- 
nemis, dans la.confiance d'y trouver le fecours dont j'ai befoin. S'il plaît 
à Votre Hautefle d'envoyer ici une Flotte, je lui demande en grace que 
ce foit fous le commandement du Capitaine Henri Middleton ou de fon 
frère, avec lefquels je fuis lié d'amitié. Que Dieu augmente l'étendue de 
vos Royaumes, & qu'il. accorde fa bénédiétion à Vous & à tous vos con- 
feils. Signé, T'ydor. 


LETTRE du Roi de: Bantam au Roi d'Angleterre. 


fPETTE Lettre eft écrite par votre ami le Roi de Bantam , à ‘vous 
le Roi d'Angleterre, d’Ecofle, de France & d'Irlande , avec une 
prière à Dieu tout-puiffant , afin qu'il -conferve votre fanté, & qu'il 
vous agrandifle de plus en plus, vous & vos confeils. Votre Général 
» ‘Henri Middleton étant venu à ma Cour en bonne fanté, .j'ai appris de lui 
» que Votre Hauteffe eft parvenue à la Couronne d'Angleterre, je m'en ré: 
»» Jouis dans la fincérité de mon cœur. C'eft à préfent'que Bantam & l’An- - 
» gleterre ne feront qu'un. J'ai reçu auffi de Votre Hautefe un préfent dont 
» Je la remercie. Je lui envoye deux pierres de Bézoar , dont l’une pèfe 
» quatorze mafT , l'autre trois. Que Dieu vous accorde fa proteétion Qui ne 
» Vigné, Bantam. : à mencen 
“près de 
0 & un 
LED 


‘U X 


, S'ilmefecou. 
me fuis trouvé 
rances du Ca- 
tefle, & je lui 
ils feront bien 
oup de n'enre- 
JautefTe le de- 
L préfent, qui 
ne produit rien 
nne part. Signé 


our faire con- 
pafler dans nos 
ncien ennemi, 
e partie de nos 
ets. Apprenant 
ec le Roi d’Ef- 


pas fouffrir que 


ate, à qui nous 
le moyens pour 
nus Rois de la 
qui font injufte- 
contre mes en- 
foin. S'il plait 
e en grace que 
ton ou de fon 
e l'étendue de 

tous vos Con- 


tam , à vous 
de , avec une 
anté , & qu'il 
Votre Général 
i appris de lui 
e, je m'en ré: 


antam & l’An- : 


un préfent dont 
lont l’une pèfe 
fa proteétion. 


ç1 


en 


INDES ORIENTALES, Liv. III Car. I. 33 


| $. I. 
Voyage du Capitaine Colthurft de Bantam à Banda. 


ANDIS (a) que l'Amiral fe rendit aux Moluques, l'Afcenfion partit 
de Bantam par fes ordres, pour faire voile à Banda, & les deux au- 
s Vaifleaux de fa Flotte, l'Heëtor & la Sufanne, ayant achevé prompte- 
nt leur cargaifon, retournèrent en Europe (b). 
CocruursrT, Capitaine de l'Afcenfon, après avoit lutté quelques jours 
ntre le vent, ne trouva point de parti plus für , que de rejoindre fon Ami- 
, avec lequel , continuant fa navigation jufqu'à la vûe d'Amboyne, il fut 
moin du malheur des deux Galères de Ternate. Mais ayant remis à la voi. 
aufli-tôt vers fon terme, il découvrit les Ifles de Banda le vingt de Fé- 
jer,& dès le même jour il mouilla l'ancre à Nera, qui en eft la princi- 
e Ville. On compte environ trente lieuës de la partie méridionale d'Am- 
e à Banda. La latitude de cette Ifle eft de que degrés quarante mi- 
füites. L'entrée du Port eft du côté de l'Oueft. Elle eft fi étroite qu'elle ne 
ht être apperçue qu'à la diftance d'un demi mille. À gauche, il fe préfen- 
une montagne fort haute, qui jette continuellement des flammes, au long 
de laquelle on trouve d'abord vingt braffes d'eau ; mais cette profondeur di- 
Binuc par degrés jufqu’à cinq bralles, & ne change point enfuite jufqu'au 
Mort. Vis-à-vis le Volcan font deux petites Ifles, nommées Pulouay & Pu- 
Min, qui rétréciflent ainfi le Canal; mais elles en forment un autre du côté 
ppofé, & l'on affüra Colthurft que le pañfage n’en eft pas moins für que le 
emier, quoiqu'il foit encore plus étroit; de forte que le choix en eft fort 
différent pour l'entrée & pour la fortie. 
HA [L'AurTeur s'étend fort peu fur les motifs & les circonftances de fon fé- 
r dans l'Ifle de Banda. Il y avoit été envoyé par Middleton pour y jetter 
es fondemens du commerce, & fa commiflion ne peut avoir été fans fuccès, 
juifqu'il y pañla cinq mois entiers. Le caraétère doux & fociable des habitans 
Bontribua prefqu’autant à l'y retenir que le foin de fa cargaifon. Dans le def- 
in qu'il avoit de recommencer plus d’une fois le voyage des Indes, il prit 
MMette occafion pour apprendre la Langue; & quoiqu'il fe confeffe bien éloi- 
Mihé d'y avoir réufli parfaitement , il fit aflez de progrès pour fe croire en é- 
%t de voyager déformais fans interprête. Les Anglois de fon bord ne trou- 
wèrent point dans les femmes de Nera cette averfion pour leurs carefles qu'ils 
k avoient 


à (a) Thomas Clayborne, Auteur de cette 
“lation, [étoit un des Faëteurs du Vaiffeau, 
n'écrivoit rien fans le communiquer à fes 
mpagnons de voyage.] CetteRclation eft dans 
Colleétion de Purchafl. Vol. I. pag. 185. 
(b) Le Traduéteur fupprimeicile jou du 
k oyage depuis l'Angleterre aux Indes, mais 
à ne contient rien d’intéreffant. En voici l'Ef- 
Mentiel. La Flotte partit d'Angleterre au com- 
…. mencement d'Avril 1604. Le 24 elle fe trouva 


le lendemain on voulut aller apprendre de fes 
nouvelles, mais il n'y eut pas moyen de s'ap- 
procher de l'Ifle. Le 16 de Mai on pafñfa la Li- 
gne, & le 13 “a Jui on fut à 15 lieuës du 
Cap de Bonne-E pére Le 17 on jettal'an- 
cre dans la rade de Suldanna, où feize mala- 
des, aïtaqués du fcorbut, recouvrèrent leur 
fanté. Cole, Pilote du Heëtor, fe noya dans 
cet endroit. L'on en partit le 20 d'Août, &le 
23 de Décembre l’on jetta l'ancre dans la ra. 
de de Bantam, où l'on trouva fept Vaifleaux 
Hollandois & trois ou quatre Pinaffes. R.d.E. 


près de l'Ile de Mai. L'on defcendit à terre, 
; un Marchand fut enlevé par les Habitans; 


II. Part. 


re 


É 


“% 
{ 


Henxur 
MibbLETON, 


160%. 


Séparation de 
la Flotte An- 
gloife à Baa- 
tan, 


Situation de 
l'Ifle deBanda, 


Double en- 
tréc du Port. 


Séjour deCol- 
thurft äNera. 


Il apprend la 
langue du 
Pays. 


Henni 
MipDLETON, 


1605. 


Vents & cit- 
nat de Banda, 


Maladie des 
Anglois. 


Ils quittent 
Banda. 


IesCélèbes, 


Colthurft re- 
vient à Ban- 
tan, 

Il y retrouve 
deux Vaif- 
feaux de la 
Flotte, 


Soupçons de 
Colthurft, 


34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


avoient remarquée jufqu'alors dans les autres lieux qu'ils avoient. vifités, ni ain 
dans les maris & les pères autant de délicatefTe ou de jaloufe qu'à Bantam,  Æ, ; 
& dans l'Ifle de Sumatra. L'Auteur laifle entendre que, pour je faciliter lé. nire 
tude de la Langue, Colthurit forma des liaifons fort étroites avec plufieurs e ja 
femmes Indiennes, fans que perfonne lui fitun crime de fes galanteries. Mais mo 


il ne cache point qu’elles écoient beaucoup plus fenfibles à l'intéréc qu'àla  Géto 
tendreffe, & que la facilité des pères & des maris paroifloit Venir de la mé. oi 
me caufe. Les vents contraires favorifèrent auffi l'inclination de Colthurft | 
our la Langue ou pour les femmes du Pays.] Ils furent extrêmement varia- 
Êles depuis le milieu de Mars Ve de milieu d'Avril. Enfüuite ils fe fixèrent, 
pendant quatre mois, entre l'Éft & le Sud-Oueft. Les Habitans affüroient 
qu'ordinairement cela duroit cinq mois; que pendant cinq autres mois, ils 
n'étoient pas moins conftans entre l'Oueft & le Nord-Oueft, & que les deux 
mois de refte font fujets à des variations continuelles. Dans l’abfence de la 
Lune, l'air eft fort humide à Banda, & les pluies trés-fréquentes. Quelques 
qualités qu'on veuille leur attribuer, il eft certain, füuivant l'obfervation de 
l'Auteur , qu’elles font capables de caufer des maladies dangereufes aux Eur 
ropéens. Les Anglois s'en reffentirent. [Mais comme l’Auteur avoue qu'ils. 
fe livrèrent à toutes fortes d'intempérances, il femble que , fans accufer l1 
luie, cette caufe fuflit feule pour expliquer la perte d'un] grand nombre de 
atclots Anglois, qui moururent prefque tous de la diffenterie. 
CoLTuursT partit enfin de Banda le 21 de Juillet. Le lendemain il tom- 
ba vers l'extrémité méridionale de Burvo. Quatre jours après, il commença 
à découvrir l’Ifle de Defelem, au Sud de laquelle il s’approcha, en laiffant de 
l'autre côté fept petites Ifles. Il continua de côtoyer Defelem à l'Oueft juf. 
u’au fixiéme degré dix minutes de latitude. Enfuite, fans changer de vent 
& de courfe pendant dix-huit lieuës, ils allèrent tomber près des Bas-fonds, 
qui font à la pointe Sud-Oueft des 1fles Célèbes. Ils fe dégagèrent heureufe- 
ment de ce dangereux pañlage, dont l’extrémité méridionale eft au fixième 
degré de latitude, & leur navigation fut continuée vers l'Oueft, HN 
Le 16 d'Août ils arrivèrent dans la rade de Bantam, où ils furent furpris M 
de retrouver l’Amiral. [Colthurft ayant amené de Banda une Indienne qui. 
l'avoit fuivi volontairement, les Officiers du Port lui firent un crime de cette 
liberté, qu’ils traitèrent d'enlèvement, & l'affaire fut portée devant le Roi. 
Mais ce jeune Prince, après avoir entendu l’Indienne, décida qu’on ne pou: 
voit l'empêcher de fuivre fon inclination. Elle avoit paru défefpérée de fe 
voir éloignée, pendant quelques jours , des Anglois, & fa joie ne fut pa 
moins vive lorfqu’elle leur fut rendue.] 

Les trois Vaifleaux s’arrêtérent encore jufqu’au 6 d'Oétobre pour achever 
parfaitement leur cargaifon. [Colthurft devenu fort cher aux Indiens depuis 
u'il s’étoit mis en état de leur parler & de les entendre, fut vivement pref 
é de demeurer parmi eux. Leurs inftances devinrent fi forces que malgré les 
apparences d'amitié dont elles étoient couvertes, elles lui firent foupçonner 
des vûes plus profondes. Il s’imagina qu'ayant marqué de la curiofité pour ke 

approfondir leur gouvernement & leurs ufages, il pouvoit leur avoir fait naî- 

tre quelque défiance de fes intentions ; ou du moins que leur politique étoit 

capable de leur faire fouhaiter qu'il ne portât point en Europe trop d’éclair 

cillcmens & de lumières fur la fituation & les propriétés de leur Pays. Li 
craint 


UX 


ient  vifités, ni 
2 qu'à Bantam, 
r je faciliter lé. 
y avec plufieurs 
alanteries. Mais 
l'intérêt qu'à la 
venir de la mé. 
nn de Colthurit 
'émement varia- 
e ils fe fixèrent, 
bitans affüroient 
autres mois, ils 
& que les deux 
s l’abfence de la 
entes. Quelques 
l'obfervation de 
ereufes aux Eu- 
eur avoue qu'ils 
fans accufer la 
rand nombre de 
crie. 
ndemain il tom- 
s, il commença 
a, en laiflant de 
m à l'Oueft juf: 
hanger de vent 
s des Bas-fonds, 
rérent heureufe- 
> eft au fixième 
eft. 
ils furent furpris 


e Indienne qui: 


1 crime de cette 
e devant le Roi 
da qu’on ne pour 
défefpérée de fe 
joie ne fut pa 


bre pour achever 
x Indiens depuis 
t vivement pref 
s que malgré les 
rent foupçonner 
curiofité pour 

r avoir fait nai- 
r politique étol 
pe trop d’éclair: 
leur Pays. Li 
craint 


Ÿ INDES ORIENTALES, Liv. IL Cuam ll 35 


rainte d'étre arrêté malgré lui, contribua autant que le fuccès de fa cargai- 
Ton à lui faire lever l'ancre deux ou rois jours avant l'Amiral.] Ils fe rejoi- 
nirent le rs de Novembre, au trente-unième degré quarante-huit minutes 
de latitude. Le même jour il fe trouvèrent, par la négligence des Pilotes, 
moins de deux coifes d'un rocher qui leur caufa beaucoup de frayeur, Il 
n'étoit pas couvert d’une braffe d'eau. Dans tout l'efpace qu'il occupoic, l'eau 
oiffoit brune & bourbeufe, mais autour des deux Vaifleaux , elle écoit aufi 
jre & aufli épaifle que fi elle eût été mélée de terre; & , dans quelques en- 
its, elle fembloit bouillonner. La variation de ce lieu eft de trente-un de- 
és, en diminuant du Nord à l'Oueft. 
Le 16 de Décembre, aux premiers rayons du jour, la Flotte cut la vûe 
s Côtes d'Ethiopie, à la diftance d'environ douze lieuës. Le 26, ils arri- 
rent au trente-quatrième deg é treize minutes de latitude, où l'impétuofi- 
du vent fépara Colthurft de l’Amiral. Il continua fa navigation fort heu- 
Teufement, & doublant de même le Cap de Bonne-Efpérance, il prit la ré- 
qu de relâcher dans la Baye de Saldanna, pour y attendre fes Compa- 


s: mais fa furprife fut égale à fa joie , lorfqu'après y avoir apperçu deux 
fafeaux à l'ancre fans avoir pû d’abord les reconnoître, il découvrit enfin 
c'étoient l'Amiral & l'Heétor, 
ELUI-C1, qui étoit parti de Bantam avec la Sufanne, il y avoit plus de 
E mois, avoit effuyé toutes les difgraces de la Mer ; mais plus heureux néan- 
Dins que la Sufanne : il l’avoit vûe périr, fans qu'il s'en fût fauvé un feul 
mme (c). Enfüuite ayant continué d'être le jouët des vents, il avoit été jet- 
ia quatre ou cinq lieuës du Cap de Bonne-Efpérance, avec dix hommes 
Bi lui reftoient de cinquante-trois. Fos dix malheureux, épuifés de maladie 
ide fatigue, ignoroient dans quel lieu du mondeils étoient, lorfqu’un bon- 
Meur prefqu'incroyable leur avoit fait rencontrer l’Amiral à la hauteur du 
Gp. Ils étoient arrivés depuis deux jours dans la Baye de Saldanna, où l’ex- 

mité de leurs befoins les avoit fait defcendre aufli-tôt dans la petite Ifle 
eft à l'entrée de cette Baye. Les veaux marins, qui s'y trouvent en a- 
Mändance, avoient été leur premier rafraîchiffement. Colthurft, dont les 
vifions commençoient aulli à manquer , profita de celle qu'ils avoient dé- 
faite d'un grand nombre de ces animaux. 
IDDN étoit au fix de Janvier. L'Amiral délibéra s’il devoit pénétrer avec fa 
te réunie, jui u’au fond de la Baye, ou remettre à la voile pour gagner 
le de Sainte-Hélène. Sa pitié pour les malheureux reftes de l’Heétor lui 
fitiprendre le premier de ces deux partis. Des dix hommes qui compofoient 
encore ce trifte Equipage, il en mourut deux dès les premiers jours. L'Ami- 
ral & Colthurft prirent chacun fur leur bord une partie des malades, & mi- 

t à leur place un nombre füffifant d’autres Matelots. La facilité qu'ils trou- 
rent à lier commerce avec les Négres du Pays, leur procura bientôt des 
mens & d’autres fecours. Dans l’efpace de dix jours, ceux qui paroifloient 


urans à leur arrivée, furent affez rétablis pour demander eux-mêmes, d’al- 
 refpirer un meilleur air à Sainte-Hélène. 

à , , , 
ON leva l'ancre le 16 au matin, [& l'on 


Le ù pañfa entre l'Ifle de Penguin & le 


Continent. ] 


(ce) Angl. il perdit de vücla Sufanne, dont on n'eut plus aucune nouvelle, R, d.E, 


E 2 


Héwar 
Miopieron 
160$. 
Les Anglois 
artent de 

antan, 


La tempête 
les fépare, 


Ils fe retrou 
ventäla Baye 
de Saldanna, 


Naufrage de 
la Sufanne. 


Extrémité de 
"Hcétor. 


1606, 


La Flotte fe 
rétablit dans 
la Baye. 

Elle part pour 
l'Ifle de Sain- 
te-Hélène, 


Henat 
MibbL£Ton, 


1606, 


Inquiétude de 
l'Arniral pour 
l'Heétor, 


L'Hcfor tc- 
joint l'Amiral; 
fon retour en 
Europe, 


36 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Continent.] L'Amiral étant forti le premier de la Baye, fut rejoint le jour 
fuivant par l'Afcenfion: mais après avoir vû quelque tems l'Heétor à leur 
fuite, ils furent furpris de le voir difparoître. Îls paflèrent inutilement tout 
le jour à s'attendre, Cependant comme le vent n'avoit rien de redoutable, ils 
remirent à la voile fans inquiétude, jufqu'au 31 de Janvier, Se trouvant au . 
feizième degré de latitude, ils conçurent qu'ils devoient être peu éloignés de * À 
Sainte-Hélène. L'Amiral qui commençoit à s'allarmer pour l'Hcétor, jetta 
l'ancre à cette hauteur fur vingt-huit braffes de fond. Après y avoir pañé 
le refte du jour & la nuit fuivante , il continua d'avancer à petites voiles, 
jufqu'à une heure après midi, qu'il découvrit l'Ifle de Sainte-Hélène. Il en 
étoit à douze ou treize lieuës. L'impatience qu'il avoit de revoir l'Heétor, 
li fit encore mouiller Lol ee lendemain. Il ne concevoit point ce M 
qui avoit pû retarder fa courfe dans un cems fi favorable, Enfin n'efpérant 
lus rien de fes foins, il s’approcha du Nord de l'Ifle, & vers midi il jetta 
’ancre dans la Rade, fur dix-fept brafles de profondeur. 

L'Isze préfente au Nord-Eft une pointe de terre, & au Nord-Eft quart 4 " 
l'Eft une montagne qui fe termine en pointe ,au fomm, "de laquelle on a plan- 
té une Croix. La Chapelle que les Portugais ont bâtie depuis long-tems, eft 
dans une vallée remplie d'arbres, qui regarde le Sud-Eft. L'autre pointe eft 


au Sud-Oueft. [C'eft dans les bois qui font au deflus de cette dernière pointes; LA 
qu'un Hermite Portugais Fait fa demeure. L’Amiral qui l'avoit connu dans neuviè 
le voyage de Lancafter, ne put réfifter à la curiofité de le revoir. 11 le l'Eft à 
retrouva dans fa cabane, mais fi changé , que nele croyant pas éloigné de fa tuent g 
fin, il lui propofa de venir recevoir fur la Flotte des fecours qui pouvoient êche 
rétablir fa fanté. Ses préventions contre la Religion des Anglois ne lui per- qu' 
mirent point d'accepter cette offre. Dans l'état de langueur où ils le laifré- la Ma 
rent à leur départ, fa vie ne pouvoit être de longue durée.] |  quide 
Le 3 de Février, on découvrit vers le foir un Vaiffeau qui s'approchoit #  dévore 
au Sud de l'Ifle, & qu'on reconnut enfin pour l'Heétor. Le vent étant à "M tie des 
l'Eft, il eut beaucoup de peine à gagner la Rade. [L'accident qui l'avoit:. merce 
arrêté, étoit une voie d'eau, dont les Matelots ne s’étoient apperçus qu'a: M les plu 
près le départ, & qui l’avoit forcé de retourner à l'Ifle de la Baye , où il 4 rais OÙ 
avoit eu befoin de trois jours pour fe mettre en état de fupporter la navigae #4 &6rs, 
tion.] Après avoir pris de nouveaux rafraîchiffemens à Sainte-Hélène , la Æg=E toit 
Flotte en partit le 11 avec un vent Eft-Nord-Eft, & porta direétement au L que les 
Nord-Oueft. [A la referve de plufieurs calmes, qui l'arrêtèrent quelquefois: toit mé 
quatre jours entiers, elle fut fi heureufe dans le rette de fa courfe , que fans celui à 
avoir mouillé dans aucun Port ,] elle arriva aux Dunes le 6 de Mui. j de à 5 
<l 
Eatitudes 6Ÿ Variations. D syctier 
o Deg Min. La pre 
Rade de Saldanna  . . . . . . . … . . , . . 933 56 venda 
Pointe Sud-Oueft des Célèbes . . . . . . . . . - 6 cou le. L: 
Noôe fous PEU. à 0 4 6 + 6 ce ee 6 à gi 48 0 ces de 
Variation près du Roc . , . … . . . . . . . . 91 oo MN nés,c 
Nord-Ouelt de Sainte-Hélène . , . . . . . . . . 16 oo 

Variation à Sainte-Hélène . … . . . . . . 4 . . 7 45 (a)l 


l'Origin: 


J X 


ces le jour 
cétor à leur 
ilement tout 
edoutable , ils 


trouvant au | 


u éloignés de 
Icétor, jetta 

avoir pale 
etites voiles, 
élène. Ilen 
ir l'Heétor, 
oit point ce 
in n'efpérant 
| midi il jetta 


J-Eft quart à 
Île ona plan- 
ng-tems, eft 
re pointe eft 
rnière pointe} 
connu dans 
evoir. Ille 
éloigné de fa 
ui pouvoient 
is ne lui per- 
ils le laïfè- 


ent étant à 


perçus qu'a- 
Baye , où il 
r la naviga. 
Hélène , Ja 
cétement au 
t quelquefois: 
e , que fans 
ai. 


Deg. Min. 

33 56 

6 co 

31 48 

QT 00 
16 O9 = 
Z 45 és 


s'approchoit 


t qui l'avoit: » 


INDES ORIENTALES, Lav, III, Car, LH. 37 


Supplément aux deux Rélations prévédentes (a). 


Voyages, avoit laifTé pour Faéteur à Bantam, Edmond Scot , avec or- 
dre de prendre adroitement toutes les informations qui pouvoient être utiles 
au commerce des Anglois, Scot étant revenu avec Middleton, fon Mémoi- 
re ne fut point imprimé à Londres avec les deux Relations précédentes, [par- 
ce que l'intérét de la Compagnie ne permettoit point encore de publier des 
lumières dont elle vouloit recueillir tout le fruit.] Mais Purchaff (b) n'a 
pas fait difficulté de l'inférer dans fon Recueil, comme une piéce d'autant 
plus curieufe, qu'elle contient l'origine & les circonftances des différends qui 
s'élevèrent aux Indes entre les Anglois & les Hollandois, & qui portèrent 


“un coup irréparable au commerce d'Angleterre. [On y trouve auffi plufieurs 
M particularités très incéreffantes fur l'Ifle de Java, & fur les mœurs, lé carac- 


tère, & le génie de fes Habitans; de forte qu'on peut la regarder comme 
un excellent fupplément aux deux Voyages À hr 58 
La Grande Dava, où Bantam eft fitué, eft une Ifle donc le centre eft au 
neuvième degré de latitude. Elle a cent quarante-fix licuës de longueur de 
l'Eft à l'Oueft, & nonante de largeur, du Sud au Nord. Soncentre ne con- 
tient guères que des montagnes, mais d'une hauteur médiocre , & qui n'em- 
êche pas qu'en plufieurs endroits [on ne puifle y monter à pied ou à cheval 
qu'e ” ne foient habitées, du moins celles qui ne font pas éloignées de 
la Mer. Les autres fervent de retraite à toutes fortes de bêtes farouches,, 
qui défcendent fouvent dans les plaines, & jufques fur le rivage, où elles 
dévorent toûjours quelques Habitans. Vers les Côtes , la plus grande par- 
tie des terres eft bafle & marécageufe. Les principales Villes pour le com- 
merce, ont leur fituation au Nord & au Nord-Eft de l’Ifle. On nomme pour 
les plus célèbres, Chiringin, Bantam, Jacatra & Jortan où Greefy. Les ma- 
rais où elles font fituées rendent l’air fort mal-fain, fur-tout pour. les Etran- 
ers, & ne produifent point d'autres marchandifes précieufes que le poivre. 
étoit à Bantam qu'il fe raffembloit de toutes les parties de l'Ifle , [avant 
L que les Hollandois l'achetaffent indifféremment par-tout.] On y en appor- 
toit même de divers autres pays; ce qui rendoit le marché fort fupérieur à 
celui d’Achin, & fans exception le plus confidérable de toutes les contrées 
de l'Inde. 
BaNTaM a dans fa longueur environ trois milles. I eft fort peuplé. Il 
s'y tient chaque jour trois marchés; un le matin, & deux dans l'après-midi. 
La preffe y eft fort grande, fur-tout à celui du matin. Cependant il ne s’ 
vend aucune forte de beftiaux, parce qu'il n'y en a point de privés dans l’If- 
le. La nourriture commune eft le ris, la volaille & le poiflon. Les édifi- 
ces de Bantam font de bois & de cannes, c’eft-à-dire fort légers ; mais or- 
nés, chez les Seigneurs, de fculptures & de vernis qui leur donnent de l'é- 
clat. 
7 (L) Voyez Purchaf] ‘s Pilgrims Voi. L. 
pig. 164. 
E 3 ‘ 


(a) Le Chapitre HI commence ici dans 
l'Original Anglois. R, d. E. 


Ancaîter qui commandoit la Flotte Angloife dans le premier des deux : 


Enmono 
Scor, 
1602, 
Edmond Sent 
Faëteur à Ban: 
tam y écrit fes 
obfervations. 


Situation & 
qualité de l'If. 
le de Java, 


Defcriptiorde 
Bantam, 


38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 
Enmowv clat On voit dans quelques maifons une grande chambre de brique , dont 


Scor. … Je feul ufage eft pour mettre les meubles à couvert dans le cas d'un incendie, - ca 
160% Ji coule dans la Ville quantité de petits ruifleaux, Le Port eft für & com. "4 joues | 
mode, Enfin f l'induftrie ne manquoit point aux Habitans, on pouroit fai. : “ el 

re de Bantam une des plus belles Villes des Indes, Elle eft environnée d'un cé des : 

* mur de brique , qui elt flanqué par intervalles de tours & de boulevards. A une lés 

Les Habitans affürenc que cette muraille a été bâtie par les Chinois ; & fi \eête, & 


l'on en juge par fes ruines, qu'on néglige de réparer, elle doit être fort 
ancienne, , à 

Ville Chi: Las Chinois ont à l'extrémité de Bantam un quartier , qui porte le nom 

nolie,près de Je Ville Chinoife. Elle n'eft féparée de l'autre que par une Rivière, qui 


enticrer 
robe ou 
Peuple 

des rein 


dis coule de-là au Palais du Roi, d'où elle fe répand dans la grande Ville, Cet- leurs, | 
te Rivière eft affez grande pour recevoir avec la marée, des Galères & des plufieur 
Barques chargées. Ville Chinoife eft bâtie prefqu'entièrement de briques paille , 
entremélées de cannes qui fe croifent. Les maifons font quarrées, &plates #Ù l'ixilité 
au fommet. Mais aufli-tôt que les Anglois y eurent porté leur architecture,  } 5mmes 
les plus riches Flabitans s'empreffèrent de la fuivre. [Les Hollandois & les} ont ord 
Anglois ont auffi leurs logemens dans cette Ville; leurs Maifons ne diffé- cette fo 
rent des autres qu'en ce qu'elles font plus grandes & plus hautes. Les. Hol- celle de 
landois en ont bâti une qui eft coute de brique ; elle leur a couté beau- chevaux 
— ! hommes 
1 "Roi de Bantam jouit d'un pouvoir abfolu. Depuis la dépoñition & la ke, &c 
mort de l'Empereur de Damake, il eft regardé comme le plus puiflant Roi La 1 


de l'Ile. Ses Sujets font d'une fierté extrême, quoique la plûpart foient fort M des perf 
pauvres, C'eft la pareffe qui caufe leur indigence. Les Chinois plantent, dans leu 
cultivent & recucillent le poivre. Ils fément aulli leris; & l'avantage qu'ils © un Prop 
tirent de ces emplois fous des maîtres indolens, leur fait compter pour rien 


d'être regardés comme leurs efclaves. Un Javan pouffe l'orgueil fi loin qu'il & qui « 
ne fouffriroit pas que fon égal fût aflis d'un pouce plus haut que lui. Le ca- Diable, 
Licheté des raétère général de la Nation eft la lächeté & la vengeance. Quoique tous les “ obligés 


favans dans naturels de l'Ifle foient grands & robuftes , s'ils prennent querelle, ils em. \ qu'à Die 


ce, "8%" ployent ordinairement toute leur adrefle à faifir l'avantage du tems ou du M “Les 
ieu; & fondant fur leur adverfaire, ils l'affaflinent fans lui laiffer le. moyen  Æideux fé 
de fe reconnoître. Leur Loi pour le meurtre eft de payer une amende au autre, e 
Roi. N'ayant pas d'autre frein, les parens & les amis du mort ne manquent La pauvr 
point de tuer aufli le meurtrier, tandis que le Roi s'affige rarement d'une vec avid 
multiplication de crimes qui augmentent fon revenu. L'arme ordinaire des  kgfans de 
Leurs armes  Javans eft un poignard qu'ils appellent crife, long d'environ deux pieds. La MU corromp 


dans l'If) 
Peuple ; 
de fa bo 


pt opt plûpart en enioifonnent le fer dans la trempe, de forte que de mille blefu- 
| res, il n'y en a prefque pas une qui ne foit mortelle, La poignée ou le 
manche de ce funefte inftrument eft de corne ou de bois , travaillé affez ha- 
bilement pour repréfenter la forme du Diable, à qui la plûpart des Javans M plus d'ur 
rendent des adorations. A la guerre, ils font armés de piques, de dards & 4 partie de 
de targettes; [quelques-uns ont appris depuis peu à faire ufage du Mousquet,K 1 vans éto 

mais ils le manient affez mal-adroitement ]. | | à 

Leurs maria. . La Loi des mariages borne les hommes à trois femmes: mais cet ufage 


ges & leurs eft refferré par une autre Loi, qui oblige les hommes de naiffance libre à M se : ss 
Ie donner à chacune de leurs femmes dix Éfclaves pour la fervir. Auñila po- chair hum: 


ligamic 


X INDES ORIENTALES, Liv, III Cnar, IL 39 
que , dont iramie n'eft-elle commune parmi les Seigneurs & les plus riches Mar- 
in incendie, chande, qui ont d'ailleurs la libéré d'ufer indifféremment de toutes les Ef- 
dr & com. % cjaves qu'ils donnent à leurs femmes. [fi celles-ci font convaincues d'adulté- 
pouroit fai : ÆÙ ciles font dabord punies de mort aufli-bien que leurs galants, L'autori- 
onnée d'un "des Maîtres fur les Efclaves eft telle, qu'ils peuvent les fajre mourir pour 
boulevards, " ;% jugère faute, ] L'habit des perfonnes de diftinétion, eft un curban fur la 
nois ; & fi rète, & une fimple piéce de calico autour des reins, Ils ont le refte du corps 
t étre fort entiérement nud; quoique dans certaines occafions ils portent une forte de 

robe ou de cafaque, qui eft de velours ou de quelqu'autre étofFe de foye. Le 
rte le nom Peuple a la tête couverte d'une tocque de velours, ou de taffecas, Autour 


ivière, qui 
Ville, Cet- 
lères & des 


des reins, ils ont en forme de ceinture un pagne, ou une piéce de deux cou- 
leurs, large d'une aune, dont l'étoffe vient de Clyn, où l'on en fabrique de 

lufieurs fortes. Ils ont dans l'Ifle même de Java, l'invention d’une toile é- 
de briques paiffe, de cocton ou de feuilles d'arbre , dont ils pouroient tirer beaucoup 
s, &plates Ù d'urilité ; mais leur pareffe fait qu'ils s'en trouve fort peu. La vanité des 
chiteëture, :"" j}ommes les fait aller fouvent tête nue, pour montrer leurs cheveux, qu'ils 
dois & les} ont ordinairement fort épais & forc bouclés, Les femmes fe donnent auffi 
18 ne diffé- cette forte d'agrément; & leur chevelure étant beaucoup plus longue que 
. Les, Hol- celle des hommes, elles la portent flottante, & noude comme la queuë des 
couté beau- chevaux l'eft en Europe. Elles ont à la ceinture une piéce d'étoffe comme les 
hommes, mais elles y joignent une forte d'écharpe, qui leur palfe fur l'épau- 


fition & la le, & qui tombe négligemment par derrière, 
uiflant Roi LA Religion dans l'Ile de Java n'eft guères refpeétée que des Grauds & 
t foient fort des perfonnes riches, Ils fréquentent peu les T'emples; mais ils entretiennent 
s plantent,  " dans leurs maifons des Prêtres Mahométans. Ils honorent Jefus-Chrift comme 
antagequ'ils M4 un Prophéte, fous le nom Arabe de Nabi-[fa, qui fignifie le Propbéte Pi 
r pour rien # Le Peuple fe borne à reconnoître un Dieu, qui a créé le Ciel & la Terre, 
fi loin qu'il & qui eft fi bon qu'il ne peut caufer aucun mal. Mais ils admettent aufli un 
il. Le ca- Diable, qui eft le principe de tout mal, & fi porté à nuire, qu'ils fe croyent 
ique tous les # obligés de lui rendre autant d’adoration pour calmer fon humeur maligne, 
e, ils em 4 qu'a Dieu pour obtenir fes bienfaits. 


tems ou Cu 7 Les excès d'incontinence font également communs à Bantam dans les 
le. moyen deux féxes. [ Un homme riche fe procure aifément les objets de l'amour d'un 


amende au autre, en cherchant quelque prétexte pour lui prêter de l'argent; parce que ] 
e manquent Ja pauvreté, qui eft commune à tous les Habitans, fait accepter les prêts a- 


ent d'une vec avidité, ue Ja Loi autorife le Créancier à faifir la. femme & les en- 
dinaire des  Xf-fans de fon Débiteur, [ Tous ceux qui éxercent quelqu'emploi, fe laiffent 
ieds. La  corrompre par des préfens.] Le penchant au vol R un vice prefque général 
mille bleflu- "7 dans l'Ile de Java. Les premiers Seigneurs n'en font pas plus exempts que le 


rnée ou le 
é affez ha- 
des Javans 


Peuple; & l'étude d'un Etranger doit être continuellement de veiller au foin 
de fa bourfe & de fon bagage. A l’arrivée des Anglois, on ne comptoit pas 
plus d’un fiécle jufqu’au tems où les Chinois avoient apporté dans l'lile une 


de dards & 4 partie de leurs goûts & de leurs ufages. Avant cette communication, les Ja- 

Mousquet,K# " vans étoient fi barbares, qu’à peine vivoient-ils en fociété (c). Ilsontconfervé 
si de 

s cet ufage 

ce libre à « (c) l'Original dit que la Barbarie des Ja-  Colleétion remarquent que Scot avance ce fait 

Auffila po- #_ vans confiftoit en ce qu'ils fe nourriffoient de un peu trop légèrement; car outre qu'il n'eft 


Li A # chair humaine, Sur cela les Auteurs de cette pus encore bien décidé, s'il y a réellement des 
ganu 4 peuples 


Evmonn 
Scor, 


1602. 


Leur Religion: 


Ils (ont fans 
mœurs, 


Voleurs. 


40 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


de leur ancienne barbarie une extrême averfion pour le travail. [ Ils aimentt# 
fort la Mufique.] La plûpart pañlent le jour affis à terre, & les'jambes croi. #4 po pe 
fées, à couper un petit bâton, ou à perfectionner le manche de leur crife, MMMOu qu'118 
ce qui les rend prefque tous fort bons Sculpteurs. Leur indolence & leur oifi: "# " Lx 3h 
veté n'empêche, pas qu'ils ne mangent eh np Mais elle les réduit ME: 11° 
au ris, aux racines & à la pêche pour fa 

la chaffe, ou quelque travail pour la nourriture & l'entretien des beftiaux, 
pouroit leur procurer de meilleurs alimens. Entre les fruits de la terre , ils 
ont les feuilles d'un arbriffeau qu'ils nomment Betel, & qui préparées avec 
la noix de ( d ) Pinango, forment une compofition dont ils font leurs délices. 
La qualité en eft fort chaude. Ils en mâchent continuellement: pour s'échauf- 
fer l'eftomac & fe préferver de la diffenterie. Ils n'ont pas moins de pañlion 
pour le tabac & pour l’opium. 

Comme ils manquent de génie pour le Gouvernement & pour les affaires "8 
politiques, la plûpart des grands emplois font occupés à Bantam par des In- !" 
diens de C/yn, qui ne réufliflent pas moins à s'enrichir qu'a s'élever aux hon- 
neurs. Cependant les plus grandes richeffes tombent entreles mains des Chi- 
nois, par l'extrême habileté qu'ils ont pour le commerce. Il n'y apoint de 
finefles & de rufes dont l’ufage ne leur foit familier. Ils font humbles, mo- 
deftes , infinuans , capables de fouffrir toutes fortes d'injures & de fuppor- : 
ter toutes fortes de travaux. Mais s'ils deviennent Javans, comme ils y 
font quelquefois forcés pour éviter le fupplice après avoir commis quelque 
crime, ils contraétent alors toute la fierté & la parefle de ceux dont ils 
prennent l’habit, & dont ils embraffent les principes & les ufages. Il eft 
difficile d’ailleurs de juger quelle eft leur Religion. Ils font partagés en plu- 
fieurs feétes; mais dans chaque parti, la plûpart font Athées. Ceux qui fe 
diftinguent le plus par leurs pratiques religieufes, font profeflion de croire 
qu'après la mort ils doivent pafler dans d’autres corps, pour être riches & 
honorés s'ils ont bien vécu, & pour éxercer les plus vils métiers, ou pour 
animer quelque bête méprifable (e), s'ils ont irrité le Ciel par leurs crimes. 
Aux nouvelles Lunes, ils font divers facrifices par le feu, où toute la viéti- 

Leurs facri- me eft confumée. Leurs prières font une efpèce de chant ; accompagné du 
fices. fon d’une petite Cloche, qu'ils fonnent enfuite de toutes leurs forces lorfqu'ils . # 

font à la fin de la cérémonie. Ce qu'ils brûlent néanmoins n’eft ordinaire. 

ment que du papier qu'ils taillent en diverfes figures, car ils mangent les vian- 
des qu'ils ont offertes au Ciel, &: l'holocaufte ne fe fait parfaitement que 
dans les cas d’une nécefñité preffante, où le Ciel leur paroît fourd à leurs 
invocations. L’Auteur leur ayant demandé plufieurs fois à qui ils les adref- 
foient , ils répondirent toûjours que c’étoit à Dieu. Mais les Mahomé- 
tans prétendent que c’eft le Diable qu'ils invoquent , & que la honte les 
empêche d’en convenir. Plufieurs d’entre eux font fort verfés dans l’Aftro- 
nomie & dans Ja Chronologie. ïls n’obfervent point de Sabbat, ni d'autre 

jour 


Enmonvo 
Scor. 
1602. 

Parefleux, 


Gourmands. 


. à À al , 
tisfaire leur gourmandife; tandisque ## hine d 
f fumigatic 


Sans génie 
pour la politi- 
que. 

Leurs em- 
plois & leurs 
richeffes font 
la proie des 
Etrangers, 
fur-tout des 
Chinois, 


élèvent 

. depuis m 
qui dans | 
ficux dan 
Moant de x 
Madrefic à € 
nement d 
ré LELtOt 
otion ur 

4 L'an 
par deffus 


Religion des 
Chinois de 
Java. 


peuples Antropophages, il n’eft guères appa- 
rent que fi les Javans euffent été réellement 
tels, l’éxemple de quelques étrangers les eut 
changé au point que de leur faire perdre ca 
peu de tems leur ancienne habitude, & deles 
engager à renoncer prefque à toutes fortes de 


viandes, pour ñe fe nourrirque de ris. R. d.E. 

(4) Je ne change rien à l'Anglois; car nos 
Relations nomment cette noix Æreka. R. d.T. 
WF(e) Ceux qui font dans ces idées font del: 
fc&c de Fo. 


que quatri 
la dureté 


IL Par 


X 


Ils aimentt# Ml 


ambes croi- 
: leur crife, 
& leur oifi- 
e les réduit 
; tandis que 
es beftiaux, 
terre , ils 
arées avec 
urs délices. 
ur s'échauf- 
s de pañlion 


les affaires 


par des In- ! 


er aux hon- 
uns des Chi- 
y apoint de 
mbles, mo- 


de fuppor- : 


omme ils y 
mis quelque 
ux dont ils 
ges. Il eft 
agés en plu- 
Ceux qui fe 
1 de croire 
e riches & 
s, ou pour 
urs crimes. 
ute la viéti- 
pmpagné du 


es lorfqu'ils . 


ordinaire- 
ent les vian- 
tement que 
d à leurs 
s les adref- 
s Mahomé:- 
a honte les 
ans l’Aftro- 
ni d’autre 
jour 


de ris. R. d.E. 
glois; car nos 
dreka, KR. d.T. 
dées font dela 


INDES ORIENTALES, Liv. Ill, Cnar. Il. 41 


jour privilégié. Seulement lorfqu'ils entreprennent quelque affaire difficile, 
“ou qu'ils jettent les fondemens d'un édifice, ils célébrent leur entreprife par 
un jour de fête. L'ufage, pour les Chinois riches, qui meurent à Bantam, 
ft qu'on brûle leurs corps, & qu'on envoye leurs cendres à leurs amis de la 
Chine dans des urnes de porcelaine, Les cérémonies funébres confiftenc en 
“fumigations de différentes fortes , auxquelles ils ne peuvent donner d'expli- 
sation. Pour réponfe à ceux qui en demandent, ils affürent que c'eft l’ufage 
fe la Chine. 
Æ ILs prennent beaucoup de plaifir aux fpeétacles, & quoiqu’ils chantent 
ort mal, ils aiment la mufique avec pafion. Leurs Comédies femblent faire 
bartie de leur Culte religieux, car elles ne fe repréfentent que dans les mêmes 
pccafions où j'ai remarqué qu'ils confument toutes leurs viétimes par le feu. 
Si le tems eft mauvais, par éxemple, au départ des Vaifleaux qu'ils envoyent 
à la Chine, ou de ceux qu’ils en attendent, ils joignent la Comédie à l'ho- 
MMocaufte pour folliciter les faveurs du Ciel. Leurs fpeétacles font publics. Ils 
élèvent des théâtres au milieu des rues, & le divertiflement dure quelquefois 
. depuis midi jufqu’au jour fuivant. Ils ont aufli des Prophètes ou des Devins, 
qui dans l'agitation de l'efprit qui les infpire courent fouvent comme des fu- 
.rieux dans les rues & les places publiques, l'épée nue à la main, & mena- 
Wçant de mort ceux qui manquent de refpcét pour leurs infpirations. On s'a- 
refle à eux pour fçavoir le fort des Vaiffeaux qu'on met en mer, & l'évé- 
nement de: aures les plus intéreffantes. Si le fuccès ne répond point à leurs 
rélétiors ne manquent pas de rejetter le mal fur le doute ou l'indé- 
wotion dCi, s “ontultent. 
L'uanir des Cintioi Hantam c't une longue robe, avec une cafique 
Bpar deffus. [ils fe couvreus 2 re ac clpèce de bonnets, faits de foie ou 
Mde poil. Ceux que porcent les y, ue qualité, font de différentes façon; il 
en aqui refflemblent à un caapeau , & d'autres n'ont point de bord. Ils ont 
Àes cheveux longs, mais ils és nouent au deffus de la tête.] Ils font les plus 
efléminés de tous les hommes, & les plus capables d’une aétion lâche & 
onteufe. Le vol & l’infamie ne leur coûtent rien lorfqu'il eft queftion: de 
enrichir. Ils font hauts & robuftes, les yeux petits & noirs, {ans poil au 
ifage. Ils achétent des Efclaves qui leur tiennent lieu de femmes; car ils 
’ont pas la liberté d'en amener de la Chine. Lorfqu'ils y retournent , ils em- 
Menent avec eux leurs enfans, & vendent les mères. S'ils meurent à Bantam, 
XFlé Roi hérite de tous leurs biens. [Si une fois ils fe coupent les cheveux, ils 
me peuvent jamais retourner dans la Chine; fans que cependant cela ôte à 
À ue . la liberté d'y aller , s'ils ont toûjours confervé entière leur che- 
elure. 
COx fit à Scot un récit qu'il a cru digne d'entrer dans fon Mémoire. Un 
hinois qui avoit paflé plufieurs années à Bantam, & qui avoit acquis d'im- 
enfes richefles, fe trouvoit père d’un prodigieux nombre d’enfans. On lui 
n connoifloit foixante ,‘ qu’il avoit eus de vingt différentes mères. Il fe dif- 
pofoit à quitter Bantam pour retourner à la Chine, & fes femmes étoient 
déja vendues. Mais le Roi de Bantam apprit qu’au lieu d'emmener fes enfans, 
1 cherchoit aufli à fe défaire du plus grand nombre, & qu’il n’en deftinoit 
que quatre au voyage. Sa conduite fut obfervée. Au premier enfant qu’ileut 


la Fr d'expofer en vente, un Javan chargé fecrétement des ordres du Roi, 
. Part. F a 


10 


À 4 


Enmoxr 
Scor. 
1602. 
Leur ufage 
pour les 
morts, 


Leurs fpeéta- 


cles. 


L.curs Prophé- 
tes, 


L'AUTRE 


leur caracieic. 


Hiftoire d'u: 
Chinois. . 


Enomonp 
ScoT. 
1602. 


Ordres que 
Lancafter a- 
voit laiffés à 
fon départ de 
Bantam, 


Querelle des 
Anglois avec 
les Javans. 


42 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fe préfenta pour l'acheter. D'autres achetérent. fucceffivement tout le refte, 
Enfin le Roi fit paroître le père devant lui, & feignant d'ignorer fes difpo- 
fitions , il lui demanda, entre plufieurs queftions fur fon départ, s'il avoit 
déja fait partir fes enfans pour la Chine. Le Chinois confus du reproche au- 
quel il s’attendoit, crut devoir faifir l'occafion qu’il avoit de l’éviter. Il ré. 
pondit que toute fa famille étoit embarquée. Le Roi prenant une contenance 
furieufe, le traita d’impofteur, qui avoit fans doute des vûes pernicicufes à 
l'Etat dans lequel il s’étoit enrichi ee Ôfoitemployer le menfonge pour 
déguifer fa conduite, & le fit charger de fers, En même tems fe faifant prc- 


fenter une Requête au nom des cinquante-fix enfans qui avoient été vendus : 


our l’efclavage, quoique nés dans une condition libre, il feignit de fe ré- 
jouir pour l'intérêt du Ch-:ois que ce crime ne fût pas digne de mort; mais 
il lui fit déclarer que c’étoit une raifon de fe confirmer dans la défiance qu'il 
avoit de fes intentions, parce qu'un père capable de vendre fes enfans fans 


y étre forcé par l’indigence, ne pouvoit avoir que des vâûes criminelles, & 1" 


qu'un foupçon fi jufte le feroit retenir en prifon, jufqu'à ce que le tems ou 
d’autres preuves ferviflent à l’éclairciffement de la vérité. Le Chinois offrit 
envain de reprendre fes enfans. On lui répondit qu'un père capable de les 
vendre , le feroit peut-être de les tuer. Enfin comprenant qu’on en vouloit 
à fes richeffes, il prit le parti d'offrir une fomme confidérable pour appai- 
{er le Roi. Mais, foit que le chagrin de fon avanture eût altéré fa fanté, 
foit qu'on eût avancé la fin de fes jours par quelqu’autre voie, il mourut dans 
fa prifon. Le Roi fe mit en pofñleffion de tous fes biens, fuivant le droit é- 
tabli; & pour juitifier fes intentions, non-feulement il rendit la liberté aux 
enfans qu'il avoit fait acheter, mais après leur avoir accordé une portion de 
l'héritage , il les fit élever dans la Religion & les ufages de fa Nation.] 

(f) L’AurRaz Lancafter, en partant de Bantam le 21 de Février 1602, 
avoit laiffé neuf Anglois dans cette Ville, fous le commandement de William 
Stackey. Il y avoit laiffé auñi fa Pinaffe fous les ordres de Thomas Keith, avec 


treize Matelots & un Faéteur nommé Tudde, pour fe rendre à Banda. Ce 


Bâtiment chargé de différentes marchandifes, s’étoit hâté de mettre à la voi- 
le; mais il avoit trouvé les vents fi contraires, qu'après avoir lutté contre 
eux pendant deux mois, il avoit été forcé de retourner à Bantam. Ainfi les 
Anglois fe trouvèrent au nombre de vingt-quatre, dans deux maifons que 
l’'Amiral leur avoit procurées. Elles étoient fi remplies de marchandifes de- 
puis le retour de la Pinaffe, qu’ils fe virent obligés d'en mettre une petite 
partie chez les Hollandois qui s’étoient ouvert aufli l'entrée de l’Ifle de Java, 
& qui avoient obtenu une maifon à Bantam. 

AvanrT le départ de Lancafter ,'il s’étoit élevé une querelle entre fes gens 
& quelques Indiens. Sa prudence l’avoit appaifée. Mais à peine eut-il levé 
l'ancre, & la Pinaffe eut-elle mis à la voile, que les Javans cherchèrent les 
moyens de fe venger. Leur première entreprife fut de mettre le feu pen- 
dant la nuit à la principale maifon des Anglois par le moyen de plufeurs 
flèches enflamées. Il n’y eut qu’une vigilance extrême & des foins conti- 
nuels qui purent la garantir de fa ruine. Cependant le retour. de la ?inafle 

arrêta 


(f) Ici commence Ia 2€, Sc&ion du Chap. IH, de l'Orizinal. R, d. E, 


beauc« 
ÂVvE0C 
es qualit 
dies fort 
dont ils 
‘de la Co 
un furieu 
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ille durér 


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out le refte, 
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reproche au- 
éviter. Il ré- 
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fe faifant pré- 


it été vendus 


nit de fe ré- 
e mort; mais 
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iminelles, & 


e le tems où 
Chinois offrit 
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> pour appai- 
éré fa fanté, 
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Nation. ] 
évrier 1602, 
t de William 
Keitb, avec 
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ttre à la voi- 
lutté contre 
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re une petite 
Ifle de Java, 


ntre fes gens 
> eut-il levé 
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- le feu pen- 
de pluñeurs 
foins conti- 
de la Pinafe 

arrêta 


1 INDES ORIENTALES, Liv. III. 


H 


Ce! 


Car. IT. 43 


Mrréca (g ) les plus témeraires. Mais leur reffentiment s'étant communiqué 


(qu'à diver” Seigneurs, il arriva malheureufement pour les Anglois que le 
Protcéteur que la Cour leur avoit nommé (b) vint à mourir , & que celui qui 
fut fubititué , fe trouva rempli des pee que les mécontens s’étoient 
Méfforcés de répandre. Stackey, Chef du Comptoir, avoit commencé à bâtir 
pe magafin de foixante-douze pieds de long, & large de 36. Le nouveau Pro- 
téteur, fans faire connoître ouvertement fa haine, apporta tant d'obftacle 
la continuation de cet ouvrage, qu'il jetta les Anglois dans des dépenfes & 
s embarras prefqu'infarmontables. Pour comble d'infortune Stackey fe fi- 


les fic expofer dans fa cour avec trop peu de précaution; ce qui les alté- 
beaucoup en terniffant leur couleur. 

A vec toutes ces difgraces, les Anglois avoient à fe défendre des mauvai- 
és qualités du climat, qui fe faifoient déja fentir à plufieurs par des mala- 
dies fort dangereufes ; lorfqu'il arriva un malheur commun à toute la Ville, 
dont ils eurent particulièrement à fouffrir. Un Capitaine Chinois mécontent 
‘de la Cour, déchargea fur Bantam quelques volées de canon qui y caufèrent 
un furieux incendie. Quantité de Maifons & de magafins furent confumés 
par les flammes. Le Comptoir des Hollandois, où Stackey avoit mis quel- 
“ques marchandifes, ne put être fauvé par tous leurs foins. Il perdit de mê- 
F une grande provifion de poivre, qu'il avoit retiré dans une maifon Chi- 
“oifc. Mais ces deux pertes n’égaloient pas celle dont il fut menacé dans 
propre maifon. Le feu s’en approcha fi furieufement, que les barres de 
r qui défendoient les fenêtres, en devinrent brûlantes, jufqu'à n’y pouvoir 
“toucher avec la main. Cependant la diligence de fes gens arrêta le progrès 
à flammes. Mais fon inquiétude fut encore plus vive pour fe garantir des 
Mnfultes & du pillage des Javans, qui l’environnoient nuit & jour. 

: Dansle cours du mois d'Avril, de l’année fuivante, il arriva dans la Rade 
de Bantam neuf Vaifleaux Hollandois, commandés par Wiborne Van War- 
ik. Cette Flotte fe divifa prefqu'’aufli-tôt. Deux des plus gros Bâtimens mi- 
Sent à la voile pour la Chine; deux pour les Moluques, & trois pour Sortan. 
La Pinaffe Hollandoife fut envoyée au Port d’Achin, pour rappeller à Ban- 
Æm quelques Vaifleaux qui étoient revenus de Ceylan, où ils étoient allés 
mparer d’un Fort Portugais, fous la conduite du Capitaine Spilberg. L’A- 
al demeura feul avec fon Vaiffeau, pour les attendre. Pendant le féjour 


qu'il y fit, les Anglois eurent beaucoup à fe louër de fes civilités & du fecours 


qu'ileut la générofité de leur accorder, Il leur devoit cette reconnoiffance pe : 
œeux qu'il avoit reçus du Chevalier Richard Lufon, dans une tempête où : 
avoit été menacé du naufrage. Aufli n’épargna-t'il rien pour s'acquitter, par 
es foins qu'il prit des Anglois malades, avec lesquels il partagea jufqu’à fa 
ovifion de bifcuit & de vin. Ses difcours ne furent pas moins refpeétucux 
our la Cour d'Angleterre. Mais l’Auteur remarque que les Hollandois de 
Mn Equipage ne traitèrent pas l'Angleterre, & la Reine même , avec tant 
e ménagemens. Ils s’efforcèrent de rendre cette Princeffe & fa Nation odieu- 
| fe 

Ch) 


ÆAngl. Ic Proteéteur ou le Tuteur du 
Roi. Rd. E, 


F 2 


nn (g) l'Anglois dit au contraire queles inful- 
fes qu'on eut à fouffrir de la part de cette ca- 
ille durérent près de deux ans, R, d.E, 


ra mal-à-propos que fes plus précieufes marchandifes avoient befoin d'air, . 


Evmoxn 
Sco’r. 
1602. 


Autres fujcts 
d'embarris. 


Incendie de 
Bantan, 


1603. 
Arrivée de 
neuf Vaifleaux 

Hollandois. 


EDMOND 
Scor. 


1603. 


{Amiral de 
Bantim favo- 
rife les An- 
glois, 


Leur Comp- 
toir s'achéve- 


Ils perdent 
fur le poivre. 


Mort du 
l'aéteur Stac- 
key. 


Danger qui 
menace les 
Anglois, 


44 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fe aux Javans, pe desrécits, où la vérité, fuivant les termes de Scot, n'é. 
toit pas moins bleffée que la bienféance. 

Les maladies continuoient d’affoiblir de jour en jour les Anglois. Ils per. 
dirent Thomas Morgan, leur fecond Faëteur. Stackey fut lui-même attaqué 
dangereufement. Les Matelots qui étoient revenus de Banda avec la Pinaffe, 
fe reffentoient prefque tous du même mal. [L'art des Chirugiens de l’Euro-: 
pe ne füuffifoit pas pour des maladies qui leur étoient inconnues, & perfon. 
ne n’avoit la hardieffe d'employer les remédes Indiens qu'ils connoiffoient 
encore moins]. William Chafe un des Faëéteurs de la Pinafle , mourut dans 
des convulfions violentes, dont on ne put pénétrer la caufe, Vers le même 
tems quelques Officiers du Roi vinrent leur défendre de travailler davantage 
à leur édifice ; apparement parce qu’ils n’avoient point encore fait de préfent 
au nouveau Proteéteur. Mais apprenant que cet Officier & le Scha Bandar 
ne jouifloient point d’une faveur affürée, ils portèrent leurs plaintes à Kay 
Tamongone Gobay, Amiral, qui étoit par fa bonté le père de tous les Etran- 

ers. Ilfut touché de leur fituation. La voye qu'il prit pour les fecourir fut 
= donner une grande Fête, à laquelle il invita les principaux Seigneurs de 


la Cour. Là, dans la chaleur du plaifir, il fit tourner l'entretien fur l'affaire 


des Anglois, en repréfentant combien jl étoit honteux pour le Roi & pour 
toute la Nation de traiter avec fi peu dé bonne-foi des Marchands étrangers. 
Il protefta que fi quelqu'un les empêchoit d'achever leur maifon, il étoit ré. 
folu de leur abandonner la fienne, & de fe loger plutôt dans une cabane que 
de violer fa promefle, Enfin fes difcours firent tant d’impreffion fur l’Affem- 
blée, que tout le monde s'engagea par ferment à laiffer finir leur ouvrage, & 
l'édifice fut bientôt porté à fa perfeétion. 

STaAcKkEY craignant que l’arrivée des Hollandois, & l'attente de quelques 
autres Vaiffeaux de la même Nation, n'augmentât beaucoup le prix du poi- 
vre, en avoit acheté une quantité confidérable; mais comme fon Magafin 
n'étoit point encore fini, il avoit payé la marchandife avant qu’elle fût li- 
vrée. Les Hollandois commencèrent bientôt leur cargaifon. Dans l’empref: 
fement avec lequel ils achetoient tout ce qui leur étoit offert, il fe crut obli- 
gé de retirer ce qu'il avoit acheté; fans quoi, peut-être auroit-il rifqué de 
perdre fon poivre & fon argent. Mais la même raifon le mettant dans la né- 
ceffité de prendre le poivre au hafard, il s'en trouva beaucoup d’une mar 
vaife qualité. 

La maladie de Stackey fembloit s’irriter par ies remèdes. Il tomba dans 
une langueur, qui finit le dernier jour de Juin par fa mort. L’Amiral Hot 
landois, conftant dans fes génèreux principes, lui rendit les derniers de- 
voirs avec toute la pompe qu’il pût s’imaginer. Le 4 de Juillet, quelques Ja- 
vans mirent le feu au grand Marché qui étoit à l'Eft de la Rivière, dans 
vûe de piller les effets des Chinois. Cette infame entreprife leur réufit fi 
bien, que non-feulement les Chinois y perdirent des biens confidérables , mais 
que les Anglois eurent beaucoup de part à leur perte. L’incendie recon- 
mença le 27, & ne caufa pas moins de dommage. 

LE 5 d'Août, à dix heures du foir, Spilberg , Powlfon, & quelques au: 
tres Capitaines Hollandois vinrent avertir les Faéteurs d'Angleterre , qu'ayant 


été Je même jour à J’Audience du. Proteéteur , il leur avoit demandé fi la Flotte 
dé 


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6 


INDES ORIENTALES, Liv. II Car. IL. 


e Hollande prendroit parti pour les Anglois dans les Re les Javans 
ouroient avoir avec eux. Spilberg avoir répondu que les Hôllandois étant 
s plus proches voifins de l'Angleterre, il étoit jufte que les deux Nations 
entr'aidafTent à repoufler les violences. Le Proteéteur n'avoit pas laifTé d'in- 
Biter fur le deffein qu'il avoit de mortifier les Anglois; & faifant beaucou 
de plainces vagues, 1l l’avoit prié de ne pas s'offenfer de ce qui devoit arri- 
Mer. Un avis de cette importance obligea l’ Auteur de cette Relation, qui étoit 
venu le Chef du Comptoir, depuis que les Anglois avoient perdu Stackey, 
e fe rendre aufli-tôt chez le Proteéteur, & de lui faire un préfent. Il fut 
Ecu à l'Audience, & fon préfent fut accepré; mais le Seigneur Javan dé- 
aignant de répondre à fes plaintes, fe contenta de lui dire qu'il le feroit a- 
ertir le lendemain de fes intentions. Scoc encore plus allarmé de cette 
onduite, eut recours à l’Amiral Hollandois, qui envoya fur le champ fon 
ls chez le Proteéteur, pour lui demander des explications fur les menaces 
… qu'il faifoit aux Anglois. Illes défavouä. Mais ayant fait appeller Scot le 

matin, il voulut fçavoir de qui il avoit appris que fon deffein fût de nuire au 
Comptoir d'Angleterre. Scot ne balança point à lui dire qu’il l'avoit aopris 
des Hollandois. C’eft donc de quelque Efclave, répondit le Protecteur. 
Non, répliqua Scot; c’eft de plufieurs braves Capitaines. Le Javan parut 

“fe faire violence pour déguifer fa colère; mais il ajoûta: fi c'étoit quelque 
Chinois ou quelque Javan, je le ferois amener fur le champ & poignarder à 
os yeux. Après s'être un peu compofé , il fe plaignit avec plus de dou- 
“ceur de ce que les Anglois ne s’adrefloient point à lui dans leurs affaires, & 
Membloient donner toute leur confiance au Scha Bander ou à l’Amiral. Scot 
s'excufa fur fa qualité d’Etranger , qui ne lui permettoit pas de connoître 
. ds tous fes devoirs. 11 promit qu'a l'avenir les Anglois n’épargneroient 
‘rien pour mériter fes bonnes graces. Cet entretien finit par des protelta- 

tions mutuelles d'amitié & de bonne-foi; mais il n’y entroit que de la difi- 

#mulation de la part du Proteéteur, qui faigeoit à tirer de l'argent des Fac- 

“ueurs Anglois. Quelques jours après, on avertit Scot que le deflein du Roi 
… étoit de lui emprunter cinq mille réaux de huit. Il comprit que c’étoit un 

“artifice pour l'engager à les offrir volontairement: mais fans s'informer d’où 

Hcet avis étoit venu, il prit le parti d'attendre que le Roi les lui fît demander. 
buvertement. 

A SPILBERG ayant vendu fes marchandifes & chargé fes Vaifleaux de poi- 
ivre, mit à la voile pour retourner en Europe. [L'Amiral Warwick fit re- 
marquer aux Anglois que ce départ le rendoit beaucoup plus foible, & que 
ne pouvant attendre de lui le même fecours, ils devoient fe conduire avec 
d4 beaucoup plus de précautions. Cependant ils furent forcés d’oublier ce con- 

fil] Le 17 d'Août, ayant mis à l'air quelques marchandifes qui avoient be- 
(foin de ce préfervatif, un Javan, Efclave d’un des principaux Seigneurs du 
Pays, y jetta quelques méches fouffrées, qu’ils n'éteignirent point fans pei- 
e. Dans le premier reffentiment de cette infulte, ils le pourfüuivirent, l’ar- 
rétérent, & le conduifirent devant Kay Tomongone , Amiral de Bantam, 
qui le fit aufli-tôt charger de fers. Une heure après il s’afflembla près de fa 
: prifon un grand nombre d'autres Efclaves, qui entreprirent de le délivrer. 
Les gens de l’Amiral parurent avec leurs armes. On fe battit avec chaleur. 
Mais les Efclaves ayant été mis en fuite, l'Amiral fit conduire fon prifon- 

l 3 nier 


45 


3 


Enmonn 
Scor. 


1603. 


Scot appaile 
le Protcéteur. 


Apparence 
trompeufe, 


Malignité 
d'un Éfclave 
qui caufe de 
l'embarras 
aux Anglois. 


46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Enmonv nier au Palais du Roi. Les Anglois balancèrent s'ils devoient porter leurs 
SCO. plaintes jufqu'à la Cour. Ils n'ignoroient pas qu'il n'y a guères d'autre pu: 

J Pan nition à Bantam que celle de mort, parce que le defir de la vengeance eit 
PL D. fi vif dans la Nation, qu'un Efclave même regardant tout autre châtiment com. 
geance. me un outrage, ne manque point d attenter enfuite à la vie de fon Maître ou 
de fon Juge. D'ailleurs le crime dont ils avoient à fe plaindre fembloit ex. 

pié par la prifon; ou s'il étoit devenu capital par fes fuites, c’étoit l'Amiral 


“Hoicnt 
MQue no 
# Le 
on, : 
“ont c 
"il fe 
uelle 


que la pourfuite regardoit comme l'offenfe, Ils furent délivrés de ce doute en & 
ii leu 


par les follicitations du Maître de l'Efclave , qui étoit un des Favoris du 
Roi, & qui ne fut pas long-tems fans obtenir grace. Il étoit lui-même 


. . ! . * . ‘ * À f antam 
ami des Anglois ; de forte qu’à la fin ils s'unirent à lui pour fauver le cou- Jabitar 
pable. AS AUTRE Re Bnc ma 

[Dans tous ces différends, ils n'étoient embarraflés qu'a trouver la four-: M oupèr 

Les Anglois ce des chagrins qu'on ne cefloit pas de leur fufciter; car malgré la mauvai- rcère 


fe déiient du 


Proteéteur, 1 Opinion qu'ils avoient des Javans, ils ne pouvoient fe figurer que de fim. *MEn vai 
ples Efclaves, avec lefquels ils n'avoient aucun démélé, fe portaflent à fou. fe ; fan 
haiter leur ruine, s'ils n’y étoient pouflés par quelque reflort fecret. Leurs té de 
foupçons ne pouvoient tomber que fur le Frotcéteur.] Au milieu d'une nuit * fouvent 

Infultes qu'ils fort obfcure , tandis qu'ils étoient à chanter les Pfeaumes de 1 Eglife Angli- "MMéhâtimd 

TOSSIYENN cane, une troupe de Voleurs vint brifer leurs fenêtres, & feroient entrés prir 
dans le Magafin s'ils n’euffent tiré quelques coups de fuiil pour les écarter. "tete per 
Scot n'ignorant point les difcours injurieux de quelques Hollandois , auroit Moit ces 


fait tomber fur eux fes défiances , s’il ne les avoit quelquefois vûs fouffrir cur dot 
eux-mêmes de l'infolence des Javans. Prefque dans le meme tems ils eurent 
avec eux une querelle fi violente, qu'elle aboutit de part & d'autre à la mort 
de plufieurs perfonnes. À la vérité les Hollandois l'avoient fait naître, par 
des excès de débauche, que l'Auteur traite de fcandaleux pour le nom chré- Quc les 
tien. Il ajoûte que le caraétère des Matelots Hollandois, lorfqu'une fois ils Roi 
ont pris terre dans quelque Port, eft de ne plus connoître aucune régle de 4 
foûmiffion ni même de refpcét pour leurs Officiers. Quoiqu'il en foit, s'ils 
tuèrent quelques Javans dans le tumulte , ils perdirent deux hommes, qui 
furent poignardés de fang-froid par les amis ou les parens des Morts. Ilss’en 
plaignirent au Proteéteur, [en prétendant qu'il devoit mettre beaucoup dei 
différence entre les fautes qui leur étoient échappées dans l’ivrefle, & des af- 
faflinats prémédités.] Il leur demanda quelles Loix ils reconnoifloient dans 
leurs Voyages de Commerce, c’eft-à-dire, s'ils en avoient entr’eux, ou s'ils 
fe foûmettoient à celle du Pays où ils étoient reçus. Leur réponfe ayant été 
que fur mer ils fe gouvernoient par les Loix de leur propre Pays, & qu’à 
Plaifante ré- terre ils étoient fujets à celles du lieu de leur féjour: Hé bien , leur dit le 
NE er Proteéteur , voici les nôtres. Pour la mort d'un Efclave , on paye vingt 
auR “7 réaux de huit; pour celle d’un homme libre, cinquante, & cent pour celle 
d'un Noble. [Aïnfi (i), pour vos deux hommes il vous reviendroit deux 

fois cinquante réaux: mais comme vous nous avez tué trois Javans qui n'é- 

toient 


Les JTollan- 
dois s'attirent 
des querelles, 


(i) Ce bon mot du Proteéteur ne { trouve les prier de tenir ce fait fecret, en leur offrant 
point dans l'Original, qui ne parle que d’un cependant de leur faire avoir les cinquante 
feul homme de tué, & qui dit que toute la fa-  réaux qui leur revenoient, KR. d. E, 
tisfaétion qu’on accordi aux Hollandois, füt de 


UxXx 


nt porter leurs 
es d'autre pu. 
vengeance ef 
châtiment com. 
: fon Maître ou 
e fembloit ex. 
c'étoit l'Amiral 
is de ce doute 
les Favoris du 
toit lui-même 
fauver le cou. 


rouver la four-: M 


uré la mauvai- 
er que de fim-. 
rtaficnt à fou- 
fecret. Leurs 
lieu d'une nuit ! 
| Eglife Angli- 
eroient entrés 


ir Îles écarter, ! 


ndois , auroit 
is vûs fouffrir 
tems ils eurent 
‘autre à la mort 
ait naître, par 
r le nom chré- 
qu'une fois ils 
une régle de 
en foit, s'ils 
hommes, qui 
orts. Ilss’en 
beaucoup dei 
efte, & des af. 
oifloient dans 
r’eux, ou s'ils 
onfe ayant éte 
ays, & qu'à 
, leur dit le 
n paye vingt 
nt pour celle 
endroit deux 
ans qui n'é- 
toient 


, en leur offrant 
ir les cinquante 


Êl 
41 


INDES ORIENTALES, Laiv. II Cap. Il. 


oient point Efclaves, c'eft encore cinquante réaux que vous nous devez, & 
ue nous voulons bien vous laiffer à compte. ] 
M Le s de Septembre, il arriva au Port de Bantam un Yonc de l'Ifle de Lam- 
Mon, qui cit ficuce dans les détroits du Sond. Les Fabitans de cette Ifle 
Mont ennemis jurés de celle de Java, X articuliérement de Bantam , quoi- 
d'il fe trouve quantité de Javans qui s'aflocient à eux. Leur occupation con- 
huile cft le meurtre & le brigandage. Ils entrent audacieufement dans les Vil- 
4: & dans les maifons, ils volent en plein jour , & coupent la tête à ceux 
ii leur réfiftent. Pendant plus d'un mois qu’ils pañlèrent aux environs de 
antam, les Anglois furent troublés continuellement par les lamentations des 
Jabitans. Un jour qu'ils étoient à diner, ces perfides affaffins entrèrent dans 
ne maifon voiline du Comptoir , où ne trouvant qu'une femme, ils lui 
oupèrent la gorge; mais les cris du mari, a arriva au même moment , les 
orcérent de prendre la fuite fans qu'ils euflent le tems d'emporter la tête. 
n vain les Anglois fe mirent à les pourfuivre. Ils font fort prompts à la cour- 
fe ; fans compter que leur reflemblance avec les Javans leur donne la facili- 
té de fe mêler dans la foule, & de fe contrefaire avec t'1t adreffe, que 
fouvent ils reviennent parmi les curieux au lieu même d'u! la crainte du 
Méhätiment vient de les chaffer. Scot raconte que plufieurs femmes de la Vil- 
Me prirent cette occafion pour fe défaire de leurs maris, en leur coupant la 
Meéte pendant la nuit, & la vendant aux Lampons. Il ajoûte la raifon qui por- 
oit ces Brigands à couper tant detêtes. Ils étoient gouvernés par un Roïqui 
“lcur donnoit une femme pour chaque tête d'Etranger qu'ils lui apportoient ; 
Mc forte, continue l’Auteur, qu'ils déterroient quelquefois les Morts, pour 
Mromper leur Roi par un faux préfent. | 
M Les Anglois ne furent pas éxempts de crainte. Ils s’apperçurent fouvent 
Que les Lampons rodoient pendant la nuit autour du Comptoir, & qu'ils en 
Lo: à leurs têtes ou à leurs marchandifes. Les allarmes de Scot devin- 
ent bien plus vives, fur un avis fecret qu’il reçut de quelques perfonnes de 
diftinétion, & particulièrement de l’'Amiral, dont l'amitié ne fe réfroidiffoit 
“point pour les Anglois. Il fut averti que plufieurs Seigneurs Javans, qui a- 
oient plus de faîfte que de bien, & qui tâchoient de fuppléer par leurs bri- 
Œandages à ce qui manquoit à leur fortune, avoient formé le deffein de fon- 
e pendant la nuit fur le Comptoir, de faire main-baffe fur le petit nombre 
Anglois que les maladies avoient épargnés, de fe faifir de toutes leurs ri- 
heffes, que la renommée groffifloit beaucoup, & de publier le lendemain 
que c'étoit l'ouvrage des Lampons. Scot ne trouva point d'autre reffource 
mque d'allumer chaque nuit autour du Comptoir quantité de feux, non-feule- 
dent pour infpirer de la crainte aux plus hardis, mais pour fe mettre en état 
e pouvoir les diftinguer malgré leur couleur. D'un autre côté tous les An- 
lois eurent ordre de pañfer le tems de l’obfcurité fous les armes, & les Trom- 
ettes de fonner lorfqu’ils verroient paroître quelque Indien. Les Lampons 
M les Javans qui n’appréhendent rien tant que les armes à feu, ne purent 
- Wouter qu'avec ces précautions les Anglois n’euflent leurs fufils prêts à les re- 
Ææcvoir. La même garde fut continuée aflez long-tems. Enfin, par les mefu- 
res que l'on prit dans la Ville, il y eut un grand nombre de Lampons arrê- 
tés, & punis du dernier fupplice. Mais les reftes de cette dangercufe trou- 
pe fe jettérent dans la Ville Chinoife. C’étoit un nouveau péril pour pre 
glois, 


47 


À 


Enmono 
Scor. 
1603, 
Afafins de 
l'Ifle de Lam- 

pon. 


Raifon qui 
les porte à 
couper lus tà- 
tes, 


Les Anglois 
craignent les 
Lampons & fe 
muniilent. 


48 


glois, qui avoient de grandes liaifons de Commerce avec les Chinois, & quan- 
tité de marchandifes entre leurs mains. Ils entendirent du Comptoir les cris 
d'une infinité de maifons, défolées par le pe ou par la mort des Marchands, 


Enmonp 
Scor. 
1603. 


Impreffions 
extraordinai- 
res de la crain- 
te & du bruit, 


Pourquoi il 
régnoit tant de 
défordre à 
Bantam. 


Holl: :dois 
aflailinés. 


Les Anglois 
fichés d'être 
confondus a- 
vec les Hol- 
landois, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Ce bruit & ces inquiétudes perpétuelles firent fur eux tant d'impreffion , qu'en 
fonge , dit l'Auteur, ils fe figuroient être attaqués par les Javans ou les Lam- 
pons, & que malgré la profondeur de leur fommeil, après tant de veilles & 
de fatigues, ils fe levoient cout endormis pour courir aux pue C& une fois! 
il arriva qu'ils fe bleffèrent les uns les autres avant que q elqu'un eut eu ke 
tems de les venir éveiller. Pour prévenir dans la fuite de pareils accidens, 
on penfa à éloigner les armes de ceux d'entr'eux qui dormiroient; mais on 
réfléchit en même-tems, qu'en cas d'attaque, ils ne féroient pas alorsfi prèts 


à fe défendre ; ainfi on réfolut de fe contenter d’avoir toûjours quelqu'un qui 


veillàt éxaétement , & comme ils étoient en petit nombre, Scot veilla à fon 
tour comme les autres, & fouvent le bruit que fes gens faifoient entr'eux lui 
caufa autant de peur que les Javans.] La crainte du feu agifloit encore plus 
fortement fur leurs imaginations. Îls en avoient vû des éxemples fi terri- 
bles, & les circonftances en rendoient le fouvenir fi vif, qu'à la moindre al- 
larme ils fe croyoient environnés de flammes. O feu! s’écrie Scot dans 
Relation, ton feul nom, dans quelque Langue qu'il eût été prononcé près 
de moi, m'auroit tiré de la plus profonde létargie. Il fat obligé, dit-il, pour 
fe garantir des treffaillemens mortels où ce mot le jettoit, de défendre à tous 


fes gens de le prononcer autour de lui, s'ils n'y étoient forcés par l'occafion. . 


Au refte il affüre que cette difpofition étoit celle de tous les autres Anglois, 
& qu'auffi-tôt que Lee foins du Gouvernement eurent diftipé les fujets «le tant 
de craintes, tous les gens du Comptoir dormirent pendant plufieurs jours 
d'un fommeil fi profond, que les tambours & les trompettes n'avoient point 
la force de les réveiller. 

S1 l'on eft furpris qu'une Ville, telle que l’Auteur a repréfenté Bantam, 
fût füujette à des défordres de cette nature, il fait confidérer qu'elle avoit a. 
lors un Roi fort jeune, & que les Seigneurs du Confeil, occupés de leurs in. 
terêts, fermoient les yeux à tout ce qui n'intérefloit que le Peuple. Dans l'ef: 
pace de trois mois la Vilk effuya cinq incendies confidérables, mais à l'E 
de la rivière, c’eft-a-dire, dans un Quartier qui n’étoit habité que par la Po: 
pulace, ou par des Chinois, que PA ER cherchoient à piller. Quoique le 
Comptoir des Anglois en fût fort voilin, & que la flamme s’en fût plus d'u. 
ne fois approchée, leur vigilance & la faveur du vent le garantit autant de 
fois de fa ruine. 

k) À peine étoit-on revenu de ces allarmes, qu’il s'éleva de nouveaux 
différends entre les Naturels du Pays & les Hollandois. La fource en fut en 
core un excès de débauche, dans lequel ceux-ci infultèrent mal-à-propos 
quelques Javans. Bientôt la vengeance éclata par des effets fort tragiques. 
Plufieurs Hollandois furent affafinés le foir, fans qu'on pât reconnoître les 
meurtriers. Le péril s’étendit jufqu'aux Anglois, par une raifon qui n’eftpas 
fans vrai-femblance, dans un Ecrivain même de cette Nation. Jufqu’alors ces 
deux Peuples avoient été confondus par les Javans fous le nom d’Anglois 
foit, comme l’affüre Scot, que les Hollandois, à leur arrivée , euffent trouvé 


Çk) Dans l'Original la 3e. Se&tion du Chap. HI. commence ici. KR. d.E, 


Cas 


Be l'ava 
leur h 
m faifo 
Auteur 
Ber que fi 
& derni 
r quel 
mbre, 
th; ca 
de l'a 
C aux / 

roue, 
run foi 
prler let 

} LE jou 
ges au lon 
Charges 


té 
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e c'étoit 
oit été d 
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e lieu d 
ir, Le 
» autant 


Sujets 
il étoit 
ne park 


Upaife, ç 


dont ils s 


À 


X 
is, & quan- 
toir les cris 
Marchands, 
effion , qu'en 
ou les Lam. 
de veilles & 
, [C& une fois! 
n eut cu le 
ils accidens, 
nt; mais On 
alors fi préts 


quelqu'un qui 


 veilla à fon 
: entr'eux lui 
encore plus 
iples fi cerri- 
a moindre al. 
Scot dans là 
rononcé prés 
dit-il, pour 
éfendre à tous 
ar l'occafion, 
res Anglois, 
fujets «le tant 
ulieurs jours 
voient point 


nté Bantam, 
elle avoit à: 
és de leursin- 
le. Dans l'ef: 

mais à l'Ei 
ue par la Po: 
. Quoique le 
fût plus d'u: 
tit autant de 


de nouveau: 
ce en fut en: 
al-à-propos 
rt tragiques. 
onnoître les 
qui n'eft pas 
ufqu’alors ces 
d’Anglois; 
uffent trouvé 


Œ à dif 


INDES ORIENTALES, Liv. Ill. 


Car, Il. 


e l'avantage à prendre le nom de leurs, voifins, foit que la reffemblance 


49 


leur habillement eûc fait naître cette erreur, Souvent 1: Peuple de Ban- 
im faifoit retentir fes plaintes contre les Anglois, quoiqu'il fûtcertain, dit 
Auteur, que ceux-ci du Le rien à fe reprocher, elles ne pouvoient tom- 
Mer que fur les Hollandois. Enfin , craignant les mal-entendus à l'occafion de cet- 
& derniére querelle, les Chefs du Comptoir Anglois commencèrent à cher- 
Der quelque marque pour fe faire diftingzuer. On approchoit du 17 de No- 
mbre, qui étoit la :'ête anniverfaire du Couronnement de la Reine Elifà- 
th; car on ignora pendant le refte de l'année à Bantam , & même une par- 
de l'année fuivante, que l'Angleterre eût changé de Maître. Scot fit pren- 


sc aux Angclois des habits neufs de foye, avec des écharpes de tafFetas blanc 


rouse, Il fic faire auili un nouveau Pavillon, qui portoit une croix rouge 
Br un fond blanc; & pour différence entre les Maîtres & les Valets, il fit 
Border leur écharpe aux premiers d'une frange d'or. 
à Le jour de la iete étant arrivé, ils arborèrent l'étendart de Saint-Geor- 
ges au lommet de leur maifon. Enfüite ayant annoncé leur joye par quelques dé- 
charges de leur moufqueterie , ils fe rangèrent en fort bel ordre fur leur 
opre terrain, & firent plufieurs marches au fon des timbales & des trom- 
ttes, Le bruit attira auili-tôt le Scha Bandar & plufeurs autres Seigneurs, 
is'informèrent curieufement du fujet de cette réjouiffance. Scot leur apprit 
e c'étoit la Fête de fa Reine, ou plûtôc le renouvellement d'une Fête qui 
oit été célébrée quarante-fept fois, parce qu'il y avoit autant d'années que 
tte grande Princelle étoit fur le Tronc; & que tous les Anglois, dans quel- 
e lieu du Monde qu'ils puffent fe trouver, ne manquoient point à ce de- 
ir. Le Scha Bandar louä beaucoup une pratique qui marquoit dans un Peu- 
: autant d'attachement que de refpeét pour fon Souverain. Les Javans s’é- 
t affemblés en grand nombre, 1ls demandérent pourquoi les Anglois de 
autre Comptoir ne témoignoient pas le même zèle, On fe hâta de leur ré- 
ndre que ce n'étoient point des Anglois, mais des Hollandois, qui loin d’'é- 
Sujets de la même Reine, n'étoient meme gouvernés par aucun Roi ; 
il étoit aifé de les diftinguer, puifque fi l’on y vouloit faire attention, 
ne parloient pas le meme langage, & que leurs ufages mêmes étoient af- 
différens. Scoc n'oublia point de faire paroître fes gens pendant l'a- 
s-midi dans tous les Quartiers de la Ville, avec ordre de répéter les 
es difcours à ceux qui auroient la curiofité de les entendre. Leurs é- 
charpes & leurs cocardes firent une figure brillante. Le Peuple apprit ainfi 
inguer les deux Nations; & [Scot, fort prévenu en faveur de la fien- 
, ajoûte avec complaifance pour la fupériorité qu'il paroît s’attribuer, 
e] les enfans de Bantam s’écrioient, en voyant pañler les Anglois: Oran 
gaces bagh ; oran Hollanda jahad, es Anglois font bons, les Hollandois ne 
lent rien. 
L'AutRAL Warwick partit dans cet intervalle pour Patama, dans le def- 
n de fe rendre enfuite à la Chine. Les deux Vaifleaux qu’il y avoit en- 
yés fix mois auparavant arrivèrent le 6 de Décembre à la Rade de Ban- 
tm. Ils avoient trouvé à l'ancre, dans l’Ifle de Macao, une Caraque Por- 
mMupaife, chargée de foie crue , de mufc & d’autres marchandifes précieufes, 
dont ils s'étoient faifis prefque fans réfiftance, tandis que l'Equipage étoit à 
Ærre. Après en avoir tiré de quoi compofer leur cargaifon, ils avoient 
Où II. Part. G brûlé 


Enmonpn 
Scor”r, 


1603, 


Ce qu'ils font 
pour être dif: 
tingués, 


Fèt dus An: 
glois. 


Difcours 
qu'ils tiennent 
aux Javans. 


Deux Vail- 
feaux Hollan- 
dois s’empa- 
rent d’une ri- 
che Caraque. 


Enpmonn 
Scor. 
1603. 

Ils attaquent 
un Vaiffeau du 
&oi de Siam 
leur Allié, : 


Un Capitaine 
Hollandois 
pris pour Ii 
pion & com- 
ment traité, 


Le Protcéteur 
veut leur ex- 
torquer de 
l'argent. 


Réponfe de 
Scot. 


s5 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


brûlé le refte, qui de leur propre, aveu faifoit encore le double de ce qu'ik 
avoient enlevé, Dans leur retour ils avoient rencontré un Tone de Siam 
(1), qu'ils avoient attaqué. Ils ne s’étoit rendu qu'après avoir perdu trente. 
trois (m) hommes & leur en avoir tué plufieurs. Mais en le reconnoiflan 

ur Siamois ils l'avoient laiffé libre, parce qu'ils fe propofoient d'établir ur 
omptoir dans cette Nation. Le Capitaine, qui périt dans le combat , x 
voit refufé de leur dire à quel Prince il appartenoit. T'elle fut du moins l'ex. 
cufe des Hollandois, pour juftifier l'infulte qu'ils avoient faite aux Suj:u 
d'un Roi dont ils recherchoient l'amitié. Ils ignoroient encore la valeur di 


mufc; de forte qu'ayant rencontré un Vaifleau Japonois, ils lui avoient cé 4 
dé prefque pour rien ce qu'ils avoient enlevé à la Caraque. Dans l'efpac% 
d'environ quarante jours, qu'ils paflèrent à Bantam, ils prodiguèrent de mé. 
me la plus riche partie de leur butin. Le 17 Janvier, ils levèrent l'ancre, ave 


deux autres Bätimens de leur Nation ; l'un, qui avoit chargé à Bantam: 
l'autre, arrivé deux mois auparavant de la Chine, & parti de Hollande depui 
quatre ans. Il en avoit paflé quatorze mois à la Cochinchine, où par une tra 
hifon dont l'hiftoire n'appartient point à cet Ouvrage, ils avoient d’abord ét 
retenus prifonniers. Leur Capitaine, que les Cochinchinois foupçonnoien 
d'étre moins un Marchand qu'un Pyrate ou un Efpion, avoit été forcé de f 
tenir à genoux pendant vingt-quatre heures, le col nud fous un fabre, don 


on feignoit à tout moment de lui vouloir couper la têce, pour lui faire con 


fefTer le deffein de fon voyage. Mais il fe trouva heureufement que la plu 
grande partie de l'Equipage étoit compofée de Hollandois Catholiques ; « 
ui leur attira la proteétion de quelque Religieux Portugais, fans lefquel 
ls étoient tous menacés de perdre la vie. ls furent traités enfuite ave 


plus de douceur, mais obligés néanmoins de racheter leur liberté par un 


groffe fomme. 
Les Anglois de Bantam fe Br Te depuis quelques mois à couvert d 
| 


toutes leurs anciennes craintes. 
tre; & l'expérience leur ayant appris qu’elles venoient particulièrement d 


la chaleur du poivre, dans le foin qu'ils prenoient eux-mêmes de l'épluche: 


& de le faffer, ils s’étoient déterminés à louër des Chinois pour leur rer 
dre ce fervice fous l'infpeétion de leurs domeftiques. Dans cette heureui 
fituation de leurs affaires, ils virent arriver ce qu'ils avoient redouté depui 
long-tems, fans pouvoir s'en garantir. Le Proteéteur fit prier Scot de li 
rêcer deux mille piéces de huit, ou, s’il n'avoit point cette fomme , à 
ui en fournir du moins la moitié. 11 falloit choifir entre le danger d’un re 
fus , ou le défagrément de voir fouvent renouveller cette fâcheufe demar 
de; car on ne propofoit ni conditions ni terme pour la reftitution. Scot pri 
le parti de répondre que l’Amiral Lancafter lui avoit laiflé beaucoup de mar 
chandifes, mais peu d'argent; que les Javans lui devoient de grofles fomme 
dont il ne pouvoit fe faire payer; enfin qu’il étoit encore tres-éloigné d# 
voir acheté autant de poivre qu'il en auroit befoin pour les Vaiffeaux dot 
il attendoit l’arrivée.. Ces excufes furent mal-reçues. 11 fut aifé de prévoi 


*L 
Ê 


EF 


s n’avoient eu que les maladies à combat: * 4 


que les Anglois n'auroient jamais un ami fincère dans le Proteéteur; tand 


qu à 


(1) L'Auteur de la Relation dit Sfon. . (Cm) Augl. (oixante-quatre, R. d. E. 


e le 
ils a 
leur 
que ; 
i ne 
Dis pt 
fabl 
e ce: 
s ch 
pour 
fratior 
tendu 
Czpr 


UX 


ble de ce qu'ik 
n Jonc de Sian 
ir perdu trente. 
le reconnoiflant 
ient d'établir ur 
s le combat , x 
t du moins l'ex. 
faite aux Suj:u 
ore la valeur d 


lui avoient cé M 
Dans l'efpacem 
iguèrent de mé 


ent l'ancre, ave 
argé à Bantam; 
Hollande depui 
où par une tra 
oient d’abord été 
s foupçonnoient 
été forcé de fe 
as un fabre , don 


ur lui faire con’ 


nent que la plu 
Catholiques ; ct 
is, fans lefquel 
tés enfuite ave 

liberté par un 


is à couvert à 
ticulièrement d 


pour leur rer 
s cette heureul 
t redouté depui 
rier Scot de li 
tte fomme , à 
danger d'un re 
âcheufe demar 
ution. Scot pri 
eaucoup de ma 
: groffes fommt 
res-éloigné di 
Vaifleaux doit 
t aifé de prévo! 
oteéteur ; tandi 


qu + 


ntre, R. d. E. 


iladies à combat : 


es de l'épluche: 


INDES ORIENTALES, Liv. IIL Car, IL. 51 


e les Hollandois, qui l'avoient corrompa en lui prodiguant les richeffes 
ils avoienc enlevées aux Portugais, en obtenoient toutes fortes de faveurs. 
leur avoit accordé depuis peu la permiflion de fe bâtir une maifon magni- 
que quoiqu'ils en euflent dja trois, fous le nom d'autant de Marchands 
i ne cefloient point d'acheter tout le poivre qu'on leur offroit. Les Chi- 
is proficoient de cette avidité pour méler dans leurs marchandifes de l'eau, 
fable & d'autres corps étrangers, qui en augmentoient tellement le poids, 
e ceux qui éxerçoient cette friponnerie, achetant eux-mêmes le poivre 
s cher qu'ils ne le vendoient, ne laiffoient pas d'y gagner douze ou quin- 
k pour cent. Les Anglois fe trouvoient forcés de le prendre avec ces al- 
rations, parce qu'il y auroit fallu renoncer entièrement s'ils en avoient 
tendu d'une autre efpéce. 
CerenpanrT le Proteéteur s'étoit fi peu rebuté des excufes de Scot, 
Muc (ous de nouveaux précextes il lui fit demander mille piéces de huit. Les 
itances dont cette propofition fut accompagnée, ne firent que trop con- 
floîcre aux Anglois le péril qu'il y avoit à la rejetter, Ils fçavoient d'ail- 

Jours que les Hollandois fouhaitoient ardemment de les voir mal avec les 
incipaux Officiers du Roi, & qu'ils y contribuoient peut-être par des voies 
Mndireétes. Ainfi ne penfant plus qu'à fe faire un mérite du facrifice dont 

s ne pouvoient fe difpenfer, ils proteftèrent que c’étoit l'ardeur de leur 
le qui les portoit à s'incommoder beaucoup pour fatisfaire le Proteéteur, 
que dans l'impoñlibilité de fournir mille piéces, ils en donneroient volon- 
Mers cinq cens qu'ils retranchervient à leurs propres befoins. Cette fomme 

Mat acceptée. 
2 ON vit arriver à la fin de l'année, un Jonc chargé de Hollandois, qui 
noient de quitter, avec leurs biens, le Comptoir qu'ils avoient à J'abor. Le 
Roi du Pays attaqué & vivement preflé par les Portugais , qui lui offroient 
1 paix, à condition de leur livrer les Hollandois qu'il avoit dans fes Etats, 
Mvoit mieux aimé s'expofer à toutes les extrémités de la guerre que d’enache- 
Rer la fin par ce honteux Traité ; mais il avoit prié fes hôtes de fe recirer 
“Holontairement. Leur entrée à Bantam fut fignalée par deux incendies, qui 
Méon'umèérent une partie de la Ville, fans nuire encore aux Anglois. 

0 L'ANNÉE 1604, n'offre que des meurtres, des vols, des guerres, desin- 
Æendies & des trahifons. Pour commencer par une tragédie : les Anglois 
oient dans le Comptoir un Mulètre de Pégu , qui étoit venu d'Achin fur 
rs Vaiffeaux. Un jour que plufieurs Matelots Hollandois, arrivés de Pa- 

tama, étoient à fe réjouir avec les Domeftiques Anglois, le Prévôt du Bâti- 
ment voulant retourner à bord donna ordre au Mulatre de l'y conduire. La 
ête étoit échauffée par le vin & les liqueurs. [Deux Courtifanes que les 
omeftiques y avoient appellées, contribuoient encore à rendre la débau- 
he plus vive.] Le Mulatre refufa brufquement d'obéir, & le Prévôt cho- 
ué de fa réponfe, le maltraita de plufieurs coups. Cette querelle n'eut pas 
®8 abord d'autre fuite. [Mais à mefure que le Mulitre (#) continua de boi- 

@c, il reffentit plus vivement l'infulte d’un homme qui n’avoit aucune autori- 
té 


À Cn ) Suivant l'Anglois ce ne fut pasle Mu- qui avoit réfolu de venger l'affront fait à fon 
it maltraité parle Prévôt, qui committous ami, R. d. E. 
cs meurties, mais un de fes compatriotes 
k r 2 


Enmonp. 
Scor. 


1604. 


Friponnerie 
des Chinois de 
Bantarn, 


Les Anglols 
fint forcés de 
fitisfaire l'avas 
tice du Pro- 
tuteur, 


Ho!landois 
fuaitifs de Ja- 
hor. 


Accidens fu. 
neiles, 


| 
| 
1 
| 


Enmonp» 
Scor, 


1604. 


Divers meur- 
tres d'un Mu- 
lâcre, 


Les Hollan- 
dois le punif- 
ent, 


Déteftable 
entreprile 
contreles An. 
glois, 


ss VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


té fur lui, Sans s'ouvrir aux Matelots ni aux Anglois,] il confia fes plain 
tes à un Eftlave du Scha Bandar, qui étoit fon ami intime, & capable com. 
me lui d'une aétion violente, Dès le même jour ils cherchèrent l'occafon 
d'éxercer leur vengeance, mais le Prévôt étant déja retourné au rivage il 
pañlèrent la nuit à l'attendre, fans que ce délai changeât rien à leur réfolu. 
tion, Le Prévôt ne manqua point de revenir le jour fuivanr avec un homme 
du pays, qu'il avoit pris pour interprête & pour guide, Ils le tuèrent de 
mille coups. Mais le Mulâtre effrayé de fon aétion après l'avoir commife, 
prie le parti défefpéré de tuer aufli, non-feulement le Guide (v) du Prévôr, 
mais l'Éfclave même qui avoit partagé fon ‘crime, Ce furieux defféin lu 
réuffit pour le Javan, tandis que l'Efclave découvrant à fes yeux de quelle 


récompenfe il étoit menacé, fe déroba par la fuite. [Cependant le Mulätre# 


ne jugeant fa perte que plus certaine, s'il laifloit échapper fon Complice, 
courut fi agen former après lui, qu'il le joignit à l'entrée de la Ville où j 
le tua d'un feul coup. Mais il perdit le fruit d'une précaution fi cruelle, en 
commettant ce dernier crime à la vûe de quelques Javans qui fe häcérent de 
l'arrêter, En vain reclama:t-il les Anglois.} Le Proccéteur informé de fon 
aétion, fe le fit amener ; & faifant appeller le Chef du Comptoir, il éxiger 
fur le champ cinquante piéces de huit pour la mort du gp & vingt pour 
celle de l'Efclave, [A cette condition le Muiätre leur fut rendu. , 

CzrenNpanrT les Hollandois qui n'étoient point compris dans cette fatis. 
faétion, réfolurent de s'en procurer une plus férieufe pour la mort de leur 


Prévôt. Ils firent demander le Criminel aux Anglois. Scot peurs ve l'ayant! 
e 


racheté des mains du Proteéteur, il étoit abfous par cette efpèce de Senten: 
ce. Il s'éleva là-deflus une querelle fi vive entre les deux, Nations, que dans 
les premiers reflentimens, on fût prêt d'en venir aux armes, Mais les An: 
glois étoient en fi petit nombre, qu'ils ne pouvoient rien gagner par leur 
obftination. Il:ne leur reftoit que dix hommes. Le courage fut forcé de cé: 
der au nombre.] Les Hollandois firent enlever le Mulâtre par une Compa: 
gnie de Matelots armés, & le firent éxécuter fur le rivage, dans le lieu mé. 
me où le crime avoit été commis. 

Le même jour, qui étoit le 16 d'Avril, leur Vice-Amiral partit pour l4 
Hollande avec deux autres Vaiffeaux. Le 22 ilarrivaun grand Jonc de la Chi: 
ne, qu'on avoit cru perdu, parce que les Vaifféaux qui partent de ce pays- 
là arrivent ordinairement en l'évrier ou en Mars. L'arrivée de ce Bâtiment 
rendit les Lashes communs & les Réaux rares, ce qui nuilit. beaucoup au 
commerce des Anglois; qui, pour furcroît de malheur, eurent plufeurs Mar- 
chandifes gâtées par l'humidité de leurs Magazins. ] 

(p) Ainsi le trifte état du Comptoir Anglois l'expofoit.à toutes fortes de 
violences & d’affronts, fans aucune reflource pour s’en défendre. Un Chinois, 
qui avoit embraffé la Religion des Javans, fe trouvoit établi près du Comp- 
toir, dans une maifon où il vendoit de l'arrack. La vûe du magafin, dont 
il n'étoit féparé que par une cour, lui fit naître l'envie de trouver quelque 
moyen pour s'y introduire, Cene pouvoit être par des voies extérieures, La 
cour étoit expofée aux yeux pendant le jour, & ne demcuroit jamais fans 


Garde # 


(0) Le Guide, fuivant l'Anglois, étoit le (p) Ici commence la 4e, Sedion du Chap. 
Mulètre même maltraité parle Prévoit, R. dE, IL, de l'Original. R. d, E. 


arde p 


brie d'ou 


u'au ce 
e bra 
ouv 
il, Av 
re pro 
uation 
dut 
bler, à 
pntinue! 
eur qu 
épaiffeu 
s trahir 
nte, À 
r.pron 


& percer 


opérat 


Ce deffei 


écautio 


“ bois, i 


Hons cont 
dr la fum 


toutes | 
remuer 


dient fans 


danger vir 


‘| 


antité de 


endant fo 


k 


poudre 
ircir la lu 
mbeaux 
ertis de 
es déford 


“brales, Il 
es fecours 


(g) !' 


UX 


fia fes plain 
capable com. 
nt l'occafon 
au rivage , ils 
leur réfolu- 
ec un homme 
le tuèrent de 
oir commife, 
) du Prévûr, 
x deffein lu 
ux de quelle 


nt le Multre“ 


n Complice, 
la Ville où 
ñ cruelle, en 
e hätèrent de 
formé de fon 
ir, il éxiger 
& vingt pour 
1, 
ns cette fatis- 
mort de leur 


lit que l'ayant: 


ce de Senten: 
ns, que dans 
Mais les An: 
ner par leur 
forcé de cé: 
une Compa: 
ns le lieu mé. 


partit pour li 
nc de la Chi: 
de ce pays- 

ce Bäitiment 

beaucoup au 
ufeurs Mar: 


tes fortes de 
Un Chinois, 
ès du Comp 
gafin, dont 
ver quelque 
rieures. Lys 
jamais fans 


ion du Chap. 


Garde * 


INDES ORIENTALES, Lav. I, Cuar, IL. 9 


Marie pendant la nuit. 11 s'affocia huit autres Chinois, avec lefquels il entre- 
brie d'ouvrir un foûterrain, qui devoit les conduire, dans leurs idées, juf- 
“u'au centre du magafin. L'invention paroifloit d'autanc plus fûre, qu'ayant 
nc brafferie d'arrack dans la partie de fa maifon qui touchoit à la cour, on 
ouvoit étre furpris d'y voir un certain mouvement que demandoie le tra- 
il Avant que de commencer l'entreprife, il fur obligé de creufer un puits 
€ profond fur fon propre terrain, pour fécher la cour des Anglois que fa 
uation rendoit fort humide, 11 eut foin, pour déguifer fes vûes, de plan- 
du tabac dans la fienne; comme fi le puits n'eut été creufé que pour l'ar- 
bier, & tandis que fes Aflociés ouvroient le chemin fous terre , on le voyait 
pntinuellement occupé de fes plantes. L'ouvrage fut pouffé avec tant de vi- 
eur qu'ils arrivèrent au deffous du Magafin. Mais ils y furent arrêtés par 
épaifleur des planches qui en faifoient le fond. Le moindre bruit pouvant 
s trahir, il étoit queftion de s'ouvrir un paflage au travers de cette char- 
bente. Après avoir tenté toutes fortes d'expédiens, un Serrurier du complot 
r.promit d'y réuflir, 11 fit rougir un fer, avec lequel il n'eut pas de peine 
& percer une planche (g); & fon efpérance étoit qu'a force de répéter cet- 
te opération, il rendroit le trou allez pe pour } faire pañfer un homme, 
Ce deflein pouvoit produire quelque effet s'il eût été conduit avec plus de 
écaution, Mais en prenant foin que le feu n'agît point trop vivement fur 
bois, ils ne firent point attention que le plancher étoit chargé de balots 
Menvcloppés de nattes, & que le bout du fer y communiquoit fon ardeur, 
Æn cffet quelques nattes prirent feu, & l'incendie auroit bientôt fait d'autres 
progrès fi les balots euflent été moins humides. 
H Penpanr ce tems-là les Anglois étoient fans foupçon. Le magafin étoit 
Mien fermé, & la Garde éxaéte ra la nuit, On avoit porté les précau- 
Mons contre le feu jufqu'a faire plâtrer les fenêtres ; ce qui empêchoit de fen- 
dr la fumée, quoiqu'elle n'eût pas tardé à fe répandre. Scot venoit faire lui- 
éme la première garde, & s'étoit retiré tranquillement, Mais à la feconde, 
helqu'un crut fentir une odeur de fumée, qui augmentoit fans cefle. Onen- 
la dans le magazin: il en étoit rempli. Cependant après avoir jetté les yeux 
toutes parts, on ne remarqua aucune trace de feu, Ce ne fut qu'à force 
è remuer une infinité de balots qu'on découvrit quelques nattes qui brûs 
ent fans flamme; mais on fe défioit encore fi pu de l'artifice, que les 
Ms entendus n'attribuërent cet accident qu'à la fermentation du poivre qu'ils 
brent capable de prendre feu dans un lieu fi bien fermé. Scot averti du 
danger vint joindre fes recherches à celle des autres. Avec une immenfe 
quantité de poivre, il avoit dans le magalin trente mille piéces de huit. Ce- 
ndant fon premier foin fut de faire tranfporter dans la cour deux tonnzaux 
poudre qui y étoient auf. L'épaifleur de la fumée augmentant jufqu'à ob- 
ircir la lumière des chandelles, on fut obligé de lier enfemble douze grands 
mbeaux de cire pour éclairer toutes les parties du magafñn. Les Hollan lois 
Mertis de ce qui fe palloit envoyérent une Garde armée pour arrêter d'au- 
mes défordres, & des Ouvriers fidéles qui éteignirent enfin ks nattes em- 
“brafées. Ilfe rélenta quantité de Chinois, dont on ne voulut point asc:pter 
fecours; & parmi eux étoient les Auteurs mêmes de l'incendie, 


À 


& 


IL 

(4) l'Aaglois dit qu'il fe fervit pour cela d'une chandelle, R. d. E, 
4 La 
ÿ 


Evomonr 
Scor, 
160%. , 


On fuit un 
Couterrain 
pour volur le 
Comptoir, 


l'er brûlant 
pe en percer 
us planches, 


On découvre 
c fou, 


Circonflan- 
ces de l'incen- 
die, 


EnmMonp 
Scor. 

, 1604. 
On en dé- 
couvre la cau- 

fe, 


On arrête 
quelques cou- 
pables. 


Scot fe fait 
juftice à lui- 
même. 


Excès de ver- 
geance. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


IL reftoit à fçavoir quelle pouvoit être la caufe d'un accident de cette na 
ture, Scot rejettant l'explication que j'ai rapportée, choit beaucoup ; 
foupçonner les Portugais ; mais il ne pénétroit pas mieux les moyens qu'il 
avoient employés; car le trou du plancher étoit encore fi petit, que dans k 
fumée, & la confufon, perfonne ne l'avoit apperçu. Le matin, un Brique 
tier Chinois qui travailloit au Comptoir Hollandois affûra que de mal venoï 
de quelques gens de fa Nation, & qu'en cherchaat avec foin, il étoit impof 
fible qu'on n’en decouvriît pas la fource. Il ajoûta pour confirmer fon témoi 
gnage, que les Ouvriers de la maifon voifine avoient déja pris la fuite, O: 
recommença aufli - tôt les recherches. Enfin l'on apperçut le trou qui étoi 
au plancher. Un bâton qu'on y fit entrer ne trouvant rien qui lui réfiftât, 
Scot prit une hache avec laquelle il rendit l'ouverture affez large pour lui fai 
re découvrir le fouterrain. 1l aggrandit encore le paflage. Deux hommes : 


54 


defcendirent armés, & marchérent jufqu'à l'entrée, qui répondoit à la maifor M 


du Chinois. On avoit envoyé dans l'intervalle une Garde, pour s’affürer de 
ceux qui pouvoient encore s’y trouver. Il n'y reftoit que trois Chinois , don 
l'un y logeoit habituellement; mais les deux autres y étoïent par hazard & 
n'avoient aucune connoiflance de ce qui s’étoit paflé. Scot les fit arrêter tou 
trois & charger de fers. Il députa fur le champ au Protetteur pour lui expli 

uer fon avanture, & lui demander juftice. On promic de le fatisfaire, mai 
date des termes qui lui donnèrent peu d'efpérance. 

Les Hollandois qui fe crurent intéreflés à pénétrer le fond de cette terribl 
entreprife, & qui avoient aflez de forces dans le Port pour s'attirer des méns 
gemens, interrogèrent les trois Chinois qu'on avoit arrêtés. Celui qui logeoi 
dans la maïfon juitifia les deux autres, en reconnoiflant qu'ils étoient venu 
pour la première fois. Mais fur le refus qu'il fit de s'expliquer davantage, a 
de menaça d'un fer brûlant qui le rendit plus fincère. Il confeffa que lé crim 
avoit été commis par le Maître de la maïfon & fix autres Chinois qui s’étoien 
évadés, fans avouër qu'il eût été leur complice. On le mit férieufement à |: 


torture. Il reconnut enfin qu’il étoit coupable. Scot voyant qu'il avoit pe 
de juftice à efpérer du Proteéteur, réfolut de fe la faire à lui-même, & f4 


tuer ce malheureux, fans que les Javans paruffent s’en plaindre. Au contra 


re, dans la haine & le mépris qu'ils ont pour les Chinois, ils lui reprochill 
rent fon crime, en le voyant conduire au fupplice; & le Proteéteur qui nil 
voit pas voulu fe charger de fa punition, ne fit pas difficulté de l’approx 


ver. À quelques injures qu'il reçut des Javans au lieu de l’éxécution, il ré 
pondit:,, Les Anglois fout riches & je fuis pauvre: pourquoi ne leur prer 
» drois-je point ce qui leur eft moins néceflaire qu’à moi? ,, 
L'AmiRAL Hollandois envoya le lendemain à Scot un autre Chinois, d 
nombre des Complices, que fes gens avoient arrêtés fur le rivage. La tort 
re lui fit confeffer qu'il-étoit l'Auteur de l'invention du fer rouge, & qui 
avoit abufé de fon art dans d'autres occafions pour altérer les monnoyes. Li 
facilité que Scot avoit trouvé dans les Javans à lui laiflér prendre l'autorité d: 
Juge, !Li fit porter peut-être fes reffentimens trop loin. Il n’y eut point & 
cruautés qu'il n'éxercât contre le Coupable. Le récit en eft affreux dans Î 


ble. 
dre les oncles, brûler les mains, les bras, les épaules, & le col; il ordo 
nl 


propre Rélation. [Il fit infinuer un fer rouge fous les Ongles de ce Miférrs 
Voyant qu'à peine il donnoit quelque figne de fenfibilité, il lui fittor 


a qu'a 
lui raclà 
:s os d 
ât avec 


#4 
f 


6} 
ra 


" deflein c 
ecmpen 
Jomplice 


re 


J X 


t de cette na 


t beaucoup i 


moyens qu'il 
t, que dansk 
n, un -Brique 
4e mal venoi 
il étoit impol 
ner fon témoi 
is la fuite. CO: 
trou qui étoi 


i lui réfiftàt, F 


e pour lui fai 
ux hommes : 


it à la maifor * 


ur s’affürer de 
Chinois ,-don 
par hazard À 
ft arrêter tou 
our lui expli 
atisfaire , mai 


le cette terribl: 
uirer des ména 
elui qui logeoi 
étoient venu 
davantage, 0 
a que lé crim 
is qui s’étoien 
ieufement à |: 


e,. Au contri 


de l'appror 
cution, il ré 
i ne leur prer 


9 

e Chinois, d 
ge. Latorti 
ouge, & qui 


F eut point & 
ffreux dans Î 
de ce Mifé 
, il lui fittor 
col; il ordot 

ni 


u'il avoit pas 
i-même, & fs 


lui reprochii 
eéteur qui nl 


monnoyes. L . 
e l’autorité di” 


INDES ORIENTALES, Liv. III. Cnar. Il. 


a qu'avec une rape de fer on lui enlevât la chair de deffus le Corps, qu'on 
ui raclât la peau des os avec un fer chaud; qu'on lui enfonçât une vis dans 
“es os des bras pour la retirer enfüite tout d'un coup, & enfin qu'on lui bri- 
“ic avec des pinces tous les os des doigts & des orteils ; malgré tous ces tour- 
Mmens (r), il ne répandit pas une feule larme , & quand on lui faifoit quel- 
que queftion, pour ne pas répondre il mettoit fa langue entre fes dents, & 
ppoit du menton contre fes genoux pour la couper. Enfin Scot le fit re- 
ettre aux fers: alors les fourmis, qui font en très grand nombre dans ces 
artiers, s’introduifant dans fes plaies lui cauférent enfin plus de mal que 
s Anglois ne lui en avoient fait. | Après deux jours de cette cruelle ven- 
eance, il le fit tuer à coups de fufil; [ & cela à la follicitation des Officiers 
u Roi, à laquelle il ne fe rendit qu'après plufieurs inftances. ] Mais pour 
ftifier fa conduite, il prétend que fans un éxemple de la dernière févéri- 
“Mé, il auroit pû craindre que les Chinois n'euffent formé quelque nouveau 
"'deflein contre les Anglois. Ce fut dans la même idée qu’il promit une ré- 
ecmpenfe confidérable à ceux qui remettroient entre fes mains les autres 
Jomplices. | 14 | 
ON peut douter fi c’eft le reffentiment de tant d'inquiétudes & de pertes, 
qui fait faire à l’Auteur une affreufe peinture des Javans & des Chinois de 
Bantam. Il les repréfente comme les plus lâches & les plus fcélérats de 
ous les hommes, fans en excepter les Seigneurs, entre lefquels il ne fait 
race qu’au Scha Bandar, à l’Amiral, & à deux ou trois autres, qui n'étoient 
as même de l’Ifle, & qui étoient venus s’y établir de Clyn. Il raconte à 
Moccafon du danger que le Comptoir avoit couru, qu'un des Complices ayant 
rouvé un azile chez un Seigneur Javan, nommé Pangram Mandelike, pro- 
e parent du Roi, il avoit été le fupplier lui-même au nom du bien public, 
@ par tous les motifs qui pouvoient faire impreflion fur un honnète-homme, 
de ne point accorder fa proteétion à des miférables qui devoient être regar- 
és comme l'opprobre du pays. Le Seigneur Javan lui répondit qu'il pou- 
oit garder fes repréfentations pour ceux qu'il croyoit capables d'en étre 
puchés, s’il en connoiffoit quelqu'un; mais que pour lui, il confefloit natu- 
Mellement qu'il ne s’embarrafloit ni du bien, ni. de l'honneur de fon Pays. 
Quelque tems après, le même Seigneur ayant befoin de plufieurs marchan- 
es Angloifes, vint les acheter au Comptoir, en demandant crédit de fept 
VB huit-cens piéces de huit. Scot trop bien inftruit de fes principes, s'ex- 
eBia fous divers prétextes. Enquittant le Comptoir, Pangram dit aflez haut 
# être entendu ; il eftbienfâcheux que cette maifon foit deftinée à périr par 
feu. [En effet, pendant plus de fix femaines, toute la vigilance des Anglois ne 
ut empêcher que de deux ou trois jours l'un, ils ne reçuflent fur leurs toits ou 
ontre leurs fenêtres , des fléches enflammées & d'autres feux d'artifices , qui les 
irent plufieurs fois dans le dernier danger. N'ayant pû réu'fir par l'incendie, 
angram employa un artifice fans éxemple à Bantam, &-dont le fuccés lui parut 
rtain , par l'imprellion que fa fingularité même devoit faire fur le Roi & fur 
ut la Nation. Quoique l’ufage tienne les femmes refferrées chez leurs ma- 
ris 


55 


(r) Onne croiroit jamais qu'un Anglois 
ut pu poufler la Darbarie aufli loin. $Scot 
ible avoir été un Monfire de cruauté élevé 


dans l'Inquifition.  Eft-il poffible qu’un hom- 
me foit capable d'inventer, & de raconter 
lui-même de parcils tourfnens, 


Enmonwn 
Scor. 


1604. 


Affreux ca- 
raétère des Ja- 
vans & des 
Chinois de 


‘bantun. . 


Difcours d’un 


Seigneur Ja- 


van, 


Moyen qu'il 
employe pour 
fe venger des 
Anglois. 


Enmono 
Scor, 


1604. 


Les Anglais 
fe jultilient 
devant le Roi. 


56 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 
ris ou leurs pères, il envoya au Comptoir Anglois deux des fiennes , d'un 
âge & d'une beauté qui pouvoient donner du crédit à l'impofture qu'il mé- 
ditoit. Elles y arrivérent portées à la mode du pays, dans des palanquins, 


fur les épaules de quantité d'Efclaves.  Scot apprenant que c’étoient des fem. 


mes de diftinétion qui avoient la curiofité de voir fon magafin, & qui vou: 
loient acheter des bijoux de l'Europe , fe crut obligé de répondre à cette fa. 
veur par toutes fortes de galanteries. Après leur avoir fait voir ce qu'ilavoit 
de plus précieux en marchandifes d'Angleterre, il les introduifit dans un ca. 
binct où il avoit fait préparer des rafraîchiffemens. Elles reçurent fes civi- 
lités avec complaifance ; mais lorfqu'il les pi prêtes à goûter ce qu'il 
leur offroit de fi bonne grace, elles jettérent des cris qui attirérent tous les 
Anglois du Comptoir, & les Efclaves qu'elles avoient amenés à leur fuite. 
Scot n'avoit alors avec lui que Towt/on, autre Faéteur Anglois. Il ne com- 


prit rien à ces marques de douleur & de crainte. Mais voyant les deux M 


Javanes, qui continuoient leur grimaces, & qui prefloient leurs gens de les 
faire fortir, il fit peu d'efforts pour les arrêter. Elies le quittèrent brufque- 
ment, Le feul foupçon qu'il forma de cette avanture tomba fur quelques 
nets qu'il leur avoit fait fervir à la manière de l'Europe , & dont il jugea 
que la vûe pouvoit les avoir choquées. 

Le lendemain il reçut ordre de fe rendre à la Cour. Le Roi, quoique 
fort jeune, prit un air févère en le voyant paroître, & lui demanda par 
quels déteftables principes il fe croyoit autorifé à violer les femmes d’autrui. 
Dans le premier étonnement de ce reproche, Scot marqua de l'embarras à ré. 

ondre, Cependant aprés s'être rappellé ce qui pouvoit y donner occafion, 
H expliqua au Roi d’un air fi fimple les circonftances de fon avanture, que ce 
Prince, connoiffant le caraétère de Pangram, n'eut pas de peine à déméler la 
vérité. Le Scha Bandar, qui afliftoit à cette explication, & qui avoit été 
furpris du crime dont les Anglois avoient été accufés, aida beaucoup à leur 
juftification, en rendant témoignage que depuis qu’ils étoient à Bantam, il 
avoit admiré plufieurs fois leur continence. En effet Scot affüre, à l'honneur 
de la fienne, qu'il n’avoit eu jufqu’alors que du dégoût pour les plus belles 
femmes du Pays, & que veillant à la conduite de fes gens, il avoit toûjours 
éloigné du Comptoir cette forte de débauche. 

CEPENDANT Pangram comptant à la Cour fur l'effet de fon artifice, a- 
voit fait répandre dans toute la Ville, que les Faéteurs Anglois étoient con- 
vaincus d’avoir violé fes femmes. On s’attendoit à les voir punir fi rigou- 
reufement, qu’en fortant du Palais, Scot trouva une foule de peuple, qui 
demandoit quel feroit fon fupplice. Il paña d’un air fi tranquille, qu’on re. 
marqua aifément qu’il avoit fäatisfait le Roi; & ce Prince prit foin lui-même 
de difliper la calomnie. Pangram, quoique décrié par fon caraétère & par 
fes mœurs, avoit acquis tant de crédit dans une longue minorité, que le 
Confeil de Régence ofoit à peine lui réfifter. Mais le Roi commençoit à 
tenir de fes propres mains les rênes du Gouvernement; & s’il avoit quelque 
indulgence pour les injuftices & les emportemens d’un homme qui lui appar- 
tenoit de fort près par le fang, il étoit fort éloigné de les autorifer par fon 


(s) approbation. ] () 1 


(s) Au lieu de cette longue Addition du Traduéteur, l'Original dit que Mandelike tàchi 
d'engager 


; | 3 (t) 


te pou 


Jong-te 
lois | 
SM 
« pour co 
1] voul 
que fon 
choifir. 


La rire d 
" mander 
“blanc, « 
 fupplice 


M choit, fe 


Var 
Li: 


du Comp 
4. voient |” 
rence, q 
qu'il les 
avec un 


 ÆProrctta 


ï 

'engager u 
ment des À 

été avertis: 

rent inutiler 

que ccpend 


IT. Pa 


| X 


ennes , d'un 


e qu'il mé . 


palanquins, 


ent des fem- 


& qui .vou- 
e à cettc fa. 
ce qu'ilavoit 
dans un ca- 
ent fes civi- 
ter ce qu'il 
rent tous les 
1 leur fuite. 
Il ne com- 
ant les deux 
gens de les 
rent brufque- 
fur quelques 
ont il jugea 


oi, quoique 
lemanda par 
nes d'autrui. 
mbarras à ré. 
ner occafion, 
hture , que ce 
> à démêler la 
ui avoit été 
ucoup à leur 
Bantam , il 
, à l'honneur 

plus belles 
oit toûjours 


artifice, a- 
étoient con- 
nir fi rigou- 
beuple , qui 
e, qu'on re- 
in lui-même 
ère & par 
ité, que le 
mmençoit à 
voit quelque 
ui lui appar- 
ifer par fon 


(t) IL 


Jandelike tàch 
d'engage 


INDES ORIENTALES, Lw. IIL Cnar. I,  :57 


(t) IL arriva dans le inême tems aux Anglois une avanture affez plaifan- 

À te pour les réjouir beaucoup, fi la ljaifon qu'elle avoit avec celle qu ils ve- 
À noicnc d'effuyer ne les avoit obligés de la regarder d'un autre œil. Un Chi- 
noïs qui demeuroit dans le voifinage du Comptoir , ayant enlevé la femme 
d'un autre, fut pourfüuivi de fi près par le Mari, que cherchant à cacher fa 
proie, il ne vit point de reffource plus préfente que de la faire paffer par deflus 
Ml'enclos du Comptoir. Les Anglois avoient faflé nouvellement leur poivre, 
EX la chaleur excefive du magafin les oblig:oit d’en tenir la porte ouverte, 
MDans la crainte où la femme du Chinois étoit encore de retomber entre les 
mains de fon Mari, elle fe gliffa promptement par la porte du magafin ; & la 
difficulté ne fut pas grande à s’y cacher. Cependant n'ayant pû fupporter 
long-tems la chaleur du ri elle revint prendre l'air à la porte. Un An- 
glois qui l’apperçut dans l'obfcurité crut le danger fort grand, & répandit 
Paufi-tôt l'allarme. Scot parut avec fon aétivité ordinaire. Il prit fes armes 
M pour commencer lui-même les recherches. Enfin ne trouvant qu'une femme, 
il voulut fçavoir quel motif l'avoit amenée. Elle répondit pour fa défenfe , 
que fon Mari l’avoit voulu battre, .& qu'elle n'avoit point eu d'autre azile à 
choifir. Les Chinois font accoutumés à battre leurs femmes , fur-tout lorf- 

* qu'elles font d'un pays étranger. Celle-ci étoit une Efclave Cochinchinoife., 
| qui n'avoit point de parens à Bantam. On ne laïiffa point de continuer la vi- 
à lite du magafin; &, tout y étant tranquille, on employa le rcite de la nuit 
à rire de cette fauffe allarme. Le Mari fe préfenta le lendemain pour de- 
"0 mander des nouvelles de fa femme ; mais il ne fit cette queftion qu’en trem- 
“blanc, comine fi l'éxemple du Chinois que Scot avoit fait mourir dans les 
 fupplices, lui eût fait redouter le même fort. On lui rendit ce qu'il cher- 
" choit, fans lui fouhaiter d'autre mal que celui de vivre avec une telle femme, 
n Le Protecteur affeétant quelquefois du zèle pour la juftice , avoit donné 
aux Anglois, en forme de confifcation, la maifon & le terrain du Chinois 
aui avoit confpiré contre eux; mais quoique ce préfent eût paflé pour gra- 
“Jtuit, jamais les Anglois n'ont payé fi cher un fi petit efpace de terre dans au- 
cun Pays du monde. Cependant il leur devint extrêmement utile ; & dans 
la fuite ayant acheté une autre maifon qui n’étoit pas moins proche du Comp- 
toir, ils fe trouvèrent logés fort avantageufement. Leurs fatisfaétions étoient 
Mtoûjours courtes, ou mêlées de quelques défagrémens. Le 9 de Septembre, on 
publia par l'ordre du Proteéteur une Proclamation qui défendoit aux Chinois 
de vendre du poivre aux Etrangers. Scot dîna le même jour avec les Chefs 
du Comptoir Hollandois, qui ne lui parurent point aufi inquiets qu’ils de- 
voient l'être de cette innovation. lIls.lui dirent avec le même air d'indiffé- 
rence, que le Protcéteur leur devoit dix mille facs de poivre. Sa réponfe fut 
qu'il les croyoit trop fins pour avoir été capables d'une fi folle confiance. [ Mais 
avec un peu de réflexion fur tous ces incidens , il jugea que le deffein du 
Prorcéteur étoit de véxer les Anglois par une efpèce de Monopole, dans le- 
quel 


LS 


d'engager un Chinois À mettre le feu au loge- 
ment des Anglois; mais que ceux-ci en ayant 
été avertis par le Chinois même, s'an plaigni- 
ærent inutiement au Roi & au Protcéteur ; & 
pouce cependant ils réuMrent à fe garantir de 


IT. Part. 


toutes les tentatives qu'on fit pour réduire 
leur Magafin en cendres. R. d. E, 

(#) Ici commence la 5e. Sc&tion du Chap, 
HI de l'Original, KR. d, E, 


IT 


EDMOND 
$-OT. 
1604. 

Plaifant 
événement. 


Les Anglois 

Étargiflent leur 
terrein à Ban- 

tam. 


Monopole du 
Protecteur. 


Enmonp 
Scor, 


1604, 


Caraétère 
d'une Dame 
Javane. 


Elle prend 
perti pour les 
Anglois, 


La maifon 
des Anglois eft 
briülee, 


58 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


quel il y avoit beaucoup d'apparence que les Hollandois entroient pour quel. 

ue chofe, En effet ayant appris qu'on achetoit quantité de poivre au nom 

u Roi, & par conféquent à moindre prix, fuivant le droit du Souverain, 
il ne put douter que ce ne fût dans l'intention de le vendre plus cher aux 
Anglois , lorfqu’on l'auroit rendu plus rare. II conçut aufñli que les dix mille 
facs dont les Flollandois lui avoient parlé n'étoient qu'un artifice concerté, 
pour les mettre à couvert de l'augmentation du prix. Dans le chagrin de cette 
nouvelle injure ,] il rélolut de ne rien épargner pour faire entrer dansfes in- 
téi ts une vieille Dame de la Cour, qui gouvernoit fi abfolument. le Pro- 
teéteur , que fans être de la Famille Royale , on l’appelloit communément 
la Reine de Bantam. Elle étoit demeurce veuve d’un Seigneur Javan, qui 
lui avoit laiflé d'immenfes richefles, & fon efprit joint à beaucoup de fer- 
meté dans le fond du caraétère, lui avoit acquis une confidération générale 
dans toute la nation. Scot n'avait plus befoin d'interprête pour s'expliquer 


dans la langue du Pays. Il expofa fes plaintes [avec cette noble fimplicité, qui? " 


eft également éloignée de la bañefle & de l'artifice. Il y joignit les flatre- 
ries qui font toûjours impreffion fur le cœur d’une femme , & l'offre de ce 
qu'il avoit de plus précieux entre fes marchandifes.] Elle fit prier auffi-tôt le 
Proteéteur de fe rendre chez elle. Et dans la préfence même de Scot, elle 
lui demanda pourquoi il ôtoit la liberté du commerce aux Anglois? Il répon- 
dit qu’il fe trouvoit dans la néceffité d'acheter dix mille facs de poivre pour 
le Roi. Scot ne balança point à lui dire, que füuivant ce qu'il avoit appris 
des Hollandois mêmes, cette quantité de poivre étoit pour eux, & leur étoit 
due. Le Proteéteur parut embarralTé, & ne fe fauva que par des excufes fans 
vrai femblance. La Reine de Dantam, éxigea de lui qu'il cefléroit de chagri- 
ner les Anglois, en lui promettant de leur parc beaucoup de refpeét & d’at- 
tachement. Cette réconciliation produifit des effets de quelque durée. Les Chi: 
nois charmés de voir le commerce rétabli, s’empreffèrent d'apporter leur 
poivre aux Anglois; & Scot aflüre que s’il avoit eu huit ou dix mille ducats 
de plus, les Hollandois auroient eu peine cette année à faire leur cargaifon. 
1! ajoûte, [d'un ton que la concurrence des deux Nations rend nn peu fuf# 
peét,] que les Hollandoïis étoient alors déteftés à Bantam , & qu'ils ne de- 
voient les faveurs qui leur étoient accordées, qu'au grand nombre de leurs 
Vaiflenux, dont toutes ces Régions de l’Inde étoient remplies. 

LE 15 de Septembre, un accident, dont on ne peut accufer que le ha- 
zard, caufa dans la Ville un fi furieux incendie, que toutes les précautions 
des Anglois ne purent garantir leur maïfon de l'impétuofité des flammes. II 
n'y eut que le nagafin de fauvé. A peine leur refta-t-il un lieu pour placer 
le lit de Scot, & tous les autres furent obligés de camper fous des tentes au 
milieu de leur cour. Le Scha Bandar vint leur offrir fon fecours dans le tu- 
multe. L’Amiral leur envoya un grand nombre d'Ouvriers fidéles. Les Chi- 
nois les plus riches accoururent pour les fervir, ou du moins pour veiller à 
la confervation de leurs meubles; & d'une partie de leurs marchandifes, qui 
étoient expofées comme au pillage. Le Comptoir Hollandois échappa fort 
heureufement, & les Anglois ne firent pas difficulté d’en recevoir diverfes 
fortes d’alliftances. Scot remarque debonne-foi, que fur tousles points qui n'a- 
voient pas de rapport au commerce, les deux Nations étoient fort unies, & 
n'auroicnt pas Lalancé, pour s’entr’aider, à s’expofer aux derniers périls. 


07 aux autrd 


Pendant * 


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eét & d’'at- 
e. Les Chi- 
pporter leur 

ille ducats 
r Cargaifon. 


nn peu fufr 


wils ne de- 
re de leurs 


que le ha- 
précautions 
ammes. ll 


es tentes au 
dans Île tu- 
s. Les Chi- 
ur veiller à 
andifes , qui 
happa fort 
oir diverfes 
ints quin'a- 
tunies, & 
hicrs périls. 


4 


"0 ce alla jufqu'à faire vendre publiquement le ris & fes Prifonnicrs. 


pour placer 4 


07 aux autres édifices. 


Pendant : 


INDES ORIENTALES, Iav. II Car, II. 59 


M Pendant plus de deux mois, qui furent employés à réparer les édifices, la 


© néceflité de veiller continuellément fous les armes, fit mener aux Angloisune 
0 vic militaire. Ils n'auroient pas réfifié à la multitude de Brigands qui les ob- 
 fervoient fans cefle, s'ils n'euflent été foûtenus par la Garde du Scha Bandar 
0 & celle du Comptoir Hollandois. | 
Le territoire de Bantam ne fourniffant point aflez de vivres pour la moi- 
tic de la Ville, elle recevoit le refte de fes provifions de plufieurs endroits 
el'Ifle, & des Pays voilins, par un grand nombre de Joncs qu'on y voyoit 
aborder tous les jours. Un commerce fi nécefluire s'éxerçoit fans armes & 
fans précautions.  Mandelike, ce même Prince Javan, dont j'ai rapporté les 
violences, entreprit de piller les Joncs, pour fuppléer à fa fortune, quis'al- 
téroit de jour en jour par fes débauches. Avec le fecours de fes Eifclaves 
qu'il avoit foin d'élever dans les mêmes principes, il attaqua un Jonc char- 
gé de ris, & d'une multitude de Paffagers des deux féxes; & fon impuden- 
C'étoit 
le moyen d'affamer la Ville, en répandant l'effroi parmi ceux qui appor- 
toient ds vivres. Le Roi & le Proteéteur lui envoyérent ordre de bites 
»” ce qu'il avoit pris. Il rejetta fièrement leurs Meflagers ; & paroïffant dif- 
4 pofé à toutes fortes d'excès, il fe fortifia dans fa maïfon, comme s'il eut 
compté d'y être affiégé. ‘Tous les Scigneurs qui avoient diflipé leur bien, 
& qui efpéroient de rétablir leur fortune dans la confufion d'une guerre ci- 
vile, fe déclarèrent pour lui. Le Scha Bandar & l’Amiral avertirent les 
Anglois de fe tenir fur leurs gardes. En effet le nombre des Rebelles aug- 
mentant de jour en jour, le commerce fut interrompu, & les Habitans CA 
Pays ne s’allarmèrent pas moins que les Etrangers. Chacun penfant à fa fü- 


“reté, Scot emprunta plufieurs petites Piéces d'artillerie de queiques Chinois 
naffeétionnés, & fe retrancha dans le Comptoir avec des chaînes & de grof- 


…fcs poutres. Il voyoit les Efpions des Rebelles roder fans ceffe autour de lui, 
W& quelques-uns eurent la hardieffe de jui demander quel étoit le but de tant 
A de précautions. 11 leur répondit ouvertement que s’attendant chaque nuit à 
L fe voir attaquer par des gens de leur efpèce, il fe mettoit en état de les bien 
recevoir. 
M [Dans la crainte d'une révolution qui pouvoit ébranler les fondemens de 
QW'Etat, le Confeil réfolut de s’adreffer au Roi de Jacatra, oncle du jeune 
"Roi de Bantam. Ce Prince avoit été forcé d'armer lui-même pour fe dé- 
fendre contre une partie de fa Noblefle. Après avoir fait entrer fes Enne- 
mis dans la foûmiflion, il confervoit encore une partie des Troupes qu'il 
+ avoit employées à les réduire. ] Sur les inftances de fon Neveu, il vint fe 
 préfenter le 20 d'Oëtobre aux portes de Bantam, avec quinze-cens hommes, 
füuivis d'un corps plus nombreux qu'il avoit laiflé à quelques lieuës de la Vil- 
le. Il fit défier les Rebelles au combat; mais les trouvant peu difpofés à 
4 quitter leurs retranchiemens , il envoya chercher les principaux Anglois du 
À Comptoir, pour leur demander fi par quelques fecrets de l'Europe ils ne pou- 
voient pas brûler Mandelike & fes Affociés, dans leur retraite, fans nuire 


Scot lui répondit que s'il eûc été queftion d'un Vaif- 
feau dans la Rade, il auroit pà rendre ce fervice au Roi de Bantam, mais 
7 qu'avec quantité de fecrcets inconnus aux Indiens, il n’avoit pas celui d’arré- 
on ter l'action des flammes. te il ajoûta qu'en faifant abbatre à quel- 

I 2 que 


Enmoywypn 
Scor. 


1604. 


Mandelike 
pilleles provi- 
fions de la 
Ville, 


Il menace 
Bantam d'une 
guerre civile. 


Le Roi de 
Jacatra vient 
au fecours de 
Bantam. 


Enmonv 
Scor. 
1604. 
Scot offreun 
moyen de brû- 
ler les Re- 

belles, 


Ms deman- 
dént un ac- 
commode- 
nent, 


Mandelike 
eft chafté du 
Royaume, 


Bonne con- 
duite des An- 
glois. 


L'Empereur 
de Damak af- 
fafiné par fon 
fils. 


60 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


que diftance les édifices qui fervoient de communication, il ne défefpéroi 
pas de fauver la Ville; & quant aux Rebelles; il promit de les réduire en 
cendres en moins de vingt-quatre heures, avec tous leurs retranchemens, 
fans expofer un feul homme de l'Armée de Jacatra. Son defféin étoit de tirer 
à boulets rouges fur leurs maifons de canne. Le Roi ne fit pas difficulté d'ac- 
cepter fes offres. On commença aufli-tôt à démolir quelques édifices par où 
le feu .pouvoit fe. communiquer. Les Anglois,que Mandelike avoit fifouvent 
menacés de l'incendie, fe réjouifloient de lui faire éprouver les mêmes ter- 
reurs. Mais le bruit en fut porté jufqu'aux Rebelles, & leur caufa tant 
d'épouvante, qu'ils demandèrenc un accommodement dés'le même jour. 
Scot confeilla aux deux Monarques de ne recevoir aucune condition qui ne 
commençât par l’éxil perpétuel de Mandelike. Ce fier Javan fe vit contraint 
d'accepter fa grace à ce prix. Il fut chaffé du Royaume avec fes femmes, & 
trente Efclaves dont on lui permit de fe faire accompagner. Pendant dix 
jours entiers, les Anglois s'étoient attendus à voir les deux Partis aux mains, 
& fe croyoient menacés d’une fcéne. fort fanglante. Mais tant de mouve- 
rent ne produifit pas la mort d'un feul homme. Outre la lâcheté naturelle 
aux Indiens, Scot donne une autre raifon de cette modération apparente. 
Leur principale richeffe confiftant dans leurs Efclaves, ils craignent l'occafion 
de fe bartre arce qu'elle les expofe à les perdre. La tranquillité étant réta- 
blie dans la Ville, les Anglois donnèrent le 17 de Novembre un grand fef- 
tin pour célébrer le couronnement de la Reine Elifabeth, qu'ils croyoient 
encore fur le Trône; & leur artillerie, qui avoit été chargée jufqu'alors, fut 
éxercée fans regret dans. une fi douce occafion. Ils reçurent des complimens 
fur leur conduite , non-feulement de tous les Etrangers qui fe trouvoient à. 
Bantam, mais des Seigneurs mêmes de la Cour, à qui leur courage. infpi- 
roit autant d'admiration que leur prudence. On étoit furpris que dans le pe- 
tit nombre auquel ils.étoient réduits, & parmi tant de dangers qui les avoient 
menacés continuellement, ils fe fuflent foûtenus avec une fermeté qui:-les a-. 
voit.fait triompher de tous leurs ennemis. Ils étoient les feuls Etrangers qui 
cuffent accoutumé les Javans à recevoir d'eux, ou des cenfures ou des puni- 
tions. La querelle fanglante qu'ils avoient eue avant le départ de leurs Vaif- 
feaux , avoit fait douter s'ils pourroient foûtenir cette fierté lorfqu'ils feroient 
fans aucun autre appui que les paliffades de leur Comptoir. Mais ceux qui 
en avoient mal auguré, fe virent démentis par les événemens. D'ailleurs, 
autant qu'ils temoignoient de fermeté à repoulfer les injures, autant paroif- 
foient-ils doux & civils dans les devoirs de la fociété & dans les affaires du 
commerce; fort différens des Hollandois, répéte l’Auteur , qui fe faifoient 


haïr. mortellement des Javans.& des Chinois. [Ils ne négligeoient rien pour 


amaffer du Poivre; mais les Chinois ne vou‘oient pas leur en vendre dès que 
les Anglois vouloient le payer au même prix, & quand ceux-ci n’eurent plus 
de réaux les Chinois leur firent crédit jufqu’à l'arrivée de leurs Vaïffeaux , qui 
étoit incertaine, pendant qu'ils auroient pû avoir de l'argent comptant des 
Hollandois.] 

Vers le même tems l'Empereur de. Damak, que fatyrannie avoit fait dé- 
pofer quelques années auparavant par les Rois voifins, & qui s'étoit procu- 
ré uu azile à Bantam, fut aflafiné par un de fes fils, dans un voyage fort 
çourt quil faifoit par mer, dans un autre lieu de l'Ile, [On porta divers 

jugemer: 


A: 
Si 


f 
TR 


qral 


remens 
l'efpé 
omis fa 
ais ceu 
lil n'ét 
ur une 
re lui v 
nion ; 


s l'Ile 


Dindre p 


LE 14 


» APP 
de l’'Av 
ne leur 
ée de cel 
L'un 
cien Chef 
ytrouva | 

ms. Lai 


fa courte 
favoit cr 


étoient vc 


xeftoit-il c 
ment à ] 
Dûpart de 
mi ceu 


X 


défefpéroi 
réduire en 
anchemens, 
toit detirer 
ficulté d’ac- 
fices par où 
it fi fouvent 
mêmes ter- 
caufa tant 
même jour. 
ion qui ne 
it contraint 
femmes, & 
Pendant dix 
aux mains, 
de mouve- 
cé naturelle 
apparente, 
it l'occafion 
étant réta- 
grand fef- 
 croyoient 
qu’alors, fut 
omplimens 
rouvoient à. 
rage. infpi- 
dans le pc- 
les avoient 
é qui- les a-. 
angers qui 

des puni- 
leurs Vait 
‘ils feroient 
s ceux qui 
D'ailleurs. 
ant paroif- 
affaires du 
e faifoient 


rien pour jf 


Ire dès que 
eurent plus 
Caux , qui 
hptant des 


oit fait dé- 
bit procu- 
yage fort 


jugemer: 


rta divers 


INDES ORIENTALES, Lav. Il. 


Cuar. IL 
remens de ce parricide. Les uns prétendirent que le jeune Prince gagné 


61 


l'efpérance de remonter fur lé Trône après la mort de fon pére, avoit 
omis fa mort à cette condition, au Roi de Clyn, fon principal ennemi. 
ais ceux qui avoient pénétré dans leurs affaires domeftiques, aflurèrent 
lil n'étoit queftion entre le père & le fils, Lee d'une concurrence d'amour 
ir une Efclave que lé jeune Prince avoit achetée à grand prix, & que fon 
e lui vouloit-enlever. Les circonftances parurent s accorder avec cette 
nion ; car après s'être fouillé du fang de fon père, le Prince fe retira 
s l'Ifle de Sumatra avec les femmes qu'il avoit à bord, fans marquer la 
indre prétention aux autres parties de fon héritage.] 
Le 14 de Décembre, une Pinaffe Hollandoife, qui arriva au Port de Ban- 
, apporta aux Re n les premières nouvelles de la mort de la Reine, 
de l'Avénement du Roi Jacques d'Ecoffe au Trône d'Angleterre. Mais el- 
ne leur apprit rien de leur Flotte ; & leur inquiétude dura jufqu'à l'arri- 
e de celle de Hollande, où ils trouvèrent trois Lettres dans le Vice-Ami- 


ral. L'une étoit de la Compagnie de Londres , adreflée à M. Stackey, an- 


cien Chef du Comptoir de Bantara, & mort depuis près de deux ans. Scot 
y-trouva le départ de Middleton annoncé, mais fans aucune certitude du 
éms. La navigation des Hollandois avoit été retardée par tant d’accidens, 

"en fuppofant la Flotte Angloife partie dans la faifon favorable, elle ne 


Mppuvoi‘ :tre long-tems à paroître. Cette efpérance confola Scot du triom- 


he de {es Rivaux, qui répandirent dans l'intervalle des bruits peu honora- 
Ples pour l'Angleterrc.] Il eut la confolation d'apprendre que certains Chi- 
bis de fes amis avoient découvert & fait arrêter Unicte, Chef des Incendiai- 
és qui avoient miné le Comptoir. Ce Brigand s’étoit retiré dans les mon- 
gnes, d'où la faim & la foif l'avoient forcé de revenir aux environs de la 
Ville; &:les plus honnêtes-gens de fa Nation s’étoient fait un devoir de le 
Wrer aux Anglois. Scot en fit donner avis au Proteéteur, mais ce fut pour 
mi déclarer qu'il fe chargeoit de la punition & qu'il ne la feroit point at- 
tendre long-tems. Il vouloit feulement tirer du coupable quelque éclairciffe- 
ment fur la retraite de fes autres Complices. Son imagination n'avoit point 
gté tranquille ,. depuis que cette troupe de fcélérats s'étoit dérobée à fa ven- 
geance. Il-n'avoit perdu qu'une feule fois le Comptoir de vûe; & dans cet- 
#a courte abfence,. il avoit été troublé par tant d’allarmes, qu'à fon retour 
iavoit crû trouver fon Magalin en proie aux flammes. Trois fois la {emai- 
n6, il ne manquoit pas de faire la vifite de toutes les maifons Chinoifes qui 


étoient voifines de la fienne, & d’obferver fur-tout s’il n’étoit pas menacé de 


quelque nouvelle mine. [Cet air d'autorité ne lui auroit peut-être pas réuñi 
vec les Javans; mais à qui les Chinois auroient-ils adrelMe leurs plaintes, 

prfque les Javans mêmes prenoient plaifir à les voir humiliés ?] 
ENrinN, le 22 de Décembre, on découvrit vers le foir la Flotte Angloife 
ii entroit dans la Rade. Mais l'empreflement & la joie que Scot fit éclater 
# cette heureufe nouvelle , furent bien tempérés par l'état déplorabl: où il 
(Hrouva l'Amiral Middleton, & la plus grande partie de fes gens. A peine 
ftoit-il cinquante hommes fains fur la Flotte. Loin d’efpérer leur récablif- 
ment à Bantam, l'air n’étoit propre qu’à redoubler les maladies. Au Ja 
plûpart de ceux. qui en étoient atteints y moururent-ils miférablement; & 
mi ceux qui jouifloient de la meilleure fanté, un grand nombre efluya !e 
13 même 


EDMON» 


Scor 


1604. 


Les Anglois 
apprennent la 
mort de leur 


Reinc, 


Arrivée d'u- 
ne flotte Hol 


landoife. 


Chef des In- 
cendiaires ar- 


rêté, 


Allarmes de 


Scot. 


Une Flo 


Aagloil:? 
ve à Beni 


Son trift: 


111 
i 


[4e 


it, 


ÉnMonp 
Scor, 


1604. 


Sçot fait éxé. 
cuter l'Incen- 


aiure, 


Confeil tenu 
entre les An 


} 
{ Jen 
blu: 


L'Amiral fe 
nréfente à 
‘Audiance du 

Roi, 


Les Anglois 
font accablés 
de maladies, 


160$. 


Û 
62 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


même fort. Middleton étoit fi foible qu'à peine eut-il la force d'écouter |, 
récit des affaires du Comptoir, Cependant la néceflité ranima fon courage 
lorfqu'il eut compris de quelle importance il étoit pour l'honneur de fa N 
tion, & pour le fuccès de fes efpérances, de partager du moins le cham 
avec les Hollandois. 11 chargea immédiatement Colthurft, fon Vice - Am: 
ral, de defcendre au Rivage avec quelques-uns des principaux l'aéteurs, 
pour annoncer fon arrivée à la Cour; & dans la vûe de relever le nom Ar 
glois, Schot chôifit le même jour pour faire éxécuter l'Incendiaire qu'il re 
tenoit dans les fers. Il en refloit quatre à punir; deux qui s'étoient fauvé 
dans le Royaume de Jacatra, un qui avoit accompagné Manlelike dans fa 


éxil & le quatrième qui vivoit encore à Bantam fous la protcétion de Air 
Sanapati Lama, Seigneur Javan fort oppofé à l'établiffement des Anglois, M 

Dans un Confeil qui fe tint le 23 à bord de l'Amiral, diverfes raifons 
firent prendre le parti d'envoyer deux des quatre Vaiffeaux de la Flotte au 


Moluques, le Dragon & l'Afcenfion, tandis que l'Heïor & la Sufanne feroier 
leur cargaifon de poivre à Bantam, pour retourner direétement en Angl: 
terre, Les rafraîchiffemens du Pays ayant fait reprendre à l'Amiral une par 
tie de fes forces, il fe trouva capable, dès le 25, de donner à diner fur fo 
bordaux Chefs de la Flotte & du Comptoir de Hollande, [Là , dans la cha 
leur du vin & de la bonne chère, on convint de bonne grace que tous les fi: 
jets de plainte feroient mutuellemeut oubliés, & que pour le bien commu 
onremettroit à d’autres tems la difcuflion des intérêts publics ou particulier: 
Cette précaution étoit d'autant plus fage, que les Javans mêmes s'attendoien 
à voir éclater des jaloufies funeftes aux deux Nations, & s’en promcettoicn 


d'avance un fpcétacle amufant.] Le 31, Middleton, acconipagné de tou 


les Marchands à qui leur fanté permit de le fuivre, fe rendit au Palais, 0 
il remit au Roi la Lettre de Jacques I. & les préfens. C’étoit une aiguiéret 
un baïlin de vermeil, deux coupes & une cuillière de même métal, avec fi 
moufquets. Ces témoignages de l'amitié d’un grand Roi furent bien reçu 
Middleton employa le jour fuivant à vifiter les principaux amis des Angloï 
tels que le Scha Bandar, l’Amiral & les riches Chinois. I leur fit aufi du 
préfens, auxquels ils parurent fort fenfibles. Ses foins fe tournèrent enfüite. 
féparer les marchandifes qu'il deftinoit aux Moluques. Mais à mefüure que fe 
gens gucrifloient du fcorbut, ils étoient faifis d'une diarrhée prefque au! 
dangercufe ; de forte que manquant d'Ouvriers, il vit peu d'apparence à pu 
voir remplir fes vûes ayant la fin de la faifon. Les Vaifleaux Hollandois q 
étoient au nombre de neuf fans y comprendre les Pinafles & les Chaloupe: 
partirent le 7 de Janvier pour Amboyne & les Moluques ; tandis que les Anglo 
demeuroient prefque fans efpoir de finir cette année leur cargaifon. Ceper 
dant ceux qui étoient nommés pour Banda fe déterminèrent le 18 à metit 
à la voile, Scot qui continua fon office à Bantam , laiffa le foin d’écrit 
leur voyage à ceux dont on a lû les Relations. À peine eurent-ils quitté ! 
Port, que le Proteéteur abufant de l’état des deux Vaifleaux qui devoier 
retourner en Europe, augmenta les droits de fortie. Scot réfifta d’abord 
cette tyrannie ; mais voyant que toute fa fermeté ne ferviroit qu'à reur 
der la cargaïfon des deux Vaifleaux, il prit le parti de payer les marchait : 
es préfentes, en remettant la conclufion du différend au retour de l'A 
miral. 


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fon courage, 
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aux l'aéteurs, 
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diaire qu'il re 
étoient fauvé 
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étion de Air 


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les marchi 


etour de l'À 


Li” 


INDES ORIENTALES, Liv. IIL Cuapr. [I 63 


La Sufanne & l'Heétor mb une fi grande partie de leur Equipage 
ant qu'ils fuffene en état de mettre à la voile, que les Faéteurs furent obli- 
s de louër des Chinois & des Guzarates, non-feulement pour aider au 
avail du Port, mais pour fuppléer à la manœuvre dans le cours de la navi- 
Mirion. C'étoit une dépenfe fort onéreufe, Enfin, par mille fatigues, on 
Rérvint à charger les deux Bâtimens; mais on ne put les mettre en état de 
tir avant le mois de Mars. Ils quittérent Bantam le 4. L'Heétor avoit à 
d foixante-trois hommes de différentes Nations, La Sufanne en avoit 
Brante-fept. Dans l'un & dans l'autre, la plüpart des Anglois n'étoient 
int encore rétablis. 
Le 6 de Mai, il arriva au Port de Bantam un Vaiffeau de Hollande, qui 
Étant joint fur la Côte de Goa avec deux autres Bâtimens de la même Na- 
bn, avoient pris quatre Vaifleaux Portugais, dont trois étoient chargés 
Mimmentes richefles. Le quatrième ne portant que des chevaux , les Hol- 
HMndois l'avoient brûlé avec fa cargaifon. Ce premier Vaiffeau de Hollande 
Étoit parti d'Amfterdam au mois de Juin 1604, c'eft-à-dire, depuis que Mid- 
"dléton avoit quitté Londres ; mais il n'apportoit pas de nouvelles aux An- 
bis de Pantam qu'ils n'euffent déja reçues par leur Flotte, Le Capitaine, 
Mahi fe nommoit Cornelius Syverfin, étoit un homme grofier & fans clprit, qui 
avoit aucune teinture d'humanité. Son arrivée ruina le commerce d'ami- 
& de policeffe que l'Amiral Warwick s'étoit efForcé d'établir entre les 
ux Nations. On ceffa bientôt de fe voir ; & les plus pénétrans comprirent 
be ce refroidiffement annonçoit une rupture éclatante, 
M(v) La Ville de Bantam faifoit alors les préparatifs d'une Féte qui pa- 
bifloit intérefler vivement toute la Nation. Le jeune Roi n'avoit pas enco- 
B été circoncis. Cette Cérémonie devoit etre célébrée au mois de 
Jin; & depuis l'arrivée des Joncs de la Chine, qui commence à la fin de 
vrier, on n'avoit pas ceflé de travailler aux ornemens d’un fi grand jour. 
voyoit déja dans une grande place verte, devant la première Porte du 
lais, un vafte théâtre environné de paliffades. Au front , paroifloit une 
BBurc monftrueufe, qui répréfentoit le Diable ; & fur le theâtre on avoit 
Placé trois efpèces de trônes: l'un, qui étoit élevé plus haut de deux pieds, 
Mur le jeune Monarque, & les deux autres, pour Fes fils du Pangram Go- 
, qui étoient les plus proches héritiers de la Couronne. 
MCEsr l'ufage, dans tous les Royaumes Mahométans des Indes , de faire 
un préfentau Roi, le jour de fon Avenement au Trône ou de fa Circonci- 
mfion. Ce devoir folemnel s’éxécute avec toute la magnificence pollible; & 
geux à qui leur fortune ne permet pas de faire une dépenfe confidérable , 
trangers où Naturels du Pays, s'affocient à leurs femblables pour s’acquit- 
r du tribut commun. La l'éte commence ordinairement le 15 de Juin, 
« continue non-feulement le refte du mois, mais tout le mois fuivant , par- 
qu'il ne faut pas moins de tems à tous les Députés des Compagnies pour 
porter leur préfent au pied du trône. Le Proteéteur commença la Céré- 
onie, Tous les autres vinrent fucceflivement, fans diftinétion de rang & 
nobleffe, fuivant que chacun avoit été plus prompt à faire fes prépara- 
tifs ; 


:4 


(u) Ici commence la 7e, Sc&tion de l'Orizinal. R. d. E, 


Enmon» 
Scor, 
160$. 

Départ de la 

Sufune & de 
l'Heétor 


Riche prire 
des Hollan. 
dois, 


Semence de 
haine entre lc5 
deux Nations, 

Circoncifon 
du Roi de 
Bantam, 


Divers ufa- 
es de cette 
Fête, 


Enmoxp 
Scor., 
160$. 
Difpute pour 
le rang entre 
les Anglois & 
les Hoilan- 
* dois, 


Difcipline de 
la Garde du 
Roi, 


Les Anglois 
& les Hollan- 
dois en vien- 
nent aux 
Mains, 


Jeux & fpec- 
tacles de la 
Cérémonie de 
lu Circonci- 
fon, 


CE) VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


tifs; de forte que certains jours étoient employés du matin jufqu'au foir, 4 
ue dans d'autres jours il ne fe préfentoit que trois ou quatre Compagnie, 
omme les | y avoient encore peu d'armes à feu, le Proteéteur avoit pri: 

les Anglois & les Hollandois de faire les décharges de moufqueterie, Ils 

leva une querelle entre les deux Nations, pour le rang dans l'ordre de h: 

marche, .Le petit nombre des Anglois fit donner la préférence à leurs con 

currens, Mais pour fe venger par une autre forte de diftinétion, Scoc fichu 
biller fes gens avec la dernière propreté, &%. voulue qu'ils fifenc l'arrière-gar. 

de du cortège; tandis que les Hollandois, qui affeéloient de marcher à k 

tête, n'y parurent, dit-il vs me pe exciter larifée, par leurs gran 
chapeaux pointus , leurs habits tarodés & leur hautes chauffes p:ndantes, & 

leurs chemifes qui tomboient entre leurs jambes. À 

Cnaque jour au matin, la Garde du Roi, qui étoit d'environ trois cey 
hommes, venoit fe ranger autour du théâtre. Elle fe place en plufieurs rang 
de files, fuivant la difcipline de l'Europe, mais la marche en eft fort difé " 
rente. Tous les Gardes défilent l'un après l'autre, en ferrant le plus qu'il cl 
poflible, & tenant la pique élevée, Ils ne connoiffent point encore l'éxer 
cice des armes à feu; de forte que ceux mêmes qui paro floienc en petit nom: 
bre avec des arquebufes ou des moufquets, s'en fervoient de mauvaife grace 

Leurs tymbales font de larges bañlins, d'un métal qu'ils appellent Tonbag, 

& rendent un fon fort défagréable. Ils ont leurs Compagnies & leurs Enfi. 

gnes, comme la Milice de l'Europe; mais leur Etendart royal eft d'une for. 

me extrêmement bizarre. C'eft une perche fort lonzue, dont le fommet f 

courbe en arc, à l'extrémité duquel font fufpenduss les couleurs, qui defcen M 

dent prefque jufqu'à terre , fans avoir plus d'une aune de largeur. WA 

Le premier jour de la Fête, qu'on s efforça de rendre le plus magnif: 
que, on repréfenta vis-à-vis le théâtre pluficurs châteaux de cannes, qui fu. 
rent attaqués & défendus par rod cn Tandis que le Roi & touce fa Cour : 
étoient occupés de cette fcène badine, les Anglois & les Hollandois renou: 
vellèrent leur querelle, avec une chaleur qui leur fit employer férieufemen: 
leurs moufquets. Le Proteéteur, informé du défordre, les fit prier inftammen 
de füufpendre leurs animofités ce jour-là. Le foir du même jour, Scot de 
manda à quelques-uns de leurs Marchands fi leurs prétentions fuppofoient que 
la Hollande fût capable de fe mettre en comparaifon avec l'Angleterre, & 
s'ils avoient oublié que fans le fecours des Anglois ils auroient été la plu 
vile Nation de l'Univers. Quelque amertume L che y eût dans cette queftion, 
les Marchands Hollandois fe contentèrent de répondre que les tems & les fi 


tuations étoient changés , [& il ne faut pas douter qu'iln’y en eut plufieurs par: "M 


mi eux qui fe croyoient en état de réfifter à toute autre Nation. Mais jen 
feaurois dire, ajoute Scot, quel eft la-deflus le fenciment de ceux qui font à 
Ja tête (x) du Gouvernement.] 

Le Roi de Bantam fe faifoit tranfporter chaque jour au théâtre fur les € 
paules d'un homme robufte, [dans la pofture où l'on peint Anchife fur celles: 
d'Enée,] & faifoit quelquefois le tour de la Place dans la meme fituation. 
Plufieurs Efclaves foûtenoient autour de lui & :ur fa tête de riches pRre 

à 


(x) PurchaMremarqueicique comme cet- mais perfonnelle, il a adouci les expreffon # 


te faute des Hollandois n'eft pas nationale, dures de l'Auteur. 


\UXx 


Qu'au foir, 4 4 
> Compagnis “4 
teur avoit pri 0 
eterie, Îlse 
l'ordre de he “ 
> à leurs con 
n, Scot fit he 
it l'arrière-gar. 
marcher à k 
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nr trois ce “" 
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ncore l'éxer 
en petit nom 
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& leurs Enfei « 
eft d'une for. 
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nnes, qui fu: 
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"L'CONCIS1 021 
BRSNYDRNIS 


INDES ORIENTALES, Jav, III, Car, IN, 65 


fa Garde, qui avoit marché devant lui, fe plaçoic autour du théâtre, dans 
l'intérieur dé la baluftrade, A fa fuite venoient grand nombre de qe er 
qui avoient À + marqué pour s'approcher fueceflivement de lui. Lorf- 
qu'il s'étoit placé fur fon trône, les Von commençoient par une marche de 
la Compagnie des Moufquetairés , qui étoit fuivie de celle des Piquiers, cha- 
un avec leurs inftrumens de mufique, [qui confiftoient en des ‘baflins de 
ombago, que deux perfonnes frappoient avec des petits batons.] ÆEnfüite 
paroifloit la Compagnie des Porte-boucliers, Corps plus diftingué que les deux 
récédens par leurs fonétions auprès du Roi. On voyoit pafler enfuite fur le 
épaules d'une infinité d'Efclaves plufeurs forces d'arbres avec leurs fruits. À 
ce fpcélucle fuccédoic une procellion d'animaux de toute efpèce; les uns vi- 
vans, d'autres arcificiels, mais fi bien repréfentés, qu'ils ne paroiffoient pas 
différens de la nature, Cette fcène faifoic place à quantité d'hommes & de 
{cmimes dont la profeflion étoit de danfer, dechanter, & de:faire des tours 
“de lorce ou d'agilité. Ils éxerçoient leurs talens devant le Roi, qui les ho- 
nora fouvent de quelques marques d'approbation. Hs étoienc fuivis de trois 
‘cens jeunes femmes, portoient des préfens, avec une vieille matrone à 
“chaque dixaine, pour les contenir dans l'ordre. Ces préfens étoient de peu 
“de valeur, mais ils étoient portés dans de petits paniers fort galans. On 
commençoit alors à voir paroître des préfens plus riches, tels que des tur- 
bans brodés en or , des étoffes d'or & d'argent , des perles, & d'autres pierre» 
ies pour l'ufage du Roi, C'étoient encore des femmes qui portoient toutes 
ces richefles; & quantité d'eftlaves marchoienc à leurs côtés, avec des pa- 
rafols qui les tenoient à couvert. [Après elles, marchoient les hommes qui 
avoicnt leur propre tribut à préfenter, & les Députés des Compagnies que 
'indigence avoit formées pour fatisfaire à l'ufage.] Enfin l'on voyoit venir 
“es cnfans & les héritiers de-ceux qui faifoient un préfent en leur propre 
Mmom, aflez galamment vêtus, en étoffes peintes ou brodées , avec des brace- 
Mets & des ceintures où les pierreries éclatoient au milieu de l'or. Ils étoient 
“accompagnés d'Efclaves de l'un & de l’autre féxe, qui les garantifloient auffi 
e la chaleur avec des parafols. À mefure que les préfens étoient offerts an 
oi & rangés au pied du théâtre, ceux qui les avoient apportés s'affeyoient 
par terre fur des nattes. 
Arrès cette longue procefion, un Crieur public qui s’introduit dans la fi- 
re du Diable, crie par la bouche de cet hideux coloffe, que le Roi im- 
pofe filence à toute l'affemblée. Alors la mufique fe fait entendre feule, avec 
«un mélange de la moufqueterie par intervalles. ŒEnfüuite les Piquiers & les 
…Porte-boucliers commencent le jeu du dard & de leurs autres armes. Ils s’en 
ervent fort adroitement, Leur attaque fe fait avec divers pas de danfe, au 
milieu defquels l'habileté confifte à choifir un moment pour lancer le dard, 
x rarement manquent-ils leur coup. Entre plufieurs autres fpeétacles on voit 
Mides Joncs chargés de ris & d'autres marchandifes , qui voguent par l'effet de 
decriains reflorts. Il fe fait aufli des repréfentations hiftoriques, dontle fond 
ft tiré des Chroniques de Java, & des Livres de l’ancien Teftament, dont 
bla communication doit leur être venue des Arabes, des Turcs, des Perfans 
& des Chinois , mais qu'ils ont altérés par cent chimères de leur propre ima» 
lgination. 
: E ro stéé préfentèrent au Roi un eau grenadier, couvert de fon fruit. 
. Part, Ils 


sal 


à Ÿ 
À 


Evmonb 
Scor. 


160$. 


Préfens des 
Anglois dans 
la Cérémonie. 


£nmMono 
Scor. 


1605. 


Inégalité des 
Anglois & des 
Hollandois. 


Le Roi de 
Jacatra vient 
prêter hom- 
mage à celui 
de Bantam. 


66 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


lis l'avoient enfermé dans une efpèce de cage où les ornemens n'étoient point 
épargnés; & fur le gazon verd qui couvroit fes racines, ils avoient mis trois 
lapins blancs. Ces animaux font fort rares aux Indes. Entre les branches il, 
avoient attachés plufeurs petits oifeaux, qui dans l'agitation de tant de bruit 
& de mouvemens, firent entendre fort à-propos leur ramage. Ils avoient 
aufli quatre furieux ferpens, ou plutôt quatre repréfentations, dont ils étoient 
redevables à l'induftrie des Chinois, & qui contrefaifoient la nature jufqu'a 
caufer de l'épouvante aux fpeétateurs. Ces préfens étoient fuivis de cinq pié: 
ces d'étoffe pour l'ufage du Roi, & de plufieurs autres pour les Officiers de 
fa fuite. Ils y joignirent une paire de piftolets damafquinés, avec les four. M 
reaux de velours cramoifi relevé de feuilles d’or battu. Comme [leur qua: M 
lité d'Etrangers ne leur permettoit point de fe mêler dans la marche des pré. M 
fens, ] & qu'ils n’avoient point de femmes qu'ils puffent charger de cette 
commiffion, ils fe procurèrent trente des plus jolis enfans qu'ils purent trou: 
ver, & deux Piquiers Javans, pour les accompagner en qualité d'Huifliers 
ou de Gardes. Le Chef de cette petite Troupe étoit un jeune Chinois, don 
le père avoit été tué au fervice de Scot dans une attaque de quelques Vo: 
leurs, Il étoit vêtu prefqu’aufli bien que le Roi. Dans le petit difcours qu'l 
devoit prononcer à ce Prince, les Anglois faifoient remarquer que fi leu 
nombre avoit répondu à leurs defirs, ils n’auroient pas manqué de paroître 
“avec beaucoup plus d'éclat. [ Le Roi, & ceux qui étoient autour de lui, 
prirent beaucoup de plaifir à contempler les lapins & à voir quelques Feux 
d’Artifice dont on accompagna le préfent. Les Femmes en furent épouvan:# 
tées & pouflérent des cris, comme fi le Palais alloit être réduit en cer. 
dres. 

Les Hollandois, accoutumés à faire valoir leurs moindres'avantages, re 
levèrent beaucoup ce qu'ils firent dans cette occafion. 1ls vantèrent extrême : 
ment leur Roi; car c’eft le nom qu'ils donnoient continuellement au Comit 
Maurice. Leur querelle avec les Anglois fe renouvella plufeurs fois, & c'e 
toit toûüjours après avoir bû qu'ils la recommençoient. Scot qui avoit à ré 
pondre d’une grande quantité de marchandifes, & qui voyoit fes gens en {. 
petit nombre, cherchoit continuellement à rapprocher les efprits. Les Ar. 
glois r’étoient que treize. [Middleton avoit eu befoin de tout fon monde « 
partant pour Banda; & loin que la Sufanne ou l’Heétor euflent pû laiff: 
quelques - uns de leurs gens au Comptoir, ils s’étoient vûs dans la néceflit 
d'employer des Etrangers pour leurs propres befoins.] Au contraire, foit 
Port ou dans la Ville, les Hollandoïis étoient plus de cent. 

Le 18 de Juillet, on vit arriver à Bantam le Roi de Jacatra , qui venoi 
faire fes préfens & rendre fon hommage. Cette Cérémonie fe fit encore ave 
éclat. Dès la pointe du jour, les Gardes de Bantam [habillés en rouge] f 
rangèrent fur la Place du Palais. Scot & les autres Faéteurs, que la curic 
fité y avoit conduits, fe tenant debout près du théâtre, il leur vint fucceit 
vement plufieurs Officiers du Roi, pour les prefler de s’afleoir à terre ; 
il n’eft pas permis de demeurer dans une autre pofture devant le Roi, & ls 
perfonnes de marque. Mais Scot répondit qu’il falloit donc lui faire appot 
ter (y) des fiéges; [ fans quoi il prendroit le parti de retourner chez lu 

conti 


contre 
Oh leurs 

le leur 
Mcoir à 
milieu 


loient pas 
. nb e , : ils auroie] 
&7(y) Il y avoit de: l’impriden“e ‘dans cette conduite, car fi. ces Etrangers LA 

oiei 


’étoient point 


ient mis trois 
4% 


; branches ik; 
tant de bruit 

Ils. avoient 
ont ils étoicnt 
ature jufqu'a 
s de cinq pié- 
s Officiers de 
avec les four: 


ne [leur qua: 


rche des pré: 
rger de cette 
s purent trou- 
té d'Huilliers 


Chinois, dont# 


quelques Vo: 
: difcours qu 
er que fi leu 
é de paroîtr 


utour de lui, : 


quelques Feux 
rent épouvar 
éduit en cer 


vantages, ré 


rent extrême. : 


ent au Comti 
s fois, & ct 
i avoit à ré 


fes gens en ile 
Les An ÿ 


its. 
fon monde 
ent pù lai 
s la nécelflit 
traire, foit a 


» qui ven! 
encore avt 
en rouge] À 


| que la curit | 


vint fucceli 


à terre ; 


le Roi, & 
i faire appof 
rner chez lui: 

conti 
trangers save 


016: 


INDÉS ORIENTALES, Liv. II, Cuar. IL. 


bontre l'intention du Roi & du Proteéteur, qui avoient fouhaité qu'il añiflàc 
leurs l'êtes.] Les Hollandois firent la même réponfe. On n'entreprit point 
Mc leur faire violence; mais dans l'ufage établi pour tout le monde, de s'af- 
Meoir à terre lorfqu'on fe trouve dans le même lieu que le Roi, fût-ce au 
Mnilieu des boues les plus noires & les pius épaiflès, ceux qui ne purent fup- 
borter que les Anglois & les Hollandois paruflent autrement, s'éloignérent 

deux; & les Gardes mêmes qui en étoient proche, changèrent de ofte, Il 

rivoit fouvent, dans des occafions domeftiques ,que les Javans s'offençoient 
M voir un Facteur de l’un ou de l'autre Comptoir, p."ndre place fur un 
offre ou fur quelque autre meuble, tandis qu'ils étoient à terre fuivant leur 
fage; & leur ficrté leur faifant regarder la fupériorité de polture comme 
ine infulte , ils auroient poignardé volontiers ceux de qui ils croyoient recc- 
oir cet affront. 

A neuf heures le Roi de Bantam fe fit porter fur fon trône. 
"éntendit un grand bruit, qui annonçoit l'approche de celui de Jacatra, à la 
tête de deux-cens de fes propres Gardes. Lorfqu'il fut arrivé à la Garde de 
Bantam, il laifla fes gens derrière lui nour la traverfer. Mais s'étant apper- 
çu qu'il devoit pañler aufli au milieu de plufieurs petits Princes voifins , qu'il 
onnoifloit pour fes mortels Ennemis, il s'arrêta tout-d’un-coup , dans la crain- 
Mte qu'ils ne priflent cette occafion pour l’aflafliner. Ce n'eft pas qu'il man- 
uât de courage, il pafloit au contraire pour un des plus braves Princes de 
Inde. Mais dans l'impoflibilité qu’il voyoit à fe défendre, s’il étoit làche- 
ment attaqué, il prit le parti de faire avertir le Roi de Bantam qu'il atten- 

doit fes ordres; & dans l'intervalle il s’afit fur une piéce de cuir, telle que 
Ma plûpart des fpeétateurs en avoient apporté; [ cependant les Gardes de 

Bantam apprétérent leurs Armes, pour le défendre, au ças qu'il fut atta- 
ué]. Le Roi de Bantam apprenant qu'il étoit fi proche, envoya aufli-tôt 
leux de fes principaux Officiers pour le conduire jufqu'au trône. Il le reçut 
vec de grandes marques de diftinétion. Il l’embrafla; & la cérémonie de 
’hommage étant achevée , il le fit affeoir près de lui, fur une petite eftra- 
e beaucoup moins élevée que fon trône, qui fembloit avoir été préparée 
ans cette vûe. Les petits Princes rendirent leur hommage après lui, & 
rirent place enfüuite dans un rang fort inférieur. Vers midi, on vit paroî- 
re les préfens, dans l’ordre que j'ai déja repréfenté. Entre une infinité 
Manimaux, on admira beaucoup une forte de lion, que les Indiens appellent 
'Machan, & qui pañle pour la plus terrible de toutes les bêtes féroces, Il efk 
marqueté de blanc, de rouge & de noir. Sa force & fon agilité font fiex- 
traordinaires, qu'il s’élance à plus de dix-huit pieds fur fa proye. Ils’en trou- 
e un affez grand nombre dans l’Ifle de Java, & les ravages qu’ils y font 
ans certains tems, obligent les Rois mêmes d’armer pour les détruire, Cet- 
te chafle cft fi dangereufe, qu’elle coûte ordinairement la vie à plufieurs Sol 
dats. Elle fe fait quelquefois la nuit, [ parce que le Machan n’apperçoit rien 
dans l’obfcurité, quoiqu'il forte de fes yeux des traits de flamme qui le font 
découvrir. ] Celui que le Roi de Jacatra avoit pris vivant, fut apporté dans 

une 


6” 


‘ 


Bientôt on 


oient pas fe conformer aux coutumes du pays du Théatre, ou fe difpenfer d'affifter à cet- 
jils auroient pu ne pas s'approcher de fi prés te fête, 


I 2 


Enmonr 
ScuT, 


1605. 


Machar , 
bête cxtrême- 
ment férocc, 


EDMOND 
ScorT. 


L6O$. 


Jour de la 
Circoncifion. 


Retour de 
Midleton à 
Bantam. 


Jaloufies des 
Hollandois, 


Leur effet 
tragique. 


68 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


une cage traînée par deux bufles, & laifloit voir dans cete fituation dequoi 
fa fureur l’auroit rendu capable en liberté. On vit paroître encore avec:plus 
d'admiration un jardin tout entier, couvert non-feulement de fleurs & de 
légumes, mais chargé d'arbres; fans parler d’un étang, rempli de poiffons, 
qui nageoient dans l'eau. [ Mais Scot a foin d'ajoûiter que tout étoit artifi-} 
ciel, & que cette machine n'avoit point au fond d'autre mérite que celui 
d'une grandeur prodigieufe, qui demandoit une infinité d'hommes & d'ani. 
maux pour la traîner. La plûpart de ces ouvrages venoient de l'induttrie eroit 
des Chinois ; car la groffièreté des Javans les rend peu capables d'invention. MT DE u 
H eft furprenant, fuivant la remarque de. Scot, qu'ils puilfent traiter avecle ‘ilando: 
dernier mépris une Nation qui fert.ainfi prefqu'également à les amufer & à "0 Cambo 
les faire vivre.] [On apporta enfuite un magnifique lit complet.. Les cou-; rtugais 
vertures étoient brodées en Or, les Oreillers étoient de foie, & galonnés ML'Asc 
d’or ; le bois du lit étoit doré & orné d'ouvrages de fculpture.] La marche oisfet 
fut fermée par le fils du Roi de Jacatra, qui parut fur un char traîné par ux Vai 
des bufles. Cet attelage eut peu d'agrément pour l’Auteur, Mais il re: beaucoup 
marque que l'Ifle de java eft mal fournie de chevaux, & qu'ils n'y font pas eipaux 
d'une taille avantageufe.. Aufñli ne les.y employ: -t'on jamais à tirer, nimé. 
me à d’autres éxercices que ceux de la courfe, qui fe fonc le Samedi au foir, 
& qui reffemblent beaucoup à ceux de Barbarie. 

ENFIN, le dernier jour des Fêtes, qu'on avoit fait tomber exprès à leur 
Sabbat, le Roi fut porté au Temple, fur l'échaffaut même d’où il avoit veu 
tous ces fpeétacles, & fut circoncis avec un grand nombre de cérémonies 
bizarres. On affüra Scot que plus de quatre cens perfonnes avoient été em- 
ployées à porter l’échaffaut ; mais à juger par la grandeur. même.de cette 
machine il trouva de l’éxagération dans ce récit. 

(x) Le 24 de Juillet, Middieton ,rentrant dansle Port de Bantam-avec une 
riche cargaifon de Girofle, apprit à Scot les triftes marques qu'il avoit reçues 
de la-reconnoiflance des Hollandois ,. après les fervices qu'il leur avoit ren. 
dus. [En comparant cette conduire avec celle qu'ils tenoient depuis iong-temst 
dans l'Ifle de Java, il ne fut pas difficile aux Anglois de prévoir cequ'ils en 
devoient attendre à l'avenir. Cependant Middieton ne ceffa peint de répéter 
aux Faéteurs du Comptoir qu'il falloit évite” toutes les occafions de querelle, 
& fe faire un appui de la confidération que leur.honnêteté même & leur 
modération ne. manqueroient pas de.leur attirer de la Cour. En effet ils 
continuèrent.de recevoir du.jeune Roi des témoignages d’une eftime diftin- 
guée;] & le Roi de Jacatra, qui pafla quelques femaines à Bantam, fit l'hon- 
neur à .Middieton de le vifiter fur fon bord. [Mais ces apparences de dif. y 
tinétion devinrent un nouveau fujet de jaloufie pour les Holl:.:.:c13.] Lepre- 
mier d’Août,. tandis que Scot travailloit ardemment au Magzïn ; avec une 
partie de fes gens , il vit arriver deux Anglois du Vaiffleau de Middleton 

ui étoient pourfuivis par: quelques Hollandois, & qui en avoient reçu plu- 
dense bleflures. Dans le reffentiment de cette infulte, il fortit avec la pre- 
mière. ar ;e qui tomba fous fes mains, & fes gens le fecondérent fi bien . que 
non-feulement il fit prendre la fuite à fes Ennemis , mais qu’il en tua un & 
coupa 


Mbbupa les 
Les deux 
hhaintes : 
ne de re 
Miprit le 
; au. Ù 
Œucoup 


(3) Ici, commence la 8e, Seétion de l'Original. R, d,.E.. 


X 


tion dequoi 
re aveciplus 
fleurs & de 
dc poilons, 
étoit artifi-à 
e que celui 
es & d'ani- 
e l'induttrie 
d'invention, 
aiter avec le 
mufer & à 


& galonnés 
La marche 
traîné par 
Mais il re- 
d'y font pas 
irer, nimé- 
medi au foir, 


kprés à leur 
il avoit veu 
cérémonies 
ent été em- 
ne.de cette 


am‘avec uno 
avoit reçues 
avoit ren- 
is long-temsi 
cequ'ils en 
t de répéter 
de querelle, 
me & leur 
En effet ils 
ime diftin- 
m , fit l'hon- 
ices de dif-# 
is] Lepre- 
; avec une 
; Middieton 
t reçu plu- 
avec la pre- 
fi bien. que 

à tua un & 
coupa 


Mbbupa les bras 


+, 1 


Les cou; 


{[NDÉS ORIENTALES, Liv. IIL Cnar. Il: 


69 


à deux autres. I! n'étoit encore rien arrivé de fi vif entre 
Le Chef du Comptoir Hollandois en porta aufli-tôt fes 
mais il le trouva fi bien informi, qu'ayant été obli- 
& de reconnoître que l'injuftice & la violence étoient du côté de fes géns, 
Mipric le parti de boire pendant le refte du jour avec les Anglois du \ aif- 
Véau. Le Roi de Bantam;: à qui l'on fit le récit de ce combat, fe réjouit 
Bucoup que le mort füc un Hollandois, & déclara publiquement qu il s'af-- 
croit peu que tous les autres euffent le mène fort. k | 
AT D£ux ou trois jours auparavant il-étoit arrivé de Ternaté un Vaifesut: 
M ilandois nommé le grand Enchuifen:. Le 11:d'Août deux Vaiffeaux partis 
MD Camboye amenèrent dans le port une riche-prife qu'il avoient faite fur les 
jrtugais. Le même jour il arriva un autré Bâtiment de Ternate. ] 
IL'AscENSsION n'ayant pas tardé long-tems à fuivre l'Amiral, [les An- 
bis fe trouvèrent en état de faire face à leurs Ennemis , pendant que ces 
deux Vaifleaux demeurèrent à Bantam.. Auffi trouvèrent-ils les Hoïandois 
beaucoup plus humains dans cet intervalle. ] Le 8 de Septembre, les prin- 
@ipaux Marchands de Hollande donnèrent à Middieton & à fes Faéteurs 
nf magnifique feftin , où l'amitié parut fe renouveller avec une parfaite 
ffanchife. Cependant deux jours après cette réconciliation , il s’éleva 
le nouvelle querelle, où pluiieurs perfonnes furent bleffées dans les deux 
rtis. 
[Le 15 deux Vaifleaux Hollandois chargés de poivre , de clous de g;- 
Me , & de ce qu'ils avoient enlevé aux Portugais, firent voile pour la 
ollande. Le 21: l’Amiral-Hollandois arriva de Banda, & le lendemain-le 
Énéral envoya quelques Marchands pour le complimenter. ] 
MrLe retour de cet. Amiral, nommé Syverfon, & la groifièreté de fon ca- 
fétère , devinrent encore l'oecafion de plufieurs combats. ] Un jour que 
ddleton étoit aflis à la porte du Comptoir Anglois, dans un entretien a 
quille avec quelques Portugais, un yvrogne du Vaiffeau de Syverfon vint 
fleoir impudemment à-fes- côtés. Il le força de fe retirer. Au même 
Dment plufieurs Matclots du:même bord parurent avec leurs couteaux, pour 
Mcenir leur Compagnon. Les Anglois fortirent du Comptoir, dans la feule 
Mc de fe défendre. On en vint aux mains avec:la dernière chaleur ,-&: les 
Æbllandois. furent pouflés jufques dans la maifon d'un Chinois, où ils ne par- 
Mirent à fe méttre à couvert qu'après avoir eu plufcurs de leurs gens blef- 
8% Mais à peine les Anglois fe furent-ils délivrés de ces Ennemis, qu'ilen 
gevint une autre Troupe, avec leiquels: il fallut recommencer le combat. 
Comme la plûpart étoient yvres, & que la curiofité en amenoit d’autres fans 
cun deffein de prendre part à la querelle, Middleton parut lui-même, 
ur garantir les plus fenfés de la fureur de fes gens, & leur offiir un 
ile dans le Comptoir, Aüinfi rien n'étoit plus étrange que d’en voir 
je partie aux mains avec les Anglois, tandis que les autres en étoient trai- 
avec autant dé civilité que d'amitié. Enfin les yvrognes furent. affez 
Maltraités pour fe repentir de leur infolence, & chercher leur falut dans 
k fuite. Syverfon, malgré fon arrogance naturelle , fe vit obligé de re- 
Ro le vort de fes Macclots, & prit le parti d’en faire des-excufes à: 
à eton. | 


deux Nations. 
aintes à Middieton; 


Mais 


I 3 


Enmonn 
SCOT. 


1605. 


Autres fan: 
glans démêlée: 


EnmMonD 
Scor. 


160%. 


core plus ter- 
ribles, 


Stratagéme 
de quelques 
Matelots An- 


glois, 


Middleton 
termine les 
différens par 
compofition. 


Menaces en- 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Mars (a) ce qui commença bientôt à caufer de plus juftes allarmes aux 
d 


79 


nglois 


Anglois, ce fut d'apprendre de quelques Matelots de leur Nation qui fer. Holla 
voient fur les Vaifleaux de Hollande, d'a le Contre-maitre de l'Amiral Sy. férieu 
verfon avoit confeillé à tous les Hollandois, de ne jamais fortir fans armes, cés © 


& de poignarder fur le champ le premier Anglois qui donneroit devant eux 
quelque marque de fierté ou de réfiftance. Cet avis parut d'autant plus fc. 
rieux, que ceux dont on l'avoit reçu étoient retenus à bord avec de grande: 
précautions, & que pes le donner , ils avoient été obligés d'employer un 
ftratagême qui avoit fort heureufement réufli. A la vûe de quelques Anglo 
qui avoient pafTé dans une Chaloupe auprès de la Flette Hollandoife , ils x 
voient jetté dans l'eau une petite boëte qui contenoit une Lettre en Angloi. 
Ce ne fut pas fans peine qu'elle fut pêchée par les gens de la Chaloupe ; & 
loin de s'attendre à ce qu'elle contenoit, il n’auroient pas jugé qu’elle mc. 
ritât les mouvemens qu’ils fe donnèrent pour la prendre, s'ils n'avoient en. 
tendu crier dans le même tems, have a care, c'elt-à-dire, prenez garde. A" 
prés avoir reçu ce terrible avis, ils furent tentés de faire main-baife fur tous 
les Hollandois qu'ils rencontrèrent en allant au Comptoir. Mais ne. voulu: 
rien entreprendre fans l'ordre de Middleton , il lui remirent la boëte & | 
Lettre. Ontint Confeil aufli-tôt. :es Hollandois avoient alors fept grand: 
Vaifleaux dans le Port, & le norubre des Anglois fe réduifoit à deux. Iln'e 
toit pas queftion d'attaquer, fur-tout lorfqu’au milieu des reffentimens on n'x 
voit que des vûes de paix & de commerce ; mais des craintes fi preffante 
obligeoient de ne rien négliger pour fe défendre. Après avoir pourvû à kl 
garde du Comptoir, Middleton envoya ordre fur les deux Vaïfleaux de ni 
laifler fortir perfonne pendant le refte du jour; & faifant la même défeni 
aux gens du Comptoir , il prit … varti de fe rendre chez les Commandar 
Hollandois , fans autre fuite que 1on Sécretaire & deux domeftiques. La, 
fans faire connoître les lumières qu’il avoit reçues, il témoigna beaucoup t 
chagrin des femences de haine qu'il voyoit croître tous les jours entre li. 
deux Nations ; & ne balançant point à prétendre que la faute venoit de 
Hollandois, puifqu’on ne pouvoit pas fuppoñfer raifonablement que dans ur: 
fi grande inégalité de forces les Anglois fuflent les agrefleurs , il pria k 
Commandans de s'expliquer avant fon départ fur leurs véritables inter 
tions , afin qu’il n’eût point à fe reprocher d'avoir abandonné le Compto: 
Angli 


mutins 
iddleto: 
- de fait po 

à l'obteni 


ans, € 


cette Traduction que dans l’Original. Voici ce 
qui fe lit dans le dernier. ,, Ce qui avoit aug- 
» meénté l’Animofité des Anglois, étoit un avis 
,» qu'ils avoient reçus de quelques-uns de leurs 
,» Compatriottes qui étoient fur la Flotte Hol- 
, landoife, qui leur avoient appris que le Pi- 


» lote de l'Amiral étoit allé de Vaiffeau en ,, miral Hollandoïis, accompagné de plufcu noueg 
» Vaiffleau pour exhorter l'équipage à fortir ,, Capitaines & Marchands, vint au logent it des n 


, toûjours armés & à tuer tous Iles Anglois 
, qu'ils rencontreroient. Ainfi les Hollandois 
;; loin d’avoir raifon de fe plaindre, devoient 
au contraire fe louër d'avoir été traités fi 
doucement par les Ang'ois, qui en auroient 


o 


cÿ(a) Tout ce paragraphe eft autrement dans ,, 


pu tuer pluficurs dans cette difpute, fi k: 
Général avoit voulu le permettre. Aurci 
ce fut un fujet d'étonnement pour tous À: 
babitans de Bantam , de voir que les 
glois qui n’avoient que deux Vaiffeaux 0! 
fent en venir aux Mains, avec des g 
qui en avoient fept. Après cette affaire. À 


des Anglois, & après qu’on eut un peu p! 
lé de la difpute, l’'Amiral reconnut le torti 
fes gens, & promit d'y mettre ordre, € 


fuite après plufieurs politeffes de part&du , 


tre on fe fépara bons amis, KR. d. E; 


qu'ils avoi 
eux, leur 


INDES ORIENTALES, Liv. III Car. II. 71 


nglois à la difcrétion de fes Ennemis ; tandis qu'il croyoit au contraire 
Tlollande unie d'intérêts & d'amitié avec l'Anglecerre, Un difcours 
férieux réveilla toute l'attention des Hollandois. Ils convinrent des 
cés où l'yvrognerie avoit quelquefois emporté leurs Matelots ; mais 
fe plaignirent qu'au lieu de demander de juftes fatisfaétions , ar les 
yes qui convenolent au bien commun , les Anglois s'attribuaflent le 
it de fe faire juftice par leurs propres mains. Middleton répondit a- 
itement que ce n'étoit donc qu'un mal-entendu , puifqu'il n'avoit ja- 
is eu d’éloignement pour les termes qu’on lui propofoit, mais que l'é- 
jcé demandoit qu’il y eût des régles établies, fur lefquelles les Anglois 
flent compter. Cetteouverture fut reçue de bonne grace. Syverfon re- 
nnut lui-même que l’intempérance de fes Matelots devoit étre rete- 
e par quelque frein. On convint d'établir des châtimens éxemplaires pour 
mutins & les querelleurs. Tes cas & les peines furent réglés de concert ; & 
iddleton promit au nom des Anglois qu'ils n'employeroient point les voyes 
-bafte fur tous fait pour fe venger , fans avoir demandé juftice trouvé de la difficulté 
is ne: voular à l'obtenir. Ce l'raité fut publié fur les Vaifleaux des deux Nations & dans 
a boëte & I les deux Comptoirs. Middleton en prit une copie, pour l'emporter en An- 
rs fept grand: gletcrre, avec la fatisfaction de pouvoir prouver par les articles & les ter- 
deux.  lin'c. Milles mêmes de la Tranfaction, que la fource des querelles étoit toûjours ve- 
timens on n' Me des Hollandois. Syverfon, & tous fes Faéteurs, l'accompagnérent quel- 
fi preffante se ems dans la rue, pour faire éclater Jeur réconciliation. Le jour fuivant, 
pourvû à k bi fut choifi pour la publication du Traité, ils acceptérent un feftin au Com- 
Meaux de n° toir Anglois, où les promefles furent folemnellement ratifiées. Middleron 
nême défenf t traité de même au Comptoir Hollandois, & l'on ne fe quitta qu'après 
| Commandar poir fcellé l'amitié par de nouvelles proteftations. A 
tiques. Là ELLE fut confirmé par un événement qui fembloit intéreffer les deux Na- 
à beaucoup & MONS. Quelques Javans qui appartenoient au plus grand Seigneur de la Cour, 
ours entre l: euvérent le moyen de dérober neuf moufquets à bord de l’Afcenfon. [Une 
de: dote dl ârdiefe de cette nature parut d'une fi dangereufe conféquence aux deux 
que dans ui iraux , qu'avant d'en porter leurs plaintes à la Cour, ils feignirent pen- 
s , il pria K 08 t quelques jours de 1 ignorer, dans l'efpérance que l'impunité ramenant 
bles “inter smèmes Voleurs, qu'on ne connofloit point encore, on pourroit les pren- 
é le Compti > fur le fait. Les Chaloupes des deux Flottes veillèrent pendant plu- 
Angli rs nuits. Enfin l'on découvrit une Barque du Pays , qui s'avançoit dans 
dbfcurité, & qui s'approcha de l'Amiral Anglois. Mais au moment que les 
Javans , encouragés par le filence & les ténébres, alloient appliquer une échelle 
qu'ils avoient apportée, le bruit des Chaloupes qui fondirent brufquement fur 
œux, leur fit prendre le parti de fe fauver à la nage. ] On ne laiffa point d’en 
rêter deux. Ils furent interrogés auffi-tôt par les deux Amiraux (b). L’ef- 
Qérance qu'on leur donna d'être traités avec douceur , leur fit confeffer le 
emier vol, & l'intention dans laquelle ils étoient venus d’en commettre 
Mb nouveau. Ils déclarèrent le nom de leur Maître & l'ufage qu'ils avoient 
dit des neuf fufils.  Middleton prit le-parti de les envoyer au Protecteur , 
à fc contentant de lui faire redemander fes armes. Mais le bruit de cette 


avanture 


X 


larmes aux 
ion qui fer. 
Amiral Sy: 
fans armes, 
t devant eux 
rant plus fc. 
c de grande: 
employer un 
Iques Anglo: 
doife , ils 2 
:en Angloi. 
haloupe ; & 
é qu'elle mc 
n'avoient en M 
ex garde. À 


VU 


— 


te difpute, fi 
rmettre., Aurt 
nent pour tous 
: voir que les À 
eux Vaiffeaux 0: 
, avec des g 
s cette affaire. 
pagné de plufieu 
, vint au loge 
on eut un peu pt 
reconnut le tort 
mettre ordre, t | 
Tes de part& Gus 
s, R. d. E: 


(b) Angl. par Scot. R. &. E, 


Evmoxp 
Scor, 


1605, 


Accordentre 
les deux Nu 
tions, 


Vol fait aux 
Anglois. 


Les Voleurs 
font arrêtés 
par artilice. 


EnmMonvb 
Scor. 


1605. 


Leur punition, 


Incendics à 
Dantuin, 


Départ de la 
Flotte An- 
gloife. 


Fuite d'un 
jeune Hollan- 
&ois avec une 
tie Javane. 


”2 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


avanture étant allé jufqu'au Roi, le Seigneur même à qui ils appartenoicr 
crut fon honneur intéreflé à folliciter leur punition. Ils furent condamné 
à mort avec tant de confidération pour les Anglois , que d'autres raifon 
ayant fait différer le fupplice d'un jour ou deux, le Proteéteur leur en fi 
faire des excufes. Middleton s'imagina d’abord que c’étoit un artifice pour 
fauver les coupables, & ne defirant point leur mort , il étoit réfolu de f 
borner à cette fatisfaétion. Cependant il apprit, deux jours après, qu'on l4 
conduifoit au lieu de l'éxécution. La pitié le preffa de s'y rendre. 1 arrên 
le cortège, en proteftant qu'il ne demandoit point d'être vengé. Mais k 
Bourreau lui répondit.qu'après l'ordre du Roi, il n’étoit au pouvoir de per. 
fonne de les fauver , & que toutes les offres du monde ne lui feroient px 
fufpendre fon devoir. Les deux coupables fouffrirent la mort avec beaucoup 
de patience. C'eft le caraétère des Javans, d'être aufli fermes lorfqu'ils voyen 
la mort mévitable, qu'ils font liches & timides à la vûe d'un péril qui 
peuvent éviter par la fuite. Ils tremblent dans une bataille, & meurent tran 
quillement par la main d’un Bourreau. 

Le 26 de Septembre, la moitié de Bantam fut ruinée par un Incendie, 
dent les Hollandois ne purent fauver leur Comptoir. Les Anglois furen 


plus heureux; & devant leur fûreté à la faveur du vent, ils eurent la liber : 


té de s'employer avec zèle au fecours d'autrui. Ils aidèrent à préferver de 
flammes le grand Magalin de Flollande ; mais tous les édifices extérieurs fu 
rent confumés, avec tant de dommage pour Îles Particuliers , que plufieun 
Marchands Hollandois qui éxerçoient le Commerce depuis l'origme de l'Eu, 
Lliflement, perdirent tout ce qu'ils poffédoient. Le feu reprit deux fois dan 
l'efpace de quatre jours, & mit les Anglois à leur tour dans le befoin d'être 
afiftés. Cependant ils en furent quittes pour des frais de tranfports & pou 
des inquiétudes qui ne furent nuifibles qu'a leur repos. Middleton ne voyur 
plus rien qui dût retarder fon départ, prit congé de l'Amiral & de tous le 
Officiers Hollandoiïs par un grand feftin, où l'éxécution du Traité fut juré 
au milieu de la bonne chère & de la joye. 

LE 4 d'Oétobre, tous les Marchands Anglois, qui devoient partir avc 
la Flotte, fe rendirent à la Cour avec Middleton. Ils y reçurent du Roid 
nouveaux témoignages de la proteétion dont il n'avoit pas eetlé de les honc 
rer. Scot qui étoit de ce nombre eu’ la fatisfaétion de voir fa conduite ap 
prouvée de ce Prince & de tous les Seigneurs, & d’entendre former à vo 
le monde des vœux ardens pour fon retour. On fe rendit à bord le 6, &1 
lendemain à trois heures après midi, on leva l'ancre, au bruit de quelqu: 
coups de canon dont on falua Ja Ville & la Flotte Iollandoife. 

La nuit fuivante, entre onze heures & minuit, on aborda dans une If 
où Middieton s’étoit fait devancer par quelques Matelots pour y couper d 
bois. [ Tandis qu’on etoit à l'embarquer, il arriva une petite Barque Indier 
ne, qui n’avoit pour conduéteur qu'un jeune Hoilandois , accompagné & 
deux femmes de Java. Scot, qui étoit à terre, s'étant préfenté à leur débar 
quement, reconnut le Hollandois, pour l'avoir vû plufieurs fois avec fü 
père, qui étoit un Faéteur de leur Comptoir. Aufii s'apperçut-il que fa pré 
{ence lui caufoit de l'embarras; fes queftions le troublèrent encore plus. Et 
fin foupçonnant du myftère dans l’état où il le voyoit, avec deux femmes, 
dont j'une étoit fort jeune, & quelques males qui annonçoient le defli 


d'u 


‘un plus 
Europe. 
Ctucufe 
eur, il 
Mnocentc 
mère qu'i 
ire le v 
ccompa 
ntairem: 
eu d’auti 
1H Mai 
re lui-mé 
bver l’anc 
endit à b 


" D g 
e s'y pré 


Hollandoi 


, c’étoi 


he diver! 
rimes, q 
Manc, qui 
rent tant 
Moye. La 
firal la pc 
1e faire ag 
ÿ même 2 
ins leur p 


pour la pre 
de l'Efclav 
‘de s’en fai 
bfer leur 

il n'en f 
bandonnc 
à Banta 
Male nent : 
Ba vaincre 


ès. Lis fire: 


4 II. Part. 


# 


X 


ppartenoien: 
: condamné 
itres raifon 
leur en fi 
artifice pour 
réfolu de f: 
ès, 7 les 
e. ‘À arrèu 
sé. Mais k 
ivoir de per. 
feroient pu 
ec beaucoup 
qu'ils voyen: 
n péril quil 
neurent tran 


in Incendie, 
nglois furen 


rent la Liber 


préferver de 
extérieurs fur 
que plufieur 
rine de l’Et 
deux fois dan 

befoin d'êtr 
fports & pou 
on ne voyai 
& de tous la 
ité fut juré 


t partir av 
nt du Roi 
: de les honc 
conduite ap 
ormer à to! 
rd le 6, &1 
t de quelque 


ans une Ïk 
y couper di 
Barque Indicr 
compagné de 
à leur débar 
ois avec fu 
t-ilque fa pit 
ore plus. Er 
lcux femmes, 
ient le pe 


j 
du 


INDES ORIENTALES, Ia. IL, 


Yun plus long voyage, il lui demanda au hazard s'il vouloit retourner en 
Europe. Le jeune homme prit cette demande pour une offre, & ferrant af- 
Meétucufement la main de Scot, il l'aflüra que s'il obtenoit de lui ceute fa- 
Meur, il croiroit lui être redevable de la vie. Ses vûes ,. protefta-t'il, évoient 
Mhnocentes. 11 vouloit retourner à Midelbourg où il étoit né, pour revoir fa 
dre qu'il aimoit beaucoup.  C'étoit malgré lui que fon père lui avoit fait 
re le voyage des Indes. La jeune Javane qui étoit avec lui vouloic bien 
ccompagner en Europe, & l'autre étoit une Efclavequiavoit confenti vo- 
ntairement à les fuivre. Scot, embarraflé de cetteprière, s'excufa fur le 
u d'autorité qu'il avoit fur la Flotte, & lui confeilla de s'adreffer à l'Ami- 
Mais le jeune homme, l’embraflant avec ardeur, le conjura de fe ren- 
e lui-même fon proteéteur auprès de Middieton. Quoiqu'on fe difpofàt à 
ver l'ancre, Scot lui promit de faire fufpendre le départen fa faveur. Il fe 
ndit à bord de l'Amiral, fort perfuadé que le fond de cette avanture étoit 


Cuar, il, 79 


— 


‘ Si galanterie de jeunefle, & doutant déja s'il convenoit aux Anglois 


e s’y prêter, Middleton s'en fit encore plus de fcrupule. C'étoit ofFenfer les 
* Hollandois dans la perfonne d’un de leurs principaux Faéteurs; & s'il étoit 
queftion d’un enlevement , comme ils étoient portés l’un & l’autre à le croi- 
é, c'étoit irriter cout à la fois les Javans, qui font extrêmement fenfibles à 
honneur de leurs femmes & de leurs filles. Dans cet embarras, l’Amiral ré- 
fbiut d’être infenfible aux prières du jeune homme, & lui fit dire par Scot 
Que diverfes raifons ne lui permettoient point de le recevoir, Cependant fes 
rimes, qui commencèrent à couler en abonlance , & celles de la jeune Ja- 
ane, qui fe défefpéroit de la penfée de reparoïre à la vûe de fon pére, 
fenc tant d'impreflion fur Scot, qu'il entreprit de les fervir par une autre 
love. La Flotte n'étoit qu'à cinq ou fix lieuës de Bantam. Il obtint de l’A- 
Miral la permilfion de s’y rendre dans une Chaloupe, avec l'affürance, finon 
1e faire agréer leur déparc à leurs parens, du moins de faire goûter au Roi, 
@& même aux Hollandois, la conduite de Middleron, qui n’avoit pas voulu 
hs leur participation, favo‘ifer une fuite dont ils pouvoient être également 
@oqués. L'offre d’un fi graad fervice rendit le jeune Hollandois tout-à-fait 
ficère, d'autant plus que devant attendre le retour de Scot fur la Flotte, 
Bfuppofoit que fi les repréfentations de fon intercelfeur fe trouvoient inuti- 


les, les Anglois ne feroient plus difficulté de le recevoir. Il avouä donc que 


djeunc Javane étoit fille de Manmack, Seigneur de la Cour ; qu’il l’avoit vâe 
pOur la première fois à la l’ête de la Circoncifion, & que par l’entremife 
de l'Efclave, qu’il avoit gagnée à force de préfens, il avoit trouvé le moyen 
‘de s'en faire aimer: que c’étoit elle-même qui avoit eu le courage de lui pro- 
fer leur fuite, & que ne pouvant douter avec cette preuve d’affeétion 
il n'en fût aimé parfaitement, il perdroit mille fois la vie plûtôt que de 
bandonner, Ce détail augmenta le zèle de Scot à les fervir. Etant retour- 
à Bantam , il commença fa négociation par les deux péres, qu’il trouva 
ale nent aMigés de la perte de leurs enfans ; mais loin d’avoir leur colé- 
Ba vaincre, il comprit que ce qui pouvoit leur arriver de plus heureux , é- 
t de les revoir. Cette ouverture lui fit efpérer de finir l'avanture par une 
prompte réconciliation. La difiiculté n’étoit que pour les deux Amans, qui 
@toient menacés de ne fe revoir jamais. Scat preflentit la-deflus les deux péè- 
æÆs. Us firent la méme réponfe; c'eft-à-dire, que n'ayant point entr'eux de 
IL. Part. ; K reproche 


8 


Enmono 
ScorT, 


1605. 


Enmonn 
Scor, 


1605. 


MICHELBUR- 


NE. 
Flotte indé- 
pendante de la 


Compagnie 
des Indes, 


1604. 
Départ de 
Michciburne 
& fa réfolu- 

tion. 


Rade d’Ara- 


tana. 


Abondance 
de poiffons & 
d'oifeaux. 


"4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


reproche à fe faire, & ne croyant point leurs enfans indignes l'un de l'an 
tre , ils ne propofèrent point d'autre obftacle que celui de la Religion. Sco: 
s'imagina que c'étoit un article qu'on pouvoit leur laiffer le foin de déméler, 
& que fi l'un des deux Amans étoit capable d'abandonner la fienne, il y 
voit beaucoup d'apparence que le changement feroit à l'avantage du Chrif 
tianifme, Après cette réflexion, dit-il lui-même, il ne fic pas difficulté d'ap. 
prendre aux deux pères dans quel lieu il avoit laiffé leurs enfans. Ils le r:mer. 
cièrent tous deux de cet important fervice, & fe mettant dans une Pinafk 
Hollandoife, ils l'accompagnèrent jufqu'à la Flotte. Scot n'ajoûte rien à « 
récit; mais on trouvera dans une des Relations fuivantes, quelques circon. 
ftances qui femblent regarder le même événement.] 

Le 9, Middleton remit à la voile, & fa navigation ne fut point inter 
rompue jufqu'en Angleterre. 


ne De EEE ut De arSEO Te MEN CEE EEE xx GIE CARS KEER CE ETES UM di HIDE LE 
CH A PI T R E III (4) 


Vuyage du Chevalier Edouard Michelburne à Bantam, en 1605. 


[JE paroît que les Privilèges de la Compagnie Angloife des Indes Orient 
les n’étoient point exclufifs, puifqu'on trouve plufieurs Voyages entre 
pris fous la proteétion du Roi d'Angleterre , fans aucune dependance de k 
Compagnie pour le a ha Michelburne, dont PurchafT nous a conferv: 
la Relation (), étoit un Gentilhomme opulent, à qui le goût des avante 
res & le defir d'augmenter fes richefles, firent équiper deux Vaiffeaux avan 
le retour de l’Amiral Middleton. Il en prit le commandement lui-même, & 
partant de Cowes, dans l'Ifle de Wight, le 5 de Décembre 1604, [il déch: 
ra dès le premier jour à fes gr , que n'étant pas fort entendu dans les af 
faires du Négoce, il n’attendoit rien que de la fortune & du courage, Il par 
le de fa cargaifon, fans nous apprendre de quoi elle étoit compofée; mai 
le nom de fes deux Vaiffeaux étoient le Tygre & le Whelp. Il étoit accomp: 
gné du Capitaine Davis, qu’on a déja vû paroître dans deux Voyages, l'ur 
avec les Hollandois , l’autre avec Lancafter. [ Un autre Jean Davis fut aul 
de ce Voyage; c’eft le même qui publia en 1615 (c) quelques direétions « 
rieufes pour ceux qui voyageroient en différentes parties des Indes Orientales. 
MicHELBURNE arriva le 23 de Décembre à l’Ifle de Ténérife, où ilje 
ta l'ancre dans la Rade d’Æratana; & jufqu'au 16 de Janvier , qu’il paña : 
Ligne, il eut beaucoup à fouffrir de l'excès de la chaleur & de divers on: 
ges. Son premier deffein étoit de gagner l’Ifle de Loronba. À trois degrés à 
Sud , il trouva une quantité incroyable de Poiffons, & fur-tout de Bonites { 
de Dauphins. La facilité de les prendre lui parut aufñli furprenante que de 
ant 


même Voyage, & que par conféquent cel: 
ci étoit fon troifième. | 

(ce) Voyez Purchaf] s Pilgrims Vol. Ip 
440 À 444 


(a) C'eft le Chap. IV. del’Original.R. d. E, 

(b) Voyez Pilgrims, Vol. I pag. 132. Cet- 
te relation y eft intitulée Second Voyage du Ca- 
Pitaine Davis; mais mal-à-propos , puifque 
Davis avoit déja fait auparavant deux fois ce 


Mau rivage 
ï LE Pa 


‘8 
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fes nué 
& d'Al 
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l'un de l'a 
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Ils le r mer. 
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Dugie im 


(a) 
160$. 


Indes Orient: 
oyages entre 
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t des avantk 
aifleaux avar: 
lui-même , à 
So4, [il déch: 
u dans les ai 
ourage, Il par 
pofée; mai 

étoit accOmpt 
Voyages, l'üt 
Davis fut aul 
direétions ct 
»s Orientales. 
rife, où il jet 
qu'il paña : 

de divers ort 
rois degrés dt 
de Bonites 

nte que l’abot 
dant 


conféquent cell 


grims Vol. I. 74 


UP 


INDES ORIENTALES, Lauv, IL Cuar, I, 


Se nd fût en pleine mer, il vit d'épaif- 
“fes nues d'oifeaux, auxquels les atelots ont donné le nom de Pecharaboves 
& d'Alcantrazes. Les premiers viennent fe repoñfer fur les Vaiffeaux pen- 
Man la nuit, & s'effrayent fi peu de la vûüe des hommes, que fi on leur 
%er | le bras, ils fe perchent deflus. L'Alcantraze eft une forte d'oifeau de 
roye, qui fe nourrit de fa pêche, & qui fait particulièrement la guerre au 
ion volant, 

La Flotte aborda le 22 de Janvier à l'Ifle de Loronha, au 4° degré de la- 
ude méridionale. L'agitation des vagues y eft fi violente, que la Cha- 
upe fut renverfée en s’approchant du rivage, Richard Michelburne, pa- 
nt de l'Amiral, eut le malheur de fe noyer , fans pouvoir être fecouru. 
‘rois jours après, le même accident arriva à la Barque longue, & ficpérir 
eux Matelots. Quoique cette Ifle foit commode aux Voyageurs par fa fi- 
ation, rien n'eft fi dangereux que fes bords. Peu de jours auparavant, un 
aiffeau Hollandois, que le befoin d'eau & de bois y avoit amené comme 
Michelburne, y avoit perdu fa Chaloupe avec quantité de Matelots, qui 
s'étoient brifés contre un rocher. 

Lus Anglois qui defcendirent dans l'Ifle n’y trouvèrent qu'un Pays défert, 
dont tous les Habitans fe réduifoient à fix Négres. Elle étoit autrefois remplie 
e Chèvres & de Vaches fauvages ; mais ces animaux ont été détruits par les 
araques Portugaifes, qui s’y ratraïchiffent en allant aux Indes, Les Portu- 
ais y ont laiflé un pee nombre de Négres, pour tuer des Chèvres , dont 
s malheureux Efclaves boucannent la chair & la tiennent prête au pañlage 
es Vaifleaux. Cependant Michelburne ne put s’en procurer qu'une quantité 
édiocre. Mais, fes gens tuërent une multitude de Tourterelles, d'Alcan- 
azes, & d’autres oifeaux dont la chair leur parut délicieufe. Ils trouvèrent 
fi du Maïs ou du bled d'Inde en abondance; du coton, des gourdes fau- 
ages & des melons d'eau. 

N Le 12 de Février, vers le 7e. degré de latitude méridionale, ils furent 
but-d'un-coup effrayés par un étrange phénomène. La mer jetta des flam- 
es fi vives au milieu de la nuit, après que la Lune eût quitté l’horifon, que 
lumière ne le cédant guéres à celle du jour, on lifoit facilement les plus 
etits caraétères d’impreflion. 

La Flotte pafla, le 13 au matin, à la vûe de l’Ifle, ou plûtôt du Roc de 
Afcenfion, au 8e, degré 30 minutes du Sud. Le premier d'Avril, elle dé- 
Ouvrit la terre d'Afrique, en portant au Sud-Sud-Eft; quoique, fuivant le 
cälcul des Pilotes, on s’en crût éloigné de quarante lieuës. Le lendemain on 
fe trouva fort près du rivage, dix ou douze lieuës au-deffous de la Baye de 
Paldanna; & le jour fuivant on tomba près d’une petite Ifle que le Capitai- 
e Davis prit pour celle qui n’eft qu’à cinq ou fix lieuës de Saldanna. L’A- 
iral, curieux d’y defcendre, fe mit dans la Chaloupe avec trois de fes 
is & quatre rameurs. Mais tandis qu'il étoit à terre, il s’éleva une 
mpête, qui fit perdre, pendant deux jours, la vûe de l'Ifle à fon Vaif- 
au. Îl y trouva dans cet intervalle un fi grand nombre de Lapins, qu'il 


15 


fi 


Mance du nombre & des efpèces. 


hi donna le nom de Coney j/land , ou Îfle des Lapins. Le 8, on alla jetter l'an- 
cre dans la Baye de Saldanna, & tout le monde eut la liberté de defcendre 
Mau rivage. 

1 Le lays qui environne cette Baye eft fi bien fourni de toutes fortes de pro- 
“ K 2 


vifions, 


MicHetouun 
NE, 


160$. 


Ile de Loron: 
ha, 


Ses bords 
font fort d'ur- 
gercux. 


E!le n'eft ha- 
bitée que par 
fix Négres. 


Etrange Phé- 
noménc, 


Ifle desLapins. 


Micnetnuu- 
Nb, 
160$. 

Baye de Sul- 
dannu, 


Groffièreté 
des Négres de 
Saldannua, 


‘Tempête. 


Feu que les 
ortugais ap- 
cllent Corpo- 
anto, 


lle de Diego 
Ruiz. 


76 VOYAGES DES ANGLOIS.AUX 
vifions, que les Sauvages ne jouiflent nulle part d'une fi parfaite abondance. 
Il eft rempli de Bœufs & de Moutons, dont on rencontre de grands trou. 
peaux comme en Europe, de Chèvres, de Daims, d'Antilopes, de Renards, 
de Liévres, de Grues, d'Autruches, de Hérons , d'Oyes, de Canards, de 
Failans, de Perdrix, & d'autres fortes d'excellens Oifcaux, IE eft arrofé par 
une infinité de fontaines & de ruiffeaux d'une eau erès-pure , qui defcendanr 
du fommet de plufeurs hautes montagnes, rendent les vallées agréables & 
fertiles. On y trouve au long des Côtes un arbre qui reflcmble beaucoup au 
Buis , mais beaucoup plus dur. Les Palmiers y font en abondance, A pui. 
ne les Anglois eurent-ils pris terre, qu'ils virent les Flabitans du Pays em. 
preflés à l:ur apporter toutes fortes de provifions. Un Veau gras ne leu 
coûtoit qu'une demie-livre de fer; & pour deux ou trois clouds ils ache. 
toient un Mouton. Mais le Monde n'a peut-ctre poiut d'hommes aufli grof. 
fiers & d'un efpric aufli borné que ces Négres, 
qu'une peau de Bête, pallèe fur les épaules, & vers la ceinture une autr, 
iéce qui couvre à peine leur nudité, Pendant que la Flotte demeura dans 
eur Baye, ils fe nourrifloient des inteflins de toutes les parties des animau 
que les Anglois rejettoient, fans les nettoyer & fans y apporter d'autre pré 
paration que de les couvrir un moment de cendre chaude ; après quoi fe c: 
tentant de les fecouër un peu, ils mangeoient avidement cette viande à de 
mi-crue & mélée de cendre. Ils fe nourriflènt aufli de racines, que le Pay 
produit abondamment, 

La bonté des rafraïchiffemens rendit la fanté & les forces à tous les Mi 
telots, qui avoient beaucoup fouffert du fcorbut depuis qu'ils avoient pal: 
la Ligne. On remit à la voile le 3 de Mai, après avoir emprogé vingt-ciny 
ou vingt-fix jours dans la Baye de Saldanna. Le 7, on fe trouva doux 
lieuës au-delà du Cap de Bonne-Efpérance, & l'on pafla heureufement pen: 
dant la nuit les écucils du Cap das Aguillas. Le 9 il s'éleva une tempête qu 
fépara les deux Vaifleaux pendant quarantc-quatre heures, & qui fut ac 
compagnée d'un tonnerre épouvantable. Les Portugais appellent cet en. 
droit Je Lion de la Mer, non-feulement parce que les orages y font prefque 
continucls, [ mais à caufe d’une efpèce de rugiffement que l'agitation des 
flots y produit, & qui répand la terreur dans les ames les plus intrépides.' 
Au fort de la tempête, on vit fur le grand mät une flamme de la groflur 
d'une chandelle, qui parut fucceflivement pendant deux nuits, Ce Phén 
méne n'a ricnd'effrayant. Les Portugais l'appellent Corpo Janto, & croyen: 
qu'il annonce la fin du péril. On l’a regardé long-tems comme un Efpri, 
qui s’intéreffe au fort des Vaiffeaux mal-traités. Mais depuis qu’on fe borne 
à des caufes moins éloignées, on n’a pas cherché d'autre explication que les 
vapeurs qui s’élevent de la Mer dans une violente agitation des flots. [ Sur 
vant quelques Voyageurs ] l'expérience a fait connoître ae la tempête 
n'eft point alors éloignée de fa fin; & lorfqu’elie finit , il cft naturel que k 
beau tems lui fuccède. 

La Flotte pouffée par un vent favorable, découvrit, le 24, à la diftanct 
de fept ou huit lieuës, l’Ifle de Diego Raiz, qui eft fituée au 19°. degré qu 
rante minutes de latitude du Sud; 98 degrés trente minutes de longit 
de. On fe propofoit d'y relicher ; mais le vent, qui augmenta pendant h 
nuit, fit abandonner ce deflein, Les environs de l’Ifle {ont peuplés + 

gra 


ls n'ont pour habillement MM 


Drand nc 
lues « 

force 

oits, 

'on #'i 
Diego R 
autten 
fit era 
tinucr 
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aux, € 
it impo! 
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Le 190 on 
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Moins dif 


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ande If 


| M bois 


| X 


e abondance. 
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ai defcendant 
s agréables & 
beaucoup au 
nce, À pei: 
du Pays em 
gras ne leur 
ouds ils ache- 
nes aufli grof: 


r habillement ! 


ré une autre 
demeura dans 
des animau) 
t d'autre pré. 
ès quoi fe Con. 

viande à de 
, que le Pay 


tous les M 
avoient palle 
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& tempête qui 
t qui fut ac 
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le la grofleur 
Ce Phén 

, & croyen: 
e un Efpri, 
qu’on fe borne 
ication que le: 
s flots. [ Sur 
la tempete 
naturel que l 


à la diftanc 
De, degré qua 
s de longiti 
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peuplés d'u 
granl 


Baux, cn poi on & en cocos, 


L 


([NDES ORIENTALES, Lav, IT. 


r} 
L 2.1 
CE 


Car. Li, 


and nombre d'oifeaux blanes, qui n'ont pour queuë que deux grandes 


umes de la même couleur. Ils fuivirent long-tems les Vaifeaux , malgré 
force d'un vent fi contraire, que les voiles furent brifées en plufieurs en- 
oits. On avança fi peu pendant neuf ou dix jours, que le 3 de Juin, lorf- 
@'on s'imaginoit gagner l'Ifle de Cirné (d), on apperçut encore celle de 
Diego Raiz. Michelburne reprit le deffein d'y aborder, dans la réfolution 
Be accen !re un meilleur vent; mais la multitude de rochers qui s'y préfente 
fit craindre de ne pouvoir jetter l'ancre en füreté, On prit le parti de 
tinucr la navigation pour les Indes. Le r5, on eut la vüe des Ifles de 
mbas , à fix degrés trente-fept minutes, de latitude du Sul, & cent neul 
grés de longitude.  C'eft une erreur dans la plûpart des Cartes que de les 
acer beaucoup plus à l'Oueft. On en compte cinq. Elles abondent en oi- 
Mais en cherchant au Sud & à l'Oueft, il 
it impoilibie de trouver un bon ancrage. Dans certains lieux, on ne trou- 
a poinc de fond; & dans d'autres, la pointe des rocs effraya les Pilotes. 
Le 19 on fe trouva proche l'Ifle Diego Gracio/a, au 7°, degré trente minutes 
de latitude du Sud, & cent dix degrés quarante minutes de longitude. Sans 
Mrelächer , on reconnut à la perfpeétive que le Pays en eft fort agréable , 
capable de fournir toutes fortes de rafraîchifemens , fi l'accès en était 
oins dificile, Mais le vent & la marée fe trouvant contraires , ilne parut 
s poflible de vaincre les obftacles. Michelburne donne à l'Ifle Graciofa 
x ou douze licuës de longueur, Elle eft couverte de Cocotiers, & fi rem- 
ie d'oifeaux, qu'ils y forment continuellement une cfpéce de nuée, Le 12 
Juin on wi. + la Ligne, où le calme , la chaleur , le tonnerre & les 

lairs caufèrent beaucoup de fatigue & d'inquiétude à la Flocte, 
L(e) Le 19 on découvrit une terre qui parut fuivie d’une infinité d'au- 
s, que Michelburne reconnut pour autant d'ffles , fituées fous la haute 
re de Sumatra , [à deux degrés de latitude du Nord.} La Mer s'y brife 
ec tant de violence, que les Pilotes n'ofèrent y aborder, quoique les Ha- 
tans euflent allumé fur la Côte un grand nombre de feux, pour le: encou- 
ger par cette invitation, [Le 25 on jetta l'ancre près d'une petite Ifle, 
mplic d'arbres de Cocos, mais qui avoient peu de fruit. ] Les Anglois y 
rent quelques habitans qui [les appellèrent par des fignes, & qui étant tout- 
fait vêtus, ] fembloient être des Européens qu'on avoit apparemment laif- 
@ dans ce lieu, pour y recucillir des noix de coco, & les tenir prêtes a l'ar- 
méc des Vaifleaux de leur Nation. Le 26, on mouilla l'ancre près d'une 
nde Ifle déferte, qui fe nomme Bata (f), à 20 minutes du Sud. Elle a 
E, bois & des Rivières en abondance, Les finges y font en fort grand nom- 
re, avec une cfpéce d'oifcaux qu'on appelle la chauve-fouris ce cette Ifle. 
ichelburne en tua une de la longueur d'un lièvre, & de la taille d'un écu- 
euil. Seulement il lui pend de chaque côté une forte de peau, qu'elle étend 
à fautant de branche en branche, & qui reffemble véritablement à des aîles. 
Elle 


( (d') Quelques-uns la prennent pour l'Ifle 

dde Diego Ridrigues & d'autres pour celle de 

| $:. Maurice, 

Du (Ce) Dans l'Original la 2de, Scétion du 
K 3 


Chap. IV, commence ici. R, d. E, ” 
@ (f) Onlaappellée dans la fuite China 
Bata, 


MiciteL Ru Re 
NE, 
160$, 


Ile Graciofu. 


Grand nom: 
bre d'ifles. 


Ifle de Bata, 


1.4 
= 


1.25 


IMAGE EVALUATION 
TEST TARGET (MT-3) 


# 


<# 
É 


MIcHELRURe 
NE, 
160$. 
Rencontre 
de trois Bar- 


ques Portugai- 


fes, 


Les Anglois 
en arrêtent 
une, 


fs joignent 
aufli les deux 
autres, 


Les Anglois 
retrouvent 
leur Vaiffzau. 


78 VOYAGES DES ANGLOIS AUX À 


Elle eft d'une agilité extrême; & fouvent pour parcourir toutes les branche | 


d'un arbre, elle ne s'appuie que fur fa queue. miräl, 
Le 29, Michelburne étant à fe promener au long du rivage, crut dé. paratic 
couvrir ur Vaiffeau, fous une petite Ifle qui n'eft qu'à quatre lieuës de cel. non, ( 
le de Bata. Il le prit pour fon fecond Bâtiment, qui ne l’avoit point enco. E yé pluf 
re rejoint, depuis que la tempête les avoit féparés. Il y envoya aufñi -tô: Ms CR tu 
cft fitu 


le Capitaine Davis, qui trouva trois Barques à l'ancre; mais fe défiant’ que #0 


ce fuflent des Portugais, il n’approcha qu'autant qu’il falloit pour les obferver. MM AP 

On l’invita par des fignes à s'approcher , en lui offrant des poules & d'au. MA POIVTe 

tes alimens. Ses foupçons ne firent qu'augmenter. Il retourna vers fon MM Préfent 

Vaiffeau, dans le deffein de s'armer aflez pour ne’rien craindre , & le len.* à Ma: Le 
ai 


demain il s’avança fi proche des trois ss que jugeant de fes intentions, WA 
a con 


elles levèrent auffi-tôt l'ancre. [Il ne balança point à les pourfuivre, quoi-3l# 

qu’il n'eût que dix hommes dans fa Chaloupe, & qu’enfemble elles n’en eut #0 pofitio 

fent pas moins de vingt. Outre les moufquets & fabres , il avoit apporté M A 
s, s'd 


deux petites piéces de canon, dont il fes falua fi heureufement qu'au premier # 
boulet il tua deux hommes à la dernière & la força de s'arrêter. Elle con- M 7". 
tenoit encore fix Portugais de Priaman, qui étoient chargés de cocos, d’hui: (M d'Achi 
le, de nattes, & de provifions de bouche. Ils affurèrent Davis que Priamar BB cadet € 
n'étoit éloigné que de quatre ou cinq jours de navigation, & qu’à leur dé. M dans la 
part ils y avoient laiflé un Vaifleau Anglois. Cette heureufe nouvelle fu SR Parti ce 
recompenfée par les bons traitemens du Vainqueur, qui fe contenta de leur M} 121 plu 
prendre leurs poules & leurs autres provifions fraïches.] Ayant rejoint auf. M ferré da 
tôt Michelburne, il le preffa de remettre à la voile le 4 d’Août. Trois Mi VOIRE 
jours après ils découvrirenc au long des Côtes, les deux autres barques que mA ponves 
la crainte avoit fait retourner vers Priaman (g). Ils les prefférent fi vive: MS 4° ? he 
ment qu'il les forcèrent de fe faire échouër volontairement fur le rivage, ME 7 °V®'e 


» ceflion. 


d’où tous les Portugais gagnèrent les montagnes. Davis, envoyé avec li re P 
Chaloupe, n'y ayant trouvé que des cocos, de l'huile, & desnattes, dédai- M nfticée 
gna un butin fi vil, & n’en prit qu'une petite quantité. 16 d des 
LE 9, Davis ayant continué de ranger le rivage dans la Chaloupe , ap. MM peu 4 
perçut huit Pares , près d’une Ville nommée Tico; & dans l'efpérance d'y; I FR 2 Roi 
trouver le Vaifleau qu’il cherchoit , il ne balança point à s’en approcher. "# nas 
C'étoient des Indiens qui lui confirmèrent du moins que le Vaifleau Angloï fe Lt 
étoit à Priaman, & que cette Ville n’étoit plus éloignée que de fix lieuës. ue es 
IL fe hâta de porter cette agréable certitude à l'Âmiral On mit toutes Fed 
les voiles au vent, pour arriver au Port de Priaman avant la nuit. Mais à AN loré 
peine eut-on fait une lieuë, qu’on donna contre un banc de fable, fous un Pn vices ei 
rocher qu’on auroit pris à fa couleur pour du corail blanc. Le chagrin de DS de Jeur 
Anglois fut égal à leur impatience. Cependant à force de travail & de foins, SL uifèren 
ils fe dégagèrent affez tôt pour entrer le même jour dans la Rade de Pris: PSS is par 
man, où le premier objet qui frappa leurs yeux fut le #/help, aui leur avoit MS ,is n’éta 
caufé tant d'inquiétude. Dans le mouvement de leur joie, ils le faluèrent MS mencé à 
de toute leur artillerie. Le Capitaine vint dans fon Efquif au devant de l'A: 5 Flotte, 
miral, elles fur 

avouèêre 

(g) Angl. Is découvrirent une Barque. R. d, E. virons d 


qui avoi 


| X 
les brancher M 


INDES ORIENTALES, Liv. IL Crar. IL. 79 


miräl, & lui raconta toutes les dif races u'il avoit effuyées depuis leur fé- 
paration. fl avoit rencontré un Vaiffeau ortugais de quarante piéces de ca- 
non, qui lui avoit donné la chaffe pendant deux jours, & dont il avoit effu- 
point enco. à yé plufieurs volées qui l'avoient mis dans un extrême danger.] Michelbur- 
oya auffi -tér | ne jetta l'ancre à la vûe de Priaman, fur un excellent fond. Cette Ville 
s défiant: que WE eft fituée à quarante minutes de latitude du Sud. 
les obferver. FR APR Ès avoir fait demander au Gouverneur la permifion d'acheter du 
es & den he à poivre, & de prendre des rafraïchiffemens dans fon Pays, il lui envoya un 
rna vers fon M préfent confidérable, dans l'intention de le voir lui-même, & de régler a- 
 & le len. "MR vec lui quelques articles qu il jugeoit néceffaires pour la füreté des Anglois. 
. “0 Mais quoique fon préfent & fes Députés fufent bien reçus, il ne put obtenir 
(4 la conférence qu’il faifoit demander. Le Gouverneur répondit à cette pro- 
pofition, que la guerre où le Royaume d’Achin étoit malheureufement enga- 
| gé, l'obligeoit de s'obferver beaucoup. Le Roid’Achin, qui avoit alors deux 
fils, s’étoit déterminé à faire entr'eux pendant fa vie, le partage de fa fuc- 
à ceflion. Il avoit donné le Royaume de Pedir au fecond, en réfervant celui 
d’Achin pour l'aîné. Mais celui-ci choqué, de voir entrer tout-d’un-coup fon 
cadet en pofleffion d’une Couronne , tandis qu'il étoit condamné à demeurer 
dans la dépendance de fon père pour attendre fon héritage, s’étoit fait un 
parti confidérable entre les Grands; & fous prétexte que l’âge ne permet- 
toit plus au Roi de gouverner, il s’étoit faifi de fa perfonne, & l'avoitref- 
ferré dans une étroite prifon. Enfuite, déclarant la guerre à fon frère, ila- 
voit prétendu que le Royaume de Pedir étoit une partie de fes Etats, quine 
pouvoit être démembrée, ou du moins, que fon frère ne devoit pofféder 
qu’à titre de Vaffal & de Tributaire. Les Anglois jugèrent fur cerécitqu'ils 
n’avoient rien à fe promettre dans un lieu fi peu tranquille; & le 2x , ils par- 
| tirent pour Bantam. 

Le même jour, ils rencontrèrent deux Pares, dont les hommes fautèrent 
aufli-tôt dans l’eau. Michelburne, furpris de voir cette facilité à s’effrayer 
dans les Indiens , qui devoient être accoutumés à la vûe des Nations de l’Eu- 
rope, donna ordre à fes gens de vifiter leurs Barques. Quelques Anglois s’a- 
vancèrent dans la Chaloupe avec trop peu de précaution. 1 étoit refté der- 
\ rière les voiles plufieurs Indiens, qui bleffèrent dangereufement ceux qui fe 
“préfentérent les premiers, & qui fe jettant à la nage évitèrent le châtiment 
“auquel ils devoient s'attendre. [Cependant Davis qui avoit été lui-même at- 


1e, crut dé. 
ieuës de cel. 


les n’en euf. M 
ivoit apporté M 
qu’au premicr MI 
tr. Elle con. = 
> cocos , d’hui- 
s que Priamar #h 
qu’à leur dé. PS 
nouvelle fut h 


Août. Troi 
s barques que 
èrent fi vive-à 
ur le rivage, le 
voyé avec ll 

nattes, dédai 


haloupe , ap 
efpérance d' 
en approcher. 
iffeau Anglois à 
+ fix lieuës. 

)n mit toutes! 
uit. Mais i 


blé. fous un R malgré l'adreffe avec laquelle ils fe déroboient en plongeant ; & Davis , qui 


| avoit eu l’occafion, dans fes voyages précédens, d’apprendre quelques mots 


chagrin des de leur langue, n’attendit pas l’Interprête pour les interroger. Ils ne lui dé-: 
nil & de foins, SE suiférent point qu'ils étoient en mer pour enlever fans diftinétion tout ce qui 
ade de Pris PSN leur paroïfloit plus foible qu'eux, & qu'ils vivoient de cette pyraterie. Da- 
qui leur avoit vis n'étant point encore fatisfait de cette réponfe, parce qu'ils avoient com- 


s le faluérent MS mencé à fuir avant qu'ils fuffent attaqués par les Anglois, les conduifit à la 
devant del'A- Flotte, & leur fit faire d’autres queftions par l’Interprête. Les menaces dont 
miral, MN elles furent accompagnées, leur arrachèrent une confeflion fort étrange. Ils 
avouérent que dans une des petites Ifles qui font en grand nombre aux en- 

virons de celle de Sumatra, ils avoient les débris d’un Vaiffeau Européen 

qui avoit fait naufrage fur leurs Côtes, & qu’en ayant fauvé plufieurs hom- 

mes 


. teint d’une flèche au bras, prefla les rameurs de les fuivre. On en prit deux. 


Mrcuezsun- 
Ne, 


160$. 


L'Amiral ar- 
rive à Pria- 
man, 


Guerre entre 
les deux Prin- 
ces d'Achin. 


Indiens pris 
fur mer, & 
leur confcf- 
fion, 


Plufieurs 
Portugais ar- 
rêtés par les 
Indiens. 


Micnezaun 
N 


160$. 


lis implorcit 
le fecours des 
dngois. 


Tiifte fitua- 
tion de trois 
Dames Portu- 
gaifes. 


80 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Î 


24 
K 
sr 


mes & quelques femmes, ils les retenoient depuis long-tems parmi eux. Mi PM M 
chelburne fut le plus ardent à vouloir approfondir ce récit. Îl crut qu'indé. M qui f 
sendamment de la guerre ou du commerce, il n’y avoit point de Nation de Cent 
"Europe qu'il ne fut obligé de fecourir dans une fi trifte fituation. Quatre à cr: 
hommes, qu'il fit entrer dans une Pare avec deux Indiens , fervirent de guides M & de 
à Ja Flotte ; & remontant au deffus de Priaman, il arriva le foir au travers M prife 
de plufieurs autres Ifles, à celle d'où les Indiens étoient partis. Entre pli. M glois 
fieurs Habitans qui fe préfentèrent fur le Rivage, il parut deux hommes vi. truét: 
tus à l'Européenne, que les Anglois reconnurent aïfément pour des Portu.! neur, 
gais. Ce fut une raifon de balancer s’il leur offriroit du fecours; mais le mo. # s'y ét 
tif qui avoit déterminé Michelburne eut la force de foûtenir fa générofité, I foluti 
fit jeter l'ancre à cinquante pas du rivage, & Davis fut envoyé dans hf donn: 
Chaloupe pour recevoir des informations. 0 cn el 
IL revint bien-tôt à bord avec les deux Européens qu'on avoit reconnu. M renvo 
C'étoient des Portugais, qui n’ignorant point les juftes plaintes que les An il pri 
rlois avoient à faire de leur Nation, fupplièrent d'abord l'Amiral de confidé. M  Portu 
rer moins leur Pays que leur qualité d'hommes , & de fe laiffer toucher à 4 tèreni 
pitié de leurs infortunes. Ils lui racontérent qu’étant partis de Ternate pour M de fa 
Caleeut, leur Capitaine s’étoit obitiné à vouloir relâcher au Port d'Achin,: vec le 
par la feule curiofité d'aborder dans un lieu qu'il n'avoit jamais vi; &% Pares 
qu'en traverfant les petites Ifles qui bordent la Côte Méridionale de Suma:! aucun 
tra, il n'avoit pû fe garantir de la force des courans, qui l'avoient fait bri. étoien 
fer contre celle de Æiurma; que de trente deux hommes dont l'Equipage MM le paf 
toit compofé , il ne s'en étoit fauvé que fept, avec trois femmes, dont l'x! de fen 
ne étoit Maria Pratencos, jeune veuve du Gouverneur Portugais de Bra toute 
cor: que les Habitans de l’Ifle ne leur avoient pas refufé les fecours nécef femm 
faires à la vie; mais que les trois femmes avoient payé l'hofpitalité fort cher: de da 
que le Gouverneur de l'Ifle , Chef d’une troupe de Pyrates, fous la prote fuyard 
tion du Roi de Pedir, avoit forcé la jeune Veuve de devenir fa femne; & MW amena 
que deux de fes Officiers avoient fait la même violence aux deux autres Por. PAM tres P 
tugaifes: que depuis plus de cinq mois, ils languifloient tous dans le plu favori: 
trifte efclavage, cherchant fans cefle le moyen de gagner l’Ifle du Sumatra, tre ch 
pour fe réfugier dans les Etats du Roi d'Achin: qu’à fi peu de diftance, ih Mi 
n’auroient pas défefperé du pañlage, s’ils n’avoient pas été retenus par un  W leur o 
fentiment de compaffion pour les trois femmes, qui les conjuroient tous li #Ætrouve 
jours de ne pas les abandonner à leur miférable fort; que le Gouverneur In.» rent le 
dien, brûlant d’une vive pañion pour la fienne, ne la perdoit pas un mo-à appart 
ment de vûe; qu’ils avoient formé plufieurs fois le deflein de le tuer, fan MR une V 
en avoir encore trouvé l’occafon; que l’Ifle contenoit environ quatre-vinx M [L: 
Indiens, dont la moitié ne le quittoit jamais, tandis que le refte écumoit h il ne v 
Mer, ou pilloit les Côtes voifines, & faifoit peu de quartier aux fujets du s'en € 
Roi d’Achin: que fi la pitié touchoit les Anglois en faveur des trois Dames, man, 
il ne doutoit pas qu’au feul bruit des armes à feu, les Pyrates n'acceptaf qu'elle 
fent toutes fortes de compofitions; que pour lui & fes Compagnons, l'A: h Jia « 
miral pouvoit difpofer de leur vie, mais que s’il étoit aflez génereux pour & voient 
oublier qu’ils étoient Portugais, & les délivrer d’une fi malheureufe fitua- LE 
tion, il ne devoit pas douter qu'ils n’employaflent volontairement tout leur PSS viron 
fang à fon fervice, Hi} quoiqu 
MICHELBURNE À Z.. 


‘e M 


U X ; 


Bye | 


‘ } 
armi eux. Mi M 
crut qu'indé. M 

de Nation de 
ation. Quatre D 
irent de guide: 0 
oir au traver; # 
s. Entre pu." 
x hommes vi. ! 
ur des Portu. 
rs; mais le mo.“ 
| générofité, | 
nvoyé dans li M 


voit reconnus M 
:s que Îles An M 
ral de confidé. M 
er toucher à hi 

> Ternate pour M 
Port d’'Achin, 
jamais vi; & 8 
nale de Suma:f 
roient fait bri- ln 
. l'Equipage € UM 
mes, dont l'ile 
ugais de Bran | 
 fecours nécel 
alité fort cher 
fous la protec 
fa femne; &h 
eux autres Por 
s dans le plu 
le du Sumatra, 
e diftance, il 
etenus par ul 
iroient tous le; 
souverneur In. 
t pas un mo 
+ le tuer, fans 
n quatre-vingt b 
fte écumoit kif 
aux fujets duh 
s trois Dames, Ë 
es n’acceptaf | 
pagnons, l'A 
rénereux pouf Pi 
eureufe fitua: BR 
ent tout leur 


Ë 


LCHELBURNE à 


INDES ORIENTALES, Liv. IL Caar. NI. 81 

MicueLsurNe fut fitouché de ce difcours, qu'oubliant en effet pour 
qui fon cœur étoit attendri, il fe difpofa fur le champ à faire fa defcente. 
Cent douze hommes qu’il avoit fur fes deux Vaifleaux, ne lui laifloient rien 
à craindre dans fon entreprife; mais il falloit affürer le fort des trois femmes 
& de tous les Portugais, contre les précautions qu'on pouvoit avoir déja 
prifes pour les éloigner. Aufñi-tôt que l'obfcurité fut venue, cinquante An- 
glois bien armés defcendirent fous la conduite de Davis; & fuivant les inf- 
truétions des deux Portugais, ils s’avancèrent jufqu'a la maifon du Gouver- 
neur, qui n'étoit bâtie que de cannes , à la mode du Pays. Tous les Indiens 
s'y étoient raffemblés, & leurs mouvemens fembloient marquer quelque ré- 
folution de fe défendre. Davis ayant placé fes gens fur deux lignes, leur 
donna ordre de fe tenir prêts à tirer, mais fuccetfivement ; de forte qu'iln'y 
en eût jamais qu'une partie dont les armes fe trouvaflent vuides. Enfuite 
renvoyant les deux Portugais aux Indiens, pour s’affürer .de leur fituation, 
il prit le parti d'attendre le jour , qui étoit déja prêt à paroître. Un des deux 
Portugais revint bien-tôt avec deux autres de fes Compagnons. Ils rappor- 
tèrent que fans pénétrer l'intention des Anglois & par le fimple mouvement 
de fa défiance, le Gouverneur fe difpofoit à pañfer dans une Ifle voifine, a- 
vec les femmes Indiennes & Portugaifes; mais que ne pouvant gagner leurs 
Pares avant le jour , il feroit aifé de les couper en chemin. Davis ne vit 
aucun rifque à fuivre le confeil des Portugais, après avoir fait réflexion qu'ils 
étoient les plus intéreflés au fuccès de fon entreprife. Il fe laiffa conduire fur 
le pañfage du Gouverneur. Bien-tôt il le vit paroître avec un grand nombre 
de femmes ; & fe montrant à lui de fort près, il jetta tant de frayeur dans 
toute la troupe, que le Gouverneur fut le premier à fuir, avec toutes fes 
femmes & fes Indiens. Il ne refta que les trois Portugaifes, accompagnées 
de deux hommes de la même Nation. Davis, pour augmenter l’effroi des 
fuyards, fit tirer quelques coups de fufil fans aucun deflein de leur nuire. 11 
amena ainfi fort tranquillement les trois femmes à bord; tandis que deux au- 
tres Portugais, qui avoient feint de demeurer avec le gros des Indiens pour 


favorifer l'évafion du Gouverneur, fe rendirent aufli à la Mer par un au-, 


tre chemin. 
MicHELBURNE, après avoir confolé les trois femmes par fes politefles, 


‘1 leur offrit de les débarquer à Priaman, où elles pouvoient fe promettre de 
trouver quelques Portugais; ou de les conduire jufqu’a Bantam. Elles choifi- 


rent le dernier de ces deux partis, comme le plus fûr; quoique, fuivant les 
apparences , elles n’euffent rien à redouter dans le Port de Priaman, qui étoit 
une Ville régulière & dévouée au Roi d’Achin.] 
. [LE 25 on apperçut un Bâtiment qu’on envoya reconnoître, mais comme 
il ne voulut pas amener, on l’attaqua, & après un combat aflez long, on 
s'en empara. C’étoit une Barque de quarante tonneaux équipée pour Pria- 
man, & chargée de fel, de ris, & de marchandifes de la Chine. On apprit 
qu'elle appartenoit à des Marchands de Bantam; & cela fut caufe qu’on lui 
laiffa continuer fon Voyage , fans lui rien enlever; parce que les Anglois a- 
voient alors un Comptoir dans cette Ville.] 

Le 2 de Septembre, la Flotte rencontra un petit Vaifleau Guzarate, d’en- 


viron quatre-vingt tonneaux. Elle s’en faifit fans réfiftance; [& le butin, 


quoique médiocre , fut utile aux trois Portugaifes, parce que la plus grande 
IL. Part. L partie 


Micursuune 
Nr. 
1605. 
Elles font dé 
livrées par les 

Avglois, 


Conduite d 
Davis pour af 
fürer fon en 
treurite, 


11 délivre les 
Portugais. 


Prife d'un 
Vaifleau Gu- 
Zaratc, 


MicneLeur- 


NE, 
Rade de Sil- 


libar. 


Michelburne 
arrive à Ban- 


tam, 


Ifs traite les 
Hollandois 
fans ménage- 
nent, 


Il part de 


Bantam , & fe 


faifit de trois 
Pares. 


82 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 

artie confiftoit en étoffes des Indes, dont Michelburne leur offrit généreu. M la fuit 
ement les plus belles Piéces pour fe faire des robes.] Il mouilla le même main 
jour à quatre degrés de latitude du Sud, dans la Rade de Sillibar, où le grand M à. ftor 
nombre de Pares qu'il y vit fans celle arriver , lui caufa de l'étonnement. M ré, p 


Les Indiens y étoient attirés par l'abondance des provifions; eau fraîche, 
bois, ris, chair de bufle & de chèvre, poules, racines & poiflon de toutes 
fortes d'efpèces; [mais tout y eft fort cher.] Les Habitans prennent ent 
et, des toiles & des étoftes, ru préfèrent beaucoup à l'argent; mais 

ils paflent pour les plus grands voleurs de cette Côte, & les Etrangers ont 
befoin d'une vigilance continuelle (b), pour s'en défendre. La facilité que "M8 
les Anglois tirérent de leur prife pour fe procurer des rafraîchiffemens qui ne 


HOT 
hais | 


1e rer de 0 armes : 
leur coûtoient rien, les fit demeurer à l'ancre jufqu’au 28. [Le 23 d'OétobreH Ches er 
ils jettérent l'ancre à la Rade de Marrbah dans le détroit de la Sonde. 1ls y "2 bouclice 
trouvèrent de l'eau, & autant de provifions qu'à re Ayant remis { ‘4 plûpart 
la voile , ils arrivèrent deux jours après à trois lieuës de Bantam , d'où ils M Le 
envoyéèrent la Chaloupe au Port de cette Ville. Ils s’attendoient d'y trou: #" Jeurs n 
ver encore la Flotte de Middleton; mais elle étoit partie depuis trois fe- À wfñ « 
maines. cés d'y 


Les Faéteurs du Comptoir s’empreférent de venir au devant de leurs Com- M" ve Jeur 
patriotes. Ils leur apprirent que depuis le départ de Middleton, les Hollan: UN côté dt 


dois n’avoient pas ceflé de leur rendre toutes fortes de mauvais offices, en 'j 4 trouva 
les repréfentant au jeune Roi de Bantam comme des Pyrates & des Scélé- MM terre at 
rats, qui ne cherchoient que l’occafion de nuire par l'artifice ou par la vio- » des arb 


lence. Ils avoient encore fept (i) Vaifleaux dans la Rade, dont l’un étoitde 
fept ou huit cent tonneaux ; mais la plûpart des autres étoient fort inférieurs. 
Michelburne échaufé par ce récit, & comptant fur la bonté de fon artille- 
rie, réfolut de les traiter fans ménagement. Il envoya un de fes gens à leur 
Amiral pour lui faire des plaintes au nom de la Nation Angloife, & lui dé- 
clarer que fi, dans le deffein où il étoit d’aller jetter l'ancre à fes côtés, il 
s'appercevoit que les Hollandoïs en vouluffent ufer mal avec lui, il le cou- 
leroit à fond. L’Amiral ne fit aucune réponfe à ce brufque compliment; ce 
qui n’empêcha point les Anglois d’entrer dans la Rade, & de mouiller à la 
portée du canon. Pendant plus d’un mois qu’ils y demeurèrent, ils trouvé- 
rent tant de retenue & de modération dans les Hollandois, qu’à peine en vi- 
rent-ils defcendre un fur le rivage. 

APRÈS avoir chargé quelques marchandifés qui convenoient à fes projets 
de commerce, Michelburne quitta Bantam pour fe rendre à Patane. Entre L. 
Malaca & Podra Branca , il rencontra trois Pares, à qui la crainte fit gagner 


à préfent: 


auffi-tôt le rivage. Les ayant invitées inutilement à s’approcher ,ilmit dix- MS I 
huit hommes dans fa Chaloupe, avec ordre de les fuivre jufqu’à terre, &de MScourans 
leur demander fn payant, un Pilote, qui fût capable de le conduire à Pulo MOSS dans l'in 
Timacu. Mais les Indiens qui étoient en grand nombre dans les Pares , voyant [mes réf 
les deux Vaiffeaux fur leurs ancres à plus d’un mille, rejettèrent fièrement 
toutes fortes de propofitions. Davis prit aufli-tôt le parti de les attaquer, & M | 
dans l'efpace d’une demie-heure, il en força une de fe rendre. Une autre prit MS ni a ve 
a (1) L'é 
(b) Dans l'Original ceci eft dit des Habi- (5) Angl. cinq Vaiffeaux. R. d.E. homes q 


tans de Marrbab. R. d. E. 


X 


rit généreu- 
la le même 
où le grand 
stonnement, 
au fraîche, 
on de toutes 


rennent enk} 


rgent; mais 
rangers Ont 


facilité que ! 


mens qui ne 


onde. lls 
ant remis 


n, d'où ils 
nt d'y trou- 
uis trois fe- à ” 


> leurs Com- 
les Hollan- 


; offices, en 
ct des Scélé- "1 


| par la vio- 
Ê 


un étoitde “ 


rtinférieurs. 
fon artille- 
gens à leur 
, & lui dé- 
es côtés, il 
, il le cou- 
pliment ; ce 
ouiller à la 
ils trouvé- 
peine en vi- 


fes projets 
ane. 


ne autre prit 


la M 


KR. d. E. 


3 d'O obre! | 


Entre | 
te fit gagner | 
r,ilmitdix- # 
terre, &de » 
duire à Pulo Wa 
res , voyant Ph 
t fièrement 
attaquer , & 4 


INDES ORIENTALES, Lav. III. Car. Il. 83 


la fuite. La troifième fit une longue défenfe, & ne fe rendit que le lende- 
main à la pointe du jour; c'étoit la plus riche, Elle étoit chargée de Denjoin, 
de ftoras , de poivre, & de porcelaine de la Chine. Michelburne [défefpé- 
ré, pendant le combat, de ne pouvoir s'approcher avec fes Vaiffeaux , en- 
voya tout ce qu'il put mettre de gens fur les Efquifs. Sans ce fecours, l’aétion 
00 auroit duré plus long-tems. Il n’y perdit néanmoins que deux hommes ; &] 
M0 Jorfqu'il eut appris que les Indiens étoient des Javans, il leur reftitua tou- 
© tes leurs marchandifes, en fe contentant de prendre parmi eux deux Pilotes. 
Ils venoient de Palimbam, pour fe rendre à Gri/y, Ville maritime de l'Ifle de 
Java au Nord-Eft. [Les Javans font fort courageux dans le danger. Leurs 
armes font des javelines, des dards, des poignards, & une efpèce de flé- 
ches empoifonnées qu'ils lancent avec des farbacanes; Ils fe fervent aufli de 
boucliers, & ils ont quelques arquebufes mais qu'ils manient mal. Ils font la 
plûpart Mahométans.] 

Le 26, les Anglois découvrirent, au Nord-Oueft, certaines Ifles, dont 
leurs nouveaux Pilotes ne purent leur apprendre le nom; & le vent fe trou- 
va fi contraire à leur courfe, que fans les connoître mieux , ils fe virent for- 
cés d'y relâcher. Cependant à mefure qu'ils s’en approchoient, la perfpeéti- 
"2 ve leur en parut fi trifte, qu'ayant Le l'ancre à À diftance d’un mille, du 

M) côté du Sud, ils envoyèrent une Chaloupe pour reconnoître les Côtes. Elle 
trouva que ce qu'ils avoient pris pour des Ifles, étoit un refte de quelque 
00 terre abimée dont on ne voyoit plus dans quelques endroits que le fommet 
0 des arbres, & dans d'autres lieux, des collines nues & défertes. Il ne s’y 
préfenta d’ailleurs aucune forte d'animaux. Cependant comme le vent ne de- 
venoit pas plus favorable, les deux Vaifleaux s’approchèrent du côté qui 
leur parut le plus élevé. On y jetta l'ancre fur un fort bon fond; & la cu- 
riofité, plûtôt que le befoin, porta Michelburne à defcendre. Il trouva fur 
la Côte une fource d’eau très pure, avec diverfes traces , qui lui firent juger 
+ ce lieu n'avoit pas toûjours été défert. [Mais il admira beaucoup que 

ans l’e‘sace de plus de deux lieuës , qu'il prit plaifir à parcourir , il ne pa- 
ut point un oifeau , ni le moindre animal. Il ouvrit la terre dans plufieurs 
endroits, fans y trouver non plus aucun infeéte.] Le mauvais tems l'obligea 
éanmoins de pafler fept ou huit jours dans ce trifte lieu. Dans cette fai- 
fon 4 PA ne ceflent point fur cette mer d'être Nord, Nord -Oueit, ou 
Nord-Eft. ‘ 

. (k) Ox leva l'ancre le » de Décembre, en s’efforçant, avec beaucoup de 

\ difficulté , de porter conftamment vers Patane. Le 12, en pañlant près de Pu- 

0 Laor, le Whelp découvrit trois Bâtimens dont il ne put reconnoître la gran- 

deur. Il détacha fa Chaloupe pour les obferver ; mais dans l’impétuofité des 
+icourans & du vent, elle fut bientôt perdue de vûe; & toute la nuit fe paffa 
dans l'inquiétude de fon fort. Cependant elle étoit montée de quinze home 
mes réfolus (7), qui s'étant approchés d’un des trois Bâtimens, avoient eule 
bonheur 


iX 


ES 
ie 


* 


Ck) Ici commence la ge, Scétion de l'Origi- n'attribue pas à clle feule l'honneur de cette 


prifes car il remarque qu’elle avoit été déta- 
chée avec la Pinaffe. R. d. E; 


A pal. À. d. E. 


(4) L'Original ne dit point le nombre des 
hommes qui étoient dans la Chaloupe; & il 


L 2 


Micneraua. 
NE. 


1605. 


Ifles ablinées. 


Vents qui 
régnent dans 
cette faifon. 


Hardieffe de 
quinze An- 
glois. 


MicneLaoun: 
NE. 


160%. 


Obfervation 
(ur les vents & 
ICS Courans, 


Panhang 
Pays fertile, 


Pyratcs Ja- 
ponois pris 
parles An- 
glois, 


4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


bonheur de s'en rendre maîtres, quoiqu'il fut d'environ cent tonneaux, [&zl Æ Lis 
qu'il eût dix - huit hommes à bord.] Ils reparurent le lendemain avec leur de celle 
proie, C’étoit un Jonc de Panhang, chargé de ris & de tag qui faifoit Mort ci 
voile à Bantam. Michelburne ne jugea pas que ce butin fut digne de lui. 1| ÆMMde dive 
n'en prit que deux petites piéces de fonte, dont il paya même la valeur aux gier là- 
Indiens ; & tirant peu d'utilité des Pilotes qu'il avoit enlevés aux Javans,il “cune ar 
en demanda un, pour prix de fa générofité, au Capitaine du Jonc, en lui 
donnant les deux autres comme en échange. 

Le 13, en voulant s'approcher de Pulo Timacu, Ifle voifine de Panhang, 
on eut beaucoup à combattre les vents & les courans. La Mer, depuis le 
commencement de Novembre jufqu'au commencement d'Avril, fe porte con. 
tinuellement vers le Sud; & depuis Avril, jufqu'au mois de Novembre, 
elle retourne au contraire vers le Nord. De même, le vent pendant les 
cinq premiers mois, eft ordinairement Nord, comme il eft Sud pendant les M 


fept autres. Tous les Vaiffeaux de la Chine, de Patane, de Tor ,de Panbang, M leurs fa 
& des autres lieux au Nord, prennent la mouffon du Nord pour venir à "” Je Vaifl 
Bantam, ou à Palimbam, & celle du Sud, pour leur retour. On eft für , en | Il s'en ! 
fuivant ces obfervations, d’avoir toûjours les vents & les marées favorables; œer leur 
au lieu que les Anglois, à qui ces lumières manquoient encore , trouvoient A les flots 


tant d'obftacles à vaincre, qu'en trois femaines de navigation, ils n’avan. 
çoient pas plus d'une lieuë. 
PANHANG (m) eft un Pays extrêmement fertile, & diftingué par la po: lt 
litefle de fes Habitans. Il eft fitué entre Jor & Patane, s'étendant au long MM MOurut 
: . , " , a 5:14 les diffé 
de la Côte jufqu'au Cap. Tingeren. Ce Cap s’avance beaucoup. C'eft 1 ; 
première terre qui fe préfente aux Caraques de Macao, aux Joncs de la Chi. a Jonc,s 
ne & aux Pares de Kamboya, dans leur route pour Malaca, Fava, Sumatra, M bloient 


Fambo , Fur, Palimbam, & les autres lieux de commerce vers le Midi. DR 5 Etant 

EN s'approchant de Patane, la Flotte Angloife rencontra un Jonc char: EM préfenc 
gé de Pyrates Japonois, qui avoient éxercé leurs brigandages fur les Côtes NAME mnt de 
de la Chine & de Kamboya. Ayant perdu leur Pilote, ils s'étoient trouvés MMM lent en 
dans un fi grand embarras pour fe conduire, qu'ils avoient été jettés fur les reffourc 
bancs de la grande Ifle de Borneo. Mais la haïne qu'on porte à leur Nation crélen 
dans toutes ces contrées de FInde, ne leur avoit pas permis d'aborder dans 
l'Ile. Ils s'étoient fauvés dans leur Chaloupe après avoir perdu leur Vaif 
feau, ils avoient trouvé un Jonc de Patane chargé de ris, dont ilsavoient 
maffacré l'Equipage; & l'ayant équipé de leurs débris ,. ils fe propofoient de | ét 
retourner au Japon, lorfqu'ils tombérent entre les mains des Anglois. Is! PRES 
étoient au nombre de quatre-vingt-dix, & beaucoup trop pour un Bâtiment Mi 7°7°T"C 


… feul qui 
“toit pas 
|mettre 


a ET L + + ot 5 pr 2 p; 
qui pouvoit à peine les contenir. La plûpart étoient habillés. trop galam- ee 
ment pour des Matelots. Quoiqu'ils euffent un Chef, qui étoit chargé de M Vées { d’ 


l'autorité , ils paroifloient tous égaux; ce qui fit encore juger aux Anglois lu 

De ù es CE AE tout cet 
que ce n’étoient pas des gens d’une condition vile. Ils n’avoient pour car- M fuffent E 
gaifon qu'une groffe provifion de ris, mais fort corrompue par l'humidité, #A Leerrible 


parce que leur Jonc faifoit eau de toutes parts. à des deux 
D partic, 
pas d’êtr 
Il n'y er 


Les! 


(Cm) Il faudroit peut-être prononcer. Pau- 16 par d’autres Voyageurs Pubaung & Pam. 


A 


bang ; car c'eft le même pays qui eft appel- 


Ù X 


nneaux , [44 
in avec leur M 
, qui faifoit M 
ne de lui. Il M 


a valeur aux 
ax Javans, il 
onc, en lui 


de Panhang, 
r, depuis le 
fe porte con. 
Novembre , 
pendant les 


1 pendant les M 
de Panhang, ! 
our venir à. 
n eft für ,en ! 


:s favorables; 
, trouvoient 
, ils n'avan- 


ué par la po- h 


dant au long 
up. C'eft la 
ncs de la Chi: 
ua, Sumatra, 
Midi. 

Jonc char: 
fur les Côtes 
bient trouvés 
jettés fur les 
leur Nation 
aborder dans 
du leur Vaif- 
bnt ils avoient 
propofoient de 


un Bâtiment 
trop galam- 
it chargé de 


, ae 

aux Anglois w" 
ent pour car: WA 
r l'humidité , A 


baung & Pam. 


… feul qui fût aflez prompt pour fe i 


1 autres en refpeét au pañlage de l'écoutille, 
Mviolente qu'ils faififloient d'une main : bout des piques Angloifes, pour al- 


Anglois. Ile 


INDES ORIENTALES, Lav. Il Cuar, IL. 85 


Les Anglois ayant jetté l'ancre avec leur prife, fous une petite lile roche 
de celle de Bantam, y pañlèrent deux “md pendant lefquels ils traitèrent 
fort civilement leurs prifonniers. Ils efpéroient tirer d'eux la connoiffance 
de divers lieux, & du pallage de certains Vaiffeaux de la Chine, pour ré- 
gler la-deflus leur propre voyage. Mais ces hardis Avanturiers ne voyant au- 
Mcune apparence de pouvoir retourner au Japon dans un aufli mauvais Bâti- 

ment que celui qu’ils avoient, prirent entr'eux la réfolution de hazarder leur 
vie pour fe faifir du meilleur des deux Vaifleaux Anglois. Quoiqu'il n'y en 
eût que cinq ou fix à qui l'on eût laiffé leurs armes, Michelburne conçut quel- 
que défiance en les voyant profiter de l'honnéteté avec laquelle il avoit vou- 
Ju qu'ils fuffent traités, pour venir quelquefois fur fon bord au nombre de 
vingt-cinq ou trente, Il donna ordre à Davis de faire éxaétement la vifite de 
leur Jonc, pour s'affürer s'il n'y cachoient point d'autres armes, & de leur 
ôter même À eu qu'on leur avoit laiffé. Mais Davis fe laiffa tromper par 


leurs fauffes démonitrations d'amitié & de tranquillité. 11 vifita légèrement 


"Je Vaifleau, où il ne trouva qu'une petite quantité de ftorax & de benjouin. 


Ml s’en fait, & ce fut comme le fignal auquel ils entreprirent de faire écla- 
ter leur deffein. Ceux qui étoient fur le Jonc y tuérent ou précipitérent dans 


“les flots, le petit nombre d'Anglois qui étoient à le vifiter. Davis fut prefque le 


ctter dans [a Chaloupe ; mais le défordre n'é- 
voit pas moindre fur le bord de l'Amiral, & lorfqu'il penfoit y rentrer pour y 
mettre tout le monde fur fes gardes, il fut percé de cinq ou fix coups, dont 1l 
mourut prefqu’aufli-tôt. C'étoit environ trente Japonois qui fe trouvant dans 


"les différentes chambres du Vaifleau, lorfqu'ils avoient entendu du bruit fur leur 


Jonc, s’étoient jettés fur les premières armes qu'ils avoient apperçues, & fem- 
bloient menacer tous les Anglois de leur perte. Cependant Michelburne 
s'étant trouvé heureufement fur les ponts avec plulieurs de fes gens , avoit eu la 
préfence d’efprit de fauter vers l'écoutille, où il pouvoit les empêcher facile- 
ment de pañler. Quatre ou cinq, Fo l'avoient prévenu, & qui fe trouvé- 
rent en tête fur les ponts une multitude d'Anglois, n’eurent point d'autre 
reffource ge de fe jetter à la nage; mais ce ne fut point fans avoir mafla- 
cré le malheureux Davis au moment qu'il rentroit. Michelburne tenoit les 
uoique leur impétuofité fût fi 


Monger de l'autre leurs coups d'épe On en tua cinq ou fix des plus fu- 
ieux. Cette forte de combat auroit uuré plus long-tems, fi l’on ne s'étoit 


…apperçu que dans la chambre du Capitaine, où le plus grand nombre étoit 
 reflerré, ils s’efforçoient de mettre le feu au Vaifleau. 


Alors aucun remé- 
de ne paroiffant trop dangereux pour un mal extrême , Michelburne fe fou- 
vint qu'il avoit, fous le demi-pont , deux petites couleuvrines qu'il avoit enle: 
vées à d'autres Indiens. Il les fit charger de morceaux de fer, de bales & de 
tout ce qui fe préfenta. Au hazard de fe perdre lui-même, il voulut qu’elles 
fuffent bracquées à bout portant contre les ais de féparation. Le fracas fut 


% terrible. Rien ne put défendre les Japonois, non-feulement contre la charge 


» des deux piéces, mais contre les éclats même du bois, qui en écraférent une 


«| partie, & qui eftropièrent les autres de mille manières. Leur rage ne laifla 


| pas d'être fi obftinée, qu'ils fe firent couper en piéces, fans offrir de fe rendre. 
I n'y en eut qu'un, qui fe voyant fans bleffure, trouva le moyen de gagner 
L 3 le 


Micuetnur 
Ne. 
160$. 
Refolutlon 
défefhérée des 
Corfaires Ja 

pono:s. 


Le Capitaine 
Davis elt tué 
de plufeurs 
coups, 


Les Japonois 
font coupés au 
picces, 


86 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Micnmsun. le bord du Vaiffeau & de fe jetter dans la Mer; mais qui perdant l'efpe ! 
pe rance d'arriver au Jone, lorfqu'il le vit déja fort éloigné, revine à la ra 

1008 ge, & demanda quartier.  Michelb écha fes gensde le tuer. 1 
Obflinacion ge, emanda quartier. Michelburne empêcha fes gens de le tuer. Ile 
barbare d'un fit reprendre à bord, & lui reprochant fa crahifon, il lui demanda quel avor 
Corfaire, été fon deffein: ,, de vous couper la gorge à tous , répondit-il fiérement, 
» & de prendre votre Vaiffeau. ,, Il refufa de répondre à toutes les autre M 
queftions, & la feule grace qu'il demanda fut d'être poignardé prompt. 

ment. 

Le lendemain, après avoir un peu réparé le défordre du Vaiffeau, Mi 
chelburne ordonna que ce furieux Japonois fut pendu. Il fe laiffa pendre 
fans réliftance; mais fes mouvemens furent fi furieux lorfque l'Exécutew 
l'eut abandonné, qu'ayant rompu fa corde, il tomba dans la Mer, fans qu'on 
pôc fçavoir sïl fe noya dans les flots, ou s’il eut le bonheur de fe fauver à h 
nage. Ses Compagnons (n) avoient pris leur courfe vers une petite Ifle à M 
l'Oueft, où l'on ne penfa point à les pourfuivre. 1 

1606. MicuezLBurNe rencontra le jour fuivant un petit Bâtiment de Patane, de qui : 
Deffein de de qui il s’informa fi les Vaifleaux de la Chine étoient arrivés dans ce Port, bic cté 
Michelburne  Apprenant du Capitaine qu'on les y attendoit dans peu de jours, il le pri * 
fur les Vaif- pour lui fervir de Pilote, dans la réfolution de ne pas s'écarter avant l'arri:! gais 
pe ee la vyée des Vaiffeaux Chinois. Le 12 de Janvier, les Anglois découvrirent du 
haut des mâts, deux Vaiffeaux qui venoient vers eux. Il continuèrent aufi = 
Le de s'avancer ; & fe trouvant à l'entrée de la nuit fort près du plus grand, ik 
un Chan” l'attaquérent avec peu de précaution. Après un combat fort court, ils l'abor. M 
&payent fes dèrent & s'en rendirent maîtres. L’ancre fut jettée pendant la nuit. Le 
marchandifes. lendemain Michelburne ayant vifité fa prife, en tira quelques balots de foy 
crue, ou travaillée; mais il prit le parti de la payer au-delà de fa valeur, 
& de ne pas toucher à l'or & à l'argent. Cette modération, & le bon trai: 
tement qu'il fit aux vaincus, venoient du chagrin de ne pas trouver fa proye 
conforme à fes efpérances, & de la crainte que le bruit de fon entreprife aiflean 
ne lui fit manquer des Vaiffeaux plus confidérables. Il vouloit gagner China" Micx 
Batta ; mais les vents étant devenus plus contraires que jamais, il fut re US, ottre 
pouflé le 22 vers deux petites Ifles à l'Oucft, [ que les Javans nom’ # 
ment Pulo-Sumatra,] & fe vit forcé d'y relâcher. [Quelques hommes vêtus à lEu- 
ropéenne, qu'il apperçut fur le rivage, lui firent envoyer fa Chaloupe, pour 
Naufrage les reconnoître. Il apprit bientôt, par l'empreffement même de plufieurs de . | 
d'un Bâtiment ces malheureux, qui vinrent à bord avec fes gens, qu'ils étoient les reftes LE 24 
Po. cugais. d'un Bâtiment Portugais, parti de Macao, qui avoit fait depuis quinze jours Mfürent en] 
un trifte naufrage à la vûe de cette Ifle, Le Capitaine qui fe nommoit Pere: Es für le 
Diatriz, ou Diatriz Perez, avoit perdu la vie dans les flots avec-trente-deux MS, furent 
de fes gens; & le refte, au nombre de dix-huit, s'étoit fauvé contre tou: prés, u 
te efpérance, avec le fecours de la marée qui les avoit pouflés vers le riva: | ar Ja mê 
ge. Dans une Ifle déferte, où ils n’avoient trouvé que de l'eau fraîche & andéc p 
quelques animaux fauvages, ils étoient devenus fi maîgres par un jeûne pref Mort civile 
que continucl, qu'a peine confervoient-ils la figure humaine. Un jeune hom etien ple 
formé d 
ant cette 
river des 
ifpofé à 1 


oignage 
er, 


.(n) L'Original dit que ce furent les An. tite Ifle, où il s'arrétérent trois jours pour} À 
Sois qui prirent Icur courfe vers cette pe- faire provifion de bois & d'eau, R. d. E 


J X 


erdant l'efpé. 
vince à la na 
le tuer. Ilk 
1da quel avor 
il fièrement, 
tes les autres 
rdé prompte 


Vaiffeau, Mi 
laiffa pendre y 
e l'Exécuteu 
er, fans qu'on 
fe fauver à h 
petite Ille is 


INDES ORIENTALES, Lav, 11L Cuar, IL 47 


e de quinze ou feize ans , fils du Capitaine, étoic à l'extrémité, Enfin 
eur mifère parut fi exceflive aux Anglois, qu'elle les coucha de compaflion. 
ichelburne leur fic porter aufli-tôc quelques rafraîchiffemens , qu'il les aver- 
it de ne pas prendre avec trop d'avidité. Ce confeil étoit fi néceflaire , que 
pour avoir négligé de le fuivre, deux des Portugais furent crouvés morts le 
ndemain, de plenitude & d'indigeftion. 
CerenpanT Michelburne étant defcendu dans l'Ifle avec une partie de 
s gens, jugea fur le témoignage de fes Chafleurs , qu'elle ne manquoit 
oint d'oileaux, ni d'autres animaux, & que les Portugais n'avoient été ré- 
uits fi bas, que faute d'armes ou d'induftrie, Il fit prendre tant de foin du 
une homme , qu'ayant rétabli fes forces en peu de jours, il reconnut à fa 
gure & fes excellentes qualités qu'il méritoit un meilleur fort. Le fervi- 
e qu'il avoit reçu des Anglois le porta naturellement à s'ouvrir fur fon in- 
ortune. Elle étoit d'autant plus irréparable , qu'étant né à Macao d'un 
“tommerce d'amour , il ne connoifloit ni la famille de fon père, ni perfonne 
nt de Patane, # de qui il pût efpérer le moindre fecours. Cependant, non-feulement il a- 
dans ce Porté je été élevé depuis fa naiffance dans la Religion & les Ufages des Portu- 
urs, il Le pri fais; mais fon père, qui l'avoit aimé fort tendrement, & qui l'avoit eu d'u- 
avant l'art MMS fémme du Pays, avec laquelle il avoit vécu pendant feize ou dix-fepe 
couvrirent di MMS, qu'il avoit été Faéteur à Macao, l'avoit légiimé en époufant fa mère 
inuèrent au M l'heure de fa mort. Il fe nommoic François Diatriz.  C'étoit en fa faveur 
plus grand, 1 © fon Père avoit pris la réfolution de quitter Macao, & de retourner en 
art, ils l'abor- MR stugal pour lui affürer tout fon bien qu'il apportoit fur le même Vaif- 
tla nuit. LR, & pour le reconnoître dans le fein de fa famille avec la qualité de 
balots de foy En fils. Son malheur étoit fi grand qu'il ne lui reftoit pas même de quoi 
de fa valeur rouver la vérité de fon hiftoire, où du moins qu'il n'avoit que le té- 
4 1 des Portugais qui étoient échappés comme lui à la fureur de la 
| # qui l’avoient vû dans les droits de fa naïflance à Macao & fur fon 
aifleau. 


MicHELBURNE, pénétré de tendreffe & de pitié, lui confeilla de ne pas 
mettre plus loin à tirer de tous ceux qui l'avoient connu à Macao une at- 
ftation de naiflance & de fortune, qu'il figneroit lui-même avec fes prin- 
Gpaux Anglois en qualité de témoins. Enfuite il lui offrit le choix, ou de 
rrêter dans quelque Ville de l'Inde avec les Portugais, ou de le fuivre en 


rope.] 


gagner China 
ais, il fut re" 
Javans nom 
es vêtus à l'Eu 
ialoupe, pour 
plufieurs de . 


ent les refte LE 24, il s'éleva un fi furieufe tempête, que les deux Vaiffeaux Anglois 
s quinzC Jour Séfürent enlevés de deflus leurs ancres, au milieu même de la Rade, [& pouf- 
ommoit ler Ms fur le rivage avec une impétuofité qui les y fit échouër. Cependant ils 
c-trente-deux n furent quittes pour quelques dommages frciles à réparer.] Peu de jours 


$ contre tou: prés, une Flotte Hollandoïfe de cinq Vaiffeaux, qui avoit été fort mal-traitée 


vers le riva: Mar la même tempête, entra dans la Rade pour s’y radouber. Elle étoit com- 
au fraîche à andée par l'Amiral Wibrantz van Warwick. Ce Général prit des manières 


in jeûne pref Mort civiles avec les Anglois. Il invita les principaux à diner ; & dans un en- 
n jeune hon- Mfretien plein de confiance & d'amitié, il leur apprit que le Roi de Bantam 
me Mnformé du deffein qu'ils avoient d'attaquer les Vaifleaux Chinois, & reyar- 

ant cette entreprife comme une infulte pour lui, parce qu’elle devoit le 

rois jours pour; MBriver des avantages que ces Bâtimens apportoient dans fes Ports, paroifloit 
eau, R. d. Ë ifpofé à maltraiter les Anglois. On peut fuppoñfer que Warwick faifoit en- 
| trer 


:#$ 
né. 


Micnrtavs- 
NB, 
100$. 
Mifères dos 
reftes de l'E- 

quipage. 


Hiftoire d'u 
jeune Portu- 
gais. 


Tempête fu- 
rieufe, 


Avis que Mi. 
chelburne re. 
çoit d'un Ami- 
ralHoliandois. 


MicneLaur 
NE, 


1606. 


Retour de 
Michelburne 
en Angleterre. 


88 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


trer aufli dans cette crainte les intérêts de fa Nation. Mais de quelque four. 

ce que puflent venir fes confeils, il donna aux deux Capitaines Anglois ce. ax 
lui de renoncer à leur deffein, & de mettre à la voile avec lui pour retour. 

ner enfemble en Europe, Michelburne crut entrevoir dans cette exhortation 

quelque autre vûe que celle de l'amitié; & ce foupçon lui fit déclarer ner. 

tement que n'ayant point encore atteint au but de fon Voyage, il ne penfoi M Vova 
pas fitôt à l'incerrompre, Cependant après le départ de la Flotte Hollan "A nd 
doife, qui fut le 3 de Février, il fit des réflexions plus férieufes fur les in. L 
térêts de fa Patrie, Elles fe trouvèrent fortifiées par l'état de fon Vaiffeau, [ A 


qui n'avoit plus que deux ancres, avec des cables auxquels on ne pouvoir s'attend 
prendre de confiance. Enfin il prit la réfolution de partir , en fe born vor 
au médiocre profitqu'ilavoit tiré jh ao de fon Voyage. Il mit à la VOLE vices 
le 5 de Février ; &. le 7 d'Avril, il eut la vûe du Cap de Bonne - Efpérar: “4 fan dr 
ce, après avoir effuyé une furieufe tempête.  ; er È 

Le 17, il relächa dans l'Ifle de Sainte-Hélène, où fes gens l'auroient arM ni pe 
rêté fort long-tems, s'il n'avoit confulté que le befoin qu'ils avoient de ri." l'abrége 


fraîchiffemens , & le goût qu'ils prirent pour un fi beau féjour. Mais ne pr "ee 

. . CH nm é ce ’ 
férant rien à fa Patrie depuis qu il avoit manqué le but de fon Voyage, | emport 
fe remit en mer le 3 de Mai, il pañla l'Equateur le 143 &, le a e A currens 
ilarriva au Port de Mildfort dans le Pays de Galles. Le 9 de Juil | 


ct, il jetu KR 


l'a re à Portfmouth, après une abfence de 19 mois. ob Fe 
TABLE DES POSITIONS. mad 
doit l'H 

Latitudes Longitudes. » 
Ifle de Loronha. . . . | oo Sud, _. Prnen | 
Ifle de l'Afcenfion. . . 30 0e e dé 
Ile de Diego Ratz. . . 1 do à à à 6 à 98 | de Do 


4 
8 

Ifle dos Banho 6 

anhos. . . . Tee eee 109 «E. 

Ifle Graciofa. . . . . 7 4 dl rans , 
2 
o 
0 
4 
6 


0 0 + + + + 110 Han: ei 
Ifles près de Sumatra. . oo oo Norit. ‘a he P 
Ifle Bachina Bata. . , o 20 20 Sud. ré mn 
Rade de Priaman. . , o 40 40 | ps < le : 
Rade de Sillibar, . . . 00 oo | Kecli ke 
Bantam. , . . . . 40 40 L ue la 
: Leona , 


S trouva 


(a) CA 
(bb) V 
Relation, 

| cure, & 
! peut-être 
compte de 
ce qu'il ab 
les endroit 
en fe fou 
donner un 
Auglois , 1 


II, Pa 


cHaArM 


J X 


quelque four. 
y Anglois ce. 
pour retour. 
€ exhortation 


Cuar, 1V, 


#9 


INDES ORIENTALES, Lav, I. 


OVER ERLIT EL, EAU REX LN ET EVUTET EX) 
€ cxhortat CH A PI T RE IV.(«) 
Clare CL 


| CE 08 RER , Voyage du Capitaine William Kecling, à Bantam € à Banda, en 1607. 
ès fur les in. q° 


on Vaiffeau, [ A’ RES s'être ouvert l'entrée des Indes Orientales, malgré l'oppoñition 


des Couronnes d'Efpagne & de Portugal, les Anglois ne devoient Le 
ai- 


1 NE POUVONS s'attendre que les obftacles qui leur reftoient à vaincre, & qui devoient 

n fe born ;e avorter une partie de leurs entreprifes , vinffenc d'une Nation de qui leurs 
nit à la VOLS frvices & leurs bienfaits les mettoient en droit d'attendre de la reconnoif. 
ne - Efpérar fance à plufieurs titres. Cependant on va s'appercevoir par degrés , qu'ils n'eu- 


rent pas de plus dangereux Ennemis que les Hollandois, ] Kecling, qui a 

compofé lui-même l'Hiftoire de fon Voyage, dont ilne refle néanmoins que 

l'abrégé dans Purchaff (b), confefle qu'avec les vûes ordinaires du Com- 
: merce, dans une entreprife à laquelle 1l écoit employé par la Compagnie, il 
| emporta une vive curiofité d'approfondir les intentions de ces nouveaux con- 
currens de l'Angleterre, & de s oppoler à leurs progrès; mais que fes for- 
ces nerépondant point à fon courage ,il ne put exécuter que le premier de fes 
deux deffeins. Il partit des Dunes le premier d'Avril 1607, avec trois Vaif- 
feaux, le Dragon, l'Heëtor & le Confent, qui avoient à bord trois cens-dix 
hommes. 11 montoit le Dragon avec la qualité d'Amiral. Hawkins comman- 
doit l'Heétor, & David Middleton le Confent, Cette Flotte commença par 


l'auroient ar. 

point de ri. 
Mais ne pre 

n Voyage, i 
27 de ui ds 

uillet , il jetu 


Longitudes. efluyer divers défaftres, [ qui firent craindre aux trois Capitaines pour le fuc- 
cès d'un Voyage fi peu favorifé du Ciel. ] Elle pañla la Ligne au commence- 
ment de Juin; mais en arrivant vers le 5°, degré de latitude du Sud, elle 

98 SM fur forcée par la fureur des vents & des orages, par l'impétuofité des cou- 
st rans , & par la multitude des maladies, de retourner vers le Nord, après 


avoir perdu de vûe le Confent. L'efpérance des Pilotes étoit de gagner l'Ifle 
de Loronha. Ils eurent le malheur de la manquer, fans pouvoir deviner 
la caufe de leur erreur ; de forte que, perdant l'efpérance de remonter. con- 
tre le vent, ils fe crurent dans la néceflité de reprendre vers l'Angleterre. 
“_Kecling fe rappella d'avoir 10 dans Hackluyt, qu'après une difgrace telle 
que la fienne, un Vaifleau Anglois avoit pris le parti de fe rendre à Sierra 
ona , 


CHA 


0 s'y mettre à couvert. 
trouva d' 


L 


(a) C'eftle se, Chap. de l'Original. R. d. E, 
@œ(b) Voyez Pilgrims Vol, I. pag. 188. Cette 
Relation, eft écrite d'une manière très obl: 
cure, & le ftile en eft peu corref&t, Mais 
peut-être faut-il mettre ces défauts fur le 
compte de Purchaff, qui gâtoit presque tout 
ce qu'il abrégeoit. On devra nous pardonner 
les endroits qui nous paroîtront un peu fecs , 
en fe fouvenant que notre defféin étant de 
donner une fuite complette des Voyages des 
Anglois, nous devons éviter également d'ê- 


II, Part. 


Il fe fit apporter ce Livre 
autres éxemples qui le confirmérent dans la même idée, Cependant 


(c), où il 
une 


tre trop longs & trop courts dans nos Ex- 
traits. 

(ce) Purchaf remarque ici que Thomas 
Smith lui a affüré que ce Livre a fauvé vingt- 
inille livres à la Compagnie , qui auroit per- 
du la valeur de cette fomme, fi la Flotte é- 
toit retournée en Angleterre. 


KeeLinu, 
1607, 
Reffonemens 
des Anglois 
contre les Hol 
landols, 


Départ de 
Keeling avec 
trois Vail 
fcaux. 


Difgraces de 
fa L'lotte, 


Les Livres de. 


Voyages font prefque autant utiles fur la Mer , 


que les Cartes ; & cette confidération n'a pas 
peu contribué à nous faire entreprendre cette 
Colleétion, 


M 


KZELING, 


1607. 


Il prend le 
parti de ga- 
ner Sierra 
cona, 


Bancs de 
Sainte-Anne, 


Situstion du 


Cap & des 
lieux voifins. 


Obfervations 


reconnues 


fauffes, 


90 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


une partie de fes Officiers panchoient pour Mayo. Ces deux fencimens fx. 
rent pefés, avec d'autant plus d'attention que tout le monde reconnoifloit 1 
la néceflité de renoncer à pénétrer plus loin vers le Sud. Enfin l'on fe dé. M 
termina pour l'idée de l'Amiral, & tous les Matelots en témoignèrent beau. Ms 
coup de joye. 7) 

Le 4 d'Août, on apperçut le matin. fur la furface de l'eau, une grande 
quantité de fleurs; ‘ge qu'on croit prefque certain pour marquer qu'on ab. î 
proche de la terre; &, vers le foir, on trouva un fort bon fond, depuis 
vingt-deux jufqu'à dix-huit braflés. Cependant on ne découvrit aucune at. 
parence de Côte. Plufieurs Matelots expérimentés furent envoyés dans un 
Efquif à quelque diflance de la Flotte, pour obfirver la qualité des. cou- 
rans. Ils trouvérent qu'ils alloient contre le vent, Sud-Eft par Eft. On 
porta le jour fuivant à l'Eft, & à l'Eft par Sud, avec la fonde à la main. 
Flle faifoit erouver depuis trente & vingt jufqu'à dix brafies ; mais on pañla 
le jour entier & la nuit fuivante fans Het encore la terre. Enfin , vers 
neuf heures du matin, elle fe fit voir, à la diftance d'environ dix-huit lieuës. 

‘d). C'étoit une forte de Promontoire, médiocrement élevé, & rond dans 
{a e. A midi, les obfervations firent trouver 7 degrés 56 minutes de 
latitude. On porta le refte du jour à l'ER, tournant quelquefois un peu au 
Nord ou au Sud, fuivant que la fonde trouvoit plus ou moins de fond ; car |! 
s'il étoit fouvent de dix brafles , prefqu’au même moment il. diminuoit à :.8N 
fept, ou même à fix. On fe crut fort proche des bas-fonds & desbancs de 

Madeira Bomba, ou de Sainte-Anne. Depuis midi jufqu’au foir, on fit envi- 
ron. quatorze lieuës dans cette incertitude. A l'entrée de la nuit, on jetta 
l'ancre fur vingt braffes de fond au Sud du Promontoire , qu'on reconnut 
enfuite pour la Verde. Le C. :e Sierra Leona, qui n’eft qu'une pointe 
affez baffle, en eft à huit lieuës. 11 fe préfente Nord par Eft;. mais quoi- 
qu'il ne À vom être apperçu de fort loin, les verres, qui font au-deflus, s'é- 
lèvent affez pour fe faire-reconnoître, dans un jour ferain, à plus de quin.  # 
ze lieuës.. 4 

Vers fix: heures du matin, on fe remit en mouvement pour gagner la #4 
Rade. Le fond fut tofjours entre feige & dix brafles, jufqu'à ce qu'on fùt ‘#4 
au Nord & au Sud du lieu, c'eft-à-dire, à un mille & demi d’un roc, qui 
fe trouve à un mille du Cap, & qui n’eft pas plus proche d'aucun autre en- 4 
droit du rivage. On ne trouve là que f#pt braffes; mais l'ancrage ne ceffe LA 
pas d’être excellent; & lorfqu'on à pañlé le roc, on retrouve vingt brafles.. 
dix-huit, feize , douze & dix jufqu’au rivage, quoiqu’au Nord, à la.diftan-. 
ce d’une lieuë on apperçoive un banc de fable, contre lequel la mer vient à 
battre impétueufement. Lapointe de Sierra Leona porte Oueft - Nord ; la 
pee Le ai de la Baye porte Nord-Oueft ; & le bancde fable, Nord- 

Qr@- ». 

Dans l'après-midi, l'Amiral découvrant fur le rivage quelques: hommes 
qui l'appelloïent par des fignes, y envoya fa Chaloupe avec deux ôtages. Elle 
lui amena quatre Négres, . qui lui promirent toutes fortes de rafraîchiffemens. 
Il eft fort remarquable que toutes les obfervations fur les variations de lE- 
guille depuis le 2°. degré de latitude du Nord jufqu'à çe lieu, furent trouvées 


a: 


j SIERRA Leova. | 


| BAYE de 
Bar van 


faufles; 


(d) Angl. huit licuës. K, d, E. 


TT 


x ] 


ntimens fu 
econnoiffoit 
l'on fe dé. 1 
érent beau. 


|! IRAN 


une grande 
er qu'on ab- 
ond, depuis 
| aucune ab- 
yés dans un 
té des. cou- 
ir Eft. On 
e à la main. 
ais on pañla 
Enfin , vers 
t-huit lieuës. 
: rond dans 
minutes de 
s un peu au 
e fond ; car 
diminuoit à 
desbancs de 
on fit envi- 
it, on jetta 
>Jh reconnut 
’une pointe 
mais quoi- 
«deflus, s'é- 
Jus de quin- 


n 


J SIERRA Leo. 


o j Serbora . 


BauI var 
Terres &--- 
Zazderyen van 


7 BAYE de 


ir gagner la 
e qu'on fût 
roc, qu! 
in autre en- 
ge ne ceffe 
gt braffes, 
à la.diftar- ! 
a mer vient | 
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able, Nord- * 


CxZIoT van de RÉE in de Bar van SIXRRE LEONA. | 


| Veue de l’Entrée de la BAYE de SIERRA LroNA. 


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Æ ment fi | 


INDES ORIENTALES, Ian. TI Cnar. IV.  yi 


fauffes; car à chaque diftañée qui fe rapporte à quelque Méridien Oriental , 
il faut ajoûter trente licuës; & de ccliés qui ont rapport à des Méridiens 
Oueft, il faut retrancher le méme nombre. En uñ mot la Flotte ; en touchant 
à la terre, fe trouva trente lieuës plus à l'Oueft qu'elle ne l'avoit fuppofé & 
les obfervations. L'expérience, ajoûte l’Auteur, eft une régle fûre; au lieu 
que les inftrumiens trompent fouvent les plus habiles. 
Le 7 d'Août, la Chaloupe étant retournée 4 verre avec deux Otages & 
uelques petits préfens , oh vit approcher dans pe Barques du Pays plu: 
1 feurs Névres de meilleuré apparence. Les ôtages Anglols revinrent lefoir, 
M & préfentèrent à l'Anital ;, dé l4 part du Chef dés Négres, un petit anneau 
1 d'or, qui fut eftitné fepc où huit fthellings. Comme il étoirtard, les Négres 
qui étoient venus à botd #6 voulufent point rétoutner aurivage, & ne firent 
pas difficulté de paller la nuit au milidu des Atiglois, fans aucune précaution 
pout leur füreté. Le lendémain, 6h émploya tfariquillément le jour à cher- 
0 Cher l'eau la plus pure, entre plufeuts ruifleaux qui fe trouvérent excellens 
07 & d'un accés fort aifé. Les Négres s'empreflérént même de prêter leur fe- 
cours aux Matelots Anglois. 
Li Le tems devint fi beau, qu'en attendant qu'on pût fe fier à fa durée, l'A- 
0 miral fe fit un amufément de la pêche au long du rivage. Il euc le fpeétacle 
d'un grand nombre de femmes, que les Négres y avoient amendes pour voir 
la Flotte. Mais quoiqu'ils euffent marqué peu de défiance pour eux-mêmes, 
leuts allarmes parurent exceflives lorfqu’ils vVoyoieñit quelque femme s'avan- 
“Ù cer trop vers es Chaloupes. Ils les forçoient brufquemenit de fe retirer ,com- 
04 moe s'ils euflent app 
1 des Matelots. L'Amiral ‘leur fit diftribuer quelques bagatelles, qu'elles reçu- 
rent avec uné ävidité extrême. Il reçut d'elles en échangé unie grande quan- 
| tité de limôns, qui doivent être fort communs fur cette Côte, puifqu'à mar- 
1 ché réglé, on en pouvoit obtenir deux cens pour un petit coutéau d’un fol. 
Les jours fuivans devinrent pluvieux jufqu'au 14; cé qui n'empêcha point 
} que la pêche ne fût abondante, On prit dans l'éfpacé d'uné heure fix mille 
avaïlos , petit poiflon, mais d’un éxcellent goût. L’Armiral acheta, pour 
cinq auries de toilé, [& fept ou huit livres de fér en barré] une dént d’E- 
4 léphant qui péfoit foixante-trois livres. Le 15, Hawkins pfofita d’un court 
 mtérvalle de beau terms pour defcendré ä tefre dvec une efcorté convenable, 
MS fe rendre à l'habitation la plus voifine, [Quelques gens dé f& fuite affec- 
tèrent de s’approchér des femmes ; fous prétexté de fé procurér dés limons, 
mais en effet pour mettre à l'épreuve 14 jäloufie des Négtes, où peut-être 
pour chercher l’occafon de fe réjouir aux dépens dés maris. L'inquiétude 
: de ce peuple jaloux fut fi vifible, qué le Capitaine en rédoutant dés marques 
1 plus funeftes, défendit à fes gens, fous les plus rigoureufes peinés, de faire 
| la moindre cäreile aux femmes. I} éni retira néantoiris quelque avantage. 
à Les Négres, pour ôter à leurs femmes tout prétexte d’ééouter lés Anglois ,] 
fe hâtèrent d'offrir au Capitaine uné groffe provifion de lions, qui ne lui 
« N auroit couté que la -pemé de les émporter, s'il n’avoit rhieux aimé léur en 
#7 payer le prix en bagatelles de plufieurs fortes. Il en compta jufqu’à tfois rnile 
le. Ses obfervations dans ce petit Voyage ne lui firent pas découvrit plus 
“ de quatre ou cinq arpens femés de ris. La furface de la terte eft générale- 
Hi ment fi pierreufe, qu’à péine Fee être oùuvéfté avec le fer. [Cependant 
à 2 


KEBLINO 


1607. 


On lie com- 
merce avec 
les Négres. 


Leurs allar- 
mes pour leurs 
femmes. 


réhendé qu':lies ne fe rendiffent trop facilementauxfignes . 


Hawkins vi- 
fite l'habita- 
tion voifine. 


Qualités du 
Pays. 


KezLino. 
1607. 


Obfervations 
de Jean Ro- 
gers fur les 
Négres de 
Sierra Leona. 


92 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


on voit dans l'éloignement une grande abondance de Palmiers, qu'on croi: 
roit plantés en allées régulières, tant la perfpeétive en eft agréable, & qui 


font juger que le terrain eft plus doux à quelque diftance du rivage.] [Lorf-# 


qu'on y a trois heures de féchereiTe dans un jour , on eft fort content de la 


beauté du tems.] 
IL fe trouvoit tant de Limons fur les deux Vaifleaux, que l'Amiral donna 


le 16, à tous fes Matelots, une Fête, [où le Pounch (e) fut diftribué avec 


rofufion. Comme cette partie de joye fe faifoit fur le rivage, les Négres 
jugeant que la chaleur de la débauche pouvoit expofer leurs femmes à quel- 
que infulte, les tinrent fort reflerrées, & s'affemblèrent même avec leurs 
armes à quelque diftance de leur habitation. Mais le bon ordre que l'Amiral 
entretint parmi fes gens rendit cette précaution inutile. ] 

U n' des ôtages qu'il avoit envoyés d’abord aux Négres, & qui fe nommoit 
Jean Rogers, s'étoit déterminé volontairement à profiter de l'occafion pour 
pénétrer dans le Pays. Il revint en bonne fanté, le 20, chargé de divers 

réfens qu'il avoit reçus des Sauvages, & fort fatisfait de la douceur de leur 
caraétère. Entre plufieurs curiofités, il apportoit à l'Amiral une piéce d'or, 
en forme de croiflant, de la valeur à peu près d’un ducat. Il raconta qu'ayant 
été jufqu’à la principale habitation, qui étoit à huit ou neuf lieuës de la mer, 
il y avoit vû le Chef de la Nation. [ C'étoit un Souverain fans Cour & fans 
fall, qui n'étoit diftingué de fes Sujets que par la fupériorité du rang. Sa 
Ville paroifloit contenir environ fix cens maïlons. Le Pays ne manquoit pas 
de culture; & contre l'ufage ordinaire des Négres, les champs étoient en- 
tourés d’une forte de haye. C’étoient les femmes qui prenoient foin d'y 
planter des racines & d'y femer du ris. Ce travail prefque continuel, joint 
à la chaleur extrême du climat, les rendoit fi dégoutantes, qu'il falloit être 
Matelot pour les trouver aimables, & Négre pour en être jaloux. Rogers 
ne s'apperçut point qu'elles fiffent d'antre ufage de leur induftrie que pour la 
préparation des alimens. Elles n'ont aucun art propre à leur féxe , ni aucun 
exercice qui puifle les occuper. Les hommes vont à la chaflé des Eléphans, 
& laiffent en paix les autres animaux, quoique le nombre en foit fort grand. 
dans leurs montagnes. Ne mangeant point de chair, à la réferve de quelques 
poules qu’ils nourriflent dans leurs maifons & dans leurs jardins, ils netuent 
les bêtes fauvages qu'autant qu'ils ont befoin de peaux pour revêtir leurs ca- 
banes dans certaines faifons, & pour fe couvrir le corps vers la ceinture. 
Ceux qui habitent le rivage joignent à leurs racines l’ufige du poiffon ; mais 
leur adreffe eft fi bornée pour le prencre, que ce mêts ne leur eft pas fort 
ordinaire. Rogers ne. put découvrir s'ils avoient quelques traces. de Religion; 
car en leur voyant lever fouvent les yeux vers le Soleil, il eft difficile de ju- 
ger fi c'eft pour lui rendre un culte, ou pour en tirer les pronoîtics ordinai- 
res du tems. L'or n’eft pas aflez commun parmi eux pour faire fuppofer qu’ils 
en connoiffent des mines, ou que leurs rivières en charient beaucoup. Ce- 
pendant la petite piéce que Rogers avoit rapportée, & qu’il avoit obtenue 
de leur Chef pour un couteau, fit regretter à l’Amiral den’avoir point d’In-- 
terprête qui pût lui procurer plus de lumières. ] 
s LE. 


(e) Liqueur Angloife, compofés de fucre ,. d'cau-de-vie & de lümons.. R d..'T.. 


4 
M. 


X 


u'on croi: 
le, & qui 


e.] [Lori 1. À 
tent de la 


iral donna 
ribué avec} E 
es Négres 
les à quel- 
avec leurs 
e l'Amiral 


 nommoit " 
ifion pour 
de divers 
eur deleur ! 
iéce d'or, 
a qu'ayant He 
de la mer, a VA 
° 


ur & fans 4 
rang. Sa 
nquoit pas 
toient en- 
« foin d'y 
uel, joint 
alloit être 
. Rogers. 
ie pour la 
, Ni aucun 
Eléphans, 
fort grand. 
e quelques 
Isnetuent | 
r leursca- ! ‘à 
ceinture. à. 
Ton ; mais 
L pas fort 
Reli ion ; 
cile de ju- 
s ordinai- 
ofer qu'ils M 
oup. Ce- 
: obtenue À 
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LE 7. 
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Côte juiq! 
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il paroît | 
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même que 
re, il en 
groffièren 
 icd'unei 
"0 pourroit s 
» qu'on lui 
Rade , & 
\ te peine, 
auili que | 
[La m 
dans ces q 
Sierra Le 
rées l'eau 


Il eut d’at 
de Nord, 
t & Sud-Eft 


vec beauc 
Matelots.” 
| leur Lang 
M Capitaine | 
0 te heureuf 
“0 tems pour 
0 tons, dou: 

dant plufie 
à provifion. 


Ù Où 


(f) La 0 


INDES ORIENTALES, Liv. III Cuar. IV. 93 


Le 7 de Septembre, huit Chafleurs Anglois entreprirent de tuer quelques 
M Ciephans.: Ils en virent plulieurs, dont ils ne purent s'approcher. C2 ne 
MD fut que vers le foir qu'ils en furprirent deux à la portée du fufil. Ils convinrent 
MD de tirer tous fur le plus proche; &tous fe flattèrent de l'avoir bleffé, Mais 
la nuit, qui commençoit à devenir obfeure , les obligea d'abandonner leur 
proye. [Kceling ne rend point d'autre compte de ce qui l'occupa fur certe 
"4 Côce juiqu'au 14 de Décembre; ce qui fait foupçonner à PurchalT qu'il tira 
0 du commerce des Sauvages quelque profit qu'il affeéta de cacher. In effet, 
! il paroît peu naturel qu'il eût paîlé près de trois mois dans l'oifiveté avec 

une Nation qui connoifloit l'or & les dents d'élephans. Cependant il finit 

par une remarque qui femble détruire ce foupçon. Après avoir admiré lui- 

même que les Négres de Sierra Leona fuflent fi mal pourvûs d'or & d'yvoi- 

re, il en rejette la caufe fur leur indolence naturelle, qui les borne à vivre 

groffiérement de leurs racines, & qui va jufqu'à leur faire négliger la chaf- 

0 fe d'une infinité d'anjmaux qui viennent fouvent ruiner leurs Jardins.] On 

7 pourroit s'imaginer que la pareffe eft un vice contagieux dans ce Pays, lorf- 

» qu'on lui voit confelièr qu'il fe propofa fouvent d'obferver la latitude de la 

… Rade, & qu'il partit fans l'avoir éxécuté. Son Pilote prit néanmoins cet- 

… te peine, & trouva qu'elle eft à 18 degrés 36 minutes du Nord. Il vérifia 
M auili que la variation eft d'un degré 50 minutes à l'E. 

+ [La meilleure Rade & la place la plus commode pour fe pourvoir d’eau 
dans ces quartiers, eft la quatrième Baye, qui eft à l'Eft de la pointe de 
Sierra Leona. Elle eft fituée Oueft Su Ouelt , & dans les plus hautes ma- 

rées l'eau y monte 12 pieds.] 

L L'AurTeur fe tranfporte, fans autre liaifon, à la vûe de 11 Baye de Sal- 
>danna, où il arriva le 17 de Décembre, [après trois jours de Navigation; 
Il eut d'abord un Vent d'Eft qui fut fuivi d'un calme & enfuite d'un vent 
de Nord, qui le retarda beaucoup.] Son defléin étoit de porter Eft-Sud-Eit, 
& Sud-Eft quart à l'Eft, pour doubler le Cap. Mais tous fes gens, fains & 
malades, demandérent fi ardemment de relâcher dans la Baye , qu'il fe ren- 
dit à leurs inftances. Ils paflèrent entre la petite Ifle des Pengouins & le riva- 
& ge, qui n'en eft qu'à fept milles. Ils jettèrent l'ancre au fond de la Baye, 
Xp fur cinq brafles & demi d'eau. La Pointe occidentale & l'Ifle des 

« Pengouins eft fituée Sud quart à l’Oueft. Au Sud de l’Ifle il y a un Banc 
 ‘ de Sable, à un mille de diftance , & un autre à une demi-lieuë au Sud- 
HE] L'Amiral permit à fes gens de defcendre à terre. [ls furent reçusa- 

. vec beaucoup de carefles par quantité de Négres, qui reconnurent deux 
: Matclots.] Le premier objet qui frappa les Anglois fut une infcription dans 
0 leur Langue, qu'ils apperçurent fur un roc. Elle portoit que Middleton, 
0 Capitaine du Confent, écoit entré dans la Baye le 24 de Juillet 1607. [Cet- 
0 te heureufe rencontre les délivra de l'inquiétude où ils étoient depuis long- 
#0 tems pour ce Vaifleau.] Ils achetèrent dès le premier jour cent deux Mou- 
4ù tons, douze Bœufs & trois Veaux. Ce trafic continua fi heureufement pen- 
dant plufieurs jours, que les deux Bâtimens n'eurent rien à défixer pour leur 
n provilion. 

: (f) ILs remirent à la voile, le premier de Janvier 1608, avec un ue 
ÈS i 


(f) La ade, Scétion du Chap, V. de l'Originai commence ici. R. d. E. 
M 3 


KesLino. 
1607, 


Chafe d'Ele- 


phans. 


Kecling ci 
foupçonné 
d'avoir caché 
fes proiits, 


Latitude de 
Sicrra Leona, 


Les Anglois 
relâchent à 
Saldanna, 

Infcription 
qu'ils y trou- 
vent, 


Is remet- 
tent dla voile, 


2 NN 


| diem | SIERRAI 
Huzen op--- 


= - 
E— 
E=- + 
= 


== 


TT en 


es ee 2 + ee 


TE 


| 1 c#asons de---- 
Huizen op--- 


ùE- 


Maison du Capitui 
(Paleis van Kaptyn) 
Znopras. 


pe 


ht A 


LA 


Ca 


% , VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fi favorable, qu'ils n'avoient aucune défiance des deux malheurs qui les mc. 
maçoient, Le premier fut une voye d'eau qui fe fic à l'Heëtor ss dont on 
ne #apperçut que le 19, c'elt-à-dire, lorfqu'il étoie déja fort difficile d'y remc. 
dier. L'humidité avoit gagné jufqu'aux balots de draps, dont la plûpar 
furent endommagés. L'embarras fuc extrême , foit à wuidér le Vaiffeau, 
foit à faire fécher les draps. Enfüuite , lorfqu'on fe crut en repos après une 
occupation fi fatiguante, on tomba dans d'autres inquiétudes, en découvrant 
la terre à douze lieuës de diftance au Nord-Nord-Oueft. L'Amiral fut moins 
furpris que les autres, parce qu'il connoifloit la force imperceptible des cou: 
rans. Cependant comme on fe trouvoit au ga degré de latitude, ileut pei- 
ne à comprendre que la terre pôût être fi voifine; & fuivant fes propres cal. ! 
culs, il conclut que l'erreur devoit être au moins de cent lieuës, [L£ 22,9 
à 34 degrés 4 mmutes de latitude , l'Auteur comptoit qu'on avoit fait 33 
lieuës EÎT quart au Nord, par un venc de Sud, & Sud-Sud-Oueft; mais par M 
fon calcul on devoit fe trouver à une latitude différente de cinquante minu- 
tes. Les Courans étoient encore caufe de cette variété, & jufqu'au 26, de 
femblables différences firent comprendre qu'on pouroit tomber dans des 
erreurs très dangereufes, fi l'on s'en fioit uniquement au calcul, fans fair: 
attention à la force des Courans,] Le 17 de Février, on découvritencore 
la terre, à fept ou huit lieuës; &, vers le foir, on fe trouva près de deux 


petites Îfles, que la nuit empêcha de reconnoître; d'autant plus qu'avec le = 


defein de jetter l’ancre, on ne trouva point de fond à deux mille du rivage. 
Le lendemain les obfervations ne purent fe faire avec éxaétitude, parce qu'il 
étoit arrivé quelque défordre aux inftrumens (b). On s'approcha d’une autre 
Ifle qui n'eft qu'a trois lieuës des deux premières, en Éifrant celles-ci au M 
Sud. Le Pilote de l'Amiral reconnut la Baye de S. Auguftin. On prit 1 M 
réfolution d'y relâcher. [Dans cet endroit la variation fuc de r5 degrés 30 
Minutes, & par une autre obfervation faite le même matin, on l'a trouva de 
15 degrés 26 Minutes. 
Le 19 on mit à la voile, & l'on eut le malheur de rompre une Ancrc.] 
La Baye fe préfenta fi favorablement que les deux Vaiffeaux y entrérent à 
lcines voiles. On mouilla contre le rivage du Sud, fur un fond de dix-fept 
rafles; Hawkins fut chargé par l'Amiral, qui fe trouvoit indifpofé, de def: 
cendre à terre avec les deux Chaloupes bien armées. Il revint à bord le foir, 
fans avoir rencontré un feul Habitant ; mais il avoit remarqué un grand nom- 
bre de traces qui lui avoient paru fort fraîches ; & trouvant une petite Bar- 
que abandonnée, il y avoit laïflé des grains de verre & quelques petits cou- 
teaux. Ce rapport donna peu d’efpérance à l’Amiral de fe procurer des ra- 
fraîchiffemens. Cependant “er Matelots qu'il avoit envoyés d'un #utrc 
côté à la pêche, dans un Efquif, l'affürérent qu’en s’approchant du rivage 
ils y avoient vA de grands os de Bêtes, auxquels ils reftoit encore de la 


nn D 


chair. [Dans ce tems-là un nommé Gorge Evans fut mordu dangereufe-1l4 


ment par un Æfigator.] Le 2r, on apperçue quatre Sauvages, qui ne mar- 
quérent aucun effroi en voyant approc 
leur envoya divers petits préfens , qui achevèrent de les rendre fi fami 


er d'eux une Chaloupe. L’Amird Ps 


liers, be 


() Angl. au Dregon. KR, d. E. degrés 37 minutes de latitude, R. d, &. 
b) Angl. le lendemain on fe trouva à 23 


x 


qui les me. 
| , Se dont on 
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4 Capeau Lier 
Zee -Padde , 


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d'eau, 
[Ex r4 
£ator, ef 


Quoique 


INDES ORIENTALES, Lav, I, Cnar, IV, 95 


rs, qu'ils promirent auili-eûe, par des fignes , d'amener au rivage beau- 
po de beftiaux. ee rpg il en parut quantité d'autres qui n'amenèrent 
rien, L'Amiral, impatient, defcendie lui-même avec un cortège affez nom- 
ubreux pour n'avoir rien à redouter. Les Sauvages [prirent la fuite à la vûe 
des armes, On les fuivic,, mais fans marquer crop d'ardeur à les fuivre, 
Un Anglois, qui eut la hardieffe de s'avancer feul près d'un petit Bois, y 
découvrit douze ou quinze de ces Barbares avec environ le même nombre 
de Veaux & de Chèvres. Hs étoienc armés d'arcs & de fléches; mais voyant 
qu'on ne paroiffoit pas difpofé à les ac » il s'en détacha deux qui vin- 
rent au-devant de l'Amiral, chacun avec l'animal qu'il avoit amené, ] Ils étoienc 
bien faits & robuftes. Quoiqu'ils euffent le corps ceint d'une peau, ils ap- 
portoient peu de foin à cächer leur nudité, L'un menoit un veau & l'autre 
un mouton, L'Amiral tira quelques fchellings de fa poche, & leur préfenta 
de l'autre main plufieurs petits Couteaux, pour leur laiffér le choix de ces 
deux payemens. Ils entendirent ce 1 muet, Après avoir balancé quel- 
ques momens , ils prirent tous deux un fChelling & un couteau , qu'on leur 
sentonse volontiers. A peine furent-ils retournés au Bois ,que leurs Comp1- 
gnons en forcirent avec ardeur, & vinrent offrir leur marchandifé pour le 
même prix. 

L'AM t1R AL fort facisfaicde cette ouverture, & des apparences de douceur 
qu'il avoit remarquées dans les Sauvages, réfolut d'attendre fans empref.- 
ment qu'ils continuaffent de lui apporter des provifions. II fe ft conduire 
dans fa. Chaloupe au long du rivage, pour obferver le fond de la Baye. Lu 
différence des Hots lui fit biencôc qu'il y entroit quelque rivière. I] con- 
tinua d'avancer jufqu'à l'embouchure, qui n'a pas plus d'un mille de largeur, 
& comptant d'y trouver bientôt l'eau douce , il la remonta l'efpace d'envi- 
non deux lieuës, Sun efcorte le raffüroit contre toutes fortes d'accidens. 11 fut 
futisfait de l'eau ,, qui fe reffentoit de la mer dans toute cette étendue; mais 
ayant vû plufieurs troupeaux de trente & de cinquante moutons, qui paif- 
foient tranquillement fur le panchant d'une colline , il ne douta pas que dans 
le voifinage il n'y eût quelque fource d'eau vive. Quelques-uns de fes gens, 
qu'il fit defcendre, rencontrèrent plufieurs Sauvages, qui leur vendirent 
trois moutons, pour autant de fchellings, [mais qui s'obftinèrent à s'éloi- 
{ner avec leurs troupeaux lorfqu'ils eurent apperçu la Chaloupe. L'Ami- 
ral defcendit lui-même & s’efforça en vain de les :appeller par fes fignes. 
fl fut encore étonné A np e fes gens que non-feulement les Barbares 
avoient préféré des fchellings à tout autre prix, mais qu'ils n'euffent voulu 
donner leurs moutons que pour de l'argent. En jettant les yeux für les Prai- 
ries qui éoient entre la rivière &. les collines, 1l apperçut un gros ruiffeau 
vers lequel il s'avança au travers d'un terrain fort humide, & dont il trouva 
l'eau extrémement fraîche, Cette découverte lui caufa beaucoup de joye. II 
4 remonta jufqu’au ruifleau avec la Chaloupe, & fa fatisfaétion fut encore 
© plus vive lorfqu’il fe Fit affüré, avec la fonde, que fes deux Bâtimens pou- 
j a s'avancer jufqu'au même lieu pour faire immédiatement leur provifion 

eau. 

[EN retournant vers la Baye, fes gens tuèrent, à coups de ful, un 4/i- 
© gator, cfpèce de Crocodile qu'ils virent marcher fort lentement fur la rive. 
2 Quoique mort d’un grand nombre de coups, les mouvemens convulfifs we 
| ui 


KuRLINu, 


1608. 


Commerce 


ds Anglois 
avec eux, 


L'Amirn! dé 


couvre une 
Rivière dun 


a Baye, 


Sauvages qui 


aiment l'ar- 
gent, 


Alligator, 


cfpèce de cro- 
LA 


C 


He 


e Jeune CROCODILE dessine nengeeé & Londres 
Jonge KROKODIL, nat Leeven afgetékend te Lonc 


7: peser «Aer 2. «#ncornet, ou Scuttle FisA. 


vévant & Londres au His d' Octobre 2739. 
en afgetékend te Londen ,in de Maand Octob.7739. 


RSS 


2, 3. Za Seule «#rrele de d'.£ncornet toute transparente. . 
le FisÀ . De cenige Graat van den Ancornet, gants doorschynend.. 


| 
1 
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KEELING. 
1608. 


Sauvages cir- 


concis. 


Toile d'arai- 
gnécs qui peut 
gtre filée, 


Qualités de 


la Baye de 
Saint Augu- 
ftin, 


Paffage dan- 
HETCUX, 


96 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


lui reftoient encore, étoient capables d'infpirer de la frayeur. 1] avoit feize 
pieds de long, & fa gueule étoit fi large, qu'il ne parut point furprenant 
qu'elle pût engloutir un homme. Keeling fit tranfporter ce monitre jufqu'a 
fon Vaiffeau, pour en donner le fpeétacie à tous fes gens. On l'ouvrit. L'o- 
deur qui s’en exhala parut fort agréable ; mais quoique la chair ne le fût pas 
moins à la vüe, les plus hardis Matelots n'oférent en goûter.] 

Le 24, Keeling fitremonter la Rivière à fes deux Bâtimens, pour faire leur 
provifion d’eau. Les Sauvages , qui obfervoient fans doute tous fes mouvemens, 
curent foin d'éloigner leurs troupeaux des lieux voifins; ce qui n'empêcha 
point qu'il ne s'en préfentât quelques-uns avec des moutons & des chèvres, 
Les Anglois trouverent leurs moutons d'un meilleur goût que ceux de la 
Baye de Saldanna, quoique la figure en foit affez difforme; çar ils ont fur le 
dos une mafle de chair comme les chameaux, avec la feule différence qu’elle 
cit plus avancée vers le col. Dans la familiarité qui augmentoic de jour en 
jour avec les Sauvages, on s'apperçut que leur Nation eft circoncife. Muis 
Kecling n’ajoute rien qui puiffe expliquer une obférvation fi étrange. 1l en 
fait une autre fur les araignées du Pays, qui fans avoir rien d'extraorlinaire 
en elles-mêmes, font des toiles beaucoup plus luifantes.que les nôtres, & 
d'un tiflu fi fort & fi moëllsux qu'il ne doute point qu'elles ne puiflent étre 
filées comme la foye. 

Le 25 il s'éleva du Nord-Oueft un orage fi violent, que le Vaiffeau de 
Hawkins fut enlevé de deflus fes ancres, & perdit la plus groffe. Le dan- 
ger étoit d'autant plus redoutable , que le rivage, dans la plus grande par- 
tie de la Baye eft bordé d'une chaîne de rocs, entre lefquels & la terre, 
on trouve continuellement deux braffes d’eau. Le poiflon y entre en abon- 
dance ; & comme il cft facile d'y employer les filets, on en prenoit tous les 
jours une quantité prodigieufe, Cette efpéce de digue eit auifi fort avanta- 
gceufe pour les Chaloupes & les autres. petits Bâcimens, qui y demeurent fori 
à couvert, tandis qu'on defcend au rivage. Mais rien n’eft fi dangereux pour 
les grands Vaifilcaux qui font pouflés par le vent, ou qui s'approchent de la 
terre fans précaution. 

Ox quitta la Baye le 28. Malgré les fecours que la Flotte s’y étoit procu- 
rés, Keeling regarde cette Rade comme un lieu où la nécefité feule doit fai- 
re chercher des rafraîchiffemens. Outre que les Naturels ne veulent de com- 
merce que pour de l'argent, & que les beftiaux n’y font point en fort grande 
abondance, l’eau y ct trop profonde, le rivage dangereux , & le fond fi 
dur qu’à la moindre agitation il coupe les cables. 

Le 12 de Mars, vers le 15°. degré cinquante minutes de latitude, la fon: 
de ne trouva point de fond à quatre-vingt-dix brafles, quoique deux heu- 
res auparavant on l'eût trouvée à dix-fept & à feize braffes. Dans l'après mi- 
di, on trouva depuis vingt-quatre jufqu’a dix-neuf. Enfuite, vers le foir, 
on fut effrayé de fe voir fur neuf & huit braffes; lieu fort dangereux , fans 
doute, fi l'on s’y trouvoit engagé pendant la nuit. Avec le fecours. d'un 
vent frais, on gagna un peu vers le Nord, & l’on fe trouva le lendemain à 
quinze degrés quarante-cinq minutes. Un calme incommode fit perdre l1 
moitié du jour. Il fut füivi d'un vent impétueux, qui jetta les deux Vaif 
feaux fi loin vers le Sud, qu'à l’entrée de la nuit, ils fe virent à trois 
licuës de la terre, Le 14, on ne fe retrouva qu'à quinze degrés one 

| eux 


tour! 


gnan 
Nuev 

7. 
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X 


avoit feize 
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avrit. L'o- 
le fût pus 


r faire leur 
ouvemens , 
n'empécha 
s chèvres. 
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cife. Mais 
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nôtres, & 
uiflent étre 


Vaiffeau de 
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rande par- 
la terre, 
re en abon- 
noit tous Îles 
fort avanta- 
eurent fort 
igcreux pour 
ochent de la 


étoit procu- 
feule doit fai- 
lent de coin- 
n fort grande 
& le fond fi 


ude, la fon- 
e deux heu- 
s l'après mi- 
vers le foir, 
gereux , fans 
fecours. d’un 
lendemain à 
fit perdre li 
s deux Vai- 


rent à trois Ps 


és quarantc- 
deux 


INDES ORIENTALES, Liv. IIL Car. IV. 97 


deux minutes; de forte qu'on étoit avancé de trois lieuës au Nord, tandis 
que par les calculs on croyoit l'être au moins de quinze au Nord-Nord-Eft. 
L'A/teur conclut que les courans font fort rapides, & portent au Sud plus 
qu’au Sud-Oueft. 

Le jour fuivant, il fut impoñlible de découvrir laterre, quoiqu'on fût cer- 
tain de n'en être qu'à neuf ou dix lieuës. L’Amiral embarraflé de la force 
des courans, cherchoit par quels moyens il pourroit s’en dégager. Ens’éloi- 
gnant de la terre, il A US des dangers prefque inévitables vers l'Ifle de 
Nueva. D'un autre côté, il ne fe croyoit point en füreté fi près des Côtes. Le 


2 


4 

FA 17, fe trouvant à quatorze degrés cinquante-fept minutes de latitude , il ju- 
‘1 gea par les calculs, que les courans étoient diminués. Entre plufieurs opi- 
4 nions de fes gens fur ces viciflitudes, celle de fon Pilote fut toûjours qu'el- 
4 les devoient étre attribuées aux différences de la Lune; & pour preuve dé- 
4 cifive, il prétendoit avoir remarqué que la grande force des courans fe fai- 
1 foit fentir quelques jours après & devant la pleine Lune. Mais l’Amiral de- 
;. meura perfuadé que la fource de ces monvemens irréguliers, vient dela pro- 


4 Hfonde Baye (i) qui eft entre le Cap Corientes & Mozambique, f[& débite 
% là-deflus une Ha, dont le détail feroit peu convenable à cet Ouvrage.] 
Cependant il en tire une conclufion que je dois rapporter, parce qu'il en 

vante beaucoup l'utilité. C’eft que pour éviter les courans dans une courfe 

telle que la fienne, il faut bien fe ga der de s'approcher de la terre avant 
Xf°que d'avoir gagné la pointe de Mozambique, pau avance au loin dans la 
À Mer, & depuis laquelle les côtes du côté du Nord courent Nord & Sud, & 
4 du côté du Sud s'étendent Sud-Oueft quart à l'Oueft.] | 
| (k) L'AurTeur fe tranfporte avec tant de viteffe dans fa courfe , qu'on n'a 
pâ trouver que de l'obfcurité dans fes derniers récits, jufqu’à Deli/a ou Delifcha 
Rade au Nord de Socotora, où il prit le parti d'attendre la MoufJon, pour en- 
trer dans la Mer de l'inde. Là, fans rendre aucun compte de fa navigation 
il raconte deux ou trois faits qu'il apprit des Mores. Depuis quelques an- 
nées, dit-il , on avoit trouvé fur les Côtes de Mombañla, de Magadoxo 
de Pata & de Brava, de prodigieufes maffes d'ambre gris, dont quelques-u- 
nes pefoient jufqu’à vingt quintaux, & fi groffes enfin , qu’une feule pouvoit 
cacher plufieurs hommes. Les Mores l’affurèrent qu'ayant fait plufieurs voya- 
ges aux Ifles de Comore pour acheter des Eftlaves, ils avoient trouvé les 
Fabitans de ces Ifles rufés & perfides ; que cinquante de leurs gens y avoient 
été maffacrés par füurprife, & que la crainte du même fort leur avoit fait 
tourner leur commerce vers d’autres lieux. Enfin ils dirent à Keeling qu’ils 
; avoient v@ à Pemba huit Hollandois, qui y étoient depuis trois ou quatre 
À; ans, & deux defquels avoient embrafé le Mahométifine. 

: pe Jus des a du Sud commence ordinairement le premier de Mai, 

C nt Jours. Les vents les plus impétueux fe déchaînent pendant les 
mois de Juin & de Juillet. fs commencent à devenir moins violens le 10 
d'Août; & ceux du Nord, qui viennent immédiatement après, & qui ame- 


: nent 


(Ci) Il prétend que les Courans qui par- 
teht du Nord-Oucit de l'Ifle de Madagafcar 
rencontrant le rivaze de Mozambique, font 
repoufiés, & forcés à fuivre les Côtes juf 
IL. Part. N 


qu'au Cap Corientes. | 
(k) La 3e. Scétion du 5e, Chap. de l'Origi- 
nal commence ici. R. d. E 


KEELING, 
1608. 
Embarras 
caufés par les 
courans, 


Opinions fur 
les courans 
qui retardent 
la llotte An- 
gloife. 


Rade de De- 
lifr, 


Etranges maf- 
fes d'ambre 
gris. 


Tems de la 
Mouffon du 
Sud. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


98 
Ke£lING. nent beaucoup de pluies, régnent enfüite crois ou quatre mois. C'eft dans ce 
1608. tems qu'on.fait l'abes, qui n'eft que le jus du /émper vivens, qu'on fait con- 


geler dans des peaux de bouc. 

Le 23 de Mai, Keeling envoya fa Chaloupe au rivage, pour y faire payer 
une grande quantité d’aloes, dont il avoit déja fait le prix. Ilen prit mille 
huit cent trente-trois livres qu'il paya fidélement: ce qui n'empêcha point 
le Chef des Mores de lui faire demander en emprunt cinq cens piéces de 
huit, qu'il refufa de lui prêter: mais pour adoucir ce refus, il lui fit préfent 
de néloues armes, d’une fort belle étoffe & d'un couteau. Enfüite il prit 
encore cinq cens foixante-quinze livres d'aloes, qui lui coutèrent cent quin- 
ze dollars. 

IL apprit le 24 que les vents avoient commencé le dernier d'Avril, & 
que tous les ans ils viennent plus tard d'onze jours (7); de forte que dans l'ef: 
pace de trente-trois ans, leur commencement fe retrouve au même jour du 
même mois; que comme la Mouffon de l'Oueft vient des vents du Sud, ce!- 
le de l'Eft vient des vents du Nord; qu'il n’y a que deux Mouffons dans tou- 
te l’année; que dans celle où fe trouvoit l’Auteur, la Moufon de l'Eît de. 
voit commencer le 13 d'Oétobre, & durer jufqu'au mois d'Avril, pendant 
lequel le tems eft ordinairement affez beau jufqu'a la Mouflon de Mai; que 
le Neuruz, c’eft-à-dire, le nouvel an du Pays commence le premier jour de 
la Moufon de l'Eft: qu'après le vingt-cinq de Septembre, on ne peut plus 
naviguer de la Mer Rouge à l'Eft; que Chaul, Dabul, & Danda Rajipari, 
font des Ports fûrs & commodes, & des Villes d’un commerce fort riche fur 
la Côte de l'Inde; qu’à Saada, Ilbuk, Anzaame & Mutu, quatre des Iles Co- 
mores, il fe trouve continuellement du ris en abondance , & que les Habi- 
tans y font d’un caraétère plus humain que dans les autres Ifles ; mais qu’à 
Fugherjifi & Malale , deux autres des mêmes fes, le riseft rare, & le Peu- 
ple perfide; que dans l’une des deux dernières, un Vaiïfleau Anglois, dont 
le Capitaine fe nommoit Lancafter , avoit été fort maltraité quinze ans au- 
paravant. 

KEELING apprit encore que le jour auquel on lui faifoit tous ces récits, 
c'eft-à-dire, le 26 de Mai, étoit le deux cens vingt-quatriémé jour de l'an- 
née du Pays; qu’il n’y a point de pluie fur la Côte d'Arabie jufqu’au dix-fep- 
tiéme jour de cette Mouffon ; que le trois cens-cinquiéme jour de l’année du 
Pays , étoit le meilleur pour faire voile de-là vers Surat, & que ce voyage 
ne prenoïit que dix ou douze jours; que Burrum, Makella & Kaffan, font de 
bons Ports pour les deux Mouflons, fur la Côte d'Arabie, mais de peu d’u- 

tilité pour le commerce ; que Schael ou Schaer n’a ni Port, ni Rade, où l’on 
puiffe fe retirer, mais qu’on y trouve du fer & du plomb; qu’on en fait ve- 
nir par terre ces marchandifes à Kaffan, & que la diftance n’eft que d’une 
journée de chemin; que pendant les deux Mouflons , la Mer eft extrême- 
ment agitée fur la Côte d'Arabie, & que les courans fuivent le vent; qu'il 


n'y a point de füreté contre la Mouffon de l’Oueft à l'entrée de Surate, par- 
: ce 


Fabrique de 
Alocs. 


Diverfes in- 
tormations de 
l'Amiral An- 
glois. 


(1) L'Auteur ne croit point ce fait: ce 
prétendu retard ne pourroit-il point venir de ce 
que les Mahon.écans coinptent par mois lunai- 


res, ce qui fait queleur année différe de l'an- 
née folaire. 


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les Habi- 
mais qu'à 
& le Peu- 
lois, dont 
Le ans au- 


es récits, 
r de l’an- 

au dix-fep- 
l’année du 
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, font de 
e peu d'u- 
e, où l'on 
en fait ve- 
que d'une 
extrême- 

rent; qu'il 
ate, par- 
ce 


ére de l'an- 


INDES ORIENTALES, Cuar, IV. 99 


ce que le fond eft fort mauvais pour l'ancrage, & que les marées y font fi 
violentes , qu'elles font capables feules de renverfer les Vaiffeaux. 


Liv, JII. 


lent azile contre la Mouffon de l'Oucft; mais ce qui l'a fort étrange, c'eft 
qu'à deux milles de-là , au Levant comme à l'Oueft, le vent foufle avec 
tant de violence, qu'il a point de Vaiffeau qui s’y puifle arrêter. Onn'en 
apporte point d'autre raifon que la diftance des hautes montagnes, & le lar- 
ge intervalle de terres baffes qui font encr'elles & la Mer. 
KEELING remit à la voile le 24 de Juin. Il apperçut le 23 de Juillet une 
fe efcarpée dont il lui parut fort difficile d'approcher. [Cependant il en au- 
roit cherché les moyens, dans les befoins preflans qu'il commençoit à fentir,] 
s'il n’en eut apperçu deux autres au Nord, & une plus grande au Sud, à qua- 
tre degrés deux minutes de latitude. [Il prit le parti de relâcher dans cel- 
le-ci, ] après avoir obfervé qu'entre ces Ifles, qui ne font éloignées l'une de 
l'autre que de dix lieuës, il y a un à di banc de fable qui rend le pañlage 
fort dangereux , [ pour ceux qui fans le connoître pañlent-la de nuit. Il 
l'évita en dirigeant fa courfe à deux lieuës de l'Ifle du milieu. 11 crut voir 
un autre paflage entre cette Ifle & celle qui eftau Nord; mais à peineavoit- 


AHil une lieuë de largeur. ] [ La Rade où fes deux Vaiffeaux entrèrent, eft aflez 


fûre contre toutes fortes de vents ; mais le fond, qui n’eft que de petites pierres 
de différente forme, eft dangereux pour les cables. La Flotte trouva de l'eau 
& quelques mefures de ris, qui étoient fort éloignées de füffire pour fa pro- 
vifion. L. année avoit été fi mauvaife, que loin de chercher à fe défaire de 
leur ris & de leurs denrées, les I Tabitans s’efforçoient de les cacher.] Le 26, 
étant prefqu’à la même diftance de Priaman & de Tekoa , à deux ou trois 
licuës du rivage, on découvrit un banc de fable entre les deux Vaifleaux & 
la Côte. En s'approchant au Nord-Eft par Eft de la Rade de Priaman , on 
eut prefque toñjours quarante cinq braîles d’eau jufqu’a deux lieuës & demi 
du rivage. À quatre licuës de la meme Rade, il y a une ifle au Nord-Eft; 
& plus proche on en trouve trois autres, Sud-Sud-Eft & Nord-Nord-Oueft, 
qui ne font éloignées entre elles que d’un mille. 

La Flotte entra l'après-midi dans la Rade de Priaman, & falua la Ville 
de cinq coups de canon. Aufli-tôt le Gouverneur envoya un chevreau à l'A- 
miral, quipaya cette galanterie par un préfent de trois aunes de drap, d’une 
piéce de calico bleu, d'un moufquet, Ë de deux épées. Il donna aufli une 
piéce de calico bleu au Meffager, qui parloit fort bien la langue Portugaife. 
Il arriva le même jour un Bâtiment d’Achin , dont le Capitaine eut avec Kee- 
ling une longue converfation en Arabe; & les Anglois formèrent fur fes ré- 
cits des efpérances fort avantageufes pour leur commerce. 

KEELING ne tarda point à defcendre au rivage. S'étant fait conduire au 
Palais du Gouverneur, il propofa de régler d’abord le prix du poivre. On lui 
donna foixante Commiflaires, avec lefquels il eut de longues difcuffions avant 
que de pouvoir s’accorder. La principale regardoit le poids des marchandi- 
fes ; Keeling demandant qu’on lui laiffat la liberté de les faire pefer dans cha- 
que lieu de l'Ifle, où l'occafion fe préfenteroit de les acheter, & les autres 
voulant qu'elles fufient pefées dans la Ville. D'ailleurs ils en demandoient 
un prix éxorbitant. Ce n'étoit pas moins que cinquante dollars pour chaque 
bahar; tandis que le Capitaine d’Achin avoit confeillé aux Anglois de n’en 

N 2 offrir 


. La Rade de Delifcha, où Keeling étoit depuis fi long-tems, eft un excel- 


KERLING, 
1608. 
Rade de De- 
lifcha, 


Kecling fe re- 
met en Ier. 


Arrivée de la 
Flotte à Pria- 
man. 


Réglemens 
de commerce 
avec les Con: 
miffaires In- 
diens. 


10 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Keerixe, Offrir que feize. Mais ils conçurent bien-tôt, que ce Capitaine qui étoit lui- 
1608. même un Marchand, n'avoit penfé qu'à les tromper à fon avantage , parce 
qu'il efpéroit enlever la plus grande partie du poivre, avant que les Anglois 
uffent d'accord avec le Gouverneur, & les réduire enfuite à l'acheter de lui 
au prix qu'il y voudroit mettre. Après quelques débats on convint de vingt- 
deux dollars & demi par bahar, fans y comprendre le droit royal de fix pour 
cent. Keeling fe vit comme forcé de payer deux autres droits, ou plutôt 
deux éxaétions, dont il ne reconnoifloit point la juftice; l’un de cent foixan- 
te dollars, & l'autre à peu près de la même fomme. Cette convention fut 
couchée par écrit & fignée refpeëtivement par les Commiflares. 
Prodution La Ville & le territoire de Priaman ne produifent pas chaque année plus 
Ed dé de cinq cens bahars de poivre; mais en y joignant les produétions des Can- 
cs tons voifins, tels que PafJaman, Tekoa, Puaroufe, & les montagnes qui font 
au-deflus de la Ville, toute la quantité peut monter à deux-mille cinq-cens 
bahars, qui fuffifent pour la cargaifon de deux Vaiffleaux. On les achete 
à fort bon marché, quand on litre pendant toute l'année dans la Ville des 
Facteurs qui fçachent faifir les occalions. Mais le tems de la moiflon eftau 
mois d'Août & de Novembre; & fi l’on n’a pas pris des précautions avant 
cette faifon, les Vaifleaux d'Achin & de Java ne manquent guères alors de 


venir enlever tout ce qui fe trouve à vendre, Ceux de Guzarate font exclus D 


de ce commerce par un ordre exprès du Roi d’Achin. Keeling conclut qu'un 


Bâtiment peut toucher dans une année à Surate, où il achete des calicos & M 


d'autres étoffes, pañler enfuite à Priaman pour y laifler des Faéteurs, & jet- 
ter ainfi les fondemens d’un commerce fort avantageux pour l'année fuivante. 


Difpoition Mais il ne voitpas, dit-il, comment un Vaiffeau pourroit coucher à Cambaye MM 


d'un commer- & fe rendre aflez-tôt à Priaman dans la même année. D'ailleurs, fi l’on ne M 


ce avanti- 
'CUX. ps . . 
- de fe procurer des lettres de permiffion du Roi d’Achin. 


T'AND1s que la Flotte Angloife étoit tranquillement à l'ancre, il vint à M 


bord un More qui parloit fort bien le Portugais, & qui demanda un entre- 

Onoffrea tien fecret à l’Amiral. Après des préludes fort recherchés, il lui dit qu'il 
Kecling de le  étoit envoyé par la Veuve du dernier Gouverneur de Priaman , femme riche 
RAD maitre & puiflante, qui offroit aux Anglois des fecours affürés pour fe rendre mai- 
EURE tres de la Ville, à condition qu’elle demeureroit maîtrefle abfolue dela moi 
tié de leur conquéte. Cette propofition ne féduifit point l’Amiral. Il ne 

s’étoit pas propofé de prendre des Villes aux Indes; & connoiffant d’ailleurs 

les artifices des Mores, il ne douta point qu'une offre de cette nature ne fit 


le voile de quelque perfidie. Sa réponfe fut un refus fans exception. [ Ceper-4ll 


dant il lui refta quelque curiofité de voir la Dame Indienne, autant peut-être 
pour vérifier le difcours du More, que pour connoître une femme d’un ca: 
Caradtèrefin- ractère fi hardi. Il propofa au More de lui ménager cette faveur. Les me- 
sulier d'une  fures furent prifes pour la nuit fuivante; car malgré la liberté que les Ver 
ue ee ves Indiennes ont de difpofer d’elles-mêmes, Keeling ne vouloit pas rifquer 
quel'Amirad  defaire naître des foupsons par fa vifite, Le More fut fidéle à le venir pren: 
lui rend. dre dans une petite barque, au commencericat de l’obfcurité. Il n’étoit con 
duit que par deux Matelots, & l'Amiral ne fe fit accompagner aufi que de 
deux de fes gens. Ils abordérent au rivage avec beaucoup de précautions. 


Ils traverférent de même une partie de la Ville, jufqu’à la maifon de l'ancien- Ps 
: n 


veut rien donner au hazard, il eft à-propos, pour la füreté du commerce, LM 


ee. 10 


‘fion qu 


ne Go 
aiféme 
recom: 
temen 
néral 
à l'att 
les tra 
ans. C 
micrs 
dé que 
tenue 
ne pou 
à Keel 
porta ] 
toit lu: 
rempli 
LA 
ner de 
vices, 
ce que 
fête Cr 
ques jo 
nécefiit 
lontiers 
s'arrête 
comme 
avec | 
fein d’ 
parent 
ces , fi 
leur pé 
voit en 
récom 
pû obt 
le s'éto 
biens, 
veau G 
coup d 
coup d 
leur pa 
a vû d 
La Gol 
petits 
leur cé 


toit au 
banni d 


& vie 


i étoit lui- 
c, parce 
4 Anglois M 
eter de lui 
: de vingt- 1 
defix pour M 
ou plutôt A 
ent foixan- M 
vention fut M 


année plus 
ns des Can- 
es qui font 
> cinq-Cens 
les achete 
\ Ville des 
oiffon eftau 
tions avant 
es alors de M 
: font exclus "4 
onclut qu'un 
s calicos & M 
urs, & jct- M 
ie fuivante, ll 
à Cambaye 
s, filonne 
commerce, LM 


e, il vint à 
la un entre- Li 
Jui dit qui 
femme riche 
: rendre mat- 
1e dela moi- 
niral. Il ne 
ant d'ailleurs 
nature ne fût 
n. { Cepen-4 
ant peut-être | 
me d’un ca: ! 
r, Les me 
que les Veu- 
pas rifqueï M 
> venir pren: fs 
| n'étoit con- 
aufi que dé M 
précautions. be 
de l’ancien: MS 
ne & 


Car, IV. 


INDES ORIENTALES, Liv. 111, 1ot 


ne Gouvernante, qui donnoit du côté des montagnes. Keeling s'apperçut 
aifément qu'il étoit attendu, & qu'on obfervoit le myftère ,. comme il l'avoit 
recommandé au More. Il fut introduit par un feul Efclave, dans un appar- 
tement dont il nous a dérobé la defcription; mais il le repréfente en gé- 
néral fort riche & fort pus Il y trouva la Dame Indienne , qui étoit feule 
à l'attendre. Le More demeura pour fervir d’interpréte. A juger de l'age par 
les traits, Keeling s'imagina que cette femme n'avoic pas moins de quarante 
ans. Cependant elle avoit encore de la fraïcheur & du la beauté, Ses pre- 
miers difcours tombérent fur le projet de fon ambition ; car le More perfua- 
dé que le refus de l'Amiral n’étoit venu que de fes défiances, l'avoit entre- 
tenue dans les mêmes idées, & l'avoit même affürée qu'une vifite noélurne 
ne pouvoit s'expliquer autrement. Auñi parut-il fort étonné d'entendre tenir 
à Keeling le même langage que fur le Vaiffeau; & par les raifons qu'il ap- 
porta pour le faire changer de fentiment , il lui donna lieu de juger que c'é- 
toit lui-même qui avoit infpiré à la Gouvernante le projet dont elle s'étoit 

remplie. 
2AMIRAL fe défendit par des objeétions fi fortes, qu'on ne put le foupçon- 
ner de mauvaife-foi. Il offrit d'ailleurs de fi bonne grace fon bien & fes fer- 
vices, que la Gouvernante prenant du goût pour fa perfonne , lui fit fervir 
ce que le Pays a de plus délicieux. Une partie de la nuit fe pañla dans cette 
fête; & loriqu'il parut penfer à fon retour, il fut preflé de demeurer quel- 
ques jours dans un lieu où fa préfence étoit agréable. Il s'en excua par la 
néceflité de paroître le lendemain aux yeux de fes gens; mais il promit vo- 
lontiers de renouveller quelquefois fa vifite. Comme les Marchands Anglois 
s’arrécent peu à la defcription de leurs plaifirs, il ne nous apprend point fice 
commerce tourna en galanterie; mais ayant continué de voir la Gouvernante 
avec les mêmes précautions, il fçut d'elle les moyens qu'elle avoit eu def- 
fein d'employer pour lui affürer la conquête de Priaman. Elle étoit proche 
parente de la Maifon Royale d’Achin ; & dans la guerre que les deux Prin- 
ces , fils du vieux Roi, s'étoient déclarés mutuellement pour la fucceffion de 
leur père, elle avoit embraffé avec fon mari, les intérêts de l'aîné, qui a- 
voit enfin remporté l'avantage. Ce fervice étoit demeuré non-feulement fans 
récompenfe, mais fi peu confidéré, qu'après la mort de fon mari elle n’avoit 
pà obtenir le Gouvernement de Priaman pour un Seigneur de la Cour qu'el- 
le s’étoit propofé d’époufer à cette condition. Elle avoit amafñé de grands 
biens, & fon crédit parmi les Habitans l'emportoit encore fur celui du nou- 
veau Gouverneur. Elle ne doutoit pas que les plus puiffans n’entraffent tout d’un 
coup dans fa vengeance , d'autant plus que fon mari avoit eu befoin de beau- 
coup d’adreffe & d'efforts pour les attacher au parti du jeune Roi, & que 
leur panchant s'étoit toûjours déclaré pour le Prince fon frère. Eneffet,on 
a vû dans une autre Relat.on que l'aîné s’étoit rendu odieux par fa cruauté. 
La Gouvernante comptoit qu'il ne lui feroit pas moins facile de gagner les 
petits par fes libéralités; & le fecours qu’elle vouloit obtenir des Anglois en 
leur cédant une partie de la Ville, étoit moins pour s’en mettre en poffef- 
‘fion que pour s’y foûtenir enfüuite contre le Roi d’Achin. Elle fe promet- 
toit auffi que le frère de ce Prince , quoiqu’alors chaffé de fon partage & 
banni de l'Ile de Sumatra , reparoîtroit au premier bruit de fon entreprife, 
& viendroit fe joindre à elle pour faire revivre fes droits. Enfin ce grand 
N 3 projet, 


K£&LINU, 
1608. 


Irefufe d'en- 
trer dans les 
vûcs qu'on lui 
propole, 


Moyens 
qu'on veut 
employer pour 
lui livrer Pria- 
man, 


est tnuo. 


.1608,. 


Emburras 
où tombe l'A: 
mirul auglois, 


Pénétration 
des Mores 
dans leurs ar- 
tiices. 


Dangers en- 
tre Sumatra & 
Java. 


je de Sel, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


projet, dont elle paroiffoit craindre peu de devenir la viétime , l'occupoit 
li vivement qu'elle y ramenoit fans ceie l'Amiral, jufqu'à lui offrir à la fin 
de fe foûmettre entièrement aux Anglois. Il fut obligé, pour fe délivrer de 
fes inftances, de lui promettre fon fecours, s'il trouvoit à Bantam quelques 
Anglois qui vouluffent l'écouter , & fe joindre à lui pour augmenter fes 
forces. Cette promeffe la fatisfit, mais elle fouhaita que le More fit le vo. 
yage de Bantam avec la Flotte Angloife, dans la feule vûe de faire fouve. 
nir Kecling de fon engagement. Il lui auroit été difficile de trouver un 
prétéxte pour s’en défendre, fi de juftes frayeurs ne l'euffent fauvé de cet 
embarras. Quelque foin qu'il eut apporté à cacher fon commerce avec la 
Dame Indienne , il fut obfervé par les Efpions du Gouverneur. Cette femme 
s'étoit rendue fufpeéte par des plaintes & par d'autres marques de mécon- 
tentement. Le Gouverneur, qui fe regardoit comme le principal objet de , fa 
haine, prit de mauvaifes impreflions de ce commerce noéturne. Iltémoigna 
fes allarmes à l'Amiral, en lui faifant un portrait défavantageux de l'ancien- 
ne Gouvernante. Il le menaça même d'en informer le Roi, dont il ne ré- 
pondoit pas que le reffentiment ne retombät fur tous les Vaifleaux qui pa- 
ruicroient dans fes Ports. 

K£&ELING ne balança point à faire entendre que la galanterie avoit eu plus 
de part à fes vifites que la politique. Mais, fans fe payer de cette réponfe, 
le Gouverneur qui avoit fait arreter fon Guide, le fit amener fur lechamp, 
dans l'efpérance que ce malheureux confefferoit ce qu'il pouvoit s’imaginer 
que l’Amiral avoit déja déclaré. Keeling, qui comprit le deffein du Gou- 
verneur, commençoit à reflentir des inquiétudes férieufes, & fe reprochoit 
amèrement fon imprudence. Mais le More, accoutumé à l'artifice, entrevit 
tout-d'un-coup, à fon embarras, qu'il ne lui étoitrien échappé. Ilfe vanta du 
moins de cette pénétration lorfqu'il fut délivré du péril. Toutes les menaces 
du Gouverneur n'ayant pû l'ébranler, Keeling prit à fon tour le ton du re- 
proche pour faire honte au Gouverneur de fes foupçons, & l’accufer même 
d'avoir violé par fon emportement un article de la capitulation.] 

CEPENDANT il jugea qu'ayant fini fa cargaifon, rien ne devoit l'arrêter 
plus long-tems dans la Rade. Il en partit le 18 de Septembre , après y a- 
voir paflé près de deux mois. Le lendemain à midi, fe trouvant à dix licuës 
Oueft-Nord-Oueft, de la pointe qui eft au Sud de Priaman, il porta vers 
l’'Eft d'Jlha de Triflezza. Le 20, à la pointe du jour il tomba à l'extrémité 
de cette Ifle, & ne put l’éviter qu’en prenant à l'Eft-Sud-Eft. Il vit les 
jours fuivans, plufieurs petites tes, qui font aux environs de Sumatra ; & 
plus loin à l’Oueft une autre Ifle beaucoup plus grande. 1] remarque qu’on 
ne peut naviguer avec trop de précautions fur cette Côte, parce que la plû. 
part de ces iles ne font point marquées fur les Cartes. 

Le 1 d'Oétobre, à 5 dégrés 30 minutes de latitude, en continuant fa navi- 
gation au long de la terre, quoiqu'à dix ou douze lieuës de la Côte, iltrou- 
va que fon Vaifleau avançoit plus vîte vers le Sud qu'il ne l’auroit dû fuivant 
fes Calculs. Le jour fuivant, il découvrit une Ifle , qu'il prit d’abord pour 
J'Ifle de Sel, mais ce n'étoit qu’un roc de figure ronde , que les Cartes ne 
font point obferver. Quoique la Flotte fe crût peu avancée , on fe trou- 
voit à midi, au 5° degré 55 minutes du Sud. Le 3 on apperçut à décou- 
vert l'Ifle de Sel, qui n'étoit éloignée que de quatre ou cinq lieuës. Sa fi- 
tuation 


102 


tuatio 
tes les 
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licuës. 
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} d'arbr 
aucun 
route, 

ON 
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a aucun obftacle, 


à tes à l'Amiral, 


INDES ORIENTALES, Lauv, LL Car. IV. 


103 
tuation cit à 6 degrés 6 minutes, C'eft la plus haute & la plus ronde de tou- 
tes les Ifles qui font à l'entrée des Détroits de la Sonde. Sa diftance jufqu'à 
la plus proche partie de l'Ile de Sumatra , n'eft que de treize ou quatorze 
lieuës, Le 4 au matin, on n'étoit plus qu'à cinq ou fix licuës de la pointe 
ui ferme la Baye de Bantam. On découvre de ce lieu deux Rocs couverts 
Fabres , l'un au Nord, & l'autre au Sud, entre lefquels la Flotte pafla fans 
[Le Pilote de l'Amiral , ayant déjà fait cette dangereufe 
route, fe fiuic beaucoup moins aux Cartes qu'à fon expérience.] 

ON entra le $ dans A Rade de Bantam. Il s’y trouvoit à l'ancre fix Vaif- 
feaux Hollandois, dont deux «voient leur cargaifon prefqu'entière de giro- 
le, & deux travailloient à fe charger de poivre; mais l'Amiral ne put fe dé- 
fendre d'une vive douleur, en apprenant des Faéteurs Anglois qui vinrent au 
devant de lui, qu'il ne reftoit dans leur Comptoir que treize perfonnes vi- 
vantes. Il y trouva une Lettre de Middleton, Capitaine du pe er ui fut 
pour lui un fujet de confolation dans ce défaftre. (Cependant plus il prit d'in- 
formations fur l’état du Comptoir, plus il reconnut de véritables fujets de 
s'afliger. Les Anglois s'étoient vûs depuis plufeurs mois dans l'efclavage , 
non-feulement des Hollandois, qui n’avoient ceffé de les infulter que par 
dedain pour leur foibleffe ; mais des Chinois mêmes , qui fous prétexte de 
zèle pour leur fervice, s'étoient rendus comme les Arbitres de toutes leurs 
afaires. Uniete & Tegin, deux domeftiques Chinois du Comptoir, avoient 
pris tant d’afcendant fur leurs Maîtres, qu'ils leur avoient perfuadé de pren- 
dre autant de Chinois chez eux qu'il leur étoit mort d'Anglois ; & par de- 
grés, ils étoient devenus plus forts que ceux dont il n'étoient que les Efcla- 
ves. En vain Herne & Saris, les deux principaux Faéteurs, avoient entrepris 
de fecouër le joug. On avoit été plufieurs fois au moment d'en venir aux 
mains; & lorfque les Anglois avoient porté leurs plaintes à la Cour, ils y 
avoient trouvé contre eux de fâcheufes préventions, que les plus fortes apo- 
logies n’avoient pû leur faire furmonter, Dans cet intervalle la plus grande 
partie de leur commerce s’étoit fait au nom & par les mains des Chinois. Les 
plus riches Marchands de cette Nation, qui avoient marqué tant d'attache- 
ment pour le Comptoir fous le gouvernement de Scot, voyoient cette tyran- 
nie fans s’y oppofer ; & les Javans, toûjours lâches & malins, s’en faibient 
un fujet de joie. 

KEELING, pour remédier à tous ces défordres, voulut commencer par 


à délivrer le Comptoir de cette multitude de Chinois ; mais il fut arrêté par deux 
Æ raifons qui les lui fit trouver moins coupables. Uniete & Tegin, en confef- 


fant qu’ils avoient quelquefois abufé de l'indulgence de leurs Maîtres, lui fi- 
rent connoître par des témoignages certains, que fans ces mêmes Chinois 
que Herne & Saris accufoient, le Comptoir auroit été pillé plufieurs fois par 
ls Javans. D'ailleurs ils foûtinrent que la fource du mal venoit beaucoup 
moins d'eux que des Anglois, qui s'étant fait un amufement de féduire ou 
d'enlever les femmes de plufieurs pauvres Chinois, s’étoient mis dans la né- 
ceffité, pour appaifer les Maris, de leur ouvrir l'entrée du Comptoir, où 
ils s'étoient établis par degrés. La preuve en étoit claire, puifque les fem- 
mes Continuoient encore leur commerce avec les Anglois. Herne & Saris mê- 
mes n'étoient point à couvert du reproche; & s’ils avoient porté leurs plain: 
c'étoit parce que l’âge commençoit à réfroidir le. premier 

pour 


KrtLiNo, 


1608, 


Kecliig arrt- 
ve à Hantam, 


Déplorable 
état du Corp 
toir Anglois, 


Défordre des 
Anglois du 
Coinptoir. 


K£2ELINO, 
1608, 


L'Amiral y 
remcdie avec 
douceur, 


Réconcilia- 
tion des An- 
glois & dus 
Hollandois 
de Bantan, 


Confpiration 
les Javans 
pour brüier 
leurs Flottes. 


VOYAGES DES ANGLOIS 


AUX 


pour les plaifirs, & que l'autre étoit pr de fe voir abandonné , depuis peu, 


104 


par une femme dont l'affeétion s'étoit déclarée pour un autre. Les deux De. 
meftiques en appellèrent au témoignage de tous les autres Anglois, fans en 


excepter Savage, qui étoit le plus confidéré après Ilerne & Saris. ” 


L'AminaL comprit que la juftice demande Lg mg un frein comme a 
colère, Il fe fit conduire dans les divers logemens du Comptoir, où il n'a 
voit point encore pénécré, I] les trouva peuplés de femmes, dont la plu 
agréable, dit-il, auroit paru l'ort dégoûrante en Europe, La plûpart des An 
glois lui firent l'aveu des liaifons qu'ils avoient avec ces miférables Créau. 
res. 
préfens. 
fordres que la mauvaife conduite des Anglois avoit comme autorifés. Unie 
te & Tegin ne furent point exceptés du baniffement; mais il leur paya fide 
lement leurs gages; & loin d'approfondir trop rigoureufement l'abus qu'is 
avoient fait de leur fituation, il joignit à ce qui leur étoit dû une honne:. MA 
récompenfe pour leurs fervices. Cette conduite lui fit beaucoup d'honneur ; Rs 
la Cour de Bantam, & dans les deux Nations Chinoife & Javane. Le ple: Ba 
pouvoir qu'il avoit de la Compagnie de Londres, & les forces dont il croi: BA 
accompagné pour faire éxécuter fes ordres, mirent tous les Anglois du Com. Es 
toir dans la néceflité d'obéir. Il ne réuflit pas moins dans fes procédés avi: BE 
les ‘lollandois. Loin de leur faire un reproshe du pañlé, il feignic de l'. Rs 
gnorer, Yacques l'Hermite, qui commandoit ieur Flotte écoit un homme mo. 
déré., Ille prévint par une vifite de civilité & d'amitié. La bonne intl: La 
gence fat d'autant plus facile à rétablir entre les deux Nations que l'Herm: 
te après en avoir jetté le fondement par fes promefles, reçut un ordre 18 
le mit en état de É éxécuter, Un Bätiment arrivé de Hollande le 15 de No Ba 
vembre, lui apporta la Commiflion de premier Direéteur du Comptoir , ou, 
comme les Hollandois commençoient déja à s'en donner le titre, celle c:B 
Gouverneur de Bantam. Il arriva heureufement que le jour même de fon in: 
tallation,] Uniete & Tegin, foic pour juftifier leur ancienne conduite , fo. 
par reconnoiffance pour la générolité de l'Amiral, vinrent lui découvrir 1: RM 
horrible complot de quelques Javans, pour brûler les Vaifleaux Européen: Bu 
qui étoient dans le Port. Cette entreprife paroïfloit aifée depuis que les AB 
glois s'étant reconciliés avec les Hollandois, les deux flottes s’étoient rapproB 
chées , & pafñloient prefque toutes les nuits en fêtes & enréjouiflances. Ke: Bi 
ling fe fit un nouveau mérite auprès des Hollandois d'un avis fi important 
[Leur Flotte étoit fort riche. On prit la réfolution, fans faire éclater les l: M 
mières qu'on avoit reçues, d'attendre avec de juftes précautions que ls Ba 
Javans fe préfentaffent pour éxécuter leur deffein. Kecling & l'Hermite pif 
férent toutes les nuits fur les deux Flottes. Enfin le 19, à dix heures du for, 
quelques Efpions qui fafoient la garde fur le rivage, virent plufieurs Bar 
ques Javanes qui fe rafflembloient, & comptèrent jufqu'à trente-fept Inceï La 
diaires, dont les mouvemens & les préparatifs déclaroient afez leurs inter Bi 
tions. Les deux Amiraux furent avertis. S’étant munis contre toutes foris M 
de craintes, ils mirent environ cent hommes bien armés dans huit Chaloi BN 
pes, avec ordre de laiffer avancer les Javans, pour leur couper la retrait Ba 
entre le rivage & les Flottes. Mais la nuit n'etoit pas fi obfcure, qu'ils 
vifent blanchir la Mer fous les rames. Cette découverte les fit avanceravt 


ras 534 


ut CENTS 


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Iles chaffa fans dureté, & fa douceur alla jufqu'à leur faire quelqu: M 
Il banit de même tous les Chinois, fans leur faire un crime desde 


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s huit Chaloi: B 
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ure, qu'isir 


t avancer At bi 
tan à 


“dois. [ Keeling répondit qu'i 


INDES ORIENTALES, Lav, II, Car, IV. 105 


rant de défiance, qu'ils découvrirent le péril où ils alloient fe précipiter, 
Ils recournèrent brufquement au rivage, fans que les Chaloupes en puflent 
arrécer un feul, Cependant comme celles les pourfüuivirent avec beaucoup de 
diligence, & qu'en arrivant à terre, ils ne penfèrent qu'à prendre la fuice, 
on trouva dans leurs barques toutes les machines à feu qu'ils avoient eu l'ef- 
pérance d'employer, Le fruit que les deux Flotes tirérent de cette avantu- 
re, fut d'apprendre aux Javans, qu'on étoit coüjours en garde contre leur 
haine, | 

Ke&gLinc s'étoit d'abord propofé de retourner direétement de Bantam 
en Anglecerre; mais enfuite, 1l avoit changé de réfolution, pour faire conttrui- 
re une Pinafle qui étoit déja prefqu'achevée, Il affembla les Faéteurs Anglois 
au Compuoir, & leur communiquant fes vûes, il nomma Brown & Sidal pour 
faire le voyage de Banda avec la Chaloupe, Ÿean Herne, Yean Saris, & Ri- 


Æ chard Savage, obtinrent d'être laiffés à Bantam, [par la bonté extraordinai- 


re de l'Amiral, à qui ils perfuadèrent qu'il ne pouvait leur ôter leur emploi 
fans les déshonorer.] y Mer il ordonna qu'auili-tôt que la Pinafle feroit 
revenue de Banda, Saris la prendroit pour fe rendre à Sequedana, dans l'Ile 
de Borneo. Pendant qu'il tenoit ce confeil, il reçut la vifite de l'Ambafla- 
deur de Siam à la Cour de Bantam , qui venoit lui propofer diverfes ouver- 
tures de commerce. Ilaflüra les Anglois qu'ils pouvoient vendre en deux jours 
mille piéces de drap rouge dans fon Pays; & que le même débit fe foûtien- 
droit tous les ans, parce que les Siamois aiment à parer leurs élephans & 
leurs chevaux de cette couleur; qu'il fe trouvoit de l'or en abondance dans 
les Etats du Roi de Siam; que les pierres précieufes y étoienc fort commu- 
nes & à bon marché; enfin que fon Roi defiroit ardemment de faire Allian- 
ce avec un Prince autli puiflant que le Roi d'Angleterre, dont il avoit ap- 
pris que la réputation & la per furpañoient beaucoup celles des Hollan- 
n'avoit point aétucllement la quantité de draps 
rouges qui convenoit aux befoins des Siamois; mais que lui-méme, ou tout 
autre Amiral qui viendroit dans la fuite avec une nouvelle l'lotte, ne man- 
queroit pas de répondre par fes fervices aux bontés du Roi de Siam. Cette 
préférence que l'Ambafladeur avoit donnée au commerce d'Angleterre, jet- 
ta de nouvelles femences de jaloufie dans l'efprit des a 
Le 28, après avoir réglé toutes les affaires du Comptoir, Keeling prit 
congé de la Cour de Bantam, & réfolut de demeurer à bord en attendant que 


toute fa cargaifon fût achevée. LIT n'explique point les raifons qui lui firent 


prendre ce parti; mais il y a beaucoup d'apparence que ce fur pour éviter les 
Er  e qui commençoient à renaître dans la Ville entre les Macelots des 
eux Nations. Un jeune Hollandois vint le fupplier avec les plus vives inftan- 
ces de lui accorder le paflage en Europe, & fe plaignit beaucoup de la du- 
reté de fon père qui le retenoit malgré lui dans un Pays (m) qu'il déteftoit. 
Keeling , fans rejetter fa prière, lui demanda la liberté d'en parler feulement 
au Chef du Comptoir de Hollande, en lui repréfentant qu'il ne pouvoit fe 
difpenfer de cette conduite, fans donner quelque atteinte à l'amitié qu'il ve- 
noit de rétablir entre les deux Nations. Mais cette difficulté fit verfer beau- 
coup 
Cm) I y a quelque apparence que c'étoit le 
méme jeune-homme donc Scot parle dans fa 
IL. Part. 


Relation, KR, d, T, 


KeuLine, 
160%, 
Les Javan 

mar] unE 
leur çoti UA 
fe, 


I reçoit [a 
vifite u Li 
Ambaflidour 


de Sim, 


nloufie des 
il 


ollandois, 


Keeling de. 
meure à bord, 
pour Cviter!es 
querelles, 


KuszLine, 
1608. 


Députation 
du Roi à l'A: 
miral Anglois. 


Perte que les 
Portugais font 
effuyer aux 
Anglois, 


Les deux 
Vaiffeaux An- 
glois fe fépa- 
rent. 


1609. 
L'Amiral 
part pourBan- 

da 


196 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


coup de larmes au jeune Sappliant, comme s'il eut jugé qu'il n'avoic rien à 
fe promettre par cette voie, ere il confencie à l'explication 2 l'A: 
miral defiroit avec le Chef du ptoir, Mais elle n'aboutit qu'à le faire ref: 
ferrer fi étroitement , qu'il ne parut plus avant le départ de la Flore. ] 

Le 2: de Décembre, les Sentinelles de la Flotte virent approcher le foir à 
la lumière de plufieurs flambeaux , une Barque dont ils ne reconnurent 
tout-d'un-coup les Conduéteurs. Mais lorfqu'ils penfoient à donner l'allar- 
me, ils diftinguérent les principaux l'aéteurs du Comptoir Anglois, accompa- 
gnés d'un Officier de la Cour de Bantam , ou plutôs lui fervant de corcège 
pour l'éxécution des ordres du Roi, Ce Prince envayoie à l'Amiral une Let- 
tre pour le Roi d'Angleterre, avec deux Picols de Canton pour préfent. ge 
paroît que cette démarche de la Cour avoit été retardée par quelques obfta- 
cles que l'adreffe des Faéteurs avoit furmontée; & que la même raifon avoit 
fait fufpendre fon départ à l'Amiral; car dès le jour fuivant, l'ordre fut don- 
né pour mettre inceffamment à la voile] Le 12, en fortant des Détroits, on 
rencontra la Pinaffe (n), qui étant malheureufement combée entre les mains 
des Portugais, avoit perdu non-feulement la meilleure partie de fa cargaifon, 
mais encore dix-huit de fes hommes qui avoient été faits prifonniers. Il re 
lui reftoit que fix Matelots fort âgés, & le Faéteur Tiflering, que fa vieil. 
leffe avoit fait regarder auffi comme une prife fort vile. La perte des mar- 
chandifes montoit à neuf mille dollars. Cette difgrace fit prendre aux An- 
glois le parti de retourner à Bantam, autant pour foûtenir leur honneur, en 
méditant fur les moyens de fe venger, que pour éviter la rencontre des Por- 
tugais, qui ne pouvoient être fort éloignés. Cependant à peine furent-ils ren- 
trés dans la Rade, qu'ils furent encore obligés de changer de réfolution, à 


l'arrivée d'un Vaiffeau Hollandois, a A la nouvelle de la paix entre 
C, 


Ja France, l'Efpagne & la Holland ui étoit venu pour avertir lest# 
Hollandois d'abandonner leur entreprife fur Malaca.] [Ils jugèrent qu'étantk 
déformais les feuls Ennemis de l'Efpagne, il n'y auroit point de füreté , avec 
fi peu de forces, à chercher querelle aux Portugais.] L'Amiral réfolut au 
contraire de mettre fur l'un de fes deux Vaifleaux tout ce qu'il avoit raffem- 
blé de plus précieux dans fon Voyage, & de le renvoyer direétemenc en 
Angleterre, Il choifit pour cela le Dragon, qui étoit le plus confidérable, & 
pafla fur l'Heétor , il confia la conduite du Dragon, & les principales efpé- 
rances de la Compagnie, au Capitaine Towtfon, qui partit le dernier jour 
de Décembre. 

(o) L'AmtRaL leva l'ancre aufli dès le jour fuivant, [dans le deffein de 
réparer le malheur de la Pinaffe, en faifant lui-même le oyage de Banda.) 
Le vent devint fi contraire au moment qu'il fortoit de la Rade, que pour 
éviter la néceflité d'y rentrer, il porta entre l'Ifle de Java & celles de Ton- 
da, qui n'en font qu'à cinq lieuës, s’expofant ainfi à tous les dangers qui le 
menaçoient dans les détroits de T'anara & de Laski. Cependant, ou le fe-4 
cours d'un Pilote Javan, qu’il avoit engagé à le fervir par une groffe récom- 
penfe,] il parvint FL nt à la pointe Oueft de Jacatra; & fe déga- 
geant, avec le même bonheur, d’un banc de fable qui eft à cette net 


(n) Angl. on rencontra le Heétor. R. dE.  riginal commenceici, R. d, E. 
Co) La 4e, Se&tion du 5e Chapitre de l'O- 


roit rien à 
| 2 l'A: 
c faire ref: 
tte. | 

er le foir à 
nurent 

ner l'allar- 
accompa- 
le cortège 
} une Let- 
réfent. fie 
ques obfta- 
aifon avoit 
re fut don- 
étroits , on 
: les mains 
cargaifon , 
rs. llre 
ie fa vicil- 
e des mar- 
: aux Àn- 
nneur, en 
re des Por- 
ent-ils ren- 
olution, à 
paix entre 
avertir lest 


t'qu'étanth EM 


reté, avec 
réfolut au 
it raflem- 
ement en 
érable, & 
pales cfpé- 
rnier jour 


deffein de É 


le Banda. | 
que pour 
s de T'on- 
rers qui le 


avec le fe-# 4 


fTe récom- 
fe déga- 
res 


INDES ORIENTALES, Liv, IL Cup, IV, 107 


il jetta l'ancre le 8 devant la Ville même de Jacatrn, Depuis fon départ de 

Bantam , il n'avoie pas compté moins de trente où quarante [fles, 

&Æ [A peine avoit-il eu le cems d'écre apperçu de la Ville, qu'il vie fortir du 
Port une Barque fort ornée, qui s'approcha de fon Vaiffeau fans précaution, 
Elle portoic le Scha Bandar, accompagné de plufieurs Indiens, fans armes, 
qui paroifloient fes domeftiques. Les Anglois ne pouvant douter à fon cor- 
tège que ce ne fie un Officier de confidération, fe hâcérent de le prévenir 

ar leurs civilités, L'Amiral fe préfenta pour le recevoir à bord, 11 apprit 
e lui-même fon rang & les ordres dont il étoit cg Le Roi jugeant qu'un 
Vaiffeau Européen qui jettoit l'ancre fi proche de fon Port, ne fe propofoic 
as d'y entrer , avoit député aufli-côt un de fes principaux Ofliciers pour en 
aire un reproche honnête à l'Amiral, & le prier du moins de lui faire pré- 
fent de quelques livres de poudre & d'un paquet de méche, Keeling fenlible 

à cette politeffe Indienne, fit mectre dans la Barque du Scha Bandar trente 
Æ livres de poudre avec un rouleau de méche. ([Enfuice lui ayant offert quel- 

ques rafraîchiffemens, qu'il fe défendit d'accepter, il lui témoigna que dans 

la confiance qu'il avoit à la générofité du Roi, il fouhaitoit beaucoup que ce 

Prince lui accordât la permiflion d'entrer dans fa Ville, Le Scha Bandar 

parut charmé de cette propolition, & loin de demander du tems pour la faire 

agréer au Roi, il protelta que rien ne pouvoit lui caufer plus de plaifir, 1l 

ejoûts que depuis l'occafion que ce Prince avoit eue de voir les Anglois à Ban- 

"y étoit rendu pour la cérémonie de la Circoncifion, il avoit 

u'aucun de leurs Vaiffeaux ne fe fût encore arrêté dans 

fes Ports ; que fi le Pays de Jacatra portoit peu de poivre & d'autres richef- 
fes, il ne manquoit point de provifions, & fur-tout de ris & d'animaux fort 
curieux. Kecling trouva plus de franchife dans l'air & le compliment du Scha 

Bandar, qu'il n'en avoit remarqué à la Cour de Bantam. Il fe fouvint d'a- 

voir entendu parler avantageufement du Roi aux anciens Faéteurs du Com- 

toir. Enfin, ne confüultant que fa pue droiture , il ne crut pas devoir 
ouhaiter plus de füreté que le Scha Bandar n'en avoit éxigé. 

IL fe mit dans fa Chaloupe avec huit de fes gens & fix rameurs; &quoi- 
qu'il eût donné ordre à fon Vaiffeau d'entrer dans le Port à fa fuite , il fit 
valoir au Seigneur Indien la confiance qu'il marquoit pour fon Prince & pour 
fa Nation. vûe d'une Chaloupe étrangère , qui arrivoit avec le Scha 
Bawdar , attira un grand nombre d'Habitans fur le rivage. Kecling n’en pa- 
rut pas moins tranquille & moins ferme. 11 fut conduit à la Cour par le Scha 
Bandar, Cette vifire imprévûe caufa tant de fatisfaétion au Roi, que n'en 


tam, lorfqu'il s 
toljours regrett 


ouvant déguifer l'excès, il combla l’Amiral de préfens & de carefles. Il 
e preffé& de laiffer à Jacatra, comme à Bantam , quelques Anglois pour l'en- 


tretien de l'amitié & du Commerce. Keeling, fans le refufer , s'excufa fur 
le petit nombre de fes gens, & fur les néceflités d'un Voyage dont il igno- 
roit encore la durée ; mais il promit qu’à l'arrivée de la première Flotte, 
les Anglois ne manqueroient pas de répondre à des offres fi obligeantes. ] 
Entre les Indiens qui furent employés à le fervir, il diftingua un jeune Por- 
tugais, qui trouva le moyen d'implorer fecrétement fa générofité.  Ilapprit 
de lui en peu de mots qu'ayant été vendu au Roi par les Hollandois, il avoit 
fans ceffe à fe défendre contre les Prêtres du Pays , qui s’efforçoient de lui 
faire abandonner le Chriftianifime. ir qualité d'homme de mer n’empêchoit 

2 pas 


KanLino, 
1609, 

Il moulll de 

va Jacai a. 


Le Roi lui 
fai demander 
de la poudre, 


Civilités de 
Scha Bandar, 


Keeling def. 
cend à Jacatra, 


Kecling déli- 
vre un Portu- 
ais de la per- 
écution des 
Prêtres. 


1068 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


KeetING. pas Kecling de refpeéter la Religion. Il employa tout le crédit qu’il avoit frage 
1609. auprès du Roi, pour délivrer un Chrétien de la perfécution, & malgré la fignes 
réfiftance des Prêtres, il obcint la liberté du Portugais pour la fomme dequa- D Gier, 


rante-cinq dollars. condi 


e de La Ville de Jacatra cft fituéc au pied de plufeurs Montagnes, quiparoif. D on L 


fent défertes & ftériles. [Elle ne contient pas plus de douze cens maifons ;iK LM lui-ml 
mais les Jardins, dont la plûpart des édifices fontenvironnés, donnentbeau-  lh de K 
coup d'étendue à la perfpeétive, & font trouver la Ville beaucoupplusgran- À les je 
de qu'elle n’eft effectivement. A l'exception de quelques Seigneurs , qui M avec 
font en poflefion de toutes les richeffes du Pays, les Habitans font fort pau- D Inter! 
vres, [ls vivent, comme la plûpart des Indiens, de ris, de racines & de PME ifir 
poiffon. Leur Commerce fe borne à Bantam, où ils portent tous les ans D Sumat 
quelques bahars de poivre, & prefque toutes les femaines une certainequan- MM ;6che 
tité de ris & d’autres provifions.] Kecling partit le 12 (p), après avoir re- Æ dix-ne 
Te abimée. nouvellé au Roi la promeffe de former une liaifon plus étroite avec lui. A BE js av 
deux lieuës de la Pointe Orientale de Jacatra, Nord-Oueft , il décou- ME trois 
vrit, à fleur d’eau, une Ile abîmé, fur laquelle il refteencoreun grandnom- M jeur fr 
bre d'arbres. C'eft ce rufte de terre, & cette Pointe Orientale, qui for- EM fuftent 
ment la Baye. Le 14, à midi, après avoir fait environ trente lieuës, on M avoit 
tomba fur une Ifle qui a vers le Sud & le Nord trois grands bancs de fable, BE ils n'a 
US Et auxquels les Portugais ont donné le nom de tres Hermanos, ou des trois Frè- ES vage. 
| res. Ils s'étendent jufqu’à trois lieuës de l’Ifle de Java , mais moins à l'E BE, Le 
qu'ils ne font marqués dans les Cartes. Le 17, on fe trouva proche de l'If. BE car s'é 
Ie Madura. le Madura; ce qui étoit fort éloigne de l'attente du Pilote, quiconclut,ouque JE cher, 
l'Ifle de Java n'eft pas fi longue qu’elle eft repréfentée dans les Cartes, où MN bondar 
que le Vaiffeau avoit été jetté à l'Eft, par les courans. Les deux joursfui- A fayerr 
vans on découvrit deux autres Ifles, dont on ne put connoître ni le nom ni ME  feroit : 
Pr Nofufc- étendue. Mais Le 20, à midi, on fe trouva fort prés d’une des Iles Nof- EN les An 
; faferes , où Nuinira (q), à 5 degrès 30 minutes de latitude, Elle citlon- ES d'oifea 
gue d'environ trois licuës , du Nord-Oueit au Sud-Eft. [L’Amiral n'au-4 RM armes, 
roit pas eu plus de raifons d'y relâcher que dans un fi grand nombre d'au. M Qu Vai 
tres, fi, lorfqu'il n’en étoit qu'à deux milles, quelques-uns de fes Mate- n'y tro 
lots n’euffent diftingué fur le rivage plufieurs perfonnes qui levoient les ME d'eau f 
mains vers le Ciel, & qu'il avoit d’abord pris lui-même pour des arbres. JM dans L 
Il s’en approcha, fur un fond de vingt-quatre braffes , qui diminuérent MW cherch 
par degrés jufqu’à fept. Ayant jetté l'ancre à deux portées de fufil, il ap- Ji LE 
perçut plus diftinétement onze perfonnes , qui continuoient de remuer les M demair 
bras avec divers fignes. Il envoya la Chaloupe remplie de gens armés. 1 parcou 
Stretcher, qui les commandoit , aborda au milieu des cris & des gémifle- + de Cél 
mens de ces onze malheureux , qui étoient des Indiens de l'Ifle Célébes, M ou cin 
Naufrige à demi-morts de faim & de mifère. Quoiqu'il ne comprit rien à leur lan- EM  confide 
cu “AU gage, il jugea par quelques planches fracaflées & d’autres débris raffemblés JW  lèbes, 
| | autour d'eux, qu’ils avoient été jettés dans cette Ifle déferte par un nau- M TER, 
frage. BA XFneuf li 
NH nené 
(p) L'Original dit qu'il partit le 10, &cct- dans l'Original. R. d. E. EE ble au: 
te diflérence Gt caufe que dans la fuite, les dr (g) Ces Ifles s'appellent aufMi les Ifles . Nord 
dattes jufqu’au 3e. de T'évrier, font plus avan- ave Pater nafler, . Nord 
cées de deux jours dans La Traduction que ë de la. 


N 


qu'il avoit 
malgré la 
me de qua- 


qui paroif- 


_ maifons ; tk 


nent beau- 
) plus gran- 
icurs , qui 
t fort pau- 
ines & de 
us les ans 
taine quan- 
s avoir re- 
ec lui. À 

il décou- 
randnom- 
, qui for- 
ieuës, on 
de fable, 
s trois Fré- 
ins à l'EfE 
he de lIf- 
lut, ou que 
artes , Où 
x jours fui- 
le nom ni 
Ifles No/- 
le eft lon- 


airal n'au-# 


bre d’au- 
fes Matce- 
voient les 
des arbres. 
minuérent 
Gil, il ap- 
emuer les 
ns armés. 

gémifle- 
Célébes , 
leur lan- 
affemblés 
un nau- 


frage. 


M les Ifles 


INDES 


frage. Leur ardeur fut extrême à fe précipiter dans la Chaloupe, & leurs 
fignes faifoient entendre qu ils étoient preités par une faim dévorante. Stret- 
cher, qui n'avoit avec lui aucune provifion, ne jugea point à-propos de les 
conduire à bord fans l'ordre de l'Amiral. Mais prenant pitié de leur fitua- 
tion, il fit defcendre avec eux une partie de fes gens, tandis qu'il retourna 
lui-même au Vaiflèau pour en apporter des vivres & s’aflürer des intentions 
de Kecling. Il revint bientôt avec ordre de prendre les onze Indiens, pour 
les jetter fur la première terre habitée. Rien ne peut repréfenter l'avidité 


ORIENTALES, Liv. Ill, Car. IV. 109 


avec laquelle ils s'élancèrent fur les alimens qui leur furent préfentés. Un 


Interprète, que Stretcher avoit amené, comprit à peine, fur le récit qu'ils 
lui firent dans un jargon fort obfcur , qu'ils étoient partis de Célèbes pour 
Sumatra , au nombre de trente, & que leur Vaiffeau s'étant brifé contre un 
rocher voifin, qu'ils montroient en verfant des larmes , ils avoient perdu 
dix-neuf de leurs Compagnons, avec leur Vaiffeau & tout leur bien. On 
les avoit pris d’abord pour autant d'hommes; mais ils fe trouvoit parmi eux 
trois femmes, qui ne paroifloient pas les plus foibles de la troupe; foit que 
leur féxe puille réfifter plus long-tems à la faim , foit que les hommes fe 
fuflent retranché quelque chofe pour leur donner les premiers foins. Il y 
avoit fept jours que leur naufrage étoit arrivé, & dans un fi long intervalle 
ils n’avoient vêcu que de Poiflons morts que la mer avoit laïflés fur le ri- 
vage. 

Les Anglois eurent bientôt lieu d'admirer l’imbécillité de ces Barbares ; 
çar s'étant répandus dans l’Ifle, ils y trouvèrent quantité d'oifeaux; & Stret- 
cher, furpris que des hommes euffent pû fouffrir la faim dans une telle a- 
bondance, prit plaifir à faire abandonner leurs armes à fes gens, pour ef- 
fayer pendant quelques heures quel feroit le fuccès d’une chaîe où l'adrefte 
feroit feule employée. Avec de longs bâtons, & même à coups de pierres, 
les -Anglois tuèrent avant la fin du jour un grand nombre de toutes fortes. 
d'oifeaux ; &, le lendemain, lorfqu'ils eurent la liberté de fe fervir de leurs 


armes, ils en firent une provifion quifüuffit pour quelques jours à la fubfiftance. 


du Vaiffeau. Quoique l'Ifle eût plufeurs bois fort touffus, les Chafleurs 
n'y trouvèrent aucune forte de venaifon. Mais ils découvrirent deux fources 
d'eau fraiche, qui avoient échappé aux Indi2ns, ou plûtôt que l'abbatement 


dans lequel ils étoient demeurés fur le rivage, ne leur avoit pas permis de: 


chercher. ] 
LE 22, on fit dix-huit lieuës vers l'Eft, avec un fort bon vent; &lelen- 


demain on ne découvrit aucune terre, quoique depuis les Noflaferes on eût. 


parcouru plus d’efpace que les Cartes n'en marquent entre ces Iiles & celle 
de Célèbes. Vers le foir, on apperçut trois petites Iflesau Nord, à quatre 
ou cinq lieuës de diftance. La cerre en parut fort baffe, & la longueur affez 
confidérable de l'Eft à l'Oueft. Enfin le 24, à midi, on reconnut l’Ifle Cé- 
lébes, & l’Amiral faifant entrer dans fon calcul le détour qu’il'avoit fait à 
V'Eft, trouva que les Noffaferes & cette Ifle font éloignées entr’elles de vingt- 


MA neuf lieuës, [ & que la plus Orientale des ïfles qu’il avoit vû en dernier lieu 


n'en étoit qu'a vingt-trois ]. Avec tous les efforts imaginables, il futimpofi- 
ble aux Anglois de gagner Macaffar, parce que le vent ne ceffà point d’être 
Nord & Nord-Oueft. Ils mouillèrent fur onze brafles d'eau, à fix lieuës 
de la Pointe Méridionale de. ses L’Auteur juge que la diftance en- 

3 tre 


KEEL!INS. 


1609. 


Hinbécillité 
d'onze In- 
diens. 


Difiance des 
Noffiferes, & 
des Célébes, 


Ke£eLiINo, 
1509. 


fc de De- 
folam, 


Les Anglois 
y relàchent. 


Is tuentun 
buile qui leur 
cauic de l'eim- 
barras. 


ls mettent 
à terre les on- 
4e Indiens de 
Nofaieres, 


Careffes qu'ils 
reçoivent des 
Habitans. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


tre Bantam & Célébes eft d'environ deux-cens trente - cinq lieuës ; & 
que fi les Célèbes font plus éloignées des Noffaferes qu'il ne l'a fait obfer. 
ver, il faut que l'Ifle qu'il pric pour une des Noflaferes n'en foit point ef. 
feétivement. 


110 


[Le vent n'ayant point changé pendant toute la nuit, l’Amiral fe déter.x 


mina vers la pointe du jour à relâcher au Sud-Oueft de Defolam. Il ne lui 
manquoit que de l'eau, parce que les deux fources de Noffaferes s'étoicnt 
trouvées trop foibles pour fournir à la provifion du Vaiïfleau. La Rade où 
il entra n'offroit ue des bords inhabicés. Cependant le fond n'étant pas moins 
ue de feize brailes jufqu'a trente pas du rivage il mouilla dans cette po. 
tion, jufqu'au retour de la Chaloupe & de ka ; Le partirent auili-côt 
avec les tonneaux. À peine Stretcher eut-il mis le pied à terre, & fe fut-il 
dérobé à la vûe du Vaiffeau, derrière quelques arbres qui bordoient le fa- 
ble, que l'Amiral fut füurpris d'entendre plufieurs coups de fufil. L’allarme 
fut fi vive fur le Vaifleau, qu'une partie de fes gens fut tentée de fe jetter 
à la nage, pour fecourir leurs Compagnons. Mais ils virent bicntôt paroi- 
tre Stretcher , accompagné de plufieurs autres, qui traînoient dans la Cha- 
loupe un Bufle d’énorme groffeur, qu'ils avoient tué prefqu'en débarquant. 
L'Amiral leur cria de fon bord, d'où il pouvoit aifément k faire entendre, 
qu’ils n’avoient qu’à l’éventrer fur le rivage. Mais Stretcher doutoit fi c’é- 
toit un Bufle fauvage ou domeftique, parce qu’à diverfes marques il paroif- 
foit avoir fervi au travail. Cette obfervation méritoit d'être inpéofondie. 
dans un lieu où l'on ignoroit à quel accueil il falloit s’attendre. L’'Amiral 
prit le parti de defcendre lui-même. Dans l'intervalle, plufieurs Infüulaires 
attirés par le bruit des armes à feu, s’approchérent des Anglois, & voyant 
Jeur Bufle mort, ils parurent fort afligés de cette perte. Cependant ils 
marquèrent fi peu de füurprife à la vûe d'une troupe d’Etrangers, que l’Ami- 
ral ne douta point qu’ils ne fuient accoutumés au commerce des Européens. 
Après leur avoir fait quelques excufes de la :1ort de leur Bufle, & leur à- 
voir offert un préfent pour les appaifer, il donna ordre que les onze Indiens 
de Noffaferes fuffent amenés au rivage. Ils n’avoient pas reconnu cette Ra- 
de, & l’on s'étoit déterminé par compaflion à les mettre à terre dans quel- 
que autre lieu. Mais lorfqu’ils eurent apperçu des hommes de leur efpéce, 
ils n’attendirent point le retour de la Chaloupe, & fe jettant à la nage, ils 
témoignèrent leur joye par toutes fortes de marques. Ils racontèrent aux 
autres le fervice qu’ils avoient reçu des Anglois, & l’Amiral s’en apperçut 
bientôt au changement de leur vifage. L’amitié & la familiarité s’établirent 
tout-d’un-coup. Ils offrirent aux Anglois de les conduire à leur habitation, 
en leur faifant entendre que la principale Ville n'étoit pas fort éloignée. 
Mais Keeling qui ne penfoit point à s'arrêter dans leur Ifle, fe contenta de 
leur faire connoître le befoin qu’il avoit d’eau. Ils s’'empreflèrent de condui- 
re fes gens vers une petite Rivière, qui pañoit aflez près de la Baye fans 
s’y décharger. On fit faire fur le champ quelques traîneaux, qui abrégèrent 
beaucoup les difficultés du chemin. Pendant qu'on étoit occupé de ce tra- 
vail, l’Amiral confentit que Stretcher allât jufqu'à l'habitation , accompagné 
d’un fort petit nombre d’Anglois, & de trente ou quarante Infülaires, qui 
paroifloient charmés de leur vifite. Il y fut reçu avec des carefles & des 
témoignages de reconnoiffance qu'on ne feroit pas für de trouver, De le 
même 


X 


lieuës ; & 
fait obfer. 
t point cf- 


al fe déter-x Bù 
_ Inc lui M 
es s'étoicnt 
A Rade où 
nu pas moins 
cette poli- 
ent auili-côt 
& fe fut-il 
oient le fa- 
L’allarme 
de fe jetter 
ntôt paroi- 
ans la Cha- EM 
débarquant. Bu 
e entendre, 
utoit fi c'é- 
es il paroif- 
PP ondie, 
L'Amiral 
rs Infüulaires 
, & voyant 
spendant ils 
, que l’Ami- 
Européens. 
& leur 2- 
onze Indiens 
nu cette Ra- 
è dans quel- 
eur efpéce, 
a nage, ils 
dtérent aux 
en apperçut Rs 
s'établirent PA 
habitation, M 
rt éloignée. 
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fuivant 
troit de 
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haute r 
Eft qua 
diftanc 
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jours 2 
quoiqu’ 
na. 
Nord-E 
Nord, 
lieuës : 
Nord-E 
quart à 
de lon; 
Gioailia 
glois a 
ze licuë 
quatre 
de l’Ifle 
VER 
ment Ce 
envoyo 
Prince. 
“reconnt 
avoient 
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mais K 
fens. 1 


ri 4 
étoit auf 


| } 


: 
e 
| 4 


INDES ORIENTALES, Lav. 111. Cnar. IV. Lit 


même fervice, dans les Nations les plus policées de l'Europe. Ils revin- 
rent chargés de préfens, & ces tranfports d'amitié ne fe démentirent point 
jufqu'à leur se eh | 

[Les côtes méridionales & les plus hautes de Célèbes, & la pointe Oc- 
cidentale de Defolam , s'étendent Nord-Nord-Oueft & font féparées par 
une diftance de ro ou 12 lieuës. L'extrémité Occidentale de Defolam, & 
la baffe pointe Orientale de Célèbes, qui eft la plus proche du détroit, que 
tent Sud quart à l'Oucft, & font éloignées 12 ou 14 lieués l'une de l'au- 
tre. La côte de Defolam eft à peu rès Sud-Oucft, fon extrémité Orienta- 
le, avec les Ifles qui forment le détroit, & l'extrémité Oricntale de Célé- 
bes, paroiflent être dans une ligne droite, portant prefque Sud &. Nord.] 

EN fortant de la Baye , on continua de ranger le rivage jufqu’à l'extrémi- 
té de l’Ifle, & le 26 au matin, on découvrit Cambina, qui CE pa être, 
fuivant le calcul de l'Auteur, à plus de vingt lieuës au Nord-Eift, du Dé- 
troit des Célèbes. A une heure après-midi, ils étoient Nord-Eft quart au 


À x#æ Nord, à huit lieuës de la Pointe Occidentale de cette Ifle, [où il y a une 


17 


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La: Ar EEE 


haute montagne ronde: Ce qu'ils virent du côté Occidental, s'étend Sud- 
Eft quart au Sud, & la partie Orientale porte Sud-Eft, quart à l'Eft, à une 
diftance qui eft pour le moins de 8 lieuës. ] Le lendemain, ils avancèrent 
fort peu; mais ils découvrirent la terre au Nord fans la connoître. Deux 
jours après , ils apperçurent beaucoup plus diftinétement la même terre, 
quoiqu'ils ne fuffenc point encore à plus de douze lieuës à l'Eft de Cambi- 
na. À force de s'approcher, ils diftinguèrent d’abord deux Ifles à l'Eft- 
Nord-Eft. La plus grande , qui n’étoit déja qu’à cinq lieuës , Eft quart au 
Nord, préfente trois ou quatre Promontoires. L'autre lfle eft à. fept ou huit 
lieuës au Sud de ces hauteurs ; maisde la Pointe Eft de l’une jufqu'à la Pointe 
Nord-Eft de l'autre, il n’y en a pas plus de trois. A huit lieuës au Sud-Eft 
quart à l'EfE on apperçoit un banc de fable, qui n’en a pas moins de dix (r) 
de longueur. [Il y a beaucoup d'apparence que ces Jfles font celles de 


Gioailiam ; à moins qu’on n'aime mieux donner ce nom à celles que les An- 


glois avoient apperçues entre les Noffaferes & les Le 30, à dou- 
ze licuës de la dernière Pointe du Nord, ils virent l'Ifle de Tikabaffa ; & 
quatre lieuës au Nord- Eft quart au Nord, ils découvrirent la Pointe Eft 
de l’Ifle de Button. 

Vers la nuit, ils virent arriver une grande Barque, que les Indiens nom- 
ment Caracol, chargée de quarante ou: cinquante hommes que le Roi de Button 
envoyoit à la découverte. Ils étoient conduits par l'oncle (5) même de ce 
Prince. Sidall & Spalding, qui avoient déja paflé dans cette Ifle , furent 
reconnus de la plûpart de ces Indiens, [ & vantant à Kceling l'accueil qu’ils 
avoient reçu de leur Prince, ils le déterminérent à mouiller l'ancre au 
premier Port. On füivit la Barque Indienne, qui entra dans une Rade com- 
mode au Sud-Eft deFIfle. Ce lieu n’étoit point éloigné de la demeure du Roi, 
mais Keeling fe contenta d'y envoyer Sidall & Spalding avec quelques pré- 
fens. Pendant leur abfence, il trouva que les richefles de l'Ile ne valoient 


pas 


Cr) Angl. de fix, R. d. E. corde pas avec que dit le Traduéteur, dans 


(s ) L'Original ajoute que le fils du Roi l'addition qui fuit immédiatement, KR, d, E, 
étoit aufli dans cette barque, ce qui ne s'ac- 


K£RLIN A, 


1609, 


Ifle de Cam- 
na. 


Diverfes Ifles; 
prifes pour 
celles de Gio- 
ailian. 


Ifle de Button: 


Les Anglois 
y relächent, 


119 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Keeuixo, pas la peine qu'il avoit prife d'y relâcher, Ce détour inutile l'expofa encore que de 
1609. aux importunités du Roi, qui accompagna Sidall & Spalding à leur retour, qui n'e 
pour folliciter les Anglois de lui preter leur fecours contre les Infüulaires de M life € 
Embarras  "Fikabeffa, dont il avoit reçu plulicurs outrages. La caufe de leur querclle BR cre da 
sr da venoit d'un accident fort fingulier. Le Roi de Button étoit fans enfans, quoi. D revint 
ri que dans l'efpérance de s'en procurer il eût pris un grand nombre de fem. couve 
mes, Quelques Devins qu'il avoit confultés fur cette difgrace de la nature, X"qui pri 
lui ayoient déclaré qu'il ne pouvoit devenir père qu'avec une femme Etran. née de 
gère qu'il auroit enlevée à fon mari. Il n'avoit pas balancé à fuivre ect Ors. pasan 
cle, & pallant dans l'Ifle de Tikabefla, avec un petit nombre de gens filé. vit Pu 

les, il y avoit vecu caché pendant quelque tems , pour chercher l'occafion Enfin 

de choifir une femme agréable & de l'enlever fans bruit, Son choix éto't “ vant, 
tombé fur celle d'un des plus proches parens du Roi, & la Fortune l'avo’: aufli F 
fecondé fi heureufement, qu'il l'avoit amenée à Button. Mais par d'autres XF on tro 

incidens, dont l’Auteur ne fut point informé, l'Indienne qui regrettoit an- pointe 
paremment fon premier mari, fe déroba au Ravifleur & trouva le moyen urée ch 
de repañler dans fa Patrie Elle ctoit groffe alors de plufieurs mois, Etant de dift 
accouchée dans la fuite, de deux fils, le Roi de Button qui s'en croyoit 1: ls LE 

père, les fit demander au Roi de Tikabefla. Sa prière fut rejettée, non-feu- Ville, 

lement pour le punir de la violence qu'il avoit employée dans les États d'au- rivée, 
trui, mais pour fatisfaire aufli le premier mari & fa femme , qui prétendoient Jerie < 
avoir eu ces deux enfans l'un de l'autre. Les reproches infultans, dont ce M duit au 
refus avoit été accompagné, étoient devenus un jufte prétexte pour employer Bi du Roi 
ouvertement les, armes. Le Roi de Button avoit centé plufeurs defcentes qui JM meil € 

lui avoient mal réuñi. Il avoit eu recours enfuite à l'artifice, en faifant pal. quet, 


Fe 


jan 


fer fecrétement à ‘Tikabeffa quelques gens armés, qui lui avoient promis d'en. JM fut auf 
lever l’Indienne & fes enfans. Mais les uns avoient péri dans l'entreprife, & M FR el 
les autres étoient encore prifonniers dans l’Ifle ennemie. T'els étoient les ou- M ” 


trages dont le Roi de Button fic des plaintes aux Anglois , & pour la ven- M blifèm 
geance defquels il leur demandoit le fecours de leurs armes. # a vid 
Les Anglois K£EELING quine vitaucun avantage à fe mêler dans cette querelle, & qui loufie 
ul fe  nenreconnut pas clairement la juftice, apporta au Roi bo raifons qu'il qu il Le 
content de avoit pour s’en difpenfer. Elles ne ledélivrèrent pas de quantité d'inftances, ide De 
leurs échan- ui fe réduifirent enfin à la prière de lui vendre de la poudre & quelques fu. mefure 
ges. ds. Les Anglois n'avoient pas fait jufqu'alors aflez d'ufage de leur poudre A 0388 
pour craindre d'en manquer. Ils en donnèrent au Roi cinquante livres, qui px ss 

leur furent payées fort libéralement. Mais comme ils marquoient moins de . () 
facilité à fe défaire de leurs armes, ce Prince offrit à Keeling, pour en ob- iles 

tenir deux, un collier de grofles perles , qui furpañloit la valeur des deux _ À | 

meilleurs canons du Vaïfleau. Ce prix nie l'Amiral Anglois fi traitable , ar 

que fe croyant obligé à quelque retour de juftice autant que de générofité, il ta 
donna au Roi quatre fufils pour fon collier. ] EAN 

| PS di da Sent ni ne payer 

Ie de Bur- Le 3 de Février, les Anglois fe trouvèrent par leurs obfervations à 4 de- aucun 
FA peSuenee grés 25 minutes de latitude. Le 4, ou matin, ils apperçurent l'Ifle de Burro, 
PUS à fept lieuës de diftance. Le vent n'étant pas favorable pour Banda, on dé- 
libéra s'il ne valoit pas micux gagner les Ifles Moluques (i), fur-touc lorf- (0)! 
que Vaiflau 

C#) Angl. Le vent n'étant pas favorable Bauda, KR, d. FE. - 11 

pour Îcs Moluques , on réfolut de gagner | 


SR 


Re D 


pet, 


à encore 
retour , 
laires de 
querelle 
18, quoi- 
de fem. 
| nature, 
e Etran: 
cet Or. 
ens filé- 
l'occalion 
oix éto'! 
1e l'avoi 
d'autres 
ttoit ap 
le moyen 
s, Etant 
croyoit le 
non-feu- 
tats d’au- 
tendoient 
, dont ce 
employer 
entes qui 
ifant pal: 
mis d'en- 
eprife, & 
nt les ou- 

la ven- 


le, & qui 
ifons qu'il 
nftances, 
clques fu. 
r poudre 
res, qui 
moins de 
pur en ob- 
des deux 
traitable , 
érofité , il 


s à 4 de- 
de Burro, 
a, on dé- 
touc lorf- 

que 


ca 


PR 


dE, 


a 
Le 


pets 


x 


X$on trouve toûjours au moins fix brafles & demi d'eau. 


rivée. 


Se 


TS un 


INDES ORIENTALES, Liv. III Cunar, IV, 113 


eue de la Pointe Orientale de Burro on commençoit à découvrir Amboyne, 
qui n'en eft qu'à douze lieuës. On voyoit en même tems, fort à découvert, 


life Cloy, qui eft à quatre lieuës au Sud de Burro. [Le foir on jetta l'an- 


cre dans cette réfolution, Mais le vent ayant change pes la nuit, on 
revint au deflein de fe rendre direétement à Banda, ] Le 6, après avoir dé- 
couvert clairement Amboyne, qui eft fituce à l'EfE quart au Nord de Burro, & 


p#qui préfente environ dix lieuës de longueur vers l'EfE, [où elle eft environ- 


née de plufieurs autres Ifles, ] on apperçut la haute terre de Banda. Elle n'eft 
pas à moins de en lieuës de la Partie Orientale d'Amboyne, Le 7, on 
vit Pulo Rin, ou l'Ifle de Rin, & Puloway, qui n'en eft qu'à trois lieuës. 
Enfin l'on entra, le 8, dans la Rade & dans le Port de Banda, en obfer- 


aufli près qu'il fût poñlible des plus 


vant, [füuivant l'avis du Pilote Does) de s'approcher, du côté du Nord, 


lautes montagnes, au pied defquelles 
[ Au Nord de la 
pointe Orientale de Pulo Rin, il y a une petite [fle baffe, Puloway, & l'en- 
trée de la Rade s'étendent à l'Oueft, cirant au Nord, & font à trois licuës 
de diftance. ] 

Les laéteurs du Comptoir Hollandois, & la plûpart des Fabitans de la 
Ville, accoururent fur le bord du rivage, pour féliciter l'Amiral de fon ar- 
[ Il répondit à leurs complimens par une décharge de toute l'artil- 
lerie du Vaifleau. | Dès le lendemain, étant defcendu à terre, il fut con- 
duit au Palais du Roi par le Scha Bandar. Il remit à ce Prince une Lettre 
du Roi d'Angleterre, & fes QUES ui étoient une belle coupe de ver- 


meil doré avec fon couvercle, un cafque fort orné & un trés-beau mous- 
uet, qui avoit couté feul Mo pe dollars. 
fu aufli gracieux que l'appare 


L'accueil qu'il reçut du Roi 
en fut magnifique. 
rent eux-mêmes qu'ils n'avoient rien vû de fi pompeux dans cette Cour. 
KEELING s'occupa les jours fuivans à régler les conditions pour l'éta- 
blifement d’un Comptoir Anglois & pour la conftruétion de l'édifice, Ilne 
remarqua point, dans ces premiers Jours, que fon arrivée caufüt de la ja- 
loufie aux Hollandois. Il reçut même leurs confeils pour le fuccès des vûües 
qu'il avoit déclarées. Mais il ne fut pas long-tems à s'appercevoir que dans 
tous les lieux où ils font établis, la prudence fert peu à prendre de bonnes 
mefures, fi elle n’eft foûtenue par une grande profufion de préfens. Dans les 
Voyages qu'il fit à Urtatan & à Lantor, pour conférer avec les Marchands 
du Pays fur le prix des marchandifes, il fut continuellement obfedé par Nakha- 
da (v) China, Efpion des Hollandois , qui fous prétexte de le fervir en lui pro- 
curant les moyens de faire promptement fa cargaifon, lui fufcita au contraire 
mille fortes de diflicultés. A Lantor, on lui demanda cent quatre-vingt (x) 
piéces de huit pour le droit qui fe nomme Serepinang. Enfüuite, lorfqu'il pro- 
pofa du moins qu'il lui fût permis de metre à fon drap le meilleur prix qu'il 
pouroit , on lui parla d’un autre droit, nommé Xouba Rouba, qu'il falloit 
payer avant que de commencer fa vente. L'Amiral protefta qu'il ne refuferoit 
aucune demande, lorfqu'elle lui paroïtroit jufte, où d’un ufage établi; mais 
à 


: + Nakhada fignifie Capitaine ou Chef de 
aficau. 


IL Part. P 


(x) Angl, cent-quarante. KR. d, E, 


Pulo Rin, 


Puloway, 


Les Anglois 
arrivent à 
Banda, 


Préfons de 
l'Ammiral au 
Roi. 


Les Hollandois confeflé- ‘ 


Il fe défie 
des Hollan- 
dois, 


Difficultés 
qu'ils lui fut 
citcnt, 


K£&rLIiNo, 


1609. 


Arrivée de 
trois Vaif: 
feaux Hollan- 
dois, & leur 
difgrace, 


La fermeté 
de Kceling lui 
fuit obtenir ce 
qu'il defire, 


114 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


à fon retour il voulut que cout le Pays :'ongageñt à lui faire dans l'efpace de 
uatre mois fa cargaifon de noix & de fleur de mufcade , à cent dollars le 
ti, Et voyant que les difficultés ne faifoient qu'augmenter , il déclara que 
puifqu'on ne cherchoit qu'à prolonger le tems, dans l'efpérance apparem- 
ment de l’arrivée d'une i'lotte Hollandoife, qui lui paroifloit néanmoins fort 
douteufe, parce + la Mouflon étoit prefque pañlée, & que les vents d'Eft 
commençoient déja, il ne donneroit pas plus de quatre-vingt piéces de huit, 
On fe dif nfa froidement de répondre à cette déclaration | mais ce ne fut 
pas fans donner quelques marques de dépit & d'averfion. 

Le 16, il arriva trois grands Bâtimens Hollandois , qui fans avoir jetté 
l'ancre, firent une décharge de toute leur artillerie ; l'un de trente, l'autre 
de feize, & le troifième de neuf piéces de canon. Deux de ces trois Vaif. 
feaux venoient de Ternate, où ils avoient perdu Paul van Carden, leur Ami- 
ral, avec foixante-dix hommes, pris par les Efpagnols. Les Hollandois of 
frirent 50000 dollars pour fa rançon ; mais la feule compofition que leurs 
Ennemis voulurent accepter , fut la reftitution du 'ort de Machian que cet 
Amiral avoit pris fur eux. 
s'être ainfi préfentés à l'entrée de la Rade, Cette montre de leurs forces fit 
prendre aux Hollandois du Comptoir des apparences encore plus affeétées 
de politeffe & d'amitié pour les Anglois.] Îls envoyèrent viliter Keelin 

ar un de leurs principaux Chefs; & les Officiers des deux moindres Vaif- 
aux l'étant venu voir le lendemain für fon bord, y demeurèrent à fouper, 


Ce 


[Les trois Vaifleaux entrèrent dans le Port, après ñ 


# 
% 


4E7 


Cependant un Soldat Anglois, [qui fçavoit forc bien leur Langue , & qui& M 


s'étoit mêlé avec leurs Matelots,] rapporta le même jour à fon Amiral que 
leur deffein étoit de le furprendre & de fe failir de fon Vaifleau avant la fin 
du mois. 
ON vint renouveller à Keeling la demande du Rouba Rouba. 11 perfifta 
dans fon refus. On revint lui déclarer que le Confeil s'étoit affemblé , & 
ue tar une Délibération irrévocable en avoit réfolu de lui ôter la liberté 
à À las , S'il s'obftinoit à ne vouloir pas donner plus de cent dollars. 
Sa réponfe fut qu’il partiroit fans avoir chargé un grain de poivre, plûütôt 
que d'aller au-delà de cette fomme. On reparut bientôt pour lui dire qu'on 
confentoit enfin à prendre cent dollars pour le ati d'épices, trois cens qua- 
tre-vingt dollars pour le Rouba Rouba , & cinquante dollars pour le Serepi. 
nang ; fans y comprendre néanmoins le droit des quatr2 Scha Bandars , qui 
fe nomme le Pifälin, & quatre pièces de SerrgfJa , ou de Pintade Malayenne. 
Après cette convention, on régla la valeur des monnoyes; ce qui fit naître 
encore des embarras, parce que le trebech & les réales de huit fe trouvoient 
trop légères. Enfin cet obftacle étant levé par des évaluations fort juftes, 
on commença à pefer les épices. Pendant que les Anglois prefloient ce tra- 
vail, les Hollandois des trois Vaiffeaux firent leur prix, qui fut de cent dol- 
lars pour le Kati d'épices, trois cens (y) pour le Kouba Rouba, & cinquan- 


Vaiffeau Por. te pour le Serepinang, avec quatre piéces de drap. 


tugais échap- 


pé à la tempé- 
te, 


[IL arriva dans cet intervalle un Vaiffeau Portugais de Goa, quiavoit été 
fi maltraité, le jour & la nuit d’auparavant, par une affreufe tempête, que 
n'ayant 


(y) Angl, quawe cens. KR. d, E, 


F 


Fe 


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dollars le 
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ce ne fut 


voir jetté 
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8 dx fe 
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à fouper. 


e, & qui | 


\miral que 
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Il perfifta 
mblé, & 
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s cens qua- 
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dars , qui 
alayenne. 
i fit naître 
trouvoient 
ort juftes , 
jent ce tra- 
e cent dol- 
& cinquan- 


pête, que 
n'ayant 


ui avoit été 


4 


° 
LA 


EN 


INDES ORIENTALES, Liv, IN Car, IV, 115 


n'ayant point eu d'autre aile à choifir, il venoit fe radouber à Banda. Sa 
cargaifon n'étoit pas précieufe ; il portoit du ris & des évoffes de la Côte 
de Canara; mais il avoit à bord quantité de Paflagers, entre lefquels on 
comptoit plufieurs Oficiers de diftinétion avec leur famille. Ils étoient déja 
informés de la paix entre la France, l'Éfpagne & la Hollande ; cependant 
leur haine pour les adverfüires de la cp Romaine leur fit éviter pref- 
qu'également le commerce des Anglois & des Hollandois. Comme ils é- 
toient dans le beloin de mille chofes qu'ils ne pouvoient efpérer des Natu- 
rels du Pays, Kecling, fans s'arrêter à leurs préventions , prit un jour l'oc- 
cafon de leur offrir fes fervices. Leur Capitaine les refufa , dans des ter- 
mes qu'il n'avoit pas choilis pour les plus civils. Il fe nommoit Dom Blas 
d'Argentra; mais un Gentilhomme , qui écoit à terre avec lui, parut plus 
fenfible à des honnêterés fi gratuites. 11 fuivit l'Amiral Anglois, & l'ayant 
remercié au nom de fes Compagnons , il lui demanda s'il fe propofoit de 
retourner bientôt en Europe, Keeling lui dit qu'il n'attendoit que la fin de 
fa cargaifon. Je m'appelle Barbeés, reprit le Portugais , je cherche à re- 
agner ma Patrie avec ma famille & les débris de ma fortune, Le Vaiffeau 
Ÿnnonciade, où mes chagrins m'ont forcé de m'embarquer , eft en fi mau- 
vais état que je tremble à lui confier plus long-tems ce que j'ai de plus cher. 
Si vous vouliez me recevoir fur le vôtre, & me jetter, foit à Madère, foit 
fur les Côtes de Portugal, je ne ferois pas difficulté de me fier à un homme 
dont les manières m'infpirent de l'eftime, & qui commande un Vaifleau de 
la Compagnie d'Angleterre. L’Amiral, encore plus porté à le fervir, ache- 
va de lui gagner le cœur , en lui à ae que lui & la plûpart de fes Ma- 
telots étoienc Catholiques. 11 lui déclara néanmoins qu'irrité comme il de- 
voit l'être contre les Portugais, qui lui avoient enlevé dix-huit hommes & 
la cargaifon d'une Pinaffe, 1] auroit été peu porté à prévenir fa Nation par 
des politefles, dans tout autre cas que celui où il avoit vû fon Vaifleau. 
Enfin loin d’étre rebuté par la groflièreté du Capitaine, il l'affüra que le 
défir d'obliger un honnéce“homme fe joignant à fes principes naturels de gé- 
nérofité & d'honneur, il ne balançoit point à lui promettre de le débarquer 
à Madère. 

Cer Officier, fuivant le récit de Kecling, qui continua de le voir fami- 
lièrement pendant plus de fix femaines, étoit un des hommes du Monde à 
qui il eût connu le plus d'efprit & de vertu. Il avoit été Commandant du 
Fort de Saint-Philippe à Goa. Sa difgrace avoit commencé par une querelle 
de fa femme avec celle du Viceroi , qui étant d'un orgvell {nu ortable , 

uoique fort inférieure à la fienne par la naïiffance & les agrémens du corps, 
exerçoit une tyrannie dont les autres femmes étoient révoltées. Le Viceroi 
avoit éxigé que Barbefés fit des réparations à cette fière Vicereine, pour quel- 
ques défauts de refpeét & de foûmiffion dont elle accufoit la Commandante, 
Le différend étoit pafé d'un féxe à l’autre. Barbefés, qui ne croyoit pas fa 
femme coupable, avoit pris fes intérêts avec tant de chaleur, quele Viceroi 
l'accufant à fon tour de défobéiffance & de révolte, l’avoit fait arrêter, & 
lui avoit fait faire fon procès. Il en auroit coûté la vie à ce malheureux Com- 
mandant, fi les emportemens de la Vicereine euffent été fuivis. Mais le 
Confeil de Goa, pefant fon mérite & fa vertu, avoit borné fa Sentence à 
deux années de prifon, qu'il avoit nes dans fon propre Fort. Son Ofice 
2 avoif 


Kuetine, 


1609. 


Keeling ou. 
blie les retlon- 
timens à la vûe 
de leurs milé- 
res, 


Il fait une 
aétion géné: 
recule, 


Malheurs 
d'un Officier 
Portugais, 


KeuLING, 
1609, 


PDémélés des 


Anglois avec 
les Hollan- 
dois. 


6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


avoit été rempli par un homme dévoué à la Vicereine , qui s'étoit efforcé 
par fes mauvais craitemens, de fuppléer à la rigueur dont elle fe plagnoie 
que le Confuil avoit manqué, Ses biens avoient beaucoup foufferc dans cet 
intervalle, En forcant dela prifon, où il n'avoit pas méme eu la liberté de 
voir fa femme, il l'avoit trouvée réduite à vivre avec fus enfans, des libé- 
ralités d'un parent forc riche, dont le Ciel avoit enfuice permis la mort, 
pour rencre par fon héricage une partie de fon éclat à cette famille afili- 
gée, Il n'avoic rien eu de fi preflant que de convertir toute fa fucceflion 
en or & en pierreries, ®& de monter fur le premier Vaifleau qui étoit forti 
du Port, 

K£e&LiING joint ici plufieurs réfléxions fur l'abus du pouvoir dans les Ré 
gions éloignées, Mais cet éxemple lui paroît moins odieux que celui dont le 
méme Officier fut encore le fujec, I fembloie qu'étant libre fur le Vaifieau, 
ilne lui reflät plus qu'à faire pañler fa famille & fes biens à bord de l'Ami- 
ral Anglois. Cependant à peine eût-il fait l'ouverture de fon deflein à Blas 
d'Argentra, qu'il trouva des ordres donnés pour arrêter fa femme & fes en- 
fans; & lorfqu'il en porta fes plaintes à ce Capitaine, il n'obtint pour répon- 
fe que des reproches & des menaces. Non-feulement on lui fit un crime d'ef- 

érer plus de füreté fous le Pavillon Anglois que fous celui du Portugal, mais 
Éupgonnant que fes chagrins lui avoient fuit naître la penfée de s'écublir en 
Angleterre, on porta la dureté jufqu'à lui faire craindre d'être accufé de tra- 
hifon, 11 fe crut obligé de juftifier fes intentions par la facilité même avec 
laquelle il afFeéta d'abandonner fon entreprife; & pee effacer des foupçons 
encore plus dangereux, il engagca Keeling à rendre une vifite au Capitaine 
d'Argentra, dans laquelle il le pria de déclarer à tous les Portugais du Vaif- 
feau, que lui-même & la plüpart de fes gens écoient de la Religion Romai- 
ne. Mais fi cette démarche adoucit le Capitaine, elle ne lui rendit point af 
fez de confiance pour accorder à Dona de Barbefés & à fes enfans la liber- 
té de defcendre fur le rivage. Kecling fut fi irrité de cette tyrannie, qu'il 
offrit à Barbefés de lever l'ancre après le Vaifleau Portugais, & de fuivre 
d'Argentra, pour lui faire entendre raifon par la fupériorité des armes. ] 

LE 23, Keeling fit un Traité fecret avec le-Chef de Puloway, pour éta- 
blir un Comptoir dans cette Ifle; mais il fut obligé d'acheter cette faveur, 
en lui prétant trois cens piéces de huit, & d'en donner cent pour le Sera- 
pinang, avec quatre Pintades Malayennes. Les Hollandois n'eurent pas plu- 
tôt appris cette convention, qu'ils employérent toutes fortes de moyens pour 
la traverfer, Ils devinrent beaucoup plus redoutables le 29 , lorfqu'il leur fut 
arrivé dans la Rade, fix gros Vailleaux & deux Pinafles. Cependant l’A- 
miral Anglois, qui ne vouloit rien avoir à fe reprocher, les falua de neuf 
coups de canon, auxquels ils ne répondirent que de trois. 

IL continua de tédler fes intérêts, fans paroître fenfible à leur mauvaife 
humeur, Ayant reçu de Puloway deux cens vingt-cinq Katis de fleur de 
mufcade , & treize cens fept Katis de noix, qu'il paya fidélement, il mar- 
qua les facs de la lettre B, pour les diftinguer. On reconnut, quelques jours 
après, combien cette précaution avoit été néceflaire. Il arriva, Île 4 d’A- 
vril, deux petits Vaifleaux L'iollandois, [qui fe voyant foûtenus par le grand# 
nombre de Bätimens qu'ils avoient dans le Port, & faifant valoir des affai- 
res qui les obligeoient de fe preffer, entreprirent de charger toute la mufca- 
de 


de qu'i 
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OI» 


pl : 1 

fe té défier 
; vent 0 
vintage 


t eforcé 
plargnoie 
dans cet 
iberté de 
des libé- 
la mort, 
ile affli- 
ucceflion 
toit forti 


s les Ré- 
ii dont le 
Vaiflvau , 
le l'Ami- 
in à Blas 
X fes en- 
ur répon- 
rime d'ef- 
igal, mais 
œublir en 
fé de tra- 
ime avec 
foupçons 
Capitaine 
s du Vait- 
mn Romai- 
L point af: 
ns la liber- 
nie, qu'il 
de fuivre 
res. | 
pour éta- 
€ faveur, 
le Sera- 
it pas plu- 
yens pour 
1l leur fut 
dant l’A- 
, de neuf 


mauvaife 
> fleur de 
, il mar- 
ques jours 
le 4 d’'À- 


r legrand# 


des affai- 
: Ja muica- 
de 


INDES ORIENTALES, Law, IIL Cnav, IV. r1» 


de qu'ils trouvèrent prête à leur arrivée, Celle des Anglois n'auroit point été 
relpeclée , fi les Gardes que | Amiral y avoit laiffés euflent été capables de 
fe rendre aux promefles & aux menaces, où d'écre crompds par la fuppoli- 
don d'un accord encre les Amiraux des deux Nations, Fieureufement Kecling 
fe rendic a terre dans ces circonftances, El prie un ton fi ferme, qu'on cela 
de le prefler.] Le même jour (&), Pierre Hiliamjon F'anhoof (a), Amiral de 
la grande lotte Hollandoife , étanc defcendu pour la premiére fois fur le ri- 
vage, les Vaifleaux de I lollande le faluèrent de trente coups de canon ; mais 
Keeling ne le falua que de cinq. 

Vannoor remit à la Cour une Lettre du Comte Maurice, qui ne fut ac- 
compagnée d'aucun préfent, À l'éconnement que le Scha Bandar en témoi- 
gna, il répondit que le préfent avoit été oublie fur fon Vailleau, La Lettre 
cuit en Portugais. Keeling fit remarquer au Seha Bandar que c'étoit moins 
une Lettre de civilité & d'amitié, qu'un ordre de rauifier cout ce que l'Ami- 
ral & fon Confeil régleroient en vertu de leurs pouvoirs, Elle étoic écrite 


Hiur du papier ordinaire, fecllée au-deffous & toute ouverte, [En effet il pa- 


rut bientôt les Hlollandois n'étoient point arrivés en fi grand nombre a- 
vec de fimples vües de Commerce, & qu'ils croyoient les prières peu né- 
ceflaires lorfqu'ils avoient deffein d'employer la force. ] 

(b) Le 11, ils conféillérent aux Anglois de finir promptement leur car- 
gailon , fans leur expliquer le fens de ce confeil; mais Keeling croyant dé- 
couvrir à leurs mouvemens qu'ils méditoient quelque entreprife extraordinai- 
re, hüta l'ouvrage par des ordres fort preflans, Ain, non-feulement les 
Anglois ne purent apporter beaucoup de choix à leurs marchandifes, mais 
la Heur & les noix de mufcade n'ayant point le tems néceflaire pour fuer, 


æfurent expolés à s'altérer beaucoup dans le voyage. [Pendant deux jours 


qu'ils employèrent à ce travail, ils obfervérent peu les démarches des Hol- 
landois.] Le 12 au foir, Keeling reçut un Meflager du Scha Bandar , qui le 
prefloit de fe rendre à cerre avec une puiflante efcorte, !'obfcurité de cette 
prière, & les embarras qui l'occupoient, lui firent remettre fa réponfe au 
lendemain ; mais ayant été fupplié par un autre Meflage de ne pas attendre 
que la nuit fût pañée, il prit le parti, vers la pointe du jour, de fe mettre 
dans fa Chaloupe avec quinze de fes plus braves gens. Le Scha Bandar fe 


dtrouva fur le rivage pour le recevoir ; [& l'ayant conduit jufqu'à fa propre 


maifon, il commença un difcours dont Keeling étoit fort éloigné de prévoir 
la conclulion. Après avoir fait des plaintes amères de la violence & de la 
hauteur des [ollandois, qui n'étoient venus jufqu'alors à Banda que pour y 
régner par la force, il affüra qu'ayant pénétré leurs nouveaux delleins, il ne 
douvoit pas que tant de Vaiffeaux qu'ils avoient raffemblés dans le Port, n'y 
fuflent pour achever de mettre la Ville & l'Ile entière fous le joug. Enfin dans 
la nécellite de recevoir des Maîtres, ou de répandre beaucoup de fang pour 
s'en garantir, il offrit à Keeling de foûmettre le Pays au Roi d'Angleterre. 
Cette 


(3) Angl. le 9. R. d. E. 

Ça) Lenom de cet Amiral Follandois a é- 
té détiguré par les Auteurs Anglois qui l'écri 
vent Porbasf ; mais ilelt encore déliguré da- 
vantage duus cette Traduction: dans Forlocf 


P 3 


reconnoitroit-on Pérbosven qui eft le véritable 
nom dont il s'agit ? 

(b) La se, Scétion du Chap, 5. comme 
ce ici dans l'Original, KR, d. EL. 


KEARLIN) 


1009. 


Den in ue , 
Hollaunik l 
fur Lam le 


Onofic aux 
Anglois de les 
rendre mat 
tres de Hana, 


KEELING, 
1609. 
Propotitions 
de Kecling au 
Scha Banlar, 


Les Hollan- 
dois fe faifif 
fent de Banda. 


Ils y élèvent 
un Fort. 


Keeling fe 
plaint des vio- 
lences que fes 
gens cffuy- 
oient d'eux, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Cette pro ofition furprit l’Amiral Anglois. Dans l’état de fes offres, avecun 
feul Vaifleau & une pinaffe , il ne voyoit aucune apparence de pouvoir con. 
tefter l’'émpire aux Hollandois, qui n'avoient pas moins de deux mille hom. 
mes fur leur Flotte. Cependant, après avoir réfléchi quelques momens für 
une conjonéture de cette importance , il prit une réfolution dont on a beau. 
coup vanté la fageffe.] 11 s’efforça de faire comprendre au “A Bandar que 
dans l'inégalité préfente il ne falloit rien efpérer par la voye des armes. Ban- 
da étoit fans fortifications, les Habitans peu propres à la guerre, & les An. 
glois trop foibles pour les foûtenir contre une Flotte aufli puiffante que celle 
de Hollande. Mais avant que les Hollandois commençaffent leurs hoftili. 
tés, l'Ifle pouvoit fe mettre fous la proteétion de l'Angleterre, par une 


foûmiflion tranquille qu'il offroit de recevoir, [& contre laquelle il étoit per-4 


fuadé que l’Amiral Vanhoof n'auroit pas la hardiefle de réclamer. Ce feroit 
dans la fuite au Roi d'Angleterre à faire valoir fes droits, que la République 
de Hollande n'entreprendroit pas légèrement de contefter, Le Scha Bandar 
ne defiroit apparemment qu’une défenfe préfente ; & peut-être ne demandoit. 
il le fecours des Anglois contre ia Flotte de Hollande, ue ‘dans l'efpérance 
de fe délivrer d’eux facilement, lorfqu’il auroit employé leurs forces à re. 
poufler des Ennemis plus redoutables. Il feignit de compter peu für le parti 
que Keeling lui propofoit, & de ne pas même concevoir qu'un droit acquis 
par une foûmiflion volontaire pt être de quelque poids contre la force des 
armes.] Cependant après avoir paru fi impatient de voir Keeling, & pref: 
fant dans fes follicitations, il demanda deux jours pour délibérer fur fa ré- 
ponfe. Le 14 fe pañla tranquillement. Mais le 15 au matin, à la furprife ex- 
trême des Anglois & des Indiens, l'Amiral Hollandois débarqua douze cens 
hommes, qui s’avancèrent aufñli-tôt vers la Ville. Non-feulement il ne parut 
erfonne pour s'oppofer à leur approche, mais tous les Habitans ayant pris 
a fuite, [ Vanhoof affeéta de garder beaucoup de modération dans fa viétoi-4 
re. Il défendit à tous fes gens, fous derigoureufes peines, de caufer le moin- 
dre défordre; & fans marquer d'inquiétude de la part des Infulaires , il fit 
jetter à fa vûe les fondemens d'un Fort dans un lieu dont il n’avoit pas atien- 
du jufqu’alors à prendre les dimenfions. ] 

K£ELING efluya ce fpeétacle fur fon bord , fans aucune marque de re. 
ret; mais s'étant rendu au rivage le 18, il fit prier quelques Hollandois 
’un rang diftingué de le venir voir dans fa Chaloupe. Là, fans toucher 

à l'entreprife de leur Nation, il leur fit des plaintes fort vives des torts con- 
tinuels que les Anglois avoient reçus d'eux depuis que l'arrivée de tant de 
Vaifleaux les avoit rendus fupérieurs en nombre. Il ne demandoit quela fin 
de tant de violences ; car ce n'étoit point à Banda, leur dit-il, qu’il pouvoit 
éxiger des fatisfaétions : mais il les pria de fe fouvenir que l’Europe n'étoit 
point un Pays auquel ils euffent renoncé les uns ni les autres, & que le Roi 
d'Angleterre étoit aflez pu'ffant pour venger des injures qui ne le regardoient 
pas moins que fes Sujets. En même tems, pour faire connoître que rien ne 
balançoit les devoirs de l'humanité dans le cœur d'un Anglois, il les avertit 
que les Indiens étoient réfolus d'empoifonner les eaux, & qu’ils lui avoient 
fait confeiller eux-mêmes de n’en plus boire. Un procédé fi noble parut fai- 
re quelque impreffion fur les Officiers Hollandois. Ils promirent d’en rele- 
ver le mérite aux yeux de leur Amiral; & quelques heures après, ils revin- 
rent 


rent eff 
& des 
& com 
lequel 

dignati 
Leur ré 
ils co 
crainte 


des Ind 
loit que 
tre lap 
à four 
roient 
le tem: 
diens, 
la mufc 
les bre 
idée pt 
la mêm 
à quels 
! fans co 
MS chée, 
M il auroi 
MH landois 
A té der 
une eff 
ce, & 
autre F 
pour fl 
Angloi 
Orient: 
merçar 
tous le: 
ployer 
ce. 
plus f 
n’ôfoit 
leurs p 
Cal 


U X 


res, avecun 
pouvoir con. 
mille hom. 
momens fur 
on a beau. 
Bandar que 
armes. Ban- 
, & les An. 
Le que celle 
leurs hoftili. 
e, par une 
il étoit per. 
. Ce feroit 
République 
cha Bandar 
 demandoit. 
 l'efpérance 
orces à re. 
fur le parti 
droit acquis 
a ue des 
2, ref 
er fur & ré. 
furprife ex- 
douze cens 
ilne parut 
| ayant pris 


fer le moin- 
ires , il fit 
t pas aticn- 


ee de re- 
Hollandois 
ans toucher 
es torts con- 
de tant de 
it que la fin 
ail pouvoit 
ope n'étoit 
que le Roi 
regardoient 
que rien ne 
les avertit 
lui avoient 
e parut fai- 
d'en rele- 
L ils revin- 
rent 


ns fa viétoi-# 


INDES ORIENTALES, Lav, III, Cnar, IV. 119 


rent effeétivement avec la commiflion de faire des remercimens à Keeling, 
& des promeffes pour l'avenir. Cependant les Anglois ayant befoin de ris, 
& comptant d'en recevoir une provifion de Daton Puti, riche Indien avec 
lequel ils avoient des liaifons de commerce, ils apprirent avec autant d'in- 
dignation que de furprife que les Hollandois leur avoient enlevé ce fecours. 
Leur reffource étoit du moins dans les Marchands Javans de Banda, de qui 
ils comptoient d'en acheter ; mais ils les trouvèrent fi tremblans, dans la 
crainte d’être infultés par les Hollandois, que toutes leurs inftances n'en pu- 
rent rien obtenir. 

[DarTon Puti, qui étoit attaché aux Anglois par une fincère inclination, 
& qui ne fe reffentoit pas moins qu'eux de leur perte commune, vint trou- 
ver Keeling pendant la nuit. Entre plufieurs projets qu’il avoit imaginés peu 
rendre le Commerce libre, & délivrer fa Patrie du joug Hollandois, il en 

ropofa deux fur lefquels il infifta fort vivement. Le premier regardoit Kec- 
ing, à qui il confilloit de fe retirer dans quelqu’une des Ifles voifines, 
jufqu'au départ de la Flotte Hollandoife, & de revenir alors, avec la certi- 
tude de fe trouver en état, foit par fes forces , foit par le fecours 
des Indiens, de rafer le Fort des Hollandois & de les chaffer de l'Ifle. Il fal- 
loit que ce confeil vint du Scha Bandar, & peut-être du Roi-même ; car ou- 
tre la promefle d’armer les Indiens pour fon retour, Daton Puti s'engageoit 
à fournir fecrétement des provifions aux Anglois, dans l’Ifle qu'ils cho:fi- 
roient pour retraite, & leur offroit jufqu'à des femmes pour leur faire pafler 
le tems avec moins d’ennui. Le fecond projet, qui ne regardoit que les In- 
diens, étoit de les empêcher pendant toute la faifon fuivante de recueillir 
la mufcade, & de leur perfüuader qu'il valoit mieux laiffer pourir le fruit fur 
les branches que de le ag pour leurs Ennemis. Keeling trouva cette 
idée puérile , & fit fentir à Daton combien il feroit difficile de réunir, dans 
la même vûe, une infinité de gens, qui s’embarrafloient peut-être fort peu 
à quels Maîtres ils étoient foûmis, pourvû qu'ils vendiflent leur mufcade ; 
fans compter que les Hollandois, à qui cette conduite ne pourroit être ca- 
chée, en prendroient droit de rendre le joug beaucoup plus rigoureux. Mais 
il auroit eu moins d’éloignement pour la première, s’il n’eût cru que les Hol- 
tandois, en bâtiffant un Fort, s’étoient mis dans le droit où il avoit fouhai- 
té de mettre les Anglois par la foûmiflion volontaire des Habitans. C'étoit 
une efpèce de poffeflion, dont il ne lui appartenoiït pas d’éxaminer la jufti- 
ce, & qu’il ne pouvoit combattre par aucun titre. D'ailleurs ils avoientun 
autre Etabliffement aux Moluques , d’où ils pouvoient tirer affez de fecours 
pour l'emporter bientôt fur un feul Vaifleau, qui faifoit toutes les forces des 
Anglois. Enfin, ils avoient commencé à faire pañler tous les ans aux Indes 
Orientales des Flottes fort fupérieures à celles del’Angleterre; & ces Com- 
merçans fi tranquilles, qui affeétoient, dans l'orge , de vouloir ménager 
tous les intérêts & tous les droits d'autrui, ne faifoient plus difficulté d’em- 
ployer les armes & de méler les vâes de l'ambition à celles du commer- 
ce. Keeling n'ajoltoit point une autre objeétion, qui étoit peut-être la 
plus forte : c’eft qu'après tant d'expériences de l'intidélité des Mores, il 
n'ôfoit s’y fier aflez pour former une fi grande entreprife fur la feule foi de 
leurs promeffes. ] 

C&PENDANT le Fort des Hollandois s’avançoit de jour en jour, fans 
es 


KBRELING, 


1609. 


Deux partis 
propofés à 
Kceling pour 
chafer les 
Hollandois. 


Ilen rejette 
une qui lui 
paroît puérile, 


Il balance 
fur la feconde. 


KeeLzLING. 
1609. 
Ticrté des 

Hollandois a- 

près la con- 

{truétion de 

leur l'ort, 

Ils continuent 

de maltraiter 

les Anglois, 


Débauche de 
fix Matelots. 


Keeling les 
fauve du fup- 
plice, 


Les Hollan- 
dois entre- 
prennent de fe 
faire aimer. 


wo VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


les Habitans du Pays entrepriflent de s’y oppofer ; & la tyrannie de Van. 
hoof fembloit augmenter à mefure qu’il voyoit croître fon ouvrage. A Lan. 
tor, à Labakata, à Kemby , & dans tous les autres lieux où Kecling cherchoit 
de la mufcade, il avoit le chagrin de voir arriver les Hollandois prefqu'aufi. 
tôt que lui, comme s'ils euffent pris plaifir à l'obferver dans toutes fes démar- 
ches, & qu'ils euflenc réfolu de lui enlever toutes fes efpérances. [ Ils alloientæ 
fouvent juiqu'a linfulcer par des railleries, & le reffentiment des Anglois à. 
voit befoin à tous momens d'être réprimé par de nouveaux ordres. Keeling 
apprit nou-feulement de Daton Puti, mais du Scha Bandar même, que| 
l'Amiral Jlollandois avoit offert la paix aux Fabitans, à la feule condition 
qu'ils fermañlent l'entrée de leur Ile aux Anglois, [ ®& que même ils leurs 
donneroient pour ce:i 12000 Dollars. Ces offres furent rejettées.] Il 
falloit dévorer ces outrages , en attendant la fin d'une cargaiïion dont les 
Hollandois mêmes caufoient toutes les difficultés. Quoique les Indiens 
n'euflent point de troupes raffemblées , & qu'ils paruilent foûmis à tou. 
tes les loix de Vanhoof , il arrivoit mille occafions où leur haine écla. 
toit, Kecling ne manquoit point alors de prendre parti pour les Hollan- 
dois, du moins par les voies de la douceur & de la concihation. [Six de} 
leurs Matelots ayant conduit une Chaloupe à Kampon Aurat, pour y pren. 
dre quelques Marchandifes dans le Comptoir que Vanhoof y avoit établi, 
l'abondance des liqueurs qu'ils y trouvèrent les jetta dans une débau- 
che qui les rendit capables de toutes fortes d’excès. Ils forcèrent une femme 
& deux filles, en fe croyant quittes pour les avoir récompeniées ailez libé. 
ralement ; & fous prétexte qu'elles devoient les fouffrir fans peine après avoir 
été fi bien payées, ils fe prétendoient en droit de les retenir pendant le fe. 
jour qu'ils avoient à faire dans ce lieu. La femme étoit veuve & pafloit pour 
libertine. Mais les deux filles, qu’on la foupçonnoit d’avoir entraînées dans 
cette infime partie, firent entendre des cris & des plaintes qui attirèrent un 
Officier de la Juftice Indienne. Les Matelots, choqués de voir troubler leurs 
plaifirs, maltraitèrent cet Officier de pluficurs COUPS , & tuèrent un autre 
Indien qui fe préfentoit à fon fecours. Keeling étoit arrivé le même jour à 
Kampon Aurat. Quoique fon cortège fut fi peu nombreux qu’il ne pouvoit 
prétendre à rien par la force, les Faéteurs du Comptoir Hollandois vinrent 
le fupplier de fauver leurs Matelots de la fureur du Peuple. Ils étoient déja 
failis & renfermés. Dans le mouvement qui portoit toute la Ville à la ven- 
geance, il fembloit que leur fupplice fût infaillible avant la fin du jour. Ce- 
pendanc Keeling repréfenta fi vivement l’indulgence qu'on devoit à l'yvreffe, 
& tous les motifs qui pouvoient défarmer la Juftice, que par la force de fes 
raifons autant que par une fomme d'argent qu'il fit agréer aux Parens du Mort, 
il obtint la vie & la liberté des Coupables. Il avoit avancé la fomme dont il 
il étoit convenu avec les Juges Indiens; & ce ne fut pas fans difficulté qu'il 
fe la fit rembourfer. 

Vannoor ne laifloit pas de fentir que ne pouvant demeurer fans cefle à 
Banda, ni laifler dans fon Fort une Garnifon affez nombreufe pour tenir les 
Infulaires dans une foûmiflion forcée, il avoit befoin de regagner leur con- 
fiance & leur affeétion par la douceur. Son intention n'avoit jamais été de 
conquérir Banda pour y établir la domination des Hoilandois ; mais dans la 
vûe même qu'il fe propofoit, d'y faire un fimple magazin d'armes, &d’y laïf- 

1e; 


fer af 
bliffem 
Ce fut 
te. Il: 
Banda 
s'étoit 
la liber 
Fort ; « 
dienne. 
garde « 
Cette « 
çoit à | 
de du 1 
d'époul 
fans ap 
le voy: 
KEE 
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célébra 
me. I 
à foit qu’ 
la navi, 
IL f: 
Hollanc 
fent pa. 
leur An 
une Cor 
l’obligat 
Vaiflea 
Nackada 
les Patr 

Æ noms. 
fans y c 
de douz 
différen 
‘nemis q 
échappé 
landoïis 
fondre 
& de le 
Nac 
pas moi 
de leur 
qu'il av 
L'ordre 
teurs mé 
H[Dansu 
II. P 


X 


e de Van- 
e. À Lan. 
g cherchoit 
refqu'aufli 
s fes démar- 
Ils alloient} 
Anglois a. 
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ème ils leur 


ttées. ] Il 
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les Indiens 
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dois vinrent 
toient déja 
le à la ven- 
du jour. Cc- 
à l'yvrefe, 
orce de fes 
s du Mort, 
me dont il 
Hiculté qu'il 


fans cefle à 
bur tenir les 

leur con- 
mais été de 
sais dans là 
d'y Jaf- 


{er 


INDES ORIENTALES, Liv. II. 


dienne. 


le voyage des Indes pour trouver des Maris. 


célébration des mariages 


la navigation. ] 


de douze. 


échappé un feul à leur vengeance. 


& de le déiruire avant qu’il fût achevé. ] 


qu'il avoit avec les Habitans. 


II. Part. 


e 


Car. IV, 


fer affez de monde pour former une Colonie, il étoit à craindre que cet éta- Krerine 


{21 


bliffément ne fût pas de longue durée, s'il n'étoit. foûtenu que par la force, 
Ce fut apparemment cette réflexion qui le fit changer fubitement de condui- 
te. Il voulut que fes gens fe mélaifent fans affeétacion avec les Habitans de 
Banda, & qu'ils cherchaffent à s'en faire aimer. Il renonça au droit qu’il 
s'étoit attribué de régler le prix des marchandifes, & laifla aux Négocians 
la liberté ordinaire du commerce. Il invita le Scha Bandar à dîner dans fon 
Fort ; & pour ne pas l'expofer à violer fes ufages, il lui donna une fête à l'In- 
Enfin, il lui déclara que tous les Hoilandois qui demeureroient à Ja  Loix que leur 
garde du Fort, auroient la liberté de fe marier avec des femmes du Pays Amiral cta. 

Cette déclaration fervit également à perfuader aux Indiens qu’il commen- 
çoit à traiter de bonne-foi, & à faire defirer à fes gens de demeurer à la gar- 
de du Fort. Cependant, de peur fans doute qu'ils ne priflent tous le parti 
d'époufer des Indiennes, il promit que la première Flotte n'arriveroit point 
fans apporter quelques Européennes , s’il s'en trouvoit qui vouluffent faire 


KEELING admire que dans ce projet d= Colonie, la Religion fut comp- 
tée pour fi peu de chofe, ae ne laïlla pas même un Miniftre pour la 
pour les autres éxercices du. Chriftianif 

me. Ileft vrai, ajoute-t-il, qu'il n’en reftoit que deux fur toute la Flotte; 
foit qu’elle n'en eût pas apporté davantage, ou qu'ils fuffent morts pendant 


IL falloit malgré toutes ces attentions, que les Matelots ou les Soldats 
Hollandois, qui commençoient à vivre aflez librement dans Banda, n’y fuf- 
fent pas vûs plus volontiers, & qu'ils entraffent mal dans les intentions de Hollandois. 
leur Amiral; car la haine des Habitans s’anima contre eux jufqu’à former 
une confpiration pour les maflacrer tous dans un feul jour. Ils n’eurent 
l'obligation de leur falut qu'à Nackada Gua, c’éft-à-dire au Capitaine d’un 
Vaifleau ?ndien de Goa , qui étoit depuis quelques femaines dans-le Port. 
Nackada China & Nackada Bantam, fignifient de même les Capitaines ou 
les Patrons de Bantam & de la Chine, qui ne font pas diftingués par d’autres 
noms. [Ii fe trouvoit environ foixante Hollandois répandus dans la Ville, 

fans y comprendre les autres Facteurs du Comptoir, qui étoient au nombre 
Un grand nombre d’'Habitans s’affocièrent pour les furprendre en: 
différens lieux ; & s’étant divifés en plufieurs bandes, fuivant le nombre d’'En- 
nemis que chacun avoit dans fon quartier , ‘il auroit été difficile qu’il en fût 
Comme la plus grande partie de ces Hol- : 
landois étoient des Soldats du l'ort, les Confpirés fe propoloient fuite de 
fondre fur ce nouvel établiffement qu’ils comptoient de trouver ma. défendu, 

NackaDaA Goa fe trouvoit lié avec les Hoilandois, parce que n'ayant 
pas moins d’averfion qu'eux pour les Portugais , ilss’entretenoient enfemble leur falutà un 
de leur haine. Il découvrit la confpiration, dans le commerce familier 
Il fe hâta d’avertir les Faëteurs Hollandois. 
L'ordre fut donné auffi-tôt à tous leurs gens de retourner au Fort ; & les l'ac- 

teurs mêmes fe rendirent fur leur Flotte pour tenir confeil avec leur Amiral. 
Æ[Dansun danger fi preflant, Vanhoof réfolut d’en impofer aux Habitans par 


fa 


1609. 


lit, 


Confpiration 
contre les 


Ils doivent 


Capitaine In- 
dien de Go. 


KreeLINA. 


1609. 


Difcours que 
Vanhoof fait 
prononcer au 
Scha Bandar, 


Vanhoof abu- 


fe de fa puif- 
fance pour 
chagriner les 
Anglois, 


2 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fa fermeté (c). Il fe rendit à terre avec une efcorte de cinquante hommes, 
& pañlant au travers de la Ville pour aller jufqu'a la maifon du Scha Ban. 
dar , il falua les Indiens d’un air auffi tranquiile que s’il n'avoit eu rien à leur re- 
procher. Si le Scha Bandar fut furpris de fa vifice, il le parut encore plus de fes 
explications. Vanhoof profita de fon trouble pour éxiger qu'il fit venir fur le 
champ un certain nombre d’Habitans dont il avoit appris les noms, de Nacka- 
da Goa. La crainte retenant le plus grand nombre, ce ne fut pas fans diff. 
culté qu’on parvint à les raflembler. Cependant il en parut plufeurs, accom- 
agnés d'une foule de peuple, qui fembloit difpofé à les défendre. Mais 
"Amiral qui fe fioit au courage & aux armes de {es gens, ne mit pas moins 
de ficrté dans fa contenance à la vûe de cette Aflemblée. Il prefla le Scha 
Bandar de déclarer pour lui, qu’il n'ignoroit pas les fanglans deffeins qu’on 
avoit formés contre fa Nation, & qu'il connoifloit jufqu’au nom des coupa- 
bles; mais que dans le pouvoir qu'il avoit de fe venger, il aimoit mieux 
faire connoître, par l'oubli de cette otfenfe, qu'il n'avoit que des fentimens 
d'amitié pour le Peuple de Banda; que cet éxemple apprendroit enfin quel. 
le avoit été l'intention des Hollandois en bâtiffant un Fort ; que loin d’en vou- 
loir à la liberté du Pays, ils ne penfoient à s’y établir que pour la défendre 
& la conferver: que les loix qu'il avoit impofées à fes gens feroient fidéle- 
ment obfervées ; qu’il promettoit d'en punir les infraéteurs, & d'écouter les 
plaintes ; mais ai demandoit auffi que le Peuple de Banda reconnût les Hol- 
andois pour fes alliés, fes amis, fes frères, & que dans les devoirs de la 
fociété comme dans ceux du commerce, 1l répondit à l’affeétion qu'on ne 

cefferoit jamais de lui marquer. 
Ce difcours que la crainte arracha de la bouche du Scha Bandar , beau- 
coup plus que l'inclination, ne laiffa pas de faire impreflion fur le Peuple. 
Vanhoof dût être fatisfait du témoignage préfent qu'il en reçut par des ca- 
refles & de longues acclamations. Elles allèrent jufqu’a lui offrir de faire re. 
chercher tous les Coupables , & de lui en abandonner la punition. Il répé: 
ta qu'il oublioit leur crime, dans la confiance qu’il ne feroit jamais renouvel- 
lé. Cette réconciliation feinte ou fincère, fe foutint fi conftamment que non: 
feulement les Hollandoiïs eurent la liberté d'achever leur !'ort, mais qu'ils 
recommencèrent à fe lier plus étroitement que jamais avec !es Indiens, L’ef. 
fet n’en fut défagréable que pour les Anglois, à l'égard defquels Vanhoof fe 
crut en devoir de garder moins de ménagement. ] Keeling lui avoit fait of: 
frir de fe borner au commerce de Puloway & de Pulorin, à l1 feule condi 
tion que les Hollandois lui payaffent environ douze cens dollars qui lui étoient 
dûs à Banda. Vanhoof (d) y confentit ; mais ahufant de cette condefcendan- 
ce, il éxigea que les Bâcimens Anglois qui feroient déformais ce ete 
| fuffent 


Verhoeven, qui fe trouve dans le Recueil di 
Voyages qui ont fervi à l'établifjement de la 
Compagnie des Indes Orientales, formée dans 
les Prooinces-Unies. Tom. IP. KR. d. E. 

(d) l'Anglois dit que ce futle Vice-Amiril 
Simon Hoen, qui eut ce nouveau déiméêlé avec 
Keeling. Vanbof avoit été tué, commeil at 
té dit dans la note précédente, KR. d. E. 


(c}. Dans l'Anglois iln’eft pas parlé de cet- 
te fermeté de l'Amiral Hollandois ; au contrai- 
re il yeft dit qu'on vit arriver à Puloway, 
où étoit alors Kecling, pluficurs barques de 
Banda, qui raportérent que cet Amiral avoit 
été tué avec les principaux de fa fuite, cequi 
eft conforme avec ce qui cft dit dans la Re- 
lation du Voyage de ce Vanboof, ou plûtôt 


XF fufk 
qu'il 
tyra 
ces 
s'il ] 

XFRoi 
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L’Aut 
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Æ dura-t 
femmé 
L'Am 


X 


> hommes, 
Scha Ban- 
1 à leur re- 
plus de fes 
venir fur le 
de Nacka- 
is fans diff- 
rs, aCCOm- 
dre. Mais 
t pas moins 
efla le Scha 
effeins qu’on 
| des coupa- 
moit miéux 
s fentimens 
enfin quel- 
Din d’en vou- 
la défendre 
oient fidéle- 
d'écouter les 
inût les Hol- 
evoirs de la 
on qu'on ne 


indar , beau- 
r le Peuple. 
par des ca: 
de faire re- 
Dn. Il répé- 
ais renouvel- 
ent que non 

, mais quils 
ndiens. L'ef: 
Vanhoof fe 
voit fait of. 
feule cond 
qui lui étoient 
ondefcendan- 
e commerct; 


fuffent 


s le Recueil di 

bliffement de 4 

bles | formée dans 
Ë 


ut le Vice-Amiril 
veau démêlé avec 
é, commeil at 


te, R. d. E. 


+ 


x# Roi fon maître ; [qu 


Ædura-t-il beaucoup plus que le combat. 


INDES ORIENTALES, Lrv. Il. 


Cuar, IV. 


123 


thfuflent foûmis à ia vifite des Hollandois, [pour que ceux-ci fuffent affürez 


qu'ils ne porteroient pas des armes ou des provifions à leur Ennemis.] Une 
tyrannie fi violente révolta Keeling. Il protefta que l'infériorité de fes for- 
ces ne l'empécheroit pas de s’y oppofer, au péril même de fa vie, & que 
s'il périfloit dans une querelle fi jufte, i] laifferoit la vengeance de fa mort au 

i n'avoit d'autres provifons à vendre que quelques facs 
de ris; & que tout ce qu’il avoit d'armes fur fon bord confiftoit en une ving- 
taine de Moufquets, qui appartenoient à un pauvre homme, à qui il n'ôte- 
roit point la liberté de les vendre, & qu'eux pouvoientles acheter à un prix 
raifonnable.] Cependant après avois délibéré avec fon Confeil fur la nécefli- 
té de fa fituation, il envoya le 2 de Juin, Spalding à l'Amiral Hollandois, 
pour lui demander un accommodement. L'état de fes forces lui permettoit 
fi peu de contefter, qu’il ne penfoit plus qu'à fortir de certe difficulté avec 
honneur. Mais les Hollandois, réfolus de le mortifier, infiftèrent abfolument 
fur leurs prétentions. 11 leur écrivit dans les termes les plus preffans, en 
joignant aux motifs de l'honnêteté & de l'amitié, des offres qui devoient paf- 
fer à leurs propres yeux pour un jufte équivalent. Leur réponfe fut qu'ayant 
tenu quatre fois confeil fur cette affaire, ils s'étoient accordés autant de 
fois à croire leur réfolution indifp:nfable. Il fallut céder avec autant de re- 
gret qu'ils firent éclater de ficrté & de joie. Soixante-deux hommes, qui 
compofoient alors tout l'Equipage du Vaiffcau Anglois & de la Pinafle, ne 
pouvoient entreprendre de rélifter à deux mille, ni mêine cfpérer de fortir 
du Port malgré eux, depuis que leur Fort le commandoïit entièrement. 

A1ins1 Keeling fe vit forcé de fubir une loi fort humiliante; & l’occafon 
de plier fousle joug fe renouvellant à chaque voyage que la Pinaffe faifoit à 
Puloway, à Labakata, à Lantor, à Rumber, & dans les autres lieux voi- 
fins, limpatience de fes gens faillit plus d'une fois de produire des fcénes 
fanglantes. Lui-même, étant allé à Lantor, pour y porter des draps & rap- 
porter des épices, il ne put fupporter la hauteur avec laquelle on éxigeoit 

w’il s'approchât de la Garde Hollandoife qui devoit le viliter. Il continua 
de faire ramer, malgré la menace qu'on lui fit de tirer fur lui. Enfin les Hol- 
landois fe mirent en mouvement pour fe rendre à fa Chaloupe; & fatisfait 
alors de leur politeffe, il ne fit pas difficulté de les attendre. 

Mais il fut extrêmement furpris de les voir partir le 2 de Tuillei avec 
toutes leurs forces, fans lui avoir donné le moindre avis de leur départ. Ne 
pouvant s’imaginer qu’ils abandonnaflent Banda fans avoir achevé d'y éta- 
blir leur pouvoir, & moins encore qu'ils l’y laiflaffent comme le maître, 
Jorfqu’ils n'avoient pas plus de cinquante hommes dans le Fort, il n’attendit 
pas fans inquiétude à quoi ce mouvement devoit aboutir. Mais il apprit dès 
Île même jour ,que, fur quelques fujets de mécontentement nu'ils avoient reçus 
à Labakata, ils étoient allés punir les Indiens de cette malheureufe Ville. 
L’Auteur affre que quarante hommes auroient füuffi pour cetteentreprife. Les 
Habitans firent fi peu de réfiftance qu’à peine en reftoit-il quinze ou vingt, 
que les Hollandoïs tuèrent à genoux. Tous les autres avoient pris la fuite à 
leur approche, abandonnant leurs familles & leurs biens. Aufli le pillage 


femmes emmenées pour l’efclavage, avec les enfans capables de marcher. 
L'Amiral Hoilandois obferva néanmoins quelque apparence de juftice dans 
9 


cette 


La Ville fut brûlée, [& les jeunes : 


"KerLINS. 
1609. 


Les Anglois 
font afüujétis à 
la vifite des 
Hollandois, 


Regret qu'ils 
ont de s'y foti- 
mettre. 


Les Hollan- 
dois pillent & 
brûlent Laba- 
kata, 


1% VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Kezuine. Cette confufion. 11 voulut que les femmes mariées euffent lu liberté de füi- our d 
2609.  vre leurs maris fugitifs. Mais il s'en trouva plufieurs qui refufèrent d'accep- ava, 
ter cette grace, dans le chagrin d’avoir été abandonnées. Il eft aifé de fe fi- de vou 

Licence du  gurer quelle fut la licence du Soldat. À peine l'Amiral pât-il mettre à cou- (f) 
Suldat, vert quelques Dames Indiennes, femmes des plus riches Marchands de la à bord 
Ville dont il efpéroit tirer un profit confidérable, foit par la rançon qu'il re- avec b 
cevroit de leurs Maris, foit par la vente qu'il en feroit faire aux Portugais long fé 

de Goa & de Malaca. Il tua de fa main deux Soldats qui menaçoient de la viron v 

dernière violence une jeune Indienne fort éplorée. La compañlion qu'il eu: On ent 

pour elle, fe changea dans d’autres fentimens qui ne lui permirent point eu- ferme « 

fuite de la vendre. x moire ( 

ges Hollnt  Les Hollandois furent moins heureux dans une autre expédition qu'ils tant d 
devant Salo.  tentèrent contre Salomo. Quoiqu'ils s’y fuffent préfentés en fort grand nom- termes. 
mo, bre, ils furent reçus avec tant d'ordre & de courage par les Habitans, que s D 
n'ayant pl faire leur defcente, ils fe retirérent après avoir perdu plufieurs fe fo 
de leurs gens. L’Auteur ignore quel étoit le crime de ces malheureux Indiens, tes 
& ne leur en fuppofe point d'autre que d'avoir refufé de vendre leurs mar- » la R 
chandifes au prix que les Hollandois vouloient leur fixer. Sacob de Bitter, > dans 
Gouverneur du Fort, & Mathieu Porter, deux hommes dont Keeling vante 15 ter. 
beaucoup la probité, le firent avertir fecrétement qu’il étoit foupçonné par | den 

Ils accufent leur Amiral, d’avoir contribué à la difgrace des Hollandois par les avis qu'il dit C 


les Anglois de : : : Es j : rs : 
lesavor wa. avoit fait donner aux Habitans de Salomo. Quoique cette accufation ne fût M ,ilno 


his. foûtenue d'aucune preuve, on prétendoit s'être apperçu que pendant les » L 
deux nuits précédentes, les Anglois avoient fait des fignes extraordinaires, f », ayan 
auxquels on avoit vû répondre du rivage; & , fur cette folle imagination, » des . 


l'Amiral ne penfoit à rien moins qu’à fe faifir des Anglois & de leur Vaif » quiét 
feau. Keeling dans une jufte allarme, rappella tous fes gens à bord, & fit » quef 
éclater ouvertement la réfolution où il étoit de fe défendre. Cependant il 1 qu'il 
députa Spalding (e) à l'Amiral pour lui marquer l'étonnement qu'il avoit de » mec 
fes préventions. Cette démarche mit les Hollandois dans la néceflité de dé- [MN :, la fo 
favouer leur deffein. Mais leur Amiral demanda fièrement à Spalding , quand » fent 
les Anglois fe propofoient de partir, & quelle pouvoit être la raifon qui les leurs 
arrétoit depuis fi long-tems. Spalding répondit qu'ils étoient forcés de de. [N une 
meurer pour fatisfaire à leurs dettes. L’Amiral crut lever tout-d’un-coup cet- 1 par | 
te objeétion en s’offrant à les payer. Mais Keeling lui fit dire auffi-tôt qu'il ou p 
ne s’expoferoit jamais aux reproches qu'il devoit attendre de fa Compagnie, ces à 
s’il manquoit aux plus faints engagemens du Commerce; & qu'il n'étoit pas & de 
moins obligé de foûtenir la réputation de l’Angleterre aux yeux des Indiens. férie 
[II fut aufi parlé dans cette entrevûe des prétendus fignes qu’on avoit fait Cipat 
aux Indiens; les Hollandoïs foûtenoient qu'ils en avoient des informations fà- CET, 
res; & qu’entr'autres un Anglois à qui l’on avoit demandé le jour auparavant Raja 
pourquoi l'on avoit fait ces fignes, avoit répondu qu'on avoit eu raifon d'en lianc 
agir de la forte, parce que le pays devoit beaucoup aux Anglois & que les a - 
Hollandois s’oppofoient conftamment à toutes leurs entreprifes. Keeling nia 
le fait, & défia qui que ce fut de lui prouver ce qu'on avançoit.] Enfin 
pour 


(e) L'Original dit que ce furent les Hollan- à bord de l'Heétor, pour avoir des éclaircifle- 
dois qui envoyèrent Van Bergel & Samuel King, mens avec Keeling. KR. d. E. à 


X 


té de füi- 
t d'accep- 
é de fe fi- 
re à cou- 
ands de la 
n qu'il re- 
Portugais 
ient de la 
qu'il eu: 
point eu- 


ion qu'ils 
and nom- 
tans, que 
| plufieurs 
x Indiens, 
eurs mar- 
de Bitter, 
ing vante 
onné par 
avis qu'il 
ion ne fût 
ndant les 
rdinaires, 
agination, 
leur Vaif- 
rd, & fit 
endant il 
1l avoit de 
lité de dé- 
ing , quand 
on qui les 
és de de- 
1-COUp Cet- 
Mi-côt qu'il 
mpagnie , 
l'étoit pas 
es Indiens. 


nations fû- 
auparavant 
aifon d'en 
& que les 
eeling nia 
t.] Enfin 

pour 
es éclairciffe- 


La 


avoit faitt? 


INDES ORIENTALES, Liv. II Cnar. IV. 125 


our diffiper tous les foupçons, il offrit de fe retirer dans le Port de Labonn 
ava, d'où il ne pouvoit pas être foupçonnné d'obferver les Hollandois, ni 
de vouloir préjudicier à leurs intérêts. | Le 
(f) Carre offre demeura fans réponfe, mais le 18 après-midi , il vint 
à bord plufieurs Officiers Hollandois , qui demandèrent d'abord à sp À 
avec beaucoup d'honnéteté , s'il perfiftoit dans le deffein de faire un plus 
long féjour aux Indes. Ils répondit que fes affaires demandoient encore en- 
viron vingt jours, & qu'il efpéroit les pailer en paix avec les Hollandois. 
On entra dans un grand nombre d'explications ; mais Keeling paroiflant 
ferme dans fa première réponfe, les Officiers de Hollande lui remirent un Mé- 


x#moire qui contenoit la réfolution de leur Confeil, [& qui renfermoit au- 


tant de menfonges que de lignes. ] Je le rapporterai dans fes propres 
termes. 

» M. Wicziam KEELING, Géneral Anglois, nous fera la juftice de 
fe fouvenir que nous lui avons offert par nos Députés de payer les det- 
tes qui lui.reftent à Banda fous la feule condition qu’il lui plût de fortir de 
la Rade avec fon Vaiffeau. Quoique nous n'av-: point eu d'autre vâûe 
dans cette propofition, que d'éviter les querelk*, 1 a refufé de l'accep- 
ter. Nous n'avons néanmoins que trop de raifons d'éxiger qu'il s’éloig:.e 
de notre Flotte & de notre Fort de Naffau. Et pour faire connoître au- 
dit Général par ques motifs nous nous fommes arrêtés à cette réfolution, 
il nous paroît jufte de les lui communiquer par écrit. 

» LE 8 d'Avril 1609, notre vénérable Amiral Pierre Williamfon Vanhoof , 
ayant jetté l'ancre avec fa Flotte dans le Port des Ifles de Banda, ilapprit 
des Marchands de notre Compagnie des Indes, qu'ils étoient fans cefle in- 
quiétés & chagrinés par les Habitans de Banda qui leur enlevoient quel- 
quefois leurs draps & leur marchandifes, ou qui les prenoient au prix 
qu’il leur plaifoit de régler, fe rendant les Arbitres du tems & de la for- 
me du payement; ce qui les avoit endettés avec nos Marchands jufqu'à 
la fomme de vingt mille piéces de huit, fans aucune apparence qu'ils euf- 
fent jamais l'intention de s'acquiter. Il apprit encore que les Bujets de 
leurs Hautes Puiffances les Etats de Hollande étoient continuellement dans 
une fituation fort incertaine, menacés fans ceffe de leur ruine, effrayés 
par l’éxemple de plufieurs de nos Marchands, qui avoient été maflacrés, 
ou pris par force , & réduits à la néceflité d’embraffer l’Idolâtrie. Sur 
ces avis, notre-dit Amiral fe crut obligé, pour la fûreté de nos Marchands 
& de nos effets, contre les Portugais & nos autres Ennemis, de penfer 
férieufement à conftruire un Fort. La propofition qu'il en fit aux Prin- 
cipaux Oran Rajas fut agréée; & lorfque l'ouvrage commençoit à s’avan- 
cer, ledit Amiral Vanhoof (g) ayant convoqué une affemblée des Oran 
Rajas & du Confeil de l'Ifle, il y jetta avec eux les fondemens d’une al- 
liance perpétuelle. Enfuite il nomma le Fifcal de la Flotte pour demeu- 
rer à Koyakke & pour y foûtenir le régne de la juftice & de la bon- 


ne- foi. 
» APRÈS 


(g) l’Anglois dit le fufdit Amiral van Hoen , 
ce qui eft fans doute une faute, KR. dE 


Q3 


(f) Ici commence la 6e, Section dans l'Ori- 
gindl. R. d.E, | 


K£eëLinu, 


1609. 


Réfolution 
des Hollan- 
dois, 


Ordre de {a 
Flotte Hollan- 
doife fignitié à 
l'Amiral An- 
glois. 


KezLINO. 


1609. 


Réponfe des 
Anglois. ‘ 


Les Anglois 
veulent partir 
librement. 


126 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


» Arrès ces fages préliminaires, ils ne roftoit plus qu'à faire confirmer 
» le Traité par tous les Rajas, & dans cette vûe l'Amiral fe rendit à Ka. 
» tu, où il avoit marqué l'Affemblée générale. A fon arrivée ,un Bandanois 
» fortit de la forêt pour lui dire que tous les Rajas étoient affémblés dans 
» Un lieu voifin, mais que la crainte qu'ils avoient des Soldats, les empêchant 
» de s'avancer, ils le prioient de fe rendre près d'eux avec fon Confeil, [Il 
» donna dans le piége avec tant de confiance, qu'il fit demeurer fes Soldats 
» fort loin derrière lui; & pénétrant dans les bois , il fut étrangement fur- 
» pris de les trouver remplis de Négres armés , de Bandanois, & d'Oran: 
» Rajas, qui l'environnérent auffi-tôt, & qui le mafTacrèrent lui & tous fes gens 
» avec tant de barbarie, que chacun fe tronva percé de plus de vingt coups. 
» Cette trahifon ayant fi bien réuffi , ils fe promirent de traiter de même 
» tous les Soldats de l'efcorte; mais ceux-ci fe tenant fur leurs gardes, trom- 
» péèrent l'attente des Meurtriers , & les forcèrent de rentrer dans leurs 
» bois; ce qui ne mit point à couvert le l'ifcal, & quantité de malheureux 
» Hollandois, qui s'occupant fans défiance à ramaffer des noix de cocos dans 
» la campagne, furent tués impitoyablement jufqu'au nombre de quarante, 
» C'eft par ces cruels & fanglans outrages que nous avons été provoqués 
» Contre une Nation parjure , & que nous nous trouvons engagés dans une 
» guérre dont nous leur avons déja fait reffentir les effets. (h). 

» Au milieu de tant d'ennemis, nous jugeons à-propos , en vertu de no: 
» tre Commifflion & de nos Patentes, d'ordonner audit Géneral Keeling de 
» fortir du Port dans l'efpace de cinq jours, pour s'éloigner de notre f‘lot- 
» te & de notre Port de Naffau. Ayant conquis l'Ifle de Nayra par la force 
» des armes, notre viétoire nous donne de juftes droits fur toutes les Radces 


» qui en dépendent, telles que Labakata, Lantor, &c. & juiqu'a la fin de 
» la guerre, nous ne permettrons point qu'aucun Navire étranger y vienne 
» jetter l'ancre. | 

» EN conféquence de cette réfolution, le Confeil de la Flotte de Hollan- 
» de a nommé fes Députés pour fignifier fon ordre audit Géneral Kecling, 
» le 28 ne 1609. S ne par Simon Hoen, Ÿacob de Bitter , Henri van 


1g 
» Bergel, Ÿean Corneliffon Vyft, William Sacobfon, Simon Martens , Rutger 
» Tomaffens, Henri Marlaben , Peter Babuec , William W'andervort , Secrc- 
» taire. 

KEZLING, après avoir lu ce Mémoire avec attention, répondit de bou- 
che, en peu de mots, que fa cargaifon étoit achevée, & que rien ne s’oppofoit 
plus à fon départ; mais que pour l'honneur de fa Compagnie & pour le ficn, 
il ne pouvoit fe réfoudre à partir d’une manière honteufe; eufin que s'iln'é- 
toit forcé par quelque chofe de plus puiffant que des paroles , il étoit réfolu 
de demeurer encore vingt jours. On lui repréfenta que l’ordre qu'il avoit 
reçu par écrit fuffifoit pour fa juftification. Qui ne fçait pas, repliqua-t-il 
hardiment, que la témérité fait quelquefois hazarder des menaces dont on 
n'oferoit entreprendre l’éxécution! Cependant pour marquer qu'il penfoit de 

bonne- 


7 Ch) Ici fuivent diverfes raifons fur les fe trouvent dans le Texte d'où nous tirons 
quelles on accufoit les Anglois d'avoir donnédu cet Extrait, & vrai-femblablement ils y ont été 
Jecours aux babitans de Banda; je ne crois pas mis par Purchaff, qui mêle fouvent fes re 
qu'il foit nécelJaire de les rapporter, Ccsmots flexions avec celles de fon Auteur. 


bonne 
deffei 
rent € 
voyé 
moigr 
pour | 


te pic 
racon 
établi 
caché 
les H 
tion 
le Pa 
les O 
honot 
défen 
cherc 
qu'il ! 
es dk 
iéce: 
ièren 
dans, 
Angl 
de ce 
peété 
noit « 
de to: 
des o 
re co 
Elle 
fes cl 


U X 


re confirmer 
rendit à Ka. 
un Bandanois 
lemblés dans 
8 empêchant 
n Confeil, I 
r fes Soldats 
1gement fur- 
y & d'Oran. 
tous fes gens 
vingt coups. 
er de même 
ardes , trom- 
r dans leurs 
malheureux 
le cocos dans 
de quarante, 
é provoqués 
rés dans une 


vertu de no- 
| Keeling de 
notre f'lot- 
a par la force 
es les Rades 
l'a la fin de 
er y vienne 


e de Flollan- 
al Kecling, 
, Henri van 
ons , Rutger 
vort , Secre- 


ndit de bou- 
Le s’oppofoit 
pour le fien, 
| que s’il n'é- 
étoit réfolu 
e qu'il avoit 
repliqua-t-il 
ces dont on 
il penfoit de 

bonne- 


bu nous tirons 
ent ils y ont été 
fouvent {es re 
tour. 


à Puloway. 


te piéces de canon, dont huit étoient de fonte. 


INDES ORIENTALES, Lav. III Cuar. IV. 127 


bonne-foi à lever l'ancre vers le terme qu'il s'étoit impofé, il annonça fon 
deflein par une décharge de cinq piéces de canon. Les Hollandois confenti- 
rent entre eux à lui accorder ce terme; mais ayant appris qu'il avoit en- 
voyé fon Elquif à Puloway, pour y reconnoître une bonne Rade , ils te- 
moignèrent encore quelque étonnement. C'étoic l'occalion qu'il cherchoit, 

ur leur déclarer qu en cas de contrainte, il laifferoit des Faéteurs à Puloway 

[Ls lendemain l'Efquif revint, mais fans avoir rien pû retirer de ce qui 
étoic dû. Tout ce qu'il rapporta fut que les habitans s'acquiteroient de leurs 
dettes, fi les Anglois pouvoient s'arrêter encore une vingtaine de jours dans 
kur Rade, où ils lés invitoient à venir jetter l'Ancre, 

La paix fut publiée le 1 d'Août entre les Hollandois & les Infulaires. Il 
étoit aifé d'en conclure que lesAnglois ne feroient plus foufferts long -tems 
Ils avoient payé leurs dettes à Banda, & c'étoient eux - mêmes 
qui fe trouvoient créanciers d'une groffe fomme à Puloway.] Le jour même 
de la publication, ils reçurent du Confeil Hollandois une lettre de change, 


“payable à Bantam. [Ce foin d’acquiter les dettes des Indiens, fut une décla- 


ration dont le fens ne pouvoit être obfcur pour Keeling. Cependant les Of- 
ficiers de la Flotte Hollandoife affeétant de le traiter avec politefT:, il ne re- 
fufa point de prendre part à leurs réjouiffances.] Leur artillerie fut fi peu mé- 
nagée pour la célébration de la paix, qu'ils tirèrent plus de cent cinquante 
coups pendant le feftin. Ils en donnèrent un dans le Fort, & Keeling ne 
fic pas difficulté d'y afifter. Le Gouverneur fe fit une joye maligne de lui 
montrer avec foin tous les ouvrages de cette Place, Ils étoient munis de tren- 
Mais on fe garda bien de 
raconter à Keeling quels droits les Hollandois avoient violés pour former cet 
établiffement. I] l'avoit appris du Scha Bandar même, qui ne lui avoit pas 
caché que c'étoit la principale caufe de la guerre. Aux environs de Banda, 
les Hollandois n'avoient pas trouvé de lieu plus favorable pour la conftruc- 
tion de leur Fort que celui des Sépultures publiques , auquel non-feulement 
le Peuple attachoïit une haute idée de religion, mais où le Roi même & tous 
les Oran Rajas avoient coutume de fe rendre une fois chaque femaine pour 
honorer les cendres de leurs parens & de leurs amis. Outre l'intérêt de leur 
défenfe , il avoit paru par l'événement que les Flollandois n'avoient pas moins 
cherché à fatisfarre leur avarice, en pillant plufieurs riches maufolées. Quoi- 
qi n'y eût point de fépulture particulière qui ne leur eûc offert de précieu- 
es dépouilles, parce que l'ufage étoit pour les plus pauvres d'enfevelir quelque 


u 


argent avec les morts, les Bandanois avoient regreté particu- 


puisse d'or ou 
iérement deux tombeaux qui n’étoient pas moins riches au dehors qu'au de- 
dans, & qui pañloient dans la Nation pour un monument fi curieux, que les 
Anglois à leur arrivé, en’avoient rien eu de fi preffant que de fe procurer la vûe 
de ce fpeétacke. L'un étoit la fépulture d’u:1 Raja, dont le nom étoit fort ref 
peété par l'opinion qu'on avoit eue de fa fainteté sg fa vie. On y ve- 


noit depuis plus d’un fiécle en pélerinage, non-feulement de Banda, mais 
de toutes les Ifles voifines; & chacun y fignaloit fa piété par des préfens & 
des offrandes. L'autre tombeau étoit celui d'une femme, qui dans une guer- 
re contre le Roi de Macafar , s’étoit facrifiée généreufement pour la Patrie. 
Elle étoit jeune & belle. 11 lui étoit venu dans l'efprit, de faire ufage de 
fes charmes pour gagner l’Ennemi de fa Nation, ou pour trouver le moyen 

de 


Kurctwo, 


1609. 


Paix encre 
les Hollandois 
& les fufulu- 
res. 


Les Anglois 
prennent part 
aux réjouitlan- 
ces, 


Fort de Naf. 
fau & fon 
origine, 


Hiftoire de 
deux tom- 
beaux Indiens, 


128 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Kencino de le perdre, Mais fon entreprife avoit tourné à fa propre ruine, Ses char: 
1609 mes ayant eu d'abord le fuccès qu'elle s'en étoit promis , elle avoit communi. 
qué fes efpérances à Banda par des Meflagers infidèles , ou par quelque lettre 
qui fut interceptée, Son amant n'eut pus plûtôt découvert fa trahifon que 
tout l'amour qu'il avoit pour elle s'étant changé en fureur , il la poignarda de 
fa propre main; enfüuite il avoit envoyé le cadavre à Banda, avec des repro- 
ches infultans pour ceux qu'il accufoit d'avoir employé cette rufe, Les Ha. 
bitans de Banda avoient reçu le corps de leur Héroïne avec des fentimens 
de reconnoiflance & de vénération qui avoient produit dans la fuite une ef. 
péce de culte, ] 

Lecommerce  KEELING envoya quelques jours après, fa Chaloupe à Puloway, pour y 

eftinterdità prendre quelques marchandifes qu'il y avoit en dépot. Nackada Guxarate, 

Keeling. + lui fit dire par cette occafon qu'il ne devoit plus efpèrer d'épices de cette trou 
Ifle, mais que ies Fabitans avoient regret J'étre forcés à ce refus par les tés : 
menaces des Hollandois. [Un Domeftique du Nackada vint à bord le lende. dern 
main , dans une petite Barque que les Hollandois vifitèrent fur fon pañlage, de le 
avec la dernière rigueur. Il apportoit à Kecling, de la part de fon Maître, sarle 

uelques perles dont il avoit différé jufqu'alors à fixer le prix, & qu'il aban- a ce 

onnoit enfin pour celui que les Anglois en avoient offert, L'Officier Hol- ne m 
landois, qui l’avoit vifité, avoit marqué tant de goût pour les Perles, qu'ap- tuer 
prenant à quel prix on les laifloit aux Anglois, il avoit fait desinftances pour 1 fond 
en faire accepter de lui la même fomme. Mais le Nègre du Nackada s'é D les c! 
toit défendu par des raifons d'honneur & de fidélité, qui avoient dû couvrir Î & d’ 
les Hollandois de confufion. ] | malh 


Kecling part K£&ELING n'ayant pas d'autre raifon pour différer fon départ, que l'hon. | fait 


le Banda. neur de fa Nation, le crut déformais à couvert par le confentement qu'il vage 


avoit obtenu des Hollandois, & réfolut de lever l'ancre au premier vent. ‘ln le pr 
[I fit tirer cinq coups de canon pour rappeller fon monde à bord; & ren-t fenté 
voya fa Chaloupe à Puloway pour enretirer Brown & Spalding. Brown revint cenc 
feul, mais on retint Spalding , qu'on ne voulut pas laïifer partir fans que D aflez 
Keeling vint lui-même le chercher. Cela l'obiigea de s'approcher dela Ville li fur la 
& alors le Roi de Macañfar vint le trouver, en amenant Spalding aveclui]. | fois f 
Il lui reftoit quelques balots de poivre à pèfer. C'eft la feule occafion où [Bi avoie 
l'on apprenne par fon récit, que le Kati pèfe ur Hibe quatorze onces & furen 
demi. Il mit à la voile le ro du mois d'Août, & le jour fuivant, il jetta NN &ru 
l'ancre près de Macaffar. Son deffein étoit de s'arrêter dans l'Ifle de Célé- rité « 
bes, pour y prendre du girofle. Le 12 quelques gens qu'il envoya dans fon innoc 
Efquif [ pour s'informer où ils étoient, lui firent perdre l'idée de s'arrêter dansif de la 
cet endroit, car ils ] lui rapportèrent que depuis peu de jours (i) un Vaif. [Bi ce de 
Naufrage d'un feau Hollandois avoit fait naufrage fur cette Côte, [ & qu'il ne s’en étoit # rent « 
Vaileau Ho fauvé que fept hommes, qui le conjuroient de les prendre à bord jufqu'a D  lcurs 
1 Bantam. Le reflentiment qu'il confervoit contre les Hollandois de Banda ne le Ch 
diminua point fa compaflion pour ces malheureux. Il leur envoya fa Cha: auxqt 
Joupe, pour apporter avec eux quelques débris de leur cargaifon que la Mer foient 
avoit pouflés fur le rivage. moin 
Le éclait 
crime 
(i) Angl, depuis trois mois, K, d, E. 


X 


, Ses char: 
: communi- 
elque lettre 
rahifon que 
oignarda de 
c des repro- 
. Les Ha- 
y fentimens 
ite une cf. 


\y, pour y 
y Guarate , 
s de cette 
fus par les 


rd le lende-# 


n affage, 
on Maître, 
qu'il aban- 
icier Iol- 
rles, qu'ap- 
ftances pour 
ackada s'é- 
dû couvrir 


, que l'hon- 
ement qu'il 
emier vent. 


rd; & ren-kp 


rotun revint 
ir fans que 
kr de la Ville 
g avec lui]. 
occafion où 
re onces & 
nt, il jetta 
le de Célé- 
ya dans fon 


arrêter dans? 


i) un Vaif 


e s'en étoit# 


bord jufqu'a 
de Banda ne 
oya fa Cha- 

que la Mer 


LE 


INDES ORIENTALES, Lav. III, Citar, IV, 129 


Le principal d'entr'eux étoit le Pilote de leur Bâtiment, Il avoit évité 
ja fureur de la Mer fur un coffre vuide, à la ferrure duquel il avoit’ lié une 
corde fort mince, qu'il avoit attachée par l'autre bout à fa ceinture, Ce fe- 
cours l'avoit foûcenu pendant fepe ou huit heures fur les flots. Il fe nommoit 
Van Cingel. Son Vaifleau venoit de Macao, dont il avoit fait quatre fois 
le voyage; &ce n'étoit pas la première difgrace qu'il eûc effuyée dans fes dif- 
férentes navigations. Il raconta aux Anglois, qu'ayant mouillé à Siam deux 
ans auparavant, il avoit été arrêté avec tous les Officiers de fon Vaifeau, 
par l'artifice de Manuel Cabos, Capitaine Portugais, qui les avoit repréfen- 
tés comme des Pyrates, auffi dangereux pour les Européens que pour les Peu- 
ples de l'Inde. Ils avoient été renfermés au nombre de fix dans une étroite 
prifon, tandis que le Roi de Siam avoit fait garder leur Bâtiment par une 
troupe de Soldats qui y avoient caufé beaucoup de défordre, Les formali- 
tés de leur procès avoient duré fort long-tems. On les avoit menacés du 
dernier fupplice, pour tirer d'eux la confellion de leurs defféins. Au milieu 
de leurs fouffrances, un Indien attendri de leur fort trouva le moyen de leur 

arler fans témoins & de leur offrir une voie pour fe procurer la liberté. Dans 
a certitude qu'ils avoient de leur innocence, ils refufèrent un fecours qui 
ne mettoit que leur vie à couvert , fans aucune efpérance de fe faire refti- 
tuer leur Vaifleau. Cependant, cette apparence de courage, qui n'étoit au 
fond que l'effet du défefpoir , fit tant d'impreflion fur le Roi, qu'il ceffa de 
les croire coupables, Il leur rendit la liberté, avec le pouvoir de vendre 
& d'acheter diverfes marchandifes. S’étant remis en mer ils avoient eu le 
malheur , en fortant du Port, de toucher contre un rocher, qui leur avoit 
fait une large voie d'eau. Cet accident les ayant forcés de retourner au ri- 
vage, ils étoient retombés dans un embarras beaucoup plus dangereux que 
le premier. Les Prêtres du Pays, qui s'appellent Talapoins, avoient repré- 
fenté au Roi qu'il s'étoit trompé dans l'opinion qu’il avoit prife de leur inno- 
cence, puifque le Ciel en les puniffant lui-même à la vûe du Port, déclaroit 
aflez vifiblement qu'ils étoient coupables. Ainfi, la fuperftition l'emportant 
fur la juftice & la compafñlion naturelle, ils avoient été faifis pour la feconde 
fois par ceux qu'ils croyoient prêts à les fecourir. Les mêmes Prêtres qui 
avoient empoilonné l’efprit du Roi, furent nommés pour leurs Juges. Ils 
furent conduits à quelques lieuës de la Ville , dans l'enceinte d'une Pagode, 
& renfermés plus dément que jamais. En les éxaminant avec une févè- 
rité extraordinaire, on leur fit entendre que la feule manière de prouver leur 
innocence, étoit d'aflifter au culte de la Pagode, & de la prendre à témoin 
de leurs fermens. . On leur fit la-deflus cent récits extravagans de la puiffan- 
ce de cette Idole. Comme ils étoient renfermés dans le même lieu, ils tin- 
rent conféil enfemble fur une propofition qui pouvoit terminer tout-d'un-coup 
leurs peines. De fix qu'ils étoient, quatre fe perfuadèrent que fans bleffer 
le Chriftianifme, ils pouvoient paroïître dans un Temple & devant des Idoles 
auxquelles ils n'attribuoient aucune vertu. Jurer par la Pagode, c'était, di- 
foient-ils, un ferment tel que l’ufage l’a introduit, lorfqu'on prend à te- 
moin la Lune, les Etoiles, ou d’autres corps inanimés. Mais le Pilote plus 
éclairé & plus délicat fur les devoirs de fa religion, foûtint que c’étoit un 
crime, & que toute invocation de l’objet d'un faux culte ne pouvoit pañler 
que pour un culte d'Idolätrie, Son opinion l’emporta, quoiqu'il ne fût Acon- 
IT. Part. R dé 


Kertine 
1609. 
Keulinz prend 
quelques Ho! 


landols à bord 


Hiftoire d'un 
Pilote, 


« 
… “# 


Rantino, 
1609. 


Avis donné à 
Kceling fur di- 
vers intérêts à 
la Chine, 


Les Anglois” 
relàchent à Ja- 
catra. 


Îls y trouvent 
deux Vaif- 
feaux Hollan- 
dois, 


1o VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


dé que d'une feule voix pour la faire valoir, Enfin les Précres n'ôfant pouf. 
fer leur sèle impie jura à porter une Sentence de mort contre des Etran- 
u'ils ne pouvoient convaincre d'aucun crime, & ne voyant pas non 
plus d'apparence à les retenir écernellement captifs, propofèrent au Roi un 
tempéramment qui fut accepté. Comme on s'étoit rendu maître de leur Vaif. 
feau , ils demandèrent qu'une partie de leurs biens fut confacrée à la Pagode, 
pour expier le refus que les Hollandois avoient fait de l'adorer. On leur 
enleva, füuivant cette fencence, une portion de chaque marchandife qu'ils a- 
voient à bord, Ils fouffrirent cette injuftice fans murmurer , mais en jurant au 
fond du cœur de s'en dédommager bientôt, À l'égard des Siamois, l'occa- 
fion s'en préfenta fur leurs propres Côtes, où le Batiment Hollandois fe fai- 
fit de coutes les Barques qu'il rencontra. Mais il n’y avoit trouvé que des 
rovifions de bouche, ou des écoffes de peu de valeur: au lieu que peu de 
Lure après, il tomba fur un Vaiffèau Portugais richement chargé, qui le paya 
fort avantageufement des pertes & des injuftices qu'il avoit cfluyées, 

L'imPorTAnNT fervico que le Pilote Hollandois recevoit de Keeling l'en- 

agea par reconnoiffance à d'autres ouvertures, qui devinrent enfüce fort uti- 
es aux Anglois. 11 lui apprit que les Portugais écoient déteftés à Macao , & 
que toute autre Nation de l'Europe, dont les Chinois pouroient cfpérer les 
mêmes fervices, y feroit préférée aux mêmes conditions, On s'y plaignoit 
moins de leur avarice que de leur orgueil. Comme ils y étoient toûjours en 
aflez grand nombre , ils éxigeoient des égards & des confidérations qui fem- 
bloient convenir mal à des Négocians, &% dont la fierté Chinoife étoit fou- 
vent choquée, Les Hollandois au contraire, dont le pe eft de paroître 

eu fenfibles à l'humiliation dans les lieux où ils ne fe croyent pas les plus 
orts, avoient accoutumé les Chinois à leur voir compter pour rien les peti- 
tes délicateffes de la vanité; & cette fimplicité de mœurs leur attiroit des ca- 
refles & des préférences dont le Pilote tiroit des conclufons à leur avanta- 
ge. Les Portugais qui ont le caraétère affez tourné à la galanterie, n'étoient 
pas non plus fort longtems à terre fans mêler le plaifir aux affaires du Com- 
merce; d'autant plus qu'avec les Marchandsil arrivoit toûjours fur leurs Vaif- 
feaux quelques jeunes Voyageurs que la curiofité feule attiroit aux Indes. 
L'empreffement qu'ils marquoient pour les femmes bleffoit la jaloufie des Chi. 
nois; au lieu que les Hollandois renfermés dans leurs affaires d'incérét & de 
calcul, ne penfoient à troubler le repos de perfonne. Enfin les Portugais s’at- 
tachoient aux converfions. Leurs Miflionaires fe répandoient dans les villes 
& les campagnes. Ils avoient wa fait embrafler le Chriftianifine à tant d'Ha- 
bitans, qu'une Nation éclairée & politique commençoit à prendre ombrage 
de leurs progrès: tandis que les Hollandcis vivant pour eux-mêmes laifloient 
à chacun le foin de fa confcience. Ainfi Keeling comprit, fur les raifonne- 
mens du Pilote, que pour plaire aux Chinois, il ne falloit ni fierté, ni ga- 
lanterie , ni zéle de Sr. 

Le 21 de Juillet, les Anglois jettérent l'ancre devant Jacatra, [fans autre 
deffein que d'attendre s’il fe préfenteroit quelque Barque, pour faire remercier 
le Roi de civilités qu’ils en avoient reçues re paflage. Mais, au lieu d’une 
Barque Indienne ,] ils furent furpris de voir fortir du Port, une Chaloupe 
Européenne. Elle leur apprit qu'il y étoit arrivé depuis peu de re deux 


Bâtimçeus Hollandois, qui ramenoient à Bantam les Faéteurs Anglois LE 
oyne, 


avoit de 


fe qu'ils a- 
h jurant au 
is, l'occa- 
dois fe fai- 
6 que des 
ue peu de 
qui le paya 
4 À 
eling l'en- 
ce fort uti- 
Macao , & 
cfpérer les 
y plaignoit 
oûjours en 
s qui fem- 
étoit fou- 
le paroître 
as les plus 
on les peti- 
roit des ca- 
ur avanta- 
, n'étoient 
es du Com- 
leurs Vaif: 
aux Indes. 
fie des Chi- 
térét & de 
tugais s’at- 
les villes 
tant d'Ha- 
e ombrage 
es laiffoient 
s raifonne- 
té, ni ga 


[fans autre 
remercier 

u lieu d’une 

kb Chaloupe 
jours deux 

Mois d'Am- 


boyne 


boyne. 
deux Nations, allarma d'abord Keeling; mais il apprit avec joie que c'é- 


tolenc les Faéteurs mêmes , qui, rebutés de perdre leur tems dans une année 


Æ firmer cette 


INDES ORIENTALES, Lav. III Car, IV,  x31 
Cet incident, qui fembloit fuppofer quelque nouveau démélé entre les 


ftérile , avoient pris le parti de s'embarquer avec tous leurs biens venir 
s'éxercer plus utilement à Bantam, & qui avoient obtenn des Hollandois 
toutes forces de faveurs dans leur pañgc L'Echange fe fir avec une égale 
reconnoiflance entre les Anglois d'Amboyne & les fépt Holiandois que Kee- 
ling avoic ptis dans l'Ifle Célèbes. Le Roi de Jacatra reconnut facilement 
des Hôtes dont il avoit éprouvé la politefTe , & leur fit préfent d'un Macan, 
rare & belle efpéce de lion, dont j ai déja eu l'occafion de parler. Kecling 
paya cette galanterie par deux beaux moufquets,] 

Le 26, étant arrivé à la | de Bantam, il rencontra une Pare con- 
duite par Ra/ph Hearne, que Saris, Chef du Comptoir de Bantam, envoyoit 
au devant de lui. Entre plufieurs témoignages de l'heureux état du Comp- 
toir, Hearne lui apprit qu'il étoit attendu par trois mille quatre cens quatre- 
vingt facs de poivre. Il entra le foir dans la Rade, où Saris vint lui con- 

réable nouvelle; [mais avec des plaintes amères de la con- 
duite des Hollandois, qui n’avoient pas cefTé de lui fufciter des embarras & 
des contradiétions, Il ajoûta que malgré les effets continuels de leur jalou- 
fie, il s'étoit foûtenu dans la faveur de la Cour; & que les Anglois étoient 
fi bien dans l'efprit du Roi, que ce Prince avoit remis jufqu’à l'arrivée de 
leur Vaifleau à célebrer une fingulière efpèce de viétoire qu'il avoit publiée 
nouvellement, C'étoit celle qu'il avoit remportée fur les réfiftances d’une 
jeune femme qu'il venoit d'époufer. Le combat & la viétoire feroient ob- 
fcurs, fi l’Auteur n’ajoûtoit que l'ufage des femmes Indiennes eft de difpu- 
ter long-tems les premières faveurs de l'amour à leurs Maris. Cette agréa- 
ble guerre dure quelquefois des femaines entières ; & comme la gloire des 
femmes eft de la prolonger long-tems , les hommes fe fonc un honneur de 
la rendre courte. 0 

K£ezLinG pour faire fa cout au Roi, donna quelques jours à fes prépa- 
ratifs avant que de fe préfenter à l'audiance, 11 choifie entre tous les Anglois 
du Comptoir & du Vaiïffeau vingt-cinq hommes affez bien-faits, qu’il habilla 
fort galamment. 11 les arma de méme; & fe mettant à la tête de la troupe, 
il obtint du Roi la permiflion de paroître devant lui avec ce cortège. Le jour 
fut pris pour la fête. Elle eut moins de magnificence que d'agrément , par 
les courfes qui fe firent à pied & à cheval, & par la liberté qui régna pen- 
dant quelques jours dans toute l'étendue du Palais. Keeling , à qui le Roi 
demanda quelle récompenfe il fouhaitoit pour fa galanterie , réduifit toute 
fon ambition à deux prières fort fimples. Il fupplia ce Prince d'accorder à 
la Nation Angloife la continuation de fes faveurs, & à lui la vûe de cette 
belle Reine qui avoit fait le fujet de la fête; afin, dit-il, que retournant au 
premier jour en Europe, il y portât la renommée de fes vertus & de fes chars 
mes, Son compliment fut reçu de fi bonne grace, qu'avec des promeffes 

pour 


à (x) Dons l'Original tout ce détail fe réduit mens d'une Fête qu'il donnoit à la Cour , parce 

La rep ge pus la nuit gt ge À il étoit parvenu à fairé 
" ue le Roi lui la conquête de la virginité de Jon Epoufe. R. 

avoit demandés , pour augmenter f, deg d, E. add inde dd | 


2 


Kantine, 
1609. 


fs arrivent 
à Dantum, 


Heureufes 
nouvelles, 


Fête à l'occa- 
fion d'un ufu- 
e des femmes 
ndiennes. 


Keeling fe 
rend fort a- 

réable au 

oi dans cet- 
te occafion, 


REELING. 
1609. 
Portrait dela 
Reine de Ban- 
tam, 


Querelle fan- 
glante entre 
les Anglois & 
les Hollan- 


dois. 


Kecling re- 
nouvelle le 
Comptoir. 


KRegret de 
quelques An- 
glois à quitter 
Bantan, 


Retour de 
Keeling en Eu- 
rope. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


pour la première de ces deux faveurs , il obtint fur le champ la feconde, 
L'Indienne , qu'il appelle la Reine de Bantam, étoit fille d’un Raja, & mé- 
ritoit effeétivement amour du Roi par fa beauté. Elle n'étoit pas plus bru- 
ne qu'on ne l’eft communement en Portugal. Ses yeux étoient d'une viva- 
cité éblouiffante , fa taille noble & dégagée. Il falloit que le Roi fût tou 
ché particulièrement de fon port & de l'air de fa marche, car il lui fit faire 
quelques pas à la vûce de Kecling. Une faveur de cette nature rendit les Hol- 
landois fi jaloux, que ne pouvant fatisfaire autrement leur mauvaife humeur, 
ils cherchèrent querelle le foir du même jour à quelques Matelots du Vaif- 
feau Anglois. Le combat fut vif & fanglant. Keeling qui devoit pañler la 
nuit au Comptoir, fut averti de ce défordre, & courut lui-même pour empè- 
cher qu'il n’eût d’autres fuites. Les Combattans fe féparèrent à fon arrivée; 
mais un des Hollandois mourut le lendemain de fes bleffures. Comme il 
étoit certain, par le témoignage de tout le monde , que les Hollandoïs avoient 
commencé la querelle , les Anglois ne reçurent aucune plainte de cette 
mort. Cependant Keeling fe rendit au Comptoir Iollandois, où l'Hermite, 
qui n’avoit pas ceflé d'en être le Chef, le reçut d'un air fort tranquille. A- 
près quelques explications, ils convinrent tous deux de renouveller le der- 
nier réglement, & d’y joindre des punitions beaucour plus rigoureufes; a- 
vec cette ftipulation particulière, qu'à chaque querelle où le tort paroîtroit dou- 
teux.entre les deux Nations, les Chefs s’affembleroient pour en décider de 
concert. À l'égard des torts ouverts & reconnus , on s'engagcoit de part 
& d'autre à faire juftice fuivant les termes du réglement, Comme la 
mort d'un Hollandoiïs étoit une expiation füfhfante pour la dernière que- 
relle, Keeling demanda grace pour le refte des Coupables. 

A fon retour au Comptoir, il éxécuta le deflcin qu’il s’étoit propofé de 
le renouveller prefqu'entièrement. On auroit peine à fe figurer que plu- 
fieurs Anglois qui étoient à Bantam depuis quelques années, fe fufent fait 
une fi forte habitude du féjour de cette Ville, qu’il fallut une efpèce de 
violence pour les en arracher. Outre que la plûpart y avoient pris des 
femmes, dont quelques-uns avoient des enfans, ils étoient prefque tous liés 
fort étroitement avec divers Marchands de la Ville. Chinoife , au commer- 
ce defquels ils s’étoient affociés. D'ailleurs ils étoient faits à l'air & aux 
alimens du Pays, qui loin d’être nuïfibles à ceux qui l’habitent conftam- 
ment , rendent la fanté ferme & produifent même de fort longues vics.] 
Kecling n'ayant égard qu'aux intérèts de fa Compagnie, nomma pour pre- 
mier Faëteur Auguftin Spalding , avec cinquante livres fterling d’appointe- 
mens ; [fomme médiocre pour l'importance de cet emploi, mais quinedoit# 
pafler aufli que pour un fimple honoraire dans des lieux où fans bleffer le de- 
voir, un peu d'induftrie faifoit bientôt parvenir à d'immenfes richeffes.] 
Les autres au nombre de douze, furent affujetis à recevoir, chaque mois, 
leurs appointemens du Chef. On nous a confervé leurs noms: François 


132 


Kelly, Chirurgien , eut 45 chelins, Ÿean Parfons [30 , Robert Neal, 29] 


Æuguftin Adwell 24, Ethered Lampre , & William Driver 20 chelins chacun, 
William Wiffon 22, William Lamuel & Philipp Badneg 16 chelins chacun, 
François Domingo 12, Ÿean Seraan, Adrian, & un Valet du Chef 10 chelins 
chacun. Après cette nomination , Keeling exhorta les Faéteurs à fouffrir 
patiemment les hauteurs des Hollandois, aufli long-tems du moins que la Na 

e tion 


tion 4 
droits 
DA 


avant 
7 ) d 
egre 
violen 
Oueft. 
fait pl 
nérale 
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k Ports 
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fût tou 
i fit faire 
tles Hol- 
humeur, 
du Vaif- 
pañler la 
pur empèê- 
arrivée ; 
omme il 
is avoient 
de cette 
Hermite, 
uille. A- 
er le der- 
reufes ; a- 
itroit dou- 
lécider de 
t de part 
Comme la 
ière que- 


ropofé de 


ue plu- 
uffent fait 
efpèce de 
pris des 
e tous liés 
commer- 
ir & aux 
conftam- 
ues vics.] 
pour pre- 
’appointe- 
qui ne doit# 
effer le de- 
richeffes.] 
que mois , 
: François 


Neal, 29] 


s chacun, 
1s chacun, 
10 chelins 
à fouffrir 

que la Na- 
tion 


INDES ORIENTALES, Liv, III, Car. [V. 132 


tion Angloife n'auroit pas plus de forces à Bantam,  Enfüuice ayant réglé les 
droits de la Douine, il mit à la voile le 3 d’Oëétobre. 

Dans l'efpace de vingt-quatre jours, jufqu'au premier de Novembre, 
ayant fait environ [fix if cinquante lieuës , il fe trouva au 35°. degré 
1) de latitude du Sud. Il obferva qu'à ce point la variation étoit de 24 
egres. Le 29 du même mois , il eut pendant tout le jour un vent fort 
violent , qui fe tourna vers la nuit en orage, du Nord à l'Oueft-Sud- 
Ouett. Il reconnut dans cette occafion , comme d’autres l'avoient déja 
fait plufeurs fois, la vérité d'une obfervation de Linfchoten: c'eft que gé- 
néralement lorfqu'un vent d'Eft fe met vers le Nord, fi la pluie furvient, il 
tourne à l'Oueft-Sud-Oueft, où il demeure fixe. Kecling étôit au 32e. de- 
gré & demi du Sud lorfque l'orage commença, & la variation étoit d’envi- 
ron 30 degrés. | 

LE 8 de Décembre, iltomba vers la pointe du jour près de la Tierra de Na- 
tal, à cinq ou fix lieuës à l'Oucft; & la variation y étoit d'environ 8 degrés 
& demi. À midi, il fe trouvoit au 31°. degré 27 minutes de latitude. Il y ren- 
contra un Bâtiment Hollandois, de qui il apprit que l’Erafnus, Vaifleau de 
la Flotte Hollandoife qui étoit partie de Bantam lorfqu'il y étoit arrivé la 
première fois, avoit couru tant de danger par les voies d'eau, qu'il avoit 
été forcé derelàcher àl’Ifle (#7) Maurice ; qu'il y avoit déchargé fes marchandi- 
fes & fon Equipage, dont une partie étoit demeurée à la garde de fa cargaifon 
au nombre de vingt-cinq hommes, & le refte s'étoit embarqué fur ce Bûti- 
ment qui faifoit voile aux Indes; que dans l'ffle Maurice, 1l y avoit deux 
Ports; l'un nommé le Nord-Ouefé, un peu moins qu'à 20 degrés ; l'autre 
nommé le Sud-Oueft, à 20 degrés 15 minutes: qu'on trouvoit dans cette Ifle 
toutes fortes de rafraîchiffemens & de provilions, tels que des tourterelles, 
des manatos, une infinité d'oifeaux de Mer, du poiflon dans la même 2- 
bondance, des chèvres que les Hollandois y avoicnt tranfportées nouvelle- 
ment, & qui avoient déja commencé à multiplier, des porcs & de la volail- 
le; enfin l'air & le terroir fort fains ; que l'Ifle a trente ou quarante lieuës de 
circuit, @& que la variation de l’Aïiguille y eft de 21 degrés: que la Flotte 
Hollandoife étant partie de Bantam au mois de Mai, elle avoit employé un 
mois à gagner l’Ifle Maurice, elle s’y étoit arrêtée quatre mois & demi, & 
n'en étoit partie que depuis fix femaines. 

Le 22, Keeling fe trouvant à 35 degrés 28 minutes de latitude, décou- 
vrit à fept lieuës le Cap das Agullas, qui s’éleve dans la forme de deux Ifles: 
mais à mefure qu'on eft plus direétement à l'oppofte, on s'imagine en dé- 
couvrir trois, parce que les deux Bayes, qui font au Nord, forment trois 
pointes fort diftinétes, quoique peu élevées. La fonde donna foixante ‘dix- 
fept brafles d'eau, fur un fond limoneux, à cinq lieuës au Sud du rivage. 


x#La latitude, 35 degrés 26 minutes; [ La variation de l’Aiguille aimantée 


étoit peu confidérable, ] Un Vaifleau, qui pafle fur cette Côte à fon retour 
en Europe, & que le tems empêche d'obferver la latitude & la variation , 
peut rifquer hardiment de continuer fa navigation fur foixante brafiès d’eau 
& fur un fond de coquillages. Enfuite, lorfqu’il commence à trouver le fond 


limoneux , 


(1) Angl. au 25 degré R. d. FE, (m) C'eftaujourd'huil'Ifle Bourbon. R. d'T. 


KEcLINC, 
1609. 


Obfervations, 


Ticrra de Na- 
tal, 


Ie Maurice 
& fes proprié- 
tés. 


Obéervations 
fur le Cap das 
Agullas, 


KERLING. 


1609. 


Keeling re- 
che à la Baye 
de Saldanna. 


1610. 


Continuation 
de fa route. 


134 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


limoneux, il doit fe croire fort proche du Cap das Agullas. Mais lorfqu'il 
perd fond à cent vingt brafles, il peut conclure qu'il a doublé le Cap, pour. 
vû qu'il fe trouve dans la latitude de 36 degrés. Le jour fuivant, après avoir 
vogué toute la nuit Oueft quart au Nord, & Oueft-Nord-Oucit, avec un 
vent d’Eft aflez frais, on découvrit le matin une terre haute, à neuf ou dix 
lieuës; &, vers midi on fe trouva fort près du Cap de Bonne-Efpérance. On 
n'avoit point Lie Es plus de dix-fepc heures depuis le Cap das Agullas. 
Keeling ayant jugé a-propos de s'avancer à trois lieuës ‘lu Pain de Sucre, y 
mouilla pendant à nuit. Mais il doubla le Cap dans le cours du jour füivant; 


& ÉD ne fût pas preflé par d’extrêmes befoins, il ne voulut point paf 
er fi 


près de Saldanna fans y relâcher. 

CETTE fameufe Baye n’eit guères fans quelque Vaiffeau de l'Europe, que 
la néceffité ou le plaifir ne manque point d'y faire sure) Les Anglois y trou- 
vèrent un Bâtiment Hollandois, qui envoya civilement fa Chaloupe au-devant 
d'eux, avec fix Moutons, les plus gras que l’Auteur ait jamais vûs. Il s'en 
trouva un, dont la queuë feule avoit vingt - huit pouces de large , & pefoit 
trente-cinq livres. Les Hollandois accordèrent auf à Keeling une grande voi- 
le, dont il avoit un befoin extrême, & reçurent de lui pour payement un 
billet de douze livres fterling fur la Compagnie d'Angleterre. Après quelques 
jours de nr il fe difpofa le 7 de porn à continuer fon voyage ; mais ce 
ne fut pas fans avoir laïflé, fuivant l’ufage du lieu, des infcriptions qui ren- 
doient témoignage de fon arrivée dans cette Baye, & de l’état de fon Vaif- 
feau. [Entre plufieurs monumens de cette nature, qui étoient gravés fur di- 
vers rochers, il lut avec compañion les plaintes d'un Equipage Portugais qui 
ayant été réduit par le fcorbut & d’autres maladies au nombre de fept hom- 
mes, n’avoit pas laiffé de remettre courageufement en mer pour fe rendre 
à Mozambique. L’Ecrivain avertifloit ceux qui pouroient efluyer la même 
difgrace, que toutes fes carefles & toutes fes offres n’avoient pû lui faire ob- 
tenir des Négres, fept ou huit hommes qu'il leur avoit demandés, pour ache- 
ver fa navigation. Quoiqu’une longue habitude eût dû familiarifer ces Barba- 
res avec les Européens, leur férocité ne diminuoïit pas ; non qu'ils fuffent 
dangereux par leur cruauté ou leur perfidie, lorfqu’on traitoit avec eux de 
bonne-foi; mais ils confervoient un fond de défiance que toutes les civilités 
& les promefles ne pouvoient leur faire furmonter. Keeling en mit plufieurs 
à l'épreuve, en leur offrant de l’or & des habits pour les engager à le füuivre. 
Ils recevoient joyeufement le prix des marchandifes qu'ils apportoient au Vaif- 
feau ; mais ils rejettoient avec une efpèce de crainte tout ce qui étoit au-def- 
fus de leurs conventions, comme s’ils euffent appréhendé de prendre des en- 
gagemens qui les effrayoient.] 

KEELING partit de Saldannale 10 au matin. Il obferve que pendant tout 
le féjour qu'il y avoit fait, le vent avoit toûjours été Oueft & Sud; au lieu 
que les deux premières fois qu’il s’étoit arrêté dans la Baye, & dans la mé- 
mefaifon , il l’avoit eu conftamment Eft, & fort orageux. Le 20, il pafla le 
Tropique du Sud. Le Vaiffeau Hollandois l'ayant accompagné jufqu'alors ; 
le quitta en le faluant de trois coups de canon. 

LE 30 au lever du Soleil, il apperçut l’Ifle de Sainte-Hélène , après 2- 


avoir fait foixante-fix lieuës [à l'Oueft] dans cette latitude. Lancrekr 
“fut jettée du côté du Nord-Oueft à un mille du rivage, & au Nord- 


Oueft 


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Hollan 

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qu'il fe 
ge, & 
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lorfqu'il 
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Agullas. 
Sucre, y 
fuivant; 
oint paf-k 


pe, que 
s y trou- 
u-devant 
Il s'en 
& pefoit 
inde voi- 
ment un 
quelques 
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qui ren- 
on Vaif- 
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eux de 
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dant tout 
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1 pañfa le 
qu’alors » 


après 2- 


Lancrexf 


u INord- 
_ Our 


INDES ORIENTALES, Liv. II. 


Oueft de la Chapelle, fur vingt-deux brafles de fond. Cette Ife eft fi- 
tuée à deux-cens foixante-dix ou quatre-vingt lieuës à l'Oueft de la Cà- 
te d'Afrique. . 

ON remit à la voile le 9 de Février, pour retourner direétement en An- 
leterre. Le 16, on découvrit à fevt ou huit lieuës l'Ifle de l’Afcenfion. 
e 28, la furprife des Anglois fut extrème de rencontrer le même Vaiffleau 

Hollandois qu'ils avoient quitté fous le Tropique, mais dans un état fi trifte 

‘il ne lui reftoit que huit ou neuf hommes capables de travail. Les mala- 
dies en avoient emporté my pt & tout le refte étoit accablé de lan- 
gueur. ls en avoient fi bien ufé avec Keeling que s’il avoit pû leur offrir 
quelques-uns de fes Matelots, il leur auroit volontiers offert cette marque de 
reconnoiffance, Mais quoique tous fes gens fuffent en fort bonne fanté , il 
auroit eu befoin lui-même d'en avoir un plus grand nombre, pour les né- 
ceffités de fon propre Vaiflcau, qui faifoit eau. de toutes parts. Les Hol- 
landois, qui voyoient fa fituation, rendirent juftice à fes fentimens, &cne le 
preffèrent pas même de leur tenir compagnie. Ils le prièrent feulement, 
s’il rencontroit quelque Bâtiment de leur Nation, d'avertir qu'ils étoient 
dans un extrême embarras, & de leur procurer une prompte afliftance, Il 
les quitta vers la nuit, avec les témoignages du plus vif regret, à 45 degrés 
6 minutes de latitude. 

Le 1 de Mai, fe trouvant à 49 degrés 13 minutes, il eut un fi beau tems 
qu’il fe croyoit fort proche du terme. Mais, le lendemain, un affreux ora- 
ge, & le vent qui tourna au midi, le rejetta fort loin de fes efpérances. Ce- 
pendant, après avoir lutté quatre jours contre les flots, il rencontra un 
Bâtiment de Lubeck. qui l’afflüra que Scilly n’étoit qu’à cinquante lieuës, 
à l'Eft quart au Nord du même points Keeling apprit au Capitaine de ce Vaif- 
feau le befoin que les Hollandois avoient de 2e fecours. Le 9 au matin, 
il découvrit Beachy à trois lieuës au Nord-Nord-Eft; &, vers le foir, il 
jetta l'ancre aux Dunes. 


LATITUDES. 


Rade de Sierra Leona. 8 36N. 
Variation Eft. . . 1 50 

Deux petites Ifles.. . . 37 S. 
Variations Eft. . . 


Cuar, IV. 135 


Ifle de Sel. . . , . . G 6 
5 


Ifle de Noffaferes. . 30 
N.-Oueft. .20 00 


go F 
26 Ifle Maurice. ps 15 


OU … ,. . 
Ie près de Priaman. . 


KREELINS, 
1610. 


Arrivée de 
Keeling aux 
Dunes. 


13 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ee TE GTR ED ok ED ODA EE DK ED 
CHAPITRE V.() 


Voyage du Capitaine David Middleton à Bantam € aux Moluques en 1607. 


L doit refter de la curiofité aux Leéteurs attentifs pour le fort du Con/ent, 
troifième Vaiffeau de la Flotte de Kceling. On a vû qu'après avoir été fé- 
paré par la tempête, il avoit laiflé des marques de fon paflage à Saldanna, 
& qu'il avoit paru enfuite à Bantam. Mais dans l'impatience de retrouver 


l'Amiral, il rifqua le Voyage des Moluques fous fes propres aufpices; [&,4 


le Capitaine même en ayant été l'Ecrivain, on doit fouhaiter de trouver ici 
fon récit.] 

Iz le commence à fon entrée dans la Baye de Saldanna, où malgré les pé- 
rils d’une longue tempête, il arriva fans autre perte que celle d’un Matelot, 
qui avoit été tué d'un coup de tonnerre au fommet du grand mit (2). Dans 
le befoin preffant de toutes fortes de provifions, il fe rendit lui-même, avec 
quelques-uns de fes gens, à l’Ifle des Pengoins, qui n'eft qu’à trois lieuës de 
la Rade. Il y vit avec étonnement une fi prodigieufe quantité de Veaux ma- 
rins & de Pengoins , qu’il en compta des troupeaux de cinq cens. Cette 
Ifle n’a pas plus de trois milles de long fur deux de large. Mais l'Auteur 
doute qu'il y en ait une au monde où l'on trouve plus d'animaux marins, fans 
parler d’un nombre furprenant de Canards, d'Oyes, de Pélicans, & d’autres 
fortes d'Oifeaux. 


APrRèÈs avoir pourvû aux premières nécefités de la vie, [ Middieton cher-# 


cha le moyen de fe lier avec les Habitans du Pays, dans la feule vûe d’ache- 
ter d'eux quelques beftiaux. Plus heureux que la plûpart de ceux qui avoient 
fait le même commerce, non-feulement il obtint les mêmes avantages, mais 
il fit confentir volontairement un Sauvage à le fuivre. Cette faveur dont il 
fut obligé à quelque mécontentement que le Négre avoit reçu de fa Nation, 
lui parut d'autant plus utile, que voulant chercher avec foin l’Amiral & le 
Vice-Amiral, il avoit befoin d’un Interprète pour le langage d'Afrique. Le 
Négre entendant d’ailleurs quelques mots d'Anglois, tout l'Equipage s’em- 
preffa de lui en apprendre davantage, avec beaucoup d’admiration pour la 


facilité de fa mémoire.] On quitta la Baye le 30. [Tout l'équipage étoitxé 


enbonne fanté. Ce ne fut pas fans répugnance qu'on mit à la voile avant 
l'arrivée de l'Amiral & du Vice-Amiral; mais comme il n’étoit pas fûr qu’ils 
relâcheroient en cet endroit, on crut que le meilleur parti étoit de faire voi- 
le pour l'Ifle de Madagafcar.] La nuit fuivante, on doubla heureufement le 
Cap de Bonne-Efpérance, avec quelque envie d’y relâcher , fi le vent n’eût 
changé lorfqu’on n’en étoit plus qu’à quatre lieuës; mais il s'éleva de terre 
avec tant de violence que Middleton revint au projet de s’avancer vers Ma: 
dagafcar. Le tems redevint fort beau jufqu'au 35°. degré de latitude, que le 
vent 


Ça) C'eft le Chapitre VI. de l'Original. R. (b) Angt. qui s'étoit tué en tombant du 
?, haut du grand mit. KR. d. E, 


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1607. 


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-INDES QRIENTALES, Lav. Il Cuar. V. 


vent s'étant mis au Nord-Ousft, on porta Eft quart au Sud pour éviter les 
courans. Enfin le 27 d'Août, à deux heures après-midi, on découvrit l'Ifle 
de Saint-Laurent ou de Madsgafcar. On n’en étoit qu'à fix lieuës. Les ob- 
fervations firent trouver à midi 24 degrés 40 minutes de latitude; &, le foir, 
la variation étoit de 16 degrés 23 minutes. 

Le 30, à cinq heures après-midi, on mouilla l'ancre dans la Baye de Saint- 
Auguftin, à fix brafles & demi d'eau, fur un fond de gravier. Îl avoit fal- 
lu des précautions pour choifir le véritable Canal, parce qu'à lentrée de la 


537 


. Baye il fe trouve deux Ifles, qui forment différentes ouvertures. Middleton 


eut la curioticé de fe mectre dans fa Chaloupe pour vifier ces Ifles. L'une, 
qui cft fort petite, ne lui parut qu'un banc de fable. L'autre, à laquelle il 
donne un mille de longueur, & la moitié moins de largeur, eft couverte de 
quelques Bois, mais déferte & ftérile. Aucun Flabitant ne s'étant fait voir fur 
les bords de la Baye, le Vaifleau s’avança trois lieuës plus loin, jufqu’à deux 
milles au-deflus de l'embouchure d'une Rivière. L'eau & le bois lui man- 
quoient. Middl:ton ayant fait jetter l'ancre, le cable rompit, fans qu'on 


Ææpüt s'en imaginer la caufe. [La Chaloupe fut détachée avec dix hommes ar- 
3 més, pour entrer dans la Rivière. Davis, qui étoit chargé de la conduire, 


remonta l'efpace d’une lieuë, en baffe marée, fans trouver que l'eau devint 

lus douce. Quelques Cabanes, qu'il découvrit à deux ou trois cens pas de 
À rive, lui firent prendre le parti de defcendre. Il s'en approcha fans pré- 
caution, avec fix de fes gens. Les Habitans, qui étoient au nombre de 
douze prirent la fuite à fa vûe. Il les rappella par fes fignes, mais inuti- 
lement. 

La pauvreté de cette Habitation ne lui auroit pas fait naître l'envie d’y 
entrer, s’il n'eût été preflé par les cris d’un enfant, qui ne tarda point 
enfuite à fe faire appercevoir. Ce petit Négre paroifloit âgé de douze ou 
quinze ans, & fa douleur venoit d'être arrêté par un mal de jambe, qui 
l'avoit empêché de fuivre les autres. Il donna des marques extraordinai- 
res de frayez:, en voyant les Anglois fi près de lui. Cependant comme 
ils avoient avec eux le Négre de Saldanna, ilfe raffüra tout-d’un-coup lorf- 
qu'il le vit parler familiérement à ceux qui l’effrayoient. Davis lui ordon- 
noit de carefler cet enfant & de lui faire diverfes queftions. Quoique la Lan- 
gue de Madagafcar foit fort différente de celle des Négres du Continent, 
il s’y trouve des reffemblances; & les Négres d’ailleurs ont d’autres confor- 
mités qui leur facilitent beaucoup le moyen de s’entendre. Ainfi Davis ap- 
prit, par l'entremife du fien, qu'il y avoit à peu de diftance deux fources 
fort abondantes , d’où lea: pouvoit fe tranfporter aifément à larivière. Il 
fçut aufli qu'a moins d'un mille du même lieu il y avoit une Habitati- 
on fort peuplée, ou une Ville nommée Rota; que out fix femaines ou 
deux mois, il étoit échaué fur la Côte un Bâtiment de l’Europe, dont il 
étoit forti quantité de gens armés qui s’étoient répandus fort loin dans le 
Pays; qu'ils en avoient emporté beaucoup de gingembre: qu'après avoir trai- 
té fort humainement les {nfüulaires, ils leur avoient fait une guerre fanglan- 
te, dans laquelle ils avoient eux-mêmes perdu beaucoup de monde, Il fut 
impoffible à Davis de juger quel étoit ce Vaifleau, & l'intérêt de fa Patrie 
le portoit à craindre que ce ne fût celui de l'Amiral Keeling. Mais tandis 
qu'il s'entretenoit dé fes conjeétures, le petit Négre fit voir à l’autre 

IL, Part, S quelques 


Miopteron, 
1627. 
Ilarrive Ma 

dagalcur, 


Deux Ifles à 
la Baye de 
Saint-Augul- 
tin, 


Davis entre 
dans une Ri- 
vière avec la 
Chaloupe. 


Informations 
qui reçoit 
d'un jeuneNé- 
gre. 


133 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


quelques morceaux d'un habit déchiré, que les Anglois crurent reconnoître, 
au drap & à la forme, pour un monument de leur Pays. Ce foible indice 
eut la force auffi de confirmer les foupçons de Davis. Cependant comme il 
ne pouvoit fe croire en füreté dans un lieu où l'on étoit fi peu fatisfait des 
Européens, il regagna fa Chaloupe, après avoir fait affürer le petit Négre qu'il 
md point à lui nuire, & l’en avoir convaincu par fes carefles & fes 
réfens. 
: C£ récit fit balancer Middleton s'il devoit s'arrêter dans un lien fi dange- 
reux. La néceffité d’eau l'y forçant, il prit feulement des mefures pour n'a- 
voir rien à redouter des Barbares. Le foir même, on apperçut plufieurs Bar- 
ues qui s'avancérent comme à la découverte, fans fe fier aux fignes qu'on 
faifoit pour les attirer. Malgré tant de mauvais pronoftics , le Vaiffeau s'ap- 
procha de l'embouchure de la rivière, où la nature a formé , dans l'angle 
même de la Côte, une forte de petit Port. C’eft un enfoncement d'environ 
deux cens pieds de diamétre, que l’eau de la mer femble avoir creufé, & qui 
eft capable de contenir deux Vaifleaux fort au large fur dix brafles de pro- 
fondeur. Middleton s’y logea, après l'avoir fait fonder dans toutes fes par- 
ties. Le lendemain, il renvoya la grande Chaloupe & l'Efquif, chargés de 
tonneaux & de gens armés. Davis, qui fut encore nommé pour les conduire, 
étoit homme d’efprit & de sons? mais qui jugeoit trop mal de la ftupidité 
des Négres, & qui s’étoit perfuadé mal-à-propos que dans toutes les occafions 
où l’adreffe pouroit être employée contr'eux, elle étoit capable de. fuppléer 
au nombre. 

IL remonta la rivière jufqu’aux Cabanes qu’il avoit vifitées la veille, & 
loin d’y remarquer rien d’effrayant, il vit fur la rive où il étoit defcendu, 
deux Négres, avec le jeune Malade, qu'ils fembloient y avoir apporté. Da- 
vis le reconnoiffant, fe hâta de lui faire des fignes d'amitié, & ne fit pas 
difficulté de defcendre. Le Négre de Saldanna entretint quelque tems les 
deux autres, & leur fit beaucoup efpérer de l’affeétion des Pr Ils pa- 
rurent fatisfaits de fes affürances, & fe difpofant à fervir de guides, ils pri- 
rent le chemin desfources. De vingt hommes que Davis avoit amenés, qua- 
torze étoient occupés à tirer les traîneaux. On arriva aux fourcés, qui étoient 
telles que le jeune Négre les avoit repréfentées. Elles formoient, prefqu’en 
fortant, un baffin de cinq ou fix pieds de profondeur , qui n’en avoit pas 
moins de dix ou douze de diamétre; & l’eau fuyant par un petit ruifleau, 
alloit fe perdre dans un Marais bourbeux qui s’étendoit jufqu’à larivière, Les 
Anglois avoient commencé le travail, lorfque Davis, qui leur donnoit fes 
ordres, apperçut à cent pas, fur le fommet d’une petite Colline, plufieurs 
Sauvages, qui paroïfloient un moment, & qui fe retiroient auffi-tôt. L'al- 
larmefe mettant dans fa Troupe, il ccmmença par fe faifir des deux Négres 

ui l'avoient conduit. [l recommanda qu'il fuffent gardés foigneufement , tan- 

is qu’à la tête de dix de fes gens il monta d’un air ferme jufqu’au fommet 
de la Colline. Le bruit d'enze coups de fufils, dont on vit en même tes 
ja fumée, & quelques fléches, qui vinrent tomber jufqu’au bord de la four- 
ce, firent connoître à ceux qui y étoient reftés qu'on étoit furpris par les 
Infulaires. Ils ne balancérent point à voler au fecours de leurs Compagnons. 
Les Barbares, qui n'avoient ôfés’en approcher, mais qui continuoient deles 


harceler à coups de fléches, n’eurent pas plûtôt vä paroître le fecours qui 
leur 


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relâche 
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ftupidité 
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orté. Da- 
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Ils pa- 
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nés , qua- 
ui étolent 
prefqu’en 
avoit pas 
ruifleau , 
ière. Les 
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Ôt. L’al- 
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nent, tan- 
u fommet 
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is par les 
npagnons. 
ient deles 
cours qui 
leur 


INDES ORIENTALES, Liv.11® Cuar. V. 3) 


Jeur arrivoit, que le croyant fans doute beaucoup plus nombreux, ils prirent 
la fuite avec beaucoup de frayeur. Ils étoient plus de deux cens. Davis 
emporta les arcs de ceux qui avoient été tués des premiers coups. Ilçroyoit 
retrouver, aux fources, les deux Guides qu'il y avoit laiffés ; mais leurs Gar- 
des les ayant abandonnés dans la première confufion, ils n'avoient pas man- 
qué de prendre la fuite. Le Malade même avoit difparu du bord de la rivié- 
re; & quoiqu'il ne pût être bien loin, les Anglois dédaignérent de le cher- 
cher. Ils rapportèrent à bord quelques tonneaux d'eau fraîche , pour rendre 
témoignage que la crainte n’avoit point été capable de les arrêter. Mais 
quoiqu'une fi petite quantité fût fort éloignée de füflire pour la provifion du 
Vaifleau, Middleton jugea que la prudence l'obligeoit de chercher du remé- 
de à fes befoins dans des lieux plus fürs. ] Il remit à la voile le 7, avec un 
vent fort frais d’Éft quart au Nord. Le lendemain, continuant de s'avancer 
au long des Côtes, il fut furpris de voir partir du rivage plufieurs petites 
Barques qui s’approchèrent du Vaifleau fans précaution. L'une portoit qua- 
tre Chevreaux. Une trois Moutons. La troifiéme , une Genifle, Une 
uatriéme, de la chair fraîche de Bœuf ou de Vache. Il acheta tout, à 


à fort bon marché. Ni, Anglois de : Equipage, à qui ce changement de 
P 


difpofitions parut fufpeét de la part des Infüulaires, voulut faire craindre à 
Middleton que toutes ces viandes ne fuflent empoifonnées. Mais il fut 
aifé de juger par la naïveté de ceux qui les apportoient qu'ils avoicnt mé- 
me ignoré les querelles de leurs voilins. Cette perfuafion porta le Capi- 
taine à relâcher dans une petite Baye d'où les Barques étoient forties. Il y 
trouva de l'eau & du bois, deux fecours dont le befoin étoit devenu fort 


(& preffant. ] 


La navigation du Confent fut heureufe jufqu'au 12 de Novembre , qu'on 
découvrit le matin une fort belle Ifle à 5 degrés ; de latitude. La variation fe 


trouva de 4 degrés 13 minutes. [ Middleton avoit perdu l’efpérance de ren- 


contrer l’Amiral; mais attiré par la quantité d'arbres & d’oifeaux qu'il voyoit 
devant lui, & ne pouvant douter que ce ne fût l’Ifle d’Inganna , dont il a- 
voit entendu vanter les beftiaux & les pâturages, il prit la réfolution d'y 
relâcher. Quoique celle de Sumatra en foit fort voiline, il n’avoit point 
d’affaires qui puflent l'y conduire; & les rafraîchifflemens d’Inganna fufi- 
foient pour rendre fa courfe aifée jufqu’a Bantam. ] En approchant de l’Ifle 

il jugea que fa longueur eft d’environ cinq lieuës, Eft par Sud, & Oueft 
par Nord. Le cêté de l'Eft ne paroît compofé que de terres hautes, dont la 
perfpcétive n’a rien d’extraordinaire. Mais la Partie occidentale eft un des 
plus agréables lieux du Monde par la beauté de fes Payfages, & des plus a- 
bondans en toutes fortes de beftiaux. Les Anglois abordèrent dans celle-ci 


(ce). [La Rade qu'ils choifirent pour y mouiller l'ancre n’a point de Ville fur 


fes bords, mais elle eft environnée d’un grand nombre de maifons riantes, 
qui fe reffentent de l'opulence des Habitans. Le commerce qu'ils font de 
leurs beftiaux dans l’Ifle Sumatra, leur rapporte un profit fi confidérable, 

qu'un 


Cc) L'Original dit que les Anglois profi- rent à la vûe de Sumatra, qui n'étoit qu'à 
E. 


tant d'un vent d'Oueft-Nord-Oueft ne s’arrè- 
térent point, & que le lendemain, ils pañtè- 


S 2 


quatre licuës d'eux. KR. d. 


Minpieron, 
1607. 


Middicton 
leve l'ancre. 


Il trouve 
des Négres 
plus humains, 


Ifle d'Inganna, 


Ses agrémens 
& fes richef- 
fes. | 


MIDDLETON, 
1607. 


Ils arrivent à 
Bantam, 


Etat duComp- 
soir Anglois, 


Middleton 
ge pour les 
foluques, 


1608. 


On refüfe aux 
Anglois la 
permiffion du 
commerce 
auxMoluques. 


4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


qu'un Roi de Pedir, qui avoit befoin d'argent pendant la guerre qu'il foûte: 
noit contre le Roid'Achin, ne trouva point d'expédient plus für & plus promps 
que d'époufer la fille unique d'un des plus riches Particuliers d'Inganna. Auf 
l'fle jouit-elle d’un des principaux fruits de l'opulence & du luxe, qui eft la 
douceur & la politefle. Quoiqu'il y arrive peu d'Etrangers, les Habitans pa. 
roiffent charmés de les recevoir, & fe font comme une étude de leur plai- 
re. Middleton reçut à fon arrivée des rafraichiffemens qu'il offrit en vain de 
payer; &, pour les provifions qu'il demanda, on fe contenta d'un prix fort 
médiocre. Il fut invité à defcendre au rivage. Enfin tous les Anglois du Vaif: 
feau furent également fatisfaits de l'Ile & des Infulaires. 

Le jour même de leur départ, ils pañlèrent à la vûe de Sumatra. La 
multitude de petites Barques qu'on découvre au long des Côtes, forme un 
Las agréable pour ceux qui n'ont point encore pénétré dansces Mers,] 


ux jours après, ils arrivèrent dans la Rade de Bantam, [qu'ils trouvérent# 


remplie de Bâtimens Indiens, Chinois, Hollancois, & de plufeurs autres 
Nations; mais le Dragon & l'Heétor, c'eft-à-dire, l'Amiral & le Vice-A. 
miral Anglois, ne fe préfentèrent point à leurs yeux.] 

Towrson, qui étoit le Chef du Comptoir Anglois depuis le retour de 
Scot, Sarris, & les autres Faéteurs, s'empreffèrent de vifiter Middleton fur 
fon bord. Comme il n'étoit chargé d'aucun pouvoir, les Inftruétions & les 
Comptes qu'ils lui apportoient furent rélervés pour l'arrivée de l’Amiral, 
Cependant ils l'affurèrent que les affaires. de la Compagnie étoient en fort 


bon ordre & le Comptoir floriffant, [ce qui ne reffembloit guéres aux triftes y 


vérités que l’Amiral Keeling devoit bientôt découvrir.] Middleton defcendit, 

our faire tranfporter au Comptoir le fer & le plomb qu'il avoit apporté. 

nfuite ayant employéle tems, jufqu'au 6de Décembre, à radouber fon Vaif- 
feau ,il quitta Bantam pour fe rendre aux Moluques. C'était fans doute le projet 
de la Compagnie, puifque Towtfon ne lui refufa ni les fecours ni les marchandi- 
fes qui convenoient à ce nouveau Voyage, Le vent étoit fi bas à fon départ, 
qu'ayant eu beaucoup de peine à fortir de la Rade, il fut obligé la première 
nuit de jetter l'ancre à la vûe des hauteurs de Bantam. Des tourbillons de 
flamme & de fumée qu’ils apperçurent dans les ténébres, leur firent juger 
que par quelqu'un des accidens ordinaires à cette Ville, le feu en confumoit 
une partie. Le lendemain ils continuérent leur navigation avec un bon vent, 
qui les conduifit au travers d’un grand nombre d'Ifles, parmi lefquelles ilsen 
virent plufieurs d’abimées, La pluie, le tonnerre & les éclairs ne furent pas 
pour eux des chofes nouvelles dans ces Mers. 

ILs arrivèrent à Tidor au commencement de Janvier. Les Ifles Moluques 
étoient dans le mouvement d'une guerre qui duroit depuis plulieurs mois 
entre les Hollandois & les Efpagnols. Ceux-ci, qui avoient alors moins de 
Vaiffeaux que les Hollandois, refufèrent à Middleton la permiflion du Com- 
merce, à moins qu’il ne voulût les affifter contre leurs Ennemis, ou du moins 

u’it ne leur prêtât fon Vaifleau pour donner plus d'apparence à leur Flot- 
te, en fe contentant de l'accompagner. Les Anglois ayant déclaré nettement 
que cette demande étoit contraire à leur Commiffion, il furent réduics au Com- 
merce noéturne qu'ils éxerçoient fecrétement avec les Infüulaires. Pendant le 
jour, ils affeétoient de prendre part aux divertiffemens des Efpagnols & des 

rinces du Pays, comme s'ils euffent attendu l’arrivée d’un nouveau Géneral 
d'Efpagne, dont ils efpéroient plus de faveur, | [CES 


"1 pour M 
Ù mais fur 


pm [Cu 
Efpagn 
bleffe n 
laifir. 
uques, 
& le M 
fes man 
Middlet 
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Dans la 
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«r(d) C 
immédiat 
s imprimé 
qui avert 
Texte d 


INDESORIENTALES, Lav. III, Cuar, V. TE 


"il foûte: æ [Css réjouiffances étoient des courfes & des repréfentations chéâtrales. Les  Mipniwrox, 
s prompt Efpagnols avoient inventé cet artifice, pour attacher à leurs intérêts une No- ee. vd À 
na. Auli bleffe molle & voluptueufe, qui craignoie le travail autant qu’elle aimoit le £pagnols ” 
qui ef la laifir. 11 n'y avoit point de comparaifon, dans l'efprit d'un Prince des Mo- pour s'atta. 
itans pa- u tre un Efpagnol richement vétu, qui donnoit des fêtes galantes, cher les Prin. 
core Detiols à: eui | cgraneg À es Indien 
eur plai- & le Marchand Hollandois , qui fous un habit aufli greffier que fa figure & cs Indiens 
vain de fes manières, ne paroifloit occupé que de fes marchandifes & de fes comptes, 
prix fort Middleton, à qui le goût du 2 n'étoit pas étranger, trouva l'art de plai- 
s du Vaif- re également aux Efpagnols & aux Indiens, en fe prétant à tout ce qui pou- 
voit les amufer, Cependant fa complaifance ne les difpofa point à lui ac- 
atra. La corder la liberté qu'il defiroit, 
forme un Enrez les plaifirs auxquels if contribua, il fait l'hiftoire d'une marche cé- Fête desMo: 
s Mers.] lébre, où les femmes furent admifes , mais fans communication avec leshom- luques. 
ouvérent+ D mes; de forte que le plaifir de la fête n'écoit proprement que pour les fpec- 
rs autres DM  cateurs. Chaque femme néanmoins portoit les Enfeignes du Cavalier qui avoit 
Vice-A. DM fourni à la dépenfe de fon train, comme chaque Cavalier portoit quelque 
marque de la Dame à laquelle il répondoit. Cette fête ayant été annoncée 
retour de DE dans toute FIfle de Tidor, qui n'a pas plus de cinq lieuës de circuit, mais 
leton fur qui eft fort peuplée dans cette étendue, la plus grande partie des Habitans 
ns & les MA  s'étoit affemblée dans la Capitale, jufqu'à faire craindre que les Iollandois, 
l’'Amiral, dont les principales forces étoient à T'ernate & à Bachan, ne prolitaffent de 
en fort MM  cctte occalion pour former quelque entreprife. Mais tandis que les Infüulaires 
aux triftes 4 D étoient amufés par des fpcétacles, les Troupes Efpagnoles avoient ordre de 
lefcendit, faire une garde éxaéte dans les Ports.] 
apporté. [En Au commencement de Mars, l'amitié que les Efpagnols avoient conçue 
fon Vaif. D pour Middleton les fit confentir à lui permettre quelque commerce ouvert; 
eleprojet M mais fur d'autres délibérations, cette liberté lui fut ôtée peu de jours après. 
archandi- M  Enfüite il reçut l'ordre de partir au moment qu'il s’y attendoit le moins. Le  Middicton 
n départ, reflentiment de cette conduite lui fit prévenir le jour même qu'on lui avoit part mécon- 
première M k#fixé pour fon départ. 11 mic à la voile le 14 de Mars, [& fit quelque petit tent, 
billons de M commerce fur (à) la route. ] 
rent juger Le 20, étant entré dans les Détroits de Bangaye, où ilfe propoloit de pe 4e pan 
confumoit [M chercher de l'eau, une Pare Indienne, qui vins de l'Ile au-devant delui, of- gay 
bon vent, | frit de le conduire au ruifleau Le plus pur & le plus abondant. C'étoit fur la 
lles ilsen [M Côte de l'E. On fuivit la Pare, qui montra effeétivement aux Anglois un 
furent pas lieu commode pour aborder avec la Chaloupe. Le Vaifeau ayant jetté l'an- 
W  cre fur foixante-fix brafles d’eau, malgré l'agitation d'un courant fort vif, 
Moluques | on fe difpofoit à faire partir les tonneaux, lorfqu'on vit paroître un grand 
eurs mois DA nombre de Pares qui s'avançoient fucceflivement des deux côtés de l'Ifle. 
moins de Dans la première inquiétude, Middleton fe crut trahi, & donnoit déja des 
1 du Corn ordres pour fa défenfe. Mais on reconnut aufi-tôt que c’étoient des Pé- 
:dumoins Li cheurs, ou d’autres Infulaires, qui apportoient du poiflon & quelques épi- 
eur Flot- - ces, : 


She si «y(d) Ce paragraphe, & celui qui précède il a fait dans d'autres endroits qui lui paroif 

immédiatement l'addition du Traduéteur,eft  foient ennuyants. Mais malhcurcufement il lui 
’endant le imprimé en caractères Jtaliques dans Purchafl,  ett arrivé fouvent de regarder comme ennuy- 
ols & des qui avertit le Leéteur, qu'il a abregé ici le antes des chofes, qui, fi elles ne font pus 
y Géneral Texte de l'Auteur qui ef fort long, comme en font du moins fort utiles, 


[CES 


MinntrTon, 
160%. 


Les Infului- 
res curcilont 
les Anglois, 


Préfent que 
le Roi fait à 
Middleton, 


Ifle Button, 


Le Roi tai 


demander aux 


Anglois la li- 
berté de les 
\oir à bord, 


Ileft traité 
galamiment, 


142 VOYAGES DES ANGLOÏIS AUX 


ces, dont ils ofrirent l'échange pour des plats de porcelaine, Le foir, on 
vit revenir la Chaloupe avec une fort petite quantité d'eau; non qu'elle 
manquât dans le lieu où ils l'avoient cherchée ; mais l'éloignement de 
la fource , qui écoit à cinq milles, n'avoit pas permis d'en apporter da. 
vantage. 

Le lendemain, dès la pointe du jour, il arriva autour du Vaifleau plusde 
cent Pares, chargées d'hommes & de femmes, qui venoient offrir aux An. 
lois quantité de poiflon fec & frais, de volailles, de pores , de fruics & 
e racines. Ils ne demandoient en échange que du drap & de la porcelaine, 
Le Vaiflèau fe fournit ainfi de provifions à crés-vil prix, Mais il fut expo. 
fé à beaucoup d'embarras de la part de tous ces Infülaires , qui y montéren 
de toutes parts, & qui s'y trouvèrent enfi grand nombre, qu'à peine les An. 
glois pouvoient-ils fe remuer. [Les femmes, aufi traitables que leurs mai 
ris, ne refufoient rien à ceux qui les ciroient à l'écart,] Dans le cours de 
l'après-midi, le Roi de l'Ifle envoya au Capitaine, du Plantain , avec un: 
forte d'eau ou de liqueur fort eftimée des Indiens , qu'ils appellent /rea Po. 
te. Middleton, pour reconnoïffance , envoya au Roi une piéce d'étofie, 
Cette députation du Prince, & le départ de fes Meflagers , furent comme 
un fignal qui rappella tous les Infulaires dans leur Ifle, Ils defcendirent du 
Vaifleau avec précipitation, & dans l'efpace d'un quart d'heure ils difparu- 
rent entièrement, Middieton fit lever l'ancre venait la nuit, avec fi peu 
de vent, que tous les efforts des Matelots eurent beaucoup de peine à fur. 
monter la violence du courant. Il couroit rifque d'étre jetté plus loin, par 

cet obitacle, qu'il n'auroit avancé dans trois jours. 

Le 19 d'Avril, en pañlant proche de l'Ifle Button, (e), il vit partir du 
rivage une l’arque qui vint droit au Vaifleau, avec de grandes marques de 
confiance. C'étoit le frère du Roi, qui avoit ordre de témoigner au Cap: 
taine l'empreffement que le Roi fon frère avoit de voir les Anglois & leur 
Bâtiment. Middleton répondit qu’il jetteroit volontiers l'ancre pour lui don- 
ner cette fatisfaétion, & qu'il fe croiroit fort honoré de fa préfence, Le 
Roi fortit bientôt de la Rivière dans une vafte Caricole , qui étoit conduite 
au moins par cent Rameurs. Elle avoit fix canons de fonte, & plus de qu 
tre cens hommes armés. Cinq autres Caricoles, qui venoient à la fuite por: 
toient environ mille hommes. Le Roi fit demander au Capitaine un Otage 
pour fa füreté. On lui envoya le Chirurgien du Vaifleau, l'hotme de ré 
folution & d'une figure gracieufe.] Enfuite le Roi n'ayant pas fait difficul 
té de monter à bord, avec un petit nombre de fes gens , les Anglois s'ef: 
forcèrent de répondre à l'opinion qu’il avoit marqué de leur politefle & de 
leur bonne-foi, On lui fervit ce qui reftoit de plus délicat fur le Vaifeau 
après une fi longue navigation. [Il mangea fans défiance , en faifant l’élo-& 

e de quelques liqueurs de l'Europe qui s’étoient fort bien confervées. Dans 
e cours du feftin, il prit plaifir à raconter par la bouche de l’Incerprête 
toutes Îes circonftances de fon mariage, & la guerre qu'il avoit eue à foù- 

tenir 


€ (e) Cette Ifle, qui n'eft pas éloignée 
du Sud-Eft de Célèbes , eft vrai-femblable- 
ment celle dont il eft parlé dans ie paragra- 


chafT ayant oublié de la nommer auparavaf!, 
il aura encore omis quelque chofe du Text: 
de fon Auteur. 


phe précédent. 11 y a apparence que Pur- 


“HR vancer fi 


tenir pot 
der à fo 
qu'il avo 
manufact 
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elle & de 
le Vaifleai 
ifant l’élo-4 
vées. Dans 
Incerprête 
eue à foû- 
tenir 


crau naravañt 
ofe du Text 


INDES ORIENTALES, Liv, HI Cnar, V, 143 


cenir pour fe mettre en pofleflion de fa femme,] Middlecon lui fit deman- 
der à fon tour quelles étoient les produétions de fon Ifle, 11 répondit 
qu'il avoit des perles, de l'écaille de tortue, & du drap de fes propres 
manufaélures , qui étoit apparemment de cotton ; mais que n'étant venu 
dans cette partie de fon Ifle que pour y chercher de l'amufement, & ne s'é- 
tant point attendu à rencontrer des Etrangers, il n'avoit aucune de ces mar- 
chandifes avec lui; que cependant fi le Capitaine vouloit s'avancer jufqu'à 
fa Ville Capitale , qui n'étoit éloignée que d'un jour & une nuit, il lui 
feroit voir de grands amas de perles & d'autres richeffes, 11 lui offrit un 
Pilote pour le conduire par les plus füres voies dans un lieu qui lui évoic 
inconnu, 

Carre offre méritoit l'attention du Capitaine & des Faéteurs. Après 
avoir confidéré qu'un voyage fi court ne les détournoit pas de leurs vûes, & 
que la fortune leur offroit peut-être l'occafon de s'enrichir , ils firent pré- 
{ent au Roi d’un moufquet, d'une épée & d'une belle piéce d'étolfe , en lui pro- 
mettant de fe laifler conduire par le Pilote qu'il leur promettoit. Dans le 
regret qu'il reffentit de n'avoir rien à leur offrir pour s'acquiter de leur pré- 


Mu fonc, il fe défic de fa robe (f) qu'il força Middleton d'accepter ; [& s'étant 


* 


mvancer fi vite, qu'il jetta l'ancre vers midi à la vûe de Button. 


revétu de celle d'un Officier de fa fuite, ] il rentra dans fa Caricole avec des 
civilités que les Anglois admirèrent dans un Monarque Indien. Vers le foir 
il envoya une Barque pour leur fervir de guide jufqu'à Button, avec un pré- 
fent de quelques poules & d'un chevreau sd le Capitaine. L'ancre fut le- 
vée à l'entrée de la nuit, pour fuivre la Barque, Mais un calme qui furvint, 
& Ja marée que les Anglois avoient contre eux, les empêchant de tourner à 
l'Oueit , ils s'arrécèrent encore jufqu'au lendemain, Ccpendant la Barque 
Indienne étoit retournée au Port avec le Contre-Maître du Vaiffeau , qui 
n'avoit pas balancé à s'y mettre. II revint le jour fuivant, fur les dix heu- 
res, chargé de purs de cocos. Son récit augmenta la curiofité de Mid- 
dleton, quoiqu'il fût mêlé de peintures tragiques. Il avoit trouvé le Roi 
dans la débauche, avec les Nobles de fa Cour; ce qui n'avoit point empé- 
ché ce Prince de les recevoir fort agréablement. Mais il n'avoit pû voir 
fans effroi l’ornement de la grande fale du Palais. C'étoient les têtes des 
Ennemis que le Roi avoit tués de fa propre main dans la dernière guerre. 
Élles étoient encore fi fraîches, qu'on voyoit, au-deffous, les traces du fang 
qui en avoit dégouté. Ce fpeétacle avoit fait tant d'impreffion fur le Con- 
tre-Maître , que refufant de pafler la nuit avec le Roi, il avoit mieux aimé 
retourner au Port & paffer la nuit dans fa Caricole qui l'avoit apporté. Le 
matin il demanda inftamment d’être reconduit à bord. Comme le vent n'a- 
voit pas cefTé d’être foible dans les Détroits, Middieton, fans donner dans 
les frayeurs du Contre-Maître , prit le parti de faire précéder le Vaiffeau 
par la Chaloupe qui le conduifoit à force de rames. Cet expédient le fit a- 
[Cette 
Ville, comme la plûpart de celles des Indes , avoit autant de jardins que 
de maifons ; ce qui lui donnoit en apparence une fort grande étendue; mais 
le nombre des Habitans y répondoit fi peu, que de l’aveu même du Roi, il 

ne 


Cf) Ang. L fit préfent à Middleton de deux piéces de l'étoffe de fon pays, R. d. E. 


Muibpt nro, 
1608, 


filles engige 
À fe rond 
dans fa Capi 
tuile, 


Le Contre. 
Maitre An: 
glois s'y rend 
le premier. 


Horrible 
pe dont 
il elt frappé. 


Etat de l'Ifle 
de Button. 


Miporeron, 
1608, 


Mildilleton 
entre dans [a 
Rai 


Plaintes d'un 


Capitaine Ja- 
van, contre 
les ÿlollan- 
dois, 


Middlcton 
dine avec le 
Roi de But- 
ton, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ne furpaloit pas douze ou treize cens perfonnes, Cependant l'Ille écoit affez 
peuplée, par la mulcitude de Villages & de Fameaux qui étoient répandus 
dans toutes fes partics, fans compter les Gardes ou les T'roupes ordinaires 
du Roi, qui étoient logées enfemble à un quart de lieuë de Button, & qui 
depuis la dernière guerre montoient au nombre de urois mille,] 
libpLisronattendit à l'ancre les ordres de la Cour, Il n'en reçut point 

même op parce que le Roi fatigué de fa débauche, demeura enfeveli juf 

d'au foir dans un profond fommeil. Mais il vine à bord un grand nombrs 

‘Infulaires, qui apportèrent toutes fortes de provifions, Le lendemain aprs. 
midi, la Rade fe trouva remplie d'une mulcitude de Caricoles qui firenc plu. 
fieurs fois le tour du Vaifleau, en déployant leurs enfcignes & d'autres or. 
nemens de diverfes couleurs. Celle du Roi s'étant fuit reconnoître à plu. 
fieurs marques, Middieton falua ce Prince d'une volée de moufqueterie & 
d'une décharge de fa groffe arcillerie. Enfuite étant defcendu dans fa Cha: 
loupe avec Siddal & fes principaux Faéteurs , il fuivit le cortège du Roi 
jufqu'à la Ville. us crie de Sutron fe fit entendre auflitôt, foit pour} 
rendre aux Anglois leur falutation , foit pour relever la fête du Roi.] Ce Prin. 
ce reçut le Capitaine fur le rivage, & lui renouvella toutes fes offres; mais 
comine il s'étoit propolé une partie de chafle pour ce jour-là, il remit au 
lendemain à lui faire voir fon Palais, Middleton retourna fur fon Vaifleau 
qui continuoit d'être à l'ancre fort près de la terre, Il arriva, dans l'aprés- 
midi, un Jonc de Java, qui venoit d'Amboyne avec, fa arnifon de girofle, 
Le Nackada, ou le Capitaine, fort mécontent des Hollandois , eut avec 
Siddal un long entretien, dans lequel il [lui offrit toute fa send, Da & lui} 

marqua autant de regret que d'éconnement de voir les forces Hollandoifes {x 
£ éricures à celles des Anglois, tandis Ar n'ignoroit pas combien le Roi 
d'Angleterre étoit au deffus du Comte de Hollande, 11 parloit du Comte Mau- 
rice, dont tous les Marchands Hollandois répétoient fans celle le nom. Sid: 
dal luirépondit que jufqu'alors le Roi d'Angleterre s'écoic peu mêlé des inté- 
rets du commerce, & que laiffant ce foin à quelques-uns de fes Sujets , il em- 
ployoic fes forces à fe faire refpeéter en Europe ; au lieu que les Hollandois, n'é. 
tant qu'une fociété de Marchands, qui ne prétendoient point à d'autre gloi- 
re, fe cournoient entièrement vers cet unique objet ÿ Ce qui n'empéchoic 
point que les Anglois dans leur petit nombre, ne fe fiflent refpeéter des Flot- 
ces nombreufes que les Hollandois envoyoient aux Indes, parce que le Roi 
d'Angleterre étoit toûjours capable de fe venger, en Europe, des moindres 
offenfes qu'on pouvoit faire à fon nom ou à fes Sujets. ] 

Le 24, Middleton reçut du Roi une invitation à defcendre librement dans 
fa Ville, [avec une fuite aufli nombreufe qu'il la voudroit amener. 11 fk 
laifa conduire au Palais, accompagné feulement de Siddal, & füuivi de fx 
hommes armés; moins par précaution pour fa défenfe, que pour fe donner 
un air de confidération par fon cortège. Il ne trouva rien d’admirable à la 
Cour du Roi de Button. Les édifices n'étoient différens des autres que par 
leur grandeur. Il fut introduit dans la Sale où le Contre-Maître avoit vi 
avec tant de frayeur une douzaine de têtes fanglantes, qui étoienc fufpendues 
aux murs. Elles y étoient encore, & le Roi les fit confidèrer à fes Hôtes 
avec un air de complaifance. ] On fervit fur le champ un diner fort groffier, 


dans des plats de bois, couverts d'étoffe, pour conferver la chaleur des ee 
7 


141 


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œLoù il leur fe voir un afféz grand nombre de belles purles (4). 


Œ & fur-cout le drap qu'il avoit fur fon Vaiffeau, 


ang, mais d'y dîner avec les Anglois. 


INDES ORIENTALES, Lav. UN, Car, V. 


Los viandes étoient en abondance, mais fans ordre, & mal préparées. La 
feule boiflon Fuc l'rea pote, liqueur douce & agréable, quoiqu affez forte pour 
communiquer biencôe fes vapeurs au cerveau. Le Roi, qui en buvoit fans 
ménagement, parut s'en reflentir par la gaïeté de fon humeur, 11 n'avoit 
admis à diner avec lui que Middieton & al, 

Avnès le feflin, il conduifit fes Hôtes dans un appartement ur" 0" 
Mais i 
marqua moins d'envie de s'en défaire, que d'une infinité de petits ouvrages 
d'os & de bois, fort curieufement cravaillés,] I! dit à Middleton qu'avant 
les propoñitions d'échange & de commerce, il vouloit voir les Marchandifes, 
Comme les deux Angloisne 
fe fentoient d'avidicé que pour les perles du tréfor Royal, ils furent charmés 
de la liberté qu'on leur laïfloit; & ] remerciant le Roi de fes bontés , ils re- 
tournèrent à bord pour l'attendre, 

Le lendemain, ils y virent arriver l'oncle du Roi qui n'étoit amené que 
par la curiofité de vifiter le Vaifleau. Ils le reçurent avec beaucoup de dif 
tinétion. À peine fut-il rentré dans fa Caricole, que le frère du Roi parut 
dans la fienne, Middleton, qui le connoiffoit déja, le retint à dîner. Le 
Roi ne vint pas le même jour, mais il envoya, dans l'après-midi, le Prince 
fon neveu, avec deux de fes principaux Officiers, pour voir le drap. Ils en 

arurent fort facisfaits. Cependant il fe retirèrent fans avoir expliqué leurs 
intentions. 

Enrin le Roi fit avertir Middleton, le jour fuivant , qu'il fe propofoit 
non-feulement de lui rendre vifite fur fon bord, avec les trois Princes de fon 


145 


tité de volaille, & quelques porcs gras. leton mit fur fon Vaiffeau tout 
l'ordre & tout l'agrément qu'il put s'imaginer pour cette fete. Le feftin fut 
préparé fuivant l'ufage d'Angleccrre. A l'heure du dîner , le Roi parut dans 
une Caricole fort ornée, avec un cortège fi peu nombreux, qu'il fembloit 
vouloir fe fatre honnzur de fa confiance. Cependant, comme la précaution 
n'abandonne jamais les Orientaux, on s'app-rçut que l'entrée du Port étoit 
gardée par piufieurs Caricoles.] 1e Roi & les Princes applaudirent beaucou 
aux mets de l'Europe, & fe livrèrent fans réferve à la joie. Middleton fit 
danfer fes Matelots. On but ju‘qu'au foir avec fi peu de mefure, quele Roi 
ne put rentrer dans fa Barque fans y être porté par fes gens. Pendant la fête, 
un Roi (h) de quelque Ifle voifine, s’approcha du Vaifleau dans une Carico- 
le, accompagné de fa femme & de quelques Seigneurs. Il obferva le Bâti- 
ment Anglois avec beaucoup d’admiration ; mais quoiqu'il fût informé que le 
Roi de Button étoit à bord avec une partie de fa famille, il refufa conftam- 
ment d'y monter. Middleton lui envoya quelques rafraïchiffemens qu'il ac- 
cepta volontiers. 
Tous ces témoignages d'eftime & d'affeétion, n'eurent pas l'effet que les 
Anglois en avoient efpéré. Ils vendirent au Roi de Button quelques ne 
e 


(g) L'Original , fans parler de perles, dit fim- 
DMement que l'Entretien des Anglois avec le 
aol, pes fur le girofle qu'il leur fourniroit. 

. ca. à, 


II, Part, 


(b) L'Anglois dit que ce. Roi s’approcha 
du Vaifleau le lendemain de la fête donnée 
au Roi de Button, KR, d. £. 


T 


( j fit porter en même-tems quan- An 
idd 


Mionirron, 
1608, 


Trélor du Rol, 


Vifite des 
Princes, 


Le Roi de 
Button dine 
fur le Vaiileau 
glois, 


Les Anglois 
tirent peu de 
fruit de ces 
carefles, 


MIDPLETON. 
1608. 


SHARPEY. 
1608. 
Situation des 
Anglois par 

rapport au 


commerce des 


Indes Orien- 
tales, 


18 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


de drap; [ mais ils le trouvèrent obftiné à garder fes perles.] Le feul bien 

u'ils tirèrent pour échange fe réduifit à quelques Efclaves que Middleton crut 

evoir préférer à des bagatelles d'os & de bois, dont il n’avoit à faire aucun 
ufage. Cependant il tira un avantage confidérable de la vifite qu’il avoit 
rendue au Roi. Le Nackada Javan, qu'il avoit rencontré dans le Port, lui 
vendit toute fa cargaifon de girotle. La nuitfüuivante, un des Efclaves qu'il 
avoit achétés du Roi, s'étant échappé du lieu où il étoit parce avec fes 
Compagnons, fe jetta brufquement à la nâge, & regagna l'Ifle. Spalding, 
qui fut envoyé pour en faire des plaintes, obtint la permiffion d’en choifir 
un autre. 

Le 2 de Mai, après avoir falué le Port de Button, d’une décharge de fon 
artillerie, il mit à la voile pour fe rendre inceffamment à Bantam. Dès le 
lendemain, il eut la vûe des Détroits de Célèbes, & le 22, il mouilla l'an. 
cre dans la Rade de Bantam. Il ne s’y trouvoit aucun Vaïfleau de l'Europe; 
mais il y étoit arrivé depuis peu de jours quatre Joncs de la Chine, avec 
des taffetas, des damas & d’autres marchandifes. Middleton ne laïffa point 
de s’y arrêter près d’un mois & demi, dans l’efpérance d’y voir arriver l'Iec- 
tor & le Dragon, qui étoient alors occupés dans d’autres lieux. ŒÆEnfin la fa: 
fon commençant à s’avancer, il partit le 15 de Juillet, & fa navigation fu 
heureufe jufqu'en Angleterre. 


LATITUDES. 


Ifle devant la Baye de Saint-Auguftin  . . . . . 23 48 5 
He LIMENNR à is à 0 en 4 “00 
N'OPIAUOEEt eu ae (à ea ana bre tn cle 


GTRN D RRE DE AIEEe NET EDR DIN ME Te EDS DT EE LTD DE ET Le GER ED TD 
CHAPITRE VL() 


Voyage du Capitaine Alexandre Sharpey. en 1608. 


[ LV la liberté de traverfer les Mers & de porter leurs marchand:4 
fes aux extrémités de l’Inde , il manquoit aux Anglois un avantage 
dont quelques autres Nations jouiffoient depuis long-tems , & que d’autres 
travailloient tous les jours à fe procurer. Les Portugais & les Efpagnols avoient 
des Ports dont ils étoient les maîtres, des Villes qu'ils avoient rangées fous 
leur empire, des Provinces entières dont ils s’étoient mis en pofleffion par 
l'artifice ou par la force, & dans lefquelles ils étoient indépendans. Les Hol- 
landois, à leur exemple , avoient commencé à fe fortifier dans plufieurs 
fes , dont ils avoient réduit les Habitans à la foûmifion. Le commerce 
avoit autant de facilité & d'agrément que d'utilité, pour des Marchands qui 
l’éxerçoient ainfi fur leur propre fond, ou qui étoient à portée de l'éxercer 
tranquillement dans les Pays voifins. Ils n’avoient guëres d'autre embarras 
qua 


(a) C'eft le Chap. VL.-de l'Original. R. d.E. 


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INDES ORIENTALES, Lav, II Car. VL 147 


qu'à faire tranfporter en Europe les richefles qu'ils raffembluient continuel- 
lement, dont ils avoient l'ait toûjours de valtes magalins dans leurs, Co- 
Jonies. Au lieu que les Anglois, bornés encore à des voyages incertains., 
réduits à n'obtenir l'entrée des Ports Indiens qu'a force de prières, & de com- 
pofitions, obligés d'acheter fort cher la liberté d'y former des Comptoirs, 
qui ne s’y foûcenoient que par l'adreffe ou l’humiliation, de leurs, Faéteurs , 
étoient encore aux élémens du commerce, & ne dépendoient pas moins, des 
Européens établis aux Indes, que des Indiens qui s'étoient maintenus contre 
les invafons de l'Europe. Dans leurs premiers voyages. ils avoient affeété 
de n’en vouloir à la liberté d'aucune Nation, & de ne paroître nulle part avec 
la qualité d'Ennemis & de Conquérans. Mais ils reconnoifloient de jour en 
jour que ce défintéreffement leur réufliffoit mal, & que pour les vûcs mêmes 
du commerce, ilne fuffit pas toûjours de fe préfenter avec le fimple titre 
de Marchands. Ils ne pouvoient pas être arrêtés d’ailleurs par le fcrupule 
d'employer la force aux Indes Orientales, & de s’y emparer des terres: sr 
trui; lorfque dans le même tems ils fe formoient en Amérique quantité 
d'établiffemens par cette voie. Ainfi leurs réfléxions fur l’éxemple d'autrui, 
leur propre méthode dans d'autres lieux , l’honneur , l'intérêt, cout les 
ortant à fe repentir de leurs premières maximes, ils penfèrent férieu- 
emént à prendre une autre conduite. Le fpeétacie que les. Hollandois 
avoient donné à Middleton aux lfles de Banda & les dégoûts, qu'il y a- 
voit efluyés, ne fervirent pas peu dans la:fuite à les confirmer dans cet- 
te réfolution. 

CEPENDANT il falloit pour une fi grande entreprife, des forces que la, 
Compagnie de Londres n'avoit point encore. La Cour d'Angleterre, quoique 
portée à foûtenir l'intérêt du commerce, étoit trop occupée de fes affaires 
en Europe pour entrer tout-d’un-coup dans les vûes de Marchands, En atten- 
dant d’autres occafons , la Compagnie fe borna, dans le voyage de l'année 
1608, à jetter les fondemens de fon projet, par des obfervations dont elle re- 
mit la pratique à d’autres tems.] Ælexandre Sharpey., qui fut choifi pour Com- 
mander le Vaiffeau l’Æ4fcenfion avec la qualité d'Amiral , & Richard Rowles, 
Capitaine de l’Union, reçurent ordre de faire leurs remarques fur les Pays 
& les lieux particuliers où l'Angleterre pouvoit afpirer à quelque établife- 
ment. 

Mais la tempête qui fépara malheureufement ces deux Commandans aux 
environs du Cap de Bonne-Efpérance, & les autres difgraces de leur voya- 
ge, ne leur permirent guères d’éxécuter cette partie de leur commiffion. On 
peut dire qu'ils firent deux navigations différentes. Aufñi nous en a-t-on don- 
né deux Relations; l’une compofée par Robert Coverte qui étoit dans l’Af- 
cenfion, l’autre par Rowles, Capitaine de l'Union, Elles trouveront place 
ici fucceffivement. 

Le voyage de l’Afcenfion a paru auf fous différentes formes, qui ve- 
noient d'autant d’Ecrivains différens. Outre la Relation de Coverte, on a 
celle de Thomas Jones & de Henri Morris. Mais la reffemblance qui s’y trou- 


ve dans les principaux faits, ne doit pas laïfler d'incertitude fur l'inutilité 


qu'il y auroit de les placer ici toutes trois. On prendra foin feulement d’ex- 
traire, des deux dernières, quelques circonftances qui ne fe lifent point dans 
celle de Coverte; comme on a foin d’avertir ici que dans toutes les trois , 
T2 ce 


SHARrEY 


1608. 


Projet de la 
Compagnie 
Angloife des 
Indes Orien- 
talese 


A quoi elle 
eft forcéc de 
fe borner. 


Remarques 
furles deux 
KRelations fui- 
vantes, 


| 


e 


am me, ar 


SHARPEY. 


1608. 


Départ de la 


Flotte. 


Allarme des 
Lfpagnols 
dans l’Ifle de 
Canarie, 


x Royaumes & grandes Villes inconnues, A- 


148 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ce qui regarde les avantures de l'Equipage, après le naufrage de l'Afcen- 
fion fur la Côte de Cambavye, eft renvoyé au Recueil général des Voyages 
ar terre. 

d Purcmass n’a point inféré la Relation de Coverte dans fa Colleétion ; & 
la raifon qu’il en apporte, c’eft qu'elle étoit alors fous (b) preffe. Elle ne 
parut effeétivement qu'en 1612, in 4°. dédiée à Robert, Comte de Salisbu- 
Qu grand TFréforier d'Angleterre, avec un titre des (r) plus finguliers. 


Il s'eft contenté d'en extraire affez imparfaitement quelques particularitésys 


u Voyage nar terre (Z). La Préface ne contient rien d'intéreffant; ex- 
cepté que l’Auteur dit, que de foixante & quatorze perfonnes qui firent nau- 
frage avec lui fur les Côtes de Cambaye, 1l fut le feul qui ôfat prendre un 
parti aufli défefpèré que celui de s'en retourner dans fon pays parterre. Au 
refte il protefte qu’il ne dit rien qu’il n'ait vû ou fouffert. Sa préface qui n’eft 
que d’une vingtaine de lignes, eft deftinée uniquement à aflürer fes Leéteurs 
de la fidélité de fa Relation. 

Les deux Vaifleaux étant partis de Woolwich le 14 de Mars (e), s'arré- 
tèrent aux Dunes jufqu’au 25, & fe rendirent des Dunes à Plymouth, d'où 
ils mirent à la voile le 31. On ne nous apprend point leur grandeur, ni le 
nombre des hommes; mais les circonftances feront connoître que c'écoient 
deux Bâtimens confidérables. 


Izs arrivèrent le ro d'Avril aux Salvages, c’eft-à-dire, prefqu'à cinq cens 


lieuës de l'Angleterre; & le matin du jour fuivant, ils fe trouvèrent à la vûe 
de la grande Canarie. Le foir en jettant l'ancre près de cette Ifle, ils ti- 
rèrent. un coup de Canon, dans l'efpérance d'attirer quelques Barques du 
Pays. Mais les Efpagnols s'imaginant qu'ils pouvoient être d'une Efcadre de 
douze Vaifléaux Hollandois, dont ils avoient appris l'arrivée dans cette 
Mer, fe difpofèrent moins à les recevoir qu’à les éloigner. Ils raffemblé- 
rent aufli-tôt cent cinquante hommes de Cavalerie & d'infanterie, pour leur 
défenfe; & la crainte les fit demeurer dans cette prévention jufqu’à l'arrivée 
de deux Faéteurs que Sharpey leur envoya dans fon Efquif, pour les affürer 
que les deux Bâtimens étoient Anglois, & qu’ils n’avoient point d’autres vûes 
que d’acheter d’eux quelques provifions. 

LE lendemain, on répondit du Château, par un coup de canon, à celui 
que les Anglois avoient tiré la veille; & le Gouverneur envoya quelques 
Officiers dans une Barque, pour fçavoir de l'Amiral même ce qu'il qe 

arpey 


Cb) Angl. C'eft qu'elle étoit imprimée. Sur ,, vec une Defcriptinn de tous ces Royau- 

quoi les Auteurs de cette Colleétion remar- ,, mes, de ces Villk:, €. de leurs Habitans, 
quent que c'eft-là une mauvaife raifon, qui ,, de leurs Marchandifes, de leur Cominer- 
ra pas empêché Purchaff de publier plufieurs ,, ce; & de ce qui eft d’ufage, parmi eux 
autres Relations imprimées avant lui. De ,, dans les diverfes faifons de l’année : le 
Bry a micux fait ; il nous a donné une ‘Fraduc- ,, tout rapporté fidèlement, avec la découver- 
tion Jatine de ce Voyage de Coverte, Voyez ,, te d'un puiffant Empereur nommé le grand. 
Indie Orient. Part. XI. pag, 11. » Mogol, Prince inconnu jufqu’à préfent àla 
(ec) Voici ce Titre ,, Rélation fidéle & ,, Nation Angloife. Pur le Capitaine Robert 
». Prefque incroyable d'un Anglois, qui, après ,, Cuuerie. 
» Avoir fait naufrage avec un bon Vaifleau (d) Voyez Pilgrim. Lib. V. Cap. 7. Se&. V. 
» nommé l’Afcenfion, furles Côtes de Cam- (e) L'Original dit ici, auffi-bien que dans 
» baye, la partie la plus reculée des Indes  laRelation-deJones qu'on partit de Woolwichle 
» Orientales, à traverfé par terre plufieurs 14 Mars, 1607, & des Dunes le 25 du mé- 
me mois de 1608, R. d, E. 


D: 
x 
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L: 
D: 


Bt 
A 


12] 


Sharpey 
doit ne] 
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fit prend: 
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S 


 l'Afcen- 
y Voyages 


étion ; & 

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Leéteurs 


), s'arrê- 
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c'écoient 


cinq cens 


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ans Cette 


afflemblé- 
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l'arrivée 
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Sharpey 


es Royau- 
s Habitans, 
r Cominer- 
parmi . eux 
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né le grand. 
préfent à la 
sine Roberé 


7. Seût. V. 
n que dans 
Toolwich le 
25 du mé- 


INDES ORIENTALES, Laiv. III Car. VI 140 


Sharpey s'étant expliqué fur fes befoins, on lui répondit que ce qu'il deman- 
doit ne pouvoit être accordé s’il n’entroit dans le Port. En effet les Efpa- 

nols fe tenoient tellement fur leurs gardes, qu'ils n’auroient pas permis à la 
moindre de leurs Barques de porter, hors du Port, des fecours à leurs pro- 

res Vailleaux. Ce procédé n'ayant pas laiflé de choquer l'Amiral, qui en 
ignoroit la caufe, il n'entra point fans donner quelque marque de méconten- 
tement; & lorfqu'il eut appris les raifons qui rendoient les Efpagnols fi dé- 
fans, il fe plaignit de deux Capitaines Anglois, qui fe trouvant dans le Port 
avec leurs Éitimens, ne l’avoient point informé aflez-tôt de l'ufage, pour 
#7 lui épargner le chagrin qu'il avoit ait éclater. Le fcrupule du Gouverneur 
M alloit fi loin, qu'un Pêcheur n’auroit pas quitté le rivage, fans une permif- 
fion de fa main, enregiftrée au Confeil, 

PENDANT cinq jours que les Anglois pafférent dans le Port, il leur vint 
continuellement des Efpagnols, qui mangeoïient avec eux comme autant d’af- 
… famés, que rien ne pouvoit raflafier. Sharpey fit préfent au Gouverneur , 
de deux fromages, d’un excellent jambon, & de quelques barils d’huitres 

_  marinées, qu'il reçut comme une faveur du Ciel. Les Anglois furent furpris 

D des témoignages de fa joie pour un préfent fi fimple; fur-tout lorfque leur 
| ayant envoyé par reconnoiffance trois chevreaux & un mouton, avec quan- 
tité d'oignons, il eut fait connoître que ce n’étoient pas les vivres qui lui 
manquoient. Ils achetèrent d’ailleurs à fort jufte prix, du vin de Canarie, 
des oranges, des limons & d’autres rafraichiflemens, avec une efpèce de pain, 
mêlé d’anis, qu’ils trouvèrent excellent, & que les Efpagnols appellent du 
pain de Nonnes. 

LE 18 d'Avril, ils fe remirertt en mer avec un bon vent, qui, leur man- 
quant néanmoins trois heures après, laiffa les deux Vaifleaux immobiles juf- 
qu’au lendemain. Mais fe levant prefque tout-d’un-coup, il les mit le 24 à la 
vle de l’Ifle Mayo , qui eft à trois cens lieuës des Canaries. Ils fe détermi- 
nérent à faire de l’eau, dans celle de Bonavifla. Enfuite l'éloignement du 
ruifleau, qui w’eft pas à moins de troïs milles dans les terres, leur fit chan- 
ger de réfolution; mais ils trouvèrent d’autres commodités à Bonavifta. A 
peine 4 eurent-ils jetté l'ancre, que deux Négres qui fe préfentèrent à bord, 
jeur offrirent gratis autant de boucs qu'ils en voudroient emporter. A l’é- 
tonnement que Sharpey marqua de cette offre, les Négres répondirent, 
D æqu'il n'y avoit que douze perfonnes dans l'Ifle entière; [que les boucs & les 
à chèvres s’y étoient multipliés jufqu’à devenir fort incommodes, & que loin 
D, de donner beaucoup de peine à les prendre, ils fuivoient les hommes avec 
une forte d’obftination, comme des animaux domeftiques.} Ils ajoutèrent 
que le fel étoit fi commun dans l'Ifle, qu'en divers endroits ‘il fortoit natu- 
rellement de la terre, & que tes Anglois n’avoient pas befoin de plus d'un 
jour ou deux pour en charger leurs deux Bâtimens. En effet Sharpey véri- 
fia leur témoignage par fes propres yeux. Le fel étoit auffi clair & auñfi 
bon que le meilleur de France & d'Angleterre. A l'égard des boucs il en 
‘ fit prendre deux cens pour les deux Vaifleaux. De cette Ifle, on décou- 
L Hvre aifément ceile de San-Fago, qui n’en eft qu'à fept ou huit lieuës. [On 
h ne fe plaindra point , dit l’Auteur, que la terre eft trop petite pour lenom- 

bre des hommes, lorfque tant d’Ifles demeurent fans Habitans & fans culture.] 
T 3 LE 


RAR RUE 


_—— 


AS Re ni 


sai 
- 2e 


SHArrEY, 


1608. 


Les Anglois 


font reçus 
dans le Port. 


Préfens mu- 


tuels, 


Ifle Mayo 
remplie de 
boucs & de 
fel. 


Elle n’a que 
douze Habi- 
tans. 


SNMARPEY, 
1608. 


Comment les 


Anglois fe 
garantiffent 
du fcorbut, 


Leur gaïeté 
dans la Baye 
de Saldanna, 


Les Anglois 
équipent une 
Pinaffe. 


Caractère des 


Sauvages de 
Saldanna, 


150 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Le 4 de Mai, les Anglois levèrent l'ancre, & le 20, ils paflèrent la Li. 
gne, à trois cens quarante-huit lieuës de l'Ifle Mayo. L'abondance des li. 
mons qu'ils avoient pris aux Canaries, & la viande fraîche qu'ils avoient em. 
portée de Bonavifta, les avoient préférvés fi heureufement du fcorbut , qu'il 
ne fe trouva que deux Matelots qui en euflent reffenti quelque légère attcin- 
te. Ainf les deux Equipages arrivèrent fort fäins dans la Baye de ( f) Saldan- 
na, où les autres n’entrent ordinairement qu'épuifés de fatigues & de maladies, 
Avant que d’entrer dans là Baye, ils avoient découvert le Cap de Bonne. 
Efpérance, à quinze ou feize lieuës de la Côte. 

L'A8soNDanNce des rafraïchiflemens qu'ils trouvèrent à Saldanna leur fu 
d'autant plus agréable qu'ils étoient en état d'en goûter toute la douceur. La 
joie qui régnoit dans les deux Vaifleaux, ne leur faifant chercher que de 
luildèt » ils fe familiariférent avec les Habitans de la Baye plus qu'aucu- 
ne autre Flotte ne l’avoit jamais fait dans le même voyage. Auili irèrent- 
ils de ces Barbares, une prodigieufe quantité de moutons, d'agneaux, de 
bœufs, de veaux, de volaille & de poiflôn, C’étoit un feflin continuel, où 
la gaïeté répondoit à la bonne chère. Dans l’Ifle des Pengoins, qui eft à 
cinq ou fix lieuës de la terre, ils trouvèrent une fi grande abondance d'oi- 
feaux & de veaux marins, qr'en ayant rempli deux fois leurs Chaloupes, ils 
en firent de l'huile pour leurs lampes. Ils enlevèrent aufi du même lieu vingt 
brébis graffes, que les Hollandois y avoient laiffées; & pour n'être point ac- 
cufés de vol, ils mirent à la place huit veaux qui devoient avoir le tems de 
s’y engraifler. 

Mars un de leurs premiers foins fut de compofer leur Pinafle, dont ils 
avoient apporté tous les matériaux. Elle fut en état d'être lancée à la Mer 
le 1 de Septembre ; &, fe 4 huit jours après, il ne lui manqua rien pour 
faire voile avec la Flotte. 

Les Habitans de la Baye de Saldanna font fi grofliers, qu’ils différent peu 
des animaux dont leurs pâturages font remplis; mais ils font brutes fans être 
féroces. Ils parurent même fenfibles aux divertiflemens que les Anglois pre- 
nojent entr'eux; & leur curiofité pour voir les feftins & les danfes, fem- 
bloit marquer qu'ils en avoient le goût. Cependant rien n’eft fi révoltant 
que leur nourriture. Ils mangeoient les iffues, & Jjufqu’aux excrémens des 
beftiaux qu’ils vendoient aux Anglois; de forte qu'un tas d’inteftins puans, 
& quelquefois pourris , où les magots & les vers commençoient à s’atta- 
cher, dans les lieux dont lés Anglois faifoient leurs boucheries , étoi 
pour ces Barbares un mêt délicieux. Outre les bêtes qu'ils nourriflent 
pour leur commerce, le Pays eff rempli d'une infinité d'animaux fr 
rouches , dont ils ont beaucoup de peine à fe garantir. Les Anglois en 
treprirent. d'en tuer quelques-uns à la chaffe ; mais le malheur de deux 
Matelots, qui éprouvèrent leurs dents terribles , fit perdre aux autres le 
goût de cet amufement. On tira des Barbares quantité C’œufs & de plu- 
mes d'autruches. Ils font fort avides de fer, & c’eft prefque la feule We 

modité 


ce(f) La Relation dit ici qu'ils entrérent dans 
cette Baye le 4 de Juillet, & dans un autre 
endroit, elle porte qu'ils y arrivérent le 14. Dans 


la relation de ones on trouve qu'on y entri 
le 13. 


b préfent à 


modité 
lui qu'il 
APR 

nir de t 
la voile 
Cap. C: 
re, & 
la Pinaf 
repoufTo 
la Mer 
autres B 
s'étant a 
profiter 
Bonne-F 
Mer plu 
d'un mo 
quens, 
lé 26°. « 
nion; & 
Hvariatior 
les de 
il ne tro 
IL jet 
tôt vers 
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roit efpé 
qui étoie 
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quelques 
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bord du 


tête, € 
fit boire 
qui cont 

VERS 
de pouvd 
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pour uné 
cre à l'e 
qui le m 
dan, fo 
des préfl 
fulaires, 
de marq 
entendre 


X 


ent la Li. 
ce des li- 
voient em- 
rbut , qu'il 
ère attein- 
f) Saldan- 
» maladies, 
de Bonne. 


\a leur fut 
puceur. La 
1er que de 
is qu'aucu- 
i tirèrent- 
neaux , de 
inuel, où 
qui eft à 
ance d’oi- 
Joupes , ils 
+ lieu vingt 
> point ac- 
le tems de 


, dont ils 
e à la Mer 
a rien pour 


fFérent peu 
s fans etre 
nglois pre- 
nfes, fem- 
|. révoltant 
rémens des 
ns puans, 
it à s’atta- 
ies , étoit 
nourriflent 
imaux fi 
inglois en- 
ir de deux 
x autres le 
& de plu- 
feule com- 

modité 


qu'on ÿ entra 


INDES ORIENTALES, Law. IIL Car, VE 1$x 


modité qu'ils demandent en échange. Le fer le plus vieux eft toûjours ce- 
lui qu'ils préfèrent. 

Arrès avoir pris jufqu’au 20 de Septembre pour fe radouber & fe four- 
nir de toutes fortes de provifions, les deux Vaiffleaux & la Pinaffe mirent à 
la voile avec, un vent qui leur promettoit beaucoup de facilité à doubler le 
Cap. Cependant il changea fi fubitement, qu'étant devenu tout-à-fait contrai- 
re, & la nuit fe trouvant fort obfcure, lÆ/ém/ion perdit de vûe l'Union, & 
la Pinaffe, Sharpey eut beaucoup de peine à fe défendre de l'orage , qui le 
repoufloit impétueufement vers la terre. 11 effuya jufqu'au jour tout ce que 
la Mer a de plus terrible. [Son inquiétude ne fut pas moindre pour fes deux 
autres Bâtimens, qui ne reparurent point avec la lumière, Maus le tems 
s'étant adouci vers dix heures, il retrouva la Pinaffe. Il fe flatta -quel'Union 
profiteroit comme lui de cet heureux changement pour doubler ls Cap de 
Bonne-Efpérance, & : ne manqueroient pas de fe rejoindre dans une 
Mer plus tranquille. 11 doubla le Cap , fans l'appercevoir.] Pendant plus 
d'un mois, les vents changèrent tant de fois, & les calmes furent fi fré- 
quens, qu'il n'arriva que le 27 d'Oétobre à la hauteur de Madagafcar , vers 
le: 26. degré de latitude. Il perdit alors toute cfpérance de rejoindre F'U- 
nion; & continuant fa courfe jufqu'au 22 de Novembre, avec les mêmes 


variations dans les calmes & dans les vents, il découvrit l'après-midi, les 


| æ 


Ifles de Comore, après en avoir apperçu le matin, deux ou trois petites, [ dont 
il ne trouva point le nom fur fes Cartes.] 

IL jetta l’ancre à deux milles de Comore. Sa Chaloupe qu'il envoya auñi- 
tôt vers la Côte, trouva fur le rivage cinq ou fix Infulaires , qui la reçurent 
avec beaucoup d'humanité. Les Matelots qui la conduifoient ayant rappor- 
té cette nouvelle à l’Amiral, il les renvoya le lendemain , au même lieu, 
avec ordre de reconnoître mieux le Pays, ‘& quelles provifions l’on y pour- 
roit efpérer. En approchant du rivage, ils virent un Canot & deux hommes 
qui étoient à la pêche. Il fe mirent entre eux & la terre ; mais quoiqu'il 
leur fût aifé de les arrêter par la force , ils leu montrèrent un couteau & 
quelques autres bijoux, qui les engagèrent à s'approcher volontairement de 
la Chaloupe. Alors, s'étant faifis d'eux fans violence , ils les menèrent à 
bord du Vaiffleau, où l’Amiral les reçut avec beaucoup de careffes. Il fit 
préfent à l’un d'un [mouchoir rouge, dont il prit la peine de lui ceindre la 
tête, en forme de] turban; & à l'autre d'un petit miroir. Enfuite il leur 
fit boire un verre d’eau de vice; & leur en ayant donné une petite bouteille, 
qui contenoit un quart de pinte, il les renvoya au rivage. 

Vers le foir, Sharpey fe crut menacé d’un fi gros tems, que défefpérant 
de pouvoir demeurer à l’ancre en pleine mer, il fe détermina , fans atten- 
dre plus d’éclairciffemens, à s’avancer vers une ouverture qu'il avoit prife 
pour une Baye, & qui n’étoit qu'un Détroit entre deux Ifles. Il y jetta l’an- 
cre à l'entrée de la nuit, fur dix-fept brafles de fond , derrière une pointe 


qui le mettoit entièrement à couvert. Le lendemain, il fit defcendre %or- 


dan, fon principal Faéteur, accompagné feulement de quatre Matelots, avec 
des préfens pour le Roi. Il fe trouvoit déja fur le rivage dix ou douze In- 
fulaires, qui ne donnèrent aucune marque de crainte à fon arrivée. Loin 
de marquer plus d’embarras, Jordan fortit feul de la Chaloupe , & leur fit 
entendre par des lignes que voulant porter fes préfens à leur Roi, il leur de- 
| mancdoit 


SHArRrET, 
1608. 


La Flotte fe 
remet en tacr. 


Elle eft fépa- 
r'ée par un org- 
Be 


Sharpey perd 
l'Union. 


Il arrive à 


l'Ile de Co- 
orc. 


On lui amène 


deux Infulai- 
res, 


I approche 


de Pifle & dé- 
pute [Jordan 
au Roi, 


| 


SHAnreyY, 


1608. 


Jordan fe 
pre nte au 

vi qui per- 
met aux An- 
glois de def- 
cendre, 


L'Amiral 


rend vifite au 
Roi & dineen 


{a préfence, 


Difficulté 


d'entendre les 


langues d'A- 
frique, 


Caradère des 
Infulaires de 
Comorc, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


152 
mandoit des Otages. Sa propofition fut fi bien entendue , gs lui voyant 


prendre les préfens de la main de fes Matelots, deux Infülaires pañèrenr 
dans la Chaloupe, & parurent fort contens d'y demeurer. 

JorDan fe mit en marche avec une troupe de ces Barbares, qui comprirent 
où il fouhaitoit d'etre conduit. La Ville, ou plutôt l'habitation n'étoit pas 
éloignée. Il préfenta au Roi deux couteaux, un grand mouchoir pour fer. 
vir de turban, un miroir & un peigne: c’eft-à-dire , que tous les préfens 
enfemble ne furpafloient pas la valeur de quinze ou feize fchellings. Le Roi 
les reçut d’un air affez dédaigneux, & les remic entre les mains d'un de fes 
Officiers. Cependant il fit entendre au Député que les Anglois étoient |i. 
bres de defcendre au rivage, & qu'ils pouvoient fe fournir des provifions 
du Pays. Sans doute qu'après le départ de Jordan , il confidéra les préfens 
avec plus d'attention, & qu'il y prit plus de goût ; car dans l'après-midi il 
envoya un veau gras à l’Amiral. Ses Députés reçurent des Anglois deux pe. 
tits peignes (g) d'un fol, qu'ils regardèrenc comme une récompenfe royale. 
Le jour fuivant, Sharpey defcendit à terre , accompagné de douze de fes 

ens, avec un petite provifion de bifcuit, de viande & de vin. S’étant pré. 
fnté devant le Roi, il ne fit pas diflicuité de fe faire fervir les alimens qu'il 
avoit apportés. Le Roi n'y toucha point ;ÿ mais les Courtifans qu'il avoit 
autour de lui mangèrent & burent avidement. Après ce feftin, L'Amiral, 
qui avoit trouvé le moyen de fe faire entendre en mélant à fes fignes quel. 

ues mots de Portugais, expliqua fes befoins. Il conçut par les réponfes 
du Roi qu’il avoit effeétivement quelques relations avec les Portugais ; ce qui 
n'empêécha point que toutes les provilions qu'il demandoit ne lui fuffent ac. 
cordées. 

Les Anglois n’étoient point fans luterprête: [mais la différence eft fi gran-y 
de entre la ppare des langues d'Afrique, qu'ils faifoient fouvent beaucoup 
‘plus de fond fur les lumières qu'ils fe procuroienc par leurs propres fignes, 
que fur les interprétations d'autrui. ] Le Roi avoit promis à Sharpey de l'al 
ler voir à bord, le 28. On l’attendit pendant tout le jour. Il ne parut point. 
L’Interprête jugea que fon Confeil l'avoit fait changer deréiolusion. Covers, 
Auteur de cette Relation, defcendit vers le foir, fous prétexte de vificer les 
Matelots qui étoient à couper du bois; mais, en effet, pour obferver les 
mouvemens des Infüulaires. Il ne remarqua que leur curiofité ordinaire à re. 
garder les Travailleurs. Le lendemin 1l retourna au rivage avec les Trom- 
pettes du Vaifleau. Le bruit de ces Inftrüiuens ayant raffemblé un grand nom 
bre de Négres, il s’avança vers l'habitation, d'où le Roi fortit auflitôt, com 
me s’il étoit venu au devant de lui. Ce Prince avoic pour gardes fept ouhuit 
hommes armés de couteaux larges & fort tranchans, d’un pied de longueur. 
Il prit long-tems blaifir à faire fonner les trompettes. 

ToureE cette Nation eft fort douce & fort civile. Un Matelot Angjloï 
ayant laiffé derrière lui fon épée, elle tomba entre les mains d’un Infulure, 
qui fe hâta de la porter au Roi. Comme il n’étoit pas incertain qu’elle ap- 


partenoit aux Etrangers, le Roi protefta que fi celui de qui il la recevoit À 
l'étoit procurée par d’autres voyes que celle du hazard, il le feroit punird® 
. mort. 


(g) Angl. deux petits couteaux. R. d, KE. 


ÆHieur do 


mort. 
porter 
ei -m 
polite 
& fe 

tion. 

le droi 
l'exce] 
ceigne 
tout le 
me dra 
le dos, 
re jufq 


foient | 
Nation 
porte 
robe d 
ne le d 
ceintur 
talons, 
richi d 
PEN 
férent 
Cocos 
Tlles o 
feur. 
Mais o! 
les, de 
fe vend 
un clou 
l'ufage 
eau bot 
ils fans 
(b) 1 
jufqu'au 
deux lie 
délivré: 
pour l’e 
ILs : 
furprire 
L'Interf 
côté ét 
le befoi 
au riva, 


al, E 


X 


lui voyant 
s pallèrenr 


comprirent 
n'étoit pas 
r pour {cr. 
les préfens 
s. LeRoi 
d'un de fes 
 étoient li. 
provifions 
les préfens 
orès-midi il 
ois deux pe. 
nfe royale, 
Juze de fes 
S'étant pré: 
limens qu'il 
u’il avoit 
"Amiral, 
ignes quel: 
ss réponfes 
ais ;Ce qui 
Fuffent : 


> eft li gran-y 
t beaucoup 
res fignés, 
pey de lat 
arut point, 
n. Coverte, 
e vificer les 
bbferver les 
naire à re 
les Trom- 
rand nom 
itôt, com- 
ept ou huit 
e longueur. 


lot Anglois 
Infulaure, 
qu'elle ap- 
recevoit fe 
bit punir de 
mort. 


j 
À 


s 
Re 


_—_—.— 


ee 


Hieur donne fort bonne grace. 


INDES ORIENTALES, Liv. NI. Cnar. VI. 


mort. Le lendemain, quelques Anglois ayant paru füur le rivage, il leur fit 
porter l'épée, avec des excufes de l'avoir gardée fi long-tems. Coverte crut 
remarquer auff que les Habitans obfervoient entre eux certaines régles de 
politeffe, Lorfqu'ils fe rencontrent le matin, ils fe frappent dans la main, 
& fe parlent avec une douceur qui femble marquer un compliment de faluta- 
tion. Leur contenance eft modelte. Ils.ont la jambe fort grofle, mais la tail- 
le droite & bien prife. Leur Religion eft le Mahométifme. Ils fons nuds, à 
l'exception de la tête, fur laquelle ils portent un turban; & des reins qu'ils 
ceignent d'une piéce d’étoffe. Les femmes ont non-feulement les reins, mais 
tout le devant du corps, depuis la poitrine jufqu'aux genoux , couverts du mé- 
me drap, qui leur couvre aufli.les feffes ; de forte qu'elles n'ont de nud que 
le dos, les bras & les jambes. L'étoffe qui les enveloppe ainfi de la ceintu- 
re jufqu'aux genoux, a la forme d'un jupon un peu élargi des deux côtés, & 
Elles font fi libres, que leurs maris ne paroif- 
foient point allarmés de les voir rire & badiner avec les Anglois.] Toute la 
Nation, hommes & femmes, a les pieds fans chauflures, excepté le Roi, qui 
porte une efpéce de babouches, ou de fandales. Pour habillement, il a une 
robe d'écarlate, avec des manches, mais ouverte par devant ; de forte qu'elle 
ne le difpenfe point de porter comme tous fes fujets, une piéce d’étoffe à la 
‘paules , tombe une autre piéce , qui lui defcend jufqu'aux 


153 


ceinture. De fes € 
talons, .en forme de manteau. Sa tête eft couverte d'un fort beau turban,en- 
richi d'or & de broderies. 

PEenNDanrT le féjour que les Anglois firent fur la Côte, les Habitans ne cef- 
fèrent point de leur apporter toutes fortes de rafraîchiffemens. Leurs noix de 
cocos font fi belles, qu'il s’en trouve d'aufñli groffes que la tête d'un homme. 
Elles ont au dedans une certaine quantité d'eau, proportionnée à leur grof- 
feur. Une feule auroit pû füuffire pour le dîner du Matelot le plus affamé. 
Mais on préfentoit fans cefle au Vaiffeau, quantité de chevreaux, de volail- 
les, de limons, de ris , de lait, de poiffon, & d’autres alimens. Deux poules 
fe vendoient pour un couteau d’un fol; un limon & une noix decoco, pour 
un clou. Il ne manque dans l’Ifle que de l’eau fraîche. Elle y eft fi rare que 
l'ufage des Habitans eft de faire des trous dans la terre, d’où ils tirent une 
eau bourbeufe à laquelle les Anglois ne purent s’accoutumer. Auffi partirent- 
ils fans avoir renouvellé leur provifion. 

(b) Is remirent à la voile le 29 de Novembre. La navigation fut douce 
jufqu'au ro du mois fuivant, qu’ils apperçurent tout-d’un-coup, à moins de 
deux lieuës, une terre fort baie, bordée de grands arbres. Ils fe crurent 
délivrés d’un péril d'autant plus redoutable, qu'ayant d’abord pris cette terre 
pour l'ombre de la Lune, ils auroient pû s’y brifer fans défiance. 

ILs fe figurèrent que c’étoit Zanzibar; mais un Habitant du Pays, qu'ils 
furprirent dans un Canot, leur apprit qu'ils touchoient à l’Ifle de Pemba. 
L'Interprête entendit fi facilement la langue, qu'il fe fit evpliquer de quel 
côté étoit la meilleure Rade. On y jetta l'ancre à la pointe du jour. Dans 
le befoin que les Anglois avoient d'eau, ils envoyérent auffi-tôt la Pinafle 
au rivage. Quelques Infüulaires, qui la virent approcher, demandèrent en 

Portugais , 


(h) Ii commence la 2e, Seétion ‘du + VH, de l'Original. R. d. E. 


II, Part. 


SnaAnre?, 


1608. 


Leurs véte. 
mens, 


Prodigieufes 
noix de cocos, 


Abondance 
de leurs Pro- 
vifions. 


Danver us. 
vitent içs An- 
! 


Je 


Ils arrivent à 
Pemba. 


Snanrey. 
1608. 


Allarme qu'on 


leur donne, 


Jordan foint 
d'être Portu- 


gais. 


Deux Cava- 
Hiérs Môres 
interrogent 
les Anglois. 


L'un eft le 
Fréte du Roi 
de Pamba, 


15 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Portugais, de quelle Nation étoient fes Conduéteurs? ÆElmore répondit qu'il 
étoit Anglois. On lui demanda encore ce qu'il venoit faire dans une Ifle qui 
appartenoit au Portugal. 11 protefta qu'il ignoroit à qui l'Ifle appartenoit, 
mais que manquant d'eau, il fe fondoit fur le droit des gens pour en deman- 
der. Cependant n'ayant ôfé fe déterminer fans la participation de l'Amiral, 
il retourna vers le Vaifleau pour y porter fes informations. | 

SuarPey ne balança point à lever l'ancre; & der de quelques 
petites Ifles à demi-abimées, qui touchent à celle de Pemba , il y mouilla 
contre le rivage, à 5 degrés 20 minutes de latitude. Il fe difpofa pendant la 
nuit à toute forte d'événemens; &, le lendemain, il envoya Jordan à terre 
dans l'Efquif, pour s'affürer de ce qu'il avoit à efpérer ou à craindre, Les 
explications qu'il tira de quelques Habitans ne s'accordèrent point avec le 
récit d'Elmore. Ils l'aflurérent que l'Ifle étoit gouvernée par un Roi Malaba- 
re, Dans le doute de ce qu'il devoit croire, Jordan leur dit qu'à la vérité le 
Vaiffeau étoit Anglois, mais qu'il appartenoit à des Marchands Portugais, & 

ue les marchandifes étoienr aufli de la même Nation. Alors prenant un vi- 
age plus ouvert, ils lui proinirent que rien ne lui feroit refufé dans l'Ifle; 
& fur le champ, ils lui donnèrent un Négre pour le conduire au pied d’une 
colline, où il trouva une fource fort abondante. En retournant au Vaifleau, 
il emmena le Négre qu'on fit boire & manger avec beaucoup de careiles, II 
fut enfuite renvoyé à terre, où le temoignage qu'il rendit de la civilité des 
Etrangers, difpofa tout le monde à les bien recevoir. 

JorDanN, Coverte, & les principaux Officiers du Vaiffeau, y retournèrent 
le lendemain avec les tonneaux, & des Matelots pour les remplir. A leur 
arrivée, ils trouvèrent des poules & des noix de cocos, dont ils s’accommo- 
dérent à très-vil prix. T'andis qu'ils étoient à la fource, il y vint deux Cava- 
liers, fuivis d'un Efclave Négre, qui leur demanda s’il y avoit parmi eux 
quelque Officier du Vaiffeau. Coverte répondit qu’il en étoitun. Après quel- 
ques difcours , l’un des deux Cavaliers parut douter qu'il fût Portugais, & le 
pria de fatisfaire là-deffus fa curiofité. La feinte étoit d'autant plus inutile 
que les deux Mores parlant fort bien la Langue Portugaife, il ne falloit point 
éfpérer de les tromper plus long-tems. Coverte confeffa naturellement qu'il 
étoit Anglois, & que Jordan n’avoit pris une autre qualité que pour fe pro- 
curer des fecours qui lui étoient néceflaires. Le Cavalier les affüra que la 
connoiflance de leur Nation ne changeroit rien à l'accueil qu'ils devoient ef- 
pérer, & continua de leur tenir des propos obligeans , dont chaque mot né- 
anmoins n'étoit qu'une perfidie. 

Les Anglois fe crurent en droit de lui demander à leur tour qui il étoit. I! 
répondit qu’il étoit le Frère du Roi; & leur montrant fa bague, fur laquelle 
étoit gravé le nombre des Villages & des Maifons qui éteient dans l'Ifle , il 
ajoûta que le Roi fon Frère l’avoit fait Gouverneur de tous ces lieux. Co- 
verte lui demanda encore s'il y avoit des Portugais dans le Pays. Non, ré- 
pondit-il; nous les avons chaflés, parce qu'ils prétemdoient s'y établir par 
la force, & nous rendre efclaves de leur pouvoir. Loin de les recevoir 
pour maîtres, nous n'avons pas ceflé de leur faire la guerre depuis leur ar- 
YIVEC. à 

PENDANT cet entretien, la Pinafle qui avoit été envoyée dans un autre en- 
droit de l'Ile pour y acheter des befliaux, revint au rivage ; & le Capitaine 
Elmore, 


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… 


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rivés. | 
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fur cetta 
toient a 
rendre 
dans l'he 
qu'à l’ef 
commifii 
les Fat 

Dax 
du rivag 
pour l 
fource, 


X 


ndit qu'il 
e Ifle qui 
partenoit, 
n deman- 
l’'Amiral, 


” quelques 
y mouilla 
>endant la 
n à terre 
dre, Les 
t avec le 
ù Malaba- 
vérité le 
tugais, & 
ant un Vi: 
ins l'Ifle; 
pied d'une 
Vaifleau, 
arefles. Il 
vilité des 


ournérent 
. À leur 
ACCOMmMO- 
eux Cava- 
armi eux 
près quel- 
ais, & le 
us inutile 
loit point 
ment qu'il 
ur f& pro- 
ra que la 
voient ef- 
: mot né- 


1 étoit. I! 
r laquelle 
l'Ile , il 
ux. Co- 
Non, ré- 
tablir paï 
recevoir 
s leur ar- 


autre en- 
Capitaine 
Elmore, 


RD UE 


Ses 


É.-26à 


RITES Lt 


ne 


Es 
= 


a Lo 


> LT 


#fe démentir. 


INDES ORIENTALES, Liv. II. Cuar. VI. 155 


Elmore, qui la commandoit, defcendit à terre pour venir joindre Coverte à 
la fource. Il lui raconta, comme une nouvelle dont il venoit d'étre informé , 

uo quinze Vaifleaux Hollandois s'étoient faifis depuis peu de Mozambique, 
& qu'ils y avoient paflé tous les Portugais au fil de l'épée. Les deux Cava- 
liers Mores affeétèrent d'entendre gun ce récit; mais c'étoit un nou- 
vel artifice pour faire tomber plus fürement les Anglois dans le piége. 

La nuit commençant à s'approcher, Elmore & Covertec prièrent civile- 
ment les deux Mores de fe rendre avec eux fur le Vaifleau. Ils acceptèrent 
cette propofition pour le lendemain. Sharpey leur envoya ee Anglois 
pour Ôtages; après quoi ils ne balancèrent point à fe luifler conduire à 
bord. On n'épargna rien pour les traiter. À leur départ, l'Amiral leur fit 
préfent de quelques galanteries de l'Europe, & d’une boëte de poudre. Jor- 
dan, qui fut renvoyé avec eux, pour ramener les ôtages Anglois, n'eut 
point à fe plaindre de l'accueil qu’il reçut au rivage; mais il fut extrémement 
furpris de trouver les quatre Ôtages au milieu de cinquante ou foixante Mo- 
res, armés d'arcs & de fléches , d'épées & de boucliers, de dards & de cou- 
telas, Cependant on ne fit pas difficulté de les lui remettre ; après quoi il 
fut reconduit jufqu’à fa Chaloupe , avec des civilités qui ne paroifloient pas 
[Il invita le Frère du Roi à fe rendre avec lui à bord: celui- 
ci s'y rendit. On le traita avec la même politeffe qu'auparavant. Comme 
il étoit fur le point de s'en retourner on lui offrit un couteau, avec quel- 
ques autres bagatelles. Il refufa ce préfent avec mépris. Cela donna quel- 
que défiance aux Anglois, qui réfolurent d'être mieux fur leurs gardes dans 
la fuite, ] 

Le 19, Sharpey envoya de grand matin la Chaloupe au rivage, pour y 
prendre ide l'eau, & trouvant le jour fort ferain, 1l donna ordre que les 
voiles du Vaifleau fuflent tendues, pour les faire fécher au Soleil, Les Mo- 
res fe figurant à cette vûe qu'on fe préparoit au départ, firent là-deffus di- 
verfes queftions à ceux qui remplifloient les tonneaux. L’Auteur ne doute 
point que dès ce moment ils n’euflent fait main-bafle fur les Anglois, & qu'ils 
ne fe fufent faifis de la Chaloupe, fi la Pinaffe ne s’étoit approchée dansle 
même tems du rivage. Elle amenoit quelques Facteurs, qui vouloient faire 
un effai de commerce avec les Habitans ; &, par une fimple précaution de 
la prudence , Sharpey avoit pris foin de la bien armer. hite, un des Fac- 
teurs, defcendit feul, pour s'informer fi les Marchands de l’ffle étoient ar- 
rivés. En pañlant près d’une Maïfon, il la vit remplie de gens armés, en-. 
tre lefquels il diftipgua fix Portugais. Comme il s’étoit arrêté, en méditant 
fur cette découverte, un More vint lui dire que les Marchands de l'ffle é- 
toient arrivés, mais qu'étant fatigués du chemin qu'ils avoient fait pour fe 
rendre au bord de la mer, ils prioient les Faéteurs Anglois de defcendre 
dans l'habitation avec leurs marchandifes. White n’eut l'obligation de fa vie 
qu'à l'efpérance que ces perfides avoient encore qu'il s’acquitteroit de leur 
commiffion. Il regagna cffeétivement la Pinafle, mais ce fut pour avertir 
les Facteurs qu'ils étoient menacés d’une trahifon. 

Dans cet intervalle, le Frère.du Roi, qui fe promenoit à cheval au long 
du rivage, donna ordre à quelques Négres de ramafler des noix de cocos 
pour l’Amiral, & fit appeller Churchman, Chef des Matelots qui étoient à la 
fource, pour le charger de ce préfent. Ce malheureux Anglois s'étant +: 

Ÿ 2 du 


Suanray. 
100), 


Trahifon de 


ce Prince fous 
le voile de l'a. 
mitié, 


Les Anglois 


échappent au 
premier dan- 
ger, 


Ils fuccom- 


bent enfuite à 
la trahiton, 


Snauray, 


1608. 


Anglois tués 
& bleffés, 


Ils enterrent 
leurs morts 
& fe retirent. 


L'Autcur ex- 
sufe lesMores, 


Le Vaiffeau 
donne iur les 
bas-fonds de 
Mélinde, 


Il fe faifit de 
trois Bätimens 
Mores, 


150 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


du fans défiance auprès du Prince, fut tiré à l'écart, & fans doute ma. 
cré, car il nereparutpoint. Le Prince, nr alors que pus ne 
fortoit de la Pinafle, & que la garde s'y fuifoit foigneufement, donna le fi. 
gnal de l'attaque , avec un cornet qu'il tenoit pendu au bras. Dix Anglois, 
qui étoient à la fource, furent accablés en un: inftant d'une nuée de fé: 
ches. Æarrington y périt. Buckler mourut aufi de neuf ou dix bleffüres (i), 
Les autres nefe feroient pas fauvés plus heureufement , fi ceux qui étoient 
reftés à la garde de la Chaloupe n'euflent tiré quelques coups de moufquer, 
qui jettèrent l'effroi parmi les Mores. La Pinaffe faifanc alors un mouve. 
ment pour tourner fon canon vers le rivage, cette vûe acheva de leur faire 
perdre courage & de les mettre en fuite; tundis que les dix Matelots qui ref- 
toient vivans, quoique percés de plufieurs coups, fe traînèrent les uns fur 
leurs pieds, d'autres en rampant, Lqu'à la, Chaloupe. 

Le jour fuivant, il ne parut aucun More fur le rivage. Elmore s'en rap- 
procha avec fa Pinafle, pour faire prendre les tonneaux & un bois d'ancre, 

u'on avoit réfolu de ne point abandonner à ces perfides Infüulaires. Vings 
Anglois, qui defcendirent bien armés , & foûtenus par quelques piéces de 
canon braquées für la Pinafle, trouvèrent les deux corps de Harrington & 
de Buckler (4k), déja dépouillés par leurs lèches affaflins, qui écoienx reve. 
nus apparemment pendant la nuit. Ils furent enterrés dans une des petites 
Ifles qui font voifines de Pamba, Sharpey mit en délibération s'il n'entre. 
prendroit pas de fe venger. Mais l'Habitation étoit à couvert de fon artille- 
rie; & quoique fes gens fuffent aflez braves pour tenter une defcente , il a- 
voit à craindre que les Portugais ne fe crouvañlent dans l'Ifle en aflez grand 
nombre pour lui caufer d'autres embarras. D'ailleurs , l'Ecrivain remarque 
que la haine des Anglois ne devoit pas tomber fur les Infulaires, Ilsavoienc 
averti Coverte & Jordan par divers fignes , tels que de porter la main à leur 
gorge, qu'il y avoit peu de fûreté pour eux dans leur‘Ifle.. Malheureufement 
ces témoignages de compallion & de bonne - foi ne furent entendus qu'aprés 
l'événement. 

(1) ON remit à la voile le 20, en vomiflfant des imprécations contre les 
Portugais. La nuit fuivante, dans un profonde obfcurité, le Vaiffeau don: 
na fur les bas-fonds de Mélinde, ou de Pamba , car le Pilote, qui ne les 
connoifloit point, ne put les diftinguer, On s’en tira, par la faveur du Ciel. 
Le jour fit découvrir trois petits Bätimens, à la fuite d'un autre, qui fem- 
bloit avoir pris les devans pour fe hâter de gagner la terre. Sharpey fit ten- 
dre toutes Ës voiles pour les pourfuivre. Ils furent arrêtés tous trois vers 
midi. D’environ quarante perfonnes qu’ils avoient à bord, lès Anglois crurent 
en reconnoître fix pour des Portugais. La blancheur, ou plutôt la päleur de 
leur vifage, les rendoit fort différens de tous les autres qu’on diftinguoit clai- 
rement pour des Mores. Cependant ils répondirent à toutes les queftions, 
qu'ils 


(5) L'Original ne dit point que Buckler: Ck) I n'eft pas parlé dans l'Original dr 
mourut, mais que foiblé comme il l’étoit par corps de Buckler, qui, comme on l’a dit 
toutes fes bleffures , il fe traina jufqu'à l'en- dans la note précédente, n'avoit pas été tué. 
droit où étoient fes compagnons, & mêmeil R. d. E. 
eft dit pofitivement dans la Relation: de Jo- (1) La 3e. Seétion de l’Original commen- 
nes, qu'on parvint à le guérir. R. d. E, ce ici, KR, d, E. 


qu'ils ét 
couverts 
encore L 
Cependi 
erahifoh 
mer, Ils 
avoit fa 
bles de 
rangées 
lote An, 
chambre 
aftronon 
étoit aut 
compag 
premier 
mes, Er 
quoiqu'i 
lés avec 
un cout 
vifitoit 
le bras, 
ça le ve 
autres, 
quifet 
nage fu 
l'efpérai 
teaux b 
réfoluti 
fe pouf 
autres. 
dans le. 
tant de 
Æ tant re 
cette 
core d 
nes, | 
der s'il 
Pays, 
dit l’Ai 
portem 
blefés. 
LE 1 
tugais 
qu'a ne 
va poi 


e malls. 
fonne ne 
ma le (1. 
Anglois, 
e de fé: 
Jures (i). 
i étoient 
oufquet , 
mouve. 
eur faire 
s quiref- 
uns fur 


s'en rap 
d'ancre, 
, Vingt 
piéces de 
ngton & 
ent revc- 
$ petites 
n entre. 
nm artille- 
te , il a- 
ez grand 
emarque 
savoient 
ain à leur 
cufement 
qu'apres 


ontre les 
eau don- 
ni ne les 
du Ciel, 
qui fem- 
| fit ten- 
lois vers 
 crurent 
leur de 
ioit clai- 
ueftions, 

qu'ils 
Driginal du 
on l’a dit 
as été tu, 


11 commen- 


INDES ORIENTALES, Lav. UE Cnar VI 157 


qu'ils écoient Mores. Ils firent voir leurs épaules & leur dos, qui étoient 
couverts de caraétères, fuivant l'ufage de cette Nation. Enfin, ils donnèrent 
encore une preuve moins équivoque, en montrant qu ils étoienc circoncis. 
Cependant Éarpey, qui ne pouvoit revenir de fes doutes, leur parla de la 
trahifon qu'il venoit d'effuyer dans l'Ifle de Pamba. Ce récit parut les allar- 
mer. Ils tinrent entr'eux quelques difcours dans leur Langue. Comme on les 
avoit fait entrer dans le Vaifteau, il étoit à craindre: qu'ils ne fuffent capa- 
bles de quelque entreprife défefpérée. Toutes les épées de l'Equipage étoient 
rangées nues , dans un endroit qui ne pouvoit échapper à leurs yeux. Le Pi- 
lote Anglois, qui fe nommoit Grove, ayant fait defendre avec lui dans fa 
chambre un des Pilotes Mores, pour l'entendre raifonner fur fes inftrumens 
aftronomiques, s'apperçut de l'attention avec laquelle il obfervoit tout ce qui 
étoit autour de lui, & crut reconnoître, en le quittant, qu'il avertifloit fes 
compagnons du fignal auquel ils devoient commencer leur révolte. Sur ce 
premier foupçon, Sharpey donna ordre à fes gens de veiller fur la Sale d'ar- 
mes. Enfuite jugeant que les Mores pouvoient avoir des couteaux cachés, 
quoiqu'ils fuffent fans pées & fans autres armes, il voulut qu'ils fufTent fouil- 
lés avec rigueur. On s'adreffa d'abord au Pilote, qui portoit cffeétivement 
un couteau, Il le prit d'une main, avec une adrelle qui trompa celui qui 
vifitoit fes habits; & lorfque l'Anglois, s'en étant apperçu, voulut lui faifir 
le bras, il paffa fi adroitement cette arme dans fon autre main, qu'il en per- 
ça le ventre à l’Anglois, en jettant un grand cry qui fervit de fignal à tous les 
autres. Le combat devint alors général. Mais Sharpey, & plufieurs Officiers 
qui fe trouvoient fur le pont, eurent bientôt abattu les plus furieux, Le car- 
nage fut fort grand vers la Sale d'armes, où ils s'étoient tous précipités, dans 
l'efpérance de fe faifir des épées & des piques. Ceux qui avoient des cou- 
teaux bleffèrent quelques Anglois, & fe jettant au milieu d'eux avec plus de 
réfolution, furent tués prefque tous dans des licux différens. Les autres, qui 
fe poufoient en foule vers la Sale d'armes, furent affommés les uns fur les 
autres. Il en périt trente-deux. Le refte, au nombre de douze (m), fe jetta 
dans les flots, où quatre fe noyèrent.. Mais les huit autres proficérent. avec 
tant de promptitude & d'adrefle du trouble qui régnoit fur le Vaiffeau, qu'é- 


tant rentrés dans une de leurs Pangaies, ils gagnèrent le rivage. [Enfin de 


cette multitude de furieux, il ne refta que deux Prifonniers, fi terribles en- 
core dans l'agitation de leurs efprits, qu'on fut obligé de les charger de chaï- 
nes.] Un moment avant leur révolte, l’Amiral s’étoit propofé de leur deman- 
der s'ils pouvoient lui procurer à jufte prix des pois & ‘autres alimens du 
Pays, & de leur accorder la liberté à cette condition. Mais leur trahifon, 
dit l'Auteur, mit les Anglois dans la néceñlité de fe défendre & juftifia l'em: 
portement de leur vengeance. Cinq (#) d’entr'eux furent dangereufement 
blefTés. 

Le 19 de Janvier, ils arrivèrent à la hauteur de plufieurs Ifles que les Por- 
tugais nomment Ahmirantes, & qui font toutes inhabitées. On en compte juf- 
qu'à neuf, La Pinafle fut envoyée pour y chercher de l'eau. Elle n'entrou- 
va point dans la première; mais les Tourterelles y étoient en fi grand nom- 

bre, 


(m) Æigl. de cinq ou fix, Rd. E. 


(nu) Angl, trois. KR, d. E. 


Sinanrer, 


1008. 


Entreprife dé 
fefbérèv des 
Prifonnicrs 
Mores. 


Furieux car. 
nage, 


Les Mores 
font tués ou 
foumis, 


1609. 
Iles Almiran- 
tes, 


Li 
ne Res 
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158 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Smarrey. bre, & fi faciles à prendre, qu'elle en rapporta quelques douzaines. Dans 
1609. une autre Ifle, dont elle fit le tour , fans cefler d'avoir douze ou treize braf. qui ex 
Fertiles fans fes d'eau, elle trouva non-feulement des fources, mais encore des noix de uelqu 
être habitées. Cocos, des Palmiers, des Pigcons & du Poiffon en abondance. [Il parut fur-4 D effein 
prenant aux Anglois qu'une Îfle fi riante & naturellement fi fertile demeu. À ou tro 
rât déferte. Re traces d'hommes qu'ils apperçurent en divers endroits, Quelqr 
leur avoient fait juger d'abord que les Habitans fe cachoient pour éviter traiter 
leur rencontre. Mais après beaucoup de recherches, ils ne trouvèrent que IL 
deux petits murs de pierres, qui paroifloient avoir été ceux d'une maifon, moins | 
& dont l'ancienneté faifoit clairement connoître que c’étoit l'ouvrage d'un uoiqu 
autre fiécle. Elmore fit ouvrir la terre entre ces deux murs. Il nen tira Hatem 
que d’autres pierres, qu'il prit pour les ruines du même édifice, Les veftiges confiar 
humains qu'il avoit apperçus venoient apparemment des gens de mer, que Vaiffes 
la curiofité ou le befoin avoit fait relâcher aufli dans ces Ifles. Sur le récit & que 
d'Elmore, Sharpey s’approcha du rivage, & s’y arrêta jufqu'au premier de SN Toit a: 
Février.] gers dc 
AYANT remis à la voile, avec un vent favorable qui dura jufqu’au 19, il 1 fr à L 
découvrit le matin du même jour une pointe de terre qui appartenoit au Con- où l'or 
tincnt, derrière laquelle il jetta l'ancre, avec l'efpérance d'y trouver de l'eau vagss, 
Sara & des provifions. La perfpeétive en eft charmante. L’Auteur nomme cette ils aur 
Die de Me Côte Melucidey. Comme on ne trouve nulle part aucune trace de ce nom, apparc 


lucidey. À à : À + $ : 
} on feroit porté à croire que c’eft une erreur deftile, au lieu de Mélinde, rs 
a 


s’il ne falloit fuppofer que le Vaiffeau étoit retourné en arrière. L’ancre fut |5 

‘ettée fur d ) d lieuës d1 ri d : 5 de la C 

jettée fur douze braffes de fond, à deux lieuës da rivage. Jordan, qui par 
Timidité des tit aufli-tôt dans la Chaloupe, defcendit à terre fans obftacle. Mais quoi- 
Habitans. qu'en approchant il eût here pluficurs Habitans qui fembloient l'obferver, 


furent 
tonnea 


, il ne s’en préfenta point un feul à fa rencontre. [Le Pays étoit fort couvert.# Ru 
ortes c 


Après avoir marché une partie du jour au long des bois qui faifoient face à IE 
la mer, il prit le parti de retourner à bord, fans y avoir ôfé pénétrer. Ce- . tre Ch 
pendant Sharpey, qui ne put s’imaginer qu’un fi beau Pays contînt des Ha- 
bitans fi timides ou fi farouches, le renvoya mieux accompagné, avec or- 
dre d’obferver les traces des Négres & de les fuivre. Le cortège de Jordan 
étoit de vingt hommes bien armés. Il s’attacha, comme un Chaffeur , à dé- ur, fo 
couvrir les routes des Bois; ce qui n’étoit pas facile dans un terrain dur, & D une bc 
couvert d’une peloufe fort unie. Enfin trouvant un fentier dans le fable, il Ce! 
Les Anglois  s’avança l’efpace d’une lieuë. Quelques beftiaux, qu'il vit paître tranquille- 
preent ment, & deux ou trois Négres qui fe moncrérent plufieurs fois, lui firent 
merce avec juger qu'il n’étoit pas loin d’une Habitation. Il ne put lui en refter aucun 
cux. doute, lorfqu’il eût apperçu de la fumée au-deffus des arbres. Trente ou 
quarante Cabanes qu’il découvrit tout-d’un-coup le firent avancer avec plus 
de précaution. Les Sauvages qui l’avoient fait obferver pendant toute fà mar- 
che, abandonnèrent leurs maifons à fon arrivée, en fe jettant confufément Foie 
de l’autre côté du Bois, mais fans s’y enfoncer affez pour le perdre de vûe. De 
Ils avoicnt leurs arcs & leurs fléches. Dans la précipitation avec laquelle ait * 
ils s’étoient retirés, plufieurs enfans qui n’avoient pû les fuivre du même DR ie à 
pas, couroient encore après eux pour les joindre. Jordan fit arrêter les An- réf fer 
glois à cent pas de l’Habitation. Deux des plus hardis acceptèrent la com- Matelc 
miflion de s’avancer fäns armes, avec des couteaux & les autres bagatelles quêren 
qui 


Cocos. 
Ils acc« 
tachèr 


meura 


es. Dans 
reize braf. 
s noix de 


| parut fur. 


le demeu- 
sendroits, 
our éviter 
rérent que 
e maifon, 
rage d'un 
nen tira 
es veftiges 
mer, que 
ar le récit 
remier de 


au 19, il 
it au Con- 
er de l’eau 
nme cette 
ce nom, 
Mélinde, 
’ancre fut 

ui par- 
ais quoi- 
'obferver, 


: couvert. 


nt face à 
trer. Ce- 
t des Ha- 
| avec or- 
de Jordan 
ur, à dé- 
dur, & 
fable, il 
ranquille- 
lui firent 
er aucun 
rente ou 
avec plus 
te fa mar- 
fufément 

de vûe. 

laquelle 
du même 
èr les An- 
la com- 
pagatelles 


qui 


INDES ORIENTALES, Lav. LI Cuar, VI. 159 


qui excitent l'avidité des Afriquains. Ils n'eurent pas plutôt paru feuls, à 
uelque diftance de leurs compagnons, que les Sauva, es somprenant leur 
deffein , détachérent aufli deux hommes de fort belle taille, qui firent deux 
ou trois cens pas au-devant d'eux. L'un des deux Anglois étoit l’Interprête. 
uelque différence qu’il y eût entre les Langues, on s'entendit affez pour fe 
traiter bientôt en amis. 4 

Iz fembloit qu'après cet heureux prélude , toute la Nation dût marquer 
moins de crainte, & fortir du Bois fur le témoignage de fes députés. Mais 
uoiqu'ils euffent laïffé cette efpérance aux deux Anglois, ils revinrent immé- 
durement, pour leur déclarer qu'ils n’avoient pû difpofer perfonne à prendre 
confiance à leurs difcours; que fi les Anglois vouloient fe retirer dans leur 
Vaiffeau, on leur porteroit volontiers les provifions dont ils avoient befoin , 
& que les échanges fe feroient fans difficulté; mais que rien ne les engage- 
roit à s'approcher avec leurs femmes & leurs enfans d'une Troupe d’Etran- 
gers dont ils ignoroient les intentions. Jordan, qni étoit fort éloigné de pen- 
fer à la violence, confentit à fe retirer, après s'être fait inftruire des lieux 
où l'on pouvoit trouver de l'eau. Il fit quelques petits préfens aux deux Sau- 
vages, en leur promettant que s'ils apportoient des provifions au Vaiffeau, 
ils auroient à fe louër de l'accueil des Anglois. ‘l'ant de douceur, joint à ces 
apparences de timidité dans les Négres, lui fit juger qu’ils avoient été mal- 
traités par quelque Vaiffeau de l'Europe. Il retourna au rivage, fans être en- 
tré dans l'Habitation, Sharpey, fur fon récit, ne balança point à s'approcher 
de la Côte pour faire prendre de l’eau. Pendant deux jours que les Matelots 
furent occupés de ce travail, il ne parut aucun Sauvage. Mais lorfque les 
tonneaux furent à bord, & que la Chaloupe eut quitté le rivage, on vit ap- 
procher deux Barques, menées par quatre Négres & chargées du pluficeurs 
fortes de provifions. L'une portoit deux Veaux gras, quatre Moutons & qua- 
tre Chevreaux. L'autre étoit remplie de volailles, de racines & de noix de 
cocos. Sharpey tenta inutilement d'engager les Sauvages à monter à bord. 
Ils acccptèrent tout ce qu'on leur offrit pour échange; mais les Anglois s'at- 
tachèrent à leur y faire trouver de l'avantage. Lorfqu’ils fe dipofoient à par- 
tir, fort contens de leur marché, Sharpey Jjoignit à ce qu'ils avoient reçu, 
une bouteille de liqueur & quelques morceaux d’étoffe.] 

CE fut dans cette Baye qu'on découvrit fur le Vaiffeau un crime qui.ne de- 
meura pas long-tems fans punition. Philippe Grove, Pilote Hollandois , qui 
avoit mérité par fes fervices la confiance & l’eftime de l'Amiral, étoit de- 
puis long-tems dans un commerce infime avec un jeune Matelot. On s’étoit 
affez apperçu qu'il marquoit pour lui des attentions extraordinaires, & qu’il 
le prenoit fouvent à l'écart. Mais l'opinion qu’on avoit de fon mérite & de 
fa fageffe avoient écarté les foupçons, jufqu’à faire juger, qu’il ne penfoit 
qu'a fe faire un Eléve ; d'autant plus que le jeune Angois avoit beaucoup 
de vivacité & d'ouverture d’efprit. Cependant leur indifcrétion augmentant 
tous les jours pe la facilité , ils furent enfin furpris avec des circonftances 
qui feroient indignes de la gravité de l’Hiftoire. Sharpey, dans le befoin qu'il 
avoit du Pilote, fe contenta de l’humilier par des reproches, Mais il ne put 
réfifter au cry public, qui demandoit un châtiment éxemplaire. Tous les 
Matelots fe rappellant avec frayeur les périls qu’ils avoient courus, ne man- 
quérent pas de les regarder comme une marque du courroux du Ciel, & fe 

crurent 


SHanrret. 
160% 


Les Négres 
refufent d'ap- 


procher des 
Anglois. 


On convient 
de quelques 
conditions, 


Provifions ap- 


portées au 
Vailleau. 


On découvre 


un crime infà- 
me furle Vaif- 
feau. 


Tout l'Equi- 


page demande 
qu'il foit pu- 
ni, 


Snaunrey. 


1609. 


Châtiment du 


coupable, 


{fes fans nom. 


Ifles de Soco- 
tora, 


Les Anglois 


fe rendent à 
Aden , avec 
un Vaifleau 
Guzarate, 


Ils font trahis 
par Les Guza- 
rates. 


160 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


crurent trop heureux d’être reg: A jufqu’alors à fa vengeance. Enfin Shar. 
pey confentit que le coupable fût jugé fuivant l'ufage d'Angleterre. On 
choifit des Pairs-Jurés, qui vérifièrent le crime par des preuves manifeftes, 
& la Sentence de mort fut prononcée avec l'applaudiffement de tout l'Equi- 
page. Elle fut néanmoins plus douce qu'on ne devoit l’attendre d'un déchai- 
nement fi géneral. Le jeune-homme fut condamné à perdre la vie dans l'eau, 


es qui fut éxécuté d’une manière fort bizarre. On lui attacha deux bou-x 


ets aux pieds; & l'ayant fufpendu par-deflous les bras, on le fit defcendre 
dans la mer, en lâchant infenfiblement la corde jufqu’àa ce qu'il eût la tére 
cachée fous l’eau. On le laifla une heure entière Us cette fituation ; & 
lorfqu'on ne put douter qu'il ne fût expiré, on le tira de la mer, pour le 
laiffer fufpendu à l'air pendant le refte du jour.] Cecte Exécucion fe fit le 
Vendredi, troifième jour de Mars. 

Le beau tems, dont on jouit pendant le refte du mois, pafla dans l’efprit 
des Matelots pour une récompenfe de cet aéte de juftice. Le 21, on dé. 
couvrit, à la latitude de 12 degrés 17 minutes , une Ifle qui parut d’abord 
affez confidérable ; mais on s'apperçut bientôt que ce qui lui donnoit cette 
apparence de grandeur, au point d'où l'on avoit commencé à la reconnoi. 
tre, étoit quatre grands rochers, gi en font éloignés d'environ trois lieuës. 
Après avoir employé tout le jour & une partie de la nuit pour s'approcher 
du rivage, l'Efquif, qu'on y envoya, ne tarda point à rapporter que l'Ifle 
étoit déferte. Cette nouvelle ayant fait perdre l'envie d’y relâcher, on s'a- 
vança vers trois autres Ifles , dont les deux premières ne paroïifloient éloi- 

nées entr'elles que d'une lieuë, à 12 degrés 29 minutes. Comme la troi- 
fième étoit la plus grande , on fe hâta d'y arriver avant la nuit C'étoit 
l'Ifle de Socotora, à 12 degrés 14 minutes de latitude. On y jetta l'ancre lc 
29 de Mars, dans une Baye fort commode. 

Les Infüulaires, ayant apperçu le Vaifleau, firent des feux, foit pour ob- 
ferver fes deffeins, foit pour faciliter fon entrée dans la Baye; ce qui n’em- 
pécha point, qu'à l'approche de la Chaloupe, ils ne priffent la fuite avec de 
CE marques de frayeur. Ils avoient reçu depuis peu quelques infüultes 
‘un Bâtiment qui avoit paflé fur leurs Côtes. Les Anglois tentérent inutile- 
ment de les attirer fur le rivage; & défefpérant enfin de les faire revenir de 
leurs craintes, ils levèrent l'ancre pour chercher autour de l'Ile le principal 
Port. En füuivant ce projet, ils rencontrèrent un Vaiffeau Guzarate, chargé 
de cotton, de calicos & d’autres toiles de la Chine, qui faifoit voile vers 
Aden; & fur le témoignage du Capitaine, qui lui repréfenta cette Ville com- 
me un lieu fort célèbre par le commerce, ils prirent la réfolution de s’y rendre 
avec lui. Mais ils trouvèrent la vérité fort différente de ce récit, car Aden 
n'étoit alors qu'une Ville de guerre, défendue par une forte garnifon. Le 
Château, qui eft à l'entrée du Port, a été coupé de la terre, & fe trouve 
environné de la Mer. Il eff bordé de trente-deux piéces de canon, & la 
Ville en a plus de cinquante, 

. Quoique Sharpey ne vit pas fans étonnement la force de cette Place, 
il étoit fi éloigné de foupçonner la bonne-foi des Guzarates, qu’étant convenu 
avec eux qu’ils entreroient les premiers dans le Port, il attendit leurs infor- 
mations, pour fe régler par leur éxemple. Ils avertirent le Gouverneur Turc 
qu'ils étoient füivis d'un Vaifleau Anglois, qui avoit jetté l'ancre à deux mie 
es 


7: 


& 


Enfin Shar- 
erre. On 
mg : 
out l'Equi- 
‘un déchai- 
dans l'eau, 
deux bou-% 
defcendre 
At la têce 
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Cote 
De L Coste Orrentale 
ans l’efprit D'AFRI Le UÆ, 
I , on dé- Depuss 
at d’abord Démo 


noit cette (va age d butte sat 
reconnoîi- Zirée de la 
| Carte Francoise de L'Ocean te 


rois lieuës. 
approcher 
que l'Ile 
r, On s'a- 
vient éloi- 
1e Ja troi- 
LL C'étoit 
| J'ancre lc 


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qui n’em- 
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nt inutile- 
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voile vers 
Ville com- 
s’y rendre 
_ car Aden 
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on, & la 


tte Place, 
it convenu 
-urs infor- 
neur Turc 


deux qi à ns TEIOIUTENT QC s'avancér jufqu'à NET; Ville d'un commerce 
| . Part. X floriffant , 


Carte 
De Là Coste Orventale 
D'AFR ZTQUEÆ, 
Depuss 
XL‘ Degre de Latitude #eri): 


Vusqu' au 


CartePrancoise. de L'Ocear Ortental, 
Publiet en 1790 par Ordre de MST ||| 
& Comte der , à 118 
€ sur des Remarques Part: \ 
cudueres, et dressée sur des Y 
Observations Astronomiques. 


| ° 
Passe de... ° ‘ 
Ondieptens van } ‘Raphael e AT Zamaibra 
e Bo di 
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fa Jo Æérmanos 
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D Zongetude de l'Ilede 
2 Lengte van'tFiland 


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De a gusters 


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L'UOESSS 


ta 


age. Baai. I.Z%4. ŒKiland. 
S P.Port. Haven. 

; | Pt Porn. Hoek. . 
RRozre.Rivier. 


| dont D Z'atitude à ete oëservee par d'la 
&iles Navigateurs. 


Een Streep—— onder de Naamen be- 
tékend de Plaatsfen waar van de Barr: 
TE bepaald is, door Sterrekundige 
Waarneemingen. 

De Stippen toonen de Plaatsfen|L 
aan welker BREEDTE door Erv 
Zeelieden waargenomen is. 


I.,Komoro 


ou 


KAART van de OOSTKUST van AFRIKA,van den X#Z/Z° Graad Zusderbreedte tot den XVZ*Graad Noorderëé, 
Cenaakt na de Fransfé-Xaart van den Ooster -Oceaan, aaityegeeven, A!1740, op Bevel van den A'*Erave de Maurepas 
. Vermeerderd œ #yzonare Aanmerkingen ; en geschikt volyens Sterrekundige “Waarneemingen / 


les d 
enyra 
fer t 
le rix 
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neur 
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F : CU x 
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IX, i 


qu'ils étoient {uivis d'un Vauieau ANSIOIS » yul AVUIT JUUS à muvss ee 


ZE 


PPS Se 


INDES QRIENTALES, Lav. III, Car. VL 161 


les du Port. Un Officier de la Ville fut envoyé auflicôt dans une Barque, pour 
engager les Anglois à s'approcher fans défiance, Sharpey trop facile à fe laif- 
fer cromper par les apparences de la fincérité, defcendit imprudemment fur 
le rivage, accompagné d'un petit nombre de fes gens. Il y crouva quatre che- 
vaux, qui paroifloient préparés pour lui faire honneur, On le preffa civile- 
ment de fe rendre à la Ville; & dans le chemin qui lui reftoit à faire, il fut 
traité avec toutes fortes de refpeéts & de foins. A fon arrivée, le Gouver- 
neur lui demanda d'un air incertain, ce qui l'avoit amené dans fon Port, Sa 
réponfe ayant été que fur la réputation du commerce d'Aden, il y apportoit 
diverfes marchandifes de l'Europe, on lui fit d'autres queftions auxquelles il 
facisfit avec la même fimplicité. Enfin le Gouverneur, fans expliquer fes in- 
tentions, l'envoya dans une maifon voifine, fous la garde d'un Chiaoux & de 
quelques Janiflaires. Sharpey ouvrit les yeux fur fon imprudence; mais fans 
voir encore aucun moyen d'y remédier. 

IL demeura comme oublié dans fa prifon pendant fix femaines. Coverte 
Auteur de cette Relation, & deux autres de fes gens qui étoient avec lui, le 


“preffèrent beaucoup de faire entendre hautement fes plaintes. [Dans la confu- 


fion de s'être fié trop légèrement à des perfides, ou dans l'efpérance de les 
gagner par la foûmiflion & la douceur, il s'obftina tellement au filence, 
qu'il employa même fon autorité pour y forcer auïli fes Compagnons. On 
ne leur refufoit d’ailleurs aucune forte de fervices & de befoins. Les Turcs 
de leur garde les amufoient par le fon de leurs inftrumens & quelquefois 
par des danfes.] A la fin, un Officier du Gouverneur vint prier civilement 
Sharpey d'envoyer des ordres à fon Vaiffeau pour faire débarquer du fer, 
de l'étain & du drap, jufqu'à la valeur de deux mille cinq cens dollars, en 
promettant de payer ces marchandifes. Elles furent amenées au rivage. Mais, 
en yarrivant, elles furent faifies par les Officiers de la Douäne, qui pré- 
tendirent qu'elles leur appartenoient pour leurs droits. Alors le Gouverneur, 
fatisfait apparemment de ce vol, fit paroître Sharpey devant lui; & l'exhor- 
tant à ne pas s'offenfer des ufages du Port, il lui déclara qu'il étoit libre de 
retourner fur fon Vaiffeau. Cependant, lorfqu'il fe difpofoit à partir, on ar- 
réta deux hommes de fa fuite; & fur les plaintes qu'il en fit, on l'affüra qu’il 
devoit être fans allarmes pour leur fûreté, mais que l'ufage é: ac aufi de 
payer deux mille dollars pour l’ancrage, les deux Anglois étoien. : dés pour 
caution de cette fomme, & qu'il feroit le maître de la faire payer aufi prompte- 
ment qu'il le fouhaiteroit. C’étoit joindre la raillerie à la trahifon. Shar- 
pey fe rendit à bord fans repliquer. On y délibéra fur le payement de la 
fomme. L'avis du Confeil fut de faire par écrit des repréfentations au 
Gouverneur, & de le rappeller aux principes de la bonne-foi & de l'équité 
naturelles. Ce Mémoire fut porté dans un Efquif, par deux Matelots, quire- 
çurent ordre de le remettre à l'Officier qui avoit gardé l'Amiral dans fa pri- 
fon. Le Gouverneur que le recevoir fans colère: mais pour réponfe, il or- 
donna que les deux Anglois prifonniers fuflent conduits dans une Ville nom- 
mée Zenan, ou Saana, à huit journées de la Mer, pour être initruits des in- 
tentions du Bacha, qui y faifoit alors fa réfidence. 


Ah CUxeE tyrannie fi cruelle auroit forcé les Anglois à la vengeance, fi leurs 


forces avoient égalé leur reffentiment. Mais dans la néceflité de dévorer cet 
outrage, ils réfolurent de s’avancer jufqu’a Mocka, Ville d'un commerce 
IL. Part. floriffant , 


Snanrer, 


1609. | 


L'Amiral eft 
arrêté prifom. 
nier, 


Artifices qu'on 
employe pour 
le tromper, 


L'Amiral eft 
ren oyé ,Inais 
onretient 
deux de fes 
gens. 


Il fait des 
rcpréfenta- 
tions au Gou- 
vernçur. 


Sranrey. 
1609. 
Réfolution 

qu} prne 

€ [let à 

Mocha, 


LE 

Lommerce 
x P omIçtes 
de Mocka, 


Les Angle is 
entrent dans 
Mocha, 


ll eft content 
poule com- 
merce, mais 
fes plaintes 
tont mal re- 


cucs, 


162 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


floriffant, dans l'efpérance d'y trouver plus de faveur pour des Etrangers, 
& d'obtenr une jufte facisfaction,] Ils levèrent l'ancre le 3 de Juin, & s'en. 
ageant dans les Détroits, ils arrivèrent trois jours après dans la Race de 

locka, Leurs efhérances redoublèrent en y voyant un grand nombre de 
Vaifeaux de différentes Nations, parce qu'ils s'imaginérent que l'intéret du 
commerce engageroit tant d'Écrangers à favurifer leurs juftes plaintes, D'ail. 
leurs étant chargé d'étain, de fer, de plomb, de drap, de limes d'épées, 
& d'autres marchandifes Angloifes , il ne doutoit pas que des biens fi recher. 
chés dans ces Rérions, ne lui procuraffent un heureux accueil,  Mocka ef 
un marché fi confidérable, qu'il ne fe pale point de femaine où l'on n'y re. 
çoive des Caravanes de Zenan, de la Méque, du grand Caire & d'\lexan. 
drie, s'y tient tous les jours un grand marché de toutes les productions 
de l'Afrique, & de l'Afe, Les provifions de bouche n'y font pas moins en 
abondance, On y trouve une quancité furprenante d'abricots, de coins, de 
dates, de raifin, de pêches, de limons; ce qui parut d'autant plus furpre. 
nant aux Anglois, que les Habitans leur racontèrent qu'on n'avoic eu depuis 
fix ans aucune pluie dans ce Canton, Le bled méme ne laifloit pas d'y être 
à fort bon marché, 1l y avoit un fi grand nombre de beftiaux, qu'un buf 
ras ne fe vendoit que trois dollars, & les autres animaux à proportion, 
’our le poiflon , avec trois fols, on en pouvoit acheter de quoi nourrir 
dix hommes. La Ville cft gouvernée par les Turcs. Leur empire eft fi 
rigoureux fur les Arabes, qu'ils ont toüjours des galères & d'autres fuppli- 
ces préparés pour leur châtiment; fans quoi il feroit impollible de les con- 
tenir dans la foûmiflion. 


[SmarPey fit demander la permiffion d'entrer dans le Port à titre de: 


Marchand de l'Europe, qui defiroit également de vendre & d'acheter, Il fut 
reçu avec des carcflès & des offres qui ne pouvoient être fufpeétes dans une 
Ville de commerce, On commença par éxiger de lui le droit d'ancrage, mais 
fans violence, & fuivant l'ufage établi pour tous les Marchands ‘étrangers, 
Enfüite, étant entré dans la Ville, il y obtint la liberté de s'y loger com. 
modément. On lui demanda l'état de fes marchandifes; & fur le premier 
Mémoire qu'il en donna, on fe feroit accommocé für le champ de toute fa 
cargaifon, s’il n'eût été obligé d'en réferver la mcilleure partie pour le ter- 
me de fon voyage. Onn'éxigea point qu'il Fit rien débarquer avant la ven- 
te, Les Négocians Turcs ou Arabes fe contentérent des eflais qu'il avoit ap- 
ortés de fon bord; ‘e concluant le marché à terre, ils envoyoient prendre 
fes marchandifes dans leurs propres Barques, à mefure qu’elles étoient ache- 
tées & payées. De fon côté, il prit en échange, des provifions ou de l'ar- 
gent, fuivant fes conventions. es jours fe paflèrent ainf dans le mou- 
vement du commerce, avant qu'il s'ouvrit fur le fujet qui l'avoit amené. 
Lorfqu'il crut fa réputation bien établie dans la Ville, il confulta fes Corref 
pondans fur l'outrage qu'il avoit reçu du Gouverneur d'Aden, Mais au lieu 
de leur trouver la chaleur qu’il avoit cfpérée pour fes intérêts, il les vittous 
d'accord à condamner la témérité qu’il avoit eue d’entrer dans une Ville de 
guerre, On lui repréfenta que fi les Guzarates l’avoient trahi, c’étoit de lui- 
mème qu'il devoit fe plaindre, & qu'un Marchand ne devoit point ignorer 
la différence d'un Port libre & ouvert pour le commerce, d'avec une Ville 
où les Turcs ne s’étoient fortifiés que pour en éloigner les Etrangers. Onlui 
| confeilla 


vit 


confe 
quer 
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entré 
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C . 
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rente: 
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Li Ge: 


X 


Ecrangers, 
n, & s'en- 
la Rade de 
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l'intéret du 
wcs, D'uil. 
:s d'épées, 
ns firecher. 
Mocka ef 
'on n'y re- 
 d'Alexan. 
productions 
8 moins en 
| coins, de 
lus furpre 
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as d'y étre 
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tatitre de: 


etcer, Il fut 
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rage, Mais 
‘étrangers, 
loger COM: 
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our Île ter- 
rant la ven- 
il avoit ap- 
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oient ache- 
sou de l'ar- 
lans le mou- 
oit amené. 
fes Correl- 
ais au lieu 
Ï les vit tous 
e Ville de 
étoit de lui- 
int ignorcr 

une Ville 
rers. Onlui 
confeila 


vit 


dans les lieux voifins toutes fortes de rafraïchillemens. 


INDES ORIENTALES, Lav, III, Cuir, VI 163 


confeilla même d'écouffer fes plaintes, s'il n'aimoit mieux faire revivre une 
querelle enfevelie, & qui pouvoit en renaifTant , l'expofer à de nouvelles 
eines. Il prit le parti de fuivre ce confeil, } Mais n'ayant plus rien quidûe 
e retenir à Mocka, il en forcic le 18 de Juillet auili librement qu'il y étoit 
entré, Pour augmenter le regret d'un voyage inutile, il perdit deux ancres 
en repañlant les Détroits. 

C&reNDANT il auroit trouvé un fujet de confolation dans le bonheur qu'il 
eut de rejoindre fa Pinaffe, donc il étoit féparé depuis long-tems, fi cet avan- 
tage même n'eût été mélé d'un autre fujet de chagrin. Jean Luflen, Pilo- 
te de la Pinafle, étant mort depuis plufieurs jours , Sharpey apprit par difié- 
rentes informations la caufe de cet accident, qu'on s'étoit propofé ds lui ca- 
cher, Lufken avoit reçu un coup de marteau à la tête, d'un Anglois nom- 
mé Thomas Clarke, qui s'écoit appuyé, pour cette violence , du fscours de 
crois autres Anglois ; françois Driver, André Evans, & Edouard Hilles, Leur 
querelle étoit venue du relus de quelques liqueurs que le Pilote gardoic foi- 
gneufement pour des néceilités plus preflantes. Sharpey crut, non-feule- 
ment la difcipline, mais fa propre vie intéreflée à la Lei de ce crime, 
Il fit faire le procès aux Meuririers, fuivant les loix de leur Patrie; & fur 
la pleine conviétion du meurtre, il fe pendre dans la Pinalle, Driver & 
Clarke, qui avoient été les princ' paux Aéteurs. Les deux autres n'échap- 
pérent pas à la juftice, quoique leur punition vint plus tard & par d'autres 
voies. Hlilles fut dévoré dans la fuite par des Cannibales (0), & l'autre é- 
tant mort dans un lieu défert, fut trouvé pourri & prelque mangé des in- 
icétes, 

La Pinafe demandant de promptes réparations , Sharpey réfolut de relà- 
cher dans l'ffle de Sokotora, malgré les obitacles qu'il y avoic trouvés quel- 
ques mois auparavant. Il jecta l'ancre le 15 d'Août, devant (p) Sajab, Vil- 
le où le Roi fait fa demeure. Un Marchand du Pays, qui fe préfenta für 
le rivage, n'annonça rien de finiftre aux Anglois; Mais après avoir reçu un 

réfent de l'Amiral, il lui fit entendre qu'il ne feroit pas vü de bon œil à Sa- 
Jah, fur-tout par les femmes, qui fe refléntoient vivement de quelques in- 
fultes que leur féxe avoit reçu de l'Équipage d'un Vaifleau étranger. L'Auteur 
affüre que les Infulaires memes ignoroient de quelle Nation. Mais plulieurs 
Matelots, qui étoicnt defcendus a verre avoient enleve de jeunes filles, & 
les avoient torcées brutalement, Ils avoienc tué une Mère , qui s’étoic ef- 
forcée d'appeller du fecours par fes cris. Enfin le Marchand confeilla aux 
Anglois de gagner une Rade qui étoit plus éloignée de cinq lieuës , ou fans 
craindre aucune réfftance du petit nombre des Habitans, ils crouveroient 
[Il promit mme à 
Sharpey de s'y rendre par terre avec quelques autres Négocians de Sijan, & 
de lui porter quelques perles, dont ils pouroient faire l'échange pour d’au- 
tres marciiandifes. ] 

ILs allérent mouiller dans cette Baye, L'eau fraîche, les beftiaux , l'a- 
loes, les focotrines (4), le fang de dragon ieur furent offerts en grande 

| abonuance, 


7 Co) Il fut laié à Madagafcar, oul'on 
fuppoia uppui.mment qu'il avoit (té mangé 
par des Cannibales, A 


Cp) Dans la fuite, on trouve que ce Prin. 
ce tenoit fa Cour à ‘Lainarin, R, d. F, 
(a) Angl, l'Aloss Socotrin. R. & E, 


X 2 


Snanvru: 
160), 


ls partent de 
Mocha, 


À ci! 
plaque 
UHR 


WE tra 
pu 


Les Anglois 
rclichont à So. 
kotora, 


Raifon qui 
leu fait quit. 
ter la Rade de 
Sajah, 


SHAnPreY, 


1609. 
Es y font bien 


reçus des 
hommes, & 
maltraités des 
femmes, 


Ils relachent 


à Moa, 


Imprudence 


de l'Amiral, 


Son Vaiffeau 
fi 


itaaufrage. 


164 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


abondance, 
lité dans les Pabitans, ils s'apperçurent que la trayeur & la haine des femmes 
de Sajah, s'étoient répandues dans cette partie de l'Ifle, Il ne s'en préfenta 

int une feule à leur vüe; & Sharpey même qui cherchoit à fe les conci- 
ier par quelques politeffes, ne put découvrir leurs traces, Te Marchand 

ce Sajah parut dès le lendemain avec quelques-uns de fes affociés, [l ap. 
porta une douzaine de fort belles perles, pour lefquelles il accepta volontiers 
du drap & du fer,  Sharpey le pria de s'employer à rétablir fa Nation dans 
l'eflime des femmes; mais à peine en fit-il confentir deux ou trois à paroître, 

our recevoir de la main de d'Amiral quelques petits miroirs, avec des ru- 
Le & des peignes, Cependant la renommée de leur galanterie & de leurs 
agrémens ch fi bien établie, qu'elle eft paflée comme en proverbe dans tous 
les Pays voifins. On prétend que celles qui n'ont point d'enfans de leurs ma- 
ris, ne font pas difficulté de fe livrer aux pañlans, pe remédier à la ftérili. 
té de leur mariage, & qu'elles employent méme des fortilègesiqui les atti- 
rent dans leur Ifle, Sharpey , qui avoit lu cette obfervation dans quelque 
Ecrivain Portugais, n'en cut que plus d'empreffement à rechercher leur com- 
merce; mais la force de leur prévention, l'emporta fur tous fes foins.] Cette 
Baye s'appelle Saub, 

Arrès avoir rétabli la Pinaffe, le 18 on partit pour Cambaye, avec un 
fi bon vent, que le 28 on relâcha heureufement à Mon. Comme onne s'ar- 
rétoit dans ce Port que pour y faire de l'eau, Sharpey eut le cems d'y pren- 
dre des informations fur les dangers qui le menagçoient. II fçavoit par fes 
Cartes & par cent récits, que la Côte eft remplie de rocs & de bancs de fa- 
ble, Les Habitans de Moa lui offrirent, pour vingt dollars, un Pilote ex- 
périmenté, qui s'engageoit à le conduire jufqu'à la Barre de Surate, Mai 
dans la confiance qu'il avoit à fes propres lumières , il rejetta toutes les 
offres. 

Le 29, en fortant du Canal de Moa, le Vaiffeau, qui portoit fur plus de 
vingt-cinq braffes , fe trouva tout-d'un-coup fur dix; enfüuite fur fept & fur 
fix & demi. On retomba fur quinze; mais bientôt on fe retrouva fur cinq. 
Quelques Matelots effrayés, demandèrent au Pilote à quoi il penfoit. Au mé- 
me moment le Vaiffleau donna contre le fond. Coverte , qui treffaillit à ce 
mouvement, accourut fur le Pont pour avertir le Pilote à ce qu'il venoit 
de remarquer. Mais le Pilote demanda fièrement qui ofoit dire quele Vaif- 
feau eût touché ? A peine eut-il fini cette infolente queftion, qu'il toucha 
encore, & fi violemment, que le gouvernail fe brifa , & fut emporté, On jetta 
l'ancre auñli-tôt; & pendant deux jours, on chercha la caufe du mal &le re- 
méde. Tandis que tout le monde étoit occupé de ce foin , non-feulement le 
Vaiffeau toucha encore avec un nouvelle violence ; mais on s'apperçut fen- 
fiblement qu'il commençoit à s'enfoncer. Il étoit fix heures du foir, le fe- 
cond jour de Septembre. Bien-tôt l’eau gagna de toutes parts, fans qu'on 
pût découvrir précifement quels étoient fes plus dangereux pañlages ; & le 
travail continuel des pompes, depuis fept heures jufqu’à unze , ne fervit point 
à la diminuer. Enfin Sharpey ne confervant plus d'efpérance (r), exhorta 
tout 


(r) Coverte laifTe entendre quele naufrage  geance de Grove, Pilote Hollandois, donton 
des Anglois ne doit être attribué qu'à la ven- ne peut avoir oublié le mécontentement. Met 
1 


Mais quoiqu'ils n'y trouvaflent que do la douceur & de la civi.% 


tout | 
pe 
mille 
chaci 
envi 
rejett 
tant 
et fe 
ne le 
veux, 
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ins. ] Cette 


», avec un 
> onne s'ar- 
18 d'y pren- 
oit par fes 
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n Pilote ex- 
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toutes les 


t fur plus de 
fept & fur 
va fur cinq, 
bit. Au mé- 
faillit à ce 
u'il venoit 
que le Vaif- 
qu'il toucha 
té, On jetta 
al &le re- 
‘ulement le 
perçut fen- 
oir , le fe- 
fans qu'on 
DCS ; le 
fervit point 
), exhorta 

tout 


dois, dont on 
tement, Mes 
i 


INDES ORIENTALES, Law, LIL Cnar, VE 165 


tout l'Equipage à s'entrefecourir dans l'ufage qui refloit à faire de 11 Chalou- 
pe & des Éfquifs. On avoit eu foin de faire P acer fur le tillac, environ dix 
inille livres fterling, qui appartenoient aux Marchands, L'Amiral déclara que 
chacun pouvoit prendre ce qu'il fe croyoit capable de porter, On en prit 
environ trois mille, les uns fe hâtant d'abord de remplir leurs poches, & 
rejettant enfuite un poids qui furpaloit leurs forces; les autres fe conten- 
tant d'une forc petite fomme, dans la penfée qu'ils pourraient étre obligés 
‘e fe fauver à la nage; d'autres enfin, négligeant tout-h-fait des richeffes qui 
ne leur paroiffoient plus d'aucun prix , lorfqu'ils avoient la morc devant les 
veux, Ils abandonnérent ainfi le Vaiffeau, fans emporter même aucun ali- 
ment, Ce trifte départ commença vers minuit; & par les fecours qu'on fe 
prêta mutuellement , tout le monde trouva place dans la Chaloupe ou dans 
\'Éfquif, La Côte étoit prefqu'éloignée de vingt lieuts à l'Ef, On vogua pen- 
dant tout le refte de la nuit & le Jour fuivant, fans avoir la moindre provi- 
fion de vivres pour fe foûtenir, Enfin, vers fix heures du foir, on aborda 
dans une petite Ile, à l'entrée de la Baye qu'on s'efforçoit de gagner, Mais 
lorfqu'on fe croyoit à la fin du péril, un coup de vent brifa tout-d'un-coup le 
mit de la Chaloupe, qui contenoit cinquante-cinq hommes. Cependant ils 
trouvèrent le moyen d'entrer dans la Baye; & le vent s'étant affoibli, ils ga- 
gnèrent heureufement la rivière de Gandevi, 

Les Habitans du Pays, qui virent paroître tant d'Etrangers à l'embouchu- 
re de leur Rivière, batirent le tambour & coururent aux armes pour leur 
défenfe, Ils ne doutèrent point que ce ne fut un détachement de quelque 
l'lotte Portugaife, qui venoit piller leurs Villes. Sharpey s'apperçut de leur 
erreur, Il avoit avec lui un Guzarate, qu'il leur envoya pour les informer de 
fa difgrace & de la néceflité où il étoit d'implorer leur fecours. Ce récit pa- 
ut les toucher. Ils s'approchèrent des Anglois avec beaucoup d'humanité , 
& les conduifirent à Gandevi, Capitale du Canton, où ils reçurent tous les 
fecours dont ils avoient befoin dans leur infortune, 

L'Aureur termine ici fa Relation , mais c'eft pour commencer dans un 
autre livre , le récit de fon voyage terreftre au travers d'une infinité de Pays 
qui étoient alors peu connus. Le refte de fon ouvrage appartient, dans ce 
Recueil, à l’article des Voyages de terre. 


LATITUDES. 


Ifles près de Pemba, . . . . . . , . . , . , 208, 
Ile de Sokotora. | , Tu SN DS 12 24N. 
lie voifine de Sokotora., , . , , . . , . . . 12 17 
Trois autres Ifles aufli près de Sokotora. . . . . 12 29 


il n'ajoûte rien néanmoins qui ait l'air de preu.  fervices d'un homme qu'il avoit outragé, & 
ve. Il eft toûjours aflèz furprenant que Shar- qi eût refufé de prendre un Pilote à Moa. 
pey nelt pas Gui de prendre confiance aux  K. d, T, 


Se APR, 
1609, 
Cu RE ! 
de coti. ., 

chlunt, 


Les Anglois 
Han nttorre 
dans tours Bar 
ques, 


Ils font reçus 
à Gandevi, 


SIHARPEY. 
1608. 
Explication 
de cet Appen- 

dix. 


Départ. 


Obfervation 
{ur le vent, 


Séparation 
des deux Vaif- 
feaux, 


166 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


MU ca FE De Mc  DEEE ce ec: RE fc: D ic DE GE > PEAU ER 
CH A PIT RE VIE (o 


Autres circonftances d': même Voyage par Thomas Jones. 


6. pour m'attacher à l'ordre & aux vûes des Ecrivains Anglois que 


je fais paroître ici dans un article féparé la Relation de Thomas Fones, 
telle que Purchaf l'a publiée. II étoit plus naturel d'en extraire les principa- 
les circonftances, pour les inférer dans le récit de Coverte, & de ne faire 
qu'un feul article de deux Mémoires qui regardent le mème voyage. Mais 
ce feroit priver Jones d'une partie de fa gloire. Dans le plan des Auteurs de 
ce Recueil, il füuflic qu'un Voyageur ait écrit quelque chofe qui lui foit pro- 
pre, pour avoir droit (b) de figurer ici fous fon propre nom.] ‘Thomas Jo- 
nes étoit, comme Coverte, un des Oïliciers de l'Afcenfion (c), fousle com: 
mandement de l’Amiral Sharpey. 

HEURE infortunée, s’écrie-t-il en commençant, que celle où l’Æ4fsenfion & 
l'Union, mirent à la voile, le 14 de Mars 1608. On relicha le 6 de May 
dans l’Ifle dé Mayo, pour y prendre des rafraïchiffemens. Enfüite ayant pal: 
fé la Ligne, on tomba fous le vent du commerce, qui foufle continuelle- 
ment entre le Sud-Eft & le Sud-Eft quart à l'EÎt; de forte que plus on avan- 
ce vers le Sud, plus on trouve le vent à l'Eft, comme on ne manque pasde 
s'en appercevoir entre la Ligne & le Tropique du Capricorne. Le 11 de Juin, 
à vingt-fix degrés de latitude , on rencontra une Caraque, nc  e Nave Pal. 
ma, qui faifoit voile aux Indes, mais qui eut bientôt le malheur d’écaouër 
fur la Côte de Sofala, à douze lieuës de Mozambique. L’Auteur apprit dans 
la fuite l’infortune de ce Batiment, du Capitaine même qui l'avoit com- 
mandé. 

LE 13 de Juillet, les deux Vaiffleaux Anglois jettérent l'ancre dans la Baye 
de Saldanna. Ils s'y arrêtèrert à conftruire leur Pinaffe, jufqu'au 25 de S:p- 
tembre, qui eft le tems où lzs Mouflons de l'Oueit étant finies, le vent foul- 
fle beaucoup plus au Sud & au Sud-Eft. Le lendemain de leur départ une fu- 
rieufe tempête fépara de l’Amiral, l'Union & la Pinafle. Il chercha inutile- 
ment ce Vaifleau, que le fien étoit condamné à ne plus revoir; mais la Pi- 
nafe le rejoignit dans la fuite. Comme il avoit laifé pañer la faifon, il bat- 
tit long-tems la Mer au gré des vents, jufqu'au 18 de Novembre, qu'il dé- 
couvrit enfin l'Ifle de Madagafcar. Ses efforts furent inutiles pour gagner k 


Cap de Saint-Roman. [Cependant on entra dans une Rivière, d’où l’on fu 


bientôt 


(a) C'eft le Chapitre VIII de lOriginal. 
R. d. E. 

(b) On obfervera néanmoins de ne pas ré- 
péter les détails qu'on'a iüs dans la Relation 
précédente. R. d, 'F. 
déc) I paroît par fa Relation qu'il a étéle 
Bootsman ou le Charpentier du Vaifleau. Voi- 
ci le Titre qu'il a donné à fon ouvrage , Cour- 


ve Relation d'un quatriéme Voyage, fait aux Lx 
des Orientales, avec deux bons Vuijjeayx dont 
l'un nomme l'Afcenfion croit l'Amiral, & l'aire, 
appelle l'Union, étoit Vice- Amiral, fous le co: 
mandemeut du Général Alexandre Soarpey, G 
du Licutendnt general Richard Rosvles 3 vec ia 
decouverte de la Mer Rouge faite par L'Afcenfion. 
Voyez Purcha(] *s Pügrims, Vol, I pag. 222 


bientÔô 
pécha 

quelqu 
de füre 
re, qu 
y aboï 
beauco 
lailles, 
l'ancre 
\ ON 

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11 de Juin, 
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€ SOGT LE) ; Ü 


oivles ; avee 


ar L'Ajcenj'on. 
| L pag. 22è. 


INDES ORIENTALES, Liv.III Cnar. VIL 167 


bientôt obligé de fortir par la trahifon de quelques Infülaires: ce qui n'em- 
pécha point qu'on ne.trouvät le moyen de faire de l'eau & de fe procurer 
quelques proviñons dans plufieurs endroits de la Côte. Mais, avec fi peu 
de fureté pour s’y radouber,] on prit le parti de gagner les Ifles de Como- 
re, qui fonc entre Madagalcar & le Continent, à 11 degrés du Sud. On 
y aborda heureufement. Le Roi & les Habitans reçurent les Anglois avec 
beaucoup d'humanité, & ne les laiflèrént point manquer de limons, de vo- 
lailles, ni de noix de cocos. Mais l'Ifle n'ayant point d'eau fraîche, on leva 
l'ancre le. dernier jour du mois, pour chercher celle de Zanzibar. 

ON eut le malheur ce la manquer, par la faute de Philippe Grove, Pilote 
Jollandois; & l'on découvrit Pamba, après s’en étre approché fi imprudem- 
ment dans les ténébres de la nuit, qu'on faillit d'échouër fur la Cote. Le 
vent étoit Eft-Nord-Eft, On jetta l'ancre jufqu'au jour, dans le lieu où l'on 
fe trouvoit; & le lendemain, qui étoit le fept de Décembre, on s'avança à 
l'extrémité Sud-Oueft de l'Ifle, ayant à l'E une chaîne derocs. On y mouil- 
la fur fept ou huit braffes d'eau, au 6°. degré de latitude du Sud. Le 8, Jo- 
nes accompagna ceux qui furent commandés pour chercher de l'eau. Les 
Habitans fe préfentèrent avec beaucoup de familiarité; mais ils cachoient 
fous ce voile une déteftable perfidie. 

LE 18, après avoir achevé la provifion d'eau, à l'exception de cinq ou 
fix tonneaux, Jones fe rendit au rivage pour faire remplir ce refte. Ily 
fut furpris par une embufcade de deux cens hommes, qui fondirent fur lui 
& fur fes gens. Cependant ils eurent le bonheur d'échapper tous, à la referve 
de Jean Harrington & d'un Domeftique de Jean Elmiore (d), qui furent tués 
d'un grand nombre de coups. Un peu avant cette trahifon, le C'hcf des Mo- 
res avoit prié Jones de lui envoyer un de fes gens, fous prétexte de le char- 
ger d'un préfent pour l’Amiral Anglois. Edouard Churchmen, qui fut choifi 
pour cette commiffion, ne reparut point; & Jones apprit dans la fuite qu'il 
étoit mort à Mombafñfa. Pendant le féjour que Sharpey fit à Pamba, les Por- 
tugais armèrent un Æulk Hollandois, qui avoit pafé l'hiver à Mombafla, pour 
4 l'employer contre le Vaifleau Anglois; mais apprenant qu’il étoit capable de 

1 xfe défendre, ils abandonnèrent ce deffein. [Les habitans de cette Ifle font 

1 fort timides, & ils n'ôferoient rien entreprendre d'eux-mêmes, s’ils n’étoient 
pas excités par les Poriugais.] 

OX partit de Pamba le jour fuivant, dans l'intention de prendre entre cet- 

te Ifle & la Côte de Mélinde, où l'on efpéroit de trouver moins de force 

(e) au Courant. La nuitd'après on fut extrêmement furpris de fe voir échouer 

fur un banc de fable; mais le vent ayant heureufement fecondé le travail & 

l'art des Matelots, on fe dégagea fans avoir rien fouffert de cet accident. A- 

lors on porta jufqu'au jour à l'ESt. Les premiers rayons du foleil firent dé- 

couvrir d'autres bancs, qui font à la pointe Orientale de Pamba: ce qui obli- 

gea de tourner tout-d'un-coup au Nord. Dans l'après-midi, on apperçut 

trois de ces Barques qui fe nomment Pangaies , dans le langage du Pays. Mal- 

H gré leur éloignement, Sharpey entréprit de leur donner la chaffe ; & s'en é- 

M. : tant 


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l) L'Orieind dit onuc nos “1: 
(d) L Original dit qu le Dorncfiique dE cédenrte. R. d. EL, 

Ut Le Nroce ent NC / “lue N de ù 
| ut Rs, Bicflures; comme nous Ce) Angl. plus de force. KR. d, E. 


l'a AT Q 1 
LAVOnNS Cia 1 


HOrC ,i 


SHARrET. 
1608. 
L'Afcenfion 

tborde à 
Saint - Lattre 
rent, à Coino- 
re & à Paiba, 


Les Angloi 
font expos à 
la pertidie des 


Mores. 


Ils perdent 
quelques hoim- 
mes, 


Pancs de fa- 
ble, 


SHARNPEY, 


1608. . 


Révolte & 
chatiment des 
More 


Peine que les 
Anglois ont à 
furmonter les 
Vos. 


Iflcs Almiran- 
tes, leur ferti- 
lité & leur a- 
grément, 


Suite de leur 
navigation. 


168 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


tant approché , il fut furpris d'en voir deux qui baiffoient leurs voiles , pour 
fe garantir apparemment du feu de l'artillerie par une prompte foûmiflion. La 
troifiéme, qui étoit la moins chargée, gagna le-rivage (f). 

Les deux autres portoient cinquante Mores, qui ne fe rendirent avec cet. 
te facilité que pour former l’entreprife de s'emparer du Vaifleau. Leur Chef 
fe trouvant feul dans une cabine, avec Philippe Grove, William Revet & 
Jones Auteur de cette Relation, affaflina Grove d'un coup fi dangereux , qu'on 
douta long-tems qu'il pût fe rétablir. Mais contre l'attente des Mores, dit 
Jones, je tuai fur le champ cet infime meurtrier. Les autres commencérent 
auflitôt leur tragédie par la mort du Miniftre Anglois,& par celle d’un Mar- 
chand & de quelques Matelots; mais ils furent repouffés avec tant de vi- 
gueur qu'il n’en échappa que cinq ou fix. Lorfqu'ils avoient commencé leur 
révolte, les Anglois n'étoient pas plus de feize ou dix-fept à bord, tout le 
refte de l’Equipage travaillant dans la Chaloupe & dans les Efquifs. L’Au- 
teur fut informé dans la fuite par les Portugais mêmes, que la plûpart de ces 
Mores étoient ou du fang royal de Mélinde , ou des plus nobles familles, & 
que leur perte avoit coûté £ larmes à toute la Nation. 

APRÈS avoir pillé les Pangaies, [qui étoient chargées de quantité de cho; 
fes précieufes,] les Anglois réfolurent de ne pas s'arrêter plus long-tems au 
Nord de Pamba. Ils regagnèrent le côté de l'Oueft, dans le deflein des’avan- 
cer vers Sokotora. Mais comme le vent fe foûtenoit entre l’'Eft & l'Eft-Su! 
Eft, & qu'ils étoient peu fecondés par les courans, il leur fut impofible de 
fuivre ce projet. Ils fe déterminèrent à s'éloigner de deux ou trois cens lieué; 
au Sud, dans l’efpérance d'y trouver les vents à l'Eft-Sud-Eft. Ce parti n: 
leur réuffit pas mieux; car ils trouvèrent le vent Eft-Nord-Eft, & Nord-" ! 
quart à l'Eft. Ainfi, depuis le 20 de Décembre jufqu’au 26 de Janvier, ils & 
virent condamnés à battre la Mer comme au hazard. Cependant leur bonne 
fortune les fit tomber entre certaines Ifles, qu’ils nommèrent De/olate Iflands, 
parce qu'elles font défertes ; mais que les Portugais appellent Ifles A/miranter. 
On n’en compte pas moins de douze ou treize, dont la fertilité devroit atti- 
rer les Vaifleaux dans ce paflage. On y trouve non-feulement de l’eau cx- 
cellente, mais une grande abondance de dates, de cocos, de poiffon & de 
tourterelles, qui font fi privées qu’elles fe laïflent prendre avec la main. Il 
y a peu de Pays au monde, qui repréfentent fi parfaitement le Paradis ter- 
reftre. Les Anglois y paffèrent quelque tems à fe rafraïchir. Enfuite brûlant 
d'avancer, malgré l'oppofition du vent, ils eurent encore à les combatre 
jufqu'au 30 de Mars, que les Mouflons d'Oueft commençant , ils arrivèrent 
enfin à l’Ifle de Sokotora. Là, ilsrencontrérent un Vaifileau qui faifoit voile 
vers Aden, & qui fe fit pafler pour un Bâtiment de Surate, quoiqu'il appar- 
tint aux Mores de Diu. S’étant laiffés perfuader de l'accompagner, dans la 
vûe de tirer un grand avantage du -ommerce de la Mer rouge, ils jette- 
rent l'ancre. le 8 d'Avril, devant ie Port d’Aden. Cette Ville qui eft dla 
dépendance des Turcs, pañle pour la clef de toute l'Arabie heureufe. Désle 
premier jour, l'Amiral fut reçu à terre avec toutes fortes d’honneurs, & con- 
duit comme en triomphe jufqu’au Palais du Gouverneur , fur un beau ne 

va 


(f) L'Original ne dit point que la troifitme 


précédente qu'elle fut prife avec les autres. 
Barque s’échapit ; & il paroît, par la Relation É 


in 


44 
“ 


É 


vai À 
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fes pla 
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. (g) C 
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II, P) 


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it avec cet- 
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forces, dit 
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ant de vi- 
nencé leur 
d, tout Île 
fs, L'Au- 
part de ces 
milles, & 


tité de cho-:} 


1g-tems au 
1 des’avan- 
 V'Eft-Su. 
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Ce parti n: 
X Nord-"? 
vier, ils 
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late Iflands, 
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e l’eau cx- 
flon & de 
a man. Il 
aradis ter- 
ite brûlant 
combattre 
arrivérent 

aifoit voile 
Qu'il appar- 
r, dans là 
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i eft dela 
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beau che- 

val 


les autres. 


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TE 
cn 


LS. 


ee 


INDES ORIENTALES, Liv. II Cnar. VIL 169 


val Arabe, efcorté de douze Janiffaires. Enfuite le Gouverneur apprenant 

ue les Anglois avoient une Lettre du Roi d'Angleterre pour le Bacha de 
Zenan , envoya deux d’entre eux jufqu'à la réfidence de ce Bacha, qui étoit à 
plus de quinze (e) journées dans lesterres. Le Bacha leur demanda s'ils avoient 
une permiffion du Grand-Seigneur pour entrer dans une Ville de fa domination. 
Comme ils r'en avoient point, & qu'ils furent obligés de le confeffer, il 
leur déclara qu'il ne pouvoit leur accorder aucune permiffion de commerce 
au Port d'Aden; mais qu’il prendroit le drap qu'ils y avoient débarqué, com- 
me un préfent d'autant plus agréable, qu'ils écoient les premiers Anglois qu'on 
eût jamais vûs dans cette Mer ; & que pour témoignage de reconnoiffance , il 
leur laifloit la liberté de partir d'Aden, & d'aller faire leur comm:rce dans d’au- 


\ ‘tres lieux. [Jones qui rapporte ces circonftances du voyage des deux Mar- 


chands Anglois, & qui le place comme Coverte après le départ du Vaiffeau, 
n'explique pas bien comment ils rejoignirent l’Amiral, & n’eft pas moins obf- 
cur fur les injuftices que Sharpey avoit effayés de la part des Turcs. Mais en 
comparant les deux Relations, on trouve dans celle de Coverte l'explica- 
tion des injuftices, & dans celle de Jones Îe récit du voyage. 

(b) SHarvEY, fort mécontent du Gouverneur d'Aden, réfolut de porter 
fes plaintes à Mocka, qui eft plus haut, d'environ quarante milles, dans le 
Golfe Arabique. Il eut beaucoup de peine à gagner ce Port, parce que la 
Mouffon de l'Oueft étant arrivée, les courans prennent alors leurs cours hors 
de cette Mer. Cependant il traverfa les Détroits, qui n’ont pas plus d'un 
mille & demi de largeur, & le 11 de puis il AT l'ancre dans la Rade 
de Mocka. Les Anglois reconnurent la différence qu’il faut mettre chezles 
Turcs, entre une Ville de guerre & une Place de commerce. Mocka é- 
tant comme l’entrepôt du commerce de l'Inde avec le grand Caire & Alexan- 


‘drie, eft habitée par un grand nombre de Marchands, qui aiment à parta- 


ger humainement avec les Etrangers la liberté & les priviléges dont ils jouif- 
fent. S'ils n'offrirent point de réparation à l’Amiral pour les torts qu'il avoit 
cfluyés à Aden , ils lui firent trouver quelque avantage dans le féjour qu'il fit 
avec eux pendant plus d'un mois. Il partit le 26 de Juillet, pour s’avancer 
vers Cambaye. La plûpart de fes Officiers n’approuvoient pas ce nouveau 
deffein ; & le Ciel même y parut contraire, en permettant que dès la première 
nuit on perdit deux ancres. 

LE 7 d'Août (i), après avoir rejoint la Pinaffe, & puni de mort quel- 
ques Anglois de ce Bâtiment qui avoient tué leur Pilote, Sharpey entra dans 
une Baye de l’Ifle de Sokotora, où les avis qu’il reçut ne lui permirent point 
de s'arrêter long-tems. Il fut mieux reçu dans une autre; mais les vents y 
fouflèrent avec tant de violence au Sud & au Sud-Sud-Eft, que le Vaiffeau 
ne put trouver d'abri contre le rivage, & que la Pinaffe fut jettée en pleine 
mer fans avoit de vivres pour plus de deux ou trois jours. Enfin, tandis 
que Sharpey entreprenoit de fe radouber, il vint un orage fi violent du Sud- 
Oucft, que deux de fes ancres furent encore brifées. [Peut-être auroit-il 

évité 
. (g) C'eftà-dire, pour aller &revenir;car VIII. de l’Original. R. d. E. 
il paroit certain que Zenan n’eft pas fi inté- (à) Suivant l’Original Sharpey avoit rejoint, 
ticur. R. d. T. la Pinaffe le 10 de May, avantque d'arriver 

Ch) ici corimerce la ade, Se@tion du Chap. À Aden, R. d. K. ‘ 

IL, Part. 


Sitanrry 
1609. 
Les Anglois 
maltraités àA- 

en, 


Différence 
des deux Re- 
lations. 


Sharpcy {e 
rend à Mocks, 
où il eft bien 
traité, 


IL part pour 


Cambayc. 


Vents terri- 


bles. 


170 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Snanrev. évité une partie de ces infortunes , s’il s’étoit hâté de pourvoir à fes befoins, n'en c 
1609. au lieu d'employer le tems à fe faire admirer des femmes de l'Ifle par fes ga- Einch, 
Janteries.] accord 

Les Anglois AyanT remis à la voile le 20 d'Août, il tomba le 2 de Septembre fur la fonne 
DS Côte de Diu, neuf ou dix lieuës à l'EfE de cette Ville. On s’avança au long Voyag 
ut, du rivage l'efpace de fept lieuës, & l'ancre fut jettée fous une pointe de ter. fur la 
re. Le trois on envoya l'Efquif au rivage, pour acheter, des Habitans, quel- Royau 

ques moutons & d'autres alimens, Sur la nouvelle que le Vaiffeau faifoit voi- glois, 
le à Surate, un More du Païs vint demander le Re age à l'Amiral. Il l'affüra intérêt 
que le refte de la Dern étoit dangereux; &, pour fa propre füreté, Sharpe 
autant que pour celle des Anglois, il offrit d'amener à três-bas prix un Pilo- voyage 
te qui répondroit du Vaiffeau jufqu’au Port. Mais l'Amiral qui avoit une con- fin de | 
tance aveugle pour fon Pilote Hollandois, rejetta cette propofition. Le 4, demeur 
on leva l'ancre à trois heures après-midi, prefqu’au dernier quartier de la ma- la Pina 

rée. L'eau manquant dans le cours de la nuit, on toucha le fond, comme on uelle 

devoit s'y attendre; au lieu qu'en partant au premier quartier , on auroit t lier 
trouvé infailliblement affez d’eau pour fe dégager des Baîles & des Ecueils. Paul, ( 
Isfontnau- Après avoir perdu le gouvernail, & touché plufieurs fois, on fe vit forcé, crut tr 
frage. par la ruine du Vaifleau , à fe fauver dans la Chaloupe & dans l'Efquif ; heureux tant d’' 
encore, au nombre où l’on étoit, de pouvoir gagner, avec un fi foible fc. "  Portug: 
cours, une Baye aflez commode, dont on étoit prefqu'éloigné de 20 lieuës. “ trois a 
Ainsi la témérité & l’obftination d’un feul homme firent perdre à la Com- kB: ILs] 
pagnie des Indes, un de fes meilleurs Vaiffeaux, & aux Matelots toutes leurs EN san, 
efpérances. Les marchandifes, & la plus grande partie de l'argent quiétoi M faifis. 

à bord, furent abandonnés avec le Bâtiment. On fut deux jours à lutter [SN vérent 
contre les vents & les flots, jufqu'au 6 à quatre heures après-midi, qu'ayant M  [iz« 
apperçu la terre, on s'en approcha, dans l'efpérance de pouvoir gagner la EN fentime 

Rivière de Surate. Mais on reconnut que c’étoit celle de Gandevi, qui en ï paier 

eft à cinq ou fix licuës vers le Sud. Ce qui fut regardé d’abord comme un : gne de 

nouveau Det d’affliétion, pafla bientôt pour une faveur du Ciel, car lesPor. [EN raque, 
tugais, qui étoient informés de l'approche du Vaiffeau, étoient à l’attendre [EN gaife dé 

avec cinq Frégates, à l'entrée de la Rivière de Surate, où les deux Barques MN 2r de 

n’auroient pû fe garantir de tomber entre leurs mains. N  enviro 
us arrivent À GanDEvi, les Anglois apprirent que leur Pinaffe ayant abordé fur la SN ventsc 

à Gandevi,& même Côte, y avoit été enlevée par deux. Vaiffeaux Portugais; mais! que Oueft, 

font reçushu- J’Equipage s’étoit fauvé heureufement, & qu’il avoit pris par terre le che D flots. 


mAnenEnt min de Surate. Le Gouverneur de Gandevi fut touché de leur infortune. Il 
les reçut avec humanité, jufqu’à leur offrir un établiffement dans le Canton. 
Il étoit Banian. Cette Secte rend un culte aux vaches, [fuit les principesk? 
de Pythagore ] & conferve l’ancien ufage de brûler les morts. Autrefois, 
les femmes fe faifoient une gloire de ne pas furvivre à leurs Maris, & defe 
livrer aux flammes dans le même bucher. La plûpart font revenues de cette 
barbare fuperftition ; mais la force de l’ancien préjugé attache encore une 
Superflition force de honte à celles qui prennent le parti de vivre. On les oblige de f 
Baniane, - faire couper les cheveux, & de demeurer dans cette humiliation , [ jufquà 
ce qu'il fe préfente quelqu'un pour les époufer, ou pour les prendre à quel- 
qu'autre titre. ] 


Les Anglois ayant quitté Gandevi, fe rendirent par terre à Surate, qui 
: n'en 


befoins ; 
ir fes ga- 


re fur la 
au Jong 
e de ter- 
ns, quel- 
foit voi- 
1 l'aMra 
» füreté, 
un Pilo. 
une con- 
« Led, 
de la ma- 
omme of 
on auroit 
y Ecueils. 
it forcé, 
; heureux 
foible fe- 
20 lieuës. 
à la Com- 
utes leurs 
t qui étoit 
s à lutter 

qu'ayant 
gagner la 
1, qui en 
omme un 
ar les Por- 
l’attendre 
x Barques 


ordé fur la 
mais! que 
e le che- 
ortune. Il 
e Canton. 


principesk? 


Autrefois, 
, &defe 
es de cette 
ncore une 
blige de fe 


, Cjuquig 


e à quel- 


urate, qui 
n'en 


INDES ORIENTALES, Liv. I. Cnar. VII. 171 


n'en eft qu'à quarante milles. Ils firent ce voyage en trois jours. William 
Finch, qui étoit à la tête du Comptoir de leur Nation dans cette Ville, leur 
accorda tous les fecours qui convenoient à leur malheureufe fituation. Per- 
fonne ne lira le nom de finch, fans fe fouvenir des fervices que cet illuftre 
Voyageur a rendu à la Géographie, par les remarques qu'il nous a laiffées 
fur la plus grande partie des Indes, après en avoir vilité les principaux 
Royaumes. Il étoit arrivé depuis quelques mois à Surate un Vaiffeau An- 
glois, commandé par Hawkins; mais ce Capitaine avoit été appellé par des 
intérêts de commerce à la Cour d'A4gra, qui eft à trente journées de Surate. 
Sharpey, avec le plus grand nombre de f :s Compagnons entreprit le même 
voyage, dans la vûe de retourner (#) en Europe au travers de la Perfe. Il partit à la 
fin de Décembre. Jones qui fe trouva fans goût pour une route fi pénible, 
demeura au Comptoir de Surate, avec Jean Æ/more ancien commandant de 
la Pinafle, Richard Mellis, & Robert Fax. Ils cherchoient enfemble par 
1. voie ils pouvoient efpérer de revoir leur Patrie, lorfque le hazard 
t lier connoiïffance à Jones avec un Religieux Portugais de l'ordre de Saint- 
Paul, qui arrivoit de Cambaye. Ce Père, qui étoit un homme de mérite, 
crut trouver dans le caraétère de Jones une jufte raifon de le traiter avec au- 
tant d'amitié que d'eftime, Il lui promit de le conduire du moins jufqu’en 
Portugal, & ce fut à fa confidération qu'il accorda la même faveur aux 
trois autres. 

ILs partirent le 7 d'Oftobre, pour fe rendre à la célébre Forrereffe de Da- 
man, où Elmore revit encore une fois fa Pinafle, dont les Portugais s'étoient 
faifis. Enfuite ayant gagné Chaul, ils prirent le chemin de Goa, où ils arri- 
vèrent le 18 de Novembre, 


& [IL cft étrange qu'un Voyageur, tel qu'on doit fe figurer Jones, après les 


fentimens d’eftime & de zèle qu'il avoit infpirés au Père Portugais, ait pû 
pañler fix femaines à Goa, fans y faire aucune obfervation qu'il ait jugé di- 
gne de fon Journal.] Il s'embarqua le 9 de Janvier 1610, à bord d'une Ca- 
raque, nommée Ntre-Dume de pitié, qui étoit l’Amirale d’une Flotte Portu- 
gaife de quatre voiles. Le 28, 1l paña la Ligne fur la Côte de l'Inde; &, le 
21 de Mars, il tomba au Continent de l'Afrique, à 33 degrés ; de latitude, 
environ cinq lieuës du Cap des Aiguilles. Après y avoir été retenu par les 
vents contraires jufçu'au 2 d'Avril,1l effuya un affreux orage de l'Oueft - Sud- 
Oueft, qui lui fit voir, pendant fix heures, la mort inévitable au milieu des 
flots. Le 4, il fe rapprocha de la terre, à 34 degrés 40 minutes; &, fans 
perdre la vûe du rivage, il fut fi bizarrement le jouët de la mer , qu'ayant 
été pouffé quatre ou cinq fois à deux ou trois lieuës du Cap de Bonne - Efpé- 
rances, il ne put le doubler avant le r9 d'Avril. Le défefpoir étoit extrême 
fur la Flotte Portugaife, parce qu’on s’y croyoit menacé de pañler l'Hyver à 

Mozambique. 
| LE 27, elle paña le Tropique du Capricorne; & le 9 de May, elle jetta 
l'ancre à Sainte Hélène, qui eft à 15 degrés de latitude du Sud. Elle s’y ar- 
rêta jufqu au 15. Enfüuite, ayant pañlé la Ligne le 21, elle fe trouva le 26 
fous le Tropique du Cancer, avec le vent au Nord-Eft, que les Portugais 
nomment 


Ck) On verra dans la fuite qu’il ne l'éxécuta point. R. d. T. 
ŸY 2 


Snanreve 
1609. 
Les Anglois 


fe rendent pat 
terrc.à Suratce, 


Finch, célè- 
bre Géogra- 
phe, 


Jones revient 
avec un Reli- 
gieux Portu- 
gais, 


1610. 
Il va s'em- 
barquer àGoa, 


SHAUNPEY. 
1610. 
Vent général. 


press arrive 
à Lifbonne 
d'où il retour- 
ne en Angle- 
ecrre. 


ROWLES. 


1609. 


Eclairciffe- 


ment prélimi- 


paire. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


nomment le Vent géneral. Le 16 de Juillec, elle eut dans un grand éloigne. 
ment, la vûe de plufeurs Ifes à l'Oueft, que les Pilotes prirent pour les A. 
çores, parce qu'ils fe trouvoient à 40 degrés & quelques minutes de lati. 
tude, fans avoir apperçu aucune autre terre depuis qu'ils avoient quitté Sainte 
Hélène. Enfin, le 3 d'Août, ils découvrirent les Côtes du Portugal, à deux 
Heuës du Roc de Lisbonne, & le même jour ils jettèrent l'ancre à Cafcais, 
Jones & fes Compagnons, toljours conduits par leur Guide , trouvérent le 
moyen de gagner fecrécement le rivage dans un Efquif, & de fe garantir ainfi 
des embarras auxquels ils devoient s'attendre de la part des Portugais. Ils de. 
meurérent cachés à Lisbonne jufqu’au 13, qu'ils s'embarquèrent fur un Bâti. 
ment Anglois qui retournoit à Londres. Jones n’explique pas quelles étoient 
fes craintes, ni pourquoi il fe croyoit moins libre en Portugal qu'un Vaifleau 
de fa Nation. Mais il affûre qu’étant parti de la Baye de Vayers , les Portu- 
gais, qui apprirent fon évañon, envoyèrent une Frégate bien armée pour 
arrêter fon Vaïfleau, fous le feul prétexte qu'il y étoit avec les trois com- 
pagnons de fon Voyage: ce qui ne les empêcha point d'achever heureufe. 
ment leur courfe, & d'arriver à Londres le r7 de Septembre 1610, après 
une abfence de deux ans & demi. 


LATIITU DES. 
Ifle de Pamba. . 


172 


o0$. + 0 € 0 O9 


co 


He de Comorre ......11 
Rade de S', Hélène . . . . 15 


A2 AS Dh MEl Ada Ein GES AUTRUI QEER xx AD ME MIS ASE ETES ATEN LITE NID HEIN 
CH A PIT RE VI. (e) 


Voyage du Capitaine Rowles à Priaman, dans l'Union. 


C° Voyage , qui n'eft qu’une continuation, ou, fi l’on veut, une divi: 
fion du précédent, porte dans Purchaff un titre conforme à l’idée qu'on 
a déja dû s’en former fur les deux Relations de Coverte & de Jones. Le 
Vaiffeau l’Union, aufli malheureux que celui de l’Æ/tenfion , avec lequel il 
étoit parti, fut non-feulement féparé de fon Amiral par une affreufe tem- 
pête, mais, étant condamné par le Ciel au même fort, il n’acheva plus heu- 
reufément le voyage de l'Inde, que pour venir faire à fon retour untrifte nau- 
frage fur les Côtes de France. Auili Purchaff l’a-t'il publié fous le nom de 
Voyage infortuné (b). La première partie , c’eft-à-dire, fa courfe jufqu'a 
Priaman dans l’Ifle de Sumatra, eft d'un Officier Anglois nommé Moris, qui 
fans avoir été témoin de ce qu'il raconte, en garantit la vérité fur des té- 
moignages auxquels il a cru devoir fa confiance. Le récit du retour de l'U- 

nion 


(a) C'eft le Chap. IX. del'Original. K.d. E. 
Œ(b) Voici le Titre entier. Voyage infor- 
tuné du Vice Amiral l'Union, jufqu'à fon arri- 
vée à Priaman, rapporté dans une lettre de Sa- 
muel Bradsbaw , dattée de Priaman le 113 Mars, 


1609, €? dont Humpbry Bidulpbe a été le porteur. 
Ecrit par Henri Moris, à Bantamle 14 Septem- 
bre 1610. Voyez Purcbas's Pilgr. Vol L 


pag. 232. 


i) 


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PROS SR FER 


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Se TRES EN Re D à 


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nion & 
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mier qu 
le pêch 
fervice 
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roître | 


fer à la 
rent qu 
Ils prirc 
paflèrer 
vifions, 
arrivée 
voient ; 
changer 
nu, Are 
chands, 
Marcha 
avec la 

IL f 
de Févr 
contrair 
long-te 
attaqué 
duire p 
tion étq 
l'Oueft 


APR 
confola 
la Mo 
Jeur fa 
rent po 
na l’éx 
plufieu 

Ro 
ce, ac 
trois à 
Cour E 


4 éloigne. 
bur les A. 
s de lati. 
tté Sainte 
1, à deux 
à Cafcais, 
vérent le 
antir ainfi 
ais. Ils de. 
un Bâti- 
es étoient 
Vaifleau 
les Portu- 
mée pour 
rois com- 
heureufe. 
10, après 


une divi 
l'idée qu'on 
Jones. Le 
c lequel il 
reufe: tem- 
a plus heu- 
atrifte nau- 
le nom de 
rfe jufqu'à 
Moris, qui 
ur des té- 
our de l'U- 

nion 


été le porteur. 
le 14 Septem- 
ilgr. Vol L 


INDES ORIENTALES, Lav. III Cnar. VILL ‘ 173 


nion & de fon naufrage fur la Côte de France, eft tiré de plufieurs Lettres 
autentiques. 

La tempête qui fépara l'Union de fon Amiral, prefqu’à la vûe du Cap de 
Bonne-Efpérance, lui avoit fait perdre aufli fon grand mât, qui fut non- 
feulement brifé par la fureur des vents, mais emporté hors du Vaifleau avec 

Hune impétuofité que l'Ecrivain n’entreprend point de repréfenter. [Cepen- 
dant, comme s'il n'eût manqué à l'orage que ce furieux ge pre lecalmer , 
les flots devinrent aufli-tôt fi tranquilles, que Rowes ne défefpèra point de 
retrouver fon mât , qui ne pe être encore fort éloigné. Il fut le pre. 
mier qui l’apperçut heureufement ; ] & les moyens ne manquérent pas pour 
le pêcher fans eflort. On n'eut pas moins d'adreffe à le rendre capable de 
fervice; de forte qu'après avoir réparé ce malheur, & retrouvé un tems fa- 
vorable, il ne refta aux Anglois de l’Union que le regret d’avoir vû difpa- 
roître l'Afcenfion & la Pinaffe. La tempête les ayant jettés au-delà du 


| Cap, (it ne doutèrent pas que l’Amiral ne l'eût doublé de même ; & fans pen- 


fer à la Baye de Saldanna dont ils le croyoient fort éloigné, ils fe perfuadé- 
rent que pour le rejoindre, c'étoit à Madagafcar qu'il le falloit chercher.] 
Ils prirent leur courfe vers la Baye de Saint-Auguftin. Vingt jours qu'ils y 
paflèrent à l'attendré n'ayant fervi qu’à leur faire trouver de l'eau & des pro- 
vifions, ils en partirent pour Zanzibar avec de meilleures efpérances. A leur 
arrivée dans cette Ifle, ils furent reçus avec plus d'hunanité qu'ils n'en a- 
voient jamais trouvé dans les Négres: mais, fans s’imaginer la caufe de leur 
changement , ils les trouvèrent le lendemain fi mal difpofés que Richard Ke- 
nu, Tréforier du Vaiffeau, étant defcendu au rivage avec quelques Mar- 
chands, eut le malheur d’être tué dans une embufcade, & W'ickam, un des 
Marchands, celui d'être fait prifonnier. Le refte ne fe fauva pas fans peine 
avec la Chaloupe. 

{1 fallut s'éloigner fur le champ d’un lieu fi funefte. On en partit le mois 
de Février, avec les vents au Nord & au Nord-Eft, c'eft-à-dire, abfolument 
contraires au deffein qu'on avoit de gagner l'Ifle de Socotora. On battit 
Jong-tems la mer, fans avancer. La plus grande partie de  : age étoit 
attaquée du fcorbut. Rowles, cédant enfin à la néceflité, fe laifla con- 
duire par le vent à la Partie feptentrionale de Madagafcar. Son inten- 
tion étoit de relâcher dans la Baye d'Antongil ; mais il tomba du côté de 
l'Oueft, dans une fort grande Baye, que les Habitans nomment Kauguomor- 


xgra, Cou Bomora] dont les bords & les pays voifins font également fertiles 


& agréables. 


APRÈS tant de fatigues & de dangers, la vûe de ce beau féjour fut une 
confolation pour les Anglois. Ils réfolurent d'y attendre le changement de 
la Mouflon, & de tirer du moins un fruit de leur difgrace | en rétabliffant 


leur fanté. Les Habitans leur parurent d'abord fort civils, & ne marqué- 
rent point d'éloignement pour lier commerce avec eux. Le Roi mêmedon- 
na l'éxemple à fes Sujets, par la bonté & les carelles avec lefquelles ilreçut 
plufieurs fois les. Marchands. 

RowLes fe fiant trop aux apparences, voulut rendre une vifite à ce Prin- 
ce, accompagné de Richard Reve, principal Faéteur, de Feffery Carlet & de 
trois autres. Samuel Bradshaw , qui avoit été plufieurs fois employé à cette 
Cour barbare ; eut le bonheur de fe trouver occupé par d’autres foins qui 

Y 3 ne 


Rowtrzs, 
1609. 
L'Union eft 

féparé de j'A. 
miral & perd 
fon mit. 


Rowtes va 
chercher l'A. 
miral à Mada 
gafcar, 

Et à Zanzibar, 


Ils font for. 
cés de retour- 
ner à Mada- 
gafcar. 


Baye ce Kau- 
quomorra, 


Les Anglois 
font trahis par 
les Négres, & 
perdent leur 
Capitaine, 


Rowzre, 
1609. 


Leur Vaiffeau 


cit attaqué. 


Mort fubite 
de fept An- 
glois, 


Nouvelle atta. 


que des Né- 
gres. 


L'artillerie les 


net en fuite, 


Les Anglois 


font jettés fur 
la Côte d’Ara- 


bie, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ne lui permirent pas de fuivre le Capitaine, Ce fut une faveur fingulière de 
la Foriune, car les Infüulaires avoient médité une trahifon qu'ils écoient prêts 
de faire éclater. A peine Rowles & fon cortège eurent touché le rivage, 
qu'ils furent enveloppés par une troupe de Barbares, qui les enlevèrent fans 
réfiflance. Les Matclots de la Chaloupe, perdant l'efpérance de les fecou. 
rir, n'eurent rien de fi preffant que de s'éloigner à force de rames ; mais il 
ne leur fut pas même aifé de regagner le Vaifleau. Une multitude de Pa. 
res & de grandes Barques fortant de la Rivière, avec de grands cris, s’avan. 
cérent impétueufement pour leur couper le pallage , & ne balancèrent pas 
même à s approcher du Vaifleau, dans la réfolution de l'attaquer. Les Le 
ches & les dards formèrent aufi-tôt une épaiffe nuée. Dans la confufion 
des premiers mouvemens, les Anglois craignirent d'être forcés fans pouvoir 
s'en garantir. Mais ayant enfin à ap leur artillerie , ils coulèrent à fond 
dès les pe coups fix ou fept des plus grandes Barques. Cette éxécu- 
tion réfroidit bien-tôt toutes les autres, qui pi retirèrent plus promptement 
qu'elles ne s'étoient avancées. 

CEPENDANT le Capitaine demeuroit prifonnier , avec fes trois compa- 
gnons. Loin d’efpérer leur liberté, Bradshaw , qui devenoit après lui le 
Commandant du Vaifleau, conçut que les Sauvages s'étant foulevés fans pré- 
texte, il n'y avoit que de nouvelles perfidies à fe promettre d'eux , & que 
la plus füre reffource étoit la fuite la plus prompte. Une autre difgrace, qui 
furvint pour accabler les Anglois, ne leur PE pas de délibérer plus long- 
tems. Sept hommes moururent prefque fubitement , [fans qu'on en pütx 
foupçonner d'autre caufe que la force de quelque poifon , que les Négres 
avoient lancé avec leurs fléches & leurs dirds On prit donc le parti de 
lever l'ancre, dans l'intention néanmoins de chercher une autre Baye de la 
même Ifle, & des Habitans plus traitables; car le vent ne permettoit point 
encore de s’abandonner à la haute mer. Mais avant qu’on fût prêt à partir, 
les Sauvages fe firent voir encore dans une multitude de Barques, & s’ap- 
prochèrent fi fubitement du Vaiffeau, qu'ils eurent le tems d'y faire pleu- 
voir une grêle de fléches avant que l'artillerie pût être appareillée. Cepen 
dant la crainte de ces terribles armes les fit retourner au même inftant vers 
le rivage. Ils y defcendirent avec la même précipitation, comme fi la vûe 
de la terre & le foin qu’ils eurent aufñi-tôt de fe raffembler , les eût rendus 
plus hardis & plus forts. Bradshaw bien inftruit de leur malignité, & ne 
doutant point qu'ils ne lui préparaffent quelque nouvel outrage pendant 
nuit, réfolut d'employer l’artifice à fon tour. Il s’approcha de la Côte par 
un mouvement prefqu'imperceptible; &, lorfqu'il fe crut à la portée du 
canon & de la moufqueterie, il fit une décharge, qui éclaircit aufhi-côt leurs 
rangs par de larges ouvertures. L’effroi dont ils furent faifis, à la vûe de 
tant de morts & de bleffés qui tombèrent parmi eux, leur fit abandonner I 
rivage en pouffant d'affreux hurlemens. 

APRÈS ces nouvelles hoftilités, les Anglois défefpérèrent de trouver dans 
l'Ifle, une retraite où la terreur & la haine de leur nom ne fuffent pas ré- 
pandues. Ils mirent en mer, au mépris de tous les dangers; &, de quel- 
que fortune qu'ils fuffent menacés, ils dirigèrent leur courfe vers Socotora. 

ais tous leurs efforts ne purent réfifter aux vents, qui les jettèrent après 
une infinité d’agitations, fur la Côte d’Arabie. 


174 


Ils y mouillèrent le 4 de 
Jun. 


be 
PE 


MT RME ARRETE 


Juin. 
qu'ils p 
préfent 
avoir p 
des ora, 
confeil 
voiles 1 
haw fe 
près ut 
entiers 
me ver 
qui dar 
pour n! 
nds 
prendr 
offrit fi 
cut que 
merce : 
plomb, 
APR 
dirent 
Comm 
qu'ils a 
culté, 
lots, d 
emen 
a fon 4 
excès. 
Smeth 
de Eu 


Purch 
La 
écrivo 
que fe 
mé (4 
lieu, 
51 gle Ù 


C 
riginal, 


J X 


ngulière de 
voient prêts 
le rivage, 
vèrent fans 
> les fecou- 
s; mais il 
ude de Pa. 
ris, s’avan- 


icèrent ve 
Les . 


a confufion 
ans pouvoir 
rent à fond 
ette ÉxÉCu- 
omptement 


'ois compi- 
après lui le 
rés fans pré- 
IX, & que 
ifgrace , qui 
er plus long- 


l'on en pit} 


les Négres 
le parti de 
Baye de la 
jettoit point 
'êt à parti, 
ss , & S'ap- 
faire pleu- 
lée. Cepen: 
inftant vers 
e fi la vûe 

eût rendus 
ité, & ne 

pendant la 
la Côte par 
à portée du 
ufli-tôt leurs 
h la vûe de 
andonner le 


rouver dans 
ent pas ré 
c, de quel- 
rs Socotora. 
rent après 


ent le 4 de 
Jun. 


INDES ORIENTALES, Lav. III. 175 


Juin. La Mouffon de l'Hyver étoit arrivée, Il n'y avoit plus d'apparence 
qu'ils puffent gagner Cambayc; &, la Côte, où ils fe crouvoient , ne leur 
préfentoit aucun Port qui pût leur fervir d'azile dans cette faifon. Après 
avoir paité quatre jours à délibérer für leur fituation, fans ceffe allarmés par 
des orages dont rien ne les mettoit à couvert fur leurs ancres, il fuivirent le 
confeil de Griffon Maurice leur Pilote , qui leur propofa de tourner leurs 
voiles vers Achin. Ce Port ne pouvant être fans quelques Guzarates , Brads- 
haw fe promit d'y vendre fes marchandifes. On y arriva le 27 Juillet, a- 
près une navigation moins dangereufe que pénible. Bradshaw fut fept jours 
entiers, fans pouvoir obtenir audience du Roi, & cette faveur lui futcom- 
me vendue pour un riche préfent. Les obftacles vinrent des Hollandois, 
qui dans la vûe de s’attirer out le commerce de l'Inde , n'épargnèrent rien 


Car, VIIL 


pour nuire aux Anglois. [L’Auteur, avec l'indifférence ordinaire des Mar- 


chands pour tout ce qui n'a point de rapport à leurs intérêts, négligea de 
prendre des informations fur les affaires du Pays, quoique l'occafion s'en 
offrit fi naturellement.] Bradshaw, dit-il en peu de mots, parut à la Cour, 
eut quelques conférences avec les Marchands d'Achin, & fit enfuite fon com- 
merce avec les Guzarates, auxquels il donna des étoffes d'Angleterre & du 
plomb, pour du Baffa blanc & noir, qui eft le drap de l’Ifle. 

Arrès avoir paflé quelque tems dans le Port d'Achin, les Anglois fe ren- 
dirent à Priaman , où la facilité & les avantages qu'ils .trouvèrent dans le 


Commerce , devinrent un heureux dédommagement pour toutes les peines 


qu'ils avoient efluyées. Ils firent leur cargaifon de poivre; & la feule diffi- 
culté, qui prolongea un peu leurs affaires, fut une mutinerie de leurs Mate- 
lots, dont Bradshaw ne À arrêter l'infolence que par des excès de ména- 
ement. Le Pilote du Vaiffeau , moins tempérant qu’il n'étoit convenable 
à fon âge & à fon emploi, mourut d'une maladie qui fut attribuée à fes 
excès. Aufñli-tôt que le Bâtiment fut chargé, Bradshaw fit partir Biddulph & 
Smeth pour Bantam, dans un Jonc Chinois , avec un refte de marchandifes 
de l'Europe, dont il n’avoit pl fe défaire à Priaman ni à Tekou. A leur re- 
tour, il leva l'ancre pour retourner en Angleterre. On étoit alors au mois 
de Février 1610; [c'eft-à-dire, que pendant plus de fept mois que les An- 
glois pr dans l'Ifle de Sumatra, l’Aureur de cette Relation, qui eft 
mu aw même, ne fait pas la moindre remarque pour enrichir fon Jour- 
nal. 

(c) ON n'a point d’autres lumières fur le retour & l'infortune du Vaif- 
feau Anglois que celles qu'on peut tirer de deux Lettres, l’une de Morlaix 
en France, l'autre d'Andierne, toutes deux publiées dans le Recueil de 
PurchafT. 

. La première, dattée du 21 de Février 1611, eft de Baynard Couper, qui 
écrivoit à Thomas Hide fon beau-frère, Marchand de Londres. Il lui marque 
que fe trouvant alors à Morlaix, il avoit reçu ,le même jour , d’un lieu nom- 
mé (4) Odwen, une Lettre de Guillaume Badget, Irlandois habitué dans ce 
lieu, par laquelle il apprenoit que ,, l'Union, Vaiffeau de la Compagnie d’An- 
» gleterre, avoit échoué fur cette Côte; que les Habitans y ayant CnvoyÉ 
» deux 


(c) Laoe, Seétion commence ici dans l'O- 


rend, Rd E. (d) C'eft Andierne, R. d. T. 


RowLEs, 


1609. 


Juoute des 
Hollandois. 


Commerce 
d'Achin. 


Commerce 
de Priaman. 


1610. 


Retour de PU- 
nion en Euro- 
pe. 


Lumières : 
qu’on a fur {on 
infortune. 


RowLes, 
1610. 


Détail tiré 
d'une Lettre 
de Couper. 


Détail d'une 


Lettre de 
Wotton. 


17 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


» deux Barques, l'avoient trouvé richement chargé de poivre & d'autres 
» marchandifes des Indes; qu'il n'y reftoit que quatre hommes en vie, donr 
» l'un étoit Indien, & qu'ils étoient fi foibles qu'a peine pouvoient-ils pur. 
» ler: que les deux Barques Françoifes étoient parvenues à conduire le Ba. 
» timent dans la Rade d'Odwen; que les Habitans après avoir débarqué u. 
» he partie des marchandifes, s'étoient chargés de faire cenir fa Lettre aux 
» Marchands Anglois de Morlaix, pour les preffer d'aller prendre poff:ffion 
» de ces richeffes au nom de la Compagnie d'Angleterre ,. Couper ajoûtoit 
que cette nouvelle ayant été confirmée par une Lettre du Bailli de Quimper, 
il s'étoit hâté, pe en rendre l'avis plus certain, de faire partir trois co. 
pies de celle de Badget, par autant de Barques, parce que le moindre délai 
devoit faire craindre que les Payfans de la Baffe-Bretagne ne s'actribuafent 
le droit de s'emparer des marchandifes; qu'il falloit néceffairement s'adrefer 
à la Cour de France, & que cette affaire lui paroifloit fort épineufe; qu'il 
étoit réfolu de fe rendre à Odwen, avec un autre Anglois nommé Ric ard 
Roberts, pour s'affürer de l'état du Vaifleau par leurs propres yeux, & ren. 
dre à la Compagnie tous les fervices qui dépendroient d'eux; qu'on préten- 
doit que le Bâtiment étoit de quatre cens tonneaux & de trois ponts ; qu'il 
apprhendolt beaucoup de le trouver déja tout-à-fait YO u'il entre. 
prenoit le voyage d'Odwen fur les inftances de Badget & du Baillide Quim- 

er, mais plus ardemment encore par la confi:lération qu'il croyoit devoir 
a Compagnie: qu'aufli fe flatoit-il qu'elle auroit égar\ aux frais dans lefquel: 
il alloit s'engager, d'autant plus qu'il avoit déja fait avancer de l'argent, & 
mis en mouvement quelques amis pour récompenfer ceux qui avoient fa:\: 
le Vaiffeau, & qui devoient veiller à la confervation des marchandifes: qu. 
malgré les fages mefures qu'il avoit prifes, ilne laifoit pas de fouhaiter qu'on 
envoyât quelqu'un de Londres, par la voye de Rouen, avec les fonds né: 
ceffares; parce que Morlaix n'étoit point une Ville où la communicatin 
de l'argent fût aifée par des Lettres de Change: enfin que les nomsdes qua. 
tre perfonnes vivantes étoient Edmond White, Thomas Duckmanton , Samuel 
Smith, & l'Indien; que leur vie étoit encore fort mal affürée; qu'ils man 
quoient d'argent, & qu'ils n’avoient pas le pouvoir de difpofer de leurs pro: 
pres marchandifes. 

LA feconde Lettre, dattée du mois de Mars 1611, eft de William Wv- 
ton, qui s'étoit trouvé à Andierne, tandis que l'Union étoit dans cette Baye. 
Voici fes propres termes. , Le 8 de Février, je partis de Bordeaux fur le 
Polo-Hend, & le 11, je perdis mon mât d'avant & mon gouvernail. La 
» nuit du même jour je relàchai à Oldefycarre. Le 13, deux Barques Fran- 
» Soifes fauvérent l'Union, qui avoit écaoué fur des rocs. Le 14, je meren- 
» dis à bord de ce Bâtiment, & j'en amenai aurivage Samuel Smith, Thomas 
Duckmanton & M. Edmond White. Le 15, j'engageai Guillaume Badget , mon 
» Marchand , à donner avis de cette trifte nouvelle aux Anglois de Morlaix. 

» La Lettre partit le 18, & je payai deux écus pour 12 port, Un Indien, 

» qui étoit avec les trois Anglois fur le Vaifleau, mourut le 11, & je le fis 

» Cnterrer le même jour. Le 1, M. White mourut au, & je lui rendis 

» 1e même oflice, Le 22, MM. Ruberts €ÿ Couper arrivèrent de Morlaix, [&k? 

» Je 4 de Mars ils furent füivis par Guillaume Cuarey leur hôte, Le 5 je me 

» rendis à bord dans ma Chaloupe, & Coarey y vint pendant la baffle marée: 
» JE 


LL 


5 


» je d 
» poi 
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non plus 
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N  l'Expédit 
de marc 
les fien 


(a) C 
«(b)lL 
cinquiémd 


IT. 


Ç INDES ORIENTALES, Law, IE, Car, IX, 177 


k d'autres , je defcendis à fond de cale, & j'en rapportai un échantillon de mauvais Rowrus. 
vie, done » poivre, Le 6 je partis d vues mp Æ 8 je vins à Morlaix, Le 17 Mr. 1619 
nt.ils pur. » Hide y arriva aufli,] Je partis le 22, & j'arrivai la nuit fuivance à l'Ile 
aire le Bà. +, de Whigt; [le 24 je me rendis à Hampton, & le 28 à Londres. 


Autres expli 


Ces deux Lettres font fuivies d'une explication que PurchalT fe procura 
fbarqué u- « è ï , i avoi 
fans doute par fes propres foins. Après les dommages que le Vaiffeau avoit 
elluyés en Bretagne, 1l y refta deux cens tonneaux de poivre, une certaine 
quantité de bentoine, & quelques étoffes de foye de la Chine, que Bradshaw 
avoit achetées à Tekou, dans l'Ifle de Sumatra, d'un Bâtiment Chinois que 
la tempête y avoit jetté, En allant aux Indes, l'Union avoit touché à Saldan- 
na, où il s'étoit arrêté pour conftruire fa Pinafle, Il avoit perdu fon Capi- 
taine dans l'Ifle de Madagafcar , & plufieurs de fes gens à Zanzibar. Ilavoit 
fait fa cargaifon de poivre à Achin, à Priaman, à Pafleman & à Tekou. A 
fon retour, il avoit rencontré le Capitaine Henri Middleton, à qui il avoit 
remis plufieurs caifles d'argent monnoyé, Il n'avoit alors que trente-fix hom- 
mes en bonne fünté, Enluite, ayant manqué l'Ifle de Sainte Hélène, la plus 
grande partie de fon Equipage avoit été emportée par diverfes maladies, a- 
près avoir paflé le Cap-Verd. Dix Anglois & quatre Guzarates, qui étoient 
a l'extrémité, avoient demandé .inftamment d'être reçus fur une Barque de 
Briftol qu'ils avoient rencontrée, ®& ce changement leur avoit fauvé la vie, 
On a vû à quel nombre le refte étoit réduit en arrivant fur la Côte de Bre- 
tagne, M. Simonfon, habile Conflruéteur de Vaifleaux, qui fut envoyé de 
Londres pour .éxaminer l'Union & pour le radouber, s'il étoit poflible, le 
déclara incapable de fervir plus long-tems. On n'en fauva que l'artillerie, les 
marchandifes & les meubles. De foixante-dix-fept Anglois qui compofoient 
l'Equipage à fon départ de Londres , il n'en revint que neuf en Angleterre, 
X trois Guzarates; en y comprenant ceux qui étoient pallés fur la Barque de 
Briftol, & qui étoient échappés à la mort. 


ELA LD LOL OI LED SAUNA UN LAB X LAID 
CH A PIT RE IX.(«) 


Voyage du Capitaine David Middleton à Java E3 à Banda, en 1609. (b). 


Lettre aux 
pol :fMion 
er ajoûtoit 
Quimper, 
trois co- 
ndre délai 
tribuaflent 
| s'adrefler 
ufes; qu'il 
né Ric ard 
x, & ren. 
on préten- 
nts ; qu'il 
x'il entre. 
ide Quin: 
it devoir à 
ins lefquel: 
argent, & 
ient fav: 
idifes : qu: 
aiter qu'on 
fonds né: 
nunication 
ms des qua: 
nn , Sarnel 
ie ma: 

leurs pro- 


liam Wit- 
ette Baye. 
aux fur le 
rnail, Lai 
ucs Fran- 
je meren- 
b, Thomaï 
dget , mon 
e Morlaix. 
In Indien, 
KA je le fis 


lui rendis 


rlaix, [&kr 


e 5 je me 
e marée: 
» Je 


| & CDASS les vûes qui avoient fait équiper l'Aféenfon & l'Union, fi l'on 


étoit fort éloigné de s'attendre à leur naufrage, on ne comptoit pas 

non plus de les revoir auffitôt que les Bâtimens ordinaires de la Compagnie ; 
comme il étoit important de leur fournir des prétextes pour s'arrêter long-tems 
aux Indes, & pour chercher les moyens d'éxécuter leur principale Commif- 
fion, la porpagne fans même attendre le retour de Xeeling, mit en mer 
l'Expédition, fous la conduite du Capitaine David Middleton, & le chargea 
de marchandifes qu’il devoit porter à Sharpey, avec ordre, s'il avoit épuifé 
les fiennes, de faire le commerce de ce fuplément dans les Pays & les Ports 
qu'il 


(a) C'eftle Chap. X. de l'Original. R.d.E. de la Compagnie, eft extraite d'une lettre mê- 
«3(b) La relation de ce Voyage, qui eft le me de Middleton à quelques Marchands, 
cinquiéme qui a été entrepris pour de compte Voyez Purchas's Pilgr. Vol,L pag. 258. 


IT. Part, 7. 


cations re- 
cucillles, 


Tritosroftes 


de l'Union, 


Davin 


Minpteron. 


1609. 
Raifons de ce 


voyage, 


Davin 
Mivmuron, 


160). 


Depart du 
V'ulfleau l'Ex: 
Lédition, 


fe lite de 
quitter Han. 
tm, pour 
Cxecuteor fi 
Commiflion, 


1! prend Spal. 
ding pour În. 
tcrpiéte, 


1610. 


Il arrive à 
Putton qu'il 
trouve cn 
gucrre, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


point encore vifités,  L'Afeenfion approchoit alors de fa cataf. 
trophe ; & l'Union, 2 abbatu par la féparation de fon Amiral, par la 
perte de fon Capitaine & par les difgraces dé ia navigation, pour ofer fur. 
mer des entrepriles incertaines, fe hütoie de finir fes atlurres , dans une aveu. 
gle impatience de venir chercher le précipice qui l'atcendoit en Europe, Muis 
la confiance de la Compagnie ne laiffant pas d'étre établie fur des fondemens 
raifonnables, elle fit partir Middieron le 24 d'Avril 1609,] 

Dès le 13 de Mai, il eut lu vûe de Porte vontura & de Lancerote, Le 10 
d'Aoûe, il relächa dans la Baye de Saldanna, où il ne s'arréta que jufqu'au 
18, pour renouveller fes provifions, Enfin, il arriva au Port de Bantam le 
7 de Décembre, après avoir manqué pendant la nuit l'Amiral Kecling , qui 
devoit avoir pañlé fort près de lui entre Madagaftar & le Continent. 

Dans l'éconnement de ne recevoir aucune nouvelle de l'Afcenfion & de 
l'Union, il ne perdit point un moment pour débarquer le fer qu'il appor. 
toit au Comptoir de Bantam; &, fans fe donner méme le tems de conitrui. 
re fa Pinafle, il réfolut d'aller chercher des informations ‘plus heureufes juf. 
qu'aux Moluques, Ce ne fut néanmoins fe ra avoir ufé du pouvoir qu'il 
avoit reçu de la Compagnie, pour laiffer M. Elenfworch à la tête du Comp- 
toir, Et comprenant que dans un nouvel oflice , parmi des Anglois qu'il ne 
connoifloit pas plus que les Javans, il avoit befoin de quelques perfonnes de 
confiance , il lui donna, quoiqu'à regret, trois de fes propres amis pour con. 
feil & pour cortège. Ce changement ne fuppofoit pas que la Compagnie fût 
mécontente de Spalding ; mais comme il avoit fait un long féjour dans l'In- 
de, & qu'il en féavoit fort bien la langue, Middicton fe crut intéreflé , pour 
le fuccès de fa Commiflion, à fe l'aflocier en qualité de Confeiller & d'Inter- 
prête, Ainfi, dans ce partage, Henfiworch , loin de regarder l'emploi dont 
il étoit revêtu comme une préférence, s'afligea de ne pouvoir rendre, fur 
le Vaifleau, les fervices qu'on y attendoit de Spalding. D'ailleurs l'état du 
Comptoir n'étoit pas tranquille. Le Miniftre de Bantam, fans cefle excité 
par les Hollandois, avoit augmenté les droits d'entrée pour les marchandifes 
Angloifes. Ilenfworth fut chargé par Middleton de déclarer à la Cour, 
qu'il ne fe foûmettroit pas volontairement à cette injuftice; & que le Roi 
pouvoit ufer de fon autorité pour contraindre les Angilois ; mas qu'il ne 
devoit jamais compter fur leur confentement. 

MipDLETonN remit à la voile, le 18 de Décembre, dans le deffein de 
fe rendre droit aux Moluques. Le vent lui fut fi favorable jufqu'au 27, que 
le même jour il pañla les Détroits de Defolam. Mais il fut enfuite arrété, 

endant dix jours entiers, par un Calme d'autant plus infupportable qu'étant 
ous la Ligne il y efluya des ardeurs excefives; fans compter que doutant de 
Ja Mouffon d'Ouelt, il fe voyoit menacé, fi elle lui manquoit , de ne pou- 
voir continuer fa navigation. Cependant il fut aflez heureux pour arriver 
le 8 de Janvier devant la Ville de Button. Après l'accueil favorable que les 
Anglois avoient reçu tant de fois dans cette Île, il ne balança point à faire 
demander des nouvelles du Roi & de la Famille royale. On lui apprit que 
ce Prince étoit engagé dans une furieufe guerre avec fes voifins, & qu'ayant 
raffemblé toutes fes forces, il avoit laiffé peu d'Habitans dans fa Capitale. 
Loin d'y jetter l’ancre, la crainte de s'expofer à des propofitions de fecours 


qu'il auroit été difficile de refufer, fit faire tant de diligence aux Anglo 
qu'is 


178 


qu'il n'auroit 


"ils 
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Ce Pr 
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 deffein de 
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ble qu'étant 
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jour arriver 
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point à faire 
apprit que 
& qu'ayant 
fa Capitale. 
de fecours 
x Anglois , 

qu'is 


INDES ORIENTALES, Lav, I, 


ils pañèrenc les Détroits avant la fin du jour, Cependant ils ne purene 
ste le lendemain, la renconere du Roi de Bueton avec coute fon armée, 
Ce Prince ayant apperçu le Vaiflèau , détacha une petite Pare pour s'informer 
de quelle Nation il étoit, Middleton ne cacha point qu'il étoit Anglois; 
mais parlant de fes affaires avec la chaleur d'un homme fort empreffé, il de- 
manda feulement s'il y avoit de l'eau dans quelque lieu voifin, On lui mon- 
tra un endroit de la Côte où elle étoit en abondance, Il Fuc furpris, en s'en 
approchant, de fe voir fuivi de toute la Flotte Indienne, A peine eut-il 
jecté l'ancre, qu'une nouvelle Pare vint lui faire un compliment de la part 
du Roi, & le prier d'envoyer quelqu'un à ce Prince, pour l'encretenir des 
affaires de l'Europe, Spalding, qui fu rendit aufli-côt fur la Caricole roya- 
le, revint une heure après, Le Roi faifoit prier Middleton de ne pas pré- 
cipiter fon départ, & promettoit de le venir voir à bord le jour fuivant, 
LL y vince effectivement, & les Anglois le reçurent avec un grand feltin, 
lui & tous les Nobles de fon cortège, Enfüice lui ayant faie un préfent aflez 
confidérable, ils paroifloient fe difpofer à lever s'ancre, lorfque le Roi fe 
mit à pleurer avec d'autres marques d'une vive afiliétion, Middleton lui de- 
manda la caufe de fon chagrin. 1! répondit que les Anglois l'accuferoient 
fans doute de mauvaife-foi , en voyant qu'il n'avoit point de marchandifes à 
leur offrir, qu'il avoit quatre mois que fa maifon, où il avoit ramaflé une 
grande quantité de noix & de fleur de mufcade, de girofle, de bois de fan- 
dal, & d'étoffes du Pays, avoit été détruite La long fondemens par un in- 
cendie; qu'il y avoit perdu, avec tant de richefles, une grande partie de 
fes femmes; mais que toutes ces pertes le touchoisnt moins que de ne pou- 
voir éxécuter la parole qu'il avoit donnée aux Angiois de teur des marchandi- 
fes prètes pour leur arrivée, fur-cout lorfqu'ii faifoit réflexion qu'il avoient 
équipé un Vaifleau à grands frais & traverfé les mers dans certe efpéran- 
ce; qu'il étoit actuellement occupé d'une grande guerre avec toutes fes for- 
ces, ce qui ne lui permettoit pas d'employer fes Sujets à ramaffer de nouvelles 
provifions; que fi le Vaiffeau Anglois n'étoit point arrivé la veille, il au- 
roit livré bataille le même jour à fon Ennemi; enfin qu'il juroit par la tête 
de Mahomet qu'il n'avoit pas dépendu de lui d'éxécuter plus fidèlement fes 
romefles. Après toutes ces excufes, il fit voir à Middleton de quel côté 
a principale 


Cuar, IX, 179 


ille de fon Ennemi étoit fituée, & fuppofant que fon Vaifleau 
n’en pañleroit pas fort loin , il le conjura d'y lacher ,en paffant , quelques bor- 


dées de fon artillerie. Middleton lui répondit que les Anglois étoient Etran- 
gers dans l'Inde, & que ne connoiffant pas même fes Ennemis, ils ne pou- 
voient les attaquer fans fe rendre coupables d'une injuftice; mais que fi quel- 
u'un entreprenoit de nuire à fes Sujets tandis que le Vaifleau étoit fur fes 

ôtes, les Anglois employcroient toutes leurs forces pour la défenfe d'une 
Nation dont ils connoilloient la juftice & la bonté. Cetre réponfe parut fa- 
tisfaire le Roi. Il retourna fur fa Flotte, qui étoit compofée d'environ qua- 
tre-vingt Caricolles , avec une infinité de Pares, Au même inftant, les An- 
glois levèrent l'ancre. 

Le 24 Janvier 1610, ils arrivèrent à l'Ifle de Bangaie , d'où la crainte 
de quelque Ennemi avoit chaffé le Roi & la plûpart de fes Sujets. Middle- 
ton ne put fe procurer des informations certaines fur cet évènement. Ce- 
pendant le Direéteur d'un Vailleau j lollandois, qui fe trouvoit dans le Port, 

| ZL 2 lui 


n AvVIm 
Mivot.uron, 
1610, 

Les Anglois 
FUNCoNtronmE 
la blotte du 
ol debutton, 


Vifleo qu'ilé 
FoÇoivent de 
cu Prince, & 
on entretien 
avec Middle, 
ton, 


Prière qu'il 
fait aux An- 
glois, 


Leur réponfe, 


Ils arrivent 
dans l'ile de 
LBangaic. 


Davip 
MibDLETON. 
1610. 


Raifon qui 
en avoit fait 
fuir Ie Roi. 


Autorité & 
caractère fin- 
gulier d’un 
Dircéteur 
Hollandois, 


Les Anglôis 
font trompés 
parles cou- 
Yans 


Fyrannie des 
Hollandais à 
Banda, 


1o VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Jui dit qu'autant qu'il en avoit pà juger par diverfes circonftances, l'Ennes 
mi de cette Ifle étoit le Roi de MacafJar, & que la raifon qui avoit fait fuir 
le Roi de Bangaie, qui étoit Gentil, étoit la crainte d'être forcé à recevoir 
le Mahométifme. Middleton fe perfuada au contraire que c'étoient les Hol. 
Jandois mêmes qui avoient rendu l'Ifle déferte par leurs menaces, & par l'en- 
treprife d'y bâcir un Fort. A la vérité ils avoient abandonné ce deffein, lorf. 

u'après la fuite des Infulaires il n'étoit refté prefque perfonne à foûmettre, 
Mais quoiqu'ils n'euffent point alors de Vaifleaux dans le Port, & que le 
Comptoir ne fût compofé que de quatre Marchands, ce feul Direéteur avoit 
pris un tel afcendant, qu'aucun Indien n'auroit eu la hardieffe de lui déplai. 
re, 1l avoit deux maifons remplies de femmes, qu'il avoit choifies entre les 
plus jolies de l'Ifle, & un grand nombre d'Eftlaves des deux féxes. Son ca. 
raétère d’ailleurs écoit d'aimer toutes fortes d'amufemens; &, pendant quel. 
ques jours que les Anglois paflèrent dans l'Ile à fe rafraîchir, ils lui trouvé. 
rent l'humeur fort agréable. 11 pañloit les jours entiers à fe réjouir au milieu 
de fes femmes. La danfe & le chant étoient fes pallions favorites après cel. 
les de la bonne-chere & de l'amour. Comme il étoit de fort belle taille , il 
prenoit plaifir à fe tenir prefque nud, fuivant l'ufage du Pays. Sa puiflance 
étoit fibien établie, qu'il s’étoit rendu comme indépendant des Hollandois mé. 
mes. Le lieu de fa demeure étoit affez voifin d’Amboyne : mais fi le Gouverneur 
Hollandois de cette Ville avoit befoin de lui parler, il falloit qu’il lui eavoy- 
ât deux Faéteurs en ôtage jufqu’à fon retour. Cette exceflive autorité ve. 
noit particulièrement de la confiance que le Roi de Ternate avoit eue pour 
lui, Ce Prince l'avoit chargé de lever les Tributs en fon nom dans toutes les 
Ifles de fa dépendance, & fouvent le petit Monarque Iollandois ne lui re 
mettoit que ce qu'il jugeoit à-propos. 

Les Anglois trouvèrent dans l'Ifle de Bangaye des rafraïchifiemens déli 
cieux. Ils étoient en état de les goûter. Les maladies avoient tellement ref 
peété leur Vaiffeau, qu'après une fi longue navigation, ils fe por: ient mieux 
qu’à leur départ d'Angleterre. Ils remirent à la voile le 29 de Janvier. Le 
vent étoit aflez favorable; mais toute la nuit ils furent emportés au Sud par 
des courans fi impétueux, qu'ils perdirent quinze lieuës fans.avoir pu fe re- 
connoître, Ce contre-tems obligea le Capitaine d'abandonner fon deffein, 
pour les Moluques, & de porter vers les Ifles de Banda, qu'il découvrit ke 
5 de Février. On redoubla les efforts pour. y aborder avant la nuit. Mais. en 


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lui envoy- 
torité ve- 
eue pour 
toutes les 
ne lui re 


mens dé! 
ment ref 
ent MIEUX 
ivier. Le 
u Sud par 
pu fe re- 
1 deffein, 
couvrit le 
. Mais en 
Jour rece- 
Ils lui f- 
eau étran- 
ils pren- 
X fe fc- 
ques Joncs 
leur per: 
Château , 
ot fur ler 
nds Joncs, 


de l'4 con 
_ dans ces 
Mers. 


RC RE | 


CARTER A 


RASE 
Se 


INDES ORILNTALES, Eaiv. I Car, 1X 1#q 


Mers. On n'avoit pas manqué de l'informer à Bantam de tous les outrages 
r;oue Kecling avoit effuyés à Banda À ru il s'étoit flatté que s’il y trouvoit 
” Sharpey & Rowles, leurs trois Vaifléaux réunis feroient en état de fe faire 

refpcéter.] Cependant il n'en prit pas moins la réfolution de fe préfenter 

dans la Rade, en bonne pofture, Le Gouverneur du Château Jgeare à ceite 
hardieffe que c’étoit quelque Bâtiment Hollandois, envoya au devant de lui 
une Pinale de trente tonneaux. Mais aufli - tôt qu'elle l’eut reconnu pour un’ 


Anglois, elle s'arrêta vis-à-vis de lui, & retournant fur fes traces , elle ne : 


lui laifla pas mêm: l: moyen d'entrer dans la moindre explication! . 

Arrès avoir pallé le refte du jour à l’ancre , il s'avatiça vis-à-vis de Lan- 
tor. Son intention étoit de feindre qu'il ignoroit la conduite & les difpofiti- 
ons des Hollandois. Il falua la Ville de toute fon artillerie; &fans marquer 
aucune défiance, il alla mouiller fi proche de leurs Vaiflzaux , qu’il étoit à 
la portée du canon. Il Jui vint aufi-tôt une Barque du Gouverneur , qui lui 
propofa d'entrer dans le Port, & de defcendre enfuite au rivage, pour y 
montrer fa Commiflion. Middleton répondit qu'il ne faifoit qu'arriver dans 
cette Mer, & qu'en fe préfentunt aux Îfles de Banda, il avoit cru fe trou- 
çer dans un Pays libre, mais que ne dépendant en effet de perfonne, il ne 
souloit montrer fa Commiflion & s'ouvrir fur fes affaires, ni au Gouverneur, 
ni à perfonne au monde. On lui demanda fi fon Vaifleau étoit en marchan- 
dife ou en guerre. Sa réponfe fut qu'il payeroit fidélement tout ce qu'il 
prendroit. À quelques menaces qu'on ôfa lui faire, il répondit encore que 
rien ne l'empêcheroit de demeurer fur fes ancres, & que fi l'on entreprenoit 
de s’y oppoler, il prendroit le parti de fe défendre. Les Hollandoïis le quit- 
térent avec de vives marques d'indignation & de colère. 

A peine furent-ils partis qu'il vint à bord une multitude d'Infulaires , qui 
félicitérent les Anglois de leur arrivée. Middleton apprit d'eux l'état des af- 
faires du Pays. Les Habitans auroient fouhaité d'entrer en commerce avec 
Jui, s'ils n’euffent été rétenus par la crainte des Hollandois, avec lefquels 
ils vivoient alors tranquillement. Mais ceux de Puloway & de Pulorin étoient 
moins d'accord avec le Gouverneur. Middieton croyant pouvoir tirer quel- 
que avantage de cette méfintelligence, chargea Spalding d'entretenir en par- 
ticulier un Infulaire de Puloway, qui fe trouvoit à bord avec les autres, & 
de lui offrir une récompenfe, s'il vouloit affürer les Habitans de fon Ifle que 
les Anglois payeroient les épices en marchandifes ouen argent, qu'ils pren- 
droient fur eux le foin de les tranfporter dans leur Bätiment , & que n'ayant 
pis beaucoup de mefures à garder avec les Hollandois , ils trouveroient le 
moyen d'achever leur cargaifon. En effet, ne reconnoiffant point d’autres 
droits que ceux du commerce, Middleton étoit réfolu de les éxercer fans 
ménagement. 

Le matin du jour fuivant, il vit arriver deux Barques; l’une venoit du 
Château, & l’autre.de la part du Vice-Amiral, avec des ordres abfolus pour 
le Capitaine Anglois, d'entrer dans le Port. Middleton retint les Hollandois 
à diner. Après les avoir traités civilement, il leur déclara qu'il ne change- 
roit point de pofte, & qu'il étoit réfolu-d’en-courir tous les rifques ; que les 
Geux Nations étant amies en Europe, ilne pouvoitcraindre raifonnablement 

que les Hollandois vouluffent commencer la guzrre aux Indes, & que s'ils 
avoient réellement certe vûe, ce n'étoit pas un particulier tel que lui quide- 
Z 3 voit 


Davitr 
dlibbtI TON. 
1610. 
Sage condui- 


te de Middle- 
ton, 


Sa réponfe 
aux Députés 
du Gouver- 
neur. 


Les Infulai- 
res reçoivent 
bien 1e Vaif- 
fau Anglois, 


Difputes fort 


vives desHoi- 
landoi, avec 
Middlcton. 


Davin 
MidDLETON, 


1610. 


Préparatifs 
des Anglois 
pour fe défen- 
dre, 


Middleton 
écrit au Gou- 
verneur, 


182: VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


voit fe conduire dans cette fuppofition. Malgré ces difcours, l'Officier qui 
commandoit la Barque du Gouverneur, lui dit ouvertement qu'il ne devait 
pas s'arrêter dans le lieu où il avoit jetté l'ancre, & que s’il continuoic d'y 
demeurer, on étoit réfolu de l'en chafer par force. ,, J'y demeurerai, re- 
» pliqua Middleton, aufli-long-tems que le lieu me paroîtra commode, par- 
» Ce que je n'ai pas d'autre régle à fuivre que ma commodité ; & lorlque 
je commencerai à me trouver mal ici, j'irai me placer dans le meilleur 
» Cndroit du Port. ,, Les Hollandois répondirent que le Pays leur apparte- 
noit. , Eh bien! leur dit Middleton, j'en fuis donc ici plus en füreté, car 
» je fuis dans le Pays des amis du mien. ,, Ils le quittérent fort mécontens. 

Avant la fin du jour, il débarqua quelques piéces d'artillerie pour les fai- 
re conduire fur le penchant d'une colline, derrière le Vaifleau; & fe propo- 
fant d’y faire quelques retranchemens, il comptoit d'être en état de fe défen- 
dre avec ce double foûtien. Mais comme il avoit donné ordre en même-tems 
de fonder la Rade autour de lui, il y trouva tant de rocs, & le fond fi dan- 
gereux, que cette découverte le fit changer de penfée. Il fit rentrer à bord 
deux piéces de canon, qui étoient déja fur le rivages &, le lendemain, il 
envoya Spalding, dans l'Efquif, au Gouverneur du Château, avec une Let- 
tre, à laquelle il lui défendit de rien ajoûter de bouche. Elle a paru digne 
d'être confervée: 


LE 


PA S' vous confidérez avec un peu de réflexion que vous avez ici beaucoup 
d'Ennemis & peu d'amis, que je fuis Chrétien, & que vous avez be- 

foin de quantité de chofes que j'ai fur mon Vailleau, vous ne rejetterez pas 
l'offre que je vous fais de vous accommoder de ce qui vous eft nécellaire, 
Nos Princes étant amis en Europe, je ferois fâché que leurs fujets eufent 
ici quelque différend. A l’égard de l'ordre que vous m'avez envoyé d’aller 
» jetter l'ancre fous le canon de votre Château, je crois avoir ici le privi- 
lége que nos Princes accordent mutuellement à leurs fujets, d’alier & de ve- 
nir fans obftacle dans les lieux où ils s'attribuent quelque pouvoir, & de 
s'arrêter dans les Rades, quand il ne leur plaît pas d'entrer dans les Ports. 
Par rapport à ma Commiflion, que vous fouhaitez de voir, je fuis homme 
d’une naiffance qui ne doit rien à la vôtre; & quand vous voudrez me 
traiter avec égalité, je ne refuferai pas de vous montrer ma Commifion. 
Convenons feulemeut de nous trouver, ou fur l’eau, chacun dans une Bar- 
que également armée , ou dans tout autre lieu qui ne m'éloigne pas plus 
de mes forces que vous ne le ferez des vôtres. Mais pourquoi tant d’em- 
barras dans nos préliminaires ? S'il eft vrai, comme on me l’a dit, que vous 
ayez un Traité de commerce avec les Habïtans de Lantor, fuppofez que 
je fuis du nombre, & traitez-moi comme un Indien pour mon argent; je 
vous en aurai de l'obligation, car il me fera coûjours plus agréable de com- 
mercer avec vous qu'avec eux. D'ailleurs, comme vous êtes en guerre 
avec les Ifles de Puloway & de Pulorin, vous comprenez bien que j'en 
» puis tirer des épices , fans que vous ayez aucun moyen de vous y oppofer. 
Je vous demande réponfe fur tous ces articles, & je l’attenspar les mains 
» du Porteur de ma Lettre. En attendant rien ne m’empèche d’être avec 
» amitié, votre très-humble , &e. Signé Middleton, fur mon Vaifleau, le 7 
» lévrier 1610. 
: SPALDING 


SEE ae 


1 
A 


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SENS SFR EC dé mas 


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tour , 

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Jui do 
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Middi 
& def 
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tant n 
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teric. 
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cilité 
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devoit 
uoit d'y 
rai, re- 
Ce, par- 
lorlque 
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apparte- 
té, Car 
ontens. 
r les Fai- 
propo- 
e défen- 
me-tems 
fi dan- 
r à bord 
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inc Let- 
ru digne 


caucoup 
avez be- 
erez pas 
‘cellaire, 
s euflent 
yé d’aller 
le privi- 
& de ve- 
r, & de 
les Ports. 
; homme 
drez me 
nmiflion. 
une Bar- 
pas plus 
nt d’em- 
que vous 
ofez que 
gent; je 
> de com- 
n guerre 
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INDES ORIENTALES, Liv. IL Cuar. IX, 183 


SrazniNc & fon cortége furent reçus civilement au Château, & conduits 
au Gouverneur , qui étoit alors à délibérer avec fon Confeil. La Lettre de 
Middieton fut nuverte & lue dans l'Affemblée. On refufa d'y répondre par 
écrit, mais le Gouverneur ne fit pas difficulté d'apprendre à Spalding quel- 
les étoient les réfolutions du Confeil. Les Hollandois avoient dans le Port 
trois grands Batimens, chacun de mille tonneaux, & trois Pinafles, chacu- 
ne de trente, Un des trois Vaiffeaux, nommé Le grand Soleil, étant défor- 
mais hors d'état de fervir, ils devoient le faire approcher du Vaiïffleau An- 
glois jufqu’a l’abordage, y mettre le feu dans cette fituation, & le faire fau- 
ter avec trente barils de poudre qu'ils y avoient déja portés. Dans cette vûe, 
ils avoient nommé les gens qui devoient le conduire hors du Port, & pré- 
paré les chaînes qu'ils devoient employer en abordant les Anglois. Plufieurs 
Barques étoient prêtes à le fuivre, pour recevoir ceux qui devoient le con- 
duire, aufli-tôt qu'ils l’auroient bien embrafé & qu’ils verroient le feu prêt 
à gagner la poudre. Pendant cette éxécution, les deux autres Bâtimens de- 
voient s'approcher des Anglois à la portée du moufquet, pour les battre de 
leur artillerie; & plufieurs grandes Barques avoient ordre de voltiger à l’en- 
tour , en les harcelant encore avec les fléches & les bales. 

Quorqu'iz y eût peut-être plus d'affeétation que de réalité dans ce récit, 
on ne manqua point de le confirmer par divers mouvemens qui pouvoient 
Jui donner de la vrai-femblance. Spalding voyant les préparatifs qui fe fai- 
foient fur le grand Soleil, fe hâta de porter toutes ces nouvelles à bord. 
Middleton en fut férieufement allarmé. Il crut devoir renoncer à fa fierté, 
& defcendre promptement au rivage, pour s'expliquer avec le Gouverneur, 
avant que les hoftilités fuffent commencées, Il prit fa Commiilion ; & s’é- 
tant mis dans fa Chaloupe, avec le Pavillon d'Angleterre , il fit avertir le 
Gouverneur, en touchant à terre, qu'il lui demandoit quelques momens d'en- 
tretien, Au même moment, il fut furpris de le voir fortir du Château , & 
vénir à fa rencontre avec fes principaux Officiers. ‘Trois cens Soldats qui 
formoient la garnifon, fe rangérent en haie jufqu’a la Mer. Le canon du 
Château fe fit entendre, & la garnifon fit trois décharges de fa moufque- 
teric. Ce fut avec cette pompe que Middileton fut conduit à la maifon du 
Gouverneur, qui lui avoit fait prendre la droite en marchant, & qui lui 
avoit rendu tous les honneurs. Ils s’affirent tous deux dans la chambre du 
Confeil, fur deux fauteuils, qui fembloient avoir été préparés , car tout le 
refte de l'Affemblée fut placé fur des bancs. Le Gouverneur abufa de la fa- 
cilité qu'il avoit à parler , pour faire quantité de complimens aux Anglois 
fur leur arrivée, mais fans toucher au fujet de leur querelle. Middleton im-- 
patient l'interrompit; &, tirant fa Commiflion, il lui dit que n'ayant pü lui 
perfuader qu’il n’étoit point un Pirate, il avoit pris le parti de lui enappor- 
ter des preuves. Alors il montra le papier qui contenoit fes pouvoirs, il en 
lut rapidement la premicre ligne , .& comme s’il n’eût pu douter qu’on ne 
fût fatisfait de cet éxorde, il remit le papier dans fa poche. 

Toure l'Affémblée fe récria auffitôt, & demanda la leéture entière de 
la Commiffion. Middleton répondit d’un air ferme , qu’il n’y confentiroit 
pas, tant qu’il lui refteroit un foufle de vie: qu'il lui fuffifoit d’avoir lu fon 
nom & fait voir le Sceau d'Angleterre. Enfuite il fe leva comme s'il n’eût 
plus penfé qu’à retourner au Vaifleau ; mais on le pria de demeurer quel- 

ques 


Davis 
MinbLzeTon. 
1610. 
On refufe de 
répondre à fa 
Lettre; mais 

où fait des 
menaces terri- 
bles. 


Middletonie 
laifle cfFrayer 
& defcendài 
terre, 


Accueil qu'i | 


reçoit, 


On s'accorde 
en apparence. 


| 
| 
| 
| 


Divin 
Miporrron, 


1610, 


Middleton 
promet d'en- 
trer dans le 
Port, 


Ü y entre, 


Il cn fort 
mMécontent, 


les Hollan- 
dois le pour- 
fuivent, 


VOYAGES DES ANGEL OIS AUX 


On entra dans quelques difcours , les uns fort civils, d'au. 
tres moins mefurés, À la fin les Hollandois s'adoucirent , & firent appor- 
ter des rafraîchiffemens. On but à la profpérité des deux Nations ; après 

uoi le Gouverneur fit voir aux Anglois les logemens & les fortification: 
de Château. ‘Tout y étoit en fort bon ordre, & bien fourni d'armes & de 
munitions. 
ec) MivpzeTon n'ignorant pas que l'argent & les promefes, appla- 
niflent les plus grandes difficultés; prit adroitement l'occalion d'offrir mille 
livres fterling pour obtenir la liberté de faire fa cargaifon |, & promit une 

Chaîne d'or, qu'il portoit autour du col, à celui qui lui procureroit cette fa. 
veur. Il ajoûta qu'il payeroit les épices au deffus du prix ordinaire. Après 
avoir jetté ce fondement , il dit au Gouverneur que les Hollandois devant 
être enfin perfuadés que fon Bâtiment n'étoit point un Vaifleau de guerre, il 
ne feroit plus difficulté d'entrer dans le Port. On lui répondit qu'on étoit 
prêt à lui rendre toutes fortes de fervices. Comme la nuit approchoit, il 
prit congé de l’Affemblée. ‘Tandis qu'il rentroit dans fa Chaloupe , on fit 
une décharge de toute l'artillerie du Château, & les Vaiffeaux. qui étoient 
dans le Port le faluèrent auffi à fon pafñlage. 

Le lendemain qui étoit le 8 de Février, il conduifit fon Vaiffeau entre le 
Chateau & les Butimens Hollandois. Il les falua de plufieurs décharges, aux- 
quelles on répondit avec ufure. Aufficôt qu’il eut mouillé l'ancre, le Gou- 
verncur & fes principaux Officiers lui rendirent leur vifite à bord. Ils y ac- 
ceptérent un dîner , qui fut accompagné de tous les témoignages poffibles 
de confiance & de joie. On parla enfuite de cargaifon; mais ni les raifons, 
ni les offres, ne purent faire obtenir aux Anglois la permiftion d'acheter unc 
feule livre d'épices. La réponfe du Gouverneur fut toûjours qu'il n’accur- 
deroit pas cette permiflion pour racheter fa vie. Middieton perdant l'ef. 


184 


ques momens. 


-pérance de fe la procurer ouvertement, réfolut de commencer par faire fa 


provifion d’eau, & de tenter enfuite la fortune. Mais on ne lui permit pas 


-même d'envoyer fes tonneaux au rivage, fans qu'ils fuffent accompagnés 


d'un Hollandois, pour obferver fi les gens du Vaiffeau ne parloient point 
aux flabitans. Lorfque les tonneaux furent remplis, Spalding reçut ordre 
d'aller dire au Gouverneur que Middleton étoit réfolu de partir. Les Ilol- 
landois parurent fort furpris; &, le vent étant Oueft, ils ne purent s’ima- 
giner quelle route les Anglais alloient prendre. Cependant , étant en effet 
fortis du Port, ils furent fuivis par deux Barques Iollandoifes , dont l’une 
s'approcha d'eux, & leur déclara de Ja part du Gouverneur qu’il leur dé- 
fendoit d'aller dans aucune des Ifles. Middleton répondit qu'il ne connoif. 
foit point de droit au Gouverneur pour lui envoyer des ordres, & que loin 
de les recevoir , il alloit fe rendre aufli vîte qu'il lui feroit poflible à Pu- 
lovay , d'où il confentoit que les Hollandois vinffent le chaîler s'ils croy- 
oicnt le pouvoir. La Barque ne fût pas plûtôt rentrée dans le Port avec 
cette réponfe , qu'il en fortit une Frégate, à voiles déployé:s. Middie- 
ton, réfolu de combattre, affembla tous fes gens pour leur infpirer la mê- 


me réfolution. 11 leur dit que s'ils vouloient le feconder avec un peu de 
cou- 


(z) La ade, Su@ion de l'Original commenge ici, R. d, E, 


ü 


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’ils croy- 
Port avec 
Middle- 
r la mê- 
n peu de 
cou- 


Hi 
FL 
| 
Li 
CS 


bien recevoir, prit le parti de rentrer dans le Port. 


‘le Lieutenant du Château s’agitèrent beaucoup fur les Bâtimens 
courant qui alloit à ‘'Eft- 


-Château en querelle avec le Gouverneur 
cheter leurs épices, argent coinptant, s'ils n’aimoient mieux des marchandi- 


INDES ORIENTALES, Liv. II Cnar. IX. r45 


courage, il fe propofuic de vificer toutes les Ifles en dépit des Hollandois. 


Et joignant les libéralités aux exhortations, il leur promit, non-feulement 
de leur donner tout ce qui étoit à lui fur le Vaiffeau , mais d'affürer pour 


toute leur vie une fubfiftance honnête à ceux qui auroient le malheur d'être 
cftropiés. : 
L'anpeur du Capitaine en répandit une fi vive dans l'Equipage , que tout 


Je monde jura de hazarder fa vie pour l'intérêt de la Compagnie des Indes, 


& l'honneur de la Nation. Mais la Frégate voyant qu'on fe préparoit à la 
l'andis que les Anglois 
luttoient avec aflez de difficulté contre le vent, l’Amiral, le Vice-Amiral & 
qui étoient 
dans le Port, fans.que Middieton pât fçavoir quelles écoient leurs intentions. 
Lorfque le Vaifleau eut Gaens le vent, & qu'il fe trouva fecondé par le 

ord-Eft , il avança de fi bonne grace, qu'étant 
bien-tôt proche de Puloway, Spalding fut envoyé dans la Chaloupe, avec 
cinq hommes, pour aflürer les Habitans que les Anglois étoient partis du 
qu'ils venoient leur offrir d'a- 


fes en échange. Il leur promit aulfi que le Capitaine defcendroit lui-même 


dans leur Ifle, auffitôt qu'il auroit trouvé quelque endroit für pour jetter l’an- 


cree. 


Pendant l’abfence de Spalding, il arriva deux Barques de Lantor , qui 
demandèrent aux Anglais On 


ourquoi ils avoient abandonné leur Côte. 


leur répondit que la force du courant avoit emporté le Vaifleau, & qu’on 


n’avoit .pas eu deffein d’ailleurs d’aller plus loin qu'à Puloway, où l’on avoit 
déja député un Faéteur, pour difpofer cette Ifle au commerce; que fi les 
Jlabitans de Lantor vouloient vendre leurs épices aux Anglois, plûtôt qu'aux 
Hollandois qui n’étoient venus que pour s'emparer de leur Pays, on pren- 
droit tout ce que cette Ville avoit aétuellement dans fes magafins , & l'on 
n'épargneroit rien pour la ‘rendre contente du marché. Les Indiens des deux 
Barques partirent fort fatisfaits de cette promeffe. 

SPALDING avoit été reçu dans l’Ifle de Puloway avec de grands témoi- 
gnages de joie. Mais quoique tous les Habitans fe fuffent affemblés pour le 


combler de careffes, ils n’avoient pas voulu convenir du prix des épices a- 


vant que le Capitaine Middleton fût arrivé. Cependant ils avoient offert d’en 
livrer à compte une certaine quantité, Middleton, fur cet avis, donna or- 
dre à Spalding de lui chercher, s’il étoit poffible, un Pilote Indien, qui fût 
capable de fituer fon Vaiffeau dans un lieu fûr & commode. Spalding en 
parla aux Habitans. Il s’en trouva deux qui furent loués à frais communs; 
c'eft-à-dire, que les Infüulaires donnèrent à l’un vingt piéces de huit, & Mid- 
dleton la même fomme à l’autre, S’étant rendus à bord la même nuit, ils 
tournérent la proue vers Seran & conduifirent le Vaiffeau dans un lieu nom- 
mé Gelogula, où la Rade eft affez bonne, à trente lieuës de Banda. Les An- 
glois fe hâtèrent d'y prendre une maifon. Ils commencèrent par fréter leur 
Pinaffe ;ce qu'ils r’avoient point encore eu le tes de faire. Mais la faifon 
étoit fi avancée & les Mouilons fi proches de leur fin que tous les momens 
demandoient d'être employés. La Pinaffe fut achevée en deux jours, & nom- 
He Qu Elle fut envoyée le 27 de Mars à Puloway, cüellen’arriva 
L . 
IT, Part. Aa TL 


Davrs 
Miovizrox, 


1610. 


Sa fermeté 
les oblige de 
fe retirer, 


I fe rend à 
Puluway. 


Pegrets des 
Habitans de 
Lantor. 


Les Anglois fe 
rendent dans 
l'Ifle de Seran, 


Davip. 
MippLuTonN. 
1610. 
Ils commen- 
cent leur car- 
gaifon à Pulo- 

way. 


fs font une 
perte qui les 
afige beau- 
coup. 


Embarras ex- 
trême des An- 
glois. 


Ils font expo- 
fés à diverfes 
pertidies, 


186 


IL reftoit à régler le prix des is 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Les Habitans demandèrent quanti. 
té de droits & de grauifications. Enfin, l'on convint que les épices feroient 
ayées au même prix qu'elles l'avoient été par le Capitaine Keeling, & que 
le Chefs recevroient quelques préfens. Il fallut même accorder en fecret d'au. 
tres libéralités, car les Indiens ne ceffent pas de demander; &, dans les cir. 
conftances que j'ai repréfentées, il étoit important de ne pas les chagriner 
ar des refus. Auffitôt que le prix fut réglé, ils s'empreflèrent de charger le 
Hopervell , qui revint à Gelogula avec d'excellentes marchandifes. Mais com- 
me il n'étoit que de dix tonneaux, & que la répétition des voyages entra. 
noit des longueurs, Middleton fut forcé de louër à Puloway une grande Pare, 
ui fut chargée de noix mufcades, & qui arriva heureulement à Gelogula, 
n entreprit de la rendre beaucoup plus haute ; &, dans l’efpace de peude 
jours, elle fe trouva capable de porter vingt-cinq tonneaux, Douze des plus 
jabiles Matelots furent nommés pour la conduire: Enfin rien ne manquoit 
aux efpérances qu'on s'en étoit formées. Mais après avoir fait un voyage, 
elle difparut , fans qu'on ait jamais (d) eu la moindre information de fon fort, 
Le Hopewell , qui continua de faire plufieurs fois le même voyage, n'ayant 
pi s'en procurer aucune nouvelle, on conclut qu'elle avoit péri dans une tem- 
pête qui s'étoit fait fencir jufqu'à Seran, & dont le Hopewell même ne s'é- 
toit fauvé qu'avec peine. Middleton reflentit un chagrin extrême de voir la 
faifon prête à finir, fans aucune apparence que fa cargaifon plût être achevée. 
Il n'ôfoit aborder à Puloway avec le Vaiffeau, parce qu’il y avoit peu defà- 
reté fur la Côte. Ainfi fe voyant rejetté à plus de fix mois, il tourna fes foins 
à chercher d’autres Bätimens. Ayant appris qu'il y avoit à Lantor un vieux 
jonc, qui n'étoit pas fort éloigné des Vaïfeaux Hollandois, il trouva le moyen 
de l'acheter fecrétement , & l’habileté de fes Matelots le mit en état d'être 
de quelque fecours. 

Mais la perte des douze hommes qui avoient difparu dans la tempête cau- 
foit beaucoup plus de peine aux Anglois. La plus grande partie de l'Equipa- 
ge étant afligée par des maux de Jai qu'on attribuoit au mauvais air de 
la Rade, il ne reftoit prefque perfonne pour faire les voyages de Puloway 
dans le Hopewell ; ou, du moins, ceux qui l’entreprenoient après s'être im- 
parfaitement rétablis, ne manquoient point, à leur retour, de retomber 
dans des maladies beauéoup plus dangereufes. 11 s’en trouvoit plufieurs qui a- 
voient eu jufqu’à trois ou quatre rechutes. Au milieu de tant d’embarras, 
Middleton fe voyoit prefque fans reffource. L’Ifle d’ailleurs étoit ouverte aux 
attaques des Hollandois, qui ne pouvoient avoir perdu le deffein de faire pé- 
rir fon Vaiffleau. Il n'ignoroit pas qu'ils avoient déja gagné par de grandes 
promcefles une partie des Habitans, & qu'ils avoient pouflé la haine jufqu'à 
offrir une fomme confidérable à quelques Brigands , pour fe défaire de lui par 
le poifon ou par d'autres voyes. A la vérité, il avoit entre les Infulaires, 
des amis fidéles, qui l'abertifioient de ces perfides defféins, & qui l’exhor- 
toient fans cefle à la défiance. L'Ifle avoit affez d'Habitans, dans une fr: pc- 
tite étendue, pour être capable de réfiftance, fi les Indiens euflent voulu 
réunir leurs forces. Les Anglois leur propofèrent de fe fortifier par quelques 

| ouvrages 


Cd) Angl. fans qu'on put avoir de fes nouvelles pendant trois mois. KR, d. EF, 


ouvrage 
hier ave 
galeme: 
CEpr 
clinatio 
braves 
foin à 
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cilier le 
ni. Mi 
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Nation 
ceux qu 
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…  Anglois 
* LE v 
à  defan 
#| contre 
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chagriner 
harger le 
Tais com- 
es entrai- 
ide Pare, 
Gelogula, 
de peu de 
e des plus 
manquoit 
1 voyage, 
e fon fort, 
, N'ayant 
sune tem- 
ne ne s’é- 
de voir la 
: achevée. 
peu defü- 
a fes foins 
un vieux 
: le moyen 
état d’être 


npête cau- 
e l'Equipa- 
vais air de 
> Puloway 
s'être im- 
> retomber 
eurs qui 4 
embarras, 
uverte aux 
le faire pé- 
de grandes 
ne jufqu'à 
> de lui par 
Infulaires, 
ui J’exhor- 
ne fur! pe 
lent voulu 
ir quelques 

ouvrages 


sin et 
Rp P EE NS nt 


fe faifir de plufieurs Hollandois. 


INDES ORIENTALES, Liv. II. 


ouvrages dont ils leur tracèrent le plan. Ils leur offrirent même d'y travail- 


Crrap. IX, 187 


ler avec eux ; [mais leurs confeils firent peu d'impreilion fur un peuple é- 


galement läche & parefTeux. | | 

CerenpanT un Chef fort âgé, qui s'étoit attaché aux Anglois par in- 
clination , fe chargea de parcourir toutes les Ifles & de raffembler les plus 
braves fur leurs Caricoles. Il avoit une famille nombreufe, dons il confia le 
foin à Middleton dans fon abfence. Entre plufieurs filles, il s'en trouvoit 
une affez jolie, qui infpira des defirs dérégiés à quelques Matelots. Le plus 
emporté fit naître aux autres le defein de la tirer à l'écart, pour abufer de 
fa foiblefle,. Cette infime entreprife n'auroit pû manquer de réuflir, fans la 
rencontre imprévue de Spalding , qui fe promenant alors dans le même lieu, 
fauva la jeune Indienne, & reconnut les trois coupables malgré la prompti- 
tude avec laquelle ils prirent la fuite. Il ne balança point à déclarer leur 
nom; & tout l'Equipage , qui fentoit de quelle importance il étoit de fe con- 
cilier les Infulaires, marqua la même ardeur à demander que le crime fût pu- 
ni. Middleton réfolut de faire un éxemple. Les trois Matelots furent con- 
damnés à recevoir le fouet dans la place même de Gelogula, & tous les Fa- 
bitans invités à voir ce fpeétacle, Éctte preuve d'eftime & d'amitié pour leur 
Nation en reconcilia un grand nombre aux Anglois. Plufieurs mêmes de 
ceux que les Hollandois avoient gagnés par leurs artifices, vinrent confeffer 
à Middieton ce qu’on leur avoit propofé pour le perdre, & lui promirent 
autant de fidélité que de zèle contre les ennemis communs de leur Ifle & des 
Anglois. 

Le vicux Chef revint heureufement, avec tout le fuccès qu'il avoitefpéré 
de fa négociation.] Il avoit engagé les Habitans de plufieurs Ifles à s'unir 
contre la tyrannie des Hollandois, du moins pour fe défendre de leurs inva- 
fions , & repoufler le joug qui les menaçoit. Leurs Caricoles n'ayant pas tar- 
dé longtems à paroître, ils formérent une petite Flotte, qui prit d'abord.con- 
feil des Angloiss mais la tranquillité qu'ils virent à leurs Ennemis ayant 
échauffé leur courage, ils oublièrent les bornes dans lefquelles Middleton 
s’efforçoit de les contenir, jufqu’à tenter une defcente dans l’Ifle de Nera & 
[Le Gouverneur du Château fe perfuada 
qu'ils n’avoient pas pouflé fi loin l’outrage, fans être foûtenus & peut-être 
conduits par les Anglois. Il fe refferra dans fa place, & députant un de fes 
Officiers à Middleton , il lui fit demander s’il devoit le regarder déformais 
comme l'ennemi de la Hollande. Il ne fut pas difficile au Capitaine de for- 
mer fa réponfe. Loin de fe connoître en guerre, il protefta qu'il ne fouhai- 
toit que des profpérités à l’établiffement Hollandois, & qu’il n’avoit point 
de part aux entreprifes des Indiens ; mais qu'étant venus aux Ifles de Banda, 
par le droit commun de toutes les Nations, pour y éxercer honorablement 
le commerce, & n'ayant pas trouvé dans les Hollandois la faveur qu'ila voit 
efpérée, il étoit naturel qu'il tournât vers les lieux d'où il pouvoit tirer plus 
d'avantage: que fes vûes n'alloient pas plus loin; & que fi le traitement 
qu'il avoit reçu du Gouverneur le difpenfoit de prendre parti contre les In- 
dierss, il promettoit qu’aufli longtems que les Hollandois ne .recommence- 
toient point à l'infulter, il n'accorderoit aucun fecours aux Indiens contre 
eux. Après ce difcours qu’il affeéta de prononcer avec beaucoup de modé- 
ration, 11 ne cacha point au Peau avoit trouvé dans les Ifles enne- 

a 2 mies 


Davin, 
Mioreron, 
1610. 
Secours qu'on 
Içur procure, 


Ts tichent de 
fe concilier les 
ludiçns, 


Les Indiens 
infultent les 
Hollandois, 


Réponfe de 
Middleton 
aux plaintes 
du Gouver- 
neur. 


Davin 
Mivotcron, 


1610. 


Les Hollan- 
dois prennent 
le parti de la 
patience, 


Midélcton 
fait amener le 
Jonc de Lan- 
tor, 


Allarmes de 
Middleton 
pour fa Pinaf- 
Ée.. 


Il s'expofe 
en mer fur 
l'Euif. 


138 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


mies de Ja Hollande, toutes les facilités qu'il avoit defirées pour fon coms 
merce, Il prit même plaifir à lui faire voir que fa cargaifon étoit riche &. 
fort avancée. Mais il fe garda bien de lui apprendre la perte de fes douze, 
Matelots, & le miférable état des autres, à quoi l'air concinuoit d'être fi fu. 
nefte, qu'à peine en reftoit-il neuf en bonne fanté. 

A juger de l'effet de fa réponfe par la conduite: dés Hollandois , il y a 
beaucoup d'apparence que le Gouverneur n'ôfant porter fes reflentimens à 
l'extrémité , ou craignant peut-être d'affoiblir trop:le Château s'il en faifoit 
fortir une partie de fa garnifon pour monter fès deux: Vaiffeaux , prit le par. 
ti de fermer les yeux Fr le commerce des Anglois, en: remettant fa ven- 
geance contre les Infulaires après le départ de Middleton.]; On ne vit plus 
paroître un feul Hollandois hors des murs; & fi les befoins de la Place obli- 
geoient quelque Barque de fortir du Port, elle écoit toûjours fi bien armée 


que les Indiens n'ôfoient s'en approcher. 


[Le Fort que les Habitans de l’Ifle avoient bâti au côté d’unemontagne ;# 


d'où il tiroient fur le Château des Hollandois:, ne laifloit pas d’incommoder 
beaucoup ces derniers; il les empêcha même d'éxécuter le deflein . qu'ils a- 
voient tenté fouvent, & qui étoit d'enlever la Pinafle. Ce qui leur auroit 
été facile, car dans neuf voyages-qu'elle fit, tout fon équipage ne put étre 
compofé que de fept hommes; le refte étant malade , à. exception de cinq 
perfonnes qu'on avoit laiflé à Puloway; & ce qui augmentoit l'embarras des 
Anglois, étoit la cherté des vivres, & des pluies continuelles qui les incom-: 
spé fort.] 

CErENDANT Middleton fe vit forcé de faire amener, pendant la nuit, 
le Jonc qu'il avoit acheté à Lantor, fans avoir trouvé même le tems d'y fairo 
quelques réparations indifpenfables Les Hollandois ayant appris qu’il l’avoit 
acheté, & voyant fes Ouvriers quife difpofoient à le radouber , tenoientun. Vaif: 
feau prêt pour le mettre en piéces auflitôt que les-Anglois auroient fini leur tra- 
vail. Spalding, chargé de le conduire à Puloway ans les ténébres, s’acquit- 
ta heureufemesñt de fa commiffions mais il y avoit peu d'utilité à tirer d’un 
Bâtiment qui manquoit de voiles, & qui étoit prefque nud. Middlieton fe 
trouvant Ars à Puloway, envoya le Hopewell au Vaiffeau, pour ‘en appor. 
ter tout ce qu'on pourroit retrancher à fes propres befoins, Trois femaines 
fe paflèrent fans qu'on vît arriver Davis, qui avoit été nommé pour ce voyage. 
On s’allarma beaucoup de ce retardement, fur-tout lorfqu'on eut appris que 
les Hollandois s'étoient faifis de plufeurs grandes Barques qui portoient des 
vivres à la Flotte Indienne. Dans l'inquiétude que Middieton conçut pour 
fa Pinafle, il réfolut de profiter d’un afféz beau tems pour fe mettre dans un 
Efquif, feul Bâtiment qu’il eût alors: à Puloway ; car la prudence ne lui 
permettoit pas de fe hazarder dans le Jonc. Cinq matelots qu’il avoit prés 
de lui f2 trouvoient fi malades, qu'il fut obligé de louër deux Indiens pour 
de ec à leurs fonétions. 

peine eut-il perdu la vûe dé la terre, qu’il s’éleva une tempête farieu- 
fe, contre laquelle il n'eut point d'autre reflource que de s’abandonner à la 
violence des flots. Il arriva néanmoins à la vûe de Seran; mais.la Merbat. 
toit contre le rivage avec tant d’impétuofité, qu’il perdit l'efpérance de pow 
voir ‘aborder. Comme la nuit approchoit, il réfolut avec fes deux Indiens, 


& fes cinq Malades, d'employer tous fes efforts pour fe foûtenir en merjuf 
qu'au 


qu'au 
poullé 
traver: 
ble d'u 
derrièr 
lein « 
i triftc 
dis qu 
Indien: 
frayeu 
da cec 
apprit 
ilfe tr 
main à 
que ce 
niers , 
Portug 


) le vens 


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fe cact 
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étoient 
mieux 
vent à 
ça poi 
forts p 
cevoir 
de Ser 
une Baï 
noître 
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Maître 
loway 
cette C 
cable 
le voifi 
rivage 
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cendit 
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on Coms 
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tre fi fu. 


Fo 
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ontagne ,kp 
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put étre 
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la nuit, 

d'y fairo 
"il l’avoit 
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nçut pour 
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ce ne lui 
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te farieu- 
nner à la 
a Merbat. 
ce de pour 
x Indiens, 
en merjuf 

qu'au 


» kf-le vengeance avant que de !cs manger. 


INDES ORIENTAIH-ES, Jam IT, Car. IX, 189 


qu'au lendemain. La violence des vents n'ayant faic popne , il fut 
poullé , au commencement des ténèbres, contre une chaîne de rochers , au 
uravers defquels la faveur du Ciel lui fit trouver un pañlage, Dans le trou- 
ble d'une fi dangereufe fituation, il ne penfa qu'à gagner le rivage qui évoit 
derrière les rochers. Il y réuflit avec le même bonheur, L'Efquif étoit fi 

lein d'eau,. & quelques marchandifes, qu'il y avoit apportées, dans un état 
k trifte, que les premiers foins furent donnés à ces deux objets. Mais tan- 
dis que les malades mêmes n'y épargnoient pas leur travail, un des deux 
Indiens fit remarquer à l’autre qu'on: étoit tombé dans un autre péril. Leur 
frayeur s'étant déclarée par des exclamations , le Capitaine, qui leur deman- 
da ce qui les allarmoit après le bonheur qu'ils avoient eu d'éviter la mort , 
apprit d'eux, que loin d'être dans l'Ifle de Seran, comme il fe l'étoit figuré, 
il fe trouvoit dans une Ifle de Cannibales, qui ne les reconnoîtroient le lende- 
main à la lumière du jour, que pour les tuer & les dévorer, Il ajoutèrent 


que ces barbares Infüulaires ne prenoient jamais de rançon pour leurs Prifon- 
niers, & que dans le reffentiment qu’ils confervoient de quelques injures des 


Portugais, ils faifoient rôtir les Chrétiens tout vifs, pour en tirer cette crucl- 
[Que fi on ne vouloit pas fe remet- 
tre promtement en Mer , ils iroient chercher quelqu'endroit où ils puffent 
fe cacher; car il étoit für que dès que le matin feroit arrivé, les Cannibales 
ne manqueroient pas de fe tranfporter fur le rivage pour aller à la décou- 
verte des Pêcheurs, qui auroient pu s'y être arrétés pendant la nuit.] 

pi be Middleton mîc ce récit.au-nombre des fables que les Indiens 


fe plaifent à raconter de leurs ennemis, il conçut que les Habitans de l’Ifle 


étoient fort mal avec ceux de Puloway & de Seran , & qu'il n'étoicnt pas 
mieux difpofés pour les Européens. La Lune commençoit. à luire, & le 
vent à perdre fa force; & la marée venant encore le favorifer, il nebalan- 
ça point à quitter ce dangereux rivage Il fallut beaucoup d'adreffe & d'ef- 
forts pour fe conduire pendant le refte de la nuit. Cependant le jour fit apper- 
cevoir une Côte que les deux Indiens reconnurent pour la partie occidentale 
de Seran, Comme ils s’en approchoient à force de rames , ils découvrirent 
une Barque (e) échouée , dans laquelle il furent extrèmement furpris de recon- 
noître deux. Anglois, qui ne marquèrent pas moins d'admiration en reconnoif- 
fant leur Capitaine. 1l apprit d'eux-qu'étant partis avec. Herniman, . Contre- 
Maître du.Vaifleau, dans l'inquiétude où l'on étoit. pour les affaires de Pu- 
loway ,ils avoient été pouflés fort loin par la tempête; & qu'ayant regagné 
cette Côte, où ils avoient jetté l'ancre, un coup de vent avoit rompu leur 
cable & les avoit fait échouer für le rivage. Herniman étoit allé dans la Vil- 
le voifine, pour en appeller quelques Hommes à-fon: fecours. En effet le 
rivage fit couvert, en un moment, d'Infulaires, que la curiofité ou l'efpé- 
rance du pillage attiroit. La vûe du Capitaine fervit à les contenir. Il def- 
cendit pour fe rendre à-la Ville, & parler lui-même-au Chef des Indiens. Il 
trouva qu'Herniman avoit pris le. parti de retourner par terre au Vaifleau , 


qui n'écoit qu'à douze milles, [dans la Rade de Gelogula.] Le Chef des Indiens 


ne lui avoit pas refu'é fon afliftance ; mais il l’avoit remis à deux. ou trois 
jours, 

a (e) Cette Barque fe nommoit la Dili- 
gence : il ft furprenant qu'il n'en foit pas par- 


Aa 3 


lé auparavant, - 


Divin 
Mon! 
161€, 


Dangers qu'i: 
y cfluye. 


Ils reviennent 
à Seran, où ils 
trouvent d'au 
tres Anglois: 
en danger, 


Ils trouvent 
peu de fccours: 
dans les In- 
diens. . 


[arrive à fon 
Vailleau, 


La Pinaffe é- 
chappe à la 
tempôtce. 


190 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


jours, pendant lefquels il ne falloie qu'un coup de vent pour fubmerger la 
Barque. Un Indien de Gelogula, qui fe crouvoit par hazard dans ce lieu, 
déclara ouvercement à Middleton que le Chef fouhaicoit de lu voir périr, 
pour fe faire une Pare de fes débris, Efpérant peu d'ecre fecouru, il prit la 
réfoluuon de fiuvre par terre Flerniman, avec un feul de fes ciny Anglois, 
qu fe crut ailez rétabli pour l'accompagner, II loui des Guides, Le chemin 
étoic facile pendant deux ou trois licuÿs; mais il arriva au bord d'un: rivié- 
re qu'il falloic craverier, Son Compagnon n'étant point en état de nager, il 
le renvoya fur leurs traces, & lui donna fes habits à porter dans la Burque, 


{ à l'exception d'un petit manteau d'écarlatte, dont il chargea un de fes gui-j# 


des] Pour lui, que l'eau n'eifrayoit poine, & qui demeuroit auili nud que les 
Indiens , il fe difpofoit à fe jeter à la nage, lorfque fes Guides l'avercirent 
que la rivière évoit remplie d'Alligators, & qu'il ne devoit pas s'y expoñer 
fans quelque arme pour fe défendre, Ils avoient leurs couteaux, que leur ufa- 


e, en nageant, eit de porter dans la bouche; [& fouvenc ils n'arrivent ak 


autre rive qu'après avoir tué deux ou trois de ces monftres. Un d'entre eux 
offrit le fien au Capitaine, & prit un baton dont il etpéroit le méme fecours 
pour fe défendre.] Non-feulement la rivière évoit aflez large, mais le cou- 
rant étoit devenu fort rapile par la pluie du jour précédent. La difficuité 
fut fi grande au milieu du Canal, nue les Guides confeillèrent à Middlcton 
de retourner au bord qu'il venoit as quitter. Pendant qu'il leur répondoit, 
pour les affürer de fon courage & de fes forces, il fut couché par le bäton 
de celui dont ilavoitle couteau (f); & fe figurant que c'écoit un Alligator, 
il fe donna des mouvemens qui lui firent perdre toute attention à la force du 
courant; de forte que manquant de force pour réfifter , il fut emporté jufqu'a 
la Mer, où la violence des vagues le jetta fort rudement contre un angle de 
la Côte. Les Indiens plus accoutumés que lui à ces périlleufes avantures , ne 
furent pas longtems à le réjoindre, Ils lui trouvérent les éparles & le corps 
brifés ou meurtris dans plufieurs endroits. Cependant, après avoir pris quel: 
ques heures de repos, il fe vit en état de gagner le Vaitfeau. On y futex- 
trémement furpris de le voir arriver dans cet équipage. Herniman dont le 
voyage s’étoit fait plus heureufement, avoit déja fait parcir les fecours nécel- 
faires pour la Barque & l'Efquif. Les Matelots qu'il avoit chargés de cet. 
te commiflion, revinrent fort mécontens du Chef de la Ville Indienne, qui, 
dans l'efpérance de profiter de la difgrace des Anglois , leur refufa jufqu'à 
la moindre afliftance. 
g) ON fut confolé le jour fuivant par l’arrivée de l'Hopewell qui revint 
à Gelogula chargé d'épices. Il avoit été jetté par un furieux orage à tren- 
te lieuës de Banda; &, le vent n'ayant point changé pendant plufieurs jours, 
il n’avoit pas eu peu de peine à fe rendre maître de fa courfe. On À dé- 
chargea dès la nuit fuivance, & Middleton y monta auflitôt, pour fe rendre 
à Puloway avant que le chagrin de n’y voir arriver perfonne, fît prenire 
à Davis la réfolution de parur, à toutes fortes de riiques, avec le jonc de 
Lantor. Il n’y avoit que !e défefpoir qui pût lui infpirer ce deflein, cur le 
Jonc n'avoit pas un clou; & les Serruriers du Pays n'ayant pas l’art d’en for. 
Te 
(J) Angl. de celui qui portoit fon man-  (g) La 3e. Seétion commence ici dans l'O 
teau, KR. d, E, riginal, R, d, E, 


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GET 9 


ici dans l'U- 


534 AN 


INDES ORIENTALES, Liv. Ill. Cnar, IX, 


ger, Davis n'avoit pu tirer d'eux qu'une force d'épingles de fer qu'il avoit 
employées dans les endroits les plus néceflüires, 

{iovceron fut expoié encore une fois à périr dans cette courfe, Les 
vents mirent fa Pinalle fur le côté, & les courans augmentèrent beaucoup 
le danger; car leur violence redoubla toûjours avec celle du vent, Ayant 
été pouffé à l'Oueft, il ne put gagner Puloway qu'après s'être rapproché du 
rivage de Seran, Dans les réflexions qu'il fic fur tant de difgraces , il ob- 
ferva que lui-méme & fes gens avoient coñjours été jettés à l'Oucit par les 
orages, Cette remarque lui fit chercher fur le Nord-Eft de Puloway , une 
Rade où fes Bâcimens puflenc tirer parti des orages memes, pour fe rendre 
droit au Vaiffeau. 

Lu long féjour que les Anglois avoient fait à Seran , n'avoit pas tourné 
à leur avantage dans l'efprit des Infüulaires de Nera & de plufieurs Ifles voi- 
fines. Les Indiens de tous ces lieux s'étoient imaginé que la feule crainte 
des Hollanlois avoit chaffé Middleton ; & ceux mêmes de Puloway, qui 
continuoient d'étre en guerre avec la Colonie Hollandoife , paroifloient é- 
tonnés qu'ayant tant d'intérêt à les foûcenir, il fe contentät de venir ache- 
ter leurs épices, fans prendre part à leur querelle. Ceux-ci lui avoient de- 
mandé plus d'une fois, pourquoi il balançoit à fe mettre à leur tête, pour 
aller forcer avec eux les Hollandois dans leur Fort. Il leur avoit répondu 
qu'étant fujet d'un puiffant Roi, il ne lui appartenoit pas de commencer la 
guerre fans la participation de fon Maître. Mais les autres, à qui l'éloigne- 
ment ne permettoit pas de donner les mêmes explications , ou de les faire 
paroître fi vraifem! 'ables, étoient d'autant plus portés à le méprifer, que 
Le Hollandois ne manquoient pas d'échauffer cette difpofition, en publiant 
autour d'eux que la Nation Angloife n'employoit que l'artifice pour faire 
réufir fon commerce, & que dans les occafions de guerre elle ne connoif- 
foit point d'autre expédient que la fuite. Ces difcours acquirent tant de for- 
ce en fe répandant d'Ifle en Ifle, qu'ils infeétèrent jufqu'àa celle de Pulo- 
way. Les Habitans s'imaginèrent qu'on pouroit infulter fans péril des gens 
fi lâches, fe faifir de ceux qui étoient dans leur Ifle, & leur impofer des 
loix dont ils ne fe racheteroient que par la perte de leurs marchandifes. 
Dans cette vûe, ils firent avertir le Scha Bandar de Nera, que s’il vouloit 
les fecondet ils fe mettroient en poffeflion de tous les biens, & peut-être du 
Vaifleau des Anglois. Cet Officier ne balança point à failir l'occafñon. Il 
fe hâta de venir à Puloway. Davis (h) qui s’étoit déja reffenti de la mau- 
vaife humeur des Habitans , crut lui devoir porter fes plaintes. Mais au 
lieu de trouver la faveur qu'il efpéroit, fa furprife fut extrême de n'en re- 
cevoir que des reproches, & de découvrir à plufieurs marques le deffein qui 
l'avoit amené. 

_TzcLes étoient les difpofitions , lorfque le Capitaine fe fit voir avec fa 
Pinaffe, Son arrivée ferma la bouche aux plus mutins , & détermina le Scha 


191 


: &Bandar même à fe contraindre. [Les Chefs de l’Ifle avoient conçu pour Mid- 


dleton, une eftime mêlée de frayeur & d'amiié, qui les avoit toûjours con- 
tenus devant lui dans un p-ofond refpeét. C'étoit la longueur de fon abfence 
qui avoit donné à ces fentimens le tems de s’altérer.] Auñi n’eut-il pas plu- 

tôt 
(Dh) Angl. Spalding. KR. d. E. 


Davio 
MibpLuron, 
1610, 

Autres périls 
de Middiuton 


Défliance que 
les Infulaires 
conçoivent 
des Anglois. 


Les Hollan- 
dois travail- 
lent à l'aug, 
mentcr, 


Les Indiens 
forment le 
deflein d'arrc- 
ter & de pile: 
les Anglois, 


Middleton 
diflipe ces 
nuages par fon 
arrivée à Pur 
loway. 


Davin 
Minnivron, 
1610, 


Hrefforre l'a. 
thitig avec les 
lncdicns, 


Remarque fur 
l: ceilein des 
Anglois. 


Us achevent 
ava Li juuie- 
mentleur Car- 
caifon, 


1: 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


tôt fou de Davis le complot qui s'écoie formé contre lui, qu'il afemblu les 
rincipaux Flabitans de l'Ile, Îl leur reprocha la facilité qu'ils avoient eue 
fe laifler féduire, 1 les affüra que loin de manquer d'affeétion pour eux , ou 
de craindre les Hollandois , il auroit déja trouvé plus d'un moyen pour embar. 
rafler beaucoup le Gouverneur dans fon Fort, s'il n'avoit été retenu par des 
principes dont il ne devoit pas légèrement s'écarter avec une Nation qui 6. 
toit amie de la fienne en Europe. Il les rappella eux-mêmes à la bonne-fc; 
qu'il lui voyoient éxercer dans fon commerce, en les priant de É er par 
cet éxemple, des motifs qui lui faifoient ménager les Hollandois ofin Our 
leur perfüader qu'il étoit autli éxempt de crainte que de défiance, & qu'ilne 
renonçoit point à l'envie de leur être utile, il leur dit que fa cargaifon étant 
prefqu'achevée, & que fe propofant de retourner en Europe au .commence. 
ment de la nouvelle faifon, il penfoic à laiffer quelques-uns de fes gens dans 
leur Ifle, autant pour cultiver leur amitié, que pour entretenir un.commer: 
ce qui leur deviendroit de jour en jour plus avantageux. A l'égard de l'éloi. 
gnement où il avoit tenu on Vailfeau , il lui fut aifé de s'excufer fur la difii. 
culté de trouver une bonne Rade à Puloway, & de juftifier fes intentions par 
les foins qu'il avoit déja pris pour en découvrir une au Nord-Eft de l'Ifle, Le 
Scha LDandar même, qui avoit écouté ce difcours avec tous les Chefs, ne 
put fe défendre de l'impreffion qu'il fic fur fon cœur, Ilne déguifa point à 
Middleton les bruits qui s'étoient répandus au défavantage des Anglois, ni 


même le deffein qui l'avoit amené à Puloway: [qu'il ne devoit pas les bli- 


mer, de ce qu'ils fe défioient des Chrétiens; puiique depuis plufieurs années 
les Portugais & les Hollandois , fous des apparences d'amitié, n'avoient cher: 
ché qu'à s'emparer de leur Pays] mais il lui promit de rendre déformais plus 
de juftice à la Nation Angloife, & d'aider même à fes projets d'établiffement, 
fans aucun égard pour le mécontentement des Hollandois. [Ici l’Auteur dx 
cette Relation , fans s'expliquer nettement fur les ordres dont Middleton c: 
toit chargé par la Cour de Londres & par la Compagnie des Indes, laife en. 
trevoir que s'il eût rencontré l'Afcenfion & l'Union, Puloway étoit un des 
premiers endroits de l'Inde où fes propres defirs l'auroient porté à conftrui 
re un Fort. C'étoit vraifemblablement les vûes qu'il formoit là-deffus pour 
l'avenir, qui lui avoient déja fait chercher fur les Côtes de cette Ifle une 
Rade fre & commode. D'ailleurs, quoique le rivage eût fes dangers dans 
le lieu où la Pinaffe & les Barques avoient tant de fois abordé , il ne lui pa- 
roifloit pas impofñlible, avec un peu d'art & de travail, d'y former un Port 
où dix Vaiffeaux puffent être fort bien à couvert, 

Arrès cette réconciliation, le.commerce fut pouffé plus vivement que ja- 
mais, fans que les Hollandais, dans un fi long intervalle, entrepriflent de k 
troubler autrement que par leurs infinuations & leurs difcours. Le Jonc fut 
réparé à force de foins. Peu de jours après, la cargaifon du Vaiffeau fe crou- 
va complette ; mais comme il reftoit à Middlecon quelques marchandifes de 
l'Europe, il crut ne les pouvoir mieux employer qu'à grofir fa provilion 
d'épices. Il en mit trence tonneaux de plus dans le Jonc ; & fe déterminant 
tout-à-fait à laifler Spalding dans l’Ifle, avec Chapman pour Faéteur, & dix 
Matelots, il acheta un autre Jonc de quarante tonneaux, qu'il devoit leur 
laiffer à fon départ. Le Hopewell étoit à la fin de fes fervices. Comme fes 
planches n’avoient qu’un demi-pouce d'épaifleur , elles avoient été percées 


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INDES ORIENTALES, Liv. IIL Cuar. IX. 199 


fi généralement par ls vers, qu'il fallait travailler fans celle à la pompé ; 
& dans des occupations, où des maladies fi continuelles, on n'avoit trouvé 
ni le cems ni le er de les calfeutrer. On fauva de fes débris cout ce qu'on 
en put tirer pour fortifier les deux Jones. 

linvcuron aulli facisfait de l'affeétion des Indiens que du fuecès de fon 
commerce, ne penfa plus qu'à faire fes adieux aux Habitans de Puloway, 
& qu'à les attacher à Spalding par des bienfaits & des promeffes, fls s'en- 
gagèrent, non-feulement à le traiter avec tous les égards qu'ils devoient à 
fa qualité de Marchand & d'Ecranger, mais à lui laiffer la liberté de vivre 


di familièrement au milieu d'eux, [fans lui rien déguifer de leurs pratiques & 


de leurs ufages. C'évoit la plus grande preuve qu'ils puffent lui donner de leur 
confiance , & le point où les Hollandois étoient afligés de n'être point en- 
core parvenus à Banda, 11 femble qu'après cette remarque , on devroit trou- 
ver dans la Relation quelque détail de ces ufages, dont la communication é- 
toit permife à Spalding, Mais j'ai fait remarquer affez fouvent que la curio- 
{ité des Marchands Anglois ne s'étend point au-delà de leur commerce, 
Mippcueron partit de Puloway, le 7 de Septembre, avec le Jonc ro 1 
tor, Il arriva le 10, au Vaifleau, qu'il ne trouva pas tout-à-fait À cd à com- 
me il fe l'étoit figuré, parce que dans le trajet de Puloway à Seran, l'eau a- 
voit altéré fepe tonneaux de mufcades, Il y fuppléa des épices du Jonc. En- 
fin, après avoir fait un plus ONE féjour aux Ifles de Banda qu'aucun Anglois 
avant lui, il quitta la Rade de sclogula , que d'autres nomment la Baye de 


Keeling, fans voile de perroquet. Il l'avoit perdue dans fon premier pallage 
de Puloway à Seran, & divers obftacles l'avoient empêché de réparer cette 
pre Comme c'étoit affez pour lui faire croire que "ne iroit plus vite que 
u 


ii, il chargea le Patron, qui fe nommoit Mufgrave, d'une Lettre pour Ban- 
tam, en lui recommandant de faire toute la diligence poflible. Cependant 
Jorfqu'il eut fuppléé par l'adreffe aux voiles qui lui manquoient , il rejoignit le 
Jonc, qui ne fe trouva point alors capable d'avancer aufli vite que lui, fans 
mettre plus de voiles qu'il n'en pouvoit porter, Le Capitaine, craignant que 
dans l'état où il étoit, il ne s'y fit quelque voie d'eau, lui donna ordre de le 
fuivre doucement jufqu'à Bantam. Comme il étoit réfolu d'y calfeutrer fon 
Vaiffeau, il prévoyoit que cette % age lui donneroit aflez de tems pour 
l'attendre, Ainf, portant droït à l'Ifle de Java, il entra le 9 d'Oétobre dans 
la Rade de Bantam. 
Les premières nouvelles qu'il y reçut lui caufèrent beaucoup de chagrin. 
Henfworth & Neetles, tous deux Chefs du Comptoir, étoient morts depuis 
fon départ. Toutes les marchandife# qu'il leur avoit laiffées étoient encore 
à vendre, Les Chinois ne trouvant perfonne dans le Comptoir à qui ils puf- 
fent prendre confiance, s'étoient tournés prefque tous vers celui de Hollan- 
de; & les plus fidéles amis des Anglois, fembloient avoir oublié jufqu'au 
nom de l'Angleterre. D'un autre côté , l'Equipage de Middleton étoit acca- 
bé de maladies. En arrivant dans la Rade, il fut obligé par le grand nom- 
bre de fes malades , de les laiffer à bord fous la conduite de fon Chirurgien ; 
& s'étant sg du rivage dans le Jonc, il ne trouva point aux Javans cet 
ion avec lequel ils recevoient ordinairement les Anglois. [Ce- 


pendant il defcendit fans aucune marque dedéfiance. Les Domeftiques quiref- 
II, Part. Bb toient 


Davin 
Mionierow, 


1610, 


Spalding & 
Chapman , de- 
meurent à Pu- 
loway avec 
dix Matelots, 


Le V'aioau 
Ang'ols & le 
pr quittent 
es lle de 
Banda, 


Ils arrivent à 
Bantam, 


Davin 
MipbLeton. 
1610, 
Trifle état du 
Comptoir An- 

lois, 


Middleton re- 
gagne le Scha 


Bandar, 


Ïl fe réconci- 
lie avecles 
Lollandois. 


194 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


toient dans le Comptoir, lui firent une trifte peinture de leur fituation, Ils 
ne manquoient pas de filélté , puifqu'ils avoient confervé les marchan- 
difes; mais ils avoicuc manqué de hardieffe ou d'induftrie , & le commerce 
Anglois étoit dans une lingueur dont il paroïfloit fort diflicile de le relever, 
Middleton fe hata de voir les Officiers du Roi. Il reçut d'eux un accueil fi froid, 
qu'il en conçut de fort mauvais augures. 

Dans une fi ficheufe perfpeétive, il eut recours au Scha Bandar, ancien 
Protcéteur du Comptoir Anglois. Il le trouva fort picqué d'avoir été négligé 
fi long-tems, & fes premiers difcours furent un reproche d'ingratitude, Mais 
aprés l'explication de plufeurs circonftances qu’il ignoroit, il prit un vifage 
plus ouvert. Middleton lui fit quelques préfens, qui achevérent de lui rendre 
{es anciennes difpofitions. Il promit d'envoyer au Comptoir les Chinois qui 
étoient dans fa dependance; & pour premier fervice, il confeilla au Ca- 
pitainc de faire quelque fête, qui reveillât dans la Ville l'idée qu’on y avoit 
autrefois de la Nation Angloife. 

BurMAN, l'aéteur Hollandois, à qui Middleton rendit une vifite, lui 
marqua beaucoup d’étonnement de la négligence que les Anglois avoient 
eue pour leur Comptoir. Mais l'intérêt qu’il affcétoit d'y prendre, n’étoit 
qu'un artifice, pour pénétrer leurs vûes. Il s’étoit imaginé qu'il n’avoient a. 
bandonné fi longtems leurs affaires à Bantam, que dans le deffein de former 
d’un autre côté quelque meilleur établiffement ; &, voyant le Vaiffeau Anglois 
fibien chargé des épices de Banda, il alloit jufqu’à craindre qu’il n’eût trou- 
vé le moyen d'y chaffer les Hollandois de leur Fort. Middleton, qui démé- 
la une partie de ces foupçons, le raffüra par le récit de ce qui s’étoit pañlé 
dans fon voyage. Il y joignit des plaintes fi naturelles fur la conduite que le 
Gouverneur Hollandois avoittenue avec lui, que l'ayant perfuadé de fa bon- 
ne-foi il le fit rentrer infenfiblement dans les vûes de paix & d’union qui 
avoient régné fi longtems entre les deux Comptoirs. ] 


[Dans ce tems-là on vit arriver un petit Vaiffeau qui après avoir été àkf 


la Chine, au Japon, à Ternate, à Makian, à Coromandel, à Patane, & 
à Jor, étoit allé Amboyne & à Banda , pour yfaire fa charge ; mais n'ayant 
pas pû y réuñir , il avoit été forcé de fe rendre à Bantam pour y charger du 
Poivre, En pañant près de Puloway, il avoit fait une décharge de toute 
fon artillerie; un boulet qui avoit traverfé la Maifon d'un Indien, pénétcra 
dans le Comptoir Anglois, où il perça quelques bales de Marchandifes & 
bleffa dangereufement un homme. Middleton avoit fi bien pris fes mefures 
pour établir fon commerce à Banda, que quoiqu'avant fon arrivée les Hol- 
landois y euffent deux Vaifleaux déja à moitié chargés, depuis qu'il y avoit 
été, ils n’avoient pas pû acheter une feule livre d'Epices. Irrités du fucces 
des Anglois, ils avoient réfolu d’enlever toute leur cargaifon , & dans cette 
vûe, les deux Vaifleaux s’étoient avancés dans un tems où il leur auroit été 


aifé d’éxécuter leur entreprife, mais un calme qui furvint (a) la leur fitman- 
quer 


vent avoit été favorable aux Flollandois & peut- 
être même que ceux-ci leur avoient permis de 
négocier fi fort à leur aife dans l’efpérance de 
faire une plus riche prife, 


da) Ce récit nous prouve que le fuccès des 
Anglois doit moins être attribué à la pruden- 
ce de Middieton , qu'à un effet du Hazard. Car 
que devenoient toutes leurs marchandifes , fi le 


invité 
nois 
Flotte 
foupe 
pour 
en ca 


on. Ils 
archan- 
mincrec 
relever, 
fifroid, 


ancien 
négligé 
e,. Mais 
vifage 
ji rendre 
nois qui 
au Ca- 
y avoit 


fite, lui 

avoient 
, n'étoit 

oient a- 
e former 

Anglois 
eût trou- 
ni démé- 
oit pafté 
te que le 
e fa bon- 
inion qui 


oir été ak 


tance, & 
s n'ayant 
darger du 
de toute 
, pénétra 
ndifes & 
s mefures 
les Hol- 
| y avoit 
du fuccès 
ans cette 
auroit été 
ar fit man- 

quer 


dois & peut- 
t permis de 
fpérance de 


D PRE 2 Re 


Zen a ss 


INDES ORIENTALES, Lav. III Car. IX. 195 


quer, aprés quoi ils furent obligés de prendre la route de Bantam pour s'y 
chargèr de Poivre. En chemin ils découvrirent un Vaiffeau, qu'ils prirent 
our celui de Middleton; aufli-tôt ils réfolurent de lui enlever fa charge. 
Mais il fe trouva que’c’étoit le Vaiffeau nommé la Province de Hollande, qui 
alloit à Banda, & qui venoit des Moluques, où il n'avoit pas pû fe fournir 
d'épices. Ayant appris des deux autres qu'il n'y avoit pas plus de profit à fai- 
re à Banda, il vint avec eux à Bantam.] 
T'anpDis que Middieton s’efforçoit ainfi de rétablir les affaires des An- 
glois, il arriva dans le Port de Bantam une Flotte Hollandoife de huit Vaif- 
feaux, qui fe propofoit d'employer l’année entière à faire fa cargaifon. Com- 


- me elle devoit aller aux Moluques & à Banda, elle prit à Bantam quantité 
de planches & d'autres matériaux, pour les Forts de Ilollande. [T'Amiral 


apprenant que les Anglois ne faifoient qu'arriver de Banda, s’informa curieu- 
fement de l'état où ils avoient laiflé cette Colonie. Loin de lui déguifer leurs 
idées, Middleton & Davis, qui ne prévoyoient point que l'Angleterre dût 
jamais entreprendre de troubler les Hollandois dans leurs poffeffions , lui com- 
muniquèrent tout ce qu'ils avoient obfervé fur les fortifications du Château 
de Nera & fur les commodités du Port. 

A1INs1, par fa complaifance & fon adreffe, Mildleton parvint à réparer 
le défordre de fon Comptoir. Il n'oublia point le confeil du Scha Bandar. La 
feule difficulté qui retardoit fa fête étoit le tritte état de fes gens, & le pe- 
tit nombre de ceux qu’il y pouvoit employer.] Davis même fut atteint d’une 
maladie fi dangereufe, qu’on défefpéra long-tems de fa vie. Un des Quartier- 
Maîtres, mourut dans les plus affreufes douleurs. Trois Matelots eurent le 
même fort, & les deux tiers de l'Equipage s'en croyoient fans ceffe mena- 


Hcés. [Cependant , de trente ou quarante hommes qui reftoient fains, la moi- 


tié füuffifant pour la garde du Vaiffeau & du Jonc , tout le refte reçut ordre de 
fe rendre au Comptoir, où l’on commença les préparatifs d’une réjouiffan- 
ce folemnelle. Le Scha Bandar & plufieurs autres Seigneurs du Pays furent 
invités le 27 d'Oftobre à fe trouver le lendemain au fpeétacle, avec les Chi- 
nois amis de l’Angleterre & les principaux Hollandois du Comptoir & de la 
Flotte. La fête confiftoit dans une illumination , qui fut fuivie d’un grand 
fouper, & d'une danfe où les Javans prirent beaucoup de plaifir. Middleton 
pour faire fa cour au Roi de Bantam, avoit fait écrire le nom de ce Prince 
en caraétères du Pays fur un grand nombre de cartons, ornés de fleurs & de 
figures, avec diverfes devifes qui exprimoient fes vertus. Cette galanterie fut 
fi goûtée au Palais, que le Scha Bandar fit demander le lendemain tous 
A Li pour les préfenter au Roï, qui avoit defiré impatiemment de les 
voir. 

MippreTton balanças’ilne devoit pas demeurer lui-même à Bantam, pour 
fe charger de la direétion du Comptoir. Mais, n'ayant plus que Davis & 
Claybornt, à qui il pât confier la conduite du Vaifleau, l'état de langueur où 
il les voyoit réduits lui fit craïndre qu'ils ne mouruffent dans le voyage. Le 
refte de fes malades ne fe trouvoit pas mieux de l'air de Bantam. Il en 


a périffoit quelqu’an tous les jours. [Un des nouveaux Facteurs qui avoient été 


nommés pour leComptoir , après avoir confervé une fanté ferme depuis fon dé- 
part d Angleterre, fut attaqué du mal qui affigeoit les autres depuis fi long- 
toms, & n’y réfifta que 24 heures. C’étoit une forte de fcorbut intérieur , 

Bb 2 qui 


Davin 
MiboLsTon. 


1610. 


Il donne une 
fête, malgré 
la maladie de 
fes gens. 


Galanterie 
que Middle- 
ton fait au Roi 
de Bantam. 


Il penfe à re- 
tourner enEu- 
rope, malgré 
les maladies 
de fes gens. 


Davip 
MipbLeToN. 


1610. 


Les Hol!'an- 
dois tranfpor- 
tent des feim- 
mes auxIndes, 


Difgraccs 
qu'ils effuyent 
contre les Ef- 
pagnols, 


Woodles eft 
Jaifé pour 
Facteur à Ban- 
tan. 


Diamans de 
Sukkadania. 


Middleton ar- 
rive à Saldan- 


na. Informa- 
mations qu'il 
y trouve. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


qui ne fe manifeftoit su dehors qu'aprés avoir corrompu prefque infenfible. 
ment tous les vifcéres, & qui commençoit à fe déclarer par une enflure dou. 
loureufe des cuiffes & des jambes. Il n y avoit rien à craindre de plus funefte 
des incommodités de la plus longue navigation.] Enfin, Middleton n'eut 
pas plûtôt calfeutré fon Vaifleau, & mis l'ordre néceflaire au Comptoir, qu'il 
fe crut obligé pour l'intérêt de la Compagnie, de mettre promptement à la 
voile. 

Trots jours avant fon départ, quatre Bâtimens d'une nouvelle Flotte Hol- 
landoife [ compofée de neuf Vaiffeaux] entrèrent dans la Rade. 
toient un grand nombre de femmes, pour fervir à peupler leurs Colonies. La 


196 


plûpart de ces malheureufes créatures étoient fi affoiblies par 12 fatigue du. 


Voyage, qu'il fallut les tranfporter du rivage à la Ville fur des brancards. 
Le même jour, il arriva un Vaifleau Hollandois de Ternate , avec des let- 
tres qui portoient avis que l’Amiral de cette Nation avoit eu la tête empor- 
tée d’un coup de canon dans un combat contre les Efpagnols, en allant aux 
Manilles; que fon Vaiffeau avoit été pris avec deux autres, & qu'un qua- 
triéme avoit mieux aimé fe faire fauter que de fe rendre. Ces quatre Bâ- 
timens étoient chacun de mille tonneaux. On avoit appris peu auparavant, 
de Manille même, que Paul Van Cardan, autre Général Hollandois, qui com- 
mandoit depuis quatre ans dans les Indes, étoit tombé entre les galères Ef- 
pagnoles qui l’avoient fait prifonnier, & que tout fon l'Equipage avoit été 
mis à la chaîne. Les Hollandois offrirent une groffe rançon pour tant de 
Captifs. Mais on leur impofa pour condition, d'abandonner les Forts qu'ils 
avoient élevés dans ces Ifles; & rien n'ayant pû Îles engager à retirer leurs 
troupes, ils eurent l’humiliation de voir leur Géneral en prifon pendant 
quinze mois. Enfüuite, deux. Vaiffeaux de Hollande , prirent un Gouverneur 
Éfpagnol, dans fon pañlage de Manille aux Moluques; ce qui leur donna 
l’occafñon d'obtenir la liberté de Paul Cardan par un échange. Mais cet in- 
fortuné Général eut le malheur de retomber entre les mains des Ennemis 
de fa Nation, qui le renfermèrent , pour la feconde fois, dans une étroice 
prifon. 

LE feul Faéteur que Middleton fut en état de laiffer à Bantam fe nom- 


moit Richard Woodles | [homme à qui fon efprit & fon courage auroit acquis 


une réputation brillante dans toute autre profeflion que celle du commerce. 
IL avoit eu jufqu’alors peu d’occafions d’éxercer ces deux qualités ; mais le 
Capitaine qui les lui connoifloit, fe figura qu’elles pouvoient n'être pas inu- 
tiles dans la fituation où il venoit de rétablir le Comptoir ; & ce qu’il lui re- 
commanda feulement fut d’y joindre dans la même proportion, la douceur 
& la prudence. Il lui donna un Domeftique fidéle, & fix Matelots, qui 
fans être entièrement guéris fembloient promettre de fe retrouver bientôt 
en meilleure fanté.] Enfin il laiffa des ordres pour Spalding, qui le char- 
geoient à fon retour des Ifles de Banda, d’entreprendre le voyage de Suk- 


Radania, dans l'Ifle de Borneo , pour le commerce des diamans. Etant parti 


le 16 de Novembre, il eut un pañlage fort heureux jufqu’à la Baye de Sal- 


danna. Il y jetta l'ancre le 20 de Janvier. Des informations, [que l’Auteur x 


n'explique point, mais qui étoient contenues apparemment dans quelqu'une 
de ces infcriptions dont j'ai fait remarquer l’ufage ,] lui apprirent que le 
Chevalier Henri Middieton fon frère étoit arrivé dans cette Baye le Fe de 

| | Juillet , 


Ils appor-k# 


Juillet, 
c'eft-à-d 
Lettre q 
fon arri\ 
de la mê 
mife à | 
fervices 
% [Min 
compagn 
& l'Unio 
pas laifTé 
par l’hab 
le foin q! 
Londres 
crets de 
a tion. ] [I 
le comm 
Mufcade. 


fenfble- 
ne dou 
; funefte 
>n n'eut 
oir ,qu'il 
nt à la 


tte Hol- 


s appor-k 


nies. La 
tigue du. 
‘ancards.. 

des let- 
> empor- 
lant aux 
‘un qua- 
atre Bà- 
aravant, 
qui com- 
lères Ef- 
ivoit été 
tant de 
rts qu'ils 
rer leurs 

pendant 
uverneur 
ur donna 
is cet in- 
Ennemis 
ne étroite 


, fe nom- 


oit acquis 


ommerce. 
; mais le 
> pas inu- 
vil lui re- 
1 douceur 
lots, qui 
r bientôt 

le char- 
re de Suk- 
tant parti 
ye de Sal- 


> lJ'Auteur 


quelqu'unc 
nt que le 
le 24 de 
Juillet , 


INDES ORIENTALES, Lav. III. 


juillet, & qu'il en étoit parti le ro du mois fuivant. Il y trouva de même, 
c'eft-à-dire fans qu’on nous apprenne entre les mains de qui, la copie d'une 
Lettre que fon frère avoit écrite à la Compaguie de Londres le jour d’après 
fon arrivée, & qu'il avoit envoyée par un Bâtiment Hollandois qui partoit 
de la même Baye. L’Auteur obferve que cette Lettre ds jamais été re- 
mife à la Compagnie, il feroit imprudent de fe fier aux Hollandois pour des 
fervices de cette nature. 


Cuar. IX. 197 


# [Mippzeron acheva fon voyage avec le même bonheur qui l'avoit ac- 


pop dans toutes fes entreprifes. S'il n’avoit pas rencontré l’Afcenfion 
& l'Union, qui avoient eu l'un & l'autre un fort bien différent, il n’avoit 
pas laiffé d'éxécuter la el tee partie de fa Commiffion ; non-feulement 
par l’habileté avec laquelle il avoit conduit fon commerce, mais encore par 
le foin qu’il avoit eu de rapporter fes obfervations au but de la Cour de 
Londres & de la Compagnie. Au refte, il n’eft pas furprenant que des fe- 
crets de cette nature ne foient pas expliqués plus clairement dans la Rela- 


ktion.] [IL avoit tant fur fon Vaifleau, que fur da te qu'il avoit laiffé fous 


le commandement de Herniman, pour la valeur 


e 250714 Réales, en noix 
Mufcades & autres épiceries.] 


Fin du Livre Troifième. 


Davio 
MinpLeron. 


1611. 


Heureufe fin 


de fon voyage. 


> 


€ \( At 
\ >) À: i 


S IOIR 


G ËÉ N E R A LE 


DES VOYAGES 


DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XV°. SIÉCLE 


SECONDE PARTIE. 
LIVRE QUATRIÈME. 
AE ec ARE D TB SI EN rc: DE D > ec EN DK TE ED 


PREMIERS VOYAGES DES ANGLOIS AUX IN: 
DES ORIENTALES,ENTREPRIS PAR UNE 
COMPAGNIE DE MARCHANDS. 


CHAPITRE PREMIER.(4) 


Voyage de Sir Henri Middleton à la Mer Rouge € à Surate, 
en 1610. 


UD LE PAL feroit inutile de fuppofer à l’Auteur de ce Voyage des 
1610. MM REEZRE vües plus myftérieufes qu'il ne s’en attribue lui-même. Il 
Motifs dece G4 NDOE étoit homme de naiflance; mais affez mal avec la Fortu- 
Voyage. ne JESR ne, pour ne pas rougir, à l'éxemple de fon Frère, d'em- 
De /HREE ployer fon habilcté & fon courage au fervice de la Com- 
RARE NS: pagnie des Indes Orientales. Il fut nommé pour com- 
RS mander, avec le titre d'Amiral, trois Vaifleaux que la 


Compagnie envoyoit aux Indes, & lui-même s’eft fait l'Hiftorien de fon 
Voyage. 


(a) C’eft le Chap. XI. du 3e. Livre de l'Original. R, d. E. 


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Voyage. 


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Voyage. 
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LE 15, 
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| maines; n 


fes ordinai 
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vifion d’ea 
dans leur | 
gers. Ce 
lots, fur « 


ce (b) 
Titre de ce 
Purchafl. V 


INDES ORIENTALES, Lw. IV Car. L 199 


Voyage. Voilà les feuls éclairciffemens qu’il donne fur les motifs de fon en- 
cpriie, 

: les trois Vaifleaux fe nommoient The Trade's Increafe, c'eft-à-dire, l'4c- 
croifement du Commerce ; le Pepper-Corn , & le Darling. Le premier , com- 
mandé par l'Amiral, étoit de mille tonneaux ; le fecond de deux cens cin- 
quante, & le troifième de cent nonante. Ils avoient à leur fuite une Pinaffe 
de cent cinquante tonneaux , nommée le Samuel, qui étoit chargée de vi- 
vres & d’autres provifions. (b) 

La Flotte mouilla le premier de Juin 1610 dans la rade du Cap-Verd, 
fous une Ifle où l'Equipage d'un Batiment François de Dieppe travailloitavec 
beaucoup d’ardeur à fréter une petite Pinafle. Le grand mât de l’'Amiral 
paroiffant demander quelque réparation , les Charpentiers qui s'y employè- 
rent furent furpris de le trouver fi vermoulu, trois pieds au-deflus du pont, 
que fi le tems eût été plus mauvais, il n’auroit pû réfifter au moindre orage. 

| Sir Henri fit defcendre quelques-uns de fes gens au rivage, avec ordre de 

chercher des arbres qui convinflent à fes befoins. Il s’en trouva de fi bons, 
qu'il en fit couper plufieurs , pour les occafions preffantes. Mais il fallut 
obtenir la permiflion du Chef des Négres, qui vint dinen:à bord avec l'A- 
miral. On lui fit préfent d’une piéce de drap & de quelques bagatelles. 

LE 15, aprés avoir Calfeutré foigneufement les Chaloupes &es Efquifs, 
les ordres furent donnés pour lever l’ancre le lendemain. Sir Henri con- 

| fulta Dounton, Capitaine du Pepper-Corn, & fes autres Officiers, fur la rou- 
L'ter ‘il devoit tenir jufqu’au pañlage de la Ligne. La plûpart frappés de la 
| beauté du Pays, de l’excellence de la Rade , & de l'abondance des provi- 
| ions, panchoient à demeurer plus long-tems dans un lieu où l’on prétendoit 
Ÿ que les Matelots acqueroient de la force pour réfifter à l'air & aux maladies. 
| [Les Négres mêmes racontoient là-deflus des chofes prefqu'incroyables. Ils 
{ prétendoient avoir appris par le témoignage d’un grand nombre de Vaif- 
| faux Efpagnols & Portugais, que ceux que leurs néceflités ou d’autres rai- 
fons avoient fait demeurer plus d’un mois fur leur Côte, s’y étoient telle- 
ment familiarifés avec l'air d'Afrique, qu'ils n’avoient jamais connu le fcor:. 
| but & les autres maladies de mer. Quoiqu'ils fuffent peu capables d'en ex- 
| pliquer la raifon, ils affüroient que leurs eaux avoient des propriétés excel-- 
lentes , non-feulement dans l’ufage aétuel, mais long-tems après en avoir bû,. 


fur-tout en y mélant la poudre d'une racine qui leur fervoit communément. 


de nourriture. Sir Henri conçut fort bien qu'on pouvoit tirer quelque avan- 
| tage de s'être accoutumé au climat d'Afrique par un féjour de plufieurs fe- 
| maines; mais ne voyant aucun rapport entre la racine des Négres & les cau- 


fes ordinaires du fcorbut, qui font les viandes falées & l’âcreté de l'air ma- 


rin, il n'entra dans ces idées que pour faire renouveller entièrement fa pro- 


€ , ° . " , , . .  : 
vifion d’eau. Il s'imagina même que la vûe des Négres étoit de le retenir 


dans leur Rade, par l'utilité qu’ils tiroient du féjour de trois Vaiffeaux étran- 
gers. Cependant le départ fut différé jufqu’au 18, pour fatisfaire les Mate- 
lots, fur qui les difcours des Négres avoient fait beaucoup d'impreftion ; & 

l'Amiral 


«7 (D) Ces circonftances font tirées du le Sixième qui a été entrepris pour le Comp- 
Titre de ce Voyage, tel qu'il fe trouve dans te dela Compagnie des Indes Orientales. 
Purchaff. Vol, [. pag. 247. Ce Voyage, cit 


Sir Henrr 
Mippuevon, 
1610. 
Nom des 
Vaileaux de 

la Elotte, 


Ellc relâche 
au Cap-Verd ; 
& fe fournit 
de mâts, 


Le féjour du 
Cap-Verd cit 
regardé com- 
me un préfer- 
vatif contre 
le fcorbut. 


Su Frnut 
AiibDLETON., 
1610, 
Tempêce fu- 

ricufe, 


Vaifeau Hol. 


landois foit 
maltraité par 
la Mer. 


Différend en- 
srecles Anglois 
& les Hollan- 


dois pour 


quelques vols. 


Elpèce de 
Licorne. 


Ils arrivent à 


Ja Baye de Sal- 


d'iüna; ce 
qu'ils y trou- 
vunt, 


20 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


l'Amiral ne refufa pas même d'acheter une provifion de racines féches , por 
en faire du moins l'expérience. Le plus grand avantage que la Flbtte tirs 
de ce délai, fut d'éviter une affreufe tempête, qui s'éleva la nuit du foie 
& qui dura dix heures entières avec la meme violence. Mais elle fe fit peu 
fentir dans la Rade; & tandis que la mer étoit dans une agitation extraor. 
dinaire, letems ne perdit prefque rien de fa férénité fur la terre. 

JL arriva le 17 un Bâtiment Hollandois, qui avoit été forcé de couper fes 
mâts, & qui venoit fe radouber au Cap après avoir évité le naufrage. L'ima. 
ge de la mort fembloit peinte encore dans les yeux de tout l'Equipage, Le 
Capitaine, qui fe nommoit Van Tryden , avoit fait jetter une partie de f 
cargaifon dans la mer; @ faifant eau de toutes parts, il n'auroit pas con. 
fervé un feul balot fi la tempête avoit duré deux heures de plus. Danske 
befoin où il étoit de toutes fortes de provifions , les Anglois lui fournirent 
ce qu'ils avoient de prêt pour eux-mêmes. Ils aidèrent même au travail de 
fon Vaifleau. 

CEPENDANT ils furent mal payés de leurs bienfaits & de leurs fervices, 
SANT la néceflité juftifie certains excès, ils ne purent fouffrir que ls 
Hollandois abufaffent de la facilité qu’ils avoient à les recevoir fur la Flotte, 
pour y enlever tout ce qui leur paroifloit utile à leurs befoins. Sur les pre. 
imières plaintes, l'Amiral ordonna de fermer les yeux , & défendit même 
qu'on redemandât plufieurs inftrumens qui avoient été dérobés. Mais cette 
indulgence même augmenta tellement le défordre, que plufieurs Matelots An: 
glois qui s’étoient vû enlever jufqu’à leurs uftenciles, employèrent ouverte. 
ment la violence. Quatre Hollandois qui avoient été pris fur le fait danse 
Pepper-Corn, furent jettés brufquement dans la mer. Van Tryden portafes 
plaintes à l'Amiral. Les Matelots Anglois furent punis, moins pour s'é. 
tre défendus contre le vol, que pour avoir manqué d'obéiffance , & s'être 
attribué le droit d’éxercer la Juftice. Mais l’Equipage des trois Vaiffeanx 
goûta fi peu cette diftinétion, que s'étant foulevé ouvertement , il menag 
de tailler les Hollandois en piéces & brûler leur Vaiffeau. Van Trydenpri 
le parti de venir demander grace pour les Matelots Anglois, & de fairerel 
tituer tout ce que fes gens avoient enlevé. 

SN Anglois, qui s’étoient éxercés à la chaffe , .apportèrent fur 
l2 Flotte une efpèce de Licorne; du moins fi tous les animaux qui n’ontqui 
ne corne doivent porter ce nom. Elle avoit d’ailleurs plus de reffemblance 
avec le Cheval qu'avec toute autre forte de bêtes à quatre pieds. Sa cou 
leur étoit brune, fes dents pointues & fa queue fort courte. Sir Henri con- 
ferva précieufement fa corne, qui étoit de la longeur de trois pieds & demi, 
fur fept pouces de tour dans fa plus grande épaifeur.] 

AvanrT que de lever l’ancre, an revint à délibérer fur la route que la 
Flotte devoit tenir jufqu'au pañfage dé la Ligne. Il fut réfolu de porter pen: 
dant quarante lieuës (e) au Sud-Sud-Oueft, & puis au Sud-Sud-Eft, juiquà 
ce qu’on fe fût approché de la Ligne; enfüite d'avancer direétement à l'E. 
On renvoya de-la le Samuel. 


LE 24 de Juillet, la Flotte entra dans la Baye de Saldanna, où elle trouva 
trois 


(ce) Anigl. foixante lieuës. KR. d. E. 


trois 
étoict 
rempl 
du Ca 
de Ja 
ton, 
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2 min 
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J X 


féches , por 
à Flbtte ira 
uit du feize, 
elle fe fic peu 
jon extraor. 


de couper fe; 
rage. L'ima. 
uipage, Le 
partie de fà 
oit pas con. 
Fe Dansle 
i fournirent 
au travail de 


eurs fervices, 
iffrir que les 
ur la Flotte, 
Sur les pre. 
fendit même 
Mais certe 
Matelots Ar 
rent ouverte. 
e fait danse 
den porta fes 
ins pour sé 
2e, & sève 
ois Vaiffeaux 
ÿ il menagi 
a Trydenpri 
x de faireref 


yportèrent fur 
qui n’ont qui 

reffemblance 
ds. Sa cour 
ir Henri con- 
pieds & demi, 


route que là 
le porter pen 
ER, juiqu 
ement à l'E 


où elle trouvi 
trois 


INDESORIENTALES, Lav. IV. Crar, I. avt 


trois Vaileaux Ilollandois qu'elle falua de cinq coups de canon. Ils 
étoient pour y faire de l'huile de Veau marin (d) , dont ils avoient déja 
rempli trois cens pipes. Les Anglois prirent terre le même jour. Le nom 
du Capitaine Keeling, qu'ils apperçurent für les rocs, avec la datte du mois 
de Janvier 1609, qui étoit celle de fon retour, & celui de David Middie- 
ton, frère de l'Amiral, qui étoit parti de Saldanna au mois d'Août de la 
même année, leur firent chercher quelque Lettre aux environs, comme on 
étoit convenu à Londres d'en laiffer pour l'inftruétion mutuelle, 1Ils’entrou- 
va une, enfevelie dans la verre, direétement au-deflous du nom de Keeling; 
mais le caraétère en étoit fi altéré, qu'il fut impoffible d'en lire un feul mot. 
Pendant le féjour qu'on fit dans la Baye, il n'arriva rien de plus remarqua- 
ble que la guérifon des malades. 

Le 6 de Septembre, à 23 degrés 30 minutes de latitude, on eut la vûe 
de Madagafcar, & l’on jetta l'ancre avant la nuit dans la Baye de S', Au- 
guftin. On y trouva l'Union, qui étoit dans une grande difette de vivres. 
L'Amiral ayant gagné le rivage dans la Pinafle , ne fut pas plus heureux 
à fe procurer des provilions. (On n'emporta de cette Côte que de l'eau & 
du bois. 

LE ro, après avoir fuivi long-tems la terre avec un bon vent Sud-Eft, on 
compta d'avoir fait au moins vingt-fix lieuës; mais on ne fe trouva guères 
plus avancé que de vingt, parce qu'on avoit été porté vers le Sud par les 
courans, On eut à les combattre, avec une défiance & des efforts conti- 
nuels, jufqu'au 19°. degré de latitude, où l’on trouva d'autres ennemis dans 
les calmes. Le 20 à midi, la latitude fe trouva d’onze degrés 40 minutes ; 
& la variation, de 12 degrés 40 minutes. Dans le cours de l'après-midi, 
on apperçut les Ifles du Queriba (e), qui font bafles , & dangereufes par 
la quantité de petits rocs & de bas-fonds dont elles font environnées. 

vec des vents aflez favorables, les combats furent continuels contre les 
courans, & les erreurs fréquentes, jufqu’au 6 d'Oétobre, qu'on fe trouva à 
2 degrés 30 minutes de latitude du Nord. La variation y étoitde 14 uegrés 
2 minutes. On ne cefla point jufqu’au 16 d’efluyer encore les mêmes diffi- 
cultés, avec des erreurs & des variations perpétuelles (f). Le 17, ayant 
ne droit au Nord, on fit dix-fept lieuës , & l’on découvrit le matin les 
fles duas Hermanas , ou les deux Sœurs (g). Enfin, le 18 au foir, on en- 
tra dans une Baye fort fabloneufe de l'Ifle de Socotora, au 12°. degré 25 mi- 


tfnutes de latitude, [Des Matelots étant defcendus fur le rivage , firent une 
tk pêche très abondante. ] 


[II n’y avoit ge la nécefité de faire de l'eau qui 
pût arrêter les Anglois dans un lieu fi défert & fi fiérile.] Auf levèrent- 
ils l'ancre le 21, pour gagner la rade de Tafncrin, principale Ville de l'If 

le 


c Cd) Mr. Laurent Femel , dans xne du Voyage, qui eft dans l'Original un Jour- 


Lettre que j'ai entre les mains, dit Purchaff, 
& qui ef écrite de cette Baye , parle de 
deux Vaifleaux François qui étoient occupés à 
la même chofe , mais qu’il foupçonnoit être 
là pour donner la challe aux Vaifleaux qui 
viendroient des Indes. 

.Œ@ Ce) Dans les Cartes elles font appel- 
les Quirimbu. 

( ‘A Ici le Tradu®teur a abrégé la rélation 

I. Part. 


Cc 


nal éxaët de la route que tinrent les Anglois 
depuis le 6 de Scptembre jufqu'au 17 d'Oc- 
tobre. Mais comme ce Journal ne contient 
abfolument rien d'intéreffant, nous avons cru 
que le Leéteur nous fauroit gré de l'avoir fup- 
primé auffi. R. d. E. 


Ce à (e Quelques-uns les appellent Her- 


manos C'eft-à-dire Frères, 


Sin Henar 
Mipnt.eTon. 


1610. 


Difficulté de 
trouver des 
vivres dans la 
Baye de Saint- 
Augultin. 


Ifles de Que 
riba, 


Sun Eewnr 
Mibuicron. 
1610, 
Rade de Tu: 

merin dans 
l'Itls le Soco- 
tora, 


Amiral vi- 


fite le Roi, 


Circonftan. 
ces de cette 
vilite, 


Fartak dans 
l'Arabie heu- 
reule, 


202 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


le, Cependant le vent, qui étoic à l'E, les empècha d'y arriver jufqu'au 
25. La latitude de ‘J'amerin eft de 12 degrés 30 minutes; & la variation 
de 19 degrés 18 minutes, 

La Ville eft fituée au pied d'une montagne fort haute & fort efcarpée. La 
Rare s'ouvre entre Eft quart au Nord & Oueft-Nord-Oueft, On y mouilla 
für uix brafles d'eau & fur un excellent fond. Le 25, l'Amiral # defcen. 
dre lemel, avec un cortège honorable, pour offrir au Roi quelques préfens, 
Ils confiftoient dans une pièce de drap, un gobelet d'argent, &% une lame 
d'épée, qui furent reçus avec des témoignages de reconnoiffance & des offres 
de fervice, 

Sir Henri fe rendit lui-même à terre, le jour fuivant, accompagné de 
fes principaux Marchands, & d'une Garde bien armée. Quelques Infüulaires, qui 
s'étoient préfentés pour le recevoir, le conduifirent au Palais du Roi. Ce Prin. 
ce parut à la porte de fa chambre, à l'arrivée des Anglois; & les faifant en. 
trer forc c.vilement, il preffa l'Amiral de s'aflcoir près de lui. Après d'au- 
tres complimens, Sir Henri lui fit diverfes queftions fur le commerce de là 
Mer rouge, auxquelles il répondit par de grands éloges du _ & des Habi- 
tans, mais fur-cout d'Aden & de Hoche, Il ajoûta que le Vaiffeau Anglois 
l'Afcenfior, ayant porté fes marchandifes dans ces deux lieux, s'en étoic dé- 
fait avec tant d'avantage, qu'il étoit revenu entièrement à vuide, & qu'à fon 
retour il avoit été obligé, pour la füreté de fa navigation, de fe lefter à So- 


cotora; [ce qui n'avoit point empêché qu'il n’eût péri malheureufement, On 


peut donc compter cette raifon entre celles qui caufèrent fon naufrage.] L'A- 
miral, échauffé par les efpérances qu'on lui donnoit pour le Commerce, de- 
manda au Roi la permiflion de calfeutrer fa Pinaffe. Elle lui fut refufée dans 
la Rade où il étoit, parce que le Roi craignoit beaucoup que la préfence d'u- 
ne Flotte Angloife n'éloignät les Etrangers de fa Ca tale mais la premicre 
Rade où il étoit entré lui fut offerte, avec l'affürance de toutes fortes de fecours. 
Enfin ce Prince voyant l'Amiral peu difpofé à profiter de cette offre, s'effor- 
ça d'adoucir fonretus par d’autres faveurs. 11 lui accorda de l’eau fans la lui 
faire payer , quoique tous les Etrangers la payaflent fort cher. 11 lui di 
u'il ne lui reftoit point d'aloes à lui offrir, parce qu'il avoit envoyé toute 
a provifion à fon Père, qui étoit Roi de Fartak dans l'Arabie heureufe, & 
qui faifoit fa réfidence à Kufchem ; mais lui faifant appréhender ne n'y étre pas 
reçu favorablement, il lui confeilla de tourner fes vûes de Commerce du cô- 


té de la Mer rouge; [il lui confirma la perte de l’Afcenfion & de fa Pinas-K' 


fe.  Middleton lui demanda fi le Commandant de ce Vaifleau ne lui avoit 
point laiffé quelque lettre; il lui répondit qu'oui, mais qu'un de fes domeliti- 
que l'avoit égarée.] L'Amiral & tout fon cortège eurent l'honneur de di- 
ner avec le Roi. 

Le 7 de Novembre, la Flotte ayant levé l'ancre, prit à l'Oucft quart au 
Sud & à l'Oueft-Sud-Oueft en fuivant la Côte. A peine étoit-il dix heures du 
matin, lorfqu'elle apperçut une terre haute, qu'elle prit pour Aden. C'étoit 
dans’ l'éloignement une forte de Promontoire, qui s'élevoit comme ba del 
Curia, Le foir, à fix heures, on jetta l'ancre fur vingt brafles de fond, à la 
vûe d'une Ville fituée dans une Vallée au pied d’une montagne; ce qui for- 


me une perfpeétive fort agréable. [Elle eft environnée d’une muraille de pier-x 


16, & défendue par des l'orts & des Boulevards placés de diftances en diftan- 
ces; 


ces; 
du P: 
conv 
écou 
naire 
rappr 
qui pe 
de qu 
de sa 
{croit 
venu 
vé à 
L/, 
que 
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un de 
fufa à 
Mocl 


ges. | 
des tr 
chanc 


jufqu'au 
ariation 


pée. La 

mouilla 
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préfens, 
ne lame 
es offres 


pagné de 
aires, qui 
Ce Prin- 
aifant en. 
rès d'au- 
rce de la 
es Elabi- 
u Anglois 
étoit dé- 
K qu'à fon 
[ter à So- 


ent, On% 


ge. ] L' A 
cree, de- 
fufée dans 
fence d'u: 
premiére 
Je fecours. 
e, s'eflor- 
fans la lui 
il lui dit 
oyé toute 
reufe, & 
y être pas 
rce du cô- 


fa Pinas-Xÿ 


* Jui avoit 
; domelti- 
eur de di- 


É quart al 
heures du 
F C'étoit 
e Abba del 
fond, à la 
e qui for- 


le de pier-XF 


en diftan- 
ces; 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Car, 1 203 


ces;] On fut affüré dès le même jour que c'étoit Aden, Une Barque, partie 
du Port, vint s'informer des intentions de l'Amiral, & lui offrir cout ce qui 
convenoit à fes befoins s'il étoit amené par le Commerce, Mais tandis qu'il 
écoutoic ces offres, le vent qui s'éleva à l'Eft-Sud-Eft, & la force extraordi- 
naire du courant, l'emportèrent à plus de vingt lieuës. Cependant s'étant 
rapproché le 8, il lui vint une feconde Barque , montée par trois Arabes , 
qui portoient le Pavillon du Gouverneur , & qui lui demandèrent, de fa part, 
de quelle Nation il étoit, quelles vûes l'avoient amené, & s'il fe propofoit 
de s'arréter long-tems dans le Pays, Ils ajoûcérent, que s'il étoit Anglois, il 
feroit reçu volontiers ; que l'année d'auparavant, le Capitaine Sharpey étoit 
venu dans leur Port, & que de-là il s'étoit rendu à Mocka, où il avoit trou- 
vé à fe défaire de toutes fes marchandifes. 

L'AmiRaLz leur demanda le nom & le caraétère du Bacha, Ils répondirent 
que fon nom étoit Faffar ; que fon Prédecefleur avoit été un force méchant hom- 
me; que celui-ci n'écoit pas beaucoup meilleur, & qu'en géneral les Turcs 
ne valoient rien 

Sir Henri envoya fa Pinaffe au rivage, fous les ordres deYean Williams , 
un de fes l'aéteurs, qui parloit Arabe, Elle fut reçue civilement; mais on re- 
fufa au laéteur un Pilote qu'il demandoit pour conduire la Flotte jufqu'à 
Mocka. On voulut du moins qu'il reftät trois Marchands Anglois pour ôta- 
ges. Cependant cette difficulté fut terminée par une autre voye. A la vûe 
des trois Vaiffeaux qui levoient l'ancre pour fe rendre à Mocka, les Mar- 
chands de la Ville demandèrent en grace à l'Amiral de leur en laiffer un; 
promettant d'en acheter toutes les marchandifes , & d'accorder aux An- 
glois coutes les faveurs qu'ils pouvoient defirer. Il confentit à leur laiffer 
le Pepper-Corn, fans abandonner le deffein qu'il avoit de fe rendre à Mocka. 
Mais le Pilote qu’il attendoit ne paroiffant point auñli-tôt qu'il l’auroit fouhai- 
té pour profiter du vent, il mit à la voile le 12 fans ce fecours. 

Son efpérance étoit de fuivre un petit Bâtiment Indien, qui faifoit la mé- 
me route. Après avoir côtoyé le rivage pendant le refte du jour , tantôt 
Oueft-Sud-Oueft , tantôt Oueft quart au Nord , en trouvant toûjours vingt-huit à 
trente brafles de fond, vers 1 foir il perdit de vûe fon guide, Le 13 il 
continua de fuivre la Côte, portant entre Oueft quart au Nord ,& Sud ,quoi- 
que fon véritable point dûc être l'Oucit. Le jour fuivant, il découvrit de 

rand matin, à trente lieuës d'Aden, le Promontoire qui eft à l'entrée de la 

er rouge, & qui s'éleve avec l'apparence d'une Ifle. A l'oppolite eft une 
Ifle bafe & platte, qui fe nomme Babelmandel. Elle a du côté du Sud un 
Canal aflez large, qui ferc d'entrée. L’Amiral pañla ce Détroit. Enfuite il 
envoya fa Pinafle pour demander un Pilote, dans un Village qui eft fur la 
Côte du Nord, à l'entrée d'une Baye fabloneufe. Il lui vint deux Arabes, 
dont on lui vanta beaucoup l’habileté, La profondeur de l’eau dans le Dé- 
troit eft entre huit & onze brafles. Ayant fuivi la Côte, Nord quart à l'Oueft 


Sin Jun: 
Mivoreron, 
16ro, 
La l'lotre 
Anglolfs fe 
tent à Adçn, 


Bachas Turcs 
& leur carac 
tour, 


Les Anglois 
laiffent un 
Vaifeau à 
Aden, 


Entrée de la 
Mer Rouge. 


& Nord-Nord-Oueft, fur dix-huit & vingt brafles de fond, il découvrit vers . 


quatre heures après-midi la Ville de Mocka ; & dans l’efpace d’une heure il 
arriva proche du Port; mais le vent devint fi gros, que fes deux grands 
mâts fe fendirent, & que le Pilote Arabe qui conduifoit le ‘Trade’s Increa- 
fe, le fit échouër, avec autant d'imprudence que de malheur, fur un grand 
banc de fable. Comme l'orage ne diminuoit pas, & que les flots étoient 

Cc 2 . fort 


Un Vaifeau 
Anglois é- 
choue près de 
Mociu, 


Sin Hawni 
Mioczeron, 


1610. 


Premières 


explications 
avec les 


L'urcs, 


On décharge 


le Vaifleau é- 
choué, 


Traité avec 


les Turcs, 


Le Vaiffeau 
ft remis à 


flot. 


d 


L'Aga éxire 
uc Jl'Amiral 
efcende, 


24 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fort agités, on craignit beaucoup de ne pouvoir fe délivrer d'un embarras fÿ 
reffant. 

Au milieu du péril, & lorfque l'arrivée des ténébres fembloit devoir l'aug- 
menter, on vit paroître une Barque qui venoit du Port, avec un Turc de 
fort bonne mine, que le Gouverneur envoyoir à la découverte. L'Amirai 
répondit à fes queftions, qu'il écoic Anglois, & qu'il venoit pour le com. 
merce, On l'affüra qu'il féroit v@ de bon œil à ces deux titres, & que pour 
l'accident du Navire échoué, il devoit peu s'allarmer, parce qu'il n'arrivoit 

éres de grand Bâtiment à Mocka, qui ne courût le même péril & qui n'en, 
ortft heureufement. Après ces aolonices. le Turc fe hâta de retourner 
au Port, dans l’impatience d'informer l'Aga de ce qu'il avoit appris; mais 
il promit de revenir le lendemain avec des Barques, pour foulager le Vaif. 
fèau. On le nommoit en Arabe Æmir al Babr , c'elt-à-dire , Seigneur de la 
Mer, & fon office confiftoic à vifiter les Vaiffeaux , pour empêcher les frau- 
des du commerce, & pour faire décharger les marchandiles, Malgré le 
fafte de fon titre, fes appointemens fe réduifoient à certains droits d'entrée 
& de fortie, 

Iz revint le 14, avec trois ou quatre autres Turcs, deux defquels À nr g 
Ja Langue Italienne, Ils apportèrent à l'Amiral un préfent de la part de lAga, 
& l'offre de tout ce qui pouvoit être utile à fes befoins. Il pouvoit s'affürer, 
lui dirent-ils, de trouver à Mocka les mêmes commodités qu'on vante à 
Conftantinople, à Alep & dans les meilleurs Ports de l'Empire Ottoman. 
ges ou cinq Barques légères, dont ils furent fuivis , s'approchèrent du 

aifléau échoué pour recevoir les marchandifes qu'on L voudroit décharger, 
Les Anglois y jettérent d'abord tout ce qui fe crouva fous leurs mains: l'es 
mel, fans confulter l’Amiral, y mittout ce rT lui appartenoit, & prit le 
pes de fe rendre au rivage avec les Turcs, L'argent, les dents d'éléphans, 
a poudre & le plombfurent tranfportés fur le Darling. Enfüuite, on employa 
toute la foirée à donner quelque mouvement au Vaifleau, en le tiranc à for- 
ce de bras avec tous les cables ; mais tous les efforts furent inutiles. 

ON continua le lendemain de décharger tout ce qui pouvoit augmenter le 
poids d’une fi groffe mafle, & d'envoyer fucceflivement les balots & les ton- 
neaux au rivage, L'Amiral reçut une lettre de Femel , qui lui rendoitcomp- 
te des civilités qu'il avoit cure de l'Aga, & d’un Traité qu'il avoit faic a- 
vec lui, fuivant lequel les Anglois devoient payer cinq pour centde tout ce 
qui feroit vendu, avec la liberté de remporter à bord les marchandifes dont 
ils ne pourroient fe défaire. L'Aga lui écrivit aufli, pour lui renouveller fes 
offres par une lettre de fa propre main, & fignée de fon fceau. La fin de 
cette journée fut heureufe: On réuflit enfin, par le fecours des Cabeftans, à 
ve le Vaifleau du fable; & l'on-eut avant la nuit la fatisfaétion de Je voir 

: flot. 

Le 19, on vit arriver deux Barques avec une lettre de Femel, qui deman- 
doit du fer à l'Amiral. En lui envoyant ce qu'il défiroit, Sir Henri lui décla- 
ra par écrit qu'il ne permettoit plus qu'on tranfportât des marchandifes à 
terre, avant que celles qui. s'y trouvoient déja fuffènt entièrement vendues, 
À cette réponfe, Femel' en fit une autre qui furprit beaucoup tous les Anglois 
de la Flotte. Il marquoit à l'Amiral que s’il penfoit à faire quelque commer- 
ce, il falloit, fuivant l'ufage. du Pays, qu'il defcendit lui-même au rivage; 

. ans 


fans qu 
de mau 
l'Ordre 
bonne-f 
de Shaï 
ÆTures c 
propre 
rendre 
rivage | 
Mulicie 
de l'Ag: 
fidéracic 
blée : 
apport 
fl auf 
l'affürar 
ceux qu 
ces com 
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tant de 
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tit pour 
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l'air à { 
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es rép 
préfens 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cure, f 107 


fins quoi les Infidéles ne fe perfuaderoient jamais qu'il ne fe pas venu avec Fin llewm 
de mauvaifes intentions. L'Interprêce évoic chargé de lui déclarer aufli par Mi errom 
l'Ordre de l'Aga, que s'il étoit ami des Tures & difpofé à commercer de 1919: 
bonne-foi, il ne devoit pas faire difficulté de defcendre, 11 lui cica l'éxemple 
de Sharpey & de tous les Capitaines Indiens, qui n'avoient refufé aux 

Turcs ce témoignage d'eftime & de confiance. [Malgré la réliftance de fon 
propre cœur & les allarmes de fes gens,] Sir Henri fe détermina le 20 à fe 
rendre à terre avec une fuite moins nombreufe que choifie, Il erouva fur ls 
rivage plufieurs perfonnes de diftinétion affemblées pour le recevoir, & des 
Muliciens qui le conduifirent au bruit de leurs inftrumens jufqu'à la mailon 
de l'Aga. 11 y fut reçu avec toutes les marques poflibles d'amitié & de con.  Aceueit qu'it 
fidération, On le fit affeoir près de l'Aga, tandis que tout le refte del'Affem. y reçoit. 
blée écoit debout. Il préfenta la Lettre du Roi, avec un préfent qu'il avoit 
apporté pour le _.. LL qu'il pria qu'on lui fit remettre incefflamment. Il 


algré le fit auffi un préfent à l'Aga, qui le reçut avec Ts de facisfaétion, en 
d'entrée l'affürant qu'il ne feroit pas troublé dans l'éxercice de fon commerçe, & que 
, ceux qui entreprendroient de le chagriner feroient punis févèrement. Après 
rloient ces complimens , l'Aga le pria de fe lever, & l'ayant fait revêcir d'une robe 
e l'Aga, de foye pourpre, brochée d'argent , il lui procefta qu'étant déformais fous lu 
affürer, proteétion du Grand-Scigneur , il n'avoit à craindre aucune infulte, En for- 
vante à tant de l'Audience , on lui préfenta un beau cheval, richement paré, &con- 
Dttoman,. duit par un homme d'apparence, Il monta deffus, pour fe rendre au loge- I! retourne 
rent du ment des Anglois, couvert de fa nouvelle robe, & toûjours efcorcé par les Se où 1 
Charger. Muficiens de la Ville. Après avoir dîné avec les gens e fa Nation, il par- : 
ns: l'es } tit pour fe rendre à bord. Mais l'Aga le fit preffer fort inftamment de s’ar- 
prit le rêver fur le rivage. Il y confencit pour voir calfeutrer fa Pinafle, d'autant 
éphans, plus que le tems devint fort mauvais. 
employa (b) IL ne fe pañla point un jour où l'Agane fit quelque civilité ou quelque 
nc à for- préfent à l'Amiral, Le 28 il le fit prier deux fois de fe réjouir, & de fe pré- 
2 parer, après le jeûne des Turcs, qui étoit préc d'expirer, à l'accampagner 
enter le dans une promenade qu'il vouloit faire à fa maifon de campagne & dans d'au- 
les ton- tres lieux de plaifir. Le même jour , Pemberton, qui étoit logé dans la Vil- 
It comp: k, étant venu fe promener au rivage, Sir Henri leretint à fouper ; après quoi 
: fait. a- l'envie leur prit à tous deux de retourner àbord. Les Turcs qui leur fervoient. Les Turcs 
: tout ce de cortège , les prièrent de remettre leur départ au lendemain, fous prétexte £fommencent à 
fes dont que la nuit étoit trop avancée, L'Amiral, quoigu'offenfé de cet obftacle , n’en Fo 
eller fes conçut aucune défiance ; & fuppofant qu'ils agifloient fans ordre, il réfolut 
A fin de d'en faire le lendemain fes plaintes à l'Aga. matin, tandis qu'il prenoit. 
flans, à l'air à fa porte avec: Femel & Pemberton, il lui vint un Janiffaire. avec quel- 
: Je voir que commifl on de l'Aga. Comme il ignoroit la langue Turque, il fallut at- 
tendre quelques momens, jufqu'à l’arrivée de l'Interpréte. Le fujet du Mela- 
deman- ge étoit un nouveau compliment. L'Aga le prioit de fe livrer à la joie, fur 
i décla- | es réponfes favorables qu'il avoit reçues du Bacha, à qui il avoit envoyé les. 
ndifes à préfens. Au même inftant un Anglois: de la fuite de l'Amiral accourut avec Ils attaquent 
rendues, effroi, les Anglois, 
Angjlois 


Omer: (4) La 2e, Scétlon commence ict dans l'Original, À. dE, 
rivage ; | | Cc3 
ans 


Sin Henui 


MiDDLETON, 


1610, 


Perte des An- 


glois, & trai- 
tement qu'ils 
ciluyent. 


Les Turcs 
attaquent un 
Vaifleau An- 
glois. 


Ils font fort 


imaltraités, 


56 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


effroi , pour l’avertir qu'il étoit trahi, & que les Turcs étoient aux mains a- 
vec les Anglois de l’autre côté de lamaifon. Le Mefager de l’Aga, qui étoit 
encore préfent feignit beaucoup de füurprife, & fe fit montrer le lieu du com. 
bat. Il s'y rendit auffi-tôt. Les Anglois le fuivirent; & l’Amiral s’avança lui. 
même, en appellant fes gens à haute voix, & les exhortant à fe raflembler 
autour de lui, pour fe défendre dans la maifon. 

Tanpis qu'il parloit avec cette chaleur, il reçut de quelques Turcs, qui 
s'avancérent près de lui, un coup furieux qui le fit tomber fans connoiffan- 
ce. Mais la douleur qu'on lui fit fouffrir, en lui liant les mains derrière le dos, 
lui fit bientôt rappeller fes efprits. Lorfqu’on le crut capable de marcher , deux 
Turcs, l’efcortant de chaque côté, le conduifirent dans cet état à la Ville, 
où il trouva plufieurs de fes Compagnons traités avec la même barbarie, En 
chemin on lui prit fon argent & trois bagues de prix, dont l'une étoit fon 
cachet. 11 fut enfermé dans une étroite prifon avec fept autres Anglois qui 
étoient échappés au carnage, & chargé de chaînes fort incommodes & fort 


pefantes, [deux Soldats qu'on avoit laiffé avec eux pour les garder, eurenti# 


pitié de leur état; ils relachèrent un peu leur chaînes qui les ferroient fi fort 
que le fang étoit fur le point de fortir par l’éxtrêmité de leurs doigts. ] Ses 
gens lui apprirent qu'ayant été furpris fans défenfe, par une troupe de Turcs 
bien armés, huit d’entre eux avoient été tués des premiers coups, quatorze 
bleffés dangereufenent, & le refte faits prifonniers. 

APrRes le fucces de cette première trahifon, les Infidéles cherchèrent le 
moyen de fe faifir des Vsiffeaux & des marchandifes. Ils mirent dans trois 
grandes Barques, cent cinquante Soldats, pour furprendre d’abord le Dur- 
ling, qui étoit à peu de diftance du rivage. Ils ôtèrent leur turban, dans l’ef- 
pérance de n'être pas reconnus & de paîler pour des Chrétiens. A la faveur 
de cette rufe, ils abordèrent en effet le Bâtiment; & la plûpart y étant mon- 
tés avant que les Anglois fe fuffent défiés du péril, ils firent main-baffe fur 
les premiers. Cependant les autres fautant fur leurs armes, fe mirent en état 
de difputer courageufeinent leur vie. Un Matelot eut la préfence d’efprit de 
prendre un baril de poudre, qu'il jetta au milieu des traîtres, avec une mé- 
che allumée fi jufte, que plufieurs furent brûlés fans pouvoir être fecourus. 
Les autres effrayés de cette éxécution, fe retirérent vers la poupe pour fe re- 
connoître. Mais la moufqueterie & d’autres barils de poudre qui furent jet- 
tés parmi eux avec le même fuccès, augmentèrent tellement leur confterna- 
tion, que la plûpart fe précipitérent dans les flots, tandis que le refte def: 
cendant autour du Vaifléau pour regagner leurs Barques, demandoient quar- 
tier avec de grands cris. Il fe flattoient en vain de l’obtenir. Les Angjlois 
maffacroient fans pitié tout ce qui tomba fous leurs coups. Il n’en échappa 
qu'un, qui avoit eu l'adreffe de fe cacher, & qui obtint grace après la fin 
du carnage. 

PENDANT cette furieufe aétion, une des Barques, qui fur quelques ordres 
mal conçus étoit retournée d’abord au rivage, y avoit déja publié que l'E- 
mir al Bahr s’étoir faifi du Vaifleau. On y fit de grandes réjouiffances, & l'A: 
ga fit partir aufli-tôt d’autres Barques pour amener une fi belle prife jufquä 
la Ville. La furprife de fes gens fut extrême, en voyant venir à leur ren- 
contre quelque refte de Turcs qui étoient échappés à la vengeance des 

glois 


lois (à 
"Amiral 
s'empar! 
fept aut 
Ex l 
d'un tor 
la hardi 
la en 
uifqu'i 
ë d'A 
l'engag 
reprit, 
le, don 
Grand- 
Mer. : 
x#les Ang 
une lett 
de fes À 
terre, « 
chandif 
quoi il 
çavoir 
depuis « 
fait voil 
vernit 
Darling 
Jui dit c 
tre les 
faifis , 
lequel 1 
ri del 
cours, 
de fe ra 
fes gen 
à l'Am 
n’étoie 
fe préc 
fi vous 
Henri 
L'A 
d'arger 
gent, 
difes q 
avoien 


(i) 


fes voil 


mains a: 
L, qui étoit 
u du com- 
Avança lui. 
raflembler 


l'urcs, qui 
onnoiffan- 
êre le dos, 
cher , deux 

la Ville, 
rbarie, En 
étoit fon 
inglois qui 


des & fort 


er, eurentié 


bient fi fort 
igts.] Ses 
e de Turcs 
,» quatorze 


chérent le 
dans trois 
rd le Dur- 
, dans l’ef- 
la faveur 
étant mon- 
n-baffe fur 
ent en état 
d'efprit de 
c une mé- 
 fecourus. 
pour fe re- 
furent jet- 
confterna- 
refte def: 
ient quar- 
s Anglois 
1 échappa 
près la fin 


ues ordres 
‘ que l'E- 
es, & l'A: 
fe jufqu'à 
leur ren- 
> des An- 

glois 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cmar. I. 207 


lois (1). Malgré le chagrin que l'Aga reffentit de cette nouvelle, il fit dire à 
Je At par fon Interprète, que les Mujulmans avoicnt jugé à-propos de 
s'emparer d’un de fes Vaifleaux, & le lendemain il fe le fit amener avec les 
fept autres prifonniers. e. Axe 

Ex les voyant paroître, il s’avança au-devant d'eux d’un air irrité; &, 
d'un ton qui ne l’étoit pas moins, il demanda à l’Amiral comment il avoit eu 
la hardiefle de venir dans le Port de Mocka, fi voifin de la fainte Ville de 
la Mecque ? L'Amiral répondit que fon arrivée n'avoit pas été inconnue, 
puifqu’il avoit pris foin d'en donner avis aux Turcs, & qu'il n'avoit confen- 
ti d'ailleurs à deftendre au rivage, qu'après des imltances redoublées & für 
l'engagement qu'ils avoient pris de traiter favorablement les Anglois. L'Aga 
reprit, qu'il n'étoit pas permis aux Chrétiens d'approcher de la fainte Vil- 
le, dont Mocka étoit le Port ou la Clé; & que le Bacha avoit ordre du 
Grand-Seigneur de faire efclaves tous ceux qui ôferoient entrer dans cette 
Mer. Sir Henri répliqua que c'étoit fa propre faute, puifqu'il avoit arrêté 


xéles Anglois par fes inftances & par de belles promeffes. [L’Aga lui remit 


une lettre du Capitaine Downton, dattée d'Aden, il lui donnoit avis que deux 
de fes Marchands, avec le pourvoyeur du Vaiffleau, (k) étoient retenus à 
terre, & qu'ils ne feroient pas relachés avant qu'on eut débarqué les Mar- 
chandifes, ou qu’on eut payé 1500 Wenetianos pour le droit d'Ancrage, fur 
quoi il prioit Sir Henri de lui mander ce qu'il avoit à faire. L'Aga voulut 
çavoir le contenu de cette Lettre; & quand on l'en eut informé ; il dit que 
depuis qu’elle avoit été écrite, le Vailleau étoit parti d'Aden, & qu'ayant 
fait voile pour Mocka, ils’étoit brifé contreunroc, & qu'on n’en avoit pû fau- 
ver ni hommes ni marchandifes.] Enfuite il pria Sir Henri d'écrire à bord du 
Darling, pour fçavoir combien il y reftoit de Turcs prifonniers. L'Amiral 
Jui dit que c’étoit prendre un foin fort inutile, puifque ce Vaiffeau étoit en- 
tre les mains des Turcs. Il eft vrai, répondit l'Aga, que mes genss’en font 


faifis, mais votre grand Vaifleau eft venu me l'enlever. Cet artifice, par 
lequel il s’eForçoit de déguifer la vérité, fervit du moins à confler Sir Hen- 


ri de la premiére nouvelle. Après avoir varié plus d'une fois dans fes dif- 
cours, l’Aga lui propofa enfin d'envoyer par écrit au grand Vaiffeau l'ordre 
de fe rendre, & lui promit de lui accorder l’autre pour fe retirer avec tous 
fes gens. Une propofition fi ridicule ne pouvoit caufer que de l'indignation 
à l’Amiral. Il fe fit violence pour répondre tranquillement, que fes gens 
n’étoient pas des infenfés, qui fuffent capables fur un ordre fimple, de venir 
fe précipiter volontairement dans l'efclavage. Je füuis für, reprit l'Aga , que 
fi vous leur écrivez, ils n'ôferont pas vous défobéir. Eh bien, répondit Sir 
Henri d’un ton ferme, je ne veux pas leur écrire. 

L'AGA voyant toutes fes inftances inutiles , lui demanda quelle fomme 
d'argent il avoit fur fes Vaifleaux. L’Amiral répondit qu'il avoit peu d’ar- 


gent, & que ce qu'il avoit apporté étoit moins pour achêter des marchan- 
difes que des vivres. L’Aga continua de demander fi les deux Vaifleaux 
avoient à bord beaucoup d’eau & de provifions. 


L’Amiral répondit qu'ils 


(i) Angl. en voyant le Vaiffeau qui avoit d(k) Outre ces trois hommes , ily eut en- 


fes voiles déployées, KR. d. E. 


en. 


corc vingt Anglois arrêtés à Aden par trahifon.. 


Sir Hewrer 
Minnierox. 


1610, 


L'Aga fe fait 
amener l'Ami- 
ral & les au- 
tres Prifon- 
niers. 


Propofitions 
& menaces de 
l'Aga, 


Conftance 
de l'Amiral,. 


Sin Hewnr 
MibDLETON. 
1610. 


Il cft traité 
avec beau- 
coup de bar- 
baric. 


On l'engage 
à faire une 
Lettre fincère 
pour fes gens. 


Réponfe des 
gens de l'Ami- 
ral, 


2089 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


en avoient aflez pour deux ans. Cette réponfe étoit peu vrai-femblable; 


[mais il parut qu’elle n'en faifoit pas moins d'impreflion fur les Turcs, car 


avec beaucoup de mauvaife-foi ils étoient allez grofliers pour croire les au. 
tres pi fincères. | Enfin l'Aga revenant à fes premières vûes, menagça l'A. 
miral de lui faire couper la tête, s'il refufoit d'écrire au grand Vaiïffeau, 
J'y confens, lui répondit Sir Henri. Les fatigues de la mer & les défagré. 
mens du Commerce me rendent la vie fort ennuyeufe. Les offres faifant auf 
peu d'impreffion fur lui que les menaces, l’Aga donna ordre qu'il fût féparé 
de fes compagnons, & chargé de nouvelles chaînes, avec les fers aux picds 
& aux mains. On le logca pendantle refte du jour , dans une étable à chiens, 
fort obfcure & fort fale. La nuit, fur les inft-aces de Schermal, Conful des 
Banians, il fut conduit dans un lieu plus commode, avec un de fes Matclpts 
qui parloit la Langue Turque. Cependant il n'eut que la terre pour lit, & 


qu'une picrre pour chevet; [& s'il lui arrivoit de fermer l'œil il étoit aufli-tôt jé» 


réveillé par un très grand nombre de rats qui couroient autour de lui.] 

VERs le milieu de la nuit, il reçut la vifite du Lieutenant de l'Aga, &du 
Drogueman , ou de l'Interprête, qui le prirent avec beaucoup de douceur d’é. 
crire à bord, pour fçavoir le nombre & les noms des prifonniers Turcs. 
Mais ils lui recommandèérent abfolument de ne rien dire dans fa Lettre de fi 
propre fituation , & des violences qu’il avoit effuyées. Au contraire ils éxi- 
gèrent qu'il fe louât du traitement qu’il avoit reçu, & que pour colorer fon 
retardement, il leur écrivît qu’il attendoit la réponfe du Bacha dans une 
maifon où l’on prenoit foin qu'il ne lui manquât rien. Il confentit à faire 
cette Lettre; mais il y donnoit ordre à fes gens de veiller fur les deux Vaif 
feaux, & de n'en laïffer fortir perfonne pour venir au rivage. Elle fut mon. 
trée féparément à plufieurs des prifonniers, avec des obfervations pour re. 
connoître fi elle étoit conforme aux inftruétions du Lieutenant. 

IL fe paffa quelque tems, fans qu'elle pût être envoyée à bord , parce 
qu'il ne fe trouvoit perfonne qui eût la hardieffe de la porter. A la fin, un 
homme de Tunis en Barbarie, qui parloit fort bien la Langue Italienne, 
s'offrit pour cette entreprife, à condition que l'Amiral écrivit à fes gens 
de le bien traiter. Sir Henri ne fe fit pas prefler pour y confentir. Cet 
te feconde Lettre fut éxaminée avec autant de foin que la première, & 
partit le jour fuivant. On reçut pour réponfe que tous les Turcs avoient 
été tués ou noyés, à la réferve d’un feul, qui fe nommoit Ruuan ; & 
que les Anglois des deux Vaiffeaux apprenoient avec d'autant plus de joye 
des nouvelles de leur Amiral, que Rufuan les avoit affürés de fa mort & 
de celle de tous les gens de fa fuite. Ce prifonnier Turc étoit un Soldat 
du commun. 

Sir Henri & les fept Anglois de fa fuite demeurérent dans cette miféra- 
ble fituation jufqu’au 15 de Décembre , fans recevoir aucune nouvelle des 
deux Vaiffeaux, & fans pouvoir les informer de leur mifère. L'Aga vifita 
plufieurs fois l’Amiral, en renouvellant toûjours fes promefles ou fes mena- 
ces, pour tirer de Jui l'ordre qu’il defiroit. Ses réponfes furent les mêmes. 


[On lui demanda comment il prétendoit faire fa charge, ayant fi peu de mar-K 


Chandifes avec lui, il répondit que quand même il n’en auroit point apporté, 


les Comptoirs de fa Nation, qui étoient en différens endroits des Indes, pou- 
roient aifément lui fournir fa cargaifon; mais que d'ailleurs il en avoit añlez 
| pour 


ral. Ce 


pou 
prel 


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l'eau 
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Vai Î 
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l’'Amir 


il étoit 
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fe faifir 
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ga lesp 

I fe 
de Zen: 
claircir 
qu’il fe 


II P, 


mblablés 
res, Car k 
: les au- 
aça l'A. 
Vaifleau, 
défagré- 
ifant auf 
àt féparé 
aux picds 
à chiens, 
onful des 
Matclots 
ar lit, & 
it aufli-tôt 


rs Turcs. 
ettre de fa 
ire ils éxi- 
olorer fon 
_ dans une 
ntit à faire 
deux Vaif: 
le fut mon- 
s pour ft 


rd , parce 
la fin, un 
Italienne, 
à fes gens 
ntir. Cet 
emière, & 
rcs avoient 
Rufuan ; À 
us de joye 
fa mort & 

un Soldat 


tte miféra- 
ouvelle des 
’Aga vifita 

fes mena- 
les mêmes 


leu de mar-K 


nt apporté: 
Indes , pou- 
avoit 


pour 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cumar, I. 209 


r fe charger de poivre, qu'on a à bon marché dans les Indes.] On le 
preffa particulièrement fu: la quantité des provifions, parce que l'Âga com- 
prenant enfin que les deux Vaiffeaux n'en pouvoient être fournis pour deux 
ans, fe promettoit que la néceffité forceroit les Anglois de fe rendre. Le 
vent ne leur permettoit pas de quitter cette mer avant le mois de Mai, & 
les Côtes font fi ftériles qu'ils avoient peu de fecours à tirer des lieux voifins, 
En cffet, quoiqu'ils fuffent libres dans une Rade fort large & fort ouverte ;. 
l'eau commençoit à leur manquet ; d'autant plus qu'ils avoient été forcés de 
fe défaire de cinquante tonneaux, pour foulager les deux Bâtimens dans leur 
première difgrace. D'ailleurs ne recevant aucune nouvelle de la terre, ils a- 
voient autant d'embarras fur la conduite que fur la courfe qu’ils devoient te- 
nir. Après beaucoup d'incertitudes, un Matelot, nommé tan Shambert, en- 
treprit de fe rendre à terre, pour éclaircir aux rifques de fa vie le fort de fes 
compagnons & le fien. Il fe mit dans une Chaloupe, avec un Indien de fon 
Vaifean our lui fervir d'Interprête; & gagnant à la rame une petite Ifle 
qui eft à la vûe de la Ville, il y arbora le Pavillon de paix. Une Barque 
Turque vint le prendre au même moment. L'Aga, qui fe le fit amener, lui 
demanda brufquement d’où lui venoit l'audace d'approcher du rivage fans fa 
permiflion. Il répondit qu’il étoit chargé d'une Commiffion ; & qu'avec la 
ne de Meffager & l'Énfeigne de paix qu'il avoit arborée, il fe croyoiten 

roit de pénétrer jufqu'au milieu de fes Ennemis. On l’interrogea beaucoup 
fur l'état des deux Vaifleaux. Ses réponfes s’accordèrent heureufement avec 
celles de l’Amiral; & pour le fujet de fa Commiflion, il protefta qu'il n’en 
avoit point d'autre que de s'informer par fes propres yeux de la fituation de 
l'Amiral. 

ON ne fit pas difficulté de le conduire dans la chambre obfcure où Sir Hen: 
ri n'avoit pas ceflé d’être lié fort étroitement. Sortant du grand jour, ilfnt 
long-tems fans pouvoir le diftinguer. Il lui remit, les larmes aux yeux, une 
Lettre qu'il avoit apportée pour lui. L’Amiral apprenant de quelle manière 
il étoit venu & toutes les interrogations qu'il avoiteffuyées, douta beaucou 
qu’on lui permit de retourner à bord. Quelques jours auparavant le Capitai- 
ne du Pepper-Corn lui avoit envoyé d’Aden un Meffager , que l’Aga avoit re- 
tenu dans les fers. Shambert répondit que fi l’on portoit la Dalle jufqu'à 
l'arrêter, lui qui s’étoit mis à couvert fous le droit des gens, il étoit venu 
dans la réfolution de partager les fouffrances de fon Maître & de fon Ami- 


ral. Cependant, contre fon attente, ilobtint, le 16, la liberté de retourner 


à fon Vaifleau, & même la permiffion de revenir le lendemain, fi Sir Henri 
demandoit quelque chofe qu'on lui voulût envoyer. C’étoit un artifice poux 
fe faifir de quelques bagatelles dont l'Amiral avoit befoin. Shambert les ayant 
apportées le jour fuivant , elles lui furent enlevées à fon approche, & l’A- 
ga les prit pour fon ufage. 

IL fembloit que cette tyrannie dût être perpétuelle , lorfqu’on vit arrivet 
de Zenan Q) un Aga, Chef des Chiaoux, avec des ordres du Bacha, pour é- 
claircir l'affaire des Prifonniers Anglois. A peine fut-il entré dans la Ville, 
qu'il fe fit amener l’Amiral & fes compagnons. Il avoit fait placer dans fa 


chambre 


(1) Ou Sunaa. 
IL Part. Dd 


Sin Henar 
Minoceron, 
1610. 
Leurembarris 
dans la Rade. 


Hardiefe 
d’un Matclot 
Anglois. 


Etat de l’Ami- 
ral dans fa pri 
{on. 


Le Bacha 
prend con- 
hoiffance des 
Prifonniers 
Anglois. 


Sm Henrr 
MiopLeron. 
1610. 
Difcours d’If- 

macl Aga. 


L'Amiral & 
les autres Pri- 
fonniers font 
conduits au 
Bacha, 


Pemberton 
s'échappe 


dans la Rade. 


uo VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


chambre trois fiéges , fur lefquels deux autres Agas, Reghis €? Jaffar, pa. 
rurent avec lui. Il fe nommoit J/mael. Sa première queftion fut celle qui a. 
voit été renouvellée tant de fois. Il voulut fçavoir comment les Anglois a. 
voient été affez hardis ÿ ts venir fi près de la fainte Ville fans un pafleport 
du Grand-Seigneur. L'Amiral répondit que le Roi fon Maître avoit un Trai. 
té d'Alliance avec la Turquie, fuivant et il étoit permis aux Anglois d'é. 
xercer le Commerce dans tous les Etats du Grand-Seigneur, dont Mocka fai. 
foit une partie. Il ne faut que les lumières de la raïifon, lui dit l'Aga, pour 
excepter de toutes fortes de Traités, la fainte Ville, dont les Profanss ne doi. 
vent jamais approcher. Ne fçaviez-vous pas, reprit-il, que l'épée du Grand. 
Seigneur eft fort longue. Vous ne m'avez pas pris par l'épée, repliqua l'A. 
miral, mais par trahifon; fans quoi je n’aurois craint ni vos épées ni celles 
de perfonne. L’Aga fe plaignit qu'il parloit avec trop d’orgueil. Enfuite il 
le preffa, comme Jaffar, d'envoyer à fes gens l’ordre de livrer les deux 
Vaifleaux. 

Tous ces difcours ayant produit peu d'effet, Ifmael les interrompit, pour 
déclarer à l’Amiral qu'il étoit venu de la part du Bacha, avec l’ordre exprès 
de lé conduire à Zenan. En même-tems il lui confeilla de faire venir de fon 
Vaiffeau des habits plus épais, parce qu'il fenciroit le froid en traverfant les 
Montagnes. Sir Henri ne marqua point d'éloignement pour ce voyage; mais 
offrant de fe contenter d'un fort petit cortège , il demanda en grace que fes 

ens fuflent renvoyés à bord. [fmael répondit qu’il doutoit fi cette faveur ne 
pañloit. pas fon pouvoir , parce que l'ordre du Bacha étoit de le conduire 
avec tous fes gens; mais qu'il prenoit fur lui de le faisfaire en partie, & 
qu'il ne l’obligeoit à fe faire accompagner que de cinq Anglois, tandis que 
les autres demeureroient à Mocka jufqu'à nouvel ordre. Ainfi quelques ma- 
lades qui n'étoient point en état de fupporter le voyage, furent difpenfés de 
cette fatigue. Avant le départ, Sir Henri reçut une Lettre de Dounton, 
Capitaine du Pepper-Corn, qui lui apprenoit fon arrivée dans la Rade de Moc- 
ka. 11 lui fit réponfeaufi-tôt, pour lui donner des ordres & des confeils pro- 
pres aux circonftances. 


tous leurs fcrs, excepté aux Ouvriers néceffaires pour mettre la Pinafle en 
état, & à quelques malades.] La Caravane étoit de trente-quatre hommes, 


Ré montés fur des Anes, à l'exception de l’Amiral & de l'emel qui avoientx# 


es chevaux.] Dès le foir du même jour, Pemberton trouva le moyen de 
s'échapper, fans avoir communiqué {on deffein à l’Amiral. Il s’étoit imaginé 
fe le terme d'un tel voyage ne pouvoit être que la mort ou la fervitude. 


Ses Compagnons s’apperçurent bientôt de fa fuite, mais fans en rien témoi-t# 


gner, ils firent des vœux en fa faveur. Quand on futarrivé à une Ville nom- 
mée Mowfji on fit la revûe de la Troupe, mais on ne remarqua point qu'il 
manquât quelqu’un.] Le lendemain, en montant à cheval, l’Aga fit encore lare- 
vûe de fa Troupe, & croyant trouver un Anglois de moins, il demanda ce 
w’il étoit devenu. L’Amiral lui répondit que n'ayant pas compté fes gens à 

On départ, il ne fçavoit s’il lui manquoit quelqu un. 

Mack 


(m) Ici commence la 3e, Seétion dans l’Original, KR. d, E. 


(mn) Ifmael fit partir fes Prifonniers, le 22 de Décembre. [On leur ôta if 


MA 
honné 
avoit 
ger, | 
lui av 
avec « 
princi 
fer un 
accom 
marqu 

KFC& qu 
chacur 
Etant 
mis de 
qu'il é: 

La 
quatre 
miratic 
ga pre: 
Ville, 
Il obfe 


k#route. 


de Séc 
de du ! 
le Jour 
froid j 
point ; 
bits foi 
ils ferc 
u'ayar 
e per! 
matin, 
qui eft 
nuit l'é 
prouvé 
ÎLE 
IGII, 
les An 
froid fi 
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© (r 
font fuf 
ce ; à 
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trouvent 
tête du 
& encor 


on pa 
e qui a- 
nglois a- 
pallcport 
un Trai. 
lois d'é- 
[ocka fai- 
a, pour 
es ne doi- 
lu Grand- 
liqua l'A- 
ni celles 
Enfuite il 
les deux 


npit, pour 
lre exprès 
nir de fon 
rerfant les 
age ; mais 
ce que fes 
faveur ne 
: conduire 
partie, & 
andis que 
lques ma- 
ifpenfés de 
Dounton, 
le de Moc- 
nfeils pro- 


leur ôta if 


Pinaffe en 
hommes, 


Qui avoientK® 


moyen de 
it imaginé 
fervitude. 


jen témoi- ff 


ille nom- 
point qu'il 
core lare- 
manda ce 
fes gens à 


MALGRÉ 


INDES ORIENTALES, Lav. IV. Car. I, 217 


Maucré les injuftices des Turcs, Sir Henri avoit trouvé à Mocka plufieurs 
honnêtes-gens qui l'avoient traité avec amitié, Un Aga, nommé Hamed, lui 
avoit fait divers préfens dans fa prifon, en l'exhortant à ne pas fe découra- 
ger, parce que À caufe étoit bonne. Le jour de fon départ, le même Aga 
lui avoit envoyé, pour lui & pour fes compagnons, une provifion de pain, 
avec des Lettres de recommandation adreflées à Chelabi- Abdallah, un des 
principaux Officiers du Bacha. Le Confül des Banians n’avoit pas laiffé paf- 
fer un jour fans le vifiter dans fa prifon, & fes vifites avoient toûjours été 
accompagnées de quelque préfent. Touckar, riche Négociant, avoit auffi 
marqué de la confidération pour les Anglois & de la pitié pour leurs peines ; 


KL& quoiqu'ils fuffent plus de cinquante , il leur avoit envoyé tous les jours à 


chacun deux gâteaux de pain blanc, avec une certaine quantité de datres.] 
Etant parti de Mocka pour Zenan, deux jours avant eux, il leur avoit pro- 
mis de leur rendre fervice auprès du Bacha, & l'Amiral rend témoignage 
qu’il éxécuta fidellement fes promeifes (n). 

La Caravane arriva le jour de Noël dans une Ville nommée Tayes, à 
quatre journées de Mocka. L'Amiral & fes gens furent regardés avec ad- 
miration d’une foule de Peuple, qui vint affez loin au-devant d'eux; & l’A- 
ga prenant un air de triomphe; les fit der: deux à deux en entrant dans la 
Ville, comme s'il eût voulu les faire pafler pour des Prifonniers de guerre. 
Il obferva la même méthode dans toutes les Villes qui fe trouvoient fur la 


x#route. Un jeune homme [qui appartenoit à Pemberton , &] qui fervoit 


de Sécretaire à l'Amiral, étant tombé malade à Tayes, fut laiflé à la gar- 
de du Gouverneur ; & cet accident fit interrompre pendant plufieurs jours 
le Journal de la route. Mais Sir Henri fe fouvient qu'il trouva l'air très- 
froid jufqu'à Zenan, & que dans tous les lieux où l'on paffa la nuit, il n’eut 
point d'autre lit que la terre. Comme la plûpart de fes gens avoient des ha- 
bits fort légers, il fut obligé de leur acheter des robes fourrées , fans quoi 
ils feroient morts de froid. Il étoit lui-même affez mal couvert , parce 
u'ayant pris à Mocka le confeil de l’Aga pour une raillerie, il n'avait pû 
É perfuader que l'air fût fi rude dans les Montagnes. (Chaque jour au 


matin, la terre étoit couverte de frimats ; & dans les environs de Zenan, 
qui eft à 16 degrés 15 minutes de la Ligne (0), la glace avoit chaque 


nuit l'épaifleur d'un doigt. 
prouvé. 

IL y a quinze journées de route entre Mocka & Zenan. Le 5 de Janvier 
1611, on arriva deux heures avant le jour à deux milles de cette Ville, où 
les Anglois furent gardés à terre jufqu’au lever du Soleil, & fouffrirent un 
froid fi vif, qu’au départ ils pouvoient à peine fe remuer. A quelque diftan- 
ce de la Ville, ils rencontrèrent un Officier du Bacha, à la tête de deux 
cens hommes, avec leurs trompettes & leurs tymbales. On s'arrêta quelque 

tems 


Sir Henri ne l’auroit pas cru, s’il ne l’avoit é- 


y (n) Cela prouve que les Mahométans vec ceux des autres Nations. 
font  fufceptibles d'humanité & de jufti- Ce] “2 Sir Henri obferva la latitude de 
ce ; & que tous les Turcs ne font pas éga- cette Ville, avec un Inftrument qu'il y fit; 
lement cruëls & avides. . Les défauts ne fe  & il jugea qu'elle étoit éloignée de 180 mil- 
Et gucres que parmi ceux qui fontàla les de Mocka au Nord-Nord-Oueft. Mais il 
; te du Gouvernement & parmi les Soldats; doit y avoir une erreur dans cette obferva- 
encore ceux-ci les ont-ils en commun a- tion, car Zenan eft au Nord-Eft de Mocka, 
2 


Sir Henat 
Miperos. 
1610. 
Honnèêtes 
ens parmi 

(A H y UC 


Route des 
Anglois. 


rO1r. 
Îls arrivent 
Zenan. 


Sr Herr 


Mippieron. 


1011. 


Réception 


des Anglois à 


Zenan. 


L'Amiral eft 


conduit de- 


vant le Bacha. 


Circonftances 


de l’Audien- 


ce, 


‘que trop, repartit l’Amiral; & fi vous nous accordez la liberté de remonter 


5 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


tems encore, pour former l'ordre de la Marche. La Troupe de Zenan fe 
divifa en deux parties, dans l'intervalle defquelles les Anglois furent placés. 
On leur ôta leurs robes & leurs chevaux, pour les faire marcher à pied, 
L'Amiral & Femel furent les feuls qui confervèrent leurs montures, mais ils 
furent forcés de fuivre l'ordre de la Marche, Ils traverfèrent ainfi toute la 
Ville jufqu'au Château, en efluyant les regards d'une foule d'Habitans qui 
rendoient le paflage fort étroit: A la première porte, ils trouvèrent une 
Gurde nombreufe. La feconde étoit défendue par deux groffes piéces d'ar. 
tillerie fur leurs affûts, & la cour qui étoit entre deux leur parut fort fpa- 
cieufe, Les Soldats qui les avoient efcortés firent une décharge de leur 
moufquets à la première porte; après quoi ils fe mélèrent avec le refte de 
la Garde. L’Amiral & Femel furent avertis de mettre pied à terre, en en- 
trant dans la cour, & de fe placer à la tête de leurs gens. 11 n’y furentpas 
long-tems fans étre appellés par quelques Officiers qui les conduifirent devant 


le Bacha, C'étoit un jour de Divan, ou de Confeil. Où leur fit monter à 


l'extrémité dela cour un cfcalier de douze marches, au fommet duquel.deux 
hommes d’une taille extraordinaire prirent l'Amiral par les bras , en les fer. 
rant de toute leur force, & l'introduifirent dans une longue gallerie où le 
Confeil étoit affemblé. 11 y avoit de chaque côté un gran: nombre de fpez- 
tateurs afiss mais le Bacha étoit dans l'enfoncement, feul fur un fopha, av.c 
un certain nombre de Confeillers qui étoient à quelque diftance de lui. Le 
plancher étoit couvert de tapis fort riches; & tous ces objets enfemble for: 
moient une affez belle perfpeétive. 

A cinq ou fix pas du Bacha, les deux Guides: del’ Amiral l'arrêcèrent bruf- 

uement. IH demeura pendant quelques minutes expofé aux regards de l'Af. 
emblée. Enfin le: Bacha lui demanda d'un air fombre & dédaigneux de quet 
Pays il étoit & ce qu’il venoit chercher dans: celui des: Turcs. L'Amiral ré. 
pondit qu'il étoit un Marchand Anglois, & que fe croyant ami du Grand 
Seigneur en vertu des Traités du Roi fon Maître, il étoit veuu pour éxer- 
cer le Commerce. Il n'eft permis à aucun Chrétien, lui dit gravement |: 
Bacha, de mettre le pied dans eitte Contrée ; & j'ai moi-même averti |: 
Capitaine Sharpey de déclarer là-deflus les. ordres. du Grand-Seigneur aux 
Marchands de fa Nation. L’Amiral répliqua que le Capitaine Sharpey ayant 
eu ‘le malheur de périr par un naufrage fur la Côte de l'Inde, n’avoit pû com- 
muniquer cet avis aux Marchands d'Angleterre; & que pour lui, s’ileûc été 
mieux informé, il n’auroit pas pris plaifir à fe précipiter dans la fituation 
où fon malheur l’avoit conduit. Il ajoûta que l'Aga de Mocka l’avoittrom- 
pé, en l'affürant que les Anglois feroient vûs de bon œil dans le Pays, & 
qu'ils y feroient aufi libres que dans tout autre lieu: de la Turquie; qu'’illeur 
avoit fait quantité d’autres promefles par rapport à leur fûreté ; mais que 
violant aufli-tôt fa parole, 1l les avoit fait attaquer par des gens armés, ilen 
avoit maflacré plufieurs, &.l’avoit fait prifonnier lui-même avec le refte. 

Le Bacha répondit que l'Aga n’étoit que fon Efclave , & n’avoit.pas cu 
droit de prendre des engagemens fans fa participation : mais que tout ce 
u'il avoit entrepris contre les Anglois s’étoit fait par fes ordres, ou por 
fans ceux du Grand-Seigneur même , qui vouloit que les Chrétiens fuffent 
châtiés lorfqu’ils ôfoient approcher de la fainte Ville. Nous ne le fommes 


fur 


rent 
de "y 
alloit 
me fo 
revint 
LE 
ou du 
portes 
avec ç 
& les i 
à pren 
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intérêt. 
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amitié 
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fert {olc 


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| 


Zenan fe 
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1 toute la 
bitans qui 
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Ce, en en- 
furent pas 
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n les fer- 
rie où Île 
e de fpez- 
pha, avc 
> Jui. Le 
nble for: 


érent brul- 
1s de l'Af- 
ux de quet 
Amiral ré- 
du Grand- 
our ÉX£r- 
ement |: 
averti ls 
pneur aux 
rpey ayant 
it pû com- 
s'ileût été 
à fituation 
voit trom- 
Pays, & 
ÿ qu'illeur 
mais que 
més, iler 
refte. 
Dit. pas Cu 
e tout ce 
ou plûtôt 
ens E ffent 


e, fommes 
remonter 
fur 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. I. 213 


fur nos Vaifleaux, cette avanture nous fervira de leçon pour l'avenir. Non, 
lui dit le Bacha, vous demeurerez ici, d'où vous pourrez écrire à l'Amballa- 
deur que vous avez à Conftantinople (p), & de mon côté j'écrirai au Grand- 
Seigneur , pour confüulter fes volontés fur votre fort, & fçavoir s'il vous per- 
met ici le Commerce. 

L'AminaL fut congédié après cette explication, & conduit avec cinqou 
fix de fes gens dans une prifon affez commode, tandis que tous les autres fu- 
rent précipités daus un noir cachot & chargés de chaînes. Un jeune homme 
de fa fuite, s'étant imaginé en le voyant conduire devant le Bacha, qu'il y 
alloit recevoir la mort, & qu'on ne lui feroit pas attendre long-temps le mé- 
me fort après fon Maître, tomba dans un évanouiffement fi profond qu'il n'en 
revint que pour expirer peu de jours aprés. 

Le 6 de Janvier, Sir Henri fut étonné de recevoir un Meffager du Kiahia, 
ou du Lieutenant-Général du Bacha, qui l'invitoit à déjeûner avec lui. Les 
portes de fa prifon lui furent ouvertes. Après avoir déjeüné familièrement 
avec ce Seigneur , il lui raconta dans des termes fort touchans les trahifr as 
& les injuftices qu'il avoit effuyées à Mocka. Le Kiahia l'exhorta beauco. » 
à prendre courage, en lui faifant efpérer que fes affaires prendroient bien- 
tôc une meilleure face, & lui promettant du moins tous fes fervices, Scher- 
mal, Conful des Banians de Mocka, avoit mis cet honnête Turc dans les 
intérêts d'Angleterre. L’Amiral s’en apperçut encore plus aux civilités qu'il 
re us de fon Geolier, & aux nouvelles commodités qu'on lui fournit dans fa 

rifon. | 
: Deux jours après, il fut invité par le Kiahia à l'accompagner avec Fe- 
mcl, dans une promenade à fa maifon de campagne. Là, ce génereux Mu- 
fulman l'affüra fans reftriétion qu’il ostiendroit bientôt la liserté avec tous 
fes compagnons, & qu'il feroit renvoyé à Mocka, où fes Ennemis feroient 
forcés de réparer tous les outrages qu'il en avoit reçus. Il lui promit que fon 
amitié pour les Anglois fe foûtiendroit avec conftance; & prenant à témoins 
quelques Turcs & quelques Arabes, qui compofdient fon cortège , il protes- 
ta que tout ce qu’il avoit fait jufqu'alors ,n’étoit que dans la vûe de plaire à 
Dieu. Sir Henri n'en jugea pas moins que fon premier motif étoit l’efpé- 
rance d'un préfent confidérable. Iamed Aga, qui avoit écrit en faveur des 
Anglois,. les avoit prévenus fur les principes de la Cour de Zenan, Le mêé- 
me joue il y arriva un More du Caire, qui étoit ancien ami du Bacha, & 
qui lui avoit prêté des fommes confidérables avant fa fortune. Ce More avoit 
eu dans la Rade de Mocka un Vaiffeau prêt à faire voile pour les Indes lorf- 
que les Anglois avoient été trahis ; & s’attendant à quelque effet de leur ref- 
fentiment, il n'avoit pas douté que la vengeance ne les portât d'abord à fe 
faifir de fon Bâtiment, Mais ils l'avoient laiffé partir avec tant de liber- 
té, que dans la reconnoiffance qu'il avoit cru leur devoir, il leur avoit of- 
fert folemnellement fon amitié, Il avoit écrit en leur faveur au. Bacha ; &, 
ne 


. & (p) Cette Ville eft appellée dans lare- nommoient la Ville, par excellence, C’eft 
Hton Stambol , par corruption des mots ainfi qu’encore à préfent Athènes eft appellée 
SVECS dis sw mea, Mots dont les Grecs fe  Satines , par corruption de is Aëéras. Pojel, 
fervoient ordinairement qnand ils vouloient Comp. Cof. €? Fr. Port. Cret. Purchal]. 

dire qu'ils aloient à Conftantinople, qu'ils 


Dd 3 


Sin Hewnr 
MippLerTon. 
1611, 
Sentence du 

Bacha, 


Les Anglois 
rentrent en 
prifon, 


Faveurs qu'ils 
reçoivent du 
Kiahia, 


Efpérances 
u’on leur 
onne, & fe- 

cours qu'ils 
reçoivent de 
plufieurs amis, 


Sin Hennt 
MiboLuTron, 
1611. 


KR ET har- 
die de l'Ami- 
tal, 


Les Prifon- 
niers An:lois 
d’Aden font 
envoyés à 
Zenan. 


Récompenfe 
promife au 
Kiahia. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ne ménageant point les termes, il lui avoit repréfenté qu'il s'expoñoit au rif. 

uc de ruiner le Pays, en y détruifant le Commerce, Dans la vifite qu'il lui 
faifoit à Zenan, il joignit toutes fortes d'inftances à cette raifon; &, per. 
fonne n'ofant parler avec la même liberté , il lui confeilla de renvoyer les 
Anglois avec toutes leurs marchandifes. L'Amiral confeffe dans fa Relation 
qu'il fut redevable de fon falut à de fi puiffantes follicitations. Il apprit en. 
fuite de Schermal & de Hamed que le deffein du Bacha, en le faifant ame. 
ner à enan, avoit été de lui faire couper la tête, & de réduire tous fes 
gens à l'efclavage. Hamed, furnommé J’addi, étoit un riche Négociant d'A. 
rabie, qui faifoit fa demeure ordinaire à Zenan, & qu'on appelloit le Mar. 
chand du Bacha. Son amitié fe foûtint avec la même fidélité jufqu’au départ 
des Anglois. 

L'AMIRAL encouragé par tant de motifs, fit préfenter au Bacha une Re. 
uête aflez hardie, Il expoñoit qu'en fe rendant à Mocka il avoit donné or. 
re aux Commandans de fes Vaifleaux de fufpendre les hoftilités pendant 

vingt-cinq jours, & d'en ufer enfüuite à leur gré, fi dans cet efpace ils ne 
recevoient aucune nouvelle de lui. Le tems étant expiré, il prenoit la liber. 
té d'en avertir le Bacha, afin qu'il daignât fe hâter de terminer fon affaire, 
ou de lui donner À or favorables affürances qu'il pût communiquer à fes 
gens; fans quoi il ne pouvoit répondre que fe voyant fans Chef, ils ne fe 
portaffent à la violence. Cette rufe produifit tant d'effet, que deux jours 
après on déclara politivement à l'Amiral que toutes les difficultés étoient fi. 
nies; & que s'il étoit encore retenu à Zenan, c'étoit pour attendre l’arrivée 
de quelques Anglois qui avoient été arrêtés aufli à Aden, & que le Bacha 
faifoic venir, dans le deffein de les renvoyer tous enfemble à Mocka. 

EN effet on vit arriver le 17 M. Fowler & dix-huit autres Anglois, qui 
fortoient des prifons d'Aden. Ils furent préfentés au Bacha, qui The Br Le 
mêmes queftions qu’à l’Amiral, & qui les envoya dans une prifon fans les y 
faire maltraiter. Quelques jours après, le Kiahia fit inviter l'Amiral à l’ac. 
compagnet dans fes Jardins. Il lui dit que le Bacha avoit deflein de le voir 
aufli dans fa maifon de plaifance, & qu’il lui conféilloit d'employer des ter. 
mes doux & foûmis pour l’appaifer entièrement. Sir Henri lui demanda s'il 
croyoit que le Bacha lui rendît fes marchandifes & fa Pinafle. Il répondit 
qu'il l'ignoroit; mais que fi les Anglois fuivoient fon confeil, ils ne touche. 
roient point à cet article, pendant leur féjour à Zenan. Ecrivez-moi de 
Mocka, ajoûta-t'il, & je vous fervirai de tout mon crédit. On a déja fait 
remarquer que le motif du Kiahia étoit l’efpérance d’une groffe fomme d'ar- 
gent. C’étoit dans cette vûe qu'il avoit engagé Scherniel À prévenir l’Ami- 
ral par fes bienfaits, & l’on avoit déja délibéré à quoi la fomme devoit mon- 
ter. Le Kiahia ne fit aucune difficulté d’en parler ouvertement, Il éxigea 
une promefle de 500 écus Vénitiens; & l'ayant obtenue, il partit à cheval, 
après avoir chargé l'Interprête d'amener fur fes traces l’Amiral & Femel &f 
Jardin du Bacha. 

ON les fit attendre une heure à la porte. Enfin l’Interprête ayant reçu 
ordre de les introduire , ils trouvèrent le Bacha dans un cabinet d'Eté avec 
le Kiahia debout à fa droite, & dix ou douze autres Turcs derrière lui. L’A- 
miral fut conduit par deux hommes, qui tenoient les deux côtés de fon ha- 
bit; & Femel, qui le fuivoit, eut la Tiberté de s'avancer fans ue cé 
ac 


14 


# 


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Bacha 
nant u 
vie qu’ 
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à qui les 
que, av 
Mocka 1 
dérable : 
voyé à ! 
glois ou 
tuer ou | 
Le Bach: 
de bonté 
retourne: 
Chrétien: 
fainte Vi 
LE pr 
devoient 
fait de lu 
hautes m 
gneur , q 
Conftant: 
gnité. Il 
vant, ju: 
du Caffer 
Ville, a 
L'Amiral 
affifter à 
lais du V 


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it au rif. 
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Relation 
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e le Bacha 
)cka. 
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iral à l’ac- 
de le voir 
er des ter: 
emanda s'il 
| répondit 
ne touche- 
ez-moi de 
a déja fait 
mme d'ar- 
enir l’Ami- 
evoit mon- 
Il éxigea 
à cheval, 


INDES ORIENTALES, Lav. IV, Car, I. 


Bacha, les voyant à deux pas de lui, leur fit figne de s'arrêter: mais pre- 
nant un vifage riant, il fit diverfes queftions à l'Amiral, fur fa fanté, fur la 
vie qu'il menoit à Zenan, & fur le goût qu'il avoit pour les ufag:s du Pays. 
Enfin il l'affüra que dans peu de jours il feroit renvoyé à Mocka avec tous 
grande partie auroit la liberté de retourner à bord, 
pptandis qu'il attendroit dans la Ville, avec les autres [au nombre de 29 7, que 

les Vaifleaux de l'Inde fuffent entrés dans le Port: api ès 

lui-même de remonter fur les fiens, & de tourner fes voiles où il voudroit, 
fL'Amiral [le pria de ne pas retenir un fi grand nombre de fes gens, mais il 
e l'ai dit, trente d'entre vous refterez ici: en- 
avoir fi fes marchandifes & 
t qu'elles ne le feroient pas, 


fes gens, & que la plus 


uoi il feroit libre 


eut ces mots pour réponfe, 
fuite ] malgré le confeil du Kiahia, il voulut 
fa Pinaffe lui feroient rendues. 
parce qu’elles avoient été confifquées au profit du Grand-Seigneur. Il demanda 
fi quelques matériaux du moins qu'il avoit à Mocka, & qui lui étoient nécef- 
ation, feroient reftitués. On lui promit de les rendre; & 
romefles à lui accorder la liberté de rentrer 
aifleau lorfque ceux de l'Inde feroient arrivés. 

EnsuirTe le Bacha prétendant juftifier ce qui s'étoit paflé, loaa beaucou 
fon propre caraétère & la douceur avec laquelle il avoit traité les Anglois. 
les félicita même du bonheur qu'ils avoient eu de tomber entre fes mains, 
les afMürant que fous un Gouverneur aufli rigide que fon prédéceffeur , il leur 
en auroit coûté la tête pour s'être approchés de la fainte Ville. 
clara qu'il ne leur étoit rien arrivé que par l'ordre exprès du Grand-Seigneur, 
à qui les Bachas du Caire & de Swaken, aufi-bien que le Cherif de la Mec- 
que, avoient repréfenté que le Vaiffeau Anglois l'#fenfion avoit acheté à 
Mocka les plus fines marchandifes de l'Inde; ce qui avoit fait un tort confi- 
dérable au Commerce de la Turquie; fur quoi le Grand-Seigneur avoit en- 
voyé à tous fes Commandans l'ordre de confifquer tous les Vaiffeaux An- 
glois ou des autres Pays Chrétiens, qui viendroient dans cette Mer, & de 
tuer ou faire Efclaves tous les hommes qui tomberoïient entre leurs mains. 
erfuader à l'Amiral que c'étoit le traiter avec beaucoup 
des ordres fi févères, que de lui accorder la permiflion de 
retourner fur fes Vaiffeaux. Il ajoûta que les Anglois & les autres Nations 
Chrétiennes apprendroient fans doute à ne pas s'approcher déformais de la 
fainte Ville. 

LE premier de Février, l'Amiral fut averti par le Kiahia que les Anglois 
devoient un compliment au Bacha fur le choix que le Grand-Seigneur avoit 
fait de lui pour fon Vifir. En effet ce Gouverneur venoit de recevoir les plus 
hautes marques de diftinétion & de faveur. 
gneur , qui étoit dans des termes fort honorables, on lui avoit apporté de 
Conftant'nople une épée fort riche &-les autres marques de fa nouvelle di- 
gnité. Ilrecut ces préfens avec beaucoup de folemnité, 
vant, juiqu'a deux lieuës de la Ville, on y dreffa une tente où il fe revetir 
du Caffetan & des autres ornemens qu'on lui apportoit. Il revint enfüite à la 
Ville, accompagné de tout ce qui pouvoit donner de l'éclat à fa marche. 
L'Amiral & es principaux compagnons eurent des places marquées pour 
; De-là , ils furent conduits par leur Interprece au Pa- 
lis du Viñir, où ils furent admis à l'Audience fans l'avoir long -tems atten- 


On lui répon 


faires pour la navi 
l'on s'engagea par 


Le Bacha voulut 
de bonté, malgr 


Outre la Lettre du Grand-Sei- 


Etant allé au-de- 
Femel # 


d'Eté avec 
e lui. L'A- 
de fon ha- 
uide. Le 
Bacha 


afifter à ce fp-étacle. 


Sun Hrnnr 
Miobiurow, 
1611, 
Promeflès 
que le Bacha 
ait aux An: 

glois, 


Eloge qu'il 


fait de lui- 
méme. 


Le Dacha de 
Zenan et créé 
Vilir, 


Il reçoit los 
pions du 
Grand Sci- 
bueur, 


216 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Smlluwur due, Sir Henri lui protefta qu'il n'avoit point d'autre vûe dans cette vif. 
Mioouxron, te que de prendre une vive parc à fa joye & de lui fouhaiter toutes fortes de 
1011.  profpérités. Le Vifir le remercia fort affeétueufement, & l'affüra que tou. 
tes fes promeflès feroient bientôt remplies, 11 parut fi fenfible au compliment 
des Anglois, qu'il leur accorda, comme une infigne faveur, la permiflion de 
baifer fa main. 
Les Anglois (4) CereNDanT la plus grande partie des Prifonniers fe reffentoit de 
font élargis. Ja mifère de leur fituation. L'ennui, le froid, la pefanteur des fers, le mau- 
vais air & la mauvaife nourriture en avoient fait toinber plufieurs dans des 
maladies dangereufes. A force de follicitations, Sir Henri obcine qu'ils fuf. 
fent délivrés de cette affreufe prifon. On lui donna dans la Ville une affez 
rande maifon, pour les y raffembler tous, avec la permiflion de prendre l'air 
de fe promener. Pour comble de faveurs le Kiahia lui envoya fix bœuñ, 
de obtien. & d'autres rafraîchiffemens, ui rendirent la fanté & les forces aux Malade, 
tes À Heat (Il l'avertit aufli que l'Aga Rhegis avoit écrit au Bacha qu'il étoit à propos 
té de retour. d'envoyer tous les Anglois à Aden, où ils pourroient s'embarquer fur leurs 
nerd Mocka,  Vaifleaux ; que par-là on préferveroit la Ville de Mocka, & les Vaificaux 
des Indes, qui pañloient par le Détroit de Bdb (r), de vous les effets du ref. 
fentiment de Sir Henri. Mais il lui apprit en même-tems qu'il avoir empéch 
que cet avis ne fut fuivi.] 

ENr1N l'ordre, ou la permiffion du départ arriva le 17. Le Kiahia fe char. 
ea lui-même de conduire l'Amiral & lemel à l'Audience du Bacha. Ils en 
urent reçus avec des marques extraordinaires de bonté, mais qui furent ac. 

compagnées d'avis & de menaces. 11 leur répéta qu'ils ne devoient leur falu 
qu'a fa clémence; que l'épée du Grand-Scigneur étoit longue, & qu'il lui a 
voit rigoureufement défendu de fouffrir les Chrétiens [& les (5) Luthériens}t 
dans ces Mers: que la porte feroit fermée déformais au press & que c'e 
toit aux Anglois à donner cet avis aux autres Nations Chrétiennes. L'Ami 
ral le fupplia du moins que s’il arrivoit quelques Vaifleaux Anglois dans le Pays 
avant qu'il eût le tems d’avertir fa Nation des ordres du Grand-Seigneur , on 
ne les trahît point par de faufles promefles, & qu'on leur déclardt neue 
ment qu'ils ne devoient efpérer aucun commerce avec les Turcs. Cette pric- 
re fut rejettée. Il fe réduifit à demander que le Bacha prût la peine d'écrire 
à Mocka, pour donner plus de force à fes ordres ; dans la crainte que l'A. 
ga, dont la haine étoit connue pour les Anglois, ne recommençat fes in- 
juftices. Tout l’orgueil du Vizir s’émut à cette propolition. Un mot de ma 
Tenche. répondit-il, n’eft-il pas fufifant pour renverfer une Ville de fonden 
Orgucilleufe comble? Si l’Aga vous fait tort, je le ferai écorcher jufqu’aux oreilles, & 


Pare du je vous ferai préfent de fa cête. N'eft-il pas mon Efclave ? 


CEPENDANT 


(4) La 4e. Scétion commence ici dansl'O+ bord favorable aux premiers, puifqu'ils feroient 
riginal. R. d. E. mis ici en oppoñition avec les Chrétiens. Mais 
dœ(r) Ou Bdbs c'eft-à-dire le Détroit de Bäb il faut confidérer que les Mahométans de ces 

*  Almondub, ou comme les Européens l'appel. quartiers, ne connoiffant que les Portugais Ou 
lent, de Babel Mandel. ‘autres Européens Catholiques qui adorentles 
œ(s) Il n'eft pas aifé de deviner ce qu'avou- Images, confondoient le mot de Chrétien à 
lu dire le Bacha; à moins qu'on ne fuppofe vec celui d’idolâtre; ainfi en diflinguant les 
FA a diftingué les Protettans d'avec les Ca-  Proteftans, ils évitoient de charger ceux-ci u ur 

oliques , diftinétion qui ne paroîtroit pas d'a- ne épithéte odicufe, 


oreille 
geant 
préta 
Ce qu 
Capab 
Les ri 
ner fin 
maflé 
pofref 
EN: 
Kiahia 
Chalou 
rendre 
Æ Ville, 
rin de 
e curi 
Zenan, 
tol, Le 
de l'ea 
La Vil 
l'E, o 
fon où 
quel on 
Darens 
Kples enf 
plüpart 
couvrel 
s'ils hal 
rent af] 
aux fer 
plaît a 
Les 
des cha 
Vaux, 
pied. D 
‘ dont l’ 
revers d 
plus loi 
milles. 
du mê 
KFravanfer 
moins g 
II, P 


d 
L 


te vif- 
fortes de 
que tous 
npliment 
iflion de 


ntoit de 
, le mau- 
dans des 
qu'ils fuf. 
une allez 
ndre l'air 
x bœuis, 
_Malades, 
à propoi 
fur leurs 
Vailicaux 
cts du ref: 
«empêché 


ia fe char: 
a, Ilsen 
furent ac- 
leur falut 
qu'il lui a 
uthériens]® 
S que c'e 
s& L'Ani 
ans le Pays 
igneur , 01 
rdt nette 
Cette pric- 
e d'écrire 
que l'A. 
cat fes in- 
ot de ma 
de fonden 
reilles, & 


EPENDANT 


qu'ils feroicit 
hrétiens. Mais 
étans de ces 
Portugais OÙ 
ui adorentles 
» Chrétien d- 
iftinguant Îes 
2r ceux-ci u 


* dont l’Amiral écrivit les noms. 


Kravanferas, 16 milles. Merfadin, [ Maifon à Caffé] 16 milles. 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cmar.L 21 


CereNDanrT, après ce tranfport d'orgueil & de colère , il donna ordre 
au Kiahia d'écrire quelques mots favorables à l'Amiral; mais il fut plus conf: 
tant dans.le refus qu'il fit de répondre à la Lettre du Roi d'Angleterre, En 
fortant de l’Audience, l'Amiral dit au Kiahia qu'il étoit fans épée, & qu'il 
demandoit la permiflion d'en acheter une, afin de ne pas retourner dans la 
condition d'un Prifonnier ; comme il étoit venu. Cette demande he 
oreilles du Bacha, qui lui envoya une de fes propres épées. Le Kiahia ju- 
geant que fa bourfe écoit mal remplie ve un fi long féjour à Zenan, lui 
préta cent fequins d'or, pour payer les frais de fa prifon & d'autres dettes. 
Ce qu'on a dit des vûes intéreiées du Kiahia n'empéchoit point qu'il ne fûc 
capable d'une aétion libérale ; au lieu que l'avarice du Bacha étoit extrême, 
Les riches Négocians avoient befoin des'obferver beaucoup pour ne lui don- 
ner fur eux aucune prife. Il avoit fait tuer depuis peu un Aga qui avoit a- 
maflé d'immenfes tréfors ; &, fans aucune forme de Juftice, il s'étoit misen 
poffeflion de fes richeffes. 

Enrin l'Amiral prit congé de fes Bienfaiteurs, & reçut deux Lettres da 
Kiahia ; l'une pour le Gouverneur d'Aden, qui lui ordonnoit de reftituer la 
Chaloupe du de: ar l'autre pour celui de Tayes, gi portoit ordre de 
rendre aux Anglois le jeune homme qu'ils avoient laiflé malade dans cette 


Ville, & qui avoit été forcé d'embrafler le Mahométifime, [Quoique le cha- 


rin de leur fituation ne leur eût pas laiflé beaucoup de goût pour les objets 
de curiofité, ils avoient fait quelques obfervations qu ils nous ont pe. 
Zenan, que d'autres nomment Sina, leur parut un peu plus grand que Brif- 
tol, Les maifons y font de pierres liées avec du ciment, Il ne s'y trouve que 
de l'eau de puits, & le bois y eft fort cher ; parce qu'il y eft apporté de loin. 
La Ville eft entourée de murs; & pour Fortereffe, elle n'a qu'un Château à 
l'Eft, où le Bacha fait fa demeure. Au long des murs, & fort près de la pri- 
fon où l’Amiral avoit été enfermé, on a ménagé un grand enclos, dans le- 
quel on tient, fous une fûre Garde, les femmes, les enfans & les proches 

arens de ceux dont la fidélité eft fufpeéte au Gouverneur. Les femmes & 


kfles enfans ont la liberté de courir dans cet efpace; [ces derniers courent la 


plûpart du tems nuds; excepté quand le froid eft fort grand; alors ils fe 
couvrent d’une peau de brebis; ils font aufli fauvages & aufñi endurcis que 
s'ils habitoient dans les montagnes:] fi les raifons qu'on a de les retenir du- 
rent aflez long-tems pour leur laifler le tems de croître, on les met alors 
aux fers dans une prifon plus étroite, pour y demeurer aufli long-tems qu'il 
plaît au Bacha. 

Les Anglois partirent de Zenan le 18 de Février, montés fur des ânes ou 
des chameaux, à l'exception de l'Amiral & de Femel qui obtinrent des che- 
vaux. Ils avoient pour Conduéteurs deux Chiaoux, l'un à cheval l'autre à 
pied. Dans une fi longue route, ils ne rencontrèrent que treize lieux habités, 
Siam, petite Ville avec un Château fur le 
revers d'une montagne, à 16 milles de Zenan. Surago, Village, 18 milles 
plus loin. Damare, petite Ville, 20 milles au delà. ÆErmin, Village, 15 
milles. Nakhel Sammar, Caravanferas ou Hôtellerie, fur une montagne 
du même nom, 14 milles. Mohader, Village, 13 milles. Rabatamaine, Ca- 
Tayes, Ville 
moins grande que Zenan dela moitié. Eufras, Ville, 16 milles. ÆfJambine , 

II, Part. Ee Caravanferas, 


Sun Fenat 
Miobitron, 


1611, 


Son Avarice, 


Obfervations 
fur lu Ville de 
Zenan, 


Retour de 
Anglois à 
Mocka, 


af VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sm Muwar  Caravanferas, 11 milles, ÆAkkamot, Caravanferas, 13 milles, Moy/a, Ville, qu'ils hu 
Mionieron. 17 milles. Make (1). compli 
1614: On s'arrêta deux jours à Damare, par l'ordre d'Abdalla Chelahi, Lieu. droit cl 
tenant du Bacha dans cette Province. Les montagnes efcarpées qu'on traverfe de cha 

Haine des A- dans cette route, ont pour habitans des Arabes qui ne peuvent fouffrir l'or. pardon 
gabes CORTE eil & l'infolence des Turcs, qui ne les laiffèroient pas voyager fans in. duite fu 
nue ulte, s'ils n'apportoient un palfeport de la Province d'où ils font partis, À tion, Si 
Mohader, un Les Chiaoux ayant pris quelques ânes pour fuppléer à ceux qui cha fer 

étoient fatigués du voyage, les Arabes s'attroupèrent aufficôc à la fuite de la leur, h 

Caravane, & reprirent ces animaux, fans qu'aucun Ture eût la hardielle de ter & q 

s'y oppofer. On palla deux jours à Tayes, pendant lefquels Sir Henri n'é. & qu'il 

argna rien pour délivrer le jeune Anglois des mains du Gouverneur, On qu'ils av 

Pavok forcé par toutes fortes de menaces d'embraifer la Religion de Maho- avec toi 

met. Un Matelot Anglois, qui parloit la langue du Pays, obtint la permif. Æberté q 

fion de le voir dans une chambre où il étoit avec plufieurs jeunes gens de fon Doane à 

Un leune “ee Ce malheureux jeune homme verfa beaucoup de larmes à la vûe de fon aux An, 
Anglois fe fait Compatriote, & protefta qu'il n'étoit pas Mahométan dans le cœur. Il ajoû- prefqu'a 
Mahométan. ta qu'il avoit été trompé par de faufles affürances de la mort des Anglois à chapper 
Zenan, & qu'on ne lui avoit laiffé que le choix du Turban pour fauver fà vie, me , il fe 

ce qui ne l'auroit même ébranié, fi plufñieurs Domeftiques de l'Aga ne toit fié« 

l'eullent mené malgré lui dans un bain chaud, où l'ayant dépouillé avec Moc 

violence, ils l'avoient circoncis. L'Amiral eut en vain recours à la Lettre du fendue p 

Kiahia. Elle portoit bien qu'on eût à rendre le jeune Anglois, mais fuppo- tion eft 

fé qu'il n'eût pas changé de Religion, Ainfi dans l'étac où il fe trouvoit , Gouverr 

elle devenoit au contraire un ordre pour le retenir. Sir Henri s'était dé- |  vance be 

fié en la recevant, qu'elle écoit conçue dans ces termes; & cette raifon l'a- our em 

voit porté à ne la montrer qu'après avoir employé inutilement toutes les au» aquelle « 

tres voyes. Fort qui 

Civilitéd'un  _ L’AMIRAL avoit été traité fort civilement à fon premier Ps ar le dans cet 
Gouverneur Gouverneur d'Eufras, qui étoit néanmoins Turc de naiflance & de Religion. n'eft pas 
Furc, Il en reçut les mêmes civilités à fon retour, jufqu'à trouver à fix milles de L'aps 
ce lieu un Meffager de fa part, qui venoit le féliciter de la fin de fes peines, } vint affe: 

& qui ne le quitta point jufqu’à la Ville, où les Anglois furent bien logés & qui fe tre 

bien fervis. is mirent feize jours dans cette pénible route [qui eft fort peu-1# Le lende 

pléel: Le 5 de Mars, [après s'être arrêtés deux outrois heures à Dabuli qui eftrg Dabul, 

un Café , bâti par un Marchand de Dabul, ] ils arrivèrent à Mocka vers huit re avec 

heures du matin, au milieu d'une foule d'Habitans Arabes, qui marquérent la Ville, 

beaucoup de joie de leur retour. Quelques Anglois qui y étoient reftés prifon- devant t 

niers, avoient été mis en liberté Îe jour d’auparavant , & ne manquèrent beaucou 

point de venir au devant de leurs Compagnons & de leurs Chefs. L’Amiral pas de m 

apprit d'eux que le Ciel avoit favorifé la hardicffe de Pemberton. Il étoit ren- cés de N 

tré heureufement dans Mocka, où il avoit trouvé le moyen de fe failir fur le avoient « 

Les Anglois Tivage d'un Canot, dans lequel il étoit retourné à bord. Ciel à ju 
arrivent à La Caravane alla defendre à la porte de l'Aga, qui confentit fur le champ Marchan 
Mocke, à recevoir l'Amiral & fes principaux Compagnons. Après avoir 1à les Lettres re invité 
qu'ils mirable, 

peine à 

Le h 


(5) On réferve une plus ample Defcription de cette route pour les Voyages parterre. 


INDES ORIENTALES, Li, IV. Cnar. 1 219 


"ils lui avoient apportées, il compofa fon vifage à la diffimulation, & fes 
complimers furent auffi vifs que l'amitié les auroit pû diéter, 11 rotcha qu'il 
droit charmé de leur retour, qu'il en remercioit le Ciel, & qu'il avoit autant 
de chagrin que de honte de cout ce qui s'étoit palTé, 11 pria l'Amiral de lui 4e l'Aga, 
pardonner, & de le mettre au nombre de fes amis. Enên rejettant fa con- 


duite fur l'ordre de fes Maîtres, il jura qu'il avoit fait violence à fon inclina- 
tion, Sir Henri feignic de le croire fincère, & lui demanda fi les ordres du Ba- 
cha feroient éxécutés. Les proteftations recommencérent avec la même cha- 
leur, Elles furent même foûcenues d'un déjeûner, que l'Aga le 44 d'accep- 


l'avenir 
f 


diefTe de ffrter & qu'il prie avec lui Len l'exhortant à avoir l'efprit tranquille 
enri n'é- & qu'il pouvoit étre affüré qu'il n'avoit plus rien à craindre de fa part, pui 
ur, On qu'ils avoient mangé enfemble du pain & du fel.] Enfuite le faifant conduire 
: Maho- avec tous fes gens dans une maifon voifine du rivage, il lui laiffa autant de li 
| permif Æberté que de repos pendant le refte du jour, Mais [foie qu'il eût manqué de 
ns de fon bonne-foi dès le premier moment , ou qu'il fût échappé quelqu'indiferétion 
\e de fon aux Anglois,] il les mic le lendemain dans un lieu plus éloigné du Port , & 
Il ajoû- prefqu'au centre de la Ville, comme s'il eût craint qu'ils ne penfaffent à s'é- 
inglois à chapper. 11 leur donna des Soldats pour Gardes pendant la nuit; & lui -méê- 
er là vie, me , il fe promenoit aucour de leur maifon pendant le jour, comme s'il ne s'é- 
l'Aga ne toit fié qu'à fes propres yeux pour les obferver, 
illé avec Mocxa eft d'un tiers moins grand que T'ayes. Ce n'eft point une Ville dé- … Grandeur & 
Lettre du fendue par des Fortifications , mais elle eft extrêmement peuplée. Sa fitua- fruation de 
is fuppo- tion eft fur le bord de la Mer, dans un terrain fort fabloneux. La maifon du °°" 
rouvoit , Gouverneur touche au rivage, & n'a, plus loin, qu'une grofle jettée qui s'a- 
étoit dé- vance beaucoup dans la Mer. C'eft où les Vaiffeaux font obligés d'aborder 
aifon l'a- ee empécher la contrebande, La tête de la jectée eft une plate-forme , fur 
s les au aquelle on a placé une douzaine de canons. Du côté de l'Oueft on a rebâti un 
Fort qui avoit été détruit par les Anglois dans le premier voyage qu'ils firent 
c par le dans cette Mer; [&, dans l'état même où l'on s'eft efforcé de le rétablir , il 
Religion. n'eft pas capable d'une longue défenfe.] 
illes de L'arrès-midi du 5, le Darling entra audacicufement dans la Rade, & 
peines, | vint affez près de la jettée pour faire afürer l’Amiral par quelques Anglois 
logés & qui fe trouvoient fur le rivage, que tout étoit en bon état fur les trois bords. 
Ort peu-1f Le lendemain, Nakada Maleck Ambar, Capitaine d'un grand Vaiffeau de 
li qui eltr Dabul, qui étoit arrivé dans la Rade deux jours avant les Anglois, prit ter- 
vers huit re avec un grand nombre de Marchands, & fut conduit folemnellement dans 
rquérent la Ville. L'Aga s'étant préparé à le traiter, invita l'Amiral à cette fête. La, , Serment de 
s prifon- devant toute l'Affemblée, il fe fit apporter l'Alcoran, qu'il baifa d'abord avec Lg À 2. 
quèrent beaucoup de refpcét; & de fon propre mouvement, il jura qu'il ne fouhaitoit glois, 
"Amiral pas de mal aux Anglois, qu'il feroit tout ce qui dépendoit de lui pour le fuc- 
toit ren- cès de leurs affaires, & qu'il avoit beaucoup de regret des peines qu'ils 
fir fur le avoient effuyées. l'Amiral lui fit des remercimens fort vifs, en laiffant au 
Ciel à juger de fa bonne-foi. Le jour fuivant, l'Aga donna une autre fête aux 
» champ Marchands de Dabul dans fa maifon de campagne , où l'Amiral fut enco- 
L Lettres reinvité. Les Dabulicns étoient montés fur des chevaux d’une beauté ad- 
qu'ils mirable, & parés fort richement , tandis que Sir Henri & Femel avoient 
peine à marcher fur ceux qu’ils avoient amenés de Zenan. 
terre LE huit, tous les Anglois qui étoient à Mocka, reçurent ordre de s’affem- 
Ee 2 bler 


Sim Henri 
MibDLETON. 
1611. 
Une partie 
des Anglois eft 
renvoyée à 

bord, 


Les trois 
Vailleaux fe 
retirent à 


Affab. 


Projet de l'A- 
miral pour 
s'échapper, 


Détail du 
commerce de 
Mocka, 


220 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


bler chez l'Aga. Ils étoient au nombre de foixante-fix , dont trente furent 
réfervés avec l’Amiral pour attendre l'arrivée des Vaiffeaux de l'Inde, &le 
refte eut la liberté de retourner à bord. Le Darling qui les vint prendre 
au rivage, obtint la permiflion d'acheter diverfes commodités; & mettant 
aufi-tôt à la voile, il alla rejoindre les deux autres Bâtimens qui s’étoient 
retirés dans une fort bonne Rade, nommée Æfab (uv), fur la Côte des A. 
byflins. Ils y avoient trouvé du bois & de l'eau en abondance. Les Habi. 
tans du Pays font auñi noirs que les Négres de Guinée. Sur les bords de Ja 
Mer, ils font tous Mahométans ; mais dans l'intérieur des terres il ne fe 
trouve que des Chrétiens, Sujets du Prête-Jean (x). Ils vont nuds jufqu'à 
la ceinture, où ils font couverts d’une forte de pagne qui leur tombe fur les 
genoux. L'arrivée des Anglois leur caufa d'abord beaucoup de frayeur, 
Mais lorfqu'on eût formé quelque liaifon , & qu'elle fût enfuite contirmée 
par des fermens mutuels, ils s'emprefférent de paroître avec des bœufs, des 
moutons & des chèvres. Les payemens fe firent pendant quelques jours en 
argent. À la fin ils demandèrent eux-mêmes , pour échange, de la toile 
groffière que les Anglois avoient achetée à Mocka, & ce commerce devint 
fort avantageux aux trois Vaifleaux. 
fut plein de franchife, quoique les Turcs qui pañloient & repañloient conti. 
nucllement dans de petites barques, fiffent tous leurs efforts pour leur faire 
changer de conduite.] Le Prince du Pays, fous l'autorité du Monarquedes 
Abyflins, fait fa réfidence dans une Ville peu éloignée de la Côte , à qua- 
rante milles au Sud d’Affab ; c'eft-à-dire , aflez proche du Détroit. Cette 
Ville fe nomme Rabaita, & pañle pour une des plus peuplées du Canton. La 
Langue qu'on y parle n'eft point entendue des Arabes, quoique tous les gens 
au-deffus du commun entendent celle d'Arabie. Les Commandans des trois 
Vaifleaux furent furpris de voir arriver des Députés du Prince qui leur en- 
voyoit des préfens , avec l'offre de tout ce que le Pays produifoit. Ils té- 
moignérent une profonde vénération pour un Prince fi généreux , & leur 
reconnoiflance 1e fignala par diverfes galanteries dont ils chargèrent fes 
Mefagers. 

EN partant de Mocka, le Darling avoit obtenu la permiffion d'y retour 
ner tous les dix jours, pour donner aux yeux des Infidèles , cette marque 
de refpeét & d'attachement à l’Amiral. Il ne parut point impofñible aux 
Prifonniers Anglois.de profiter de cette accafion pour fe mettre en liberté; 


LSir Henri auroit déja pu s'échapper feul; mais la crainte de laiffer fes com-1$ 


pagnons expofés au reflentiment des Turcs le retint.]. Tandis qu’ils s’occu- 
poient d’un projet fi hardi, ils eurent le fpeétacle continuel d’un grand nom- 
bre de Bâtimens, qui arrivoient de toutes les parties de l’Afrique &delIn- 
de. Ce détail peut faire prendre quelque idée du commerce de Mocka. Il 
arriva. le 2 d'Avril, un fecond Vaifleau de Dabul, extrêmement chargé 
d'hommes &. de marchandifes. Le Capitaine ou le Nakada , fit une mar 
che folemnelle dans la Ville, en robe peinte, fuivant l’ufage. Ces robes 

qui 


7 (v) Ce mot peut fignifier un lieu qui que cet endroit étoit rempli de beftiaux. 
abonde, ou un lieu: qui manque de pâtura- ur (x) C'étoit le nom qu'on donnoit 2- 
ges. Mais il faut le prendre ici dans lepre- lors à l'Empereur des Abyflins. 
mier fens, parce qu'il paroït par la relation 


[Leur procédé à l'égard des Angloistÿ 


Dit [qui fut fu 


Æ François 


qui fe g: 
rendues 
ment no 
vit entre 
avec fa 
partenoi 
& le fuc 
qu'il em] 
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K Barques. « 


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17, il vi 
de Suez @ 
Vaifleau 
qué de l’e 
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de Sokoto 

Sir H 
tres en À] 
reçu à Mc 
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étoit que 
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de dents d 
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bre. L'’a 
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nir d’éclai 

(y) Le 
d’en recon 


(3) 


furent 
>, &le 
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il ne fe 
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Ja toile 
e devint 
 Angloisk? 
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Ils té- 
, & leur 
bérent fes 


y retour- 
e marque 
ffible aux 
à liberté ; 


r fes com-KF 


Is s'occu- 
and nom- 
& de l’In- 
ocka. Îl 
dt chargé 
une mar 
es robes 

qui 


beftiaux. 
donnoit à 


INDES ORIENTALES, Liv. IV Cuar. I. 


221 
qui fe gardent à Mocka pour ces occafions, font louées un certain prix, & 


rendues fidèlement après la fête. Le 3, il arriva d’Aden une forte de Bäti- 

ment nommée Ÿelba, qui amenoit la Chaloupe du Pepper-Corn. Le 4, on 

vit entrer dans le Port un troifième Vaiffeau de Dabul, qui revenoit d’Achin. 
avec fa cargaifon de poivre. Ces trois gros Bâtimens de la même Ville ap- 
partenoient au Gouverneur, qui étoit Perfan, & fort célèbre par l'étendue 

& le fuccès de fon commerce. Capitaines & Matelots , tous les hommes 

qu’il employoit à fon fervice étoient fes Efclaves. Maleck Ambar qui com- 

mandoit les trois Vaifleaux, & que l’Aga traitoit avec tant de diftinétion ,. 
n'étoit pas d’une condition plus relevée. Il n’avoit pas coûté plus de quinze 
ou feize piéces de huit à fon Maître : mais ayant mérité fon amitié & fa 
confiance, il difpofoit de toutes fes richefles, & jamais on ne le vayoit par- 
yptir fans une fuite aufi nombreufe que celle d'un Bacha. [Le 6 Sir Henri 
envoya au Kiahia Chelabi- Abdallah un moufquet bien travaillé, avec un petit. 
baril de poudre qu'il lui avoit promis.] Le 7 il arriva de l'Inde un Vaifleau 
chargé de coton. Le 11, deux grandes & riches Barques des Maldives ,. 
dont le Commandant rendit plufieurs vifites à l’Amiral. Le 12, deux autres 
ff” Barques de la Côte de Malabar, [par un Vent d'Oueft, qui après avoir du- 
ré cinq jours, revint au Sud-Sud-Eft.] Le 14, une Barque chargée de co- 
ton, pour les Banians, & le lendemain une autre Barque de Cananor. Le 

17, il vint par terre une nombreufe Caravane de Marchands de Damas, 

de Suez & de la Mecque, pour commercer avec ceux de l'Inde. Le 19,un 

Vaifleau & une Barque de Cananor. Le Capitaine de ce Vaiffeau ayant mar- 

qué de l’empreffement pour voir l'Amiral Anglois ,. cette politefle déplût fi 

fort à l’'Aga qu’au milieu de la vifite il leur fit défendre par un de fes gens 

de continuer leur correfpondance. Le 20, il arriva un Vaifleau de Calecuts 
Wkp [qui fut fuivi du Darling ;] le 23, une grande Barque qui appartenoïit au Roi 
de Sokotora, & qui revenoit de Goa. 

Sir HENR1 cherchoit depuis long-tems l'occafon de faire pafer des Let- 
tres en Angleterre, pour informer fa Compagnie du traitement qu'il avoit 
reçu à Mocka. Le 2 de May, un Guzarate qui entreprenoit le voyage du 
| Caire, fe chargea des deux copies de la même Lettre, l’une pour le Confüul 
Æ François du Caire, l’autre pour le Confüul Anglois d'Alep. [Son efpérance 

étoit que l’un ou l’autre pañléroit heureufement: mais c’étoit {e fier beaucoup 
au hazard.] Le 10 il arriva une Barque de Suabell ou Magadoxo., chargée 
de dents d'éléphans, d'ambre &. d’autres richeffes de l'Afrique. Chaque an- 
née il venoit quatre Barques du mème Pays; mais il étoit alors troublé par 
la guerre, & les Portugais y avoient brûlé tant de Bâtimens ,que le coura- 
ge avoit manqué aux Marchands pour en faire partir un plus grand nom- 
bre.  L'ambre venoit de Kankamara dans l’Ifle de Madagafcar, c’eft-à-dire, 
du même lieu. où le Capitaine Rowles, qui commandoit l’Union , avoit été 
lâchement trahi. L'Amiral s'informa de fon fort, mais fans pouvoir obte- 
nir d’éclaircifflement. 

: (y) LE Darling étoit déja. venu au Port de Mocka, dans l'unique vûe 
d'en reconnoître la fituation, & de recevoir les ordres de l'Amiral. Il yre- 


vint 


(y) Ici commence la se. Se&tion de l'Original, R. à. E 


Ee 3 


Str Herr 
MipDLETON, 


1611. 


L'Amiral {e 
fert d'un Gu- 
Zarate pour 
écrire en An- 
gleterre. 


Sir ent 
MipoLeTon, 
1611, 


L'Aimiral An- 
glois penfe {é- 
rieufement à 
fe fauver. 


Mefures qu’il 
prend pour fon 
évafion. 


life fait por- 
ter au rivage 
dans un coffre. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


229 
vint le 10 de May vers midi; & füuivant fa coûtume , il cira un coup de 


canon , pour avertir qu'on lui envoyât une Chaloupe à bord. Le boulet 
gliffa fur l'eau, du côté de la Ville; ce qui déplût beaucoup à l'Aga. Ce. 
endant il ne refufa point à Sir Henri la ner d'envoyer au Vaifleau, 
ais il fit porter au Capitaine Pemberton la défenfe de revenir dans la Ra. 
de, & celle même d'envoyer fa Chaloupe au rivage, fans avoir reçu de nou. 
veaux ordres. 

Le lendemain au point du jour, l'Aga étant parti pour fa maifon de cam. 
pagne avec les principaux Habitans de la Ville, Sir Henri réfolut de faifir 
cette occafion pour éxécuter le projet qu'il méditoit depuis long-tems de fe 
mettre en liberté. IHamed Aga, & d'autres Turcs aufli-bien difpofés pour 
les Anglois, lui avoient dit plus d’une fois que le Bacha n'éxécuteroit point 
fes promeffes s’il n’y étoit forcé. Enfin, l'ennui de fa prifon fortifiant fon 
courage, il écrivit à Pemberton qu'il croyoit pouvoir fe fauver dans un cof. 
fre vuide, & qu'il le prioit de lui envoyer promptement, la Chaloupe, avec 
gs Matclots réfolus, & des liqueurs fortes pour enyvrer fes Gardes, 

vant que de communiquer fon deflein à Femel, il le fit jurer, non-feule. 
ment de garder le fecret, mais de ne faire aucune objeétion contre une en. 
treprife à laquelle il étoit déterminé. Enfuite lui ayant là ce qu'il écrivoit à 
Pemberton, il le chargea de faire là garde, avec quelques autres, dans un 
certain endroit du rivage ; avec proméfle de les attendre, s’il pouvoit gagner 
la Chaloupe , & deles prendre avec lui. D'un autre côté, il donna ordre à 
fes Charpentiers & à d’autres Artifans de fa fuite, de fe faifir d’une Barque qui 
étoit au Sud de la Ville, & qui ne manquoit de rien pour mettre à la voile; 
mais il leur défendit abfolument de s'y embarquer avant qu'ils euffent vû la 
Chaloupe s'éloigner de la jettée. 

Tout parut d'accord à favorifer l’entreprife de l’Amiral. L'Officier qui 
le gardoit s'arrêta long-tems à boire dans un Cabaret de la Ville; ce qui é 
toit fans éxemple, car les yeux dé cet incommode Géolier ne s’étoient pas 
fermés un moment fur le Chef des Anglois. On laiffoit aux autres la liberté 
de fe promener & d'aller jufqu’au rivage fans être obfervés ; mais Sir Hen- 
ri l’étoit fi continuellement que le tems de fon fommeil n’étoit pas excepté. 
Il profita de l’abfence de l'Officier pour diftribuer entre fes autres Gardes les 
liqueurs fortes qu’il avoit reçues de Pemberton. Ils ne furent pas long-tems 
à s'enyvrer. L'Officier étant revenu à minuit fe retira dans fa chambre qui 
n'étoit féparée de celle de l’Amiral que par un mur. Ce fut alors que les 
Anglois du complot fortirent deux à deux pour fe rendre aux lieux que Sr 
Henri leur avoit marqués. Pour lui, fe mettant dans le coffre qu’il tenoit 
prêt, il fut porté direétement au rivage , où il fortit de cette cage pour en- 
trer heureufement dans la Chaloupe. Onze perfonnes qui l’avoient fuivi a: 
vec le même bonheur, & qui avoient fervi à le porter y entrèrentavec lui. 

Mais Femel & ceux de fa troupe perdirent trop de tems à vouloir fe char 
ger de nille chofes moins précieufes qu'embarraffantes. Le bruit de leur 
fuite fe répandit dans la Ville, & mit en mouvement quantité de Turcs pour 
les pourfuivre. Cependant les Traîneurs auroient pu fe fauver, fi fe hâtant 
moins de gagner la Chaloupe, ils euffent été l’attendre à la pointe de la jet- 
tée; mais avant qu’elle pût fe mettre en état de les recevoir, les Turcseu- 
rent le tems de s'approcher. 
L'AnIRaL 


L'Ar 
efforts Ï 
Leur m: 
tre le fa 
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lus éloi 
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nt fuivi 4 
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Turcs pour 
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s Turcs el- 


L'AMIRAL 


LA 


INDES ORIENTALES, Lav. IV. Cuar. I. 


L'AutraL défefpèré de voir fes gens à la merci des Infidèles , fit tous les 
efforts imaginables pour les fecourir, jufqu'à retourner fort près du rivage. 
Leur malheur voulut que dans cette précipitation, il heurta rudement con- 
tre le fable; ce qui l'empêcha de s'avancer plus loin: mais il fi: mettre quel- 
ques-uns de fes gens à la nage, pour fauver du moins Femel. Ils n’étoient 

lus éloignés de laterre que de la longueur d'une pique, lorfqu'ils virent les 
Fures qui fe faififloient de lui & de fes Compagnons. Femel, vivement pour- 
fuivi par un homme fort vigoureux, lui tira au vifage un coup de iftolet, qui 
le bleffa mortellement. Sir Henri conçutalors qu’il n y avoit rien à fe promettre 
de la force ni de l'adreffe. 11 voyoit toute la Vikle en allarme & le rivage 
couvert de gens armés. D'ailleurs, il avoit encore à traverfer un efpace dan- 

creux, & fi refferré par la petite Ifle qui partage le Port, qu'il y auroit eu 

e la folie à s'arrêter plus long-tems. 11 donna ordre à fes Rameurs de gagner 
le grand Canal; & fe trouvant bientôt en pleine eau, il ne lui refta plus rien 
à craindre de fes ennemis. 

PENDANT cetems-là, on veilloit éxaétement fur le Darling; &lorfqu'on 
vit approcher la Chaloupe, onfe mit en état de la fecourir , fi elle étoit pour- 
fuivie. Les Artifans qui s’étoient faifis de la Barque, ayant conduit leur en- 
treprife avec beaucoup de bonheur, parurent prefqu'en même tems, & n'eu- 
rent pas plus de peine à gagner le Vaiffeau. T'olbot fut le feul qui périt à la vûe 
de ceux qui s'éloignoient du rivage. Il s'étoit arrêté trop long-tems; & les 
autres ayant mis à la voile, fans s'être apperçu qu’il manquoit, il n’eût pas 
d'autre reffource que de fe jetter à la nage pour les rejoindre. Mais fes ha- 
bits, ou d’autres obftacles, caufèrent fa perte & le firent difparoître en un 
moment. 

Sir Henri ne laiffa pas de conferver jufqu’au jour l’efpérance de voir ar- 
river quelques-uns des malheureux qu'il laifloit derrière lui. On découvrit 
en effet un Canot qui s'avançoit lentement, & qui portoit deux hommes: 
mais c'étoient deux pauvres Arabes , & la crainte caufoit leur lenteur. Ils 
parurent balancer long-tems à s'approcher du Vaiffeau. Entin le plus hardi 
s'étant déterminé à monter à bord, préfenta une Lettre, dont on reconnut 
au Titôt le carattère. Elle étoit de Femel, qui exprimoit avec beaucoup de 
force le péril qu’il avoit eflfuyé, & celui dont il fe croyoit encore menacé. 
Ceux qui lavoient arrêté, avoient voulu d’abord lui ôter la vie; mais quel- 
ques Soldats, qui avoient été careflés parles Anglois, s’étoient empreffés de 
le fecourir, & l'avoient conduit avec fes Compagnons dans la maifon del’A- 
ga, dont il attendoit le retour en tremblant. 

ON apprit enfüuite que l’Aga, trouvant à fon arrivéecette troupe de Pri- 
fonniers, devint auli pâle que fon Turban, & que dans le premier tranfport 
de fa colère, il protefta qu'il leur en coûteroit la tête. Il leur demanda 
comment ils avoient eu la hardieffe de vouloir le tromper. Femel répondit 
qu'étant venu d'Angleterre fous l'autorité de leur Amiral, ils n’avoient rien 
entrepris que par fes ordres, auxquels il ne leur étoit pas permis de défobéir. 
Cette réponfe n° l'ayant point appaifé , il les fit charger de chaînes, enré- 
pétant qu'il leur feroit abhatre la tête. Mais il parut s’appaifer dès le lende- 
main, à la prière de Nakada Maleck Ambar, & des autres Capitaines E- 
trangers , qui fe portoient à fervir les Anglois par la crainte qu'ils du 
cnt 


229 


Sir Heat 
MipperTon. 
1611. 
Malheur d'u- 

nepartie de 
fes gens. 
Femel eft 
arrêté avec fes 
Compagnons, 


L'Amiral & 
d’autres An- 
glois échap- 
pent aux 
lurcs. 


Trifte fitua- 
tion de Femel 
& des autres 
Prifonniers. 


Sir Hennt 
MipDLETON. 
1611. 
Fierté de 
l'Amiral An- 

glois. 


La Flotte An: 
gloife fe rend faire venir les deux autres Vaiffeaux. Ils arrivèrent le lendemain 


dominante 
dans le Port, 


entre l’'Amiral 


&les Turcs. 


Variations de 


l'Aga. 


224 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fent leurs Vaiffeaux dans la Rade, Cependant ils furent gardés plus étroite. 


ment que jamais. 


D'un autre côté l’Amiral fit déclarer à l'Aga que s’il continuoit malgré 
l'ordre du Bacha , de retenir fes gens, & ce qui appartenoit à fes Vaifleaux, 
il brûle-oit tous les Bâtimens qui étoient dans le Port, & qu'il étendroit fa 
vengeance jufqu’à la Ville. Il fit avertir en même-tems tous les Capitaines 
étrangers de n'envoyer aucune Chaloupe à leurs Vaiffeaux qu’elle ne fe préfen. 
tât au fien, pour y rendre compte de leur commiflion, & de n’en rien faire 


venir fans fon confei:ement ou fans fon ordre. 


Un procédé fi ferme jetta 


le trouble & la coniternation dans la Ville. L'Aga fort embarrafté lui-même 
craignit qu'il ne lui en coûtät la tête. L'Officier, qui avoit été chargé de la 
garde de l’Amiral, étoit encore plus allarmé. L'Emir al Bahr accufé d’avoir 
confenti à la fuite des Anglois, ut obligé de fe mettre à couvert; & leur 


Géolier ne trouva point d 
tir qu'après avoir obtenu fa grace. 


préfens à Femel, [@& à fes compagnons, auxquels ils ne daignoient pas 


parler auparavant. | 


autre azile qu'une Mofquée, d'où il ne voulut for. 


La plûpart des Capitaines & les Mar- 
chands, fort inquiets pour ieurs Navires, envoyérent des vivres & d’autres 


La nuit fuivante, Sir Henri envoya fa Chaloupe à la Rade d’Affab, pour 


(æ) dans 


celle de Mocka; & dès la première marée, toute la Flotte s’approcha du 


Port. [Sir Henri fe rendit à bord de l’Increafe, où il fut reçu avec de gran-ÿ 
Le 12, Mohammed, Capitaine d'un Vaifleau de Ca- 


des marques de joie. 


nanor, vint à bord de l’Amiral, avec des Lettres de l'emel, & l’ordre de 
l'Aga, pour lui déclurer que l’Aga étoit extrêmement affligé de la manicre 
dont il évoit parti ; que fon deffein avoit été de lui rendre la liberté ; qu'il é- 
qu appartenoit à fes Vaifleaux; maïs 


toit encore difpofé à lui reftituer ce 
qu’il ne pouvoit lui envoyer le refte 


e fes gens fans la permifion du Bacha; 


qu’il lui demandoit quinze jours de délai, & que, fi dans cet intervalle tous 
Convention les Prifonniers n’étoient pas à bord, il ne fouhaitoit aucune grace. L'Ami 
ral répondit qu’il vouloit d’abord fa Pinafle, parce qu'il ne pouvoit s'éloigner 
autrement de la Rade. Cependant il fe rendit aux inftances du Nakada pour 
accorder le terme qu’on lui demandoit ; & fans s'expliquer fur fes deffeins, 
il remit à prétendre des fatisfaétions, après qu'on lui auroit rendu fes gens & 


fa Pinafte. 


MonaAMMED étant retourné à la Ville, raffüra les Habitans par la réponfe 


des Anglois. 


Cependant l’'Aga parut fort irrité de fe voir redemander la 


Pinaffe. Il fe fit amener Femel, pour apprendre de fa bouche quelles pou- 
voient être les intentions de l’Amiral, lorfque par fes conventions avec le 
Bacha, la Pinafle & fes marchandifes devoient refter au Grand-Seigneur. Fe- 
mel répéta ce qu’il fçavoit que l’Amiral avoit répondu; c’eft-à-dire, que les 
Anglois ne pouvoient partir fans leur Pinaffe : mais il ajoûta que jamais ilsne 
-edemanderoient les marchandifes. L’Aga confentit le lendemain à fairetranf- 
porter fur la Flotte les cables, les ancres, legoudron & d’autres biens quiap- 
partenoient au Darling. Enfüuite affeétant de marquer plus de fatisfaétion, il 


C3) Angl. le 13. R, d. E. 


Jailla 


JaiMfa f 
fraîchi 
ayant : 
l'Amir 
dre fes 
hardief 
IL a 
ui ap} 
ieurs { 
refpect 
‘liberté 
doute t 
25 pou 
XFnafle, | 
part l’'I 
étoient 
vrés le 
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Dan 
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rendre, 
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ne troul 
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mander 
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firmée f 
fenfé de 
de nouv 
de lui re 
té; mais 
leur fûrc 
deffein d 
Traité. 
Anglois. 
ras, eut 
faire pa 
infidélité 
s’expofet 
mauvais 
loit donn 
lui ameni 
APrRÈ 
violence 
feignit d 
crit : 


étroite- 


malgré 
aifleaux, 
idroit fa 
apitaines 
e préfen- 
ien faire 
rme jetta 
ui-mêmce 
gé de la 
é d’avoir 
, & leur 
oulut for- 
les Mar- 
x d’autres 
oient past 


Tab, pour 
(3) dans 
rocha du 
c de gran. 
au de Ca: 
l’ordre de 
a manière 
é 3 qu'il €: 
aux ; Mas 
du Bach; 
valle tous 
. L'Ani 
s'éloigner 
kada pour 
deffeins, 
fes gens & 


la réponfe 
mander la 
telles pou- 
ns avec le 
eneur. Fe- 
e, que les 
mais ils ne 
fairetranf- 
ens quiaP- 
sfaction 9 il 

jaifa 


INDES ORIENTALES, Laiv. IV. Car. Il. 205 


Jaiffa pafler peu de jours fans envoyer à l'Amiral des vivres & d'autres ra- 
fraîchiflemens: ce qui n'empêcha point qu'une Cha'oupe partie du rivage 
ayant voulu fe rendre à quelque Bord étranger fans s'approcher des Anglois, 
l’Amiral ne lui fit tirer deux coups de canon qui la forcèrent de venir pren- 
dre fes ordres. Il menaça les Matelots de les faire pendre, s'ils avoient la 
hardieffe de retomber dans la même faute. | 
IL arriva le 18 un Vaifleau de Diu, chargé de marchandifes des Indes, 
ui appartenoient à ce même Schermal, dont les Anglois avoient reçu plu- 
jeurs fervices. L’Amiral le força de jetter l'ancre près de la Flotte ; mais 
refpeétant le nom de fon Ami, il traita l'Equipage avec douceur , & laiffa la 


‘liberté de gagner la terre à ceux qui la demandérent. Cette fermeté fit fans 


doute une vive impreflion fur les Infidéles; car Mohammed fut envoyé le 
25 pour déclarer que le Bacha confentoit à reftituer les Prifonniers & la Pi- 


knafle, Il s'engagea même à cette reltitution pour ie lendemain. [A fon dé- 


part l’Incréafe le falua de trois coups de Canon.] Cependant les Anglois qui 
étoient à terre furent enchaînés le foir du même jour par le col, & déli- 
vrés le Lendemain de leurs chaînes, fans qu’on ait pû fçavoir la caufe decet- 
te bizarrerie. 

Dans le cours du 26, Mohammed fut renvoyé à l'Amiral, pour lui di- 
re que la Pinaffe étoit prête à partir du rivage, mais que l’Aga ne pouvoitla 
rendre, non plus que les Prifonniers , fans un écrit figné de l'Amiral & de 
quatre ou cinq des principaux Anglois, par lequel ils s'engageaffent à confer- 
ver la paix avec les Turcs, fujets de l'Aga, & avec les Indiens du Port, à 
ne troubler la navigation d'aucun Vaifleau qui arriveroit à Mocka, ou le re- 
pos de ceux qui étoient déja dans le Port & dans la Rade; enfin, à ne de- 
mander aucune fatisfaétion pour les peines qu'ils avoient efluyées, ni pour 
les marchandifes qu’on leur avoit enlevées. Cette promeffe devoit être con- 
firmée par un ferment folemnel. L’Amiral répondit qu'il fe trouvoit fort of. 
fenfé de cette variation continuelle, qi l’expofoit tous les jours à recevoir 
de nouvelles demandes; qu'après l'engagement où l’on s’étoit mis, la veille, 
de lui renvoyer fes Gens & fa Pinafle, il avoit dû s'attendre à plus de fidéli- 
té ; mais que Mohammed obfervant fi mal fes promeffes, les Anglois pour 
leur füreté, prenoient le parti de l'arrêter avec tout fon cortège, fans aucun 
deffein de leur nuire , mais comme autant d'Otages jufqu’à l'éxécution du 
Traité. Il lui confeilla là-deffus de donner avis à l’Aga de la réfolution des 
Anglois. Mohammed, après avoir marqué autant de confufion que d’embar- 
ras, eut recours aux fupplications. Il repréfenta qu’étant entré dans cette af- 
faire par le feul defir d'obliger l'Amiral, il ne devoit pas porter la peine des 
infidélités de lAga; qu'il ne pouvoit donner l'avis qu'on lui confeilloit , fans 
s'expofer à la raillerie du Public. Enfin, qu’il n’y avoit point de périls ni de 
mauvais traitemens qui puflent l'y faire confentir: mais que fi l’Amiral vou- 
loit donner l'écrit qu'il lui demandoit & le renvoyer à terre il promettoit de 
lui amener fa Pinafle & fes Gens avant la nuit. 

_ArRÈs quelque délibération, Sir Henri, n'efpérant pas d'autre fruit de la 
violence que de nouvelles longueurs, prit le parti d'employer l'artifice. Il 
feignit de céder aux raifons de Mohammed, & de confentir à lui donner l'é- 
crit: mais, au lieu de la promefle qu'on éxigeoit , il fit l’expofé des outra- 
ges & des fujets de plainte qu'il avoit reçus des Turcs. Ce Mémoire fut figné 

II. Part. rf de 


Sin enr. 
MibDLETON. 
1611. 


Hauteur avec 
laquelle les 
Auglois fe 
conduifent. 


Nouvelles 
Propofitions 
de la nart de 


l'Aga, 


Conduite de 
l'Amiral, 


Ilemploye 
Partiice pour 
délivrer fes 
Gens, 


Sr Hewnr 
Mioueron. 


2611, 


Le refte des 
prifonniers 
Anglois et 
renvoyé à l'A- 
aniral, 


T redemande 
Je jeune Pri- 
fonnier de 
'ayes, 


Promeffe des 
Turcs. 


ui de Fe. 


26 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


de fa main, & de celle de «geste ou cinq Anglois, qui prirent la qualité de 
Témoins. En même-tems il écrivit à Femel ce qu'il avoit à dire pour l'ex. 

liquer. A l'égard du ferment, il rejetta une propoficion dont il nà plaignic 
Fétre offenfé, en difant que fa parole valoit mieux que tous les fermens des 
Turcs. Mohammed retourna au rivage; mais il laiffa les pores per. 
fonnes de fa fuite en ôtage; & renouvellant fa promeffe, il dit à l'Amiral 
qu'il étoit le maître de les faire pendre, s’il ne lui ramenoit pas fes Cor. 
pagnons avant la nuit. 

ta) EN effet il preffa fi vivement l’Aga, que vers la fin du jour il obtint la 
liberté des Prifonniers, & la permiflion de les conduire lui-même fur la Floc. 
te, [ls étoient au nombre de neuf. Femel, William & Cunningham reçurent 
de l’Aga chacun leur caffetan. Mohammed fut chargé d'en porter un à l'A. 
miral, & lui dit, en le préfentant, qu'il venoit de la part du Bacha. Mais 
l'Amiral, ne fe contentant pas de le refufer, protefta d’un ton méprifant, 
qu'il ne vouloit rien de la part d’un miférable, fans foi & fans honneur, 
ennemi de fa Nation, par l'ordre duquel il avoit effuyé tant d'outrages. Mo- 
hammed prit le parti de laiffer le caffetan à quelques gens de l'Equipage. On 
lui rendit le Prifonnier Turc, qui avoit été gardé jufqu'alors fur l'Incréafe. 
Il ne reftoit à reftituer que la Pinafle, qu’il promit d'amener lui-même le 
lendemain. 

ELLE parut enfin le 27. Mohammed fort fatisfait de fa négociation deman. 
da aux Anglois s’il n’étoit pas fidéle à fes promeffes. L’Amiral répondit qu'il 
lui manquoit encore un jeune homme qui étoit refté à Tayes, &'que les Turcs 
avoient forcé de changer de Religion. En même-tems il déclara que fi ce 
Prifonnier n'étoit pas rendu, les Anglois ne relâcheroient pas les Vaifleaux 
dont ils s’étoient faifis. La réponfe de Mohammed fut qu'il en parleroit à 
l'Aga, & qu’il reviendroit avec des explications. Après fon départ, Sir Hen- 
ri aflembla fon Confeil & mit en délibération s'il rendroit la liberté aux 
Vaifleaux Indiens, ou s’il les retiendroit jufqu’à la reftitution du jeune Pri. 
fonnier. On conclut de relâcher les Vaifleaux des Indes, parce qu'ils apparte. 
noient aux amis de la Nation Angloife, & de fe dédommager par la prife du 
Vaifleau que les Turcs attendoient de Suez. On éxamina auffi quelle étoit la 
meilleure voye pour hâter la reftitution du jeune homme. Les uns perfuadés que 
toutes les inftances feroient inutiles, propofèrent d'arrêter quelque Turc de dit 
tinétion, dont on offriroit de faire une échange. L’Amiral fut d’un avis op. 
pofé, & jugea qu’il valoit mieux prendre le parti des follicitations dans un 
tems où les Anglois avoient à Mocka des amis qui les fecondoient. On s'ar- 
rêta donc à la réfolution d’infifter fur le retour du jeune Prifonnier, & de ne 
pas parler de la reftitution des marchandifes. 

LE 28, on apporta, de la part de l’Aga, un Ecrit par lequel Nakada Mo- 
hammed & Schermal confentoient à la perte de leurs Vaïfleaux & de leur 
cargaifon , fi le jeune homme n’étoit pas délivré dans douze jours, à la feu- 
le condition que les Vaiïffeaux fuffent relâchés fur le champ. Sur cette pro- 
meffe l’Amiral leur permit de décharger le Vaiffeau de Diu, & de vifiter 


librement les autres. La nuit fuivante Femel mourut de la calenture, ou füi- 
vant 


(a) La Ge, Seétion commence ici dans l'Original, R, d, E, 


Civile a 


coupet 
rafraîc 
ger, S 
reftitut 
mages 
ne pou 
n'écout 
on n'a: 
u'il n 
édomi 
n'y avo 
peu de 
pouvoit 
ALY 
Zenan, 
protefta 
miral, | 
& de l 
Kiahia, 
voir plû 
de fervic 
leurs ho 
Tayes, 
ral laiflo 
jeune ho 


ne feroid 

DEu 
foit dem 
prétentid 
Banian 1 
donner t 
xions da 
leur don 
douze jo 
re de fo 
invitatio 
point offl 
faifir de 
de lui ca 
te du ten 
glois de 


alité de 
our l'ex. 
plaignit 
lens des 
les per. 
l'Amiral 
es Coni- 


obtint la 
Ja Flot- 
reçurent 
in à l'A. 
a. Mais 
éprifant, 
honneur, 
res. Mo- 
age. On 
Incréafe, 
même le 


n deman- 
ndit qu'il 
les Turcs 
que fi ce 
Vaifleaux 
arleroit à 
Sir Hen- 
erté aux 
‘une Pri- 
apparte- 
fe du 
» étoit la 
uadés que 
rc de dif: 
à avis Op- 

dans un 
On s'ar- 


& de ne 


ada Mo- 
de leur 
à la feu- 
ette pro- 
e vifiter 
A fui- 
vant 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnav. I. 227 


vant l'opinion des Chirurgiens , de quelque dofe de poifon que les Turcs lui 
avoient fait avaller par furprife. 

Au commencement du mois de Juin, le vent devint fi chaud, que les 
Anglois ne pouvant le fupporter, furent obligés pendant plufieurs jours de 
fe tenir renfermés fous leurs écoutilles. On raconte d’étranges effets de ces 
vents enflammés, qui régnent quelquefois affez long-tems fur cette Mer. [ls 
coupent la refpiration & portent dans les entrailles une chaleur que tous les 
rafraîchiflemens ne font pas capables d’éteindre. Après avoir évité ce dan- 
ger, Sir Henri écrivit en Italien une Lettre au Bacha. 11 lui demandoit la 
reftitution des marchandifes Angloifes, & des fatisfaétions pour tant de dom- 
mages qu'il avoit effuyés. On lui repondit que faute d’Interprête le Bacha 
ne pouvoit entendre fa Lettre. Mais il crut cette réponfe peu fincère, & 
n'écoutant plus que fon reflentiment , il fit reprendre le Vaifleau de Diu, dont 
on n'avoit encore déchargé que quelques balots de coton, en déclarant 

wil n’en fortiroit plus rien avant que le Bacha eût payé aux Anglois, pour 

édommagement, foixante dix milles piéces de huit. 1l s’étoit perfuadé qu'il 
n'y avoit plus d'autre es à re obtenir quelque fatisfaétion, & qu'il y avoit 
peu de fond à faire fur le Vaiffeau de Suez, parce qu'au moindre avis qui 
pouvoit être donné par terre, il ne falloit plus compter fur fon arrivée. 

Azy Kaskins, qui voit fervi d’Interprête à l'Amiral pendant fon féjour à 
Zenan, vint un jour « bord, avec des complimens de la part du Bacha. Il 
protefta que fon Maître avoit été fort affligé de la fuite précipitée de l’A- 
miral, parce qu'il s'étoit us de lui donner toutes fortes de fatisfaétions 
& de le congédier avec honneur. Aly apportoit aufli des complimens du 
Kiahia, qui faifoit prier Sir Henri de ne pas employer la violence, & d'a- 
voir plûtôt recours à la Juftice de Conftantinople, parce qu'ayant rendu tant 
de fervices aux Anglois, il appréhendoit beaucoup qu'on ne lui fit payer 
leurs hoftilités de fa tête. Enfin le même Aly déclara qu'il avoit amené de 
Tayes, par ordre du Bacha, le jeune Prifonnier Anglois ; & que fi l'Ami- 
ral laifloit au Vaifleau de Diu la liberté de décharger fes marchandifes, ce 
jeune homme feroit amené à bord le jour fuivant. Sir Henri fit une réponfe 


Civile aux politefles ; mais il afra le Député que les marchandifes de Diu 


ne feroient relàchées qu'après la reftitution des fiennes. 

Deux jours après on reçut un autre Meflager de la part de l’Aga, qui fai- 
foit demander une tréve de douze jours, pour communiquer au Bacha les 
prétentions de l'Amiral; & le lendemain , Aly Kaskins accompagné d’un 
Banian nommé Tokorfi, & de plufeurs autres, vint prier les Angloisde lui 
donner un Mémoire de leurs dommages, fur lequel on pôût faire des réfle- 
xions dans la Ville. Il leur accorda leur demande, & dans le Mémoire qu'il 
leur donna, il faifoit monter fes pertes à 70 mille piéces de huit. Mais les 
douze jours étant expirés, fans qu’il eût reçu la moindre réponfe, il fit di- 
re de fon côté à l'Aga, qu'après avoir été capable de le trahir, malgré fes 
invitations & fes promefles, de tuer plufieurs de fes gens qui ne l’avoient 
point offenfé , de l’emprifonner lui-même avec les derniers outrages, de fe 
faifir de fes marchandifes jufqu'à la valeur de 70 milles piéces de huit, & 
de lui caufer d’autres dommages, dans lefquels il ne comprenoit point la per- 
te du tems, il ne devoit pas être furpris que fur le refus qu’il faifoit aux An- 
glois de leur accorder des AAASER a priffent la réfolution de ee L 

Ffo ille 


Sun Henar 
MippLeTon. 
1611, 
Vents brû- 
lans dans la 
Mer Rouge. 


Les Anglois 
demandent 
des fatisfac 


tions. 


Députation 
d'AlyKaskins, 


Menaces des 


Anglois por- 
tées à l'Aga. 


Sim Hennr 
MipbieTon. 
1611. 


Réponfe fière 
de 'Aga, 


Replique de 
l'Amiral An- 
glois, 


Accommode- 
ment propolé 
par les Turcs. 


28 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Ville à fes yeux , d'enlever les marchandifes du Vaifleau de Diu, & de bro. 
ler cous les Vaiffeaux qui fe trouvoient dans la Rade, Il fit ajoûter que les 
Turcs ne l'accuferoient pas d'avoir violé fa parole, puifque le tems de la 
tréve étoit expiré, & qu'ils devoient eux-mêmes fe reprocher d'avoir mal 
rempli leurs promelfes. 

Tous les Anglois attendirent avec impatience comment cette déclaration 
feroit reçue, La réponfe fut beaucoup plus ferme qu'ils ne l'avoient jugé, 
L'Aga leur fit demander d'où leur venoit le droit d'entrer dans ces Mers; & 
prétendant qu'ils n'avoient pû le recevoir de perfonne, il fit ajoûter nette. 
ment qu'il ne leur étoit arrivé aucune difgrace qu'ils n'euffent bien méritée, 
A l'égard des marchandifes qu'ils fe plaignoient d'avoir perdues, il déclara 
qu'il n'avoit rien fait que par l'ordre du Bacha. Si les Anglois fecroyoient 
bleffés, ils n'avoient qu'à porter leurs plaintes à Conftantinople. Ecoient-ils 
réfolus de battre la Ville ? il ne manquoit pas d'artillerie pour battre auf 
leurs Vaifleaux. Les Bâtimens & les Marchandifes qui étoient dans la Ra: 
de n’appartenoient ni au Bacha ni à lui. Mais fi la Flotte Angloife attaquoit 
la Ville ou les biens qui étoient fous la protection des Turcs, le Grand- 
Seigneur, qui en feroit bientôt informé, trouveroit mille moyens de s'en fai- 
re raifon. 

L'AmtraL repliquaque pour entrer dans ces Mers, il ne lui falloit pas d'au- 
tre permiflion que celle de Dieu & de fon Roi: mais que pour defcendre fur 
la Côte, l'Aga lui avoit donné la fienne en y joignant les plus fortes pric. 
res; qu'à l'égard des marchandifes, ne devant rien au Bacha , n'étant point 
fon Facteur, ne lui ayant fait aucun tort, & n'ayant jamais rien reçu de lui, 
il ne voyoit pas quelle raifon il avoit eue pour fe faifir de fon bien par voye 
de réparation: qu'il devoit par conféquent redemander fes marchotiités ds 
le lieu où elles étoient, & fe faire rendre juftice où il avoit reçu l'outrage; 
qu'il doutoit d’ailleurs que le Bacha ou l'Aga ôfallent paroître à Conftantino- 
pile quand leurs injuftices y feroient connues, & répondre à fes plaintes de- 
vant le Sultan: mais que s'ils fe croyoient offenfés l’un ou l'autre, il leur 
confeilloit de porter leurs griefs à la Cour d'Angleterre. 

Dans l'intervalle de ces déclarations, Sir Ienri envoya le Capitaine Pem- 
berton dans la Rade d’Affab, pour en apporter des rafraïîchiflemens. La 
plûpart de fes gens étoient malades à bord, & les amis qu'il avoit à Mocka 
l'avoient averti de fe défier des provilions de la Ville , qui pouvoient étre 
émpoifonnées. 

ENrin le 18 de Juin, Schermal , Aly, Tokorfi & plufieurs Chefs des 
Banians vinrent à bord de l’'Amiral, pour lui propofer des voies d’accon- 
modement. Ils amenoient le Prifonnier de ‘T'ayes, décemment vécu à la 
Chrétienne, par la générofité de Schermal qui avoit fait volontairement la 
dépenfe de fes habits. Après quelques honnétetés mutuelles, Schermal pria 
Sir Henri de fe rappeller les marques d’eftime & d'affection qu'il avoit toû- 
jours données à la Nation Angloife. Il avoit vû les chagrins des Anglois 
avec autant de. douleur que s’il eût été queftion de fes propres gens. Mais 
c’étoit de ce fentiment même, & des fervices qu’il leur avoit rendus, qu'on 

Jui faifoit un crime. Le Bacha lui avoit ordonné de trouver quelque moyen 
de les fatisfaire, & l'avoit menacé de le faire étrangler s’il ne réuffifloit pas 


dans cette entreprife, 11 {& remit la-ceflus à la générofité ce Sir Henri, € 
jai 


Kpetuelles 


lui prot 
te, En 
d'ouver! 
Turcs, 
L'AM 
pour fa 
qu'elles 
lui dit S 
faut don 
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Chefs des 
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avoit toû- 
s Anglois 
ns. Mas 
us, quon 
que moyei 
fifloit pas 
{enri , en 
jai 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, L. 229 


li proteftant que fes vûes étoient fincères & qu'il n'y entroit aucune fein- 
te, Enfin il le fupplia de lui déclarer fes véritables intentions | avec plus 
d'ouverture & de Donne - fol qu'il n'en devoit avoir pour le commun des 
Turcs. 

L'AmiRaz, après l'uvoir remercié des fentimens qu'il avoit pour lui & 
pour fa Nation, lui répondit qu'il ne devoit pas ignorer fes demandes, puif- 
qu'elles avoient été portées au rivage en Langue d'Arabie, Je les connois, 
lui dit Schermal; mais fi vous infiltez fur des prétentions fi exceflives, il 
faut donc renoncer à toute efpérance d'accommodement; car il eft impofti- 
ble qu'elles foient accordées. Sir Henri couché de fa trifteile confentic à Fai- 
re avec lui-même un fecond état de fes pertes, & une nouvelle eftimation 
des marchandifes dont les Turcs s'étoient failis. La fomme totale fut rédui- 
te à 18 mille piéces de huit, avec une ftipulation particulière pour le fer & 
le plomb, qui devoic être reftitué en nature, On conclut fur ces fondemens 
une paix de deux ans entre les Anglois & les Turcs, depuis Mocka, jufqu'à 
Cananor fur la Côte de l'Inde; mais à condition que le Bacha la confirme- 
roic par un Écrit figné de fa main & fcellé de fon fceau. Schermal parit 
fort fatisfait de ce Traité ; & pendant quelques jours, qui furent employés, 
fans doute à le communiquer au Bacha, les apparences furent fi pailibles du 
côté de la Ville, que l'Amiral ne douta plus du fuccès de fes articles. Les 
Anglois commençoient à fentir vivement la néceffité de quitter uns Côte fi 
»ernicieufe à leur Nation. Il s'étoit répandu fur les trois Vaifleaux une ma- 
adie dangereufe, dont prefque perfonne ne fut éxempt, Elle commençoit 
par de violentes douleurs de tête & d'eftomac, & par une infomnie qui du- 
roit nuit & jour. La fiévre, qui ne tarda point à fuccèder, achevoit d'ab- 
batre les Malades. Cependant il en mourut peu ; mais ceux qui n'avoient 
pas recours d'abord aux vomitifs & à la faignée, languirent long-tems dans 
un état fort trifte. 

Le 2 de Juillet, Sir Henri reçut de Schermal le dernier payement de la 
fomme dont on étoit convenu, termina tous les comptes avec lui. On 
ne manqua pas de lui faire demander les mille écus Vénitiens qu'il avoit pro- 
mis au Kiahia. Mais il fe crut difpenfé de fa parole par les infidélités per- 


kpetuelles des Turcs; [& il perfifta dans fon refus, quoique Schermal lui ré- 


préfentat, qu'ayant été fa Caution, il feroit obligé de les payer (2) pour 
lui] Schermal & fon cortège l'ayant quitté vers la nuit, il les nd trois 
coups de canon pendant qu'ils retournojent au rivage. Le lendemain Tokorfi 
& Aly revinrent à bord, pour acheter du vermillon, qu'on ne fit pas diff 
culté de leur donner à crédit. Ils promirent de fe rendre fur la Flotte avant 
quinze jours, dans la Rade d'Affab , où elle fe propofoit de retourner, &d’y 
porter, avec l'argent qu'ils devoient, une petite provifion de grain que l’A- 
miral les avoit chargés de lui acheter à Mocka, & la ratification du Traité 
par le Bacha. Dans le cours de l'après-midi, on leva l'ancre pour retourner 
à la Rade d’Affab ; mais on n’y put arriver que le 5 au matin. Le jour fui- 
vant on commença par vuider & nettoyer les puits, fur quelques avis que 


l'Amiral avoit reçus que les Turcs avoicnt propofé aux Habitans de cette 
KRade d'empoifonner les eaux. 


PENDANT 
7 (b) Ce Procédé Ctoic dur pour le pauvre Schermal, 


Sr Ten: 
Mibptsron, 


1611, 


Il cit accep. 
té, après dé 
longues dif. 
cullions, 


Maladie dan- 
cuit, 


Conclufion 
du différend 
des Anglois 
avecles l'urcs. 


Ils quittent la 
Rade de Moc- 
ka, 


Sin Hnwnit 
Mivotaron 
1614, 


Politefe d'un 
Prince Aby( 
fin, 


Projet des 
Anglois pour 
fe venger des 
Jurcs, 


lis abandon- 
nent leur en- 
treprifc. 


Is repaffent 
les Détroits. 


130 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Penpanr que les Anglois profitoient d'un ftation fi commode , pour fe 
fournir de toutes fortes de provifions, le Prince du Pays qui n'avoit poim 
ignoré les injuftices des Turcs , envoya trois de fes principaux Officiers à 
l'Amiral, avec une eftcorte de trente Soldats , pour le féliciter de fon heu. 
reufe délivrance & lui porte? divers pe | lui faifoit offrir touces les 
produétions de fon Pays, x que les Anglois puflent juger s'ils devoienrk 
tant de politeffe & de générofité à la haine des Abyffins pour les Turcs, ou 
à la qualité de Chrétiens , que le Prince faifoit profeflion de refpeéter,] 
L'Amiral traita les Meffagers avec autant d'affeétion que de magnificence, 
& les chargea pour leur Maître d'un habit de fort beau drap & d'un grand 
miroir, 

Le 17, on vit arriver de Mocka, Tokorf avec un autre Banian, qui ap. 
portoit à l'Amiral la provifon qu'il leur avoit demandé & l'argent qu'ils lui 
devoient; mais n'ayant point la ratification du Bacha, ils s'excufèrent fur la 
multitude de fes affaires, qui ne lui avoit pas laiffé le tems d'écrire, Les An. 
ge en conclurent qu'il ne vouloit re aucune mefure avec leur Nation, 

n'y en eut pas un qui n'applaudîit au deffein de l’Amiral, lorfqu'il leur 
ropofa le 24 de s'avancer jufqu'à l'Ifle de Camaran, & d'y attendre le grand 
aifleau qui vient tous les ans de Suez , dans cette faifon, avec une riche 
cargaifon pour Mocka. C’étoit la plus fûüre vengeance qu'ils puflent tirer de 
tous les outrages des Turcs; & leur empreffement augmentoit par la certi- 
tude que l'Amiral même avoit eue à Zenan & à Mocka, que le Bacha & 
l'Aga étoient intéreffés dans la meilleure partie de cette cargaifon. Ilss'em- 
loyérent jufqu'à la fin du mois à l'éxécution de leur projet. Mais le vent 
us fut Réjenrs fi contraire, que dans une Mer fort étroite, ils eurent fans 
ceffe à fe défendre contre toutes fortes de dangers ; Le toutes les peines qu'il 
fe donnoient n’empêchèrent pas que le Vaiffeau qu’ils attendoient, ne leur c: 
chapât pendant la nuit, ce qu’ils n’apprirent qu’à leur retour.] S'ils faifoient 
voile pendant le jour, ils doient obligés de mouiller l'ancre à l'entrée de 
chaque nuit ; & fort fouvent, dans les lieux mêmes qu'ils avoient crû les 
plus fürs, ils fe trouvoient expofés dans les ténébres à quelques malheurs Le 
n’avoient pas prévus (c). Enfin, reconnoiffant qu'ils n'avoient que des difgra- 
ces à fe promettre fans un Pilote du Pays, ils retournèrent vers les Détroits, 
où ils jettèrent l’ancre le 9 d’Août , à trois lieuës de Bal-al-Mandul, ou Man- 
del. Le 10, le Darling & l'Incréafe fortirent par le Canal de l'Oucit, quielt 
beaucoup plus Prsuers À & plus profond que les Turcs & les Indiens ne le 
publient, dans la vûe de porter tous les Navigateurs à prendre l'autre paflà- 
ge, parce qu'il eft fi étroit qu’en le fortifiant, ils pourroient le commander 
par leur artillerie. En effet il n'a pas plus d'un mille & demi de largeur de- 
puis le rivage d'Arabie jufqu’à l'Ifle; & du côté de la terre il eft parfemé de 
rocs & de bafles, qui s'étendent affez loin. Cependant l’Incréafe & le Pep- 
per-Corn prirent cette voye, de concert avec les deux autres Bâtimens, & 
pour fe mettre en état de juger des deux pañlages. Ils fe rejoignirent tous hors 
des Détroits, à quatre heures après-midi, fur dix-neuf brafles de fond , fans 


être à plus de quatre milles de la Côte d'Arabie. Pendant la nuit ar Les 
rent 


(e) La 76, Scétion commence ici dans l'Original. R. d. E. 


| Mais fa fur 


| Amiral du ! 


L ©(d) Le véri 
fans doute De 


firent vo, 
coup de : 
un courar 
Sud-Ouefl 
trémemer 
fix heures 
Cap de G 
A dix | 
ue la M. 
u Cap de 
avoient ét 
Le go, 
cre vers n 
mens de l' 
qué la Mo 
que les An 
jour plufie 
une grande 
voit fait ur 
Sharpey ur 
lancé au pr 
crues légèr 
Il employa 
uelque liai 
lais il le 
avoient enl 
Il Jaiffa un 
dans eutts | 
Les pol 
tif que de f 
fes intentior 
dien. Ce fel 
vec beaucou 
la Rade de 
Vaifleaux d 
fept autres 


y en avoit a 
cifco de Sot 


la Mer Roud 
leur commer 
vifiter tous | 
la Rade fans 
te injulte , da 


6 


pour fe 
it point 
fficiers à 
fon heu. 
outes les 
devoientk 
urcs, où 
fpeéber. ] 
ificence , 
un grand 


n, qui ap- 
qu'ils hi 
ent fur la 
. Les An- 
r Nation, 
qu'il leur 
ele grand 
une riche 
it tirer de 
r Ja certi- 
Bacha & 
, Ilss'em- 
is le vent 
‘urent fans 
ines qu'ils 
ne leur c: 
s faifoient 
entrée de 
t crû les 
eurs qu'ils 
es difgra- 
Détroits, 
, ou Man 
ft, quiel 
iens ne Île 
utre pañla- 
mimander 
rgeur de- 
arfemé de 
& le Pep- 
mens, & 
tous hors 
ond , fans 
ivante, ils 
firent 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, I. 


firent voile au long de la verre. Depuis le r2 jufqu'au 27, ils eurent beau- 
coup de vent, mais prefque coijours contraire; & fouvent des calmes , avec 
un courant fi rapide que dans le calme même il les emportoit quelquefois au 
Sud-Oueft l'efpace de quatre mulles en moins d'une heure : ce qui retarda ex- 
trémement leur navigation, Le 27, un vent favorable les fervit ( bien qu'à 
fix heures du foir ils eurent la vûe du Monc Felix, Promontoire à l'Oueit du 
Cap de Guardafu. 

A dix heures ils furent arrêtés par un calme qui dura deux heures, quoi- 
ue la Mer fût force groffe; d'où ils conclurent qu'ils avoient paflé la hauteur 
du Cap de Guardafu, car ils n'avoient pas trouvé de Mer fi forte tandis qu'ils 
avoient été couverts de ce côté-là par la terre, 

Le 30, ils entrèrent dans la Rade de Dellifcha Q » Où ils jettèrent l'an- 
cre vers midi. 1l s'y trouvoit un grand Navire de Diu, & deux petits Bâti- 
mens de l'Inde, qui né rap la Mer Rouge, mais qui avoient man- 
qué la Mouffon. Le Capitaine de Diu vint à bord de l’Amiral, & lui raconta 
que les Anglois étoient fort bien traités à Surate ;qu'on y attendoit de jour en 
jour plufieurs Vaiffeaux d'Angleterre ; que le Capitaine Hawkins étoit dans 
une grande diftinétion à la Cour, où le Roi le confidéroit beaucoup & lui a- 
voit fait une groffe penfion; enfin que ce Prince avoit donné au Capitaine 
Sharpey une fomme d'argent pour fe conftruire un Vaifleau qui devoit être 
lancé au premier jour. Quoique ces nouvelles fuffent trop agréables pour être 
crues légèrement, l'Amiral accepta les civilités & les offres du Capitaine. 
Il employa même fes fervices, pour fe procurer de l'eau, & pour former 

uelque liaifon avec le Prince du Pays, dont il efpéroit de tirer de l'aloes. 

lais il le paya plus cher que le Capitaine Keeling, parce que les Indiens en 
avoient enlevé de groffes provifions , & que la rareté en augmentoit le prix. 
Il laiffa une Lettre au Prince pour le premier Navire Anglois qui relâcheroit 
D dans cette Rade. 

Les pohtefés & les fervices du Capitaine de Diu n’avoient pas d'autre mo- 
tif que de faire hâter leur départ aux Anglois; mais l'Amiral , qui pénétroit 
fes intentions, en profita fort adroitement pour obtenir de lui un Pilote In- 
dien. Ce fecours, dont il fentoit le hefoin depuis long-tems, le fit partir a- 
vec beaucoup de joye le 3 de Septembre. Il arriva heureufement le 26 dans 
la Rade de Surate, où il jetta l’ancre fur feptbraffes de fond, à côté de trois 
Vaiffeaux de l'Inde. 11 voyoit dans la même Rade, à la diftance d’un mille, 
fept autres Bâtimens qu’il reconnut bientôt pour des Vaifleaux de l’Europe. 
| Mais fa furprife fut extrême en apprenant qu'ils étoient Portugais, & qu'il 
y en avoit aétuellement treize autres dans la rivière de Surate. Dom Fran- 
cifco de Soto-Major, Commandant Portugais, qui portoit le titre de Grand 
Amiral du Nord, avoit appris depuis long-tems que les Anglois étoient dans 
| la Mer Rouge, & s’étoit rendu à Surate dans le feul deffein de s’y oppofer à 
leur commerce. Il y tiroit de grands avantages du droit qu'il s’attribuoit de 
vifiter tous les Bâtimens étrangers, & de confifquer ceux qui entroient dans 
la Rade fans pañleport. Cependant Sir Henri, fe croyant à couvert de tou- 
te injalte , dans un tems où l'Efpagne n’avoit pasde guerre avec les Anglois, 

prit 
le a été fondée par un Roi de Delli, ou par 
quelqu'un de fes Miniftres allant à la Mecque, 


231 


: (d) Le véritable nom de cette Place eft 
fans doute Dellisbdb; & il y a apparence qu'el- 


Sen Tunm 
MibbLaTON, 


1611, 


La Flotte en- 
tre dans la Ra- 
de de Delli- 
fcha, 


Elle fe rend à 
Surate, 


Elle y trouve 
une nombreu- 
fe Flotte de 
Portugais. 


Sir Henri é. 
crit à l'Amiral 
de cette Na- 
tion, 


132 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sun Peur prit le parti de lui écrire une lettre civile, dont il chargea fon Pilote.In. 
MNionieron, dien, Il lui donna aufli quelque commiflion pour les Anglois de Surate ; cur 
1011 ayant pris peu de confiance au récit du Capitaine de Diu, il fouhaitoit im- 
pone de fçavoir quel étoit leur nombre & leur ficuation dans certe 
'ille, 

Réponfe qu'il Lu 29, il vie venir de l'Armada une petite Frégate, chargée de plufeurs 
en reçoit, Portugais, qui lui apportoient la réponfe de leur Chef à fa lettre, Après 
quelques complimens, elle portoit en fubftance ar le Grand Amiral fe ri. 

ce oit beaucoup de l'arrivée d'une Flotte Angloife, & qu'il étoit difpofe à 

ui rendre toutes fortes de fervices ; à con.ition néanmoins qu'étant vs 

nue, pour le commerce, clle eût quelque pañleport ou quelque ordre du 

Roi d'Efpagne; fans quoi il étoit obligé de garder un Port dont la défen 

toit commife à fes foins, parce que le Roi fon Maitre y entretenoit un 


Comptoir, 
Replique de Sir Henri répondit de bouche qu'il n'avoit aucun pañleport du Roi d'Ef 
Sir He pagne ni de fes Vice-Rois; mais qu'il ne eroyoit pas en avoir befoin, par. 


ce qu'il étoit envoyé au Grand Mogol , de la part du Roi d'Angleterre , ave: 
des Lettres & de riches préfens, pour établir dans ces Régions un commer. 
ce que les Anglois y avoient déja commencé ; qu'il ne pen'oit pas à nuirew 
Comptoir Portugais, mais qu'il ne connoifloit point auli de raifon qui di 
porter les Portugais à craverfer l'écabliffement des Anglois, puifque l'Inde. 
toit un Pays libre, & que le Grand Mogol ni fes Sujets navoient aucun: 
dépendance du Portugal. Sir Henri ajoûta qu'il demandoit au Grand Amiral, 
pour les Anglois qui étoient à Surate, la liberté de venir fur la Flotte de leur 
ation, & qu'il fe flattoit qu'on ne le mettroit point dans la néceflité d'em- 
ployer la force pour fe procurer une fatisfaétion fi jufte, parce qu'à toute for. 
te de prix il étoit réfolu de les voir, Enfüuite il fit préfent au Meffager Port: 
gais, d’un habit de drap d'Angleterre. 
Le foir du même jour, il reçut une Lettre de Nicolas Bangham, Angioi 
de Surate, qui lui apprit que la Nation Angloife n'avoit pas de Comptoir dans 
| cette Ville. Bangham y avoit été envoyé d'Agra par le Capitaine Hawkins, 
PL pére pour y recevoir quelques fommes qui lui étoient dûes. Il ne parloit point de: 
de Suratc, marchandifes Angloifes, ni de ce qu'étoient devenus les anciens Faéteurs ; 
mais il j Aa qu'écant chargé de quelques Lettres du Capitaine Hawkins , | 
n'ofoit les envoyer fur la Flotte, dans la crainte qu'elles ne fuffent interccp- 
tées par les Portugais. Sir Henri lui répondit fur le champ qu'il pouvoit en 
voyer les Lettres, parce que n'ayant aucun deffein de nuire aux Portugais, 
il comptoit de les trouver dans la même difpofition. Le 3 d'Oétobre, Koji 
Naflan Gouverneur de Surate & Frère du Gouverneur de Cambaye , envoya 
un Mogol à l'Amiral Angilois avec des rafraîchiflemens & des offres de fur. 
vice, 1l fit ajoûter que du côté de fon Pays, on defiroit beaucoup d'entrer 
en commerce avec les Anglois, mais qu'il y avoit peu d'apparence de le 
… pouvoir, aufli long-tems que l'Armada Portugaife feroit fi près de leur Flot: 
Po ag te; qu'il leur confeilloit par cette raifon de fe rendre à Gogo, qui évoit un 
ferendreàGo- lieu plus commode & plus voifin de Cambaye, où les Négocians étoient € 
go. plus grand nombre qu'a Surate, les marchandifes de meilleure qualité, & le 
débarquement plus für. Après cette explication , le Meffager fouhaita de 
fçavoir à quel parti les Anglois voulojent s'arrêter. L'Amiral répondit qui 
n'avoit 


r'avoit 
rant ce 
qu'il y 
tions n 
& facil 
queroit 
avec un 
Dzu 
tre des 
Banghar 
qui con 
ol, qu 
adrefle 
Mefage 
hor, pa 
glois qu 
y rendo 
tourner | 
intrigues 
les Capit 
de confi: 
pie, qui 
enfer le: 
Sir} 
commerc 
avant qu 
que le C 
baye, s’ 
moins la 
ment qu’ 
trois Vai 
manqué | 
Chargea 
importan 
intercept 
lui feroit 
donner d 
Mais 
es. Le 2 
e leurs 
les Angld 
de leur 
étoient d 
part & d 
fa Flotte 
gros de | 
une petit 
tôt pour { 
IL. Pa 


4 
) 


ilote.In- 
rate ; car 
toit im: 
ans Cette 


 plufieurs 
," Après 
al fe ri. 
 difpofe à 
Étant Ve 
ordre du 
la défen, 
tLenOoit un 


Roi d'E£ 
foin, par. 
Crre , AVEC 
1 CommKr. 
à nuire 
m qui dit 
ag l'indec 
ont aucuh: 
ni Amiral, 
lotte de leur 
eflicé d'em- 
‘à toute for. 
ager Portu 


, Agios 
mptoir dans 
» Jlawkins, 
it point dei 

l'aéteurs ; 
Iawkins , | 
t intercep- 
pouvoit en 


Portugais , 

bre, Koji 
aye , envoi 
fres de fur: 
bup d'entrer 
rence de le 
» leur Flot: 
qui écoit 
s étoient El 
lalité, & le 
fouhaita de 

ipondit qui 
n'avoit 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, 1 239 


r'avoit poine encore reçu les Lettres qu'il attendoit du rivage, & qu'igno- 
rant ce qu'étoient devenus fes Compatriotes, & les marchandifes Angloifes 

w'il y avoit laiflées dans un autre tems, il ne pouvoit former aucune réfolu- 
tion; mais que fi le Mogol vouloit conduire fes Vaifleaux près de la Ville, 
& faciliter à quelque Anglois de Surate la liberté de venir à bord, il s'expli- 
queroit plus pofitivement, Ce Meflager & fon Interprète furent renvoyés 
avec un petit préfent, 

Deux À ri après, l'Interpréte qui étoit un Bramine, c'eft-à-dire, un Prê- 
tre des Banians, reparut dans une Chaloupe , avec des Lettres de Nicolas 
Bangham, & celle du Capitaine Hawkins, écrite d'Agra au mois d'Avril, 
qui contenoit la manière dont il écoit parvenu à la faveur du Grand Mo- 

ol, qu'il avoit perdue enfuite par l'inconftance de ce Monarque , & par 

adrefle des Portugais à fe procurer tous les droits du commerce, Le même 
Meffager apporta deux autres Lettres d'une datte plus récente, écrice de La- 
hor, par William Finch; l'une au Commandant du premier Vuifleau An- 
glois qui arriveroit à Surate; l'autre à la Compagnie en Angleterre, Finch 
y rendoit compte de fa conduite & de l'encreprile 4 avoic formée de re. 
tourner par terre en Europe; de l'inconftance du Roi & de la Nation; des 
intrigues des Portugais, & de quantité d'autres circonftances. Il avertifloic 
les Capitaines de ne pas débarquer leurs marchandifes , & de prendre peu 
de confiance au commerce dans tous ces Cantons, parce que le Roi & le Peu- 

le, qui étoient également légers & inconftans, craignoient beaucoup d'of- 
Fenber les Portugais. 

Sir Henri, après avoir là ces Lettres, perdit l'efpérance de faire aucun 
commerce à Surate, Cependant il réfolut de tout tenter dans cette vûe, 
avant que de quitter la Rade. Il avoit appris par les Lectres de Barigham , 
que le Capitaine Sharpey, Jordayne, & d'autres ae qui étoient à Cam- 
baye, s'étoient mis en Chemin pour le venir voir à bord, 11 fe promit du 
moins la facisfaétion de les y recevoir, Ce fut pour s'en afürer plus facile- 
ment qu'il refufa au Bramine la liberté de faire rentrer dans la rivière les 
trois Vaifleaux Indiens auprès defquels il avoit jetté l'ancre , & qui ayant 
manqué la Mouffon s'étoient déterminés à renoncer au voyage du Sud. Îl le 
chargea de dire au Gouverneur que fans aucun deffein de leur nuire, il étoit 
important pour lui de les retenir près de fa lotte, parce que les Portugais 
interceptant fes Meffagers & fes Lettres, l'éloignement de ces trois Vaifleaux 
lui feroit perdre tous les moyens de recevoir des nouvelles de Surate & d'y 
donner des fiennes. 

Mars le deflein des Portugais n'étoit pas de fe borner à de fi légers outra- 
es. Le22, ayant vû partir une frégate Angloife pour gagner la terre, deux 
e leurs Vaifleaux qui fe tenoient en embufcade l'attaquèrent avant que tous 

les Anglois fuffent débarqués. À juger du nombre des Ennemis par îe bruit 
de leur moufqueterie, ils devoient être plus de trois cens. Les Anglois qui 
étoient déja defcendus & ceux de la l'régate leur rendirent leur décharge. De 
part & d'autre il n’y eut aucun coup mortel. La Frégate Angloife rejoignit 
fa Flotte; en fuivant de fort près le rivage ; & l'Ennemi fe retira vers le 
gros de la fienne. Mais cinq autres Vaillèaux Portugais, cachés derrière 
une petite montagne qui s'avançoit en forme de Cap, s’approchèrent bien- 
tôt pour canoner les Anglois qui étoient demeurés à terre; encreprife inutile, 
II. Part. Gg + 


Sin Menu 
Mibonterus, 
tÔ11…t, 
Ce qui les 

wiète 


Ste Henri 


reçoit duslet- 
tres de Surute, 


Précautions 


qu'il prend 
contre les 
Portugais, 


Les Anglois 


font attaqués 
X s'échappent 
heureufe- 
nent, 


Sim Hewrr 
MinDLETON. 


1611, 


Arrivée d'un 
grand nom- 
bre de l'réga- 
tes Marchan- 
des à Surate, 


._ L'Amiraleft 
amufé par le 
Gouverneur, 


Piége que les 
Portugais 
dreffent aux 
Amglois, 


2% VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


& tentée uniquement pour leur infpirer de la frayeur. Aufñfi ne leur fut.il 
pas difficile d'éviter les coups, & de gen au long de la Côte un endroit 
où leur Frégate vint les reprenäre, d'où elle rejoignit heureufement la 
Flotte. avec le 
dayne, pour délibérer fur la courfe qu'il falloit tenir ; on convint de ne 

as refter plus longtems dans cet endroit ,; mais d'aller rejoindre l'Incréafe 
dans la Rade de Surate, & prendre là des mefures ultérieures.] 

Le 8 de Novembre, Bangham vint de Surate dans une Barque Indienne, 
pour vifiter l'Amural, & lui apporter quelques rafraîchiffemens, On apprit 
de lui que Moghreb Kam, Gouverneur de Cambaye étoit attendu dans peu 
de jours à Surate. Avant la nuit, on vit entrer dans la rivière environ cent 
petites l'régates, dont la plüpart étoient Marchandes & faifoient voile à Cam. 
baye. Elles avoient à leur tête le Fils du Vice-Roi. Quoiqu’elles n’eufent 
menacé les Anglois d'aucune infulte, Sir Henri rappella autour de lui un de 
fes Bâtimens qui avoit jetté l’ancre à quelque diftance, dans la crainte qu'il 
n’eût quelque chofe à fouffrir dans l'obfcurité. Le lendemain, Koja Naffn 
parut fur le bord du rivage; & Sir Henri fe détermina aufli-tôt à s’appro. 
cher de lui avec deux Chaloupes foûtenues d'une Frégate. Leur conférence 
fut courte, mais civile. Le Gouverneur promit aux Anglois d'envoyer, dans 
deux ou trois jours au plus tard, des marchandifes fur le rivage, pour y com- 
mencer le commerce, & de faire apporter aux Anglois par les gens du Pays, 
tous les rafraîchiffemens dont la Flotte avoit befoin. Cependant il ne vint 
rien jufqu’au 18, que l’Amiral reçut une Lettre de Bangham , dans laquelle 
il trouva de nouveaux avis fur l’inutilité de fes efpérances. Cette confirma- 
tion, jointe à l’oubli que Naffan marquoit de fes promefles, lui fit con. 
clure qu'on n’avoit penfé jufqu’alors qu'à l’amufer , dans la double crainte 
d'offenfer les Portugais, en lui permettant le commerce, & de le défoliger 
lui-même par un refus trop ouvert. Après cette ré‘léxion, il réfolut de par- 
tir; & dans cette vûe il écrivit à Bangham de fe rendre à bord. Mais Koji 
Naffan lui en refufa la permifion. Bangham , après l'avoir envoyé follici. 
ter, fe déroba fecrétement & trouva le moyen de fortir de la Ville. Une 
démarche de cette nature faifant connoître au Gouverneur que le départ des 
Anglois étoit certain , il fe hâta d'envoyer à l’Amiral un Marchand Indien, 
nommé Yadda, avec deux Lettres, l’une de fa propre main, l’autre de Mo- 
ghreb Kam fon frère, par lefquelles ils lui promettoient tous deux de lui 
rendre bientôt une vifite fur fon bord. L'offre d’une faveur fi extraordinaire 
eut la force de faire fufpendre fa réfolution à l’Amiral , quoiqu'il eût appris 
à compter peu fur la parole des deux Frères. 

Dans l'intervalle, les Portugais qui étoient entrés dans la rivière n'ayant 
point entrepris d’infulter les Anglois fur leur Flotte , s’efforcèrent de leur 
dreffer un piége fur le rivage. Ils fe cachèrent derrière quelques monts de 
fable, proche du lieu où ils les voyoient fouvent aborder; & paroiffant tout 
d’un-coup, au moment qu’ils touchoient la terre, ils fe flattèrent de les fur- 
prendre & de les accabler. Mais ils furent reçus de fi bonne grace par des 
Ennemis bien armés, & préparés à tout événement, qu'ayant été forcés de 
prendre la fuite , ils laiffèrent fur le fable un de leurs gens bleffé à mort, qué 
les Anglois tranfportèrent fur leur Flotte. 


[Là-deffus l'Amiral tint confeil avec le Capitaine Downton & Jor. k 


Rte GANT ANNE 


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jui annonç 
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lui de Koja 
tion: mais 
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part d’un 
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cée, il laifl 
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des couteau 
glois de l'E 
il admira l” 
gratuitemet 
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Nafan 
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r, dans 
y com- 
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ne vint 
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fit con- 
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(e) LE 23, qui étoit un Dimanche, pes vint à bord de l'Amiral , & 
lui annonça que Moghreb Kam étoit dans la Rade. Aufñi-tôt les Anglois fi- 
rent divers préparaufs; & Sir Henri, fe mettant dans fa Frégate avec un 
cortège honnête & quelques préfens, fe hâta de fe rendre au rivage. Il y 
trouva le Gouverneur de Camcaye & celui de Surate, qui attendoient tous 
deux fon arrivée. On s'embrafla de part & d'autre » Avec de grands témoi- 
gnages d'eftime & d'amitié. Les Vaifleaux Anglois firent en même-tems 
une décharge de toute leur artillerie, & les deux Frères parurent fort fenfi- 
bles à cet honneur. L'Amiral leur ayant offert fes préfens, ils s'aflirent tous 
fur un grand tapis, étendu par terre. La conférence dura jufqu’au foir. En- 
fin, Sir Henri voyant le Soleil prêt à fe coucher , leur propofa de venir paf. 
{er cette nuit fur fon bord, Moghreb Kam y confentit, avec fon fils & ce- 
lui de Koja Naflan, accompagnés tous trois de pluficurs perfonnes de diftinc- 
tion: mais Naflan déclara que fes affaires le rappelloient à la Ville. Les An- 
glois furent charmés de recevoir une fi glorieufe marque de confiance de la 
part d'un homme auñli diftingué que le Gouverneur de Cambaye, !ls le trai- 
tèrent avec toute la magnificence dont ils furent capabics dans un efpace fi 
court. Les Indiens firent honneur au feftin par leur bonne humeur & leur 
appétit. Après qu’ils eurent ceflé de boire & de manger, l'Amiral préfen- 
ta au Gouverneur une Lettre du Roi d'Angleterre qui lui étoit adreflée , & 
Jui en expliqua le fens. Il parut extrémement flatté de l’honneur qu’il rece- 
voit d'un grand Roi; & dans le mouvement de fa reconnoiffance, il promit 
de rendre toute forte de fervices aux Anglois, non-feulement dans les affai- 
res préfentes du commerce, mais pour leur procurer même un Etabliffe- 
ment dans la Ville ou le Port qu'ils voudroient choifir, avec la permiflion 
d'y bâtir un Fort. Enfin, l'Amiral n’auroit fait, dans ce moment de faveur, 
aucune demande qui ne lui eût été accordée. Mais il comprit ce qu'il de- 
voit rabattre de cet excès d'offres & de promefles. La nuit étant fort avan- 
cée, il laifla au Gouverneur la liberté de fe repofer. 

LE 25 au matin, Moghreb Kam fe fit un agréable amufement d’acheter 
des couteaux, des miroirs, & d’autres bijoux qui fe trouvoient entre les An- 
glois de l'Equipage. L’Amiral lui fit voir toutes les parties du Vaiffeau, dont 
il admira l’ordre & la propreté. Tout ce qui parut lui plaire lui fut offert 
gratuitement; & quoique de lui-même il fut aflez porté à marquer du goût 
pour quantité de bagatelles, Sir Henri qui vouloit aller au devant de tousfes 
defirs, acheta de fes gens plufieurs chofes de cette nature qu’il lui fit accep- 
ter. Il lui montra des eflais de toutes fes marchandifes ; &. our fatisfaire 
fa curiofité, il fallut ouvrir toutes les armoires & tous les coffres. On lui 
fervit enfuite un grand dîner , après lequel il fouhaita de vifiter de même 
les autres Vaifleaux. 


C: [IL fembloit que fans former des prétentions téméraires , on pouvoit fe 


flatter, fur de fi belles apparences , d'obtenir du moins les avantages ordi- 
naires du commerce.] Le 30 & le 31, Sir Henri envoya Fowler, forday- 
ne, & d'autres Faéteurs de fa Flotte pour éxaminer les marchandifes que les 
deux Gouverneurs avoient promis de mettre en vénte. Ils de des 

cflais , 


(2) La ge, Seétton commence ici dans l'Original. R. d. E, 
Gg 2 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. I. 237 


Sin Herr 
MinpLeron, 
1611. 
Conférence 

fur le rivage 
entre l'Amiral 
Anglois & les 
Gouverneurs 
de Cambaye & 
de Surate. 


Le Gouver. 
neur de Can- 
bayc va pañler 
la nuit fur la 
Flotte Angloi- 
fe, 


Careffes qu'il 
yreçoit, & {om 
avidité, 


Les Angloi: 
font mal rc- 
compentés. 


Sir Henri 
Minoze TON. 


III. 


Le commerce 
fe fait fur le 
rivage, 


Difgrace des 


Gouverneurs 


deCambaye & 


de Surate, 


235 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fais , auxquels tous les prix étoient attachés. Les Anglois marquérent 
leur choix, & jufqu'où ils vouloient aller pour la quantité & pour le prix, 
Il prefférent les Marchands Indiens de faire la même chofe pour les marchan. 
difes de la Flotte, Mais ils s'apperçurent bientôt qu'en les remettant d'un 
jour à l'autre , on ne penfoit point à conclure. On n'offroit rien pour 
hs matchandifes, & l'on ne vouloit rien rabatre du prix de celles de l'In. 
de. Les Anglois avoient vendu à Moghreb Kam un grand nombre de lames 
d'épées, & les avoient laiffées à fort bon marché, parce qu'ils fe flattoient 
que dans la multitude, les médiocres pafluroient avec les bonnes. Mais à. 
près les avoir reçues, il eut grand foin de les faire éxaminer rigoureufement 
& de renvoyer les mauvaifes; ce qui rendit prefque fans valeur celles qui fu. 
rent renvoyées; & loin de les faire payer fur le champ, il ne fixa mème 
aucun terme pour le payement. Enfuite, paroiflant lui-même choqué de la 
lenteur des Anglois, il fit remporter à Surate les marchandifes qu'ils avoient 
préfentées ; & pour comble d'infidélité, il publia, fous de groffés peines, 
une défenfe (f) de porter des vivres ou d'autres commodités à l’Amiral, 
T'el fut le falaire de toutes fes libéralités & de fes politeffes. 

CEPENDANT, le 8 de Décembre au matin, Moghreb Kam revint au ri. 
vage avec une fuite nombreufe & quarante bales de marchandifes, L’Ami 
ral s’y rendit, bien efcorté, & fut conduit fous fa tente. Les civilités & 
les careffes ne lui furent point épargnées ; mais il abrégea les fiennes pour 
traiter férieufement. ‘ On convint de prix pour le plomb, le vif-argent &le 
vermillon. 1l fut reglé de même pour les marchandifes qui devoient fe pren. 
dre en échange. Celles de Surate n’appartenoient pas uniquement aux deux 
Gouverneurs : le Scha Bandar & divers autres Négocians y avoient beaucoup 
de part; mais Koja Naffan ne laifloit pas de fe rendre l'arbitre de tous les 
prix, parce que fa permiflion étoit néceffaire pour acheter & pour vendre, 
Îl abufoit de cette autorité pour hauffer à fon gré le prix des marchandifes de 
la Ville, & pour diminuer celui des Anglois, fans paroître ému des murmu- 
res mêmes de fes gens, qui voyoient à regret combien cette tyrannie étoit 
nuifible à la vente. 

L’AmIRaAL ne laiffa pas de faire débarquer leo, une partie de fon plomb. 
Il reçut aufli quelques marchandifes dont les échanges avoient été réglées. 
Moghreb Kam affiftoit à ce commerce, avec une ardeur & des témoignages 
de joye qui faifoient affez connoître combien il croyoit y trouver d’avanta- 
ges; lorfqu'on lui apporta, de la part de fon Roi, une Lettre qui change 
tout-d’un-coup fa bonne humeur dans une profonde trifteffe. Il s’affit d'un air 
penfif. Enfuite s’étant levé brufquement, il quitta Sir Henri qui étoit affis à 
fon côté, fans lui dire un mot, ni jetter les yeux fur lui. Cependant avant 
que de monter à cheval, il parut revenir à lui-même; & fe tournant vers le 
Général, il l'embraffa en lui difant qu’il étoit fon frère, & qu'il le prioit 
d’'excufer un départ fi brufque, parce qu’il étoit appellé par des affaires de 
Ja dernière importance. J} ajoûta qu'il laïfloit Koja Naffan, pour recevoir 


& délivrer les marchandifes fur lefquelles on étoit déja d’accord, & pour fai- 
re 


neur à tous.les gens"de fa fuite , de fe tenif 


E7(f) Ilya apparence que l'Amiral a malin- 
prêts à partir dans an certain tems. 


terprété cette proclamation, & que ce n'étoit 
autre chofe qu'un ordre donné par lejGouver- 


re de 
qu'il : 
{on fr 
toit la 
avoier 
Mogh 
réduit 
LE 
Peppe 
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& l'au 
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arquérent 
r le prix. 
marchan- 
tant d'un 
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: de l'In- 
de lames 
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Mais à- 
reufement 
les qui fu- 
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qué de la 
ils avoient 
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. l'Amiral 


vint au ti: 
.. L'Ami 
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L aux deux 
t beaucoup 
le tous les 
r vendre, 
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on plomb. 
té réglées. 
moignages 
d'avanti- 
ii changer 
fit d'un ai 
toit affis à 
dant avant 
ant vers le 
1 le prioit 
affaires de 
recevoir 
& pour fal- 
re 


de fe tenif 
$: 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 237 


re de nouveaux marchés. Peu de jours après, les Anglois furent informés 
qu'il avoit été dépouillé de fon Gouvernement de Cambaye, comme Naffan 
fon frère le fut bientôt auili de celui de Surate; ce qui leur fit juger que c'é- 
toit la nouvelle de fa difgrace qu'il avoit reçue pendant la conférence qu'ils 
avoient avec lui. Dans ces Pays barbares, rien n'eft fi gliffant que la faveur. 
Moghreb Kam, qui s'étoit vû Gouverneur d'une grande Province, fe trouva 
réduit à l'Office de Direéteur de la Douäne à Surate, 

LE nouveau Gouverneur de Surate eut la curiofité de fe rendre à borddu 
Pepper-Corn, pour vifiter la Flotte Angloife. Pendant qu'il s’eccupoit de 
ce foin avec l'Amiral qui lui fervoit de Guide, les Faéteurs Anglois étoient 
au rivage pour y faire pefer le plomb, dont une partie étoit deja débarquée, 
& l'autre prête a l'être, dans les Chaloupes qui l'avoient apporté. Ils de- 


. , , A . . . » + 0 ‘ . 
# mandoient qu’on fe fervît des poids Anglois; mais Koja Naflan, [qui paroif- 


foit conferver encore la même autorité dans le commerce, ] ne vouloit pas 
d'autres poids que ceux de Surate, & les avoit fait apporter dans cette vûe. 
Ils furent obligés d'y confentir; mais après quelques eflais, ils fouhaitèrent 
du moins qu'on leur accordät la liberté d’éxaminer la différence des poids, 
parce que rien ne les obligeoit de fe fier aux Indiens, qui pouvoient donner 
les noms qu’il leur plaifoit à leurs propres poids. En effet ayant pefé avec les 
poids Anglois ce qui l’avoit déja été avec ceux de Surate, ils trouvèrent dans 
c:nq quintaux une différence de dix ou onze mandes, c'eft-à-dire de plus de 
trente-trois livres Angloifes (4). Naffan qui avoit fes avantages à tirer de cet- 
ue inégalité, commença d’autres chicanes, & demanda d'être payé, moitié 
en argent, moitié en échanges de marchandifes, fans quoi il protefta que les 
Anglois n'avoien: rien à prétendre. Il donnoit déja ordre aux Voituriers de 
retourner à la Ville avec leurs charges, en déclarant qu'il ne vouloit rien 
non plus de ce qui appartenoit aux Anglois. Les Facteurs fe hâtèrent de 
faire avertir l'Amiral, qui étoit encore à bord avec le Gouverneur &le Scha 
Bandar. L'expérience avoit déja fait connoître à Sir Henri que Nain ‘étoit 
capable d'éxécuter fes menaces. Il fçavoit aufñi que l'ufage du Pays, & d’une 
grande partie de l'Inde, eft que les Traités de commerce peuvent être ré- 
voqués dans l'efpace de vingt-quatre heures, en rendant les arrhes, & mé- 
me les marchandifes après qu'elles ont été livrées. C’étoit dans la crainte 
de ce traitement qu’il avoit envoyé Fowler & d’autres Faéteurs au rivage, 
pour fçavoir de Naffan s’il vouloit fe tenir aux conditions, & pour lui dé- 
clarer que les Chaloupes ne partiroient pas fans cette certitude. Naffan s’étoit 
engagé devant plufieurs Témoins à remplir toutes fes promefles, & n'avoit 
marqué d'empreffement que pour l’arrivée des Chaloupes. 

Dans le chagrin d’être trompé, Sir Henri, après avoir confulté les An- 
glois qui reftoient autour de lui, ne vit pas de moyen plus fûr pour mettre 
les Indiens à la raifon, que d'arrêter fur fon Vaifléau le Gouverneur de Su- 
rate & le Scha Bandar. Îl leur expliqua civilement les fujets de plaintequ'il 
recevoit de Naffan, & le regret, qu'il avoit de fe voir forcé, par tant d’in- 
juftices, de les retenir pour garans du Traité. Le Gouverneur, fans con- 
damner la conduite des Anglois, les pria d'envoyer ordre de fa part à Koja 

Naffan 


(g) Angl. chaque mande étant de trente-trois livres Angloifes, R, d. E. 


Gg 3 


Sir ITENRt 
Minoieron. 
1611. 


Le nouveau 
Gouverneur 
de Surate vifi- 
tu laFlotteAn- 
gloile, 


Chicancs de 
Koja Nalfan 
dans le com- 
merce, 


Les Anglois 
arrêtent fur 
leur Flotte le 
Gouverneur 
de Surate. 


mm 


Six Tia 
MippLe Ton, 
1611. 


His lerelàchent 


& gardent 
Natlan pour 
Otage. 


Lettres du Vi- 


ceroi de Goa 
lues à l’Ami- 
al Anglois, 


La fermeté 


plus utile aux 
Anglois que ia 


politeffe, 


Arrivée de 
Floris à Maf- 
fulipatan. 


Sharpey eft 
envoyé à Agra 
par l'Amiral. 


38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Naffan de le venir trouver fur la Flotte, Il n'ôfa refufer d'obéir, Aufitôr 
qu'il fut arrivé, le Gouverneur s'adreffant à l’Amiral, lui dit qu’il avoit en. 
tre les mains l’Auteur des diflicultés, & qu'il lui confeilloit de fc faire ren. 
dre juitice. Le fens de ce difcours ne parut obfeur à perfonne. L’Armiral laif. 
fa au Gouverneur & au Scha Bandar la liberté de retourner à terre, aprés 
lui avoir fait un préfent, & garda pour Otages, fur le Pepper-Corn, Koja 
Naflan & plufeurs perfonnes de fon cortège. 

UELQUES jours après, le Scha Bandar, qui fe nommoit Iaffan Aly, 
vint à bord de l'Amiral, & lui montra deux Lettres du Vice-Roi de Goa; 
l'une adrefée à lui-même, l'autre qui étoit venue fous fon enveloppe, &qui 
étoit pour le Grand Amiral du Nord, commandant la Flotte Portugaife. Le 
Vire-Roi écrivoit dans celle-ci au Grand Amiral, qu'il avoit reçu la fiennc, 
où il avoit là avec beaucoup de fatisfaétion le fervice qu'il venoit de rendre 
à l'Efpagne, en forçant l'Amiral Anglois & fes gens de fe jetter à la nage 
pour regagner leurs Vaifleaux, fans quoi il les auroit fait prifonniers. Il re- 
levoit cette ation par de grands éloges ; & pour la récompenfer avec éclat, 
il lui faifoit piéfent de quelques Frégates qu'il avoit enlevées depuis peu für 
la Côte de Malabar. En même tems il lui donnoit avis qu'il avoit envoyé fon 
ils fur fa Flotte, pour y apprendre le métier des armrs ; G& le recomman- 
dant à fes foins , il le prioit de lui enfeigner le chemin de la gloire. Cette 
Lettre, que le Scha Bandar prenoit plailir à faire lire aux Anglois avant que 
de la remettre au Grand Amiral, marquoit combien le Vice-Roi étoit tromn- 
pé par les fauffes relations & les vaines bravades de fes Officiers. Dans celle 
qui étoit adreffée au Scha Bandar, il le remercioit d'avoir employé fes foins 
pour empêcher le commerce des Anglois à Surate, & l* prioit de les conti- 
nuer avec le même zèle, en l'affürant que la Cour de : cugal le récompen- 
feroit libéralement de fes fervices. 


[LA fermeté de Sir Henri avoit produit plus d'effet que fes civilités & fes 4 


préfens.] Il vint le même jour au rivage plufieurs chariots de provifions que 
Bangham avoit eu la liberté d'acheter à Surate. Toutes les affaires du com. 
merce :‘rent terminées le 24, & les comptes réglés à la fatistaétion des Par- 
ties. Alors Sir Henri ne fit pas difficulté derenvoyer fes Orages, qui lui pro- 
mirent plus de fidélité. 

LE 27, il vint à bord un Juif de Mañülipatan, qui en apportoit une Let- 
tre, dattée le 8 de Septembre, d'un Dantzikois, nommé Peter Floris, qui 
étant employé par la Compagnie d'Angleterre, donnoit avis à lAmiral de fon 
heureufe arrivée ?u commencement de Septembre. Il étoit parti de Londres 
au mois de Février. 

IL y avoit long-tems que Sharpey étoit arrivé fur la Flotte. Sir Henri le 
chargea, avec Hugues l'raine & Hugues Greet, de faire le voyage d’Agra, 
pour rendre au Capitaine Hawkins une Lettre qu’il fe crut obligé de lui écri- 
re. Il étoit peu fatisfait de la conduite d'Hawkins, & fa qualité d’Amiralle 


mettoit en droit de lui expliquer fes fentimens (b). Sharpey partit le 2 de 


Janvier, 


Ch) Angl. 1 lui écrivoit pour l’engager à  mandoit d'acheter de l’Indigo, & quelques au- 
prendre une autre route que celle qu'il fem tres marchandifes, fi on pouvoit les avoir à 
bloit avoir réfolu de fuivre; & il lui recom- un prix raifonnable. KR. d, E. 


Janvier 
commc 
Æ Ir 
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avoient 
ne fufi 
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x#s'en ap 
teurs , 
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qu'il av 
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qu'ils a 
ils n’aur 
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diateme: 
rappeila 


K mettre] 


quelques 

LE 
Surate, 
s’écoient 
16 degr 


“rent l'an 


faire cor 
mouillèr 
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fin s'étar 
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kKFleurs voi 


fe trouve 
de fix; « 


(i 


Mi-tôt 
Dit en- 


: ren- 
al laif- 
apres 


, Koja 
Aly, 


Goa ; 
& qui 
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1 nage 
Il re- 
éclat, 
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mman- 
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ant que 
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ns celle 
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is fes 
ns que 
1 com- 
les Par- 
lui pro- 


ne Let- 
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1 de fon 

ondres 


enri le 
l'Agra ; 
ui écri- 
miral le 
e 2 de 
anviet ; 


lques au- 
avoir d 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. I. 239 


Janvier, avec ordre aufli d'acheter quelques étoffes des Indes, & d'autres 
commodités , s'il s'en trouvoit à des prix raifonnables. 

IL revint [plutôt qu'on ne s’y étoit attendu, & la furprife des Anglois fut 
extrême de le voir fur le rivage ] le 26, avec le Capitaine Hawkins. Ils 
avoient laiflé leurs voitures à cinq milles de la mer , dans la crainte qu'elles 
ne fuflent enlevées par les Portugais. Sir Henri fe rendit lui-même à terre a- 
vec deux cens hommes armés, pour les mettre à couvert. Elles furent ame- 
nées jufqu'au rivage, & tranfportées fur les Vaifleaux, fans que les Portugais 


y#s'en apperçuflent, [Le 27 l'Amiral envoya Ÿean Williams avec un des l'ac- 


teurs, aSurate, pour quelques affaires. ] 


H  Mocures Kam [avoit confervé depuis fa chûte, une forte d'autorité qui le 


faifoit encore refpeéter de ceux qui avoient été témoins de fa grandeur.] Etant 
forti de la Ville pour aller au devant d'un Général qui revenoit des guerres 
du Dekan, & qui devoit pafler par Surate, il avoit chargé à fon départ Jor- 
dayne de faire des civilités, de fa part, à Sir Henri, & de lui dire qu'il par- 
toit pour revenir inceffamment, difpofé à remplir avec fidélité les promefles 
qu'il avoit faites aux Anglois pour leur Comptoir. À fon retour il changea 
extremement de langage, car ayant fait appeller Jordayne, il lui demanda 
d'un air fombre, ce qu'il faifoit à Surate, & pourquoi tous les Anglois n'é- 
toicnt pas partis. Jordayne répondit qu'ils étoient arrêtés par la confiance 
qu'ils avoient à fa parole, & par l’efpérance d'établir un Comptoir , fans quoi 
ils n’aurojent pas tardé à mettre à la voile. Mogureb protefta qu'ils n’obtien- 
droient jamais de Comptoir à Surate, & fe plaignit que le long féjour qu'ils 
avoient fait dans la Rade, avoit fait perdre à fa Douäne plus d'un million 
de manureys; après quoi il leur ordonna de la part du Roi de partir immé- 
diatement. Cet ordre füurprit l'Amiral fans lui caufer beaucoup de chagrin. Il 
rappella aufli-tôt tous les l'aéteurs qu'il avoit à Surate, dans la réfolution de 


mettre prompteinent à la voile. [Williams revint ce même jour , & l’on recut 


quelques provilions de Surate.] 

(i) La Rade où les Anglois étoient depuis fi longtems n’étoit pas celle de 
Surate, qu'ils avoient quittée après avoir vû arriver le Fils du Vice-Roi. Ils 
s’écoient retirés dans celle de Soually au 20°. degré 57 minutes de latitude, 
16 degrés 30 minutes de variation. Mais étant déterminés à partir, ils leve- 


rent l'ancre le 11 de Février, & fc rapprochant de la Rade de Surate [pour 


faire connoître que la crainte n’avoit point de part à leur réfolution,] ils 
mouillèrent le foir, près d’un Vaifleau de la Ville qui avoit été lancé nou- 
vellement, & qui étoit forti le même jour de la rivière, pour faire voile vers 
la Mer Rouge. La latitude de cette Rade, eft de 20 degrés 42 minutes. En- 
fin. s'étant mis en mer le 12, ils allèrent jetter l’ancre à deux lieuës de la Ra- 
de, prés d'un Vaifleau de Caleeur, qui arrivoit à Surate, & qui leur accor- 
da un Pilote pour les conduire à Dabul. Le 13 ils avancérent avec toutes 


Kpleurs voiles Oueft quart au Sud, l'efpace d'environ dix lieuës ; mais alors [ils 


fe touvérent fur un fond de huit braffes, & un moment après fur un fond 
de fix; cela les obligea de faire environ un mille à l'Eft, & à l'EÉt quart au 
Sud, 


(5) La ge, Se&tion commence ici, R. d. Æ,. 


Sir Henar 
Minpzeron. 
1612, 
Son retour 4- 
vec le Capitai- 
ne Hawkins. 


Moghreb 
change de fen- 
timent pour 
les Anglois & 
les force de 
partir, 


Rade de Sou- 
ally & fa la- 
titude. 


Latitude de la 
Rade de Sura- 
te, 


Sir Hewn 
MIiDDLETON. 


1612. 


Les Anglois 
arrivent à Da- 
bul ,& y font 
bien reçus, 


Is y font peu 
de comimerce, 


Raifon qui les 
détermine à 
retourner 
dans la Mer 
Rouge, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


240 
Sud, par cette manœuvre ils revinrent fur un fond de vingt brafles: enfüite 


ils dirigèrent leur courfe Sud-Oueft quart au Sud, * apte une heure après-mi- 


nuit, ayant prefque toûjours la marée contraire & en neuf heures de tems, 
ils firent environ fept lieuës & demi. Alors] le vent leur manquant tout-à. 
fait, ils demeurérent immobiles pendant trois heures fur un fond de vingt 
brafles. A peine l'air eut-il recommencé à s'agiter que portant au Sud-Sud- 
Oueft , ils découvrirent la terre, avec deux petites montagnes, qui leur fi 
rent juger qu'ils étoient proches de Daman. À fix heures du foir, un calme 
qui les furprit encore, leur fit paîfer une partie de la nuit dans l'immobilité, 
Îls employérent plus heureufement le refte en fe laiffant conduire par le vent 
qui les portoit au Sud quart à l'Oueft. Le matin ils fetrouvérent à 19 degrés 
50 minutes de latitude, éloignés d'environ cinq lieuës du rivage. Le vent 
les fervit peu jufqu'à midi; mais il devint plus favorable jufqu'au foir, ee fe 
trouvant fur treize brafles de fond à quatre ou cinq lieuës du rivage, ils ju- 
gèrent à l'entrée de la nuit qu'ils étoient vis-a-vis de Chaul. Ils portèrent 
au Sud pendant toute la nuit avec un fort bon vent, Le 16, ils dirigèrent 
leur courfe au long de la Côte, Sud, & quart à l'Eft, jufqu'a fix heures à. 
près-midi, ne trouvant nulle part moins de dix brafles ; enfin ils entrèrent 
avant la nuit dans la Rade de Dabul , qui eft à 17 degrés 42 minutes dela- 
titude; 16 degrés 30 minutes de variation. 

Le jour fuivant, l’Amiral envoya au rivage, dans une Barque de Pécheur, 
le Pilote qu'il avoit reçu du Vaifleau de Calecut, avec une Lettre pour le 
Gouverneur, qu’il avoit obtenue à Mocka, de Maleck Amber, Capitaine 
d'un grand Vaifileau de Dabul. Il fe trouva heurcufement que ce Capitaine 
étoit arrivé depuis quelque tems avec fon Vaifleau. Dansle cours de l'après- 
midi, l’ Amiral reçut de fa part & de celle du Gouverneur quelques rafraichif- 
femens, avec des affürances d'amitié, des offres de fervice, & la permi‘tion 
d'envoyer au rivage, s’il avoit deflein d'y faire quelque commerce. Les 
Anglois ne balancèrent point à faire defcendre deux Faëéteurs, qui furent re- 
çus avec beaucoup de carefles , & traités fort civilement pendant le féjour 
qu'ils firent dans la Ville. 

Les trois jours fuivans furent employés à vendre une petite quantité de 
marchandifes; mais l’Amiral s’'appercevant qu'il ne pouvo : fe promettre un 
commerce plus confidérable, prit dès le 24 la réfolution de partir. Il affem- 
bla le Confeil pour délibérer s'il feroit voile à Priaman, à Bantam, & dans 
d’autres parties de l'Inde ; ou s’il devoit retourner dans la Mer Rouge, dans 
l'efpérance d'y faire un commerce plus utile avec les Vaiffeaux Indiens. 1! 
repréfenta qu'ayant trouvé jufqu'alors fi peu de facilité à fe défaire des mar- 
chandifes que la Flotte avoit apportées, il ne falloit pas compter qu’on en 
trouvât davantage dans des lieux plus éloignés; & que perfonne ne les ac- 
cuferoit d’injuftice , lorfque pour prix d’un fi long & fi pénible voyage, ils 
forceroient les Vaifleaux Indiens de ieur donner en échange les marchandi- 
fes de l'Inde, pour celles qu’ils leur offriroient. Ce raifonnement parut fi 
bien fondé, qu'on fe détermina pour la Mer Rouge par cette feule raifon, 
à laquelle néanmoins Sir Henri voulut qu’on joignit l'obligation de tirer 


vengeance des outrages des Turcs. [C’étoit déclarer ouvertement qu'onalloit A 


prendre la qualité de Pyrates avec celle de Marchands. Mais pour la UE 
er 


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rchandi- 
parut fi 
raifon, 
de tirer 
on alloit A 
a dégut- 
fer 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 247 


fer un peu ,] on apprit par la voye de Mañülipatan, que le Vaiffeau Anglois 
qui y étoit arrivé quatre mois auparavant fous la conduite du Capitaine Flo- 
ris, étoit parti dans le deffein de gagner aufli la Mer Rouge, & l'on fe crut 
autorifé à ne rien pages pour le fauver de la trahifon des Turcs, entre 
les mains defquels il alloit fe jetter imprudemment. 

Deruis ce jour jufqu'au 27, on ne s’occupa qu'à renouveller la provifion 


d'eau. [Les Indiens avoient acheté tout le Vermillon, & on le leur avoit 


L 


déja livré; mais ils fe repentirent de leur marché, & le rapportèrent à bord.] 
Le foir du 26 on apperçut un Vaifleau à quelque diftance; & deux ou trois 
petits Bâtimens Malabares qui étoient venus du même côté, affurèrent l'A- 
miral que c'étoit un Vaifleau Portugais de Cochin, qui étoit parti pour Chaul. 
Le Pepper-Corn, le Darling, & la Frégate furent envoyés aufli-tôt à fa ren- 
contre, & n’eurent pas de peine à s’en faifir. Mais les gens de la Frégate 
excédant leur ordres, pillèrent l'Equipage Portugais. L'’Amiral fit reftituer 
aux Matelots ce qui leur avoit été enlevé, & fe contenta de prendre ce qu'ils 
avoient de meilleur & de plus frais dans leurs provifions, pour fe dédomma- 
ger un peu des pertes que la Flotte Portugaife de Surate avoit fait effuyer à la 
fienne. La Lettre du Vice-Roi, dont le Scha Bandar avoit procuré la leétu- 
re aux Anglois, leur avoit fait affez connoître que fi l’Amiral Soto Major ne 
leur avoit pas caufé plus de mal, c'étoit moins l’inclination que le pouvoir 
qui lui avoit manqué. Cependant Sir Henri eut foin de faire figner aux Com- 
mandans de l’Equipage, un Mémoire éxaét de ce qu'il leur avoit enlevé. 
LCe Vaifleau étoit chargé de noix mufcades, & de quelques autres marchan- 
difes en petite quantité. ] 

Le 25 Mars, la Flotte Angloife eut la vûe de l’Ifle de Sokotora. A quatre 
ou cinq lieuës de la pointe de Dellifcha, la variation fe trouva de 16 degrés. 


L [Depuis le midi du jour précédent, on avoit fait route au Nord-Oueft & quart 


D ARE ES 


ROSE RTE LE 


AR 


à l'Oueft, & à l'Oueft-Nord-Oueft, & à l'Oueft durant toute la Nuit: quand 
le jour fut arrivé on crut avoir cottoyé la partie Occidentale de l'Ifle, mais 
on trouva qu’au contraire on avoit à peine doublé fa pointe, quoique le vent 
eût été affez fort; ce qui prouve qu'on avoit eu à manœuvrer contre un cou- 
rant rapide]. Depuis midi jufqu'à quatre heures au matin du jour fuivant, on 
fuivit la Côte avec fort peu de vent; & le calme furvenant tout-d'’un-coup , 
on fut emporté par le courant fur un Roc qui eft à quatre ou cinq lieuës de la 
partie Occidentale de l'Ifle, où l’on fut forcé de mouiller, pour attendre lé 
vent. 11 fe leva deux heures après à l'Eft; de forte que vers midi on fe trou- 
va éloigné du Roc d'environ quatre lieuës, aprés lefquelles on retomba dans 
un autre courant, qui n'étoit pas moins impétueux vers le Nord. Le 27, en 
portant à l’Oueft-Sud-Oueit, on trouva encore un courant, dont la direc- 
tion étoit auffi vers le Nord. Mais après s'en être dégagé aufli heureufement 
que des deux autres, on fe trouva le matin, vis-à-vis d’Abba del Kuria, & le 
foir, on eut la vûe du Cap de Guardafu, à fept ou huit lieuës de diftance. De- 
puis le midi du jour précédent jufqu’à l'heure où l'on étoit, on avoit fait en- 
viron vingt-huit lieuës, Oueft-Sud-Oueft; quoique la véritable direétion fût 
à l'Oueft, en tirant beaucoup moins versle Sud (k). L'Amiral fit jetter l’an- 

cre 


CR) Angl, en tirant un peu vers le Sud. R. d. E. 
IL Part. Hh 


Sin Tennr 
Mibotérow. 


1612. 


Ils prennent | 
un Batiment 
Portugais , à | 
s'accommo- | 
dent de fes | 
provifions, | 


Calmes & 
dangereux 
courans prés 
de Sokotorz 


Sin Hennt 
MippizTonN. 
2612. 
Informations 
touchant l'ar- 

rivée d'une 
nouvelle Flot- 
te Angloife 
dans la Mer 
Rouge. 


Réfolution 
de l’Amiral, 


Il jette l'an- 
cre dans les 
Détroits, 


I reçoit des 
lettres du Ca- 


242 
cre 
de 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


jufqu'à minuit. Le lendemain à huit heures , il fe trouva entre les deux Caps 


uardafu & Felix. 
Le Darling s'étoit arrêté à Sokotora, [avec les ordres de Sir Henri.] Pember. % 


ton qui commandoit ce Vaiffeau , revint le 2 d'Avril, & rapporta qu'il avoit 
vû entre les mains du Roi un Ecrit de Jean Saris, Commandant de trois 
Vaifleaux Anglois, qui contenoit le tems de fon départ d'Angleterre, le 
nom des lieux où il avoit relâché dans fa route, fon arrivée à Sokotora & le 
deffein dans lequel il étoit parti de pénétrer dans la Mer Rouge, pour y 


excreer le commerce. 


Pemberton ajoûta qu'on avoit fait lire à Saris l'Ecrit 


que Sir Henri avoit laiffé dans la même Ifle, & les raifons qui devoient le 

aire renoncer au voyage de la Mer Rouge; mais que fe fiant au Pafleport 

qu'il avoit du Grand-Seigneur , il pe d’être reçu plus favorablement 
€ 


que Sir Henri. 


Sur ce récit, le Con 


il fut affemblé; &, fans la moindre 


oppofition de fentimens, on fe confirma dans la réfolution d’éxécuter le def: 
fein qu'on s'étoit propofé. D'ailleurs, il auroit été difficile d'en former un 


autre. 


Le vent ne permettoit plus de retourner en arrière, jufqu’à la Mouf. 


fon de l'Oueft qui ne devoit revenir qu’au mois de May. Ainfi l'Amiral prit 


le parti de 1 


er le Capitaine Dounton avec le Pepper -Corn, pour croifer 


aux environs d’Aden ; tandis qu'avec l’Incréafe & le Darling, il s'avanceroit 


lui-même jufqu’aux Détroits de Babelmandel. 


Ils allèrent enfemble jufqu'a 


fept lieuës du Promontoire d’Aden , & lorfqu'ils fe crurent vis-à-vis de cet. 
te Ville, à r2 degrés 47 minutes de latitude, Pemberton demeura derrière 
V’'Amiral qui continua fa navigation. La variation fut, cet après-midi, de 13 
degrés 40 minutes. 

Darvis quatre heures du foir jufqu’à trois heures du matin, l'Amiral eut 

eu de vent, Il fuivit le Canalen portant à l'Oueft quart au Nord & à l'Ouett- 
Nord-Oueft. Vers le milieu du jour, un bon vent, qui fe leva tout-d'un- 
coup, le fit avancer fi légèrement jufqu’au foir, qu’au foleil couchant il jet 


ta l'ancre à quatre lieuës de Babelmandel. 


Le 4, à huit heures du matin, 


il remit à la voile pour entrer dans le Détroit. Deux heures après, il fe trou- 
va dans Babelmandel même, entre l’Ifle de ce nom & l'Arabie. Il y mouilla 


fur un fond de huit braffes. Le Canal n’a pas 


geur. À peine 
te par un Turc 


mandant d’un Château voifin, fous l'autorité de l’Aga de Mocka. 


& 


lus d’une demi-lieuë de lar- 
fut - il arrêté qu’il vit venir à fon bord une Barque condui- 
trois ou quatre Soldats Arabes. Ce Turc étoit le Com- 
Il offrit 


à l’Amiral de fe charger de fes Lettres pour Mocka, s’il y vouloit écrire, & 
de lui remettre les réponfes dans l’efpace de trois jours. L’occafion étoit trop 
belle, par quelque motif qu’elle fût offerte. L’Amiral prit le parti d'écrire au 
Capitaine Saris, pour lui communiquer les raifons qui le ramenoient dans cet- 


te Mer. 


Le 6, il lui vint de Zeyla, Ville maritime du Détroit, fur la Côte d'A- 
byflinie, une Jelbe qui alloit à Mocka, chargée de nattes. Il acheta du Pa- 
tron douze moutons; & loin de l'arrêter dans fa route , il lui recommanda 
de publier qu'il avoit rencontré des Anglois. Le 7 avant le jour, il vit paf 


fer un Vaifléau de Bafanor, [qui fembloit fort empreflé pour l’éviter.] Il le 


pitaine Saris, força de jetter l'ancre près de lui, en le menaçant de le couler à fond, sl 


alors 4Mocka, 


réfiftoit à fes ordres. 


Le même jour, Richard Wickam , un des Capitaines 


de Saris, lui appora des Lettres dont le fujet n’eft pas marqué dans la Re- 


lation. 


lation, 
en droit 
Indiens 1 
réponfe 
aprés-mi 
Anglois, 
Sir Henr 
dre fur le 
vûcs, & 
Frégate à 
tèrent un 
après, ill 
IL eft 
jufqu'au : 
fuite il ch 
le même 
ment arri 
Le 14 
avec fes ti 
Saris, acx 
fe rendit : 
vita, pou 
ve, Sir } 
lui faire li 
s'étant pri 
fes efpéra 
fort perf 
par une of 
merce ord 
tiers de to 
comme lu 
meureroie 
Æduite à fa 
d'autrui fa 
tice, parc 
bien acqui 
Ex ef 
| ris, [pou 
KL& qui ét 
a les fore 
ka; [la pl 


iMmain, on 


7 (!) Cette 
Relation, & 
près les Po 


Caps 


nber-%4 
avoit 
trois 
e, le 
& le 
our y 
l'Ecrit 
ent le 
Teport 
ement 
oindre 
le def- 
ner un 
Mouf- 
al prit 
croifer 
nceroit 
jufqu'à 
de cet- 
lerrière 
, de 13 


jral eut 
l'Ouett- 
ut-d'un- 
t il jet. 
matin , 
fe trou- 
mouilla 
de lar- 
condui- 
le Com- 
Il offrit 
rire, & 
toit trop 
écrire au 
Hans cet 


jte d’A- 
du Pa- 
mmanda 
vit paf 


Æduite à fa vengeance. 


Il lek 
bnd , s'il 
apitaines 
rh Re- 
lation. 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar. I. 243 


lation. Mais l'Amiralretint Wickam, de peur que les Turcs ne fe cruffent 
en droit de l'arrêter, eg Ps apprendroient à fon retour que les Vaifleaux 
Indiens ne pailoient lus ibrement dans le Détroit. Il ne laiffa pas de faire 
réponfe à Saris, mes par un l'urc qui avoit accompagné Wickam. Le huit, 
après-midi, il arriva un Vaifleau de Diu, qui fut fort furpris de recevoir des 
Anglois, l'ordre de jetter l'ancre auprès d'eux. C'étoit le même Bätiment que 
Sir Henri avoit arrêté l'année précédente dans la Rade de Mocka. Il fit pren- 
dre fur les deux Navires Indiens toutes les marchandifes qui convenoient à fes 
vûcs, & les fit tranfporter à bord de l'Incréafe. Le 9, il fe faific d'une petite 
Frégate arrivée de Sael (7), & chargée d'ollibanum, dont les Anglois ache- 
térent une partie, qu'ils payérent à la facisfaction des Infidelles. Deux jours 
après, ils arrétèrent une Barque de Sinde. 

IL eft remarquable que depuis le jour qu'ils étoient entrés dans les Détroits 
jufqu'au 12, le vent demeura conftamment au quart du Sud-Eft, & qu'en- 
fuite il changea au Nord-Oueft. L'année d'auparavant, il avoit ad auf 
le même jour au Nord-Oueft, où il étoit demeuré trois jours. Ce change- 
ment arrive tous les ans avec la même régularité. 

Le 14, Saris arriva fur les huit heures du matin à la vûe de Sir Henri 
avec fes trois Bätimens. Après qu'ils fe furent falués de toute leur artillerie, 
Saris, accompagné du Capitaine Towtfon, & de Cox fon principal Faéteur, 
fe rendit à bord de l'Incréafe, où il pafla tout le jour avec l'Amiral. Ill'in- 
vita, pour le jour fuivant, à diner fur fon Vaifleau, qui fe nommoit le CHo- 
ve. Sir Henri s'y étant rendu avec fes meilleurs amis, pria le Capitaine de 
lui faire lire le Pafleport du Grand-Seigneur ; fur quoi Saris lui déclara que 
s'étant promis un heureux Commerce à Mocka , il n’attribuoit la perte de 
fes efpérances qu'a la détention des Vaifleaux Indiens. L’Amiral, quoique 
fort perfuadé qu'il s'étoit flatté mal-à-propos , crut devoir le confoler 
par une offre dont les avantages devoient furpafler beaucoup ceux du com- 
merce ordinaire. 1l convint par un Ecrit formel que le Capitaine auroit le 
tiers de toutes les marchandifes qui feroient prifes aux Indiens, en payant 
comme lui le prix en argent ou par des échanges , & que les Bâtimens de- 
meureroient enfuite à la difpofition de celui qui avoit cru devoir cette con- 
[Etrange Traité, par lequel ils difpofoient du bien 
d'autrui fans aucun droit. Saris ne fe crut point obligé d'en éxaminer la juf- 
tice, parce qu’il regarda les fruits qu'il en devoit tirer, comme un falaire 
bien acquis par les fervices qu'il alloit rendre à l’Amiral. ] 

EN effet, deux Vaifleaux ayant paru le 16, l’un de Calecut , chargé de 


ris, [pour Mocka] l’autre de Karapatan près de Dabul, chargé de poivre, 
KF[& qui étoit parti d'Achen pour fe rendre à Aden] Saris fut le plus ardent 


a les forcer de jetter (#”) l'ancre. Le 18, il en vint un de Cananor , à Moc- 


Kka; [la plus grande partie de fa charge confiftoit en poivre.] Le lende- 


main, On en arrèta deux de Surate, l’un nommé le Hafjani, qui appartenoit 
à 
#7 (!) Cette Ville eft nommée Shabr dans la  Xael; elle eft dépendante de Kwfhem ou Kafbin. 
Relation , & Sbaber dans Purchaf; c’eft d’a- (m) Angl. Sir Henri leur envoya fa fréga- 
près les Portugais qu’on la nomme Sae/ ou te, pour les forcer à jetter l'ancre. R. d. E, 


Hh 2 


Sun Fennt 
Mivpzeron, 


1612, 


L'Amiral 
commence à 
fe faifir des 
Vaifeaux In- 
diens, 


Obfervation 
fur le vent 
dans les Dé- 
troits, 


Saris joint 
l'Amiral Mid- 
dleton. 


Etrange traité 
Le piller le 
jen d'autrui 


Grand nom 
bre de Vaif- 
feaux Indiens 
arrêtés par les 
deux Chefs 
Amglois. 


Sun Fenar 
Mivpteron, 


1612, 


Arrivée du 
Vaifileau du 
Grand Mogol. 


L'Amiral fe 
retire avec fa 
proye dans la 
Baye d'Affab. 


Remarque. 


44 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


à Abdal 1laffan, & qui alloit à Joddah (n); l'autre à Koja Nafan, cet an. 
cien ami de l'Amiral. Ils furent forcés de mouiller près de fon Vaiffeau , ir 
lequel il fit monter les Commandans Indiens, pour les faire garder fous fes 
jeux. Il apprit d'eux que le principal Navire du grand Mogol , nommé le 

bemi, devoit bientôt arriver, Le 20, il prit un Vaiffeau de Diu , chargé 
de marchandifes Indiennes; & le même jour, une grande Barque de Dabul 
qui lui auroit échappé fi la Pinafle n'eût fait beaucoup de diligence pour la 
joindre. L'Amiral fit conduire à terre , le lendemain , tous les Paflagers 
des deux Vaifleaux de Surate, Vers midi, il arriva un Vaifleau de Calecut, 
qui fut arrêté avec tous les autres. Le 22, on arrêta une Frégate de Sael, 
qui apportoit à Joddah de l'ollibanum , qu'elle avoit été charger à Goa, Dans 
le même tems, le Darling pourfüuivit un grand Vaifleau de Diu, chargé de 
marchandifes Indiennes pour Suaken, qui avoit dr fa route par le gran] Ca- 
nal, mais que cette précaution ne put garantir du fort commun. 

ENFIN le 23, on vit arriver le Rhemi de Surate , _Vaiffeau du Grand 
Mogol, qui étoit chargé pour la Reine, Mère de ce puiffant Monarque. Il 
comptoit de fe rendre à Foddah ; mais il fut arrêté avec tous les autres. Son 
Equipage étoit de quinze cens perfonnes. Sir Henri, fatisfait d'une proye 
fi riche, donna ordre à cette multitude de Captifs de fe préparer pour le 
fuivre le lendemain dans la Rade d'Affab , où 1l fe nropofoit de faire la dif: 
tribution de fon butin. Il partit en effet Je 24, Cu laiffant derrière lai le 
Darling, & le Thomas, Vaiffeau de Saris, pour croifer dans les Détroits. 

IL jetta l'ancre, à l'entrée de Ja nuit, fous l'Ifle de Crabbes 3 & Île jour 
fuivant il entra dans la Rade , accompagné de tous fes Captifs, [& Jettatÿ 
l'ancre fur fept brafles & demi d'eau. Le 27 on tira une grande quantité 
d'Indigo des Vaifleaux de Surate & de Diu. Cependant le Clove quin'avoit 
pas remarqué dans quel endroit étoit la Flotte, ne fçavoit quelle route tenir, 
On l’avertit du lieu du rendez-vous, par un coup de canon ÿ il y répondit 
par un autre coup, & peu de tems après on le vit arriver.] | 

[ON doit trouver fort étrange que l'Amiral interrompe ici fa Relation À 
fans nous apprendre comment 1l ufa de l'afcendant qu'il avoit fur les Indiens, 
& quelles bornes il mit à fa vengeance. On ne comprend pas mieux fur 
quels principes il fe croyoit en droit de punir les Indiens des outrages qu'il 
avoit reçu des Turcs. Mais le voyage füuivant étant lié au fien, par la dé- 
pendance où le Capitaine Dounton étoit de fes ordres en qualité de fon Lieu- 
tenant, on fait remonter ici le Leéteur jufqu’à l'année de leur départ com- 
mun, pour tirer du Journal de Dounton quantité d'éclairciffemens qui man- 
quent à la Relation de l'Amiral. Ce n’eft pas néanmoins fans avoir eu l'at- 
tention de recueillir les latitudes. ] 


> (nu) PurchafT appelle cet endroit Zidda. C'eft le Port de la Mecque, 


Le <: 
# 


LATITUDES 


fes de Q 
Baye fablo 
Ville de ‘1 

Varia 
Ville de Z« 
Rade de S 

Varia 


ai a 


De N1 


E 22 d 

la Tab, 
diftance d’'c 
permirent p 
timens Hol 
Gat (ec), 
avoit difper 
venus faire 
tourner dire 
La Baye 

du Cap de 
“Cap (f) Æ 
peuvent ét 
entre laquel 
d'un terrain 
côtés eft e 
avoir la po 
Oueft & qu 
tagnes de | 
dans une fit 
brafles, fui 
trois lieuës, 


€ (a) Pu 
Journal dans f. 
Pol, L pag. 2 
. (b) Dans l 
Livre commen 
(ce) Angl, À 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar. I. 


"êt an- LATITUDES,. 

ii , ur 

us fes fes de Quériba.... 11 10 $. Rade de Surate......, sovorte 

mé le Baye fabloneufe de Sokotora....... Rade de Dabul..…........... 

“hargé D … hate 08-08 DE VAFIATION rennes 

Dabul Ville de ‘Tamarin.… 12 go Aden en Arabie... 

Tu la V'ariatiONssssssssss 19 18 Variation. ....sssssssssssse 

«M Ville de Zehanssssssssss 10 15 

« Pa Rade de Soually........ 20 57 

; rl Variations 16 30 

| ans 

LP KL «322 GE GEL din UE AE EUES ED x AUD ED 2:10 De CID TDR 1110 KID LA 

Greni T7 OUR N A L (a) 

se De Nicozas DounrTon, Capitaine du Pepper-Corn, dans la Flotte de 

| proye Sir Henri MibpLzeTon. (b) 

jour le ; PS 

| la di E 22 de Juillet, 1610, à quatre heures après-midi , on eut la vie de Dounrox, 
) Qui le la Table, Montagne fort élevée, & celle de la Baye de Saldanna, à la 1610, 


étroits. diftance d'environ douze lieuës, Mais les calmes & la variété des vents ne Ur ele 
le jour permirent point d'entrer dans la Rade avant le 24. On y trouva trois Bä- hu, pre 
& jeturp MR timens Hollandois, dont l'un faifoit voile à Bantam, commandé par Peter 
Gat (ce), qui étoit parti de Hollande avec treize Vaiffeaux que la tempête 
avoit difperfés, & qu'il attendoit dans cette Baye. Les deux autres étoient 
venus faire leur provifion d'huile dans l'Ifle des Pengouins, & devoient re- 
tourner direétement en Europe. 
La Baye de Saldanna eft à (d) quatre lieuës Ce), Nord-Nord-Eft, ion de 
du Cap de Bonne-Efpérance ; &, Nord quart à l'Oueft, à dix lieuës du la Baye de 
Cap (f) Falo , [qui eft à FE du précédent. T Ces deux Caps qui Saldanna 
en: re peuvent être vûs de Saldanna, font divifés par une autre grande Baye , 
$ qui entre laquelle & celle de Saldanna, il n y a qu'un efpace de trois lieuës, 
lu dé. d'un terrain bas & marécageux, qui s'étend Sud & Nord, & qui des deux 
côtés eft environné de hautes montagnes. Quand on eft affez avancé pour 
avoir la pointe de la Baye de Saldanna à l'Oueft - Nord -Oueft, au Nord- 
Oueft & quart à l'Oueft, vis-à-vis la terre qui eft entre les deux hautes mon- 
tagnes de la Table, & du Sugar Loaf, ou du pain de fucre, on fe trouve 
dans une fituation fûre & commode, fur un fond de fix, cinq, & quatre 
brafles, fuivant l’eau que prend le Bâtiment. L'Ifle des Pengouins en eft à 
trois lieuës, portant Nord-Nord-Oueft, demi-Oueft, & s'étendant au Nord 
par 


uantité 
n'avoit 
» tenir. 
ipondit 


ation , À 
ndiens, 


n Lieu- 

com- 
i man- 
u l'at- 


7 (a) Purchaff a inféré un Extrait de ce (d) Les Relations ne s'accordent pas fur 
Journal dans fa Colleion. Voyez Pilgrims. cette diftance, mais voyez la Carte. R.d.T. 
Vol, I. pag. 274. (e) Angl. quatorze lieuës. R. d. E. 

(b) Dans l'Original le Chapitre XL. du IN. 7 (f) Si la Baye de Saldanna eft à qua- 
Livre commence ici R. d. E. torze lieuës du Cap d: Bonne-Efpérance, elle 

(ce) Angl, Peter But, KR. d; E, doit être plus éloïgnée du Cap Falfo, 


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PDouxTon. 
1610. 


Changemens 
arrivés dans 
cette Baye. 


Caufes du 
changement, 


Ufages & ca- 
raétère des A- 
friquains de 
Saldanna. 


45 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


par Oueit de l'endroit de la Rade où vous êtes (2). Le Continent du fond 
de la Baye, or Le Le de 13 lieuës, fert aufli à couvrir cette ftation 
parce que tirant fur le Nord, Oueft quart à l'Oucft, il ne laiffe guères plus 
de trois points ouverts du côté de la Mer du Nord-Oueft, d'où viennent les 
plus grandes tempêtes. 

LA Baye de Saldanna avoit été jufqu'alors une retraite favorable pour les 
Anglois. Outre la bonté de l'air, qui ies rétablifloit de toutes leurs mala. 
dics, ils y avoient toûjours trouvé une grande abondance de bœufs & de 
moutons; qu'ils achetoient à fort bon compte. Un bœuf ne leur coûtoir 


u'un crochet de fer de douze ou quinze pouces de longueur, [& ils Pak 


foient un mouton à proportion) Mais le Capitaine Dounton trouva beau. 
coup de changement, fans pouvoir en pénétrer la caufe, parce que la Flot. 
te Angloife n’avoit perfonne qui entendit les langues du Pays. Ses conjeëtu. 
res font, que le mal avoit pû venir des Hollandois , qui, fans faire attention 
à l’avenir, ravagcoient & détruifoient tout, dans les lieux où le hazard les 
faifoit arriver: ou que les beftiaux qu'on y avoit vûs en fi grand nombre, 
n'étoient pas une produétion du Pays; mais qu'étant pris dans les guerres que 
les Habitans avoient alors, & qui leur faifoient rechercher avec tant d'avi. 
dité les moindres morceaux de fer, pour armer leurs dards & leurs lances, 
la paix qui avoit peut-être fuccédé à leurs divifions, leur avoit fait perdre 
tout-à-la-fois le goût du fer & l’occafion d'enlever des befliaux. Ils ne laif. 
foient'pas de venir chaque jour aux tentes des Anglois; mais les prières & 
les préfens ne purent tirer d'eux que quatre vaches & fix brebis, pour lefou- 
lagement des Malades de la Flotte. Ces vaches étoient même fi vieilles &fi 
maîgres, que leur chair ne faifoit point un mets fort picquant. Et ce ne fut 
pas du fer que les Sauvages demandèrent en payement ; ils ne voulurent pren- 
dre que de petites plaques de cuivre, de fix pouces quarrés ; pour chacune 
defquelles ils donnoient volontiers une brebis. On fut obligé de couper en 
piéces un chaudron de cuivre, dont ils regardoient les morceaux avec admi- 
ration. Ils s’en font des ornemens pour leur parure, avecun foin extrêmede 
les rendre clairs & luifans; & Dounton en vit plufieurs qui portoient fix ou 
fept de ces précieux bijoux au long des bras. 

Ces Afriquains font les plus fales Créatures que l’Auteur ait jamais vûes. 
A la MABrOpreES naturelle de leurs corps, qui vient de la fueur ou d’autres 
caufes, ils joignent une onétion, qui eft apparemment le ds de quelques her- 
bes, mais qui reflemble beaucoup à la fiente de vache; leur chevelure, 
ou plutôt la laine de leur tête, qu'ils ont foin de bien enduire de cette affreu- 
fe pomade, a l'air d’une pâte compofée d'herbes pilées. Pour habits, ilsont 
des peaux de bêtes, qui leur tombent jufqu’au milieu des cuifles, mais fans 
être liées par aucune couture ; &leurs parties naturelles font couvertes, dans 
les deux féxes, d’une queuë de chat, ou de quelque autre petit animal. Leurs 
moutons, au lieu de laine, ont une forte de poil qui reflemble à celui des 
veaux, & qui eft auffi de diverfes couleurs. Îls ont les jambes plus longues, 
& le corps plus gros que les moutons d'Angleterre; mais ils font beaucoup 
moins gras. Les 


Table. Elle eft d’ailleurs fort obfcure & fem- 
ble fe contredire. KR, d.T. 


(8) L'Editeur Anglois remarque qu'il faut 
qu'il y ait ici quelque erreur, & que cette Def- 
cription ne peut :onvenir qu'à la Baye de la 


fpautour de 


Les 
fort pol 
fus du ç 
jufqu'à 
femble, 
verre bl 
avec les 
ont une 
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fpeétacle 
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ne forte 

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Les Holla 
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bien que d 
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du fond 

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ufs & de 
Fr Coûtoit 
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va beau. 
e la Flot- 
conjeétu- 
attention 
azard les 
nombre, 
1erres que 
ant d’avi- 
ss lances, 
it perdre 
Ils ne laif- 
prières & 
our le fou- 
ieilles &fi 
ce ne fut 
rent pren 
chacune 
couper en 
ivec admi- 
bxtrême de 
ent fix où 


ais vûes. 
bu d’autres 
elques her- 
hevelure, 
tte affreu- 
its , ilsont 
mais fans 
rtes , dans 
imal. Leurs 
celui des 
s longues, 
beaucoup 
LES 


feure & fem- 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar.L 247 


Les Chefs de la Nation font diftingués par une plaque d'yvoire mince & 
fort poli d'environ feize pouces de grandeur, qui leur couvre le bras au def- 
fus du coude; & depuis le coude jufqu'au poignet , ils portent fix, huit, & 
jufqu'à douze petites piéces de cuivre; qui font ou féparées, ou jointes en- 
femble, fuivant la facilité qu'ils trouvent à les ajufter, avec des bracelets de 
verre bleu, & de nacre de perles, qui leur viennent des échanges qu'ils font 
avec les Matelots Hollandois pour des œufs d'autruche & des porc-épics. Ils 
ont une autre forte de parure, qui eft peut-être ce qu'il y a de plus dégou- 
tant dans l'Univers ; ce font les boyaux des Bêtes qu'ils ont tuées, ou qu'ils 
voyent tuer aux Anglois. Ils fe les pafent autour du col, en les faifant def- 
cendre jufqu'à la ceinture au long de l’eftomac; ce qui joint à l'horreur du 
fpeétacle une odeur que les Européens ont peine à fupporter. Ils ont l'ufa- 

e des fléches & des arcs; mais lorfqu'ils s’approchent des Voyageurs de 
l'Europe , ils laiffent ces armes dans quelque buiffon, pour ne couferver qu'u- 
ne forte de lance fort courte , ou de dard armé d’une petite pointe de fer ; & 
quelques plumes d’autruche , dont ils fe fervent comme d’évantails, contre 
la chaleur du Soleil. Ils ont la taille fort belle, & le corps extrêmement 
dégagé. On croit avoir remarqué qu’ils changent de tems en tems d'Habita- 
tions, pour la commodité des pâturages. Les lieux qu'ils préférent font les 
vallées entre les montagnes. De la Baye, on découvre dans l'éloignement, 
des fommets chargés de neige ; mais les monts qui font vers la Côte, n’ont 
rien qui fente l'Hiver , malgré leur extrême hauteur. 

DounrTon, [plus capable d'obfervations que la plûpart des Marchands 
Anglois,] remarqua différentes efpéces de ferpens & d'araignées (h), mais 
fans entreprendre d’en laiffer la defcription. Il vit quantité de bêtes farouches. 
Les Hollandois l'affurèrent qu'ils avoient vû des lions; mais il chercha inu- 
tilement l’occafion d’en voir. Les chevreuils , les antilopes, les porcs-épics, 
les tortues de terre, les finges, les oyes, les canards, les pélicans, les pa/- 
feas, les flemingos, les corbeaux, qui ont tous un collier blanc autour du col, 

uantité de petits oifeaux de différentes efpéces, fans parler de ceux de mer 


thfiele que les Pengouins les Mouettes, & plufieurs autres ,] dont la variété 


eft innombrable, rempliffent tellement l’air, les arbres & la terre, qu’on ne 
peut fe remuer fans en faire partir un grand nombre. Les cormorans font 
en troupes au long des Côtes, & ne l’emportent pas néanmoins par la mul- 
titude, fur certains oifeaux gris, avec les aîles noires, que les Portugais ap- 
pellent alcantraf]es. 

LE poiflon n'y eft pas moins abondant. On y trouve la plûpart des efpéces 
qui font connues en Europe. Mais Dounton parle avec étonnement de la 
multitude des veaux marins, & des petites baleines qu’il vit plufeurs fois 


tsautour de l’Ifle des Pengouins. [On y pêcha une très grande quantité de poif- 


fons de la groffeur d’une Truite, & qui reflembloient à des Barbeaux, aufi- 
bien que d’Eperlans, de Rayes, de Chiens de Mer; fur les Rocs on trouva 
abondance de moules & d’autres Coquillages.] L'air, fur toute la côte, eft 
fort fain, & l’eau excellente. On voit defcendre des montagnes une infinité 
de petits ruifleaux, qui fe réuniflent dans plufieurs endroits, & qui fournif- 
fent abondamment à la provifion des Vaifleaux. ü 
N 


(b) Angl, & de Vipères, 


Dounrex. 
1610. 


Monts char- 
gés de neige, 
en Afrique. 


Obfervations 
de Dounton 
fur les ani- 
maux, 


248 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


DounTon. UN jourau matin, le Capitaine Dounton & l'Amiral accompagnés de treize 

1610. hommes, entreprirent de chercher quelque lieu d'où ils puflent faire appor. 
Voyage témé- ter du bois. Après avoir fait trois milles fans en découvrir aucune apparen- 

pie, ce, à la réferve de quelques feuilles vertes, que la nécefñité fit couper aux 
l'Amiral An. gens du Pepper-Corn. Sir Henri qui cherchoit en méme-tems quelques ra. 
Blois. fraichiflemens pour fes malades, prit la réfolution de s'avancer autour de la 

Table (i), dans l'efpérance d'y trouver quelques beftiaux qu'il fe propoloit 

d'acheter. 1l ne prévoyoit pas dans quelles difficultés il alloit s'engager. Ils 

traverfèrent d'abord un grand terrain pierreux, inégal, fans aucune trace de 

chemin, obligés fort fouvent de defcendre & de remonter, pour franchir un 

grand nombre de ravines que les torrens, formés par la pluie, n'avoient pas 

ceflé de former depuis un grand nombre de fiécles, en fe précipitant du fom- 

met de la Table. Enfin, ils trouvèrent un fentier battu, au long duquel il; 

marchèrent quelque tems, guidés par quelques plumes qu'ils rencontroient 

d'efpace en efpace & par d'autres traces d'oifeau ou de bétail. Cependant, 
[en ayant trouvé la fin, ils jugérent que cette route avoit été frayée par Les 

équipages de divers Vaiffeaux.] Ils la quittérent, pour prendre für la droite, 

où ils recommencèrent à marcher dans un lieu trifte & fatiguant, jufqu'à ce 

qu'ils découvrirent un autre fentier , qui fembloit conduire vers la rade au 

long des montagnes. Ils le fuivirent afféz long-tems , au travers des rocs & 

des ravines; & fe trouvant avec beaucoup de füurprife entre le Pain-de-fucre 

& la Table, ils découvrirent le rivage, au long duquel ils avoient marché, 

entre des monts qui leur en déroboient la vûe. Ils continuèrent d'avancer en- 
tre le Nord du Pain-de-fucre & la Table, [fans qu'on nous dife quelle évoitx 

leur reflource contre la faim & la fraïcheur de la nuit.] Enfin, après s'étre 

fortifiés le matin, en faifant un peu de feu, ils marchèrent encore une par- 

tie du jour, & vers le foir ils arrivèrent à leurs tentes. Une fi longue ab- 

fence y avoit déja répandu l’allarme. Pemberton, inquict pour le fort defon 

Amiral, fe difpofoit à partir avec un corps cg bien armés, pour le 

chercher d’un côté de la Montagne, tandis que Thornton en feroit le tour du 

Sonretour, Côté oppofé avec une autre troupe. La joye de le voir arriver fut fi vive, 
& fes obfer- qu'elle éclata dans toute la Flotte par une fête publique. Sir Henri, dans 
er cette marche , avoit eu pendant tout le jour la Table à fa droite; & fur fa 
gauche, des marais, qui étant près des montagnes, fe trouvoient remplis de 

rocs, tombés en divers tems du fommet. Le fond en eft humide, & paroit 

ropre à faire d’excellens pâturages. On y voit par intervalles des arbres 

Ere bas, quoique larges & touffus par leurs branches, qui portent un fruit 

de la figure & de la groffeur des pommes de pin, mais dont la peau n'eft pas 

fi rude: les oifeaux {€ nourriffent de la femence. Les feuilles ont à peu près 

la forme de celles du Houx; mais elles font moins épaifles. 

Utilité de por- CETTE faifon étant le printems du Pays, l'herbe & les arbres étoient en 
eu Ro fleurs de tous côtés. Dounton, charmé de ce fpeétacle, regrêta de n'avoir 
voyages de pas apporté les meilleures femences de nos jardins, pour les laiffer dans une 
mer. terre qui lui paroïfloit fort propre à les recevoir. Quoique les Sauvages euf- 
fent pû ruiner une partie de fon travail, il jugea qu'il s'en feroit fauvé quel- 
que 


&#(i) La Montagne de la Table eft prés de re qu'il ne s'agit pas ici de la Baye de Sd 
la Baye qui porte ce nom, cela prouve enco-  danna. 


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SRE 


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Baye de Sa: 


—— — ee ee 


 SALTECEEE EEE TETE TE TTTI TETE TELE ET TEE TE EEITONTENTENEENE "Sn MOT 
7 D, 
… 


pare nd écuverneur...Hus des Goeverneurs 
? du Sous-Gouvern. Huis des 2° Perloons. 


Ce cpl ppt “2 Huis 
E s Porte voutéæ............ Toren 
H 6. Boutique du Serrurier Smits Winhel . 
Ë 7.14..#ont: du Diable. M ttes 
E] 4.1B.. ton: de a Table... Tafel-B 
5 9.(C#ont: du Zion... Leeuwen - 
Euo.ID. Queue du Zion …....Leeuwen - Stasrt 


de nu. - de la Table. 
Tafel-Bani. 


… 


TT D NET NENE PEN ENNEEENTENNEEEENEENEENENEEE TENTE RENE EENEEENEEETE 


EEE 


CCE 
ZV. S'y, rex 


que pattic 
la Baye , : 
ppple à foût 
mer des 
Pays froi 
après lui. 
pas appar 
pas moins 
eux provil 
tous les lic 
caution d' 
APRÈS 
rafraïchiff 
dans l'abor 
fe difpofa 
jufqu'au 1 
de Bonne- 
ou des Aig 
qu'au 6 de 
dagafcar, 
foir, on j 
de Londre. 
retenoit da 
prit du Ca 
Cap de Bo 
la moindre 
pour les cl 
lailé enga, 
cette Ifle ; 
cu beaucou 
leur Chalou 
ne lui pern 
le befoin d 
Baye d’Ant 
mis dans la 
Oueft de l'I 
les careffes 
çu une fi b 
rer de l’aml 
rivage avec 
avoit fouha 
ces trois hc 
ayant refuf 
ges armés ç 


CE) Pur 


les noms de h 


II. Part. 


que pattic ; & que les Commandans de chaque vaifleau , qui feroient entrés dans 
la Baye , recucillant le fruit de fes foins, auroient été portés pur fon éxem- 
ple à foûtenir & à perfeétionner fon entreprife. [Il auroit aufli voulu y fe- 
mer des glands ; perfuadé que les Arbres croiffant-là plus vite que dans les 
Pays froids, il auroit rendu un très grand fervice à ceux qui y feroient venus 
après lui, On le traita de vifionaire de penfer à femer là où il n'y avoit 
pas apparence qu'il pût jamais profiter de fon travail : cependant il n'en étoit 
pas moins perfuadé que les Anglois feroient fort fagement d'apporter avec 
eux provifion de diverfes femences, & de travailler à les faire croître dans 
tous les lieux où ils verroient un terrain propre: & que ce feroit-là une pré- 
caution d'une très grande utilité pour l'avenir. ] 

APRÈS avoir renouvellé la provifion d'eau; & rétabli les malades avec des 
rafraîchiffemens d’une bonté médiocre, puifqu'ils confiftoient principalement 
dans l'abondance du poiffon & dans une prodigieufe quantité de moules, on 
fe difpofa le 9 d’Août, à remettre à la voile. Mais le vent devint contraire 
jufqu'au 13, que fouflant au Sud-Sud-Eft il fit doubler avant la nuit le Cap 
de Bonne-Efpérance. On ne pañla pas moins heureufement celui das Agulhas 
ou des Aiguilles. Les jours fuivans furent variés par destems fort divers, juf- 
qu'au 6 de Septembre qu'on découvrit à trois heures après-midi l'Ifle de Ma- 
dagafcar, ou de Saint-Laurent, à 2 degrez 38 minutes de latitude. Versle 
foi , on jetta l'ancre dans la Baye de Saint-Auguftin, où l’on trouva l’Union 
de Londres, Vice-Amiral du quatriéme voyage, que le défaut de provifions 
retenoit dans cette Baye avec beaucoup d'embarras & d'inquiétude, On ape 
prit du Capitaine qu’il avoit été féparé de fon Amiral & de la Pinaffe entre le 
Cap de Bonne-Efpérance & la Baye de Saldanna, fans avoir pu fe procurer 
la moindre information fur leur fort, & qu'il étoit entré dans cette Baye, 
pour les chercher. Enfüite ayant fait voile vers l'Ifle de Zanzibar , il s’étoit 
laiffé engager par les fauffes careffes des Portugais à tenter le commerce dans 
cette Ifle; mais quelques-uns de fes gens, qu'il leur avoit envoyés, avoient 
eu beaucoup de peine à fe fauver de leurs mains, & n'’avoient pû regagner 
leur Chaloupe qu’en perdant trois de leurs compagnons. Les vents contraires 
ne lui permettant point de choifir un Port commode, il avoit été forcé par 
le befoin d’eau, de retourner vers Madagafcar, dans le deffein de gagner la 
Baye d’Antongile, qui eft fur la Côte Eft-Nord-Eft : divers acer lotolane 
mis dans la néceflité d'entrer dans celle de Konkomorre (4) au coin Nord- 
Oueft de l'Ifle. Il s’y étoit arrêté quelques jours, excité à la confiance par 
les carefles & les offres du Roi. Le principal Faéteur du Vaifleau avoit con- 
çu une fi bonne opinion de ce Prince barbare, que dans l’efpérance d'en ti- 
rer de l’ambre-gris & d'autres richeffes, il s’étoit déterminé à defcendre au 
rivage avec plufieurs Marchands du Vaifleau. Il s’étoit préfenté au Roi qui 
avoit fouhaité de voir aufñli le Chirurgien, le Trompette, & le Tambour. Mais 
ces trois hommes, qui avoient accompagné les Marchands dans la Chaloupe 
ayant refufé d’en fortir, on vit auflitôt paroître un grand nombre de Sauva- 
ges armés de dards, de fléches & de lances, qui entreprirent de forcer la 

Chaloupe. 


&Ck) Purchas donne encore à cette Baye 
les noms de Fungomar, de Vingomar, & de 


II. Part. 


Boamora, 


Ti 


INDES ORIENTALES, lav. IV Cuar. I. 249 


Dounron. 
1610, 


Départ des 
Anglois. 


Ils rencon- 
trent l'Union 
à Madagaf- 
car. Ses avan- 
turcs, 


DounrTon, 
1610, 


Secours ac- 
cordés à l'U- 


nion, 


Propriétés 
de la Baye de 
Saint Au 
guitin. 


Arbres & 
plantes, 


259 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Chaloupe. Les Matelots Anglois repoullèrent ces furieux à rase 4 d'arquebu. 
fes, mais il en fortic d'autres de la rivière dans une multitude de Canots, 
ui eurent la hardieffe de s’avancer jufqu'au Vaifleau, d'où le bruit de l'ar- 
tillerie les éloigna bientôt. Cependant, ils formèrent le defféin , quelques jours 
après, d'attaquer le Vaifleau même, qui attendoic des nouvelles de fon Ca. 
pitaine & de fes Marchands. Plus de cent Canots s'approchèrent en forme 
de croiffant, & mirent les Anglois dans la néceflité de fe retirer, Ilsavoient 
repris leur courfe vers l'Inde ; & n'ayant pû gagner Sokotora , ilsavoient fait 
voile au Port d'Achin, où ils avoient trouvé quelque avantage à commercer 
avec les Guzarates. De-là, ils s'étoienc rendus à Priaman, pour y charger 
du poivre; mais après y avoir faic leur convention pour le prix, à treize 


iéces de huit le babar , [qui eft-là de cent douze livres] on leur avoit livrékK 


a marchandife dans l'Ifle de Tékou, qui eît à trois lieuës de Priaman. 

S1r Henri fe chargea volontiers de procurer des vivres à l'Union, par les 
mêmes moyens qu'il fn ve pour lui-même, & cette entreprife rendit fon 
féjour plus long dans la Rade, 11 accorda auñi les différends qui s'étoient éle. 
vés dans l'Equipage. Pendant quatre jours qu'il pafla dans cette Baye, il ob- 
ferva que Lu eft par-tout fort profonde, mais inégale dans fa profondeur, 
qui furpaffe que dau deux cens braffes. Tout le rivage du Sud, depuis la 

ointe de l'Oueft jufqu’aux montagnes, eft parfemé de rocs & de balles, que 
e retour de la marée laifle à découvert. L’Amiral avoit fait jetter l'ancre à l'ex- 
trémité de ces rocs proche des montagnes, fur douze brafles de fond; maisil 
auroit pu s'approcher encore plus de la terre, fur fept brafles. 11 étoit entré 
dans la Baye avec un vent trés- fort qui fouffloit au Sud - Sud -Oucft, & qui 
ceffa tout: d’un-coup lorfqu’on fut près de la terre. Cependant il recommença 
tous les jours, jufqu'à la nuit, qui étoit toûjours fort calme. L’Auteur remarque 
qu'on avoit alors la nouvelle Lune, ce qui rend le tems plus difficile dans ces 
contrées; de forte qu'il ne put juger de ce qu'il eft dans un autre cas. Il lui 

arut que la chaleur eft toûjours extrême für ces terres, fur-tout lorfque le So- 
fil eft au Sud de la Ligne. 

Les Anglois trouvèrent, dans cette partie de l'Ifle, des arbres auffi réfineux 
que le fapin jaune. Ayant effayé d'y mettre le feu, ils furent furpris de le voir 

gner avec une vîtefle prodigieufe de la racine jufqu'aux branches. Le bois 
. ces arbres eft aufi fort tendre; mais ils en trouvèrent une autre efpéce dont 
le bois eft auffi dur que le lignum vitæ , & la couleur très-blanche jufqu'au 


cœur, qui tire un peu fur le brun; [peut-être eft-ce une forte de Bois de San-ff 


dal blanc]. Les arbres qu'on coupa pour le chauffage des Vaïffeaux , furent 
de ceux cui parurent les plus communs, & dont les branches font chargées 
d'un frui: qu on appelle tamarin, Il eft dans des coflès, de la grandeur de cel- 
le de nos féves. Le goût en eff fort aigre, les Apothiquaires le croyent bon 
contre le fcorbut. On trouve auffi dans le même lieu une grande quantité de 
cette herbe, dont on fait l'efpéce d’aloes qu’on appelle Sokorrine. Pour la forme, 
on auroit peine à la diftinguer dela Semper-vive. Mais l'Auteur ne put être 
informé fi les Habitans de l'Ifle la connoiflent, & s'ils en font ufage. Il ne 
découvrit pas mieux pourquoi ils marquoient tant d'éloignement à converfer 
avec les Anglois. On eut beaucoup de peine à fe procurer des rafraïchille- 
mens. Un bœuf fe donnoit autrefois dans cette Baye pour une piéce de huit ; 
& l'Amiral en pouvoit à peine obtenir pour le double. 1]y a beaucoup d'ap- 
parcnce 


Kpvrée, fans 


Kfraîchifle 


parence q 
tant fans 
commis di 
afcar fon 
re dans le 
font bravi 
l'arc & les 
u'ils jette 
. 1) Le 
& laiffant 
tre 10 & : 
au Sud - O0 
infinité de 
On difting 
Wfix jours 
à l'Oueft. 
pau jugeme 
Ifles font 
le foin d'é 
d'obfervat 
des [fes e 
ne grande 


tpme d'appre 


la mer éto 
ver de fon 
mais ces ft 
pas l'envie 
qu'après s' 
rans, pref 

ENFIN 


le 10, le 
veau. ] Le 
Hermanas , 
blance. 
& Eft qua 
Sokotora, 
licuës & d 
d'eau M 
tout - d’un 
cher des 
fond, près 
Dounton g 


dante, po 


(4) Dans 


rquebu- 
Canots, 
de l'ar- 
1es jours 
fon Ca- 
n forme 
savoient 
ient fait 
nmercer 
charger 
à treize 
oit livrékÿ 
n. 

, par les 
ndit fon 
pient éle- 
, il ob- 
fondeur, 
depuis la 
fes, que 
re àl'ex- 
l; maisil 
toit entré 
t, & qui 
ommença 
remarque 
dans ces 
s. Il lui 
ue le So- 


i réfineux 
de le voir 
Le bois 
pécé dont 
jufqu'au 


is de San-K 


, furent 
chargées 
ur de cel- 
pyent bon 
uantité de 
la forme, 
ut être 
re, Ilne 
Éconverfer 
fraic'uile- 
> de huit; 
oup d'ap- 
parcnce 


INDES ORIENTALES, Lav, IV. Car, 1, EXT 


parence que c'étoit l'Union même qui avoit caufé ce changement, depuis qu'é- 
tant fans Chef, & cherchant peut-être à fe venger , tout l'Équipage avoit 
commis divers défordres fur la Côte. On prétend que les Infulaires de Mada- 
afcar font naturellement perfides ; mais leur entreprife à Konkomorre, & l'or- 
dre dans lequel ils s'étoient avancés pour combattre, doit faire juger aufli qu'ils 
font braves, & qu'ils n'ignorent pas la difcipline militaire, Leurs armes font 
l'arc & les fléches, la lance & de petits dards qu'ils portent en faifseaux & 
qu'ils jettent fort adroitement, 
(D Le 9 de Septembre, à quatre heures après-midi, la Flotte leva l'ancre; 
& laiffant l'Union dans la Baye, elle en fortit avec un fortbon vent. Le 21, en- 
tre 10 & 11 degrez de latitude, le vent étant à l'Eft-Sud-Eft, & les Courans 
au Sud - Oueft, on fe trouva fort près d'une Côte très-baffe au milieu d'une 
infinité de petits rocs, qui ne s'apperçoivent que par le battement de la mer. 
On diftingua plufieurs petites Ifles, qui font cell 8 de Quériba, & l'on employa 
fix jours à s'en dégager. [Elle s'étend au Nord tirant à l'Eft, & au Sud tirant 
à l'Oueft.] La Côte, dont on avoit été furpris de fe trouver fi proche, eft, 
au jugement de Dounton, environ 70 lieuës au Nord de Mozambique : [Ces 
Ifles font fort fabloncufes, & la plüpart font couvertes d'arbres Comme 
le foin d'éviter les rocs occupoit uniquement les Anglois, ils ne firent point 
d'obfervations fur la terre qu'ils avoient devant les yeux , ni fur la diftance 
des [fes entr'elles. Le plus grand danger venoit des Courans, qui étant d'u- 
ne grande violence, empéchoient de jetter l'ancre au milieu des rocs, & mê- 
kpme d'approcher du rivage quoiqu'ils ne fuffent qu'à deux lieuës ; [& d'ailleurs 
la mer étoit fi profonde qu'à cent cinquante braffes, ils ne pouvoient pas trou- 
ver de fond. Fous les foirs ils voyoient des feux allumés par les Habitans ; 
mais ces foibles fecours ne diminuoient pas le péril, & ne leur infpiroient 
pas l'envie de s'approcher. Ce qui leur caufa un nouvel étonnement, ce fut 
qu'après s'être dégagés des rocs, ils fe trouvèrent jettés au Nord par les Cou- 
rans, prefqu'au même point d’où ils étoient venus. 
Enr1n les Courans ceffèrent le 9, ou du moins la Flotte s'en trouva déli- 
kvrée, fans pouvoir diftinguer de quel côté ils prenoient leur direétion. [Mais 
le 10, le 11, &le 12, elle s’apperçut que les Courans l'emportoient de nou- 
veau. ] Le 17, au lever du Soleil, on découvrit les Ifles qui fe nomment duas 
Hermanas, ou les deux Sœurs, & qu ‘ent ce nom de leur parfaite reffem- 
blance. Leur fituation, l'une à lé, : de l’autre, eft Oueft quart au Sud, 
& Eft quart au Nord. Elles font à fep. ou huit lieuës de la pointe Oueft de 
Sokotora, vers laquelle on continua de s'avancer. La fonde fittrouver, à trois 
lieuës & demi de cette pointe, vingt-trois, vingt-quatre & ving-fix brafles 
d'eau. Mais le vent, qui avoit été de vorbe pe cet efpace , venant 
tout-d’un-coup à manquer, on ne put furmonter le Courant pour s'appro- 
cher des Côtes. L’Amiral & le Darling jettèrent l’ancre fur douze brafles de 
fond, près d’une Ville nommée Gallanza. A la fraîcheur du foir , le Capitaine 
Dounton gagna dans la Pinaffe une pointe fabloneufe, pour en tirer quelques ra- 
Wfraîchiffemens de poiffon ou d’autres vivres. [Il y fit une pêche aflez abon- 
dante, pour fournir deux repas à toute la Flotte.] Îl y apprit, comme il le 
craignoit 


(3) Dans l'Original la 2e. Seétion du XII Chapitre commence ici. R. d, E. 
li 2 | 


Dovnwrox. 
1610. 
Changement 
de manières 
dans les Habi. 
tas, 


Départ de la 
Flotte, 


Ifle de Que. 
riba, Q 


Rocs & Cow 
rans dange- 
reux, 


Ifles nom. 
mées les duañ 
Hermanas. 


On aborde à 
l'Ifle de Soko- 
tora, 


Dounron. 
1610, 


Villes de 
Gallunza & de 
l'amarin, 


Les Anglois 
jettent l'ancre 
à T'amarin, 


Vifite qu'ils 
font au Roi; 
informations 
qu'ils en re- 
qoive.it, 


2 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


craignoit déja, que la Mouffon de l'Ef étoit arrivée, & par pen qui 
falloit renoncer pour neuf mois à l'efpérance de fe rendre à Cambaye, ependant 
il leur reftoit celle de recevoir à Tamarin des informations plus certaines de 
la bouche du Roi, | | | | 
Le 20, qui étoit un Samedi, ils allèrent mouiller le foir contre une poin- 
te, à fix lieuës de Tamarin (m), & cinq de Gallanza. Mais au lieu d'y paf. 
fer la nuit, s'étant flattés de pouvoir avancer à la faveur d'un petit vent frais 
de terre, ils furent entraînés avec tant de force par le Courant , que le lende. 
main ils fe retrouvèrent vis-à-vis de Gallanza, mais à beaucoup de diftance du ri. 
vage, Le 22, l'Amiral & le Darling fe rapprochérent de la terre dans un 
lieu que les rocs & les bafTes rendoient allez dangereux ; & vers midi, le Pep. 
er-Corn qui avoit failli d'être tout-à-fait écarté de l'Ifle, mouilla aulli dans la 
Baye, à l'Oueft de Gallanza fur un fond de fix braffes. Dounton fe rendit auf. 
fi-tôt au rivage dans la Pinaffe, où il avoit mis quantité de barrils pour rap. 
orter de l'eau, Il s'étoit muni d'une enfeigne de paix, dans l'efpérance que 
es Habitans viendroient à lui avec quelques boucs & d'autres rafraichiffemens, 
Il en vit effeétivement plufieurs troupes, qui s'étoient raffemblés à quelque 
diftance: mais perfonne n'ofant s'approcher, il rec que ces pauvres Înfulai. 
res étoient arrêtés par la crainte de déplaire au Roï, qui ne vouloit pas que fes 
Sujets euffent la moindre intelligence avec les Etrangers, ni qu'ils leur fournif. 
fent aucun fecours de vivres fans fa permiflion, Dounton fe contenta de remplir 
d'eau treize de fes barrils, & revint tranquillement à bord. | 
La Lune étant pleine & la marée haute à neuf heures du foir, on trouva 
par diverfes obfervations que l'eau s'étoit élevée de douze pieds. Elle fere. 
tira direétement au Nord, c'eft-à-dire, en füuivant le rivage. Un vencfrais, 
ui prit le même cours, fervit encore à faire avancer les Anglois au long 
sb Côtes, jufqu'à l'entrée d’une Baye fabloneufe, où ils employérent le relte 
de la nuit à la pêche; & s'appercevant que le Courant les repoufloic à l'Ou- 
cit, ils mouillérent l'ancre, pour attendre la marée fuivante ou le fecours 
d'un autre vent. Le 2$, ils obtinrent le vent qu'ils avoient defiré; & vers 


le milieu du jour ils jettèrent l'ancre, [fur huit braffès d’eau, ] à moinsd'unys 


mille du rivage, vis-à-vis de Tamarin, où le Palais du Roi fe fait voir fur 
une éminence au-deffus de la Ville. L'Amiral falua ce Prince de fix coups 
de canon, le Pepper-Corn de trois, & le Darling d’un feul.  Femel , un des 
principaux Marchands de la Flotte, fut envoyé au rivage dans la Pinafe, 
avec un préfent, qui confiftoit dans une coupe d'argent doré du poids de dix 
onces, une lame d'épée & trois aunes de beau drap. Le Roi le reçut fur le 
bord de la mer, dans une tente couleur d'orange, où il étoit affis avec fes 
rincipaux Courtifans & une garde de quelques Arquebufiers. Il entretint 
mel pendant plus d'une heure. Il marqua beaucoup d'envie de voir l'A- 
miral, en promettant de lui accorder gratuitement de l'eau, & la liberté du 
Commerce; quoique la féchereffe & la ftérilité qui régnoient depuis deux ans 
dans fon Ifle, en cuffent tellement banni l'abondance , qu'ayant envoyé dans 
la Mer Rouge, fur fa propre Frégate , tout ce qu'il avoit pû recucillir d'a 
loës, il ne lui en reftoit pas une livre. Il ajoûta que le Vaifleau Anglois, 
l’Afcenfion 


67m) Quelques Cartes au lieu de Tumarin, ont Zumarejs. 


l'Afenlion 
& qu'ayar 
arti avec 
ours apré 

a Pinafle 
Sokotora , 
vant au Pr 
trop hätés 
ces deux n 
te chofe : 
# Le Roi 
miral, qui 
Efcorte, « 
ques parti 
capable d'c 
n'y devoit 
pouvoit ve 
de fa puifl 
l'Ile, un £ 
‘d'entreteni 
ment des 2 
vérent, de 
tité de ruif 
che, la plu 
pour s'y ré 
LE nom 
toit propre 
rabie, vers 
côté de Car 
Anglois qu 
ce fut l'exc 
une Lettre 
arde & 
fdes Chrétier 
LEs pri 
mois d'Août 
mais ce qu’ 
On y trouv 
achetérent 
les Habitans 
reaux de hu 
douze reaux 
tons & des 
font de peti 


(n) Il ya 
les Editeurs A1 
dis en marg 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar. 1 253 


ent qu'il l'Afenfion étoit arrivé pour la première fois fur fa Côte au mois de Février; Dounwrox, 
pendane & qu'ayant trouvé dans la Rade de Tamarin un Bâtiment Guzarate, il étoit 1610, 
unes de arti avec lui pour la Mer Rouge ; que fa Pinaffe , qui étoit arrivée quelques 
ours après, avoit fuivi la méme route; qu'au mois de Juillet, l'Afcenfion & 
1€ poin- a Pinalle étoient revenus de la Mer Rouge, & qu'après avoir fait de l'eau à 
d'y paf. Sokotora , ilsavoient fait voile vers Cambaye; mais que fa l'régate fe crou- 
ent frais vant au Port de Bazaïn, près de Daman, avoit été informée que pour s'être 
le lende. trop hâtés d'arriver fur cette Côte avant la fin de l'Hyver & du mauvais tems, 
ce du ri- ces deux malheureux Hätimens avoient péri, fans qu'on en eût pu fauver au- 
dans un te chofe que l'Equipage. 
, le Pep- æ Le Roi joignit à fes civilités un préfent [de deux Chèvres ] pour l'A- 
li dans la miral, qui ne fit pas difficulté de defcendre le lendemain avec une bonne 
ndit auf. Éfcorte, au bruit de fon artillerie, Il fut reçu de ce Prince avec dés mar- 
Dur rap- ques particulières de diftinétion ; mais on lui fit entendre que fa Flotte étant 
ance que capable d'effrayer les Vaiffeaux Indiens qui étoient attendus dans le Porc, il 
iffemens, n'y devoit pas faire un trop long féjour. Dounton s'imagina que cet avis 
quelque pouvoit venir d'une autre caufe, Le Roi, qui vouloit donner une hautcidée , 12 Roi fe 
y Infüulai- de fa puiffance aux Anglois, avoit fait afflembler de toutes les partics de D es 
is que fes l'Île, un grand nombre de fes Sujets Arabes & autres, qu'il étoit obligé chi 
 fournif. “d'entretenir à fes frais, pendant qu'il les recenoit près de lui; & le retarde- 
e remplir ment des Anglois lui auroit rendu cette dépenfe fort incommode, Ils ache- 
vérent, deux jours gra de fe fournir d'eau, d'un étang formé par quan- 
n trouva tité de ruiffeaux qui defcendent des montagnes, & le 7,qui étoit un Diman- 
lle fere- che, la plus grande partie des Matelots eut la permiflion de deicendre à terre 


ent frais, pour s'y réjouir. 
au long Le nom du Roi de Sokotora étoit Muley Amar Eben Sayd. Ce Prince n'é-  Nom& naif: 


tlerelte toit proprement que le Lieutenant de fon Pére, qui régnoit à Fartack en A. fince de « 
q 


t à l'Ou- rabie, vers le Canton d'Aden, & dont les terres touchoient à la Mer. du 1° 


» fecours côté de Carafem (n), autrement nommé Kushem ou Cafan. 11 raconta aux 

& vers Anglois que le Roi fon Père étoit alors en guerre avec les Turcs d'Aden; & 

oins d'uny# ce fut lexcufe qu'il leur apporta pour fe difpenfer de les recommander par 

voir fur une Lettre au Gouverneur de cette Ville. Il n'a que des Arabes pour fa 

X coups arde & pour la défenfe de l'Ifle. Les anciens Habitans du Pays, [qui font 
un des des Chrétiens Jacobites 1] vivent dans le dernier efclavage. 

Pinafte, Les principales Marchandifes de l’Ifle font les Sokotrines, qui fe font au Principales 

s de dix mois d'Août, du fuc d'une herbe fort femblable à la Semper-vive d'Efpagne : these 
cut fur le mais ce qu'on en fabrique tous les ans ne va guéres plus loin qu'un tonneau, kotora, 
avec fes On y trouve aufi une petite quantité de Sang de Dragon, dont les Anglois 

ntretint achetérent quelques livres, à douze fols de leur monnoye; des dattes, dont 

voir l'A- les Habitans compofent leur pain, & que le Roi vend aux Etrangers cinq 

berté du reaux de huit le quintal; des bœufs & des vaches, qui fe vendent jufqu'à 

deux ans douze reaux de huit ; des boucs & des chèvres, pour une réale ; des mou- 

oyé dans tons & des poules, pour une demie réale. Toutes ces efpéces d'animaux 

illir d'a- font de petite ftature, à caufe de la fécherefle du terroir. Le bois y eft fi 

Anglois , cher 

frein de 

(n) I y a dans l'Original Camricam; &  caym; ce qui n'éclaircit rien, à moins qu'on 

les Editeurs Anglois remarquent , que PurchafT ne fuppofe qu'il faut lire Carajem. R. d. E.. 
4 mis en marge. le Roi de Æurtack où Cana- 


li 3 


D 


La 
{ 


d 


ÔUNTON, 
1010, 


Difyrnce de 
tte lily au 
ip de Guar: 


dutu, 


Route des 


Anglois juf. 


u'au Port 
‘Aden, 


Baba-Fcluc , 


ou Mont F'c- 
lix. 


2 VOYANES DES ANGLOIS AUX 


cher que la charge d'un homme revient k douxe fols d'Angleterre, Doun. 
ton ne put découvrir fi l'Ifle produit d'autres richeffes ; mais tout ‘ce qui 
s'offrie à fes yeux lui y = fait juger qu'elle n'eft compofée que de rochers 
& de pierres, il prit force mauvaife opinion de fa fécundité, 
La Flotte Angloife partie de Sokotora le 7 d'Oélobre , & tourna fes voi. 
les vers Aden, dans la Mer Rouge, Elle prit fa courfe par Abba del Ku. 
ria (0), pour gagner le Cap de Guardafu, re fait la pointe la plus Orien. 
tale de l'Abyflinie, à crente-quatre lieuës de la pointe Occidentale de Soko. 
tora, On compte de cette exirémité de Sokotora td la pointe Orientale 
d'Abba del Kuria quatorze licuës, La longueur d'Abba del Kuria qui cit 
une lile longue & étroite, a cinq lieuës de l'ER à l'Oueit ; & de cutte 
ointe Oueft jufqu'au Cap de Guardafu, il °1e pas moins de quinze licuës, 
Roi de A ot hat dans l'Ile d'Abba del Kuria, quelques Pütres qui lui 
nourriflent des troupeaux de chèvres. A trois licuës au Nord du centre, 
on voit deux grands rochers blancs, fort près l'un de l'autre , qui on 
un demi-mille de longueur. Ce n'eft pas la nature qui les a rendus blancs; 
mais la fiente d'un prodigieux nombre d'oifeaux donc ils fonc couverts, 

Le 31, à dix heures, on étoit vis-à-vis la pointe Occidentale de Sokotora, 

A deux heures après-midi on laifla le rocher blanc, qui fe nomme Sabuyra, 
quatre lieuës Nord-Oueft quart à l'Oueft de cette pointe. A trois heures on avoit 
à dix lieuës, Oueft-Sud-Oueft, les deux plus hautes montagnes d'Abba del Ku- 
ria. Le 1 de Novembre au lever du Soleil, on étoit entre Abba del Kuria & 
les deux rocs, À midi, la latitude étoit de 12 degrez 17 minutes du Nord, 
& la variation de 17 degrez 35 minutes. Dans l'après-midi, [ l'on fut em- 
orté du côté du Sud par un Courant & ] l'on découvrit le Cap de Guarda- 
u; mais comme il étoit nuit lorfqu'on s'en approcha, on le puffa fans y 
pouvoir faire aucune obfervation. Le 2, au matin, on fe trouva vis-à-vis 
d'une haute montagne, neuf lieuës à l'Oueft du Cap; entre laquelle & une au: 
tre pointe qui en eft à cinq lieuës , Oueft quart au Sud, on apperçoic une bañk 
langue de fable qui s'avance environ cinq quarts de lieuës dans fa Mer, On 
jetta l'ancre trois lieuës plus loin à l'Oucit, & les Chaloupes furent en. 
voyées à terre pour couper du bois. Les Ouvriers y trouvérent quelques 
Habitans, de qui ils apprirent que le dernier mont qu'ils avoient pañé fe 
nommoit Baba-l'eluc (p), quoique les Portugais l'ayent nommé le mont Fe. 
lix. Mais ces Barbares prirent la fuite en apprenant qu'ils parloient à des 
Chrétiens. 

Le 3, on defcendit encore au rivage, & l'on y trouva le bois en plus 
rande abondance, L’après-midi, on tourna les voiles vers la Mer Rouge. 
e 5, à dix heures, on découvrit à douze lieuës la Côte d'Arabie, Nord: 

Nord-Oueft & Nord quart à l'Eft. A midi, la latitude étoit de 13 degrez 
28 minutes. On fe trouva le foir à douze licuës du rivage. Toutes les 
montagnes dans les terres, paroifloient fort hautes, & fort cfcarpées , fans 
aucune trace d'herbe, de bois & d'autre verdure, On prit alors au long de 


la Côte , Oueft quart au Sud, dans l'attente de découvrir bientét Aden. 
Lorfque 


(0) Quelques-uns appellent cette Ifle 4bla  raifon Abdal Kuria, où Æbdal Kuri, 


del Curia, d'autres Abdel Curia & le Capitai- 


œ (p) 
ne Hamilton la nomme peut-être avec plus de. Arabes Féppellent Baba F'ilck. 


Le Capitaine Hamilton dit que lei 


impercept 
te qu'en « 
On contin 
ra les voil 
lus grand 
uit brafe 
Le Me 
l'on appers 
neetñr 
ile f pri 
lieu de déf 
ad puif 
oient à fe: 
haut, qui: 
l'approche 
gagner le f 
quatre hom 
lé avec tan 
mander la 
fes, hors d 
a placé un 
ut être inf 
es befoins, 
Elle reçoit 
ft une Vill 
dans fes Ba 
& d'autres 
Variation dé 
entre fix & 
au pied de 
la Mer. L 
bout de laq 
dent jufqu'a 
Aussi. 
cher, dans 
fa de venir 
à l'Amiral, 
der qui ilé 
reçu au riv 


© (4) Ce 
YCs au nom d 
tre lo même 
ndroit agreubl 


@Œ (r) Pu 


Doun. 
"ce qui 
rochers 


(es voi. 
del Ku- 
| Orien. 
e Soko. 
ricntale 
qui ft 
le cotte 
e licuts, 
qui lui 
centre, 
qui ont 
blancs; 
TLS, 
uko:tort, 
Sabuyra, 
ON avoit 
a del Ku- 
Kuria & 
lu Nord, 
fut em 
Guarda- 
à fans y 
vis-à-vis 
X une al: 
une bafk 
fer, On 
rent en 
quelques 
pañlé fe 
ont Fe 
int à des 


en plus 
tr Rouge, 
, Nord: 
3 degrez 
‘outes les 
(CCE fans 
long de 
êt Aden. 
Lorfque 


ri, 
h dit que lei 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar, L ass 


Lorfque Dounton recommença à s'approcher de la terre, il compta de n'être 
à plus de vingt-quatre lieuës de cetce Ville, fuppofant que la courfe de 
En Vaiffeau dans le Golphe étoit Nord-Oueit quarc au Nord ; mais la force 
imperceptible des Courans l'avoit porté prefqu'entiérement au Nord, de for- 
te qu'en tombant vers la terre on f& crouvoit encore à foixance lieuës d'Aden. 
On continua de fuivre la Côte pendant tout le jour; & vers la nuit, on fer- 
ra les voiles, de peur de manquer le Port dans l'obfeurité, On eut dans la 
lus grande partie de cet efpace vingt-cinq, vingt, quinze, douze, dix, & 
uit braflès d'eau, 
Le Mercredi au foir, on fe trouva fort près de la montagne d'Aden, d'où 
l'on apperçut tout-d'un-coup la Ville, qui eft fituée au pied. Cette monta- 
ne eft fi rude & fi ftérile (4) qu'on ne s'imagineroit pas qu'il y eût une 
lille fi près; mais on a choifi apparemment cette fituation pour en faire un 
lieu de défenfe, En effet la Place eft crès-forte; & Dounton ne croit pas 
u'elle puifle étre prife aifément du côté de la Mer , quoique les environs 
(ient à fec dans les balles marées, Elle eft défendue par un rocher fort 
haut, qui n'eft pas beaucoup plus gros que la Tour de Londres ; mais dont 
l'approche eft crès-difficile, Gone il n'y a point d'autre ouverture , pour 
gagner le Fort, qu'un chemin fort étroit & compolé de degrez tortucux , 
quatre hommes feroient capables d'y arréter une Armée, Ce rocher cft tail- 
lé avec tant d'avantage, & muni d'une fi bonne artillerie, qu'il paroît com- 
mander la Ville & la Rade, Cependant on peut jeccer l'ancre fur neuf braf- 
fes , hors de la portée du canon. Un peu au Nord de ce roc, la nature en 
a placé un autre prefqu'à fleur d’eau, où l'on a bâti un Fort. Dounton ne 
ut être informé quelle étoit la Garnifon d'Aden; mais il apprit que füuivant 
es befoins, on y tire des gens de guerre des Villes qui font dans les terres. 
Elle reçoit fes provifions, partie des Cantons voifins, partie de Barbara, qui 
eft une Ville à l'oppofite, fur la Côte d'Abyflinie, d'où elle fe fait apporter 
dans fes Barques, des beftiaux & des fruits, outre de la myrrhe, de l'encens 
& d'autres marchandifes. Aden eft à 12 degrés 35 minutes de latitude, La 
variation de 12 degrés 40 minutes, Oueft. Dans les marées, l'eau s'éleve 
entre fix & fept pre: le jour du changement de la Lune, La montagne 
au pied de laquelle Aden eft fituée eft une Péninfule, qui s'avance affez duns 
la Mer. L'Ifthme, qui la joint à la terre, n'eft qu'une langue de fable, au 
bout de laquelle on trouve un vafte efpace de marais fabloneux , qui s'éten- 
dent jufqu'aux montagnes, c'eft-à-dire, l'efpace de 18 ou 20 milles. 
Aussi-TôT que les Anglois eurent mouillé l'ancre, ils virent appro- 
cher, dans un Canot, un Arabe qui obferva leurs Vaiflcaux, mais qui refu- 
fa de venir à bord. Le jeudi au matin, le même Arabe vint fe préfenter 
à l'Amiral, de la part de l'Emir (r), ou du Gouverneur, pour lui deman- 
der qui il étoit, & lui déclarer que s'il écoit ami des Turcs il feroit bien 
reçu au rivage, L’Amiral fit préparer aufñli-tôt un préfent , qui FRS 
ans 


traction au lieu d'Æmfr, qui eftun mot fort 
en ufage chez les Perfans , D'AÆmir on a fait 
le Mot Auniral, qui a comucncé à tre cnu- 
fage dans le tems des Croifudes, 


@ (a) Cette Defcription ne répond guè- 
res au nom de cette Ville: car Aden paroit 
être lu même mot qu'£den , qui figniiie un 
Endroit agreuble. 


«> Cr) Purchal l'appelle Mir ; par con- 


Dounro», 
1610, 


Île arrivent 
dans ln Rule 
d'Aden, 


Situation de 
cette Ville, 


D'où elle tire 
fes provifiuns, 


Accueil que 
les Anglois 
reçoivent des 
‘Turcs, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


dans un moufquet curieufement travaillé & une lame d'épée. William & 
Walter, qui fçavoient les langues Turque & Arabe , furent chargés de Ja 
députation. [ls n'obtinrent point la permifion d'entrer dans la Ville; mais 
l'accueil qu'ils reçurent fur le rivage fut civil & plein d'affeétion. Les Turcs 
firent l'éloge de la Nation Angloïfe, avec laquelle ils témoignèrent qu'iis 
étoient fort liés à Conftantihonle, à Alep, & dans d'autres Villes. Cepen- 
dant, au lieu de parler de commerce, ils firent entendre adroitement qu'ils 
attendoient bientôt dans Aden un Corps de trente mille hommes. II parut 
fi peu vrai-femblable aux Anglois qu'un lieu tel qu'Aden pût recevoir une 
Armée fi nombreufe, que prenant ce difcours pour une marque de crainte, 
ils fe hâtérent de répondre, qu'ils demandoient pour toute grace, au Gou- 
verneur, un Pilote qui fût capable de les conduire à Mocka, & qui feroit 
payé libéralement. Les Turcs s’excufèrent fur l'abfence du Gouverneur. Ii 
étoit forti de la Ville & n'y devoit retourner que le lendemain. Ils promi- 
rent d'envoyer fa réponfe à l'Amiral; &, pour préfent, ils lui firent por. 
ter deux moutons, avec quelques fruits. 

(s) Le lendemain l’Amiral renvoya de bonne heure les deux Interpré. 
tes, pour demander un Pilote. Ils furent conduits à la Maïfon de l'Emir ; 
mais le Gouverneur n'étant point encore revenu à la Ville, on les amufa 
par de belles promeffes, & l’Emir (#) fâché que la Flotte eut fes voiles 
tendues, comme fi elle eût marqué de l'empreffement pour partir , envoya 
prier l'Amiral de laiffer du moins un de fes Vaifleaux dans la Rade , pour 
fournir la Ville de plufieurs commodités dont elle avoit befoin. Quoiqu'il 
ne parûc point de Pilote, cette amorce prit merveilleufement parmi les An- 
glois, qui étoient échauffés par l’efpérance d'obtenir de l'indigo, de l'olli- 
banum, de la myrrhe & d'autre: “.cheffes. Cependant, avant que le Dépu- 
té de l'Emir arrivat fur la Flotte, elle avoit déja doublé la pointe de Ja Ra- 
de; & le Courant ne lui permettant point de revenir, elle jetta l’ancre vis- 
à-vis la Baye, au Sud de la Ville (v). 

L’AmiraL découvrit de ce lieu [divers Pêcheurs dans la Baye, &7] plu-K 
fieurs perfonnes de diftinétion qui l'obfervoient. Il ne fit pas difficulté de 
fe mettre dans fa Pinafle, & de fe rendre au rivage, pour leur demander 
quand le Courant changeroit, dans la vûe de retourner à fon premier pof 
te. L’'Emir parut mécontent de cette hardieffe, & prétendit que le deffein 
des Anglois étoit de reconnoître les forces de la Ville. Mais le Gouver- 
neur, qui étoit emfin revenu, prit leur curiofité dans un fens plus favora- 
ble; ou du moins, employant la diflimulation , il s’en expliqua avec plus 
de douceur & leur accorda un Pilote pour Mocka. En même-tems il les 
pria de laïffer un de leurs Vaiffeaux dans la Rade, en fe plaignant de fes 
prédécefeurs qui avoient ruiné le Commerce d’Aden par la rigueur 2- 
vec laquelle ils avoient traité les Etrangers , & témoignant beaucoup d'en- 
vie de le rétablir. Il ajoûta que fi la Flotte Angloife partoit fans ponar 

quelque 


256 


DounNTon. 
1610. 


Aitifices que 
ics Turcs em- 
ployent pour 
les tromper. 


L'Emit s'of- 
tenfe de la 
bardiefle de 
J'Amiral. 


Cs) La 3e. Scétion du XII Chapitre com- de la Ville. L 
imnence ici dans l'Original. R. d. E, (v) Celui que le Traduéteur nomme ic 

S (t) Ou piütôtellejetta l'ancre àl'Ouet  Emnir, cft appellé dans l'Original un Lieutenant 
de la pointe ou Cap d'Aden, hors de lavûe du Gouverneur, R. d, E, 


quelque c 

qui l'accu 
L'Au:1 
vraye, S’ 

objeétion 
ancrage f 
reufe au I 

fa ruine, 
Pau, malg: 
matin, ] p 
fufoit de | 
caution juf 
gement ler 
l'Amiral, | 
la Rade. 1 
chandifes à 
manquant ( 
auroit pas 

ks Turcs 
tendit leur: 
D iur le chan 
ue dans le 
à leur par 
de lever l’a 
chagriné p: 
tres Vaifle: 
la Baye, 
fans être pl 
AINstD 
perfidies de 
Rade, cont 
Kobftacles ét 
fouhaitoit d 
mes quelle 
chands, Fo 
rent leurs i 
poférent. 
contre fes : 
feau ne lev: 
chands pou 
fut le droit 
(x) Venetian 
mi de huit. 
La furpr 
çoit d’aucur 


(x) An 
IT, Part. 


iam & 
s de la 
»; mais 
s Turcs 
t qu'ils 
Cepen- 
it qu'ils 
IL parut 
oir une 
rainte, 
u, Gou- 
i feroit 
neur, Il 
promi- 
nt por- 


nterpré- 
l'Emir ; 
s amufi 
s voiles 
envoya 
ss pour 
Quoiqu'il 
1 les An- 
de l'oili- 
e Dépu- 
e Ja Ra- 
çcre vis- 


&] plu-K 
culté de 
emander 
jer pof- 
deffein 
Gouver- 
s favora- 
vec plus 
ms il les 
c de fes 
gueur 4 
Up d'en- 
avoir fait 
quelque 


nomme ici 
LieutenuDt 


INDES ORIENTALES, Iaiv. IV. Cuar. I. 257 


quelque commerce avec la Ville, il feroitblâämé par le Bacha , fon Supérieur, 
ui l'accuferoit d'avoir maltraité les Anglois. 

L'AMIRAL qui n'ignoroit pas que la première partie de ce difcours étoit 
vraye , s'imagina facilement que la derniére l'étoit auffi, & ne fit pas d'autre 
objeétion à la demande du Gouverneur, que de repréfenter la néceflité d'un 
ancrage für pour fes Vaiffeaux contre la Mouffon de l'Eft qui eft fort dange- 
reufe au long de cette Côte. Comme on penfoit bien moins à fa fûreté qu'à 
fa ruine, on s’efforça de le guérir de fes craintes. Le Pilote n'étoit pas ve- 

fau, malgré l’ordre du Gouverneur. Williams ayant été renvoyé, [le lundi 
une) pour preffer fon arrivée, on lui répondit que la femme du Pilote re- 
fufoit de laiffer partir fon mari, à moins que les Anglois ne laiMfaffent pour 
caution jufqu'à fon retour , quatre de leurs principaux Marchands. Ce chan- 
gement leur donna quelque défiance de l’inconftance des Turcs ; cependant 
l'Amiral, plus fidèle à fes promefles, réfolut de laiffer le Pepper-Corn dans 
la Rade. Mais au lieu de permettre qu’il déchargeñt une partie de fes Mar- 
chandifes au rivage, pour la facilité du commerce; il déclara queles Turcs 
manquant de confiance pour fa bonne-foi jufqu’a luirefufer un Pilote, il n'en 
auroit pas plus pour eux. En effet il donna ordre fur le Pepper-Corn, que fi 
ls Turcs étoient férieufement difpofés à faire quelque commerce, on at- 
tendit leurs Marchands à bord, & qu'on ne leur livrât rien qui ne fût payé 


Riu le champ, [& que s'ils demandoient des ôtages, on ne leur en livrat 


ue dans le même nombre & de la même qualité, que ceux qu'on recevroit 
e leur part ;] il ajoûta une recommandation exprefle au Capitaine Dounton 
de lever l'ancre immédiatement pour fuivre la Flotte à Mocka, s'ilie voyoit 
chagriné par quelque mauvaife objeétion. Il partit enfuite avec fes deux au- 
tes Vaifleaux. En mettant à la voile ilapperçut un Bâtiment qui entroit dans 
la Baye, & qu'il prit pour un Guzarate. Il lui fit demander un Pilote ; mais 
fans être plus heureux à l'obtenir, 
Ans: Dounton demeura feul dans la Baye d'Aden, expofé à toutes les 
perfidies des Turcs. Il eut d’abord beaucoup de peine à fe rapprocher de la 
Rade, contre la double oppofition du vent & du courant. Enfin, ces deux 
thobftacles étant furmontés, [le Mardi, ] l'Emir d’Aden lui fit témoigner qu'il 
fouhaitoit de parler aux Marchands du Vaifleau, pour apprendre d'eux-mé- 
mes quelle forte de commerce ils vouloient faire avec la Ville. Trois Mar- 
chands, Fowler, Williams, & le Tréforier fe rendirent à terre, & déclarè- 
rent leurs intentions. L’Emir parut peu fatisfait de la méthode qu’ils lui pro- 
pofèrent. Tant de précautions lui faifant connoître qu’on étoit en garde 
contre fes artifices, il ne douta point qu’au premier fujet de plainte, le Vaif- 
feau ne levât l'ancre; & dans cette crainte il réfolut d'arrêter les trois Mar- 
chands pour tirer du moins quelque avantage de leur captivité. Son prétexte 
fut le droit d'ancrage & quelques autres droits qu’il fit monter à cinq cens 
(x) Venetianos d’or ; chaque piéce de cette monnoye valant une réale & de- 
mi de huit. 

LA furprife de Dounton fut extrême. Cependant comme on ne le mena- 
çoit d'aucune violence , il continua de recevoir civilement plufieurs Turcs, 


qui 


(x) Angl. quinze cens. R. d. E. 


IT, Part. Kk 


Douxrox. 
1610. 
Les Anglois 
confentent à 
laifer un de 
leurs Vaif- 
feaux dans la 
Rade, 


Précautions 
del'Amiral. 


Le Capitaine 
Dounton de- 
meure feul 
dans la Rade 
d'Aden, 


L'Emir arrête 
trois Mar- 
chands An- 
glois. 


Douwron. 
1610. 


Embarras de 
Dounton, 


Obfervations 
furl'état dela 
Ville d'Aden, 


Adreffe de l’E- 
mir pour 
tromper les 
Anglois. 


Etpérances 
des Turcs. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


qui venoient l’exhorter à faire décharger fes marchandifes au rivage. L'E. 
mir, loin de paroître choqué de fes refus, affeétoit d envoyer à Mocka Mef. 
fager fur Méffager, pour obtenir la permiffion de l'Amiral. 11 lui faifoit di. 
re qu'Aden fe remplifloit de Marchands qui venoient de tous les Cantons 
voifins dans cette efpérance, & que l'opiniâtreté de Dounton faifoit perdre 
aux Anglois des avantages confidérables. Dounton, qui n'efpéroit plus de 
bonne-foi ni d'honnéteté de la part des Turcs, ne laiffoit pas de tenir fes 
marchandifes prêtes pour ceux qui viendroient les acheter à bord, & ne man. 
quoit pas de les faire voir à ceux qui le vifitoient; mais l'expérience prouva 
qu’ils ne penfoient à rien moins qu'au Commerce. | 

Avec la défiance continuelle de quelque trahifon, il eut à craindre juf- 

u’au 16 de Décembre, les orages qui font fréquens dans toutes les parties 

e cette Mer pendant cette Mouflon. Il envoyoit, de deux jours l’un , fa Pi. 
naffe à terre, avec deux hommes, pour s'informer de la fituation & de Ja 
fanté de fes Marchands. Ils étoient toûjours reçus civilement. Les gens de 
guerre, fur-tout, s’empreffoient de les bien traiter ; & fi, dans le befoin qu'ils 
avoient d'acheter des rafraîchiffemens, quelque Juif ou quelque _Banian en- 
treprenoit de leur furfaire ou de les tromper , on étoit toûjours difpofé à leur 
rendre juftice. Dounton jugea que ces apparences de fincérité étoient autant 
d'artifices pour le faire tomber dans le piége. Les Marchands prifonniers n'é. 
toient pas moins careffés. Ilsrecevoient continuellementles vifites des Turcs, 
c’étoit de ceux que l’Emir avoit chargés de conduire fon intrigue. D'un au. 
tre côté, il avoit expreffément défendu qu'aucun Arabe s'approchât du Vaif 
feau Anglois, depeur que le Capitaine n'en tirât des informations. 

Les deux Matelots , qui alloient à terre dans la Pinaffe, obfervérent que la 
Ville d’'Aden avoit été beaucoup plus grande & plus peuplée , mais qu’elle é- 
toit alors affez déferte, & qu'une partie des maifons tomboit en ruine dans 
tous les quartiers. Il n'y avoit pas même de boutiques où l'on trouvât des mar- 
chandifes de prix, ni le moindre Négociant qui entendît le commerce. L'ar- 
gent y étoit fi rare, que fi les Anglois avoient befoin de changer une piéce 
de huit pour des âpres, il falloit qu'elle courût longtems dans la Ville, où tout 
le monde la regardoit avec admiration. | ne 

Le Gouverneur, qui étoit à la veille de quitter fon Emploi, fouhaitoit beau. 
coup, avant fon départ, de tromper les Anglois par quelque artifice, Il leur 
faifoit fouvent l'éloge du Capitaine Sharpey, qui avoit abordé au même lieu, 
fix mois auparavant, & qui s’étoit fié fans réferve à la bonne-foides Turcs. 
Il avoit fait débarquer fes marchandifes, difoit-il, fans aucune précaution. 
Il avoit pris plaifir à faire retentir de fes trompettes les murs de la Ville. Ses 
gens étoient defcendus librement au rivage, comme des Marchands qui 
n'ont pas d'autre vie que le commerce ; & puifque les Anglois qui étoient 
alors dans la Rade faifoient difficulté de les imiter, on devoit conclure qu'ils 
n'étoient pas venus avec les mêmesintentions. Le Capitaine ne cefla point de 
regarder ces difcours comme autant de piéges. Il ne put fe perfuader que nr 
pey eut été plus imprudent que lui; & s'il avoit eu le malheur de l'être, 1 
jugea qu’il avoit eu fujet de s’en repentir. Les circonftances lui avoient déja 
fait pénétrer le deffein des Turcs. Ils s'étoient flattés d’abord, non-feulement 
de pouvoir acheter les marchandifes Angloifes fans argent & par des échan- 
ges avantageux, mais qu'auflicôt qu’elles feroient débarquées , 1ls fe ee 


258 


maîtres d 
mal à leu 
rât dans | 
& que les 
car les de 
dépendoic 
gers, tels 
gereufe, 
feaux n'yp 
en recevo 
ment. Ils 
cre, quelc 
non du CI 
perte. C 
incertain , 
tirer un gr 
néceffité d 
confeffe q: 
ne s'étoit 
Marchands 
f [LE Sar 
mit fa lettr 
neur, ne r: 
Mocka, se 
été obligé 
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K Le Gou 
jufqu’au pre 
glois furent 
mandérent 
étoit auffi à 
tranfportant 
la permiflio 
Il leur pro 
n’auroient q 
autre condit 
les droits de 
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payées arge 
qu'il l’avoit 
fager de leu 
DounrTd 
détail par u 
me le foin d 
les marchan 


(y) Angl. 
ü, ê qu'un 


, L'E. 
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aifoit di. 
Cantons 
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plus de 
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e prouva 


ndre juf- 
S parties 
in , fa Pi. 
& de la 
gens de 
foin qu'ils 
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ofé à leur 
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:s Turcs, 
D'un au: 
du Vaif: 


ent que la 
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ce. L'ar- 
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toit beau- 
e. Il leur 
émelieu, 
es Turcs. 
écaution. 
ille, Ses 
ands qui 
i étojent 
lure qu'ils 
3 point de 
que Shar- 
l'être, il 
ient déja 
eulement 
es échan- 
ndroient 
maîtres 


les marchandifes. 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I 


dépendoient également. L’Emir étoit perfuadé d'ailleurs, que des Etran- 
gers, tels que les Anglois, ne pouvoient fçavoir que cette Mer eft fort dan- 
gereufe, & fi peu favorable au commerce pendant l'Hyver , que les Vaif- 
feaux n’y peuvent paffer cette faifon fans le fecours des Turcs , ne fût-ce que pour 
en recevoir de l'eau, qu'on ne peut s’y procurer qu'avec leur confente- 
ment. Ils s'attendoient que dans l'endroit où le Pepper-Corn avoit jetté l’an- 
cre, quelque coup de vent le forceroit tôt ou px à de s’approcher fous le ca- 
non du Château, d'où il lui feroit impoñlible de fe retirer fans s’expofer à fa 
erte. Cependant, comme toutes ces fuppofitions dépendoient d'un avenir 
incertain , 1l avoit pris le parti de carefler les Anglois, dans la vûe d’en at- 
tirer un grand nombre au rivage, & de s’en faifir, pour les mettre dans la 
néceffité de fe racheter avec les marchandifes de leur Vaiffleau. Dounton 
confeffe qu'il auroit évité difficilement quelqu'un de ces dangers , fi l'Emir 
ne s’étoit pas trahi lui-même, en fe hâtant trop de faire arréter les trois 
Marchands. 


# [Le Samedi Dounton écrivit pour la première fois à l'Amiral, & il re- 


mit fa lettre à un Soldat d’Aden, qui ayant reçu des inftruétions du Gouver- 
neur, ne rapporta aucune réponfe : il allégua pour prétexte que l’Aga de 
Mocka, s’étoit chargé de faire tenir la lettre à fon adrefle, & quelui, ayant 
été obligé de revenir promptement, il n’avoit pas pû s'arrêter aflez long- 
tems pour recevoir la réponfe. 


# Le Gouverneur d’Aden fortit de la Ville [le Jeudi fhivant,] & fut abfent 


jufqu'au premier jour de Décembre. Après fon départ, les Prifonniers An- 
glois furent refferrés plus étroitement & traités avec plus de rigueur. Ils de- 
mandèrent la liberté de porter leurs plaintes à l’Emir. On leur répondit qu'il 
étoit aufi à la campagne CG): Cependant il parut deux jours après, & fe 
tranfportant à leur prifon, il leur tint un langage fort civil. Il leur accorda 
la permiflion de fe procurer toutes fortes de foulagemens à leurs propresfrais. 
Il leur promit qu’aufli-tôt que le commerce feroit commencé, les Anglois 
n'auroient qu’à fe louër de fes manières, & qu'il les rendroit tous libres,fans 
autre condition que le payement des quinze cens Venetianos. Il ajoûta que 
les droits de la Douäne n'iroient qu’à cinq pour cent , que toutes les autres 
charges feroient aufli modérées , & que toutes les marchandifes feroient 
payées argent comptant. Enfin il les pria d'écrire à l’Amiral, enles affürant 
qu'il l’avoit déja fait lui-même fans en recevoir de réponfe, mais qu'un Mef- 
fager de leur part feroit fans doute plus heureux. 

DounTon feignoit de fe préparer au départ, lorfqu'il fut informé de ce 
détail par une lettre des Prifonniers. Ils le prefloient de prendre für lui-mêé- 
me le foin d'écrire à l’Amiral, & de lui demander la permiffion de débarquer 
CII répondit qu’il l’auroit déja fait de fon chef, s’il moi 

v 
(y) Angl. On leur répondit qu’il étoit par- 
ü, & qu'un autre viendroit à fa place. R. d. E, 
Kk 2 


259 


maîtres de toutes les conditions. Enfuite voyant que les Anglois répondoient 
mal à leurs efpérances, ils avoient fouhaité qu'un de leurs Vziffeaux demeu- 
rât dans la Rade, parce qu'ilsfe promettoient plus de facilité contre un feul, 
& que les Turcs de Mocka en maltraiteroient deux plus facilement que trois ; 
car les deux Villes étoient d'intelligence pour le profit du Bacha , dont elles 


Dounron. 
1610. 


Fcintes caref. 
fes & autres 
diffimula- 
tions. 


Les Anglois 
commencent 
à donner dans 
le piége. 


DounxTon. 
1610. 


Ils font tra- 
his & perdent 
vingt hom- 
mes, qui font 
arrêtés par les 
Turcs, 


Dounton fort 
de la Rade 
d’Aden, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


vû la moindre apparence de commerce ou de bonne-foi de la part des Tures.] 
Mais quoiqu'il fût perfuadé que les difcours & la conduite de l'Emir cou: 
vroient quelque nouvel artifice, il fit réflexion que la Mouffon de l'Eft du. 
rant jufqu'au mois de Mai il ne pouvoit fe rendre plûütôc à Mocka ; & com- 
me il ne fouhaitoit pas moins d'apprendre des nouvelles de l'Amiral de 
Jui donner des fiennes, [le Lundi] il lui dépêcha par terre un de fes Anglois kf» 

ui fe nommoïit Caulker, avec une lettre, qui devoit étre pour lui, dit.il 

ans fon Journal, une nouvelle fource de peines. Pendant l’abfence du Cour. 
ricr, les Turcs redoublèrent leurs carefes, & marquèrent un extrême cm. 
preffement de le voir revenir , pour commencer aufli-tôt un heureux com. 
merce. 

MaLGRé tant de réflexions & de défiance, Dounton fut enfin trompé 
par cette diffimulation. 11 manquoit de gros & de etits cordages. [Lekg 
Samedi] fes gens lui repréfentèrent que dans leur oifiveté ils pouvoient en 
faire eux-mêmes fur le rivage, au long des murs de la Ville, [& que cetrax 
vail n'ayant point de rapport avec les affaires du commerce, les Turcs n'au. 
roient aucun prétexte pour s’y oppofer.] Il en fit demander la permifiion 
à l’Emur, qui affigna lui-même un lieu commode pour les Ouvriers , & qui 
leur donna, dans le voifinage, une maïfon, où leurs inftrumens devoient e. 
tre à couvert pendant la nuit. [Cependant il fit préparer des fers pour let 
Prifonniers qu'il comptoit d'avoir; & meme quelques Anglois en furent aver- 
tis par des Done qu'on leur fit; mais croyant qu'on vouloit badiner, ils n'y 
firent aucune attention. Le Mercredi] ils defcendirent l'après-midi (+) avec 
une parfaite confiance. Mais à peine furent-ils à terre qu'ils fe virent faifis 
par un grand nombre de Soldats. Ils furent maltraités , pillés, chargés de 
fers, & conduits dans une obfcure prifon. La Pinaffe tomba aufi entre les 
mains des Turcs. 1l y eut vingt Anglois de pris dans cette occafion , entre 
lefquels fe trouvoient deux Marchands, le Tréforier, & l'Apothiquaire, qui 
étoient defcendus par curiofité, ou par amufement. Les autres étoient kes 
Ouvriers les plus néceffaires au Vaifleau, tels que le Charpentier , le Cano- 
nier, &c; [& ils étoient en tout au nombre de vingt. 

UE fi trite avanture fit prendre au Capitaine la réfolution de lever l'an. 
cre. [Le Lundifüuivant] il fortit de la Rade, du côté le plus Méridional 
pour tourner fes voiles vers Mocka par les détroits de Bal-al-Mandel, qui 
forment l'entrée de la Mer Rouge à trente-deux lieuës d'Aden, [Oueft quai 
au Sud.] 

(a) Le Jeudi, vers quatre heures du matin, il y eut une éclipfe deLu- 
ne. On pañlà le Détroit dans l'après-midi du même jour. La longueur du 
Canal eft d'environ deux milles. [On trouve au milieu dix brafles d'eau ,F 
& fuivant qu’on s'approche, plus ou moins des côtés, huit, fix ou que 

es 


260 


les Turcs ne veulent pas permettre qu'on vicn- 
ne éxaminer de près leurs Fortifications ; & 
Dounton lui-même fçavoit qu'ils avoient vu de 
fort mauvais œil que l’Amiral fe fut approché 
du rivage, quoiqu'il fut encore à une gran- 
de diftance de la Ville. . 
(a) La 4e, Setion commence ici dansl'O- 
rigmal. KR. d. E, 


(zx) C'étoit une grande imprudence de 
la part de Dounton, de remettre ainfi fes 
gens au pouvoir du Gouverneur, après les juf- 
tes raifons qu'il avoit de foupçonner qu'on ne 
cherchoit qu'à en avoir un bon nombre à ter- 
re. Et qui plus cft, il leur ordonna d'al- 
ler travailler près des remparts de la Ville ; ce- 
la fufifoit pour allarmer le Gouverneur : car 


faut lire ci 


les Ma: 
gne & 
eft un ] 
bord on 
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Côte d’. 
juger, 
té, par 
cre Corr 
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troit, v 


Détroits 
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ton, qui 
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Pepper-( 
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dération. 
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Turcs. | 

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e qu'on vien 
ications ; 
avoicnt vidé 
fut approc 

à une gron- 


L ici dansl'O- 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 


les Marées y font aflez fortes. En le paffant on eut à ftribord une Monta- 
gne & un roc qui formoit une prefqu'Îfle, adhérente à la Côte d'Arabie, qui 
eftun Pays bas, & qui s'avance en une pointe étroite & fabloneufe. A bas- 
bord on vit une terre couverte de rochers, qui s'étend de l'Eft à l'Oueft en- 
viron la longueur de cinq lieuës (2). Entre fon extrémité occidentale, & la 
Côte d'Abyflinie, il y a un beau Canal, qui, autant que le Capitaine en put 
juger, paroît avoir trois ou quatre lieuës de largeur. Mais il eft peu fréquen- 
té, parce que la profondeur de l’eau empêche qu'on y puiffe jetter l'an- 
cre commodément; & d’ailleurs l'autre chemin eft plus court.] Comme il ne 
fe trouvoit perfonne à bord qui fçût combien Mocka en eft éloigné & qui 
connût fa fituation, on prit au long de la Côte d'Arabie fur neuf & dix braf- 
fes de fond. Le foir on jetta l'ancre fur huit brafles, à neuf lieuës du Dé- 
troit, vis-à-vis un petit mont qui fe préfente feul fur le rivage. 

Le lendemain on s’approcha de Mocka, qui n'eft qu'à dix-huit lieuës des 
Détroits, fitué dans un terrain bas, fabloneux & ftérile. Dounton découvrit 
bientôt l’Amiral , qui étoit feul à l'ancre, environ quatre milles en mer, a- 
vec fa Pinaffe au long de fon Vaifleau. Le tems étoit fi mauvais que Thorn- 
ton, qui commandoit la Pinafle, n’ôfa s'éloigner de fon pofte, dans la crain- 
te de ne pouvoir regagner le deflus du vent & des-courans. Mais à la vûedu 
Pepper-Corn, qui continuoit de s'approcher, les gens de l’Amiral baiffèrent 
leur pavillon ;. ce qui fit comprendre à Dounton qu'ils avoient efluyé quel- 
que difgrace. Aufñlitôt qu'il eut jetté l'ancre, Thornton.vint à bord. Leurs 
premiers difcours furent des témoignages de douleur. Je ne répéterai point 
ici ce qu’on à lu dans la Relation de Sir Henri ; mais il fe trouve dans celle-ci 
diverfes circonftances qui peuvent jetter du jour fur la première. 

TaorNron raconta que le pañlage de l'Incréafe & du Darling avoit été fort 
prompt depuis. Aden jufqu'a Mocka ; ils n'y avoient mis que trente heures. 
Mais un de ces deux Vaiffeaux ayant eu le malheur de donner fur le banc 
de fable, à l'entrée de la Rade, & le fecours du vent,. joint à tous les ef- 
forts de l’Equipage, n'ayant point été capable de le dégager , il avoit fallu le 
foulager d'une partie de fa cargaifon, & fe fier aux Turcs, quin’avoientrien 
épargné pour infpirer de la confiance aux Anglois. Femel, aveuglé par la crain- 
te, avoit été le plus ardent à tranfporter à terre tout ce qu’il avoit de précieux 
fur le Vaiffeau. Cette partie de l'Arabie, depuis l'Eft d’Aden jufqu’à Camaran 
dans la Mér Rouge c’eft-à-dire , environ foixante-dix lieuës au-delà du Détroit 
de Bal-al-Mandel (c), s'appelle la Terre d’Yaman, & fetrouvoit alors gou- 
vernée par un Bacha, qui faifoit fa réfidence à Zenan, Ville dans les terres 
à quinze journées de Mocka. C’eft ce Bacha qui choifit annuellement les 
Gouverneurs particuliers de Mocka & d’Aden. Regib Aga, qui l’étoit alors 
de Mocka , l’avoit été d’Aden l’année d’auparavant, lorfque le Capitaine 
Sharpey y étoit venu avec l’Afcenfion. Il étoit efclave du Bacha ; maisayant 
obtenu fon affeétion & fa confiance par toutes fortes de lâchetés, il s'éle- 
voit ainfi chaque année à quelque nouveau degré de puiffance & de confi- 
dération. 

À l’arrivée des Anglois, Regib Aga avoit dépêché à Zenan, pour fçavoir 

les 

7 (c) Dounton ne pütpas fçavoir com- 
bien ce Pays s’étend avant dans les terres, 


Kk 3 


261 


7 (b) Si lAuteur parle ici d'une Ifle, il 
faut Lire cinq milles. 


Douxron. 
1610. 


Il arrive à 
Mocka & 
joint l’Amiral, 


Récit que 
T'hornton lui 
fait des dif- 
graces de l'A- 
miral, 


DounTronx., 


1610. 


Confiance 
imprudente 
des Anglois, 


Artifices étu- 
diés & bien 
conduits par 
les Turcs, 


6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


les intentions de fon Maître. Dans l'intervalle, il avoit dreffé fes batterics 
contre des Etrangers dont fon avidité lui faifoit déja dévorer en idée toutes 
les marchandifes. Ayant fait venir des Cantons voifins un nombre de Soldats 
convenable à fes vûes, il les avoit remplis des plus odicufes préventions, en 
leur repréfentant les Anglois comme des Pyrates & des Chrétiens ennemis de 
la Religion de Mahomet, qui n'étoient venus ge pour détruire les T'emples 
de la Mecque & de Médine. Il leur avoit perfuadé que la deftruétion d'une 
Flotte Chrétienne étoit un fervice qu’ils devoient à Dieu & à leur Patrie, En. 
fin, pour exciter leur avarice avec leur haine, il les avoit afTürésque les deux 
Vaifleaux Anglois étant remplis de richefles, il y auroit de quoi payer libéra. 
lement ceux qui contribueroient à leur ruine. 

‘PENDANT ce tems-là, les Anglois qui ne fe défioient de rien, avoient loué 
une Maifon, & préparoient toutes leurs marchandifes pour le retour du Cour. 
rier qui avoit été dépêché à Zenan. L’Aga les flattoit de toutes fortes d'efpé- 
rances, & leur promettoit des facilités extraordinaires pour le commerce. Ce. 
pendant il employoit aufi l’adreffe, pour leur faire débarquer de jour en jour 

uelque nouvelle partie de leurs richefes. Il paroïfloit étonné que deux Vaif- 
faut fi grands ne continffent pas plus de marchandifes qu'il n'en avoit vû 
tranfporter au rivage, & lorfqu'on lui répondoit que le nombre en étoit beau- 
coup plus grand , il fe plaignoit de la crainte qui empêchoit l’Amiral de les 
débarquer. Pour foûtenir cette comédie, il KP ed e fon propre mouve- 
ment, que c'étoit l’ufage du Grand-Seigneur, lorfqu'il vouloit favorifer les 
Etrangers, de leur donner par les mains de fes Gouverneurs, une robe, que 
les Turcs nomment Caffetan; & que c’étoit en effet la feule marque de pro- 
teétion qui pûtles mettre à couvert des infultes du Peuple. Enfüite faifant en- 
tendre qu'il étoit réfolu d'accorder cette faveur à l’Amiral, il feignoit d’être 
furpris qu’il ne de pas lui-même à la folliciter. Il ajoûta quelle ne pou- 
voit être accordée qu’à terre, qu'apparemment l’Amiral avoit peu d’affeétion 

our les Turcs, puifqu’il ne daignoit pas defcendre pour la recevoir ; que fa 
roideur fur un point de cette importance devoit faire douter de fes inten- 
tions; enfin qu’il fentoit quelque fcrupule à lui accorder la liberté du com- 
merce, parce que répondant, fur fa tête, de tous les maux qui pouvoient 
arriver aux Sujets du Grand-Seigneur , il ne fçavoit fi la prudence lui permet- 
toit de fe fier aux Anglois. 

L’Amrr AL ne fe laïffa pas perfuader tout-d’un-coup par cet artificieux langa- 
ge. Cependant fes Vaifleaux étoient engagés dans un lieu, d’où il y avoit peu 
d'apparence qu’ils puflent fortir avant fept ou huit mois. Il ne s’en apperce- 
voit point encore, par une autre imprudence, qui avoit été jufqu’alors com- 
mune aux Anglois,& qui les avoit amenés dans cette Mer fans être bien informés 
de la direétion des vents & des courans. D'un autre côté Femel, qui étoit dans 
la Ville, où l'on n'épargnoit rien pour gagner fon efprit, lui rendoit comp- 
te de tous les difcours de l’Aga , & le follicitoit même de profiter de fes 
offres. Sur toutes cesraifons, l’Amiral, quoique bien informé du caraétère des 
Turcs & de leur haine pour les Chrétiens, fe crut obligé, pour l'intérêt du com- 


merce, de defcendre à terre, où fa préfence lui À ts oit néceffaire ; [ Mais cey# 


fut très malgré lui ; il fitmême beaucoup de difficultés pour entrer dans la Cha- 
loupe, foit parce qu’il conçut quelque foupçon en voyant des Turcs fe parler 


à l'oreille, foit par un mouvement fubit de crainte, très naturelle dans les cir- 
conftances 


conftan 
ri, fur 
ardens | 
pertes d 
été arré 
lation 
Vaifea 
venu le 
LE 2 
ral tout. 
récit des 
de fortir 
virons d 
tir pour 
dans la f 
Ce fui 
par un g 
fur lui & 
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oible 
le rivage 
ne fit pas 
s'éloigner 
te la nuit. 
tre, ilne 
du jour, | 
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ge de l’Ar 
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(d) Ici le 
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ne Contienne 
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tterics 
toutes 
soldats 
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mis de 
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je, En- 
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libéra- 


nt loué 

x Cour- 

d'efpé- 

ce. Éc. 
en jour 
X Vaif. 

voit vû 
it beau- 
l de les 
mouve- 
ifer les 
be , que 
de pro- 
ifant en- 
it d'être 
| OU- 
ffeétion 
; que fa 
s inten- 
u com- 
buvoient 
permet- 


x langa- 
voit peu 
Apperce- 
ors COmM- 
nformés 
toit dans 
it comp- 
br de fes 
étère des 
du com- 
Mais ceyg 
s la Cha- 
fe parler 
sles cir- 
onftances 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. I. 


conftances où il fe trouvoit. ] Ainfi, Dounton s’efforça de juflifier Sir Hen- 
ri, fur le témoigna e de fes Compagnons mêmes, qui n'auroient pas été fi 


263 


1610. 


ardens à faire l'apologie de fa conduite , s'ils l'avoient cru coupable de leurs 
pertes & de leurs infortunes. Il Ï avoit alors environ trois femaines qu'ayant 
e 


été arrêté par les Turcs, avec 


s violences qu'on a lues dans fa propre Re- 
lation (4), il étoit prifonnier à Mocka, où Chambers , matelot de fon 
Vaifleau, avoit eu la hardieffe de le vifiter depuis peu, & d'où il étoit re- 


venu le 17, c'eft-à-dire, deux jours avant l’arrivée du Pepper-Corn. 


Le 21, Dounton renvoya Chambers à Mocka, pour apprendre à l’Ami- 
ral toutes les difgraces qu'il venoit d’effuyer à Aden. Sir 
récit des fiennes , dans une Lettre fort courte. Il lui confeilloit en même-tems 
de fortir, à coutes fortes de prix de la Mer Rouge, & de fe retirer aux en- 
virons d'Aden, oùille croyoit moins en danger. Il ajoûtoit que devant par- 
tir pour Zenan avec quelques autres Anglois, il lui avoit envoyé le Darling, 


dans la feule vûe de prévenir fon arrivée à Mocka. 


Ce fut dès le lendemain, que l'Amiral fut conduit à Zenan. Il étoit gardé 
par un grand nombre de Soldats, qui avoient ordre de veiller foigneufement 
fur lui & fur les gens de fa fuite. Cependant toute leur attention n’empêcha 

oint que le même foir, Pemberton ne fe dérobât de la Caravane, 
oible & malade comme il étoit, il n’eût le bonheur deregagner furtivement 
le rivage, où il trouva encore plus heureufement un Canot, dans lequel il 
ne fit pas difficulté de s’abandonner aux flots. Il employa toutes fes forces à 
s'éloigner de la terre avec la rame: & ce pénible éxercice, qui l’occupa tou- 
te la nuit, le jetta dans un tel abbatement, que n'ayant rien pour fe reme-- 
tre, il ne trouva point d'autre reffource que d'avaller fon urine. A la pointe 
du jour, les gens de l’Incréafe apperçurent le Canot, qui fembloit venir vers 
eux; & le vent étant affez doux, ils envoyèrent la Pinaffe , qui leur caufa 
une furprife extrême en leur amenant Pemberton. Il étoit fi foible, qu'il 
paña plufieurs heures fans pouvoir ouvrir la bouche pour leur raconter le dé- 


part de J'Amiral & fa propre avanture. 


Deruis ce jour jufqu'au 27, le tems fut fans ceffe orageux. Le Darling, 
qui avoit eu beaucoup à fouffrir en s’efforcant d'éxécuter les ordres du Géné- 
rès avoir perdu une de fes ancres 
tranquille au commencement de Jan- 
vier , que les trois Vaifleaux prirent la réfolution de retourner vers Bal-al-Man- 
del. Ils avoient deux vûes, l’une de chercher de l'eau, qui commençoit à 
leur manquer ; l’autre d'arrêter les Vaiffeaux Indiens qui arriveroient dans cet- 
te Mer, pour forcer les Turcs de relâcher leur Amiral & leurs marchandifes. 
Ils s’arrêtérent d’abord fur la Côte des Abyfins. Enfüite laiflant derrière eux 
le Darling, qui vouloit chercher fon ancre & fon cable dans le lieu où il l’a- 
voit perdu, l'Incréafe & le Pepper-Corn pafèrent de l’autre côté vers le riva- 


ral, revint dans la Rade de Mocka, 
avec le cable. (e) Muis l’air devint 


f 


ge de l'Arabie, où ils mouillèrent à trois lieuës de Mocka, & quatre milles 
en mer. Le 3 au matin, ils remirent à la voile avec la marée; & s'avançant 


(d) Icile Traduéteur a fupprimé les cir- 
conftances de la réception que l'Aga fit à Sir 
Henri, & celles de fon emptrifonnement , qui 
ne contiennent abfolument rien que ce qu’on 
% vu dans la Relation précédente, Ainii nous 


jufqu’au 


n'avons pas cru devoir fuppléer à cette omis- 
fion , pour éviter une répétition inutile, R. d. E, 

(e) La se, Se&tion commence ici dans l'O- 
riginal, R, d. E, 


enri lui fit auffi le 


que 


Dounton en. 


voye de fes 
nouvelles à 
l'Amniral, 


Etrange ré. 


folution de 
Pemberton, 


1611. 
Les trois 
Vaiffeaux An- 
glois fouffrent 
beaucoup de 
la Tempête. 


Dounron, 


264, VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


jufqu'au foir , [par un grand vent, qui fit perdre au Pepper-Corn fes 
deux voiles de Perroquet, ] ils s'arrétèrent [fur quinze brailes d'eau, & ge 
à ce qu'ils croyoient fur un bon fond], pour attendre le Darling. Mais le 
vent devint fi violent pendant la nuit, que l'Incréafe ayant été enlevé de 
deflus fes ancres fut féparé du Pepper-Corn, & courut les derniers dangers, 
Le 4 de ypiér À le Pepper-Corn fut poullé lui-même avec tant de violence, 
qu'il perdit aufli une de fes ancres. Il apperçut dans l'après-midi l'Incréafe 
qui étoit entrainé vers Mocka; & vers le foir, le Darling qui évoit tran. 
quille à l'ancre, dans le premier lieu où il l'avoit laiffé, Il ne lui auroit pas 
été difficile de fe rapprocher du Darling; mais jugeant que l'Incréafe pou- 
voit avoir befoin de fon fecours, il s'eftorça de le fuivre, avec des vents fi 
furieux qu'une de fes voiles fut prefqu'emportée (f). Il arriva ainfi, à l'en. 
trée de la nuit, dans la Rade de Mocka, où il trouva effeétivement l’Incré. 
afe fi maltraité, qu'il fut obligé de lui envoyer la plûpart de fes Ouvriers, 
Depuis le 6 jufqu'au 12, les deux Vaifleaux reçurent continuellement des nou- 
velles de la Ville, par quelques Canots que les Prifonniers Anglois leur en. 
voyérent avec la permiflion de l'Aga, [qui leur faifoit toûjours donner dexé 
faux avis, & qui ne s'oppoñfoit pas à cette correfpondance, parce que les 
Meffagers Turcs, qui y étoient employés, étoient ordinairement régalés 
par les Anglois de quelques verres de vin ou de bierre. | 
Le Darling profita d'un vent favorable pour revenir le 12 dans la Rade 
de Mocka, Il brûloie d'informer les deux autres Batimens qu'il avoit non- 
feulement retrouvé fon cable & fon ancre, mais découvert une Rade extre- 
mement commode, avec un lieu pour faire de l'eau. T'andis qu'il contribuoit 
aufli à réparer les défordres de l'Incréafe, il leur vint de la Ville quelques 
rafraîchiflemens , mais fans la moindre nouvelle de l'Amiral, qui étoic toû- 
Usferendent jours à Zenan. Ils fe déterminèrent encore à lever l'ancre pour retourner fur 
nn TS la Côte des Abyflins; & le foir, ils mouillérent à trois lieuës de cette Co- 
CYECAUD te, fous une Iffe qu'ils nomment l'Ifle des Crabbes, parce qu'ils y en ap- 
perçurent un grand nombre. Le 19 ils entrèrent dans la Baye d'Affab, qui é- 
toit celle que le Darling leur avoit vantée, & les trois Vaifleaux y jettérent 
l'ancre à un mille du rivage, vis-à-vis le lieu même d'où ils efpéroient de 
l'eau. Dounton envoya quelques-uns de fes gens au rivage, pour center quel- 
que liaifon avec les Habitans. A peine eurent-ils touché la terre, qu’ils vi- 
rent paroître environ cent hommes, armés de lances. Un de ces Barbares 
s’étant approché fans aucune marque de crainte, parla civilement aux An- 
glois & demanda d’être conduit fur leur Flotte. En montant à bord , il ap- 
* prit au Capitaine, que les Turcs avoient fait informer tous les Habitans du 
Canton de la manière dont ils avoient traité les Anglois; avec des exhorta- 
Civilité d'un tions à ne pas traiter mieux tous ceux qui tomberoient entre leurs mains. Cet 
jeune Abyfin, Abyflin étoit un jeune homme de diftinétion, qui ne relâcha rien de fes ci- 
viltés & de fes bons offices pendant le féjour que les trois Vaffeaux firent 
dans la Baye. Il pañla cette nuit à bord de l’Incréafe, où l’on n’épargna rien 
pour le confirmer dans les fentimens qu'il avoit déclarés. s 
Ë 


Dounron. 
1011, 


Ils fe rejoi- 
gnent dans la 
Rade de Moc- 
ka, 


te elles étoient coufucs avec du fil pourri, de 


(f) Angl. que fes deux nouvelles voiles de ; L 
même que la plûpart des autres, Rd, E, 


Perroquet fe déchirérent, parce que fans dou- 


Li 

gens. 

bois, 
vint u 

quoit 
qui le 
main « 

fa pro 
apparc 
füreté 
lenderr 
mais lc 
cun, Il 
duifoie 
abs a 
ant qu 
LE : 
fitérent 
troits, 
te anné 
krent fur 
defcendi 
prés-mic 
qu'ils fe 
une qui 
Lettre « 
voyage 
de, mal 
[II témo 
toit fort 
té maflac 
Mais il : 
voient 
au miliet 
il efpéro 
dans de] 
parce qu 
du com 
Turcs de 
leurs inju 
nan avoil 
ar fes p 
a Flotte 
Kbyflins , 
ton avoit 
LE 7 
mander 
me, Il red 
II, Pa 


n fes js 
1, Xe 
ais le 
vé de 
ngers, 
lence, 
créafe 

, tran- 
Dit pas 

: pou- 
rents fi 

à l'en- 
l'Incré- 
avriers, 
les nou- 
eur en- 
ner def 
que les 
régalés 


la Rade 
oit non- 
le extre- 
ntribuoit 
quelques 
toit tol- 
urner fur 
ette Cû- 
en ap- 
, qui é- 
jectèrent 
oient de 
hter quel- 
wils vi- 
Barbares 
aux An- 
d ,il ap 
bitans du 
exhorta- 
nains. Cet 
de fes ci- 
aux firent 
Rrgna rien 


LE 


h pourti de 
LS d, E, 


INDES ORIENTALES, Li. IV. Crar. 1. 265 


Le 21, Dounton defcendit au rivage avec la plus grande partie de fes 
gens. Les uns furent employés à creufer des puits, & d'autres à couper du 
bois, tandis que le refte failoit la garde autour d'eux fous les armes. 11 leur 
vint un Prêtre Abyflin, avec le père & les frères du jeune homme qui mar- 
quoit tant d'inclination à les fervir. Ils préfencèrent un bouc au Capitaine, 
qui leur offrit en retour quatre chemifes. Ils promirent de revenir le lende- 
main & d'apporter d'autres rafraïchiffemens. Dounton trop bien inftruit par 
fa propre expérience & par celle de l'Amiral, pour fe fier légèrement aux 
apparences , fit continuer la garde pendant la nuit, & veiller fur-tout à la 
füreté des puits, que les Turcs étoient capables de faire empoifonner. Le 
lendemain il fit recommencer le travail, en attendant le retour des Abyffins; 
mais le tems fut fi mauvais qu'il ne fut pas füurpris de n'en voir paroître au- 
cun. Ils revinrent le jour fuivant, accompagnés de plufeurs Pâtres qui con- 
duifoient des boucs & d'autres beftiaux. Le Capitaine acheta d'eux tout ce 
u'ils avoient amené, fans conteftation pour le prix. Ils continuèrent pen- 
ant quelques jours de lui fournir toutes fortes de provifions. 

LE 29, après avoir renouvellé entièrement leur eau, trois Vaiffeaux pro- 
fitèrent d'un vent Nord-Nord-Oueft pour tourner leurs voiles vers les Dé- 
troits, dans le deffein d'arrêter tous les Bitimens Indiens qui entreroient cet- 
te année dans la Mer Rouge: mais à la hauteur de l'Ifle des Crabbes, ils fu- 


t#rent furpris par le calme. | Le Capitaine qui étoit réfolu de profiter dutems, 


defcendit à terre avec plufieurs matelots, pour y couper du bois.] Dans l'a- 
près-midi, ils apperçurent deux Jelbes qui traverfoient le Golphe; & lorf- 
qu'ils fe difpofoient à faire quelque mouvement pour les arrêter , ils en virent 
une qui venoit direétement vers l'Incréafe. Elle apportoit à la Flotte une 
Lettre de l'Amiral, dattée le 15 de Janvier, qui contenoit le récit de fon 
voyage à Zenan. Il parloit de fon élargiffement avec beaucoup d'incertitu- 
de, malgré les promeffes qu'on ne cefloit pas de lui faire tous les jours. 


K[II témoignoit beaucoup d'inquiétude fur le fort de Pemberton, il fouhai- 


toit fort de fçavoir s’il étoit arrivé à bord ou non; il craignoit qu'il n'eut é- 
té maffacré par les Arabes, à caufe de l'âne fur lequel il étoit monté.] 
Mais il ajoûtoit que Fowler & les autres Anglois du Pepper-Corn, qui a- 
voient été retenus par l’Emir d'Aden, étoit arrivés à Zenan, & que le Ciel 
au milieu de tant de difgraces , lui avoit procuré quelques amis puiffans , dont 
il efpéroit beaucoup de fervices auprès du Bacha. 11 prioit aufli les Comman- 
dans de la Flotte de fufpendre leurs entreprifes contre les Vaiffeaux Indiens, 
parce qu'il étoit encore important pour fa fûreté & pour l'avantage même 
du commerce d'Angleterre dans la Méditerranée, de ne pas donner aux 
Turcs de ji fujets de plainte avant qu'ils euflent confirmé ouvertement 
leurs injuftices. Enfin il apprenoit à fes Commandans que le Bacha de Ze- 
nan avoit juftifié l'Aga, en déclarant qu'il n'étoit rien arrivé à Mocka que 
ar fes propres ordres. Dounton écrivit, pour réponfe à cette Lettre, que 
a Flotte avoit trouvé une Rade commode & de l'eau fur la Côte des A- 


Kbyflins, vis-à-vis de Mocka, à treize lieuës d2 diftance; [& que Pember- 


ton avoit eu le bonheur de s’échaper fans aucun accident.] 

LE 7 de Février, Thornton, qui avoit été envoyé vers l’Aga pour lui de- 
mander des nouvelles de l'Amiral, revint avec une Lettre de l’Amiral mê- 
me. Il recommandoit encore à Dounton de fufpendre fa vengeance, & lui 

II. Part. LI apprenant 


Douwrox, 
1611. 


La Flotte ne 
pes gagner 
es Détroits, 


Il lui vient 
une Lettre de 
l'Amiral, 


Elle reçoit 
d'heureufes 
informations. 


1611, 


Projet de l’A- 
miral pour fe 
fauver par la 
fuite, 


Dounton 
s'approche de 
Mocka avec 
le Pepper- 
Corn. 


Deux Let- 
tres à double 
fens, 


2666 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


apprenant enfin que fes affaires étoient dans une fituation plus heureufe, il 
aroifloit compter de quitter Zenan peu de jours après, pour retourner à 
ocka. 11 fe pafla néanmoins jufqu'au 1 de Mars avant qu'on reçût la nouvelle 
de fon retour. ve Dounton envoya la Pinalle à la Ville avec le Tré. 
forier & Ali ; dans fa route elle crouva un endroit où l'on pouvoit fe 
pourvoir de fort bonne eau, qui defcendoit des montagnes lorfqu'il pleuvoit 
dans l'intérieur du Pays. Après y avoir acheté quelques chèvres & quelques 
moutons, elle revint. Le foir on vit une Barque qui venoit de Mocka: le 
lendemain elle s'approcha de l'Incréafe, & remit une lettre du Général à 
Dounton. Elle portoic que fon voyage avoit été différé à caufe d'une Fête 
ue les Turcs dvolent célébrer, mais que cela même lui procureroit le plai. 
ir de revenir avec le Scha-Bandar de Mocka. 11 prioit encore Dounton de 
fufpendre les effets de fon reffentiment, & il l'avertifloit de ne plus faire 
travailler à la Pinafle, parce que le Bacha la vouloit garder pour lui.] Le 
Darling fut envoyé le 5 dans la Rade de Mocka, pour apprendre des nou- 
velles de l'Amiral [qui 
vaun grand Vaiffeau de Dabul , nommé le Mubammed , [& les civilicés qu'il reçut k 
des Turcs, apprirent bientôt aux Anglois que les difpolitions étoient changées 
en leur faveur.] Cependant l'avis qu il en fit donner aux deux autres Vaifleaux 
ne les empêcha point de le fuivre le 11, dans la crainte qu'il ne fût menacé de 
quelque nouvelle perfidie. Mais avant qu'ils euffent doublé l'Ifle des Crak- 
bes, ils l’apperçurent à la voile; & retournant enfemble à la Baye d'Affab, 
ils réfolurent d'y attend'e de nouveaux ordres de l'Amiral. T'hornton fut en- 
voyé dans la Pinafle pour obferver les environs de la Ville, On le vit re- 
venir le foir , avec vingt-deux des Prifonniers de Mocka & quatorze du Pep- 
per-Corn. La furprife des Anglois fut aufli grande que leur joye. Thorn- 
ton leur offrit avec les Prifonniers, une Lettre de l’Amiral, qui parloit des 
nouvelles affürances que les Turcs lui avoient données de le rendre libre, 
aufli-tôt que les Vaifleaux annuels de l'Inde feroient entrés dans la Rade, 1} 
confultoit aufli Dounton fr le deffein qu'il avoit formé de s'échapper par 
ka fuite ; en le priant , s’il l’approuvoit , d'envoyer le Pepper-Corn dans 
la Rade de Mocka , pour favorifer fon évafon. Dounton ne balança point 
à louër fon projet. Îl mic à la voile aufli-tôt pour Mocka ; mais un calme 
qui le furprit à trois lieuës de la Baye d’Aflab, & la marée qui fe trouvoit 
contraire à fa courfe, l’obligèrent de jetter l'ancre contre un banc où il 
pañfa la nuit. 

(b) Le 19 au matin, il entra dans la Rade, où il n'étoit encore arrivé 
que le grand Vaiffeau de Dabul. Mais fans avoir eu le tems de jetcer l'an- 
cre, il reçut une Lettre de l'Amiral qui lui confeilloit de retourner ‘ur le 
champ à la Baye d'Affab , parce que fon arrivée ayant effrayé les Dabu- 
liens, l'Aga même en par oifloit mécontent. Cet ordre déplüt à Dounton, 
qui étoit parti avec de meilleures efpérances. Il prit le parti d'écrire deux 
Lettres, qu'il envoya par un de fes gens dans fa Pinafle. L'une qui étoit 


pour l'Amiral, expofoit non-feulement les befoins de la Flotte, mais l'opi- 
nion 


(g) Comme il »eft point parlé de cet Ali (b) La . Section commence ici dans l'O- 


auparavant ; il y a apparence qu'il y a ll quel. riginul. KR, d, E. 
que chofe d'omis, fans doute par Purchair, 


arriva ce même jour avec toute fa fuite] Il y trou- }# 


nion qu 
d'infidé 
à l'Ag: 
l'Amira 


LL] C: 
LL | 
n” pas ve 
» peines 
» Vous, 
” de r 
” acven 

» Zenan 

» Mock: 

» l'Oueft 

» que à | 

» &Cance 

» tience 

» Violé d 

FT éxempl 

» ga vous 
K?,, loin de 
» l'ai Cha 
» les aurc 
» pas da 
,, d'un md 
» les Barc 
» ne rem 
» & non 
” trepren( 
» que je 
» gens foi 
» après l’a 
» Cafons. 
» faire ent 
» terme, 
» l'Oueft, 
» tranquil 
» que le 
» troits, | 


@(i) Puifq 
ne tinflenc {4 
de le relâche 


INDES ORIENTALES, Le. IV. Cm, L 267 


nion que les Anglois devoient prendre des Turcs, après tant de trahifons &  Douwrow, 


fe, il 


rner à + 
d'infidélités, L'autre, compofée dans une autre fens , devoit étre montrée 


ee à l'Aga. Dounton feignoit de ne vouloir plus reconnoître l'autorité de 
olt fe l'Amiral. 11 lui déclaroit qu'étant prifonnier, fon pouvoir ne pouvoit plus 
euvoit s'étendre fur des hommes libres, & par conféquent que tous fes ordresn'em- 
elques pécheroient point la Flotte Angloife d'entrer dans la Rade de Mocka & dans 
a: le tout autre lieu où celle feroit appellée par fes affaires ou par fes befoins. 
éral à L'Amiral fit la réponfe fuivante à ces deux Lettres. 
, ré 
Le plaie ” Avrrains Dounton , l'excès de votre prudence peut vous caufer  Réponfe de 
on de » beaucoup de mal fans m'apporter aucun avantage. Ne pouffez donc Ftarie Î 
1 faire » pas vos foins au-delà du néceffaire, Je n'ai eu jufqu'à préfenc que trop de 
] Le » peines, & je n'en fuis point encore délivré. Vous feriez fàché, dites- 
> Nou- » Vous, de quitter cette Rade fans moi: mais vous ne devez pas douter 
trou- rh ” ao ne fût bien plus trifte pour moi d'y refter après vous, fi ce malheur 
| Pt n devenoit néceflaire, Je me fuis vû forcé de convenir avec le Bacha de 
anges » Zenan, que notre Flotte ne demeureroit point à l'ancre trop proche de 
iffeaux » Mocka jufqu'à l'arrivée des Vaiffeaux de l'Inde; & qu'à la Mouffon de 
jacé de » l'Oueft, je ferois mis en liberté avec tous mes Compagnons. Si l'on man- 
Crab- » que à l'obfervation de ce Traité, je vous demande alors fecours & ven- 
*Aflab, » geance. Mais jufqu'au tems de l'éxécution , il faut que vous preniez par 
fut en- » tience comme moi. d° ferois fâché qu'un engagement fi folemnel fût 
vit re » violé de notre part, fans que les Turcs nous y euflent autorifés par leur 
du Pep- » éxemple. Ne foyez pas furpris de n'avoir pas reçu les provifions que l’A- 
Thorn- » ga vous a fait efpérer. C'elt ma faute de ne l'avoir pas preffé, & j'aurai 
oit des tp, foin de la réparer. ( vous partez demain, comme je vous en prie, je fe- 
libre , » lai charger fur des Jelbes les provifions dont vous avez befoin, & vous 
de, ! » les aurez dans trois jours. fai promis que nos Vaifleaux n'entreroient 
per par » pas dans la Rade avant l’arrivée des vents d'Oueft que nous aurons en moins 
rn dans » d'un mois; cependant vous recevrez de mes nouveiles par les Jelbes, ou 
sa point » les Barques que je vous enverrai. ] Enfin je ne doute pas que les Turcs 
calme » ne rempliffent leurs promeffes, parce que mon Traité eft avec le Bacha , 
rouvoit » & non avec l'Aga. Si je me défiois de quelque nouveau ftratagême, j'en- 
ce où il » treprendrois de m'échapper avantletems. J'en aitrouvé plufieurs moyens, 
» que je pourrois tenter encore, fi je ne craignois de laifler la vie de mes 
» arrivé » Bens fort en danger. Mais fi la parole du Bacha demeure fans éxécution 
ds L'at » après l'arrivée des vents de l'Oueft, je vous affüre que je profiterai des oc- 
r fur le » Cafons. Et je vous confeffe même que je l'aurois déja tenté, fi j'avois pû 
s Dabu- » faire entrer dans mon projet (i) Femel, qui ne veut rien hazarder jufqu'au 
ountON, » terme, parce qu'il eft perfuadé qu'on nous rendra libres à la Mouflon de 
re deux » l'Oueft, lorfque vous viendrez nous redemander. Vous pouvez demeurer 
qi étoit » tranquillement à l'ancre dans votre Rade jufqu’à cet heureux jour, à moins 
» que le vent ne vous permette d'envoyer un de vos Bâtimens jufqu'aux Dé- 


us l'opi- À , 
a » troits, pour obferver ce qui s’y pafle. Je comprends que vous D 4 
e 
LE 


i dans l'O- 

ü &@(i) Puifqu’il ne doutoit point que les Turcs  & il fait même peu d'honneur à la bonne-foi 

ne tinffenc la parole qu'ils lui avoient donnée de l'Amiral. 

de ie relâcher, ce projet étoit très imprudent, l : 
2 


168 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Douwrow # de quantité de chofes ; mais j'efpère que je me crouverai bientôt en état de 


1611, 

Ratlon qui 
empèchoit 
l'Amtral de 
s'échapper, 


15 y déter- 
nine emin, 


Les Turcs 
font forcés à 
leur tour d'ap- 
pailer les An- 
£lois, 


» Vous les procurer. 


[ON a cru devoir ici rapporter cette Lettre, pour faire voir qu'au milieu 


de toutes fes efpérances, l'Amiral avoit des foupçons qui lui auroient fai 
prendre tout-d'un-coup le parti de la fuite s'il n'avoit été retenu par les crain- 
tes & les repréfentations de lemel,] Le 27, Dounton retourna dans la Rade 
d'Affab, où il trouva des provilions affez abondantes , par le foin que les 
Habitans du Pays avoient eu d'en apporter dans fon abfence, Le Darling 


[qui continuoit d'aller à Mocka, de deux jours l'un, fuivane l'accord qu'onk 
avoit fait avec les Turcs ;] [revenant le 4 d'Avril, fut obligé , parce que ler 


vent ne fouflloit pas affez fort, de s'arrêter au Nord de la Rade jufqu'au 6, 
Alors le vent s'étant augmenté, il vint mouiller près de l'Incréafe, auquel 
il remic les provifions, qui avoient été retenues long-cems par les Turcs, 1 
remie aufli au Capitaine une lettre de l'Amiral. 

Le 7 le Darling pour fe faire caréner vint à une Ifle, où étoit le Pep. 
per- Corn, & qu'on appela Criane-{fland ,ou l'Ile des Grues, à caufe du grand 
nombre de ces Oifeaux qu'on y tua, Depuis ce jour, jufqu'au 12 on fut oc 
cupé à décharger le Vaiffeau & à le défuner, Le 21 le Roi de Rahayta en. 
voya une Vache & un Efclave à Dounton, pe un de fes parens, F palla 
la nuit à bord. Le 30 on radouba l'Incréafe le mieux qu'on put, & l'on rem: 
plit vingt-neuf tonneaux de bonne eau. Le 4 & le 5 de Mai on garnit tour 
tes les chaloupes ; le vent fut ce jour-là Eft Sud-Eft, Le 7 & le 9 les Bad- 
wis amenèrent grand nombre de moutons & de chèvres, mais parce qu'on 
n'avoit pas de la toile à leur donner, on fe contenta d'acheter trois bœufs, 
qu'on paya en argent. ]} Cependant les Vaifleaux de l'Inle ayant commencé 
à paroître fans ” les Turcs marquaflent plus d'empreffement pour l'éxécu- 
tion du Traité, l'Amiral prit enfin le parti de s'échapper le 11 de Mui, 
dans le Darling, avec quinze de fes Compagnons; & le jour füuivant, il en- 
voya la Pinafle à Dounton , pour le preffer de le venir joindre dans la Ra- 


de de Mocka, avec les deux autres Vaifleaux; [ce qui fut éxécuté fur le 


champ ]. 
CET événement fit changer de face aux affaires. Les Anglois s'étant ren: 


dus maîtres de la Mer, jufqu'à défendre aux Vaiffeaux Indiens, qui étoient 
arrivés dans la Rade, d'entretenir aucune communication avec la Ville, Re- 
gib Aga fe vit forcé de changer de ton, & de chercher les moyens de fe 
réconcilier avec les Anglois. IL employa la médiation de Nackada Mohan- 
med & de pluficurs autres Etrangers. Il envoya des préfens à l'Amiral, avec 
la promefle de lui rendre inceflamment Femel, qui n’avoit pas eu le même 
bonheur dans fa fuite. S'ille retint pendant quelques jours, ce fut pour le 
traiter à fa maifon de campagne, où il ne dédaigna plus de boire & de man- 
ger avec lui. À fon départ, l'Aga lui dit en foûriant, qu'ils pourroient fe 
revoir à Conftantinople. Ce difcours fembloit fe rapporter à la menace que 
Femel lui avoit faite autrefois, de porter fes plaintes à la Cour du Grand- 


Seigneur; [ mais l'effet montra bientôt qu'il renfermoit une noire & funefte# 


rome, ] Femel étant retourné à bord parut extremement joyeux les deux pre- 
miers jours. Le troifiéme au matin, il mourut preique fubitement; & les 
Chirurgiens, qui ouvrirent fon corps, jugèrent qu'il avoit été empoifonné. 
Dan; la douleur d’un fi cruel foupçon, l’Amiral 1€ faifit auli-tôt de tous les 
Vaueaux Indiens qui étoient dans La. Rade: … [Le 


tpjufqu'à la 


# (Lu: 
droit prefi 
l'air qu'on 
l'Aga, qui 
droit Aly | 
pour obter 
ral pendar 
étroite, | 
d'un jeun 
ration de 


#lomme de 


Darling à 
d'Affab, 

les gens di 
langueur ; 
gation, 
Le 19, & 
Tokorti & 
dans une } 
miner l'aff 
plomb & « 
cté faits à 


kle piéces « 


qu'il n'y ai 
gnoroit pas 
qui il avois 
Comme un 
les Angloi 
marchandi{ 
qu'il pourr 
facilita be: 
provifion 
fe rendit | 
d'Aflab, o 
bo ad 
préfens qu 
Abdalla pa 


procher d 
étant pius 
donner des 
voit à tou 
& lui avoi 

IL mit 
rante liecuë 
le a une 
de Suez, « 
attendre ] 


btat de 


milieu *E 

nt fait 

| Crain- 

a Rade 

. les 

Darling 

| qu'on'k 

: que lex 

ju au 6, 
auquel 

urcs, Îl 


le Pep- 
ju grand 
fut oc. 
ayta ne 
ui palla 
‘on rem 
hit tous 
les Bad- 
€ qu'on 
bœufs, 
mmencé 
l'éxécu- 
e Mui, 
til cn 
s la Ra- 
; fur kxÿ 


tant ref: 
étoient 
ille, Re- 
ns de fe 
Mohan- 
ral, avec 
le même 
pour le 
de man- 
roient fe 
nace que 
1 Grand- 
Re funefte 
deux pre- 
t; & les 
poifonné. 
, tous les 
[Le 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Car, L 


[Lu x de ea , On eut vers le foir un vent très violent & f chaud qu'il 
duoic prefque la refpiration: il enleva une fi grande quantité de fable dans 
l'air qu'on avoit peine à vo r } Le 2 ,on vie arriver à bord quelques Députés de 
l'Aga, ui venoient deman ler aux Anglois quelles étoienc leurs intentions, L'un 
droit Aly Haskins, Portugais d'origine, qui avoit abandonné le Chriftianifime 
pour obtenir la dignité de Capitaine, Comme il avoit fervi d'Interpréte à l'Ami- 
ral pendant fon féjour à Zenan, & qu'il avoit Faie avec lui une liaifon fort 
étroite, l'Aga l'avoir choifi pour négocier la paix. Il étoit accompagné 
d'un jeune Banian nommé Tokorfi, 1,'Amiral leur déclara que pour répa- 
ration de coutes les pertes qu'il avoit effuyées , il demandoit aux Turcs la 

#lomme de cent mille piéces de huit, [Le 8 au matin, Sir Henri envoya le 
Darling à Beloula, place ficuée fur les Côtes d'Abyflinie, à dix licuës au Nord 
d'Affab, pour y faire provifion d'eau, & de quelques rafraîchiffemens , pour 
les gens de la lotte : ils commençoient à étre attaqués d'une maladie de 
langueur ; contre laquelle ls meilleurs remèdes écoient la faignée & la pur- 
gation, Elle fe cerminoit par des M +0 d'ulcères ; perfonne n'en fut éxemt.] 
Le 19, Schermal, Scha Bandar de Mocka, accompagné d'Aly Haskins, de 
Tokorfi & de plulieurs riches Marchands Indiens , s'approcha de l'Incréafe 
dans une Barque fort ornée, au bruit des inftrumens de mufique , pour ter- 
miner l'affaire des facisfaétions, On conclut enfin qu'outre la reftitution du 
plomb & du fer, qui avoient été füifis, & celle des préfens mêmes qui avoient 
été faits à l'Aga, les Turcs payeroient aux Anglois la fomme de dix-huit mil- 

kple piéces de huit, L'Amiral fe réduifit à cette fomme, (parce qu'il vit bien 
qu'il n'y avoit pas moyen d'en obtenir une plus grande, &] parce qu'il n'i- 
gnoroit pas qu'elle devoir fortir de l4 bourfe du Scha Dandar des Banians, de 
qui il avoit reçu beaucoup de fecours & de confolation dans fa captivité, 
Comme une fi groffe fomme ne put être payée tout-d'un-coup, l'Aga fit prier 
les Anglois de prendre dans le Vaiffeau de Diu une certaine quantité de 
marchandifes pour caution, & promit de les racheter par degrés, à mefure 
qu'il pourroit faire de l'argent dans l'efpace de quatorze jours. L'Amiral 
facilita beaucoup le payement, en prenant, pour fes Vailleaux une grofe 
provifion de ris & d'autres grains. Après cet heureux accommodement, il 
fe rendit le 3 de Juillet avec fes crois Valeaux & fa Pinafle, dans la Rade 
d'Affab, où la bonté de l'eau & les rafraichiflemens , qu'il acheta des Bad- 
wis fervirent à rétablir un grand nombre de fes gens. Les civilités & les 
préfens qu'il reçut du Roi de Rahayta, pays voifin de la Baye, & du Prince 
Abdalla fon neveu, contribuérent aufi à lui rendre ce féjour forc agréable 

tpjufqu'à la fin du mois. [Le jeune Prince le pria forc obligeamment de s'ap- 
procher du Détroit dans un endroit où il trouveroit une bonne Rade, & où 
écant plus proche de Rahayta, le Roi fon Oncle feroit plus à portée de lui 
donner des témoignages de fon affeétion. L'Amiral répondit comme il le de- 
voit à toutes fes politeffes, & ne fe fépara de. lui , qu'après l'avoir régalé , 
& lui avoir fait quelques préfens.] 

IL mit à la voile, le 24, vers Camaran, Ifle fur la Côte d'Arabie, à qua- 
rante lieuës au Nord de Mocka, vers le 15e, degré de latitude. Comme el- 
le a une Ville & une Forterclie, les Anglois s'imaginérent que le Vauffeau 
de Suez, qui vient chaque année à Mocka, auroit choifi cette retraite pour 
attendre le départ de leur Flotte. 11 y a peu de Bâtimens qui ôfent rs 

L 3 voile 


26) 


Dounwrounx 
1011, 
N: toctactons 
dos l'ures à 
vec l'Atniral 


Convention 
qui termine 
leurs HIT. 
rend, 


La Flotte 
Angloife met 
à la voile vers 
l'Ifle de Ça- 
maran, 


DounTron. 
1611. 


Iles de Ju- 
bal Suckar & 
& de Jubal 
Arry. 


Les Anglois 
reviennent 
dans la Rade 
de Mocka. 


His repañfent 
les Détroits 
pour retour- 
ner à Sokoto- 
ra. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


270 


voile dans cette Mer, vers le Nord, pendant la Mouffon de l'Ouett, f qui fé 


dure pour l'ordinaire jufqu'à la fin de | ] L'Amiral avançoit pendant 
le jour, & ne manquoit pas de jetter l'ancre à l'entrée de la nuit, Cette 
précaution ne l'empécha point de donner fur des baffes fort dangereufes, 
dont il ne fe dégagea qu'avec une peine extrême. Il pafla deux jours dans 
cette allarme, La Flotte n'avoit pas de Pilotes qui connuflent ces Mers, & 
le Courant étant incertain, on ne pouvoit avancer fans témérité pendant |: 


nuit. JAmiral que tous fes gens avoient prié plufieurs fois d'abandonner 
la pourfuite du Vaifleau Turc, fe crut obligé lui-même de renoncer à cette 
entreprife. 


ON prit vers l’Ifle de Fubal Suckar ( , qui eft affez grande & fort éle. 
vée, Élle a au Sud une autre grande Îfle, qui n’eft pas moins haute, & qui 
fe nomme Jubal Arry. Toutes deux font environnées d'un grand nombrede 
petites Ifles du côté du Sud, &, dans plufiéurs endroits , par des chaines 
de petits rocs qui ne fe découvrent que par le battement de la mer. Cet. 


te rangée d'Ifles [qui s'étend Nord & Sud,] peut avoir dix licuës de lon.r# 


ueur. Elles font au Nord-Nord-Oueft de Mocka, d'où elles peuvent être 
acilement apperçues dans le beau tems. Mais rarement l'eft-il affez pour cel, 


Depuis la partie Oueft de Jubal [Suckar] je Beloula, la diftance eft de 


douze lieuës, Sud-Oueft quart au Sud, au long des mêmes Ifles. II fe trouve 
dans cette direétion deux rochers abyfmés, a le battement des flots fai 
reconnoître. Au Sud quart à l’Oueft de Jubal Arry, on ml se [fes 
& un roc, entre lequel & la Côte d'Afrique, au Sud-Ouelt, font quatre au- 
tres petits rocs plats, éloignés du premier d'environ quatre milles & demi. 
Il n’y a point de péril à s’en approcher, parce que l'eau eft fort profonde 
jufqu'à celui qui eft le plus Sud-Oueft & le plus proche de la Côte d'A. 
frique. 

Le 6 d’Août, à quatre heures du matin, on revint jetter l'ancre dans li 
Rade de Mocka, où l'on appe: zut le Vaiffeau de Suez, qui avoit trouvé le 
moyen de pafler fort heureufement. Il étoit amarré fort proche de la Ville, 
& déja déchargé. Dounton apprit qu'il étoit arrivé cinq jours auparavant, 
accompagné d’une Galère, & qu’au premier jour il devoit en arriver trois 
autres. La Flotte Angloife s’approcha le 7, auf os de la Ville qu'il fut 
poflible , pour terminer quelques reftes d’affaires & pour fe mettre à portée 
de commander tous les Vaiffeaux qui étoient dans la Rade. Tokorfi, l'an. 
cien ami des Anglois, & Sabrago vinrent à bord, avec un préfent de la part 
de Schermal. | 

(1) LE 10, vers onze heures du matin, la Flotte repañfa le Détroit de 
Bal-al-Mandel, en fe divifant par les deux Canaux. [On trouva au milieu 
de celui qui eft à l'Eft neuf ou dix brafles d’eau, & fept, fix, ou cinq vers 
les bords, le Darling & l’Incréafe qui avoient pris par le Canal qui eft au 
Sud-Oueft, ne remarquèrent pas que ce paflage fût dangereux; il a environ 
quatre lieuës de longueur , & l’autre n’a qu’un mille & demi. L’Incréafefit 
route au long du côté Sud-Oueft de l’Ifle de Bal-al-Mandel fur douze Le 

eau. 


«œ (k) Ou Fabal Sukbar. Jabal figniñie 
une Montagne, 


( 1) La 7e. Seétion commence ici dans l'O- 
rigindl. R. d. E. 


d'eau.] L 
ze lieuës ; 
On avanç 
lix qui fe 
rouva qi 
Doiat la 
voile. 

LE 27 
midi on f 
s'approch: 
mer une d 
nal. Le; 
kotora, le 
car on fe 

L'Anri 
& tout l'a 
mains du 1 
droient da: 
4 de Septe 
qu'auffi-tôt 
n'arriva qi 
fentent au 
avec la ma: 
de plufieur 

[Dans cet 
quart au S 
reflux de 
voient pas 
flux font é 
de Juillet, 
qu'il n'y a 
des marées 

L'AMIR 
Barque, q 
à l’Amiral 
huit lieuës 
en qualité 4 
Patron ne 
Les Anglo 
Barre de S. 

Ed'interrom 
gnoit entré 
mement re 
obligé de g 
rate; & v 
Ride, au 

26 au 

près des t 


t, Cquiké 


pendant 
t, Cette 
gereufes , 
Jurs dans 
Mers, & 
endant la 
andonner 
2r à cette 


fort éle. 
te, & qui 
1ombre de 
»s chaînes 
er, Cet: 


s de lon.t# 


vent être 
pour cela, 
nce eft deck 
| fe trouve 
flots fait 
deux Iles 
quatre au- 
y & demi. 
profonde 
Côte d'A: 


re dans 

trouvé le 
de la Ville, 
paravant, 
river trois 
e qu'il fut 
e à portée 
brfi a l’an- 
t dela part 


Détroit de 
au milieu 
cinq vers 

qui eft au 
a environ 

Incréafe fit 

uze braffes 

d'eau.] 


ici dans l’O- 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuarp. I. 


d'eau.] Le lendemain on découvrit la haute tour d'Aden, à la diftance d’on. 
ze lieuës ; & fuivant les calculs, on fe crut à trente-fix lieuës des Détroits. 
On avança peu jufqu'au 21, puifqu'on n'apperçut que ce jour-là le Mont Fe- 


271 


lix qui fe préfentoit Eft quart au Nord à dix lieuës de diftance ; [ce qui 


prouva qu'on avoit été fort trompé par les Courans.] Les calmes retar- 
dérent la Flotte jufqu’au 26, qu’un vent de terre lui fervit à remettre à la 
voile. 

Le 27, on fit quatorze lieuës Eft-Nord-Eft, & vers quatre heures après- 
midi on fe trouva feize lieuës à l’Oueft du Cap de Guardafu. Le foir , en 
s'approchant de la pointe du Cap , on remarqua dans le mouvement de la 
mer une différence fenfible, qui annonçoit l'ouverture de l'Océan Méridio- 
nal. Le 29, on découvrit l’Ifle de Sokotora. Dans ce pañfage d’Aden à So- 
kotora , les Courans ne ceflent pas de rendre la navigatian fort incertaine, 
car on fe trouve entraîné en arrière lorfqu’on croit avancer. 

L'AntraLz fit relâcher à Sokotora, pour 4 prendre des rafraîchiffemens 
& tout l'aloës qu'on y avoit ramaflé depuis fon pañlage. Il laiffa entre les 
mains du Roi des Lettres d’avis pour tous les Capitaines Angloïs, qui vien- 
droient dans cette Ifle avec le deffein de pénétrer dans la Mer Rouge. Le 
4 de Septembre, il partit de la Rade de Delifcha ; mais étant arrêté pref- 
qu'aufli-tôt par un calme, qui fut fuivi d’une continuelle variété de vents , il 
n'arriva que le 23 à la hauteur de sn La vûe des arbres qui fe pré- 
fentent au Nord & au Sud de la Baye, lui fervit de direétion pour avancer 
avec la marée; & s’approchant toûjours de la terre au Nord, ilfe garantit 
de plufieurs écueils dangereux. Enfin il jetta l’ancre fur un fond limoneux. 


x#[Dans cet endroit les Marées courent Eît-Nord-Eft quart au Nord, & Oueft 


quart au Sud. Quand ils y arrivèrent, le flux étoit de cinq heures, & le 
reflux de fept; variété qui étoit caufée par les vents de l'hiver , qui n’a- 
voient pas encore entièrement ceflé. Dans un autre tems, le Aux & lere- 
flux font égaux & durent chacun fix heures.] Pendanc les mois de Juin, 
de Juillet, & d’Août, qui font l'hyver de ce Pays, Dounton eft perfuadé 
qu'il n'y a point d'ancres ni de cables , qui puiflent y réfifter à la violence 
des marées. 

L'AmtRAL envoya aufli-tôt fa Pinaffe au rivage; mais elle rencontra une 
Parque, qui venoit de Surate, chargée de ris pour Gogo; & l'ayant amenée 
à l’Amiral, il apprit de ceux qui la conduifoient , qu’il avoit paflé de fept ou 
huit lieuës le Port de &urate. Il retint cette Barque, pour fe fervir du Patron 
en qualité de Pilote. Le 24, il lui vint du rivage une autre Barque, dont le 
Patron ne confentit pas moins volontairement à lui rendre le même fervice. 
Les Anglois apprirent de ces deux Indiens qu’il fe crouvoit aétuellement à la 
Barre de Surate, quinze Frégates Portugaifes, dans le deflein apparemment 

Ed'interrompre le commerce [de toutes les autres Nations, car la paix qui ré- 
gnoit entre l’Angleterre & l'Efpagne ne permettoit pas de croire que cet ar- 
mement regardât direétement les Anglois. Cependant] l’Amiral fe croyant 
obligé de garder des précautions , employa jufqu’au 25 à s'approcher de 5u- 
rate; & vers fept heures du foir il mouilla tranquillement à une lieuë de ia 
Rade, au Sud de la Rarre, où il découvrit trois Vaifileaux Indiens à l’ancre. 
Le 26 au matin, il entra aans la Rade avec la marée , & il jecta l'ancre fort 
près des trois Indiens. C’étoient des Bâtimens de Surate meme, qui avoient 

été 


DounTon, 
1611. 


Ils y laiffent 
des avis pour 
les Capitaines 
Anglois, 


La Flotte 
prend vers Su- 
rate, 


Elle entre 
dans la Rade, 


DouxrTon. 
1611, 


Elle # trouve 
une Arméc 
Portugaife. 


Maladies qui 
aMigent les 
Anglois. 


ils s'efforcent 


inutilement 
de paffer la 


Barre de Sura- 


te, 


272 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


été chargés pour Sumatra, mais qui, fur le bruit & par la crainte de l'appro- 
che des Anglois, autant que par la tyrannie des Portugais, avec lefquels ils 
n'avoient pû s’accorder pour les pafleports, avoient abandonné le deflein de 
leur voyage. 1/Amiral reconnut, fuivant l'information de fes nouveaux Pi. 
lotes, qu'il y.avoit dans la Rade jufqu’à dix-huit Frégates, qui fe faifoient voir 
en plus ou moins grand nombre. Elles avoient pour Commandant Dom Fran. 
cifco de Soto Major, Amiral de Daman & de Chaul, accompagné de l'Ami. 
ral & des forces de Diu. Cette armée fit pendant quelque tems une garde 
fort éxaéte à l'embouchure de la Rivière, pour empêcher qu'il ne vint aux 
Anglois des lettres ou des provifions; & fous prétexte de viliter les Barques, 
elle pilloit indifféremment tout ce que les Indiens y apportoient fans une per. 
miffion par écrit de l’Amiral Soto. 

CETTE inaétion, où les Anglois furent long-tems, fans pouvoir fe pro. 
curer aucune forte de rafraîchiflemens, fit naître parmi eux des maiadies 
dangereufes. Le fcorbut devint celle de tout le monde fur les trois Bords, 
Enfin la Chaloupe d’un des Vaiffeaux de Surate leur apporta de la Ville des 
informations fort obfcures , dans une lettre de Nicolas Bangham, que l’'Hec- 
tor y avoit laïflé pour veiller à la confervation de quelques marchandifes 
Angloifes. Quelaues jours après, ils reçurent par lui deux autres lettres; l’'u- 
ne du Capitaine Hawkins qui étoit alors à Agra ; l’autre de William Kinch 


à Lahor, [qui s'en retournoit en fon pays par cerre.] L’Amiral apprit park R 


ces deux voyes qu’il n'y avoit pas beaucoup d'efpérance pour le commerce, 
dans une Nation qui avoit peu de fidélité pour fes engagemens. Bangham 
lui écrivoit encore que le Capitaine Sharpey , Jean Jordayne & quelques au- 
tres Anglois étoient attendus de jour en jour à Surate, par la voye de Cam- 
baye, qu’ils avoient prife pour revenir d'Agra. Cette nouvelle jetta beau- 
coup de joye dans la Flotte. 

LE 30, Dounton , par l’ordre de l’Amiral s’avança avec le Pepper-Com 
& le Darling vers l'embouchure de la Rivière, Idans la vûe de chercher le 
pañlage de la Barre;. mais la vigilance des Portugais à couper les Chaloupes 
qui fondoient devant les deux Vaifleaux, & la multitude des bas-fonds, que 
les Anglois ne connoiïfloient pas, firent manquer cette entreprife. Dounton 
penfant retourner dans la Rade, fut jetté vers l'Oueft à quatre milles, par 
le vent & la marée ; de forte qu’il ne put rejoindre l’Amiralque le 3 d'Oto- 
bre. Le Confeil s’affembla pour délibérer fur les embarras d'une fi fàcheufe 
fituation. On réfolut d'écrire à l’Amiral Portugais, pour lui demander du 
moins la permiffion de prendre à bord les Anglois qui étoient à Surate, en 
lui promettant de quitter aufli-tôt la Côte, Mais les Portugais rejettèrent 
même cette prière, & répondirent qu’ils fe chargeoient de conduireces An- 


glois à Goa, d’où ils auroient la liberté de retourner en Europe. [Cependant 


Jordayne, croyant que le meilleur moyen de revoir fa Patrie étoit de pañer 
en Portugal, travailla à gagner l'amitié de quelques Prêtres Catholiques, qui 
“étoient à Angra & à Cambaye, & il en obtint des Lettres de recommanda- 
tion pour le Vice-Roiï de Goa, Mais l’Amiral douta du fuccès du fon en- 
treprife, perfuadé qu’un homme qui refteroit attaché à fa Religion & aux 
intérêts de fon pays, n’avoit aucun traitement favorable à attendre de tel- 
les gens.] Dans le tems qu'ils affeétoient tant de fierté, ie Capitaine Shar- 


pey, qui étoit arrivé à Surate, s’étoit adreflé dans'cette Ville à quelques- 
| uns 


uns de 
un fau 
dition 
fe fier 
en lui 
ue le 
s'il fe | 
mépris 
T'A 
triotes 
à Dab: 
du Del 
d'incor 
quoient 
ter, SI 
mens ; 
fervoic 
grin de 
ve, fit 
des pro 
SIR 

cre le 1 
où non: 
mander 

_ ge. Il 1 
SX Nord, 
tin, il 
& qu'il 
timent 4 
pour le 
que la 
tous fes 
{i elle s 
feau en 
la Chald 
Bâtime 
per lep 
{es gens 
‘heureuf 
défordrd 
frayeur 
que mo 
comme 
celle des 
rent und 
dépouill 
ment. 
prirent « 
IL. 


’ 
l'appro- uns de leurs principaux Négocians, pour obtenir de l'Amiral Soto Major  Dounrow. 
quels ils un fauf-conduit jufqu'à la Flotte. Cette grace lui fut accordée, mais à con. 1671. 
efféin de dition qu'il feroit tranfporté fur une Galiotte Portugaife.  Sharpey auroit pû . Réponte que 
Caux Pi- fe fier à cette propofñition, fi l'on n’y eut ajoûte l'offre de le mener à Goa, les Fortugals 
EC voir en lui promettant d'un ton ironique qu'il y feroit regardé d’aufi bon œil tt 
om Fran. ue les Turcs, les Mores & les Juifs. Il comprit à quoi il devoit s'attendre, dE 
le l'Ami- s'il fe livroit à des ennemis qui ne cherchoient pas même à déguifer leur 
ne garde mépris & leur haine. 
vint aux L’Amiraz Anglois, dans l'impatience de procurer la liberté à fes Compa- 
Barques, riotes, leur écrivit de fe mettre en chemin par terre, & de le venir joindre 
une pér- à Dabul. Mais cette route étoit trop pénible, fans compter que les guerres 
du Dekan la rendoient fort dangereufe, Le tems fe perdoit ainfi, avec autant 
ir fe pro- d'incommodité que de chagrin pour les Anglois. L'eau & les vivres leur man- 
[maiadies quoient, fans aucune efpérance d'en envoyer prendre ou de s’en faire appor- 
is Bords. ter, Sharpey avoit acheté pour eux à Surate diverfes fortes de rafraïchiffe- 
Ville des mens ; mais il n’foit en tifbuer le tranfport à la vûe des Portugais, qui ob- 
que l'Hec- fervoient continuellement le paflage. L’ayant tenté néanmoins, il eut le cha- 
rchandifés grin de voir enlever fa en ®% Soto Major, joignant l'infulte à l’injufti- 
ttres; l'u- ce, fit dire aux Anglois qu'il les remercioit beaucoup de lui avoir procuré 
am | inch | des provifions fi fraiches. 
pprit park Sir Henri Middleton, fort inquiet de la fituation de fa Flotte, leva l'an- La Flotte 
ommerce, cre le 11, pour chercher vers le Nord, au long de la Côte, quelqu'endroit Role 
Bangham où non-feulement il pâût fe faire une retraite commode, mais d’où il pût com- cher de tt 
elques au- mander affez la terre pour affürer le pañlage de fes Chaloupes jufqu'au riva- re. 
e de Cam- ge. Il fut forcé par le vent de s'arrêter vers la fin du jour à la pointe du 
tta beau- SANord, vis-à-vis la Barre. [Ce jour-là Æ/onfo Granfillio mourut. ] Le 12 au ma- 
tin, il remit à la voile avec la marée, Comme le Courant étoit fort rapide, 
per-Corn & qu’il ne connoifloit pas la Côte, il fit toûjours avancer devant lui le Bà- 
Éetoher le timent qui prenoit le moins d'eau, avec ordre de tenir les ancres prêtes, 
Chaloupes pour les jetter à la première apparence de bas-fond. Il s’apperçut bientôt 
onds, que que la Flotte Portugaife avoit mis aufli à la voile, & qu'elle le füivoit avec 
Dounton tous fes pavillons déployés , & faifant entendre quelquefois fon artillerie, comme 
ailles, par {i elle s’étoit préparée à l'attaque. On découvrit Soto Major qui alloit de Vaif- 


> 3 d'Oéto- 
G fàcheufe 
mander du 
Surate, en 
rejettérent 
rire ces An- 
à : 
Cependant 
it de pañer 
oliques, qui 
commanda- 
du fon €n- 
ion & aux 
dre de tel- 
taine Shar- 


quelques- 
uns 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. 1. 273 


feau en Vaifleau dans une petite Frégate, pour encourager fes gens. Enfin, 
la Chaloupe du Darling étant à fonder vers la terre à quelque diftance de fon 
Bâtiment, deux l’régates Portugaifes des plus légères , entreprirent de lui cou- 
per le pañlage dans faretraite. Le Capitaine du Darling , qui vit fa Chaloupe & 
fes gens en danger, ne balança point à faire feu. Une des Frégates fe retira 


‘heureufement ; mais la feconde, ayant effuyé quelques coups qui la mirenten 


défordre, fe fit échouer fur le rivage, & fes gens ne réfiftant point à leur 
frayeur fautérent à terre pour fe fauver par la fuite. L’Armada parut faire quel- 
que mouvement, dans le deffein de s'approcher à leur fecours. Cependant 
comme fes forces ne confiftoient point en artillerie, elle n'ôfa s’expofer à 
celle des Anglois, & la l'régate demeura ainfi entre leurs mains. Ils y trouvè- 
rent une petite quantité d'indigo, de canelle, de coton, de mirabolans, 
dépouilles d’une Barque Baniane dont les Portugais s’étoient faifis nouvelle- 
ment. Cetavantage en procura un autre aux Anglois, par l’occafon qu'ils en 
prirent de s’avancer jyfqu’à l'embouchure de la Rivière de Surate, & fi près 

IL. Part. Mn de 


Petit combat 


où les Anglois 
fe faififfent 
d'uncFrégate, 


DounTon. 
1611. 
Bravade de 

quelques Por- 
tugais, 


Entreprifc 
des Anglois 
pour fe procu- 
rer des vivres. 


o# VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


de la terre qu'ils jettèrent l'ancre fur cinq braffes, à la portée du moufquer. 
m) Læ 13 au matin, s'étant encore avancés plus près du rivage , fur fix 
brafles de fond, ils apperçurent à terre plufieurs perfonnes vers lefquelles ils 
ne firent pas difficulté d'envoyer une Chaloupe avec le pavillon de paix, Jef- 
fe & Bragge, qui furent chargés de cette députation , reconnurent en s'ap- 
rochant que c'étoient des Portugais, & s'en crurent encore plus certains 
orfqu’ils leur virent tirer l'épée avec des fignes fort menaçans. Ces bravades 
furent fi mal foûtenues, qu'à l’arrivée des Anglois, qui n’en parurent point 
effrayés,, leurs ennemis prirent le parti de fe retirer. L’Incréafe étant refté 
à quelque diftance, dans la Rade, Sir Henri lui envoya fes ordres par le Dar- 
ling, qui revint prefqu'aufli-tôt avec une Barque Indienne qu'il avoit rencon- 
trés, & fur laquelle dix-fept Indiens, qui avaient été envoyés fucceflivement 
à Surateavec des lettres pour le Capitaine mit avoient eu la hardieffe 
de rifquer le pañfage à la vûe des Portugais. Sir Henri les récompenfa noble- 
ment, & leur promit, à fon retour, d’autres marques de fa reconnoiffance. 


[ Cinq furent renvoyez le même foir avec des Lettres ; ils promirent de s’ac-kf 


quiter foigneufement de leur commiflion; fans cependant avoir intention de 
tenir parole. 

Le 16, l’Amiral envoya reconnoître deux Frégates, qu'on découvrit du 
côté du Nord. Mais le vent n'ayant pas favorifé les Anglois, ils furent obli- 
gs d'abandonner leur deffein, & de s'arrêter à la pointe méridionale de 

oually. Ils y-voulurent pêcher , mais l’eau s'étant trouvée trop profonde, 
l'Amiral prit x parti de s’avancer dans la rivière avec fa Galiote. Au mé- 
me inftant, un vent qui venoit du côté de la Mer s'étant levé, on vitentrer 
les deux Frégates, fuivies de deux autres, qui ne faifoient que d'arriver de 
la barre de Surate. Il y avoit à bord de l'une, le Capitaine de celle qui 
avoit été prife le jour auparavant , qui, après s'être fauvé avec peine àtravers la 
boue , s’étoit courageufement offért à courir le même danger pour venir 
reprendre fon Bâtiment , comme on le fçut enfüuite. Elles avoient le vent fa- 
vorable au lieu qu'il étoit contraire aux Anglois, qui avoient outre cela à 
craindre les bas fonds :. Cependant s'étant préparés au combat, dans l’efpé- 
rance que l’Incréafe qui n’étoit pas éloigné, pourroit les fecourir, ils virent 
les Portugais qui s’approchoïent, & qui firent même quelques décharges fur 
eux: Mais bientôt ils perdirent courage, & prirent la fuite: les Anglois leur 
donnèrent la chafle, mais fans pouvoir les atteindre. ] 

LE 20 au matin, il envoya au rivage, dans la Pinafle, Thomas Glenam, 
pour engager les Payfans du Canton à lui apporter des vivres. Glenam avoit 
ordre de faire tirer trois coups de moufquet, pour avertir la Flotte du fuccès 
de fa négociation. En abordant, il fit monter un defes gens fur la hauteur, 
dans la vûe d’affûrer fa marche par de fages obfervations. Elles étoient fi né- 
ceffaives , que dès la première vûe, l’efpiondécouvritune troupedePortugais, 
qui fortirent tumultueufement de leur embufcade. Il eut befoin d'employer 


toute fa légèreté pour regagner la Pinafle, qui s’éloignant aufli-tôt, jetta l’an- 


cre à quelque diftance du rivage. Les Portugais n’accoururent pas moins juf- 
qu'au bord de l'eau, d’où.ils firent leur décharge für la Pinafle ; mais elle fut 


moius- 


Cm), Ici commence la 8e, Seétion dans l'Ouiginial. K. d. E. 


minifté 
que le 
4 au rive 
conder 
tant ob 
la terre 
leur efc 
la liber 
LE 2 
gate & 
trente } 
au fomn 
tandis q 
découv 
à vendr 
prirent 
un Vill 
roicnt d 
mations 
feignes 
T'inégali 
& les P 
s’approq 
pagne, 
plus fac 
les force 
pas moi 
dans li 
ner fon 
il penfo 
qu'on fe 
noient d 
fans voi 
glois qu 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Crar. I. 275 


moins heureufe que celle des Anglois, qui leur blefférent quelques hommes.  Dounrow. 
Les Ennemis s'étant retirés, on apperçut de la Pinaffe un homme à cheval, 6x1. 
qu'on prit pour un Indien. On lui fit queiques fignes, qui le firent avancer Ils fontinter- 
jufqu'au rivages & Glenam perfuadé que c'étoit l'occafon qu'il cherchoit pour pneu 
fe procurer des vivres, fit tirer les trois coups dont il étoit convenu avec l'Ami- 6 
ral. La Frégate dont les Anglois s’étoient faifis, & dy avoient rendue pro- 
pre à leurs ufages, fut envoyée aufli-tôt pour feconder la Pinaffe. Mais le Ca- 
valier Indien fe retira dans cet intervalle , fans qu'on pût juger du motif qui 
l'avoit amené. Seulement, vers le foir, il fe préfenta quelques pauvres Ha- 
bitans du Canton, avec certains fruits que l’Amiral fic acheter. Tandis que 
les Anglois rentroient dans la Frégate, il leur vint trois Déferteurs de l’Ar- 
mée Portugaife ; l'un né à Lisbonne, mais Hollandois d’origine ; les deux au- 
tres, Portugais & mécontens de leurs Chefs. 
L'A MiRAL s'étant approché de la terre le jour fuivant, y reçut, par le Avis qu'ils 
miniftère d'un Indien, une lettre du Capitaine Sharpey, qui lui donnoit avis nos 
que le 22 il étoit réfolu de faire tranfporter toutes les marchandifes Angloifes Sharpey. 
au rivage, fous une efcorte de cent Cavaliers bien armés. [Il le prioit de fe- 
conder fon entreprife par l’adreffe ou la force, car il ne doutoit pas qu’é- 
tant obfervé par les Portugais, il ne dût trouver quelqu'obftacle du côté de 
la terre ou de la mer.] Un jeune Malabare, qui avoit été cinq ou fix ans 
leur efclave, vint fe rendre aux Anglois dans le même lieu, & leur demander 
la liberté ou des Maîtres plus humains. 
LE 22, à la pointe du jour, Sir Henri fe rapprocha du rivage avec la Fré- 
gate & la Pinalle, pour attendre Sharpey & les marchandifes. Il débarqua 
trente hommes, armés de fabres & de moufquets, dont l’un fut placé d’abord 
au fommet de la hauteur pour nt pas interrompre un moment fes obfervations, 
tandis que tous les autres fe poftérent avantageufement ‘ur le rivage. L'Efpion 
découvrit bientôt deux Banians, qui venoient du côté du Nord. Ils apportoient 
à vendre du tabac & d’autres bagatelles. Etant conduits à l’Amiral, ils lui ap- 
prirent que la nuit précédente cinq Anglois s'étoient rendus de Surate dans 
un Village à quatre milles de la mer, & que vrai-femblablement ils arrive- 
roicnt dans le cours de l’après-midi. Pendant que l’ Amiral recevoit ces infor-  Nouvetle at. 
mations, fept Compagnies Portugaifes fe firent voir entre deux Collines, en- taque des Por- 
ges für feignes déployées. A cette vûe les Anglois fe difpofèrent au combat. Mais tugais. 
ois leur ‘l'inégalité du nombre porta Sir Henri à les faire rentrer dans leurs Bâtimens ; 
& les Portugais, qui s'étoient d’abord arrêtés, ne balancèrent point alors à 
slenam, s'approcher du rivage. Il avoient avec eux cinq ou fix petites piéces de cam 
avoit pagne, dont ils firent quelques décharges inutiles. Les Anglois à qui il étoit 
fucces plus facile d’ajufter leurs coups, firent plus de ravage dans leurs rangs, & 
auteur les forcèrent enfin de fe mettre à couvert: l'inquiétude de l’Amiral n'en fut 
tfiné pas moindre pour le convoiqu'il attendoit. Après avoir pañfé plufieurs heures 
rtugais dans l’impatience, il jugea que l'arrivée des Portugais avoit fait abandon- 
ployer ner fon deffein au Capitaine Sharpey ; & retournant à bord du Pepper-Corn, 
tta l'an- il penfoit à remettre le foir à la voile pour rejoindre l’Incréafe: mais lorf- 
pins juf- qu'on fe difpofoit à lever l'ancre, on découvrit quelques hommes, qui ve- 
elle fut noient du côté du Nord. L’Amiral fe rapprocha aufli-tôt de la terre, où 
OS fans voir paroître les Portugais , il eut la fatisfaétion de recevoir trois An- 
glois qui lui annoncèrent, pour le lendemain, l’arrivée de Sharpey & de fon 
Mn 2 convoi. 


DounTON. 
1611. 
Sharpey a- 

mene heurcu- 

fement les 
marchandifes 

à bord, 


Le Gouver- 
neur de Sura- 
te accorde 
une conféren- 


. ce aux An- 


glois, 


Les Anglois 
feignent de 
partir, pour 
tromper les 
Portugais. 


Reproches 
qu'ils font à 


Jeur Comman- 


dant. 


276 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


convoi. En effet on apperçut, le jeudi, cent Cavaliers armés d'arcs & 
d'épées, qui conduifoient les marchandifes au centre de leur Troupe ; & 
Sharpey, qui faifoit l’arrière-garde avec quelques autres Anglois. Le con- 
voi fut tranfporté à bord fans aucune oppofition. 

Avec les marchandifes & quelques provifions , Sharpey spores à Sir 
Henri l’heureufe nouvelle d'un changement fort imprévu dans les difpofitions 
du Gouverneur de Surate. Khoja Nalan, qui occupoit cet emploi, avoit pro- 
mis de fe rendre lui-même au rivage pour conférer avec l’Amiral Anglois fur 
les intérêts du commerce. Cette faveur n'étant remife qu'au lendemain, on 
fit des préparatifs pour la recevoir avec éclat. L'Amiral fe mit dans la Frégate, 
avec fes principaux Officiers, & s’approcha de la terre au bruit des inftru- 
mens. Khoja Naflan, qui s'y étoit déja rendu, l’envoya prendre à la defcente 
du Vaiffeau , par quatre de fes gens, qui le tranfportèrent fur leurs épaules dans 
un Palanquin. Un fuperbe tapis, que les Indiens avoient étendu dans un lieu 
commode, fervit de fiège pour la conférence. Après quelques difcours, fur les 
motifs qui avoient amené l’Amiral à Surate, & fur le chagrin que les Habitans 
reffentoient, de fe voir tirannifés dans leur propre Ville par les forces fupé- 
rieures des Portugais, Khoja Naffan confeilla aux Anglois de fe rendre à Gogo, 
Port de la partie Occidentale du Golphe, & plus voifin de Cambaye, en leur 
offrant des Pilotes pour les conduire. 11 leur reftoit à fe faire expliquer les mo- 
tifs de ce confeil, lorfqu'une pluye violente, qui furvint tout-d'un-coup, mit 
Khoja Naffan dans la néceffité de fe retirer. La conférence fut remife au jour 
fuivant. 

LE 26, Khoja Naflän envoya au Général Anglois, dans une de fes Cha- 
loupes, un préfent de quelques provifions, & deux Pilotes pour le conduire à 
Gogo On fe rejoignit fur le rivage, pour recommencer la conférence. Les 
Pilotes mêmes ayant repréfenté, que Gogo-n'étoit pasun Port auffi commode 
pour les Anglois que Naffan lavoit prétendu, on convint qu’ils mettroient 
en mer pendant cinq ou fix jours, en feignant de quitter tout-à-fait la Côte, 
dans l’efpérance , que-les Portugais la quitteroient aufñfi après leur départ; & 
Naffan promit de les faire avertir: Suivant cette réfolution, l’'Amiralfitle- 
ver l'ancre pour rejoindre l’Incréafe, & partit dès le lendemain dans ce Bà- 
timent: Mais s'étant arrêté au-deflus de la Rade, pour attendre le refte de 
fa Flotte, il écrivit dans cet intervalle à Dom Francifco de Soto Major. 


En faifant comprendre aux Portugais qu’il étoit prêt à s'éloigner, il rappel- 


loit dans fa lettre tous les fujets de plaintes qu’il avoit reçûs d’eux , tels que 
de s’être oppofés à fon-débarquement , d'avoir empêché les Anglois qui é- 
toient à Surate de fe rendre fur fa Flotte, d’avoir intercepté fes lettres & 
faifi fes provitions. Il leur reprochoïit particulièrement d’avoir coupé le paf 
fage à fes Chaloupes & de les avoir forcées d'employer la violence pour s’é- 
chapper de leurs mains. . Il ajoûtoit qu'ayant terminé toutes fes affaires, il 
étoit difpofé à leur reftituer leur Frégate, s'ils vouloient envoyer quelqu'un à 
qui les Anglois puffent.la remettre. | 
APRrÈs avoir attendu inutilement leur r£pc-fe, il mit à la voile le 29; 


_ mais il fut furpris de fe voir fuivi, à quelque diftance, par l'Armée Portugai- 


fe; ce qui ne l’empêcha point d'arrêter une Barque chargé: de cocos pour 
Cambaye. Il en acheta foixante-dix mille, qu’il diftribua entre fes gens. Le 
81, appercevant que les Portugais ne cefloient pas de le fuivre, ilprit laré- 
folution 


folution « 
xppour ach 
ment ver 
rivage j ! 
Portugais 
tendre la 
diens que 
noit à let 
dont ils a 
pofés que 
LE 5, 

fon Vaiff 
la fatisfaé 
Barre, fu 
en le foul: 
jetter l'an 
cette nou 
immédiate 
vis d'eux, 
taine Dour 
midi, pou 
marécaget 
nécefité le 
cafion qu’i 
pour le for 
gner pour 
qui ne pot 
Capitaine 
contre les 
fit acheter 
apporter t 
jours après 
deux Galèt 
miral, qui 
rentrer to 
On repañf: 
réfolution 
te Portuga 
rate Khoj 
Cette entr 
lui promit 
les Négoti 
& qu'ils y 
tes fortes « 
arrivées da 
chands Po 
mefles, le 
TRors 


gate, 
ntru- 
fcente 
s dans 
n lieu 
fur les 
bitans 
 fupé- 
Gogo, 
en leur 
es mo- 
p, mit 
Lu jour 


»s Cha- 
duire à 
, Les 
mmode 
troient 
a Côte, 
arts & 
alfitle- 
ce Bà- 
ofte de 
Major. 
rappel- 
els que 
ui é- 
rs & 
: le paf- 
bour sé 
ires, il 
qu’un à 


le 29; 
ortugal- 
S pour 
ens. Le 
rit laré- 
{olution 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar. I. 


our achever fes affaires, En effet, [le r de Novembre 1 il reprit brufque- 
ment vers le Nord; & gagnant la Rade de Soually il defcendit aufli-tôt au 
rivage; mais fans pouvoir s'y procurer aucunes nouvelles de Surate. Les 
Portugais, qui s’étoient rapprochés en même-tems de la Rivière , firent en- 
tendre la même nuit un grand bruit d'artillerie, & publièrent parmi les In- 
diens que c'étoit pour fe ss de l'approche d'une nouvelle Flotte qui ve- 
noit à leur fecours. Ils fe flattoient d'infpirer de la frayeur aux Anglois, 
dont ils avoient jufqu'alors éprouvé la réfolution, & qui étoient mieux dis- 
pofés que jamais à les recevoir. | 
Les, Sir Henri ayant envoyé Pemberton, Capitaine du Darling, avec 
fon Vaifleau & la Frégate pour chercher une autre Rade vers le Nord, eut 
la fatisfaétion d'apprendre à fon retour qu'il en avoit trouvé une, avec une 
Barre, fur laque!le non-feulement les petits Vaiffeaux ,imais l’Incréafe même, 
en le foulageant un peu, pouvoient pafler fürement dans la haute marée, & 
jeter l'ancre à dix toifes du rivage. Toute la Flotte partit le 6 pour gagner 
cette nouvelle Rade, & pafla heureufement la Barre avec la marée. Elle fut 
immédiatement fuivie par douze Frégates Portugaifes, qui mouillèrent vis-à- 
vis d'eux, mais hors de la portée du canon. Sir Henri, accompagné du Capi- 
taine Dounton & de quarante Fufiliers , defcendit à terre dans le cours de l'après- 
midi, pour chercher de l'eau fraîche. Il fut obligé de parcourir un terrain 
marécageux, dans lequel il découvrit enfin une forte d’eau mélée, dont la 
néceflité le força de fe contenter. Mais ce défagrément futcompenté par l'oc- 
cafñon qu'il trouva d'acheter cinq ou fix chèvres, une brebis & quelques fruits 
pour le foulagement de fes malades. Comme il étoit réfolu de ne rien épar- 
gner pour les rétablir, & que fa Pinaffe demandoit d’ailleurs des réparations 
qui ne pouvoient fe faire que fur le rivage, , il y fit élever une tente, où le 
Capitaine Dounton s'établit avec une garde nombreufe, pour fe précautionner 
contre les Portugais. Il y reçut de Surate des rafraîchiffemens que l'Amiral y 
fit acheter par Bangham. Les Payfans du Canton s’empreffèrent auffi de lui 
apporter tout ce qu'ils pouvoicnt retrancher à leurs propres befoins. es 
jours après, on reçut avis, par la Flotte, qu'il étoit arrivé dans la Rivière 
deux Galères & huit Frégates. Cette nouvelle fit changer de réfolution à l’A- 
miral, qui fe crut obligé, pour fa füreté, de réunir toutes fes forces. 11 fit 
rentrer tous fes gens à bord, & les réparations de la Pinafle furent différées. 
On repañfa.auffi-tôt la Barre, pour retourner dans la Rade de Soually, où la 
réfolution de l’Amiral étoit de reconnoître ls intentions de.la nouvelle Flot- 
te Portugaife. Il y entra le premier ; & dès le lendemain, il vit arriver de Su- 
rate Khoja Naffan, au-devant duquel il s'empreffa de defcendre fur le rivage. 
Cette entrevûe fut remplie d’affeétion & de civilité Le Gouverneur Indien 
lui promit qu'aufli-tôt que fes autres Vaifleaux feroient entrés dans la Rade, 
les Négotians de la Ville apporteroient des marchandifes für le bord de la Mer, 
& qu'ils y établiroient un Marché où les Anglois pourroient fe fournir de tou- 
tes fortes de commodités. Il apprit auffi à l’Amiral que les Frégates qui étoient 
arrivées dans la Rivière, étoient un Kaffilath, c'eft-a-dire , une Flotte de Mar- 
chands Portugais, qui faifoit voile à Cambaye. Pour confirmation de fes pro- 
mefles , le Gouverneur emmena Bangham avec lui jufqu’à Surate. 
Trois jours après, on vit naître en effet fur le rivage , un Marché de toutes 
Mm 3 lès 


277 


6 


folution de ne jo oufler plus loin fa courfe , & de retourner , en dépit d'eux, 
€ 


Dounxro x. 
1611, 


Is revien- 
nent àSoually, 


Autre Rade 
qu'ils décou- 
vrent, 


Arrivée d'une 
nouvelle flot. 
te Portugaile. 


Elle n’eft 
compoféc que 
de Mar- 
chands, 


DounTon. 
16117, 
Marché ou 

l'oire des In- 

diens fur le 
rivage, 


Les Portugais 
viennent l'in. 
terroinpre,. 


Le Gouver- 
neur de Cam- 


baye rend vi- 
fite à l’Amiral 


plots 
Anylois, 


078 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


les provifions qui font propres au Pays; [ confiftant en farine, pain, bœufs, js 
.Chèvres, moutons, poules, beure, fromage, fucre, fucre-candi, limons, noix 


de cocos, melons d'eau, concombres, lait, pois, gindus, petit fruit qui a 
un nojau rond , cannes de füucre, tabac, poiflons fecs, & vin de Palmier 
nommé par lesHabitans T'addy.] Les Anglois defcendirent librement, pour fatis: 
faire leurs befoins ou leurs goûts à des prix fort raifonnables. Mais la 
tranquillité de ce commerce fut interrompue par un Efpion qu'ils avoient 
placé fur une hauteur, & qui ayant découvert environ cinq cens Portugais : 
vint répandre l'allarme dans le Marché. On ne penfa plus qu'à regagner les 
Chaloupes, pendant que l'Ennemi défefpéré d'avoir été reconnu , s'avançoit 
tumultueufement pour couper la retraite à ceux qu'il voyoit fuir. Cependant, 
comme la plûpart étoient bien armés, ils ne rentrérent point dans leurs 
Chaloupes fans avoir fait une décharge, qui devint funefte à plufeurs Por. 
tugais. Quelques-uns furent bleffés; & ne penfèrent qu'à fe retirer. Les 
autres fe trouvant arrêtés par une ravine, qui leur fit craindre d'effuyer une 
feconde grêle de moufquetterie, fe hatèrent aufli de retourner fur leurs pas, 
Dans une retraite fi précipitée , ils laiffèrent derrière eux Antonio de Souza, 
Gentilhomme de Chaul, qui étoit tombé d'un coup mortel à la tête: les An. 
glois, plus pitoyables que fes Compatriotes, ne virent pr; plutôt le champ li. 
bre, qu'ils allèrent le relever; & l'ayant tranfhorté à bord, tous leurs fe. 
cours ne l’'empêchèrent point de mourir avant la nuit. Ils l’enterrèrent hono- 
rablement fur le rivage. On apprit enfüuite du Mockadan, ou du Gouverneur 
de Soually, que les Portugais avoient eu neuf de leurs gens tués ou bleffés 
dans cette occafion. 

(n) Les Indiens prenoient fi peu de part à toutes ces violences, quele 4 
après-midi, Mokrib Kham, Gouverneur de Cambaye, vint au rivage avec 
cent chevaux, & de l’Infanterie en plus grand nombre, cinq éléphans, plu- 
fieurs chameaux & des chariots pour le tranfport de fes provifions. 1l avoit 
auf plufieurs léopards dreflés à la chaffe, pour faire montre de fa grandeur. 
On vit aufli-tôt élever une Ville de tentes. Sir Henri, qui defcendit à terre 
pour faire honneur à Mokrib, y fut reçu avec une décharge de la moufque- 
terie Indienne, tandis que l'artillerie de fes Vaifleaux faifoit retentir aufli le 
rivage. Enfüuite l’Amiral préfenta au Gouverneur de Cambaye, la Lettre & les 
préfens du Roi d'Angleterre , qui furent acceptés avec de grandes apparences 
d'amitié. Il le preffa de lui faire l'honneur de monter fur fon Vaifleau. Mo: 
krib y confentit fans aucune marque de défiance ; & laiffant fur le bord de la 
Mer Khoja Naffan, Khoja Arf Aly, & les autres Seigneurs de fon corté- 
ge, il fe rendit hardiment fur l'Incréafe avec fix (0) hommes choifis. Les 
Anglois s’efforcèrent de le bien traiter. Il y pañla la nuit & la moitié du jour 
fuivant , occupé à confidérer les bijoux & les bagatelles qui pouvoient plai- 
re au Roi fon maître, mais écartant les propolitions férieufes de commerce, 
ou les remettant à d’autres occafions. Après avoir fatisfait fa curiofité fur 
le Vaifleau de l’Amiral, il fouhaita aufli de vifiter les autres, fur lefquelsil 
continua de jouër le inême rôle. Cependant il y acheta toutes les caifles de 
lames d'épées, & fon ardeur fut fi grande pour s’en affürer la paies 

qu 


_(n) La 9e. Seëtion commence ici dansl'O-  (o) Ængl. feize. R. d. E 
riginal. KR. dE. 


qu'il le 
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gneux , 
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.(p) Ces E 
Œuifoient à 
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d'auparavant 


» bœufs, 
ons , noix 
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Palmier , 
Jour fatis- 

Mais la 
s avoient 
ortugais , 
gagner les 
s'avançoit 
ependant, 
dans leurs 
eurs Por. 
er, Les 
Muyer une 
leurs pas. 
de Souza, 
e: les An 
champ li: 
s leurs fe 
rent hono- 
JOUVErneur 
ou bleffés 


;, quele 24 
ivage avec 
phans, plu- 
s. Il avoit 
a grandeur. 
dit à verre 
a moufque- 
ntir aufli le 
ettre & les 
apparences 
4 Mo- 
bord de la 
fon cortè- 
hoifis. Les 
oitié du jour 
voient plai- 
commerce; 
uriofité fur 
ur lefquels il 
es cailles de 


; freifion 9 
p° qu'i 


INDES ORIENTALES, Lav. IV, Cuar. L 279 


qu'il les fit cranfporter fur le champ au rivage. à mr jours après, ayant 
mis à part celles qui lui parurent moins belles, il les renvoya d'un air dédai- 
gneux, fuivant l'ufage dé çes Nations, où l'on ne fait pas difficulté de rom- 
pre un marché après l'avoir conclu. L'Amiral lui renouvella fes propofitions 
de commerce, qu’il remit encore à d’autres tems, fous divers prétextes. En- 
fin, dans l'incertitude de ce qu'on devoit s'en promettre, le Confeil s'affem- 
bla fur l'Incréafe, & l'on prit la réfolution de s'expliquer avec autant de for- 
ce que de netteté. Le 26, l'Amiral retourna au rivage dans cette vûe; mais 
il y apprit que Mokrib étoit parti; & que, pour garder quelque ménagement 
avec les Anglois, il avoit déclaré qu'il alloit travailler à les mettre en bon- 
ne intelligence avec les Poicugais. Sir Henri jugea fort bien que c'étoit une 
comédie, & qu'après avoir tiré des préfens de la Flotte Angloife, il alloic 
employer les mêmes artifices fur la l'lotte Portugaife. Cependant, comme 
Naffan étoit demeuré au rivage, & qu'il témoignoit quelque envie d'achetei 
les marchandifes, on y mit le prix. Le refte du jour fut employé à cet ar- 
rangement, & le commencement du commerce fut remis au lendemain. 

Le 27 au matin, Mokrib envoya au Général Anglois un de fes princi- 
paux Officiers & fon Faéteur, avec une Lettre, pour le prier de lui accorder 
quelques bijoux (p) qu'il avoit vus à bord & qu'il regretoit de n'avoir pas 
emportés. Îl demandoit aulli que les Serruriers de la Flotte fiffent pour lui, 

le modèle d'une chaîne de pompe. [Sir Henri refufa honnêtement la premiè- 
re de ces deux demandes (9), & fe rendit volontiers à la feconde.] Îl fe paf- 
fa plufieurs jours, pendant lefquels Sharpey & Jordayne conférèrent fouvent 
avec les Faéteurs Indiens fur le prix des marchandifzs. Mokrib & Nafan fi- 
rent plufeurs fois le voyage de Surate, allant & revenant avec diverfes 


KPmarques de mécontentement ou d'incertitude. [Le 28, Naffan laiffa fon Gen- 


dre, Khoja Yellardin, pour avoir foin des affaires en fon abfence; mais des 
le lendemain celui-ci partit. Un charpentier Anglois s'étant rendu ce jour- 
là à Surate pour y acheter des planches, qu'on lui avoit promifes, ne put 
rien obtenir de ce qu'il étoit allé chercher, & fe trouva même dans la crain- 
tedene pas obtenir la permiflion de s’en retourner à bordle même jour. Jour- 
dayne, l'raine, & quelques autres perfonnes allérent à terre pour éxaminer 
les marchandifes, que Naffan leur offroit en troc: ils trouvèrent qu'il faifoit 
monter fes prix exceflivement haut. 

Le 1 de Décembre, les Indiens voyant que Sir Henri ne vouloit pas accep- 
ter leurs propofitions, firent tran{porter à Surate les marchandifes qu'ils a- 
voient au Village de Damka, à trois milles de diftance; &ils défendirent de 
vendre aucune provifion aux Anglois. 

Le 6, on avertit Sir Hlenri que Mokrib & Naffan ne tarderoient pas àre- 
venir.] Enfin, le 8 de Décembre, ils arrivèrent tous deux au rivage, fuivis 
d'un grand nombre de chariots, qui déchargèrent d’abord quarante ou cin- 
quante bales de calicots. Ils en étalèrent enfuite jufqu’à cent vingt. Les 
Marchands Indiens marquérent beaucoup d'empreflement pour le PAERTBARRSE 
e 
) Ces bijoux, fuivant l'Original, fe re- (q) Suivant l'Original, il ne la refufa point, 
car il yelt dit que le 28, Naffan revint à Sura- 
te en apportant avec lui, la vefte & le chien 
qu'on avoit demandé, R d, E. 


( 
duifoient à une vefte parfumée & à un éfpa- 
gneul, qu'on avoit déja refufé à Mokrib le jour 
d'auparavant, R. d. E, 


Dounron. 
1611. 
Les mauvais 
procédés fuc 
Cédent à fn po- 

litefe, 


Incertitudes 
de part & 
d'autre pour 
le commerce, 


DounTroxw, 
1611. 
Les Indiens 
font plufieurs 
infultes aux 

Anglols, 


1 Amiral at- 
rête à bord Île 
Gouverneur 
de Surate. 


Le commerce 


eit interrom- 
pu par les 
Portugais. 


289 


VOAYGES DES ANGLOIS AUX 


le vermillon des Anglois; & Mokrib Kam, pour leur velours, Mais ne 

vant obtenir que ces marchandifes fuffent vendues féparément, ils confenti. 
rent à prendre en même-tems du plomb, Leur injuflice fut celle, qu'ils s'ob. 
ftinérent à vouloir gagner cinquante pour cent fur les biens qu'ils mettoienc 
en vente à leur porte, tandis qu'ils n'accordoient aux Anglois qu'un prof 


médiocre 
tin, Sir} 


Le ceux qu'ils avoient apportés de fi loin. Cependant le 9 au ma- 
mri revint à verre, & s'étant fait confirmer par les Indiens qu'ils 


s'en tiendroient du moins aux prix convenus , il commença férieufement à fai. 
re décharger fon plomb, Mais, vers midi, Mokrib Kai reçut des Lettres du 
Grand Mogol, qui le jettèrent dans une profonde confternation, À peine 
lui échappa-t'il une parole; & partant prefqu'aufli-tôt, illaiffa Khoja Nain 
& les Faêteurs pour achever le commerce, L'Amiral, à qui cet incident fic 


naitre de 


ficheux foupçons, ne retourna fur fon bord que pour fe donner plus 


de liberté à faire demander encore à Koja Naflan s'il étoit fidéle à fes enga: 


gemens, 


La réponfe fut fi nette & fi politive que les Anglois ne pouvant 


lus conferver de défiance s'empreflèrent de décharger leurs marchandifes, 


Ce même jour Villiam Fobnfon de l'équipage du Darling, Jean Coverdale Trom-K 


pette, & Jean Pattifon défertèrent, & le dernier prit la route de Surate & les 
deux autres fe rendirent à l'Armade Portugaife, 
Lx nouveau Gouverneur de Surate fe rendit le lendemain fur la Flotte 


«vec Khc 


ja Arfan Aly, pour fatisfaire leur curiofité, ‘Tandis qu'ils évoient 


à bord de l'Incréafe, l'Amiral fut averti par un Exprès dépéché du rivage, 
que Khoja Naffan, après avoir reçu le velours & quelques autres marchan- 
difes qu'il avoit defirées, avoit commencé à faire de nouvelles chicanes aux 
Anglois; qu'il avoit entrepris de les tromper fur les poids ; & que pour ré. 
ponfe à leurs plaintes, il les avoit menacés de faire remporter fes marchan- 


difes à la 


Ville, Cette conduite caufa tant d'indignation à l'Amiral, que n'é- 


coutant plus que fon reffentinent , il arrêta fur le champ le Gouverneur de 


Surate & Khoja Arfan Aly. 


Cependant il continua de les traiter fi civile- 


ment, que le Gouverneur entrant dans fes intérêts, lui confeilla d'envoyer de 
fa part au rivage, pour y porter à Naflan l'ordre de le venir joindre fur la 
Flotte Angloife, Naffan n'ôfa défobéir. Mais à peine fut-il arrivé , que le Gou- 
verneur s'adreffant à l'Amiral, lui dit qu’il pouvoit garder pour caution ce- 
lui qu'il accufoit d’injuftice, & ne lui rendre la liberté qu'après l’éxécution 


des articles. 


Ainfi Naffan fut humilié jufqu'à demeurer captif fur l'Incréale, 


du confentement même de fon Gouverneur , à quiles Anglois permirent auf- 


fi-tôt de 


retourner au rivage. On continua la vente des marchandifes avec 


plus de tranquillité & de fuccès. Cependant , pour ne refufer aucune fa: 
tisfaétion aux Indiens , l'Amiral leur donna de fon côté deux Otages, qui 
furent Jean Williams & Henri Boothby. 

[Les Portugais ne purent ignorer long-tems que le commerce s'éxerçoit en- 


fin avec 
gloife. 


beaucoup de franchife entre les Négociansde Surate & la Flotte An- 
N'ayant pu l'empêcher, ils réfolurent de l’interrompre.] L'Amiral, 


qui ne quittoit plus fon bord, reçut avis qu'on découvroit du côté du Sud, 
cinq Compagniés Portugaifes , qui s’'approchoient avec leurs enfeignes dé- 


ployées. 
pour fe 
aufli-tôt 


Il ne put douter que leur deflein ne fût de s'approcher de la Mer, 
faifir de fes marchandifes & brûler les Chaloupes. Il fit tranfporter 
fur le rivage, dans la Frégate & la Pinañle, deux cens hommes ar- 
mes 


més de n 
ue cette 
e, qui« 
Anglois, 
de Souall 
nouvelles 
[Le I 
l'Incréafe 
vint de S: 
coinmerc 
des prix : 
Forts, Ca 
ctoit datt 
donnoit 
‘un étoit 
de chagrir 
pes de fai 
ce nom A1 
Hchät'd'ave 
ne doutoit 
crut aflez 
du Roi. 
Quoraq 
de la Mer 
à mettre e 
faire pren 
& le long 
cenfion, | 
fort étroits 
ce comme 
ami de Jo 
plaire, à 
mitié pût 4 
ami, que 
vouloir l’af 
Il avoit à 
des logem 
noit plus d 
faifoit éles 
qu'elles av 
plus grand 
ble fort; a 
vie & pou 
Cipaux Sér 
tité de Tu 
quoi fourni 
voir à Jord 
qu'à douze 
IL Part. 


ne pe 
mfenti- 


ls s'ob- 
ttoient 
\ profit 
Au Ma: 
18 qu'ils 
nt à fai- 
teres du 
\ peine 
| Nalan 
dent fi 
ner plus 
es enga- 
pouvant 
randifes, 
le‘ Trom-X 
ate X les 


la Flotte 
étoient 
rivage, 
narchan- 
ancs aux 
pour ré- 
marchan- 
que n'é 
rneur de 
fi civile- 
voyer de 
e fur la 
e le Gou- 
ution cé- 
sXÉCUtION 
Incréale, 
irent auf- 
ifes avec 
icune fa 
ages, qui 


erçoit Cn-% 


lotte An- 
Amiral, 
du Sud , 
ignes dé- 
: [a Mer, 
anfporter 
DmInes af - 

més 


Œchât' d'avoir attiré la tempête fur fon commerce, 


INDES ORIENTALES, Lav. IV Cr, I. 28 


més de moufquets & de piques, avec ordre de ménager fi peu les Ennemis, 

ue cette avanture devine pour eux une leçon, Mais à la vüe de tant de mon- 
%, qui étoit difpofé à les recevoir, ils prirent le parti de fe retirer. Les 
Anglois, ayant marché quelque tems à leur pourfüuite , rencontrèrent près 
de Soually plufieurs Négocians de Surate, qui venoient à la Mer avec vingt 
nouvelles bales de marchandifes, 

[Le 19, Pierre Rofemary, qui étoit Portugais de Nation, & un Pilote de 
l'Incréafe défertérene & paflèrent du côté des Portugais. Le 27 Naflan re- 
vint de Surate pour voir de nouveau s'il y auroit moyen de faire quelque 
commerce avec les Anglois ; mais il s'en retourna fans avoir pu convenir 
des prix: Ce même jour] Sir Henri reçut, par un Juif, une Lettre de Peter 
Forts, Capitaine Hollandois au fervice de la Compagnie d'Angleterre, Elle 
droit dattée de Mafülipatan, où la Compagnie avoit un Comptoir; & Floris 

donnoit avis à l'Amiral qu'il étoit parti trois Vaifleaux d'Angleterre, dont 
‘un étoit deftiné pour la Mer Rouge, Cecte nouvelle lui caufa d'autant plus 
de chagrin, qu'après les différends qu'il avoit eus avec les Turcs, efpérant 
eu de faveur de la Nation pour tout ce qui paroîcroit dans cette Mer avec 
f nom Anglois , il craignoit que la Compagnie d'Angleterre ne lui repro- 

[Cependant , comme il 

ne doutoit point que le Capitaine ne relächüt dans l'Ifle de Sokotora, il le 

crut afez averti du péril, par la Lettre qu'il avoit laiflée entre les mains 
du Roi. 

vorque le commerce eût été pouflé avec aflez d'avantage fur le bord 

de la Mer,] Jordayne fut envoyé le 30, à Surate, pour engager les Indiens 

à mettre en vente une plus grande quantité de leurs étoffes, & pour leur 
faire prendre d'autres marchandifes de la Flotte, [Il avoit l'efprit infinuants 

& le long féjour qu'il avoit fait dans les Indes , depuis le naufrage de l'Af- 

cenfion, lui ayant donné l'occafion d'apprendre la langue du pays, ilfe lia 

fort étroitement avec un Marchand d'Efclaves, qui s'écoit fort enrichi par 
ce commerce. Dounton, Auteur de cette Relation, & depuis long-tems 
ami de Jordayne, regréte qu'il n'eût point employé le talent qu'il avoit de 

plaire, à fe mettre aufli-bien dans l'efprit de quelques Négocians , dont l’a- 

mitié pt être plus utile aux Anglois. Il raconte, fur le En. 4 de fon 

ami, que le Marchand d'Efclaves porta la confiance & l'affection jufqu'à 
vouloir l’affocier à fon commerce, & qu'il lui en découvrit tous les refforts. 

Il avoit à Surate une fort grande maifon, qui reffembloit par la diftribution 

des RER aux Couvents de l'Eglife Romaine, dans laquelle il entrete- 

noit plus de cent jeunes filles, qu'il achetoit en fortant du berceau, & qu'il 


faifoit élever fuivant le jugement qu'il portoit de leur beauté, à mefure 


qu'elles avançoient en âge. Les Efclaves de l’autre féxe étoient en beaucoup 
plus grand nombre, mais logés & nourris comme il convenoit à leur miféra- 
ble fort; au lieu qu'il ne manquoit rien aux filles pour les commodités de la 
vie & pour l’inftruétion. Le Marchand fournifloit non-feulement les prin- 
cipaux Sérails d'Agra & des plus grandes Villes de l’Indoftan ; mais quan- 
tité de Turcs qui venoient prendre tous les ans, dans fon féminaire , de 
quoi fournir eux-mémes les Sérails du Caire & de Conftantinople. Il fit 
voir à Jordayne des beautés de divers prix, depuis cent piéces de huit juf- 
qu'à douze & quinze mille. Mais; ce qui doit paroître aflez étrange , il en ti- 

IL. Part. . Nn | roit 


Dounro#, 
16114, 

Îla fe retirent 
en délordre, 


Lettre de Pe: 
ter F'lorls, 


Jordayne fe 
lie avec un 
Marchand 
d'Éiclaves, 


Détail de ce 
comimncrcece, 


Douwrow. 
1611, 


Hawkins eft 
tenté de paf: 
fer à Goa. 


1612. 


Les Anglois 
fe flattent en 
vain d'obtenir 
un Comptoir 
à Surate, 


Kañfilath de 
500 voiles, 


Déferteurs 
Anglois, dé- 
bauchés par 
Pierre Rofe- 
mary, 


282 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


roit des Marchands Turcs pour les divers pays de l'Inde, comme il vend, 
celles de l'Inde pour la Turquie.] Cu, 

L'Amtnaz reçut le même jour une Lettre du Capitaine Hawkins , qui 
étoit retourné à Cambaye, & qui lui marquoit qu'après avoir fait des ré. 
fléxions férieufes fur les offres des Portugais, il écoic réfolu de fe rendre à 
Goa avec toute fa famille, pour retourner de-là en Angleterre, De quelque 
fource que plc venir ce deffein, Sir Henri fe cruc obligé de lui repréfenter 
avec force , qu'une entreprife fi téméraire l'expofoit à perdre fes biens & fa 
vie, En lui faifant cette réponfe par le méme Meflager , il l'exhortoit à 
prendre l'occafon de fa Flotte, pour retourner dans fa Patrie avec plus de 
douceur & de füreté, Ce ne ft néanmoins qu'après des inftances redou- 
blées, qu'Hawkins prit cette réfolution. Il arriva le 26 de Janvier , à Soual. 
ly, avec le Capitaine Sharpey , Fraine & quelques autres Anglois qui l'a. 
voient accompagné à Cambaye ; & l'Amiral alla trois milles audevant de 
lui avec un corps de deux cens hommes , pour le garantir de l'infulce des 
Portugais, qui n'étoient pas éloignés de fon pallage avec leur armée, 

PenDanT le féjour de Jordayne à Surate, fes manières douces & inf. 
nuantes fembloient avoir difpofé, le Gouverneur à lui accorder pour fa Na: 
tion un Comptoir dans cette Ville. Il donna lui-même cette efpérance à 
l'Amiral, qui avoit déja nommé ceux qui devoient être chargés de cet éra- 
bliffement. Mais ayant envoyé le 27 Jean Williams, pour fçavoir les der. 
nières réfolutions du Gouverneur , il le vit revenir le 29 avec un refus & 
des marques d'éloignement qui ne regardoient pas moins le fond du com: 
merce que la propofition du Comptoir. [Ce changement ne put être attri.x 
bué qu’à la jaloufie & aux pratiques des rsessls Après une déclaration 
fi rigoureufe, il ne reftoit aux Anglois de Surate qu'à prendre les ordres de 
leur Amiral, fur le tems de leur retour à la Flotte, Il leur écrivit, dés le 
jour füuivant , de partir fans délai; de forte qu'ils furent rendus à bord le 31 
avec toutes leurs marchandifes. 

Le 6 de Février, les Anglois virent paffer un Kafilath , c'eft-à-dire une 
Flotte Marchande , d'environ cinq cens Frégates Portugaifes qui alloient à 
Cambaye. [Il leur étoit venu fur leurs trois Vaiffeaux eg Déferteurs 4 
de cette Nation, qui n’y avoient été reçus que par le feul mouvement de 
l'humanité; mais ils éprouvèrent à leur tour que la Religion & l'amour de 
leur Patrie ne font pas toûjours capables de retenir les Anglois; car plufieurs 
Macelots, gagnés apparemment par des carefles & des offres , abandonné 
rent leur bord pour À oem fur la Flotte Portugaife. On accufa de leur 
défertion le Portugais nommé Pierre Ro/emary, qui étant pañlé du Portugal 
en: Angleterre pour y embraffer la Religion Froteftante, avoit offert à l'A- 
miral de l'accompagner dans fon voyage. Ils avoit fervi d’Interpréte dans 
tous les lieux où l'on avoit eu befoin des Langues Portugaife & Arabe, & 
celle-ci lui étoit prefqu'auffi familière que l’autre. Enfuite étant arrivé dans 
Ja Rade de Surate, il n’avoit pu fe voir fi près d’une Flotte de fa Nation fans 
rappeller les idées & les fentimens de fa naïflance, qui l’avoient porté à re. 
joindre fes Compatriotes. Mais quoiqu'il fût parti feul, dans une occafon 

qu'il trouva {ur le rivage, pendant que les Indiens y tenoient leur marché, 
on fut furpris de voir déferter apre: lui.tous les Matelots avec lefuels il 
avoit eu quelque familiarités com. ‘'" péinrure qu'il leur avoit apoarem- 
pe 


Pteur de l'4 


(r)] 
huit jou 
Surace, 
fus d'un 
étoit un 
l'ordre d 

ayer de 

ce, L'A 
diens, 1 
d'établir 
nian de C 
tes, que 
toient réf 
Vaileaux 
jrec ue 
’Anglete 

La R 
$5 minut 
à l'Oueft, 


commune 
pieds que 
want la Bd 
Égard à | 
MOITIÉ 
Læ 10 
teurs de | 
ate Emdid 
e fa car, 
& de poi 
Surate, 
au Sud de 
ni, qui é 


(re 


vend. 


ns, qui 
des ré. 
rendre à 
quelque 
réfenter 
ns & fa 
\ortoit à 
plus de 
s redou- 
, à Soual- 
y qui l'a 
evant de 
fulce des 


c, 
y & inf. 
r fa Na 
érance à 
» cet tar 
r les der: 
refus & 
du com: 
tre attri- 4 
éclaration 
ordres de 
et, dés le 
ord le 31 


-dire une 
alloient à 
éferteurs 4 
ement de 
amour de 
r plufieurs 
bandonné- 
fa de leur 
Portugal 
rt à l'A: 
réte dans 
rabe, & 
arrivé dans 
ation fans 
orté à re 
lu occafion 
w marché, 
lefquels il 
noar cn 
L'appar 5 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Car, IL 


ment tracée de fa Nation & des avantages qu'ils y voient efpérer , leur 
avoit fait perdre l'amour & le goûc de leur propre Patrie, Dans la premiè- 


283 


re indignation que l'Amiral reflencit de leur fuite , il fue. tenté de les faire 

redemander à Dom Soto Major, en lui offrant pour échange les Portuxais 
ui étoient paflés fur la Flotte Angloife : mais il gg qu'on ne l'accu- 

te . violé, à l'égard des derniers, fa parole 

miles. 

# [Le 9 on vit arriver Nicolas Uphet, Domeftique du Capitaine Hawkins , 
à 


le droit facré des 


ui avoit été laiffé comme un sr à Cambaye, & qu'on avoit attendu depuis 
l'expulfion des Anglois hors de Surate, Le foir Dounton mit à la voile, & 
s'étant approché de la Barre, il jetta l'Ancre fur huit braffes de fond, à un 
mille de diftance de l'Amiral, qui s'étoit rendu le matin dans cet endroit,] 
(r) La Flotte Angluife avoit pañlé dans ce pays l'efpace de cent trente- 
huit jours, pendant lefquels elle avoit efluyé de la part des Gouverneurs de 
Surace, des infidélités & des délais fort pernicieux à fon commerce, Lere 
fus d'un Comptoir, après lu avoir fait efpérer fi EE cette faveur , 
étoit une autre injuftice dont elle étoit d'autant plus bleflée , qu'ayant reçu 
l'ordre de partir immédiatement, il ne lui reftoit aucun moyen de fe faire 
ayer de plufieurs fommes qui lui étoient dûes par les Marchands de la Vil- 
e, L'Amiral apprit emuite , d'où venoit cette mauvaife difpoficion des In- 
diens, Pendant qu'ils délibéroient s'ils devoient lui accorder la permiflion 
d'établir un Comptoir, Mokrib Kam avoit reçu une Lettre de Dangier, Ba- 
nian de Cambaye, qui lui déclaroit, à l'inftigation des Miffionnaires Jéfüi- 
tes, que s'il fouffroit l'écabliffement des Anglois à Surate , les Portugais é- 
toient réfolus de brûler toutes les Villes de la Côte & de fe faifir de tous les 
Vaiffeaux Indiens qui tomberoient entre leurs mains. Sur quoi Mokrib avoit 
jugé que la prudence devoit lui faire rejetter toutes fortes de liaifons avec 
l'Ang cterre. 


La Rade de Soually, où les Anglois étoient à l'ancre , eft au 20°, degré R 


55 minutes de latitude du Nord , & la variation de 16 degrés 40 minutes 
à l'Oueft. Dounton obferva que dans les marées de la pleine-lune , la hau- 


teur de l'eau, [qui eft de 24 pieds ,] furpalle de quatre pieds celle des marées 


communes; & qu'ordinairement les marées de nuit font plus hautes de trois 


pieds que celles du jour, Fr le vent qui fouffe; & que les Côtes , füi- 


want la Bouffole, font fituées à peu près Sud & Nord; c'eft-à-dire, fi l’on a 
égard à la variation, Nord quart à l'Eft & moitié Eft ; & Sud quart à l'Oueft, 
moitié Oueft.] 

Læ 10, après avoir réglé tous les comptes du commerce , avec deux Fac- 
teurs de la Ville, nommés Saddan & Narran , l'Amiral fe faifit d'une Fré- 

ate ndienne, qui faifoit voile à Gogo; & s'étant accommodé d’une partie 

e fa cargaifon , qui étoit compofée de chandelles faites d'un mélange de ris 
& de poix, il donna aux Patrons, des billets payables par fes Débiteurs de 
Surate, La l'lotte leva l'ancre, le 11, avec la marée ; & s'étant avancée 


au Sud de la Barre de Surate, près d'un Vaiffeau Indien, nommé le Hagfa- 


ni, qui étoit prêt à faire le voyage de la Mer Rouge, elle prit aufli quel- 
ques 


(r) La 106, Sedtion commence ici dans l'Original. R. d. E. 
Nn 2. 


Dountrow. 
1612, 


Caufe des 
où bael " que 
les Anxlols 
AVolunt trou: 
vé à Surate, 


Pofition de la 
ade de 
Soually. 


Les Anglois 
fe payent par 
leurs propres 
mains, 
quittent Sura- 


DounTo. 
1612. 
Leur route 
jufqu'à Dabul, 


Situation de 


Dabul, 


Politefles & 


offres du 
Gouverneur. 


284 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ues marchandifes, dont elle lui affigna le payement fur ce qui reftoit dû aux 
Angiok par les Négocians du pays. Le 14, à une heure du matin, elle 
tomba fur un grand banc, où l'eau fe trouva toûjours affez haute pour ne 
pas lui caufer beaucoup d'inquiétude; après quoi, fuivant la terre à la dif. 
tance d'environ dix licuës, & forcée par le vent de porter au Sud-Sud-Eft, 


elle fe trouva le lendemain à 19 degrés 37 minutes de latitude. [A une heu. k# 


re, elle pafla près de trois Vaiffeaux de Malabar, chargés lp Surate, qui 
étoient fur quatorze brafles d’eau, à neuf lieuës de terre; enfüuite elle en 
vit fept autres au Sud-Eft.] Depuis midi jufqu'au foir, elle ne fit que cinq 
lieuës, au Sud-Eft, avec beaucoup d'embarras pour fe dégager d’un dange- 
reux Courant. Un calme, qui dura une partie de la nuit fuivante, lui fit 
entendre fort diftinétement plufieurs coups de canon, dont le bruit venoit 
du rivage; & le matin, fans appercevoir aucun Vaiffeau, ils découvrirent 
la terre, qui préfentoit un mélange de montagnes & de vallées fort agréa: 
bles. La latitude à midi étoit de 19 degrés 4 minutes. Vers le foir, ils fe 
trouvèrent à trois lieuës du rivage fur un fond de douze braffes, qui diminua 
jufqu'à fix. Enfin, ie 16 à midi, ils virent une terre haute, divifée par 
plulieurs Bayes, qui fembloient offrir d'excellentes Rades, avec un fond ex. 
cellent de cinq ou fix braffes à quatre milles du rivage , & de. neuf ou dix 
brafles à trois lieuës en Mer; la latitude de 18 degrés une minute. Ils ne 
purent douter, fur les indications de leurs Cartes, qu’ils ne fuffent proches 
de Dabul. En effet, ils jettèrent l'ancre près de la Barre, à l'entrée de la 
nuit, fur un fond de fept braffes. 

L’AMIRAL, qui s’étoit propofé de fe défaire dans ce Port de quelques 
marchandifes Angloifes, s’avança le lendemain dans fa Frégate, pour fonder 
la profondeur de la Barre. Il trouva cinq braffes à la pointe du Sud ; mais 
un peu plus loin Nord, vers le milieu de la Barre, il ne trouva que deux 
brafles. La latitude de cette pointe du Sud eft de 17 degrés 34 minutes; & 
là variation, 15 degrés 34 minutes. 

LE même jour, après-midi, on vit arriver , de la part du Gouverneur, 
deux Barques, dont l’une ramenoit le Meffager que les Anglois lui avoient 
envoyé pour l’informer de leur arrivée (5), & l'autre apportoit à l’Amiral 
un préfent de trois veaux, &@ d’un mouton, avec quelques fruits & des me- 


lons d’eau. [Le Vaiffeau de Dabul que les Anglois avoient trouvé à Moc- 


ka, étant revenu dans le pays,] le Capitaine faifoit témoigner à l'Amiral 
la fatisfaétion qu’il avoit de fon arrivée; & joignant, à la manière des In- 
diens, beaucoup de complimens aux promeiles d'amitié, il ajoûtoit ; que pour 
les marchandifes Angloifes, les Négocians de Dabul donneroient ou de l'ar- 
gent comptant, ou de l'indigo, des étoffes &. du poivre. C’étoit plus qu'ils 
n'avoient deffein d’éxécuter & que les Anglois ne s’étoient promis; car tout 
lindigo , les étoffes & le poivre du pays s’embarquent ordinairement fur 
leurs propres Vaifleaux pour être tranfportés dans la. Mer Rouge. Cepen- 
dant, fur de fi belles offres, l’Amiral ne balança point à faire defcendre fes 
Facteurs, avec un préfent pour le Gouverneur & des effais de leurs mar- 
chandifes. Ils furent traités civilement , mais à peine. vendirent-ils quel: 
ques 
(s) Angl. amenoit ceux qui étoient en- qu’elle avoit. à faire dans ces quartiers. R. 
Yoyes pour reconnoître la Flotte & fçavoir ce: d' E.. 


baie: 
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leurs mar: 
t-ils quel: 

ques 


quautiers. R 


vé à Moc- 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar. I. 285 


ques piéces de drap & d'étamine. Le Gouverneur, après avoir acheté 
une certaine quantité de plomb, ne fit pas difficulté de le renvoyer à bord, 
& de rompre fon traité, fuivant l'ufage de Surate, dont les Anglois avoient 
déja fait une trifte expérience. A l'égard du bled , de l'eau & des autres 
provifions , ils obtinrent facilement tout ce qui leur étoit nécefläire. Ils 


‘changèrent une de leurs ancres contre un gros cable Indien, de dix-huit pou- 


ces d'épaifleur, & long de 96 braffes, qui fut eftimé douze livres fterling. 
Dounton déclare qu'il ne put juger fi toutes ces facilités venoient'de l’incli- 
nation du Gouverneur à favorifer les Etrangers, ou de la crainte que lui pou- 
voit infpirer le récit de tout ce qui s'étoit paflé à Mocka. 

Ourre plufieurs Bâtimens Malabares, qui étoient à l'ancre dans la Rade, 
les Anglois virent arriver, le 26 après-midi, ur grand Vaiffeau Portugais 
accompagné d'une Frégate. L’Amiral envoya, deux heures avant la nuit, 
le Darling pour le reconnoître ; & craignant enfüite qu’il ne trouvât le moyen 
de s'échapper dans les ténèvres, il fit avancer aufi le Pepper-Corn & fa Fré- 
gate, avec ordre de s’en faifir. On s’apperçut bientôt que cette précaution 
avoit été néceflaire ; car à l'entrée de la nuit, les deux Bâtimens levèrent 
l'ancre & commencèrent à s'éloigner. Mais un coup de canon les força de 
baiffer leurs voiles. Ils fe hâtèrent d'envoyer un canot avec trois hommes, 
pour faire les excufes de leur Capitaine, à qui fon âge & fes infirmités, di- 
rent-ils , n’avoient pas permis de venir lui-même à bord. Ils ajoûtèrent que 
leur grande Chaloupe étoit fi chargée, qu'ils n’avoient pû la détacher du 
Vaifféau pour la mettre en mer. La-deflus, Dounton fe trouva obligé de fai- 
re avancer fa Pinafle, avec quelques-uns des principaux Marchands & plu- 
fieurs Soldats, mais contre fon inclination, parce qu'il prévoyoit combien 
il feroit difficile d'empêcher le pillage. Il défendit fort rigoureufement au 
Patron de laiffer monter aucun Soldat dansle Vaifleau Portugais, s’il n’y étoit 
forcé par les circonftances ; fon deffein n'étant que de s'en affürer, & d’at- 
tendre l’Amiral à qui il vouloit laiffer l'honneur d'y entrer le premier. D'un 
autre côté, la Frégate Angloife, qui, après avoir tué un Portugais du coup 
de canon qu’elle avoit tiré, avoit pourfuivi leur Frégate, la ramena comme 
en triomphe, & vint prendre les ordres de Dounton. Il fit pañfer fur fon 
bord une partie de l’Equipage, & donna ordre au refte d’entrer dans la Ra- 
de. Mais s’appercevant qu'ils prenoient un détour, & craignant que s'ils 
gagnoient le vent, il ne lui fut impoñlible de les rejoindre avec toutes fes 
voiles, non-feulement il les fit arrêter, mais s'étant fait apporter leurs voi- 
les, il les força de jetter l'ancre près de lui. Enfüite il prit dans fa chambre 
leur Patron pour fe faire expliquer en quoi leur cargaifon confiftoit. 


PENDANT ce tems-là, le Patron de la Pinaffe, feignant de douter fi les Por-. 


tugais du Vaiffeau étoientc difpofés à la foûmiflion, monta fur leur-bord avec 
quelques Soldats, qui ne balancèrent point à piller tout ce qui excita leur 
avarice. Dounton, qui n'en étoit pas afféz éloigné pour ne pas s’appercevoir 
du défordre, les fit rappeller plufieurs fois fans leur trouver beaucoup d'obéif. 
fance pour fes’ordres. Enfin, les voyant revenir , il chargea quatre de fes prin- 
cipaux Officiers de fe tenir prêts à la lanterne , pour les fouiller l’un après 
l'autre à leur retour. Tout le butin qu’ils apportoient fut jetté fucceffivement 
dans la Chaloupe, & Dounton le renvoya fur le champ aux Portugais, en 


leur faifant dire que s’il leur manquoit quelque chofe de plus, on leur--accor- 


n 3 | deroit 


Dovnrow, 
1612. 
Le Commer 
ce fe réduit 
prefqu'à rien. 


Les Anglois 
fe faififlent de 
deuxBâtimens 
Portugais, 


Dounton ne 
peut cmpê- 
herlenillare 
cherle pillage, 


lreftitue 
aux Portuzais 
ce qu’on leur 
avoit pris, 


DounxTon. 
1612. 


Le défordre 


augmente & 


l'Amiral y re- 


médie, 


Il prend lui- 


même une 
partie des 


marchandifes 


Portugaifes. 


Délibération 
des Anglois. 


2386 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


deroit toutes fortes de fatisfaétion, aux dépens de ceux qui étoient montés 
fur leur bord, fans aucun ordre. Mais tandis qu'il en ufoit fi généreufemence , 
la Frégate Angloife, qui n'avoit alors pour Commandant qu'un certain Ter. 
rie, valet de Thornton, fe rapprocha de la Frégate Portugaife ; & les Mate. 
lots Anglois montant à bord briférent les armoires, forcèrent les coffres, & 


‘prirent tout ce qu’ils jugèrent à propos. Dounton, fortirrité de ce brigandage, 
preffa Pemberton, Capitaine du Darling, d'en informer promptement l’Ami. : 


ral. 

IL paroifloit affez difficile d'arrêter un penchant fi général au pillage. Ce. 

endant l'Amiral, fans perdre un moment, envoya des ordres févères à tous 
es Anglois, de rentrer chacun fur fon bord. Énfüite s'étant mis dans fa 
Chaloupe avec les principaux Marchands du Navire Portugais, il fit la vi. 
fite de tous les Vaifleaux de fa Flotte, avec une ardeur extrême à fouiller 
dans les coins les plus détournés. Après avoir donné cette fatisfaétion aux Of. 
ciers Portugais, il fit mettre à leur yeux, dans fa Frégate , tout ce qui leur avoit 
été enlevé, & le fit tranfporter avec eux fur leur Bâtiment. Ils venoient de Co- 
chin, pour fe rendre à Chaul. Leur Navire, qui étoit d'environ trois cens ton- 
neaux , fe nommoit le Saint-Nicolas. Sa cargaifon confiftoit principalement en 
noix féches de cocos, noix de Racka, fucre noir , étain, écoffes & porcelair._s de 
la Chine, cayro, facs d’alun, & divers cordages. En vain les Anglois preflèrent 
le Capitaine de leur communiquer le Mémoire de toutes fes marchandifes. 
Ils ne purent ni l'obtenir , ni le trouver par toutes leurs recherches. Mais après lui 
avoir fait reftituer ce qui lui avoit été pris fans ordre, l’Amiral fe crut en 
droit de prendre lui-même de quoi fe dédommager d’une partie des pertes que 
les Portugais lui avoient caufées à Surate. Il fit tranfporter, du Saint-Nicolas 
fur l'Incréafe , quelques bales de foie crue de la Chine, plufieurs caiffes de 
girofle & de canelle, avec une certaine quantité de belle cire; foible répa- 
ration, dit l’Auteur, pour tous les outrages, & les torts que la Flotte Angloife 
avoit reçus des Portugais. 

LA Frégate appartenoit aux Portugais de Chaul, & faifoit voile pour Or- 
muz. Sa charge étoit d'environ 60 tonneaux, & fes marchandifes confiftoient 
en ris & en tamarins. L’Amiral prit quelques facs de ris pour fa provifion. 
H confentit à laïfler pañler fur les deux bords Portugais, les Déferteurs de 
cette Nation, qu'il avoit reçus à Surate, & qui lui demandèrent volontaire- 
ment cette faveur. Enfuite ayant fait quelques préfens aux deux Capitaines, 


[& aux Marchands à qui appartenoit la foie qu'il avoit fait tranfporter à fon L+ 


bord] il leur accorda la permiflion de continuer leur courfe. 


CET incident avoit interrompu le commerce des Anglois avec Dabul [ juf- é 


qu’au 1 de sa ; ce qui n'empêcha point le Gouverneur de les faire avertir 
que le grand Kafilath , qui avoit pañlé le 6 de Février aux environs de Surate pour 
e rendre à Cambaye, devoit repañfer le lendemain ou la nuit fuivante, en re- 
tournant à Goa. Les Anglois n'en découvrirent aucune trace. Mais l’Amiral 
affembla fon confeil, pour délibérer fur plufieurs partis qu’il avoit à choifir. 
Il propofa d’abord de faire voile à Goa, pour demander des réparations aux 
Portugais; dans le deffein de fe faire un droit de leur refus pour éxercer 
des repréfalles fur tous les Vaifeaux de cette Nation qui tomberoient en- 
tres fes mains. Cette propofition parut fort raifonnable à l'Aflemblée; mais 


comme c’étoit s’expofer à des délais, & à des fubterfuges ; en un mot, à quan- 
tité 


éprou: 
voit s’ 
l’embo 
être at 
20 del 
Pembe 
voit e 
tp contin 
toit éla 
montag 
fcha ; 
ça de. 
na, pd 
L’'abo 
Kment d 
un ve 
Nord d 
jé-quart : 
dix-fe D 
ba Ku 
dafu , 
devint 
fept br 
connut 


prefler 


C 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 287 
ité de nouveaux artifices, dont le feul effet certain feroit de faire perdre Dounron. 


jontés un tems qui pouvoit être mieux employé, on conclut qu'il valoit mieux re- 1612, 

nent, tourner vers la Mer Rouge, non-feulement pour tencer de fe remettre en , 
Ter. .poffeffion de tout ce qu on avoit perdu, mais par trois autres raifons , dont 

Mate. a plus foihle n'étoit pas fans force: 1°. Pour fe were fur les Sujets 

es, & du Grand - Mogol, des pertes qu’on avoit efluyées dans les. Rades de Soual- 


idage, ly & de Surate. 2°. Pour tirer quelque vengeance de la trahifon des Turcs 
l'Ami- É An & à Mocka. 3°. Pour ui: ou fauver du péril le Vaifleau An- 


Ce- 


Motifs qui 


nent à retour- 


. . . le 4 » e 
lois qui devoit arriver dans cette Mer, comme on l'avoit appris de Mafu- !°° déterm 
af 


h patan, par la Lettre du Capitaine Floris. [Malgré les excu es & les dégui- ner dans la 
à tous femens de l’Auteur, il faudroit ici s’aveugler pour donner à l'entreprife des Mer Rouge. 
ans fa Anglois un autre nom que celui de pyraterie. (C'eft une remarque que j'ai 

la vi- faite à l'occafion du même voyage, dans la Relation précédente. ] 

ouiller () Le 5 Février, à fix heures du matin, la Flotte mit à la voile , en füi- 

x Of- vant la Côte a1 Nord-Nord-Oueft. L’'Amiral, qui vouloit garder au fond quel- 
Favon ques mefures avec les Portugais, étoit bien aife de voirle Vaifleau de Co- 

de Co- chin en fûreté, & de lui fervir comme d’efcorte jufqu’à Chaul contre les 
ns ton: Malabares, alors ennemis de la Nation Portugaife. Il mouilla l'ancre, le foir, 
ent en à une lieuë de la terre, à fix de Dabul , & neuf de Chaul. 
is de LE lendemain, ayant remis à la voile avec un vent favorable, la Flotte 
ffèrent éprouva de jour en jour qu’elle étoit pouflée plus loin au midi qu’elle ne de- 
andifes, voit s’y attendre füuivant la direétion de fa courfe, fur-tout après avoir paflé 
près lui l'embouchure du Golphe Perfique. Dounton croit que cette erreur ne peut 
Por en être attribuée qu'aux ren DU Hu ne foient pas toûjonrs fenfibles, Le 
Les que 20 de Mars, étant à la vûe de l'Ile de Sokotora, l'Amiral envoya devant lui  L'Amiral en. 
DHcolss Pemberton , dans le Darling, pour s'informer , fi le Vaifleau Anglois qui de- voye le Dar- 
iMes de voit entrer dans la Mer Rouge, avoit déja paru fur cette Côte. Pour lui, lé à Soko 
€ répa- tp continuant fa courfe, [il découvrit l'extrémité occidentale de Sokotora , qui é- 
ingloife toit éloignée de 8 lieuës, & qui portoit Oueft- Sud - Ouett ; Il y vit quatre 
montagnes de fable.] 11 fe trouva, le 25 au matin , devant la pointe de Deli- 
UE Or- fcha; & le jour fuivant, un calme, dont il fut tout-d un-Coup furpris, le for- 
iftoient ça de.mouiller l’ancre fur vingt braffes de fouu , à un mille du roc de Saboy- 
ovifion. na, pour fe garantir du Courant, qui l'auroit pouffé au Nord für ce roc. 
eurs de L'abondance de poiffons, dont la Flotte fe vit environnée, fervit à l'amufe- 
ontairé- tfrment des Anglois. [Entre neuf & dix heures, ils remirent à la voile, avec 
arr ti un vent de Sud, &] le 27, ils paflèrent les rocs, qui font à trois mille au 
r à fonsg Nord d’Abba Kuria, &, fuivant le calcul de Dounton, à vingt lieuës Oueft 
Le jé quart au Sud de la pointe Occidentale de Sokotora. [ils y trouvèrent feize, 

ul Cjuf-xé dix-fept, & dix-huit braffes d'eau ;& le jour écant venu ils virent l'Ifle d'Ab- 
F'AVYEUE ba Kuria.] Le matin du 28 , ils fe trouvèrent à fept licuës du Cap de Guar- 
ate pour dafu, & à neuf du mort Felix. Vers trois heures après-midi, le vent, qui 

A st devint contraire, leur fit prendre le parti de jetter l'ancre fur un fond de 

l'Amiral fept braffes, mais fort rude à un mille & demi du mont Felix. L'amiral re- 

choifir. connut toute cette Côte avec fa Frégate. Trois Habitans, qui nefe firent pas 
ons aux preffer pour venir à bord, fe chargèrent d’une Lettre pour le Darling s’il 

Éxercer | s'approchoit 
jent €en- 
€ ; ad (t) La zre. Section commence ici dans l’Original. R. d, E. 
à quan” L ; 


ute 


DounTon. 
1612. 


I relâche fur 
luCôte de l'A- 


rabic heurcu- 


L) 
LA 


Le Daïrlinz 


apportedes in- 


formations à 
l’Amiral, 


Dounton de- 


meurc feul à 
croifer près 
d'Aden. 


Il arrête un 
Vaifleau de 
Calecut, 


28 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


s’approchoit de la même Côte. Ils apprirent à l’Amiral que trois jours & 
vant fon arrivée, ils avoient vû pañler quatre Vaifleaux Indiens vers la Mer 


Rouge, 
L'Espérance de voir paroître le Darling retint l'Amiral à l'ancre juf- 


u’au 29, & ce délai lui procura des rafraïîchiffemens, qui lui furent apportés 
l 


e toutes les parties du Canton. Îl acheta même, à jufte prix de l'ollibanum 
& diverfes fortes de gommes Arabiques. Les Habitans le prirent pour un 
Mahométan, & lui répétèrent plufieurs fois, qu'ils ne l'auroient pas fi bien 


traité s'ils l’avoient cru franghis; c'eft le nom qu'ils donnent aux Chrétiens, 


Enfin ne comptant plus de voir arriver le Darling, on tourna les voiles vers 
Aden. Le 30, on découvrit la Côte de l'Arabie Heureufe, qu'on ne perdit 
plus de vûe que la nuit, jufqu'au 1 d'Avril, que fe trouvant à dix-huit lieuës 
d'Aden, on tint Confeil fur la féparation de la Flotte, Il fut réfolu que le 
Pepper-Corn demeureroit à croifer devant le Port d'Aden, pour empêcher 
les Bâtimens Indiens d'y entrer, & leur faire prendre le parti de s’avancer 
vers la Mer Rouge, où l’Amiral feroit prêt à les recevoir avec le Trade-In- 
créafe, fa Frégate & les Pinafles. 

Le jour fuivant, à huit heures du matin, lorfqu'ils étoient prêts de fe fé- 
parer, ils trouvèrent le Darling à l'ancre, au defhs d'Aden, à la diftance 
d'environ fept lieuës, Leur retardement fur la Côte d'Arabie lui avoit don- 
né le tems de les devancer de deux jours. Pemberton, qui le commandoit, 
avoit reçu du Roi de Sokotora une lettre que le Capitaine Saris avoit laiffée 
au Prince , en paffant dans fon Ifle avec trois Vaifleaux, le Cloue , l’He&tor & 
le Thomas. ne Va y eût trouvé la Relation dés difgraces que fes Compa- 
triotes avoient efluyées dans la Mer Rouge, il s’étoit obftiné à fuivre la mé- 
me route avec fes trois Bâtimens, par la feule raifon qu’étant muni d’un Paf- 
feport du Grand-Seigneur, ilfe flattoit d’être reçu plus favorablement. L’A- 
miral partit immédiatement avec le Trade-Incréafe, le Darling & la Fréga- 
te, laiffant Dounton à l’ancre pour éxécuter fes ordres. 

LE 3 au matin, Dounton mit à la voile & s’avança au Sud pour donner 


plus d’étendue à fes obfervations. Il découvrit bientôt trois Navires [qui al-K 


loient à Aden;] mais le vent, qu’il avoit contraire, ne lui permit pas deles 
joindre; & le tems n'ayant pas changé vers le foir, il lui fut impoñlible de 
jetter l'ancre pendant toute la nuit. Le 4, il s'approcha jufqu’a trois milles 


d'Aden; & trouvant un fond commode, il y mouilla fur douze braffes. [ Huitk 


jours qu’il paffa dans cette fituation, lui étotent devenus fort ennuyeux, lorf- 
que] le 12 au matin, il apperçut un gros Bâtiment , qui n’épargna rien pour 
éviter fa rencontre. L’effort des Anglois pour lui couper le paflage ne l’auroit 
point empêché de gagner le Port, s’ils n'euffent pris le parti de lui lâcher 
quelques boulets , qui lui firent baïfler aufli-tôt fes voiles. Il envoya fa Cha- 
loupe, avec quelques Indiens, de qui Dounton apprit qu'ils appartenoïent au 
Samorin de Calecut; & qu'étant partis de cette Ville pour Aden, ils avoient 
émployé quarante jours dans leur voyage. Ils avoient paflé à Sokotora, & 
s'étant enfuite arrêtés fur la Côte du mont Felix, ils avoient vû la Lettre 


que l’Amiral y avoit laiflée pour le Darling; [@& un Vaïfleau de Dabul, quixé 


venoit d'Achen.] Leur Capitaine, ou leur Nackada, fe nommoit Zbrabim Ab- 
ba Sinda. Leur cargaifon qui étoit de deux cens conneaux, confiftoit, fuivant 


leur déclaration, en trois tonneaux de tamarius, deux mille trois cens quin- 
taux 


XF peine d 
Kloccaf 


a der 
fenfe 
que 
lait 
encor 
ment 
avec 
mais 
de les 
liffer 
oit à 
Vaifte 
vice ai 
avoien 
Angloi 
Capica 
dente 
nage, 
leur ra 
de leuï 
de fi j 
tion ét 
Ville 
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gée de 


tres V 


(v) 
IL, 1 


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Mer 


 juf- 
OTrtÉs 
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tiens. 
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> fe fé- 
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Ja mê- 
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l'réga- 


LR 
ui al- 
Lau les 
hible de 
milles 
. [Huit 
, lorf- 
n pour 
l’auroit 
lâcher 
fa Cha- 
oient au 
avoient 
Dra; 
Lettre 
ul, quiké 
him Ab- 
fuivant 
ns quin- 
taux 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. I. 289 


‘eaux de ris, quarante bahars de Jagazza ou de fücre brun, fept bahars de Dounrow. 
cardamome, quatre quintaux & demi de gingembre fec, un tonneau & de- 1612. 
mi de poivre, & trente & une bales de coton. L'Equipige étoit compofé 
de foixante-treize perfonnes pour les ufages fuivans: vingt pour le fervice 
des pompes & la manœuvre intérieure, huit pour le gouvernail , quatre pour 
les mâts & vingt pour les alimens & la cuifine, Le refte étoit des PafTagers, 
Pélerins ou Marchands. 
Comxe ils étoient d'une Ville qui n’avoit jamais caufé de tort aux An- Sa conduite 
lois, Dounton n'eut aucune envie de les chagriner, & borna fes demandes : rio 
à deux barils d’eau qu'ils lui accordèrent volontiers. Cependant, fur la dé- 
fenfe qu'il leur fit d'entrer dans le Port d'Aden, ils parurent fi mécontens, 
que pour fe faire obéir, il les menaça de les couler à fond, & de ne leur 
laiffer que leur Chaloupe pour fauver leur vie. I.eurs objeétions continuant 
encore, il ajoûta que s'ils ne partoient avant qu'il parût quelqu'autre Bäti- 
ment, il feroit forcé de les abyfmer , pour empécher leurs correfpondances 
avec les Turcs fes ennemis. Ils fe déterminèrent enfin à mettre à la voile, 
mais en portant vers la Côte; de force que les Anglois prirent la réfolution 
de les fuivre nuit & jour, de peur qu'ils ne profitaifent des ténébres pour fe 
liffer dans le Port. Dounton fait obferver qu'à chaque Vaifleau qui paroif- 
fit à la vûe d’'Aden, les Turcs fe hâtoient de donner avis qu'il y avoit un 
Vaiffeau de l'Europe fur leur Côte. Ils avoient voulu rendre le même fer- 
vice au Navire de Calecut; mais quelques Arabes & deux Soldats Turcs qu'ils 
avoient envoyés dans une Barque, tombèrent comme lui entre les mains des 
Anglois. Leur frayeur fut égale à leur furprife lorfque paroiffant devant le Traitement 


Capitaine, ils le réconnurent pour celui qu'ils avoienc traité l’année précé- ARS . 
dente avec tant de mauvaife foi & de barbarie. Ils fe feroient jettés à la Turcs. 


nage, s'ils avoient été moins éloignés de la terre, fur-tout lorfque Dounton 
Jeur rappella leur ancienne conduite, avec des reproches de leur injuftice & 
de leur cruauté. Cependant, après les avoir effrayés, il leur dit que malgré 
de fi juftes fujets de reffentiment, 1l vouloit leur faire connoître que fa Na- 
tion étoit plus capable d'humanité que les Turcs, & les renvoyer dans leur 
Ville fans leur nuire. Ils parcirent fort fatisfaits,en promettant d'apporter 
des vivres & des rafraîchifflemens. Eneffet, ils envoyèrent une Barque char- 
gée de poiffon, qui devoit être füuivie le lendemain de beaucoup d’autres pro- 
vifions. Mais le Pepper-Corn étant alors à la fuite du Bâtiment de Caiecut, 
ils n'ôfèrent fe hazarder fi loin pour le joindre. . 
Le 14 au matin, Dounton découvrit un autre Vaiffeau de la même gran- Divers Ba: 
deur, qui s'avançoit aufñfi vers Aden. L'ayant forcé de mettre à l'ancre, il PTS an 
s’en fit amener quelques Indiens, tandis qu’il faifoit faire la vifite de leurs Eo. ‘ 
marchandifes. Il apprit d’eux qu'ils étoient de Pormean, Ville peu éloignée 
de Kuts-Nagone (v) & Tributaire du Grand-Mogoi, qui avoit maltraité la 
Nation Angloife, Le Capitaine étoit Banian. Dounton, fans prendre la 
x pcine d’éxaminer plus long-tems leur Commifion, [ dans la crainte que d’au- 

tres Vaiffeaux qui pourroient arriver fur ces entretaites, ne profitaflent de 
Kloccafon pour s'échaper,] fit enlever quelques bales [des Marchandifes dont 
il 


Cv) C'eft un lieu dans la prefqu'Ifle de Guzarate, & peu éloigné dé fa pointe Occidentale, 
IL, Part. Oo 


Dourron, 
1612. 


Fierté de 
Dounton à 
l'égard des 
Turcs, 


|. me il affeéte 
dît à la valeur des Danse à [Le 27 il vit une Jelbe, entre le riva-x# 
a 


Il abandone 
ne Aden pour 
fe rendre aux 


Détroits, 


Diverfes pri- 
fes qu’il y fait, . 


299 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


il avoit befoin, & quant à celles] de coton & de calicos, Eau faifoient Jak 
endemain à les kf» 


leur accorda la liberté de porter le refle aux Turcs. ] Cettek 


plus précieufe partie de leur cargaifon,] [il différa jufqu'au 
éxaminer ,] [ 
violence n'empêcha point que le même jour Maharim, Aga d'Aden, ne lui 
envoyât, par quatre Arabes, un préfent d'œufs, de poules & de fruits. Mais 
il ne daigna pas même le regarder. Après avoir laïflé pendant quelques mo. 
mens les Meflagers fans leur répondre, il leur déclara que c'étoit le reffen- 
timent des outrages que fa Nation avoit reçus des Turcs qui l'avoit ramené 
dans cette Mer, pour en tirer vengeance par tous les chagrins qu'il trouve- 
roit l'occafion de leur caufer; qu'étant fi éloigné de vouloir mériter leurs fa. 
veurs, il méprifoit aufli leurs artificieufes politefles; enfin qu'ayant égorgé 
les Anglois lorfqu'ils étoient venus chez eux avec la qualité d'amis , ils n’en 
devoient point attendre ‘'es témoignages d’affeétion, lorfqu'ils venoient avec 
le deffein de fe venger. À l’égard du préfent, il confentit que fes gens le 
riflent pour leur ufage, mais en payant la valeur; afin qu'ils ne s’engageaf- 
ent à rien par une autre acceptation. Il en ufa de même pour des rafraîchif- 
femens de poiffons qui lui furent envoyés; c'elt-à-dire , que faifant payer 
tout ce que les Turcs lui apportoient , il les retenoit encore pour manger avec 
fes gens une partie de ce qu’ils avoient apporté. | 

Le 26, il apperçut au Sud d’Aden un Bâtiment qui faifoit voile vers l’Eft. 
La Pinaffe qu’il envoya aufi-tôt à fa pourfuite , le lui amena dans l’après-midi. 


C'étoit une Jelbe de Xaer ou Schaer, [ dans laquelle il y avoit plufieurs Péle.# 


rins de la Mecque, & qui étoit ] chargée de grains, d'opium & d'autres 
commodités. (I en tira ce qui convenoit à fes befoins; @ s'il le paya ,com- 
e le répéter , il y a peu d'apparence que le payement répon- 


ge & lui. La Pinaffe lui donna Ja chafle, mais il la laiffa continuer fa rou- 
te, lorfqu’on lareconnut pour une de celles qui avoient déja pafñté dans le mé- 
me endroit quelques jours auparavant. Le 28 au matin, il mità la voile & 
croifa devant Aden, parun vent d’Eft. ] Le 29, il vit tomber entre fes mains 
deux grandes Rarques qui venoient d’une Ville des Abyflins , nommée Ban- 
dar Zeada. Leur cargaifon , en marchandifes, n’étoit Compofée que de nat- 
tes; mais elles portoient aufli foixante-huit moutons à grofle queuë, qu'il 
acheta, [ fans confüulter apparemment ceux à qui il en fit agréer f prix. 

IL ne paroît pas que dans ces petites expéditions, le Pepper-Corn eut ré- 
pondu fort avantageufement aux efpérances de l’Amiral. ] Mais le vent de- 
vint fi favorable pour gagner les Détroits, que Dounton ne pouvant réfif- 
ter à l’occafion, tourna fes voiles vers Bal-al-Mandel. Après avoir décou- 
vert à dix heures du matin la Côte d’Ab;finie , qui fe préfente dans l’é- 
loignement avec l'apparence d'une Ifle, il porta au Nord-Oueft vers les Dé- 
troits, dont il fe jugea éloigné d'environ dix lieuës; &, vers quatre heures 
après-midi, il commença A iSGterhene à les appercevoir. Ayant jetté l’an- 
cre à l’entrée pour y pañler la nuit, il vit arriver, le jour fuivant, un petit 
Vaiffeau dont fa Pinafle fe faifit fans réfiftance. Le Nackada qui lui fut ame- 
né, fe déclara Sujet du Grand-Mogol, & parti d'une Ville nommée Larri, 
ou Lourri Bandur, à l'embouchure ce la rivière de Sinde. Il en tira plufieurs 
bales d’étoffes précieufes , de l’huile & du beurre pour l’ufage de fon propre 
Vaifleau , après quoi il lui laiffa la liberté de continuer fa courfe vers Mocka. 


Mais 


Æ 


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pend 
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s l'E. 
s-midi. 
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L, COmM- 
répon- 
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fa rou- 
le mê- 
oile & 
Ls mains 
se Ban- 


D lufieurs 

n propre 

s Mocka. 
Mais: 


ions d'huile & de beurre. 


‘de Bandar Kaffum; qu'il alloit à Mocka avec des nattes ; que rangeant la 
Côte 


INDES ORIENTALES, Lw. IV. Cm. L apr 


Mais à peine avoit-il fait tranfporter des marchandifes qui lui coûtoient fi 
peu, qu'il vit paroître, à l'E du Détroit, un Navire de deux cens ton- 
neaux, immédiatement fuivi d’un autre Bâtiment beaucoup plus gros, dont 
le grand mât avoit quarante-trois (x) uerges de longueur. Ces deux Vaif- 
feaux n'ayant été découverts que de fort près, parce qu'ils étoient cachés par 
la fituation de la terre, le premier, qui avoit pour lui le vent & la marée, 
pafla fi légèrement, que Dounton n'ayant pû le couper, fut réduit à lui 
donner la Chaffe par derrière. En le fuivant d’affez près, Dountonlerecon- 
nut pour le Vaifleau de Mahammed de Dabul, l'ami des Anglois. C'était 
perdre l'efpérance d'en faire fa proye. Cependant il fe refouvint de la fierté 
de ce Nackada, qui avoit refufé de vifiter l'Amiral Anglois fur fon bord, 
pendant le féjour qu'il avoit fait à Mocka & à Dabul, & cette penfée lui 
auroit fait fouhaiter de pouvoir éxercer fur lui quelque autorité. Mais, le 
Navire ayant trop d'avance, il fe contenta de lui envoyer une volée de ca- 
non, dans la crainte de manquer aufli celui qui le fuivoit. En effet, celui- 
ci, qui avoit vû les Anglois attachés à la pourfuite du premier, jetta l'an- 
cre aufli-tôt, avec l'efpérance de pouvoir s'échapper à la faveur des téné- 
bres. La nuit n’étoit pas éloignée ; mais c’étoit dans la même idée que Doun- 
ton avoit abandonné fon autre chaffe; de: forte que s'étant bientôt rappro- 
ché, il n'eut point de peine à fe faifir d’une proye qu’on ne penfoit point à 
lui difputer. S'il y a quelque chofe d'étonnant dans cette mittode de pri- 
fes, c'eft la facilité avec laquelle on voit abandonner aux Indiens leurs Vaif- 
feaux & leurs marchandifes. (Ce dernier Bâtiment que les Anglois avoient 
ris pour un Navire de Diu, étoit de Xuts-Nagone, chargé de] coton, de ca- 
icos, de beurre & d'huile. Dounton, qui vouloit fe donne le tems de le 
vifiter , fit pafler fur fon bord les principales perfonnes de drag e; & 
le conduifant fur la Côte d'Arabie, dans un lieu parfemé de bafles , il atten- 
dit le matin pour ne laifler rien échapper à fes obfervations. Les richefles 
u'il en tira, furent la plus grande partie des étoffes, avec quelques provi- 
FOcpendan comme il étoit naturel qu'il rendît en 
échange quelques marchandifes Angloifes, ne fut-ce que pour faire place fur 
fon bord à tant de richeffes dont il s’étoit déja faifi, il fut furpris de voir re- 
jetter fes offres aux Indiens, fous prétexte qu'ils n’avoient aucun ufage à 
faire des marchandifes qu'il vouloit leur faire accepter. Ce qui n'étoit ap- 
paremment dans ces Infdelles qu’un effet de leur dépit ou de leur haine, 
ne laiffa pas de tourner à leur avantage, par le fcrupule que Dounton fe fit 
de prendre leur bien fans aucune forte de compenfation.] Il leur rendit quel- 
ques bales, avec une partie de leur beurre & de leur huile ; après quoi re- 
mettant fur leur bord les Pélerins & les Paflagers qu’il en avoit fait fortir, 
il leur donna une Lettre pour l'Amiral, dans la perfuafion qu'ils ne man- 
queroient pas de le rencontrer. Mais avant leur départ les Anglois apper- 
çurent une Jelbe, 7 venoit vers eux de Bal-alMandel , & que leur feule 
chaloupe arrêta. Le Patron apprit au Capitaine qu’il appartenoit à Bandar 
Zeada, Ville de la Côte d’Abyflinie, éloignée d’une demie journée à l’Oueft 


(x) Mefure Angloig, qui revient à l’aune de France. R. d. T. 
Oo 2 


Dounrox. 
1612. 


Il manque 
un grand Vuil 
fcau. 


Il en prend 
un beaucoup 
plus grand. 


Scrupule de 


Dounton. 


DounTon. 
1612. 
Dounton ap- 
prend des 
nouvelles de 


l'Amiral, 


Il enreçoit 
direétement 
par un dépu- 
té, &lcre- 
joint à AfTab. 


Propofitions 
du Gouver- 
neur de Moc- 
ka, 


Adreîe des 
Turcs pour fe 
difpenfer du 
payement, 


29? VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Côte au pañage du Détroit il avoit appris d'un homme du Canton que l'A. 
miral Anglois s'écoit retiré dans la Baye d'Affab avec huit ou neuf Vaiffeaux 
Indiens, & lui avoit laiflé une Lettre pour le Capitaine Dounton ; mais qu'il 
ne vouloit la remettre à perfonne, parce qu'efpérant que Dounton retour. 
neroit au Détroit, il comptoit d'en recevoir une récompenfe, Surcet avis, 
le Capitaine mic à la voile le méme jour ; mais le vent, qui Changea tout. 
d'un-coup, l'obligea de remettre à l'ancre (y). Comme il fe difpofoit à par- 
tir le jour fuivant, il vit arriver, dans une Pinafle, Galles Thornton, Lieu. 
tenant de l'Incréafe, qui venoit le féliciter de la part de l'Amiral fur fon 
heureufe arrivée, & l'informer que la flotte étoit etFeétivement dans la Baye 
d'Aflab avec celle de Saris & quantité de Vaïfléaux Indiens. dont les deux 
Flottes Angloifes s'étoient faifis. Il lui nomma le Rehemi, de cinq cens ton. 
neaux ; le Haffani, de fix cens; le Mabmudi de Surate, de cent cinquante ; 
le Sallamita , de quatre cens cinquante ; le Audri, de deux cens; l’Agum 
Khani, de deux cens; tous Bätimens de Diu; outre trois Vaiffeaux Malaba. 
res, de deux à trois cens; le Xadri, de Dabul, de quatre cens, & le grand 
Navire de Cananor. Dounton ayant levé l'ancre aufli-tôt, Thornton ajoû- 
ta qu'il lui feroit difficile de gagner aflez promptement la Baye d'Affab, pour 
affilter à la réception du Roi de Rabira, qui devoit venir le même jour au 
rivage avec fa Nobleffe & fes Gardes, & que les deux Généraux Anglois fe 

ropofoient de traiter magnifiquement. En effet le Pepper-Corn n'entra dans 
a Baye qu'au retour des deux Généraux, qui revenoient fouper enfemble fur 
l'Incréafe. Dounton apprit d'eux que par une convention mutuelle ils é. 
toient venus à Affab pour y faire l'échange de toutes leurs marchandifes 


Angloifes contre les richeffes Indiennes dont ils s'étoient fais; [ou, fi 


l'on veut des termes plus clairs, pour y faire enfemble le. partage de leur 
proye. ] | 

PENDANT que toutes les forces des Anglois étoient raffemblées dans cette 
Baye, le Gouverneur de Mocka leur envoya Mammi, un de fes principaux 
Officiers, & quelques autres Turcs, pour capituler avec l’Amiral ; c'eft-à- 
dire, pour lui demander à quoi fe borneroient enfin les fatisfaétions qu'il 
continuoit d'éxiger. Sir Henri infiftant fur cent mille piéces de huit, les 
Députés le prièrent de leur accorder du tems, pour faire connoître fes pré- 
tentions au Bacha de Zenan. Lorfqu'ils furent partis , les deux Généraux 
Anglois détachèrent chacun un. Vaiffeau de leurs Flottes , le Darling & le 
Thomas , pour les envoyer à Tekou. Sir Henri congédia le même jour. 
l'Azum Khani, en faveur. de Schermal , Scha Bandar de Mocka, à qui ce 
Navire appartenoit. 

LE 30, tandis que tous.les Officiers des deux Flottes étoient à dîner fur 
l’Incréafe , où ils s étoient aflemblés pour le Confeil, on vicarriver de Moc- 
ka le Scha Bandar, avec Manci & un Aga, députés tous trois par le Gouver- 
neur, pour conférer avec l’Amiral Anglois. Le trouvant déterminé à ne 
rien rabattre de fes prétentions, ils lui demandèrent la liberté d'entretenir 
particulièrement les Capitaines des Vaifleaux Indiens. L’Amiral pénétra leur 
deffein, qui étoit de faire entrer ces Capitaines dans le payement d'une par- 

tie 


(y) La 12e, Seftion commence ici dans l’Original. R. d. E. 


Hainf la lib 


tic de la 
une Ten 
mes des 
leur fort 
tes fortes 
déguifer 
re fçavoil 
que, Le 
richefles | 
embaler , 
pres marc 
LE 11 
vec le Cle 
Rade de 1 
ciens qu'il 
avec un p 
frioient poi 
lendemain 
de jetter 1 
attendoit i 
Comme il 
qu'abufant 
charger un 
aux deux ! 
vail jufqu'à 
Dounton, 
ls forcère 
APRÈS 
pouvant pl 
de Dabul, 
diens. Là 
l'animoient 
croyoit êtr 
point aux. 
tisfaétion q 
d'emmener 
moins perd 
ne lui refto 
difpofés à 
fruit de ce 
pofition , 


amener, à c 
dès le mên 
hemi, pou 
feaux confd 
6 d'Août, 
l'Heétor, 4 


l'A: 
"AUX 
qu'il 
our- 
avis, 
LOUt- 
par- 
Lieu- 
r fon 
Baye 
deux 
ston- 
ante ; 
Agum 
alaba- 
grand 
ajoû- 
, pour 
ur au 
lois {e 
a dans 
ble fur 
ils é- 
andifes 
ou, fi 
de leur 


ns cette 
cipaux 
celà 
s qu'il 
uit, les 
fes pré- 
Énéraux 
g & le 
me jour. 
qui ce 


îner fur. 
e Moc- 
ouver- 
né à ne 
tretenir 
étra leur 
une par- 
tie 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar. I 


293 
rie de la fomme; & loin de nuire à leurs vûes, il fit dreflèr fur le rivage 


une Tente pour leur conférence. Mais les Nakadas , qui avoient eux-mê- 
mes des plaintes à faire contre les Turcs, & qui ne craignoient plus que 
leur fort pût empirer entre les mains des Anglois, ferméèrent l'orcille à tou- 
tes forces d'inftances & de propofitions. 11 fut impoñible aux Députés de 
déguifer leur chagrin. Cependant ils promirent encore à l'Amiral de lui fai- 
re fçavoir la réponfe du Bacha, aufli-tôt que leur Gouverneur l'auroit re- 
que, Les Anglois s'occupèrent, jufqu'au neuf de Juin , à choifir entre les 
richeffes Indiennes celles qui leur convenoient le mieux, à les nettoyer, les 
embaler , en faifant cranfporter à leur place différentes parties de leurs pro- 
pres marchandifes qu'ils donnoient en échange. 
Le 11, Sir Henri Middleton, avec l'Incréafe, & le Capitaine Saris a- 
vec le Clove & l'Heétor, quittèrent la Baye d'Affab pour retourner dans la 
Rade de Mocka. Ils menèrent comme en triomphe tous les Vaiffeaux In- 
diens qu'ils avoient dépouillés ; & le Pepper-Corn refta feul dans la Baye, 
avec un petit Bâtiment de Surate, nommé le ungo, dont les échanges n'é- 
uient point encore achevées. Après cette opération, [il mit à la voile le 
lendemain ; mais le vent & la marée lui ayant été contraires , il fut obligé 
de jetter l'ancre à trois lieuës de la Rade, le 13] il rejoignit la Flotte, qui 
attendoit impatiemment la réponfe des Turcs à la vûe L eurs propres murs. 
Comme il s'étoit pallé plus d'un mois depuis qu'ils l'avoient fait efpérer, & 
qu'abufant de la patience des Anglois , ils ne paroifloient occupés qu'a dé- 
charger un Vaifleau de Kuts-Nagone, qui avoit trouvé le moyen d'échapper 
aux deux Flottes, Sir Henri prit la réfolution de troubler du moins leur tra- 
vail jufqu’à l'arrivée de la réponfe du Bacha. Il fit avancer le Capitaine 
Dounton, avec ordre de leur envoyer quelques volées de fon artillerie , qui 
les forcèrent bientôt de fe retirer. 
Arrès avoir encore attendu jufqu'au 26, les deux Généraux Angloisne 
pouvant plus réfifter à leur indignation , fe rendirent à bord du Mahmudi 
de Dabul, où ils firent affembler tous les Nakadas des autres Vaiffeaux In- 
diens.. Là, Sir Henri, après avoir répété les juftes fujets de plaintes qui 
l'animoient contre les Turcs , déclara ouvertement que tout fhrisfait qu'il 
croyoit être pour les injures qu'il avoit reçues dans l'Inde, il ne permertroit 
point aux. Indiens de commercer dans la Mer Rouge avant qu’il eût reçu la fa- 
tisfaétion qu'il éxigeoit du Bacha; & que fa réfolution étoit , par conféquent, 
d'emmener avec lui tous leurs Vaiffeaux hors de cette Mer, pour faire du 
moins perdre aux Turcs le profit du commerce de eette année. En effet il 
ne lui reftoit plus d'autre moyen de leur nuire, Mais les Nakadas n’étoient pas 
difpofés à retourner chez eux avec leurs marchandifes, fans avoir tiré aucun 
fruit de cette Mouffon. Ils propofèrent à l’ Amiral une autre forte de com- 
pofition, qui feroit de payer une fomme pour chaque Vaifleau, & d'acheter 
ainfi la liberté du commerce. [Peut-être n'avoit-il pas d'autre vûe que de les 

amener, à cette réfolution. Il fe fit preffer néanmoins pour y confentir ; mais] 
dès le même jour il convint avec Mir Mohammed Takkey, Nakada de Ze- 
hemi, pour la fomme de quinze mille piéces de huit. ‘Tous les autres Vaif- 
feaux confentirent à ce Traité. Une partie de la fomme ayant été payée le 
6 d'Août, Saris fit partir immédiatement Towtfon, fon Vice-Amiral, avec 
l'Heétor, & ne remit à le fuivre que jufqu’au 13. Sir Henri & Dounton a- 
Oo 3 bandonnèrent 


Douxrox. 
1612, 


Les Anglois 
rentrent dans 
la Rade de 
Mocka, 


Déclaration 
de l'Amiral 
Anglois aux 
Capitaines [n. 
diens. 


Accommode: 
ment entre les 
Anglois & les 
Indiens. 


DowwTon, 
16192, 


Les deuxFlot- 


tes Angloifes 
fortent de la 
Mer Rouge, 


Elles pren- 
nent leur 
courfe vers 
d'Inde, 


29% VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


bandonnèrent auffi la Rade de M':ka, trois sus après, & repaièrent les 
anae monta. kr 


Détroits dès le lendemain, [Le 19, ils furent à 8 licuës d'une 
ne qui eft fur les côtes d'Arabie. Toute la nuit, & l'après-midi du’ lendemain, 
e vent fut fi variable qu'ils avancérent très peu. Le 41 au matin , ils s'apper. 
urent que le vent contraire leur avoit fait perdre au moins deux lieuës à 
ER. Mais un vent frais s'étant levé avec le foleil, ils trouvèrent à midi qu'ils 
avoient fait prèsde 9 licuës Elt-Sud-Eft ; le foir ils furent à 7 lieuËs d'Aden, 
qu'ils avoient au Nord-Nord-Eft, Le 22, depuis quatre heures du matin juf. 
u'au coucher du foleil, ils firent quinze lieuës, & alors ils eurent Aden au 
Vora-Oueft moitié au Nord, & à cinq lieuës de diftance. Le 23, ils dé. 
couvrirent les Côtes d'Abyfinie, donc ils étoient éloignés de quinze lieués, 
Le 26 ils furent retardés par un Courant qui les portoit au Sud, pendant qu'ils 
faifoient route du côté du Nord.] 

ILs n'arrivèrent que le 29 à la hauteur du Cap de Guardafu (2). Enfüite, 
ayant tourné leurs voiles vers l'Inde, ilsfe trouvèrent le premier de Septem- 
bre, à 13 degrés 35 minutes de latitude, trompés fouvent dans leur courf 

ar l'aétion continuelle des Courans. La pluie fut continuelle pendant les 

uit jours fuivans. Le 12, ils apperçurent plufieurs ferpens, qui nâgeoien 
fur la furface de l'eau; ce qui n'arrive guères dans les cems orageux, & qui 
marque toûjours dans ces mers, qu'on n'eft pas éloigné de la terre. Le: 3, 1 
en découvrirent encore un plus grand nombre, & le fond fe trouva de cin- 
quante-cinq à quarante brailes. Enfin, le r4, au lever du Soleil, ils recon- 
nurent la terre, qui leur parut fort haute, à la diftance d'environ feize lieués, 
Ils portèrent Eft quart au Sud jufqu'à quatre heures après-midi qu'ils découvri: 
rent plus diftinétement la Côte à huit lieuës. Ayant pris le parti de la fui: 
vre , ils trouvèrent affez long-tems l'eau épaiffe & bourbeufe, ce 
taches claires par intervalles. La profondeur en portant Eft quart au Sud é. 
toit de vingt à trente braffes; mais vers le Sud, ils ne la trouvoient que de 
feize à vingt-cinq. | 

Le 15, fs ceflérent d'appercevoir des ferpens. Le 16, en continuant de 
fuivre la Côte de Malabare , fur vingt & feize braffes de fond, ils fe trouvé- 
rent au milieu du jour à l’Oueft d’une haute montagne, quis'avance en poin- 
te dans la Mer, ui eft entourée de terres baffes. Au côté du Sud, on 
découvre une Baye. La plus haute partie de la montagne eft à 12 degrés 10 
minutes de latitude; & cette pofition fit juger aux Anglois que ce devoit é- 
tre la terre de Magifilan. Le lendemain, ils eurent le vent ficontraire avec 
un tems fi fombre & fi pluvieux, qu'ils perdirent pendant quelques heures la 
compagnie de l’Amiral ; mais l'ayant retrouvé avant-midi, ils portèrent direc- 
tement au Sud. Le 18, la terre ie couvrit d’un brouillard fi épais, que pen: 
dant tout le jour ils ne purent l’appercevoir. Le fond étoit toûjours entre 
vingt-cinq & vingt-neuf brafles. Le 19, ils furent pouflés par un vent Sud: 
Oueft, à quatorze lieuës de la terre, où ils ne trouvérent pas de fond à 


moins de quarante braffes. [Le 20, par un beau tems ils eurent le vent vari:-K 


ble, 


voient vûe le jour précédent; ce qui prouve 
qu'ils avoient été fort trompés par les Courans, 
qui fuivant les obfervations du Capitaine, pot: 
tent au Sud-Oueft. KR, d, E. 


(3) Angl. Le 29ils virent une Terre, qu'à 
£aule de fa hauteur, ils prirent d'abord pour 
les côtes du Cap de Guardafu, mais bientôt 
ils la reconnurent pour la même terre qu’ils a- 


commande 
Cette Ville 
les Habita 
#le nom de 
vante le cd 
kur divific 
fNégocians 
voient mis 


pe »] 


connus, qé 
Sud quart 
Æqui les fép 
qui font f: 
prefque to( 


tiginal, R, d, 


ble, & 
moneux. 
di; mai 


Hrfaçon qu 


Côtes, fi 


Evan, ils a 


tend Nor 
nurent la 
de 5 degr 
qui ne ce 
les aband 


#l'humidice 


(a) E: 
de HE 
de Juillet 
trois de fe 
cablé de r 
pérance d' 
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toient un | 
toit aufii « 


tn'avoit pa 


nouvelles « 
quelque te 
landois cha 
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mager de t 

LE 20, 
per-Corn , 


ft. Il eut 


(a) La 1 


fMèrent les 
de monta. kr 
ndemain, 
ls s'apper- 
x licuës à 
midi qu'ils 
s d'Aden, 
matin juf: 
. Aden au 
3, ils dé. 
nze lieués, 
ndant qu'ils 


). Enfüite, 
de Septem- 
leur courfe 
endant les 

nâgeoient 
ux, & qui 
. Le13,ik 
uva de cin- 
, ils recon- 
feize licuës. 
ls découvri: 
i de la fui: 
vec quelques 
t au Sud é- 
jent que de 


bntinuant de 
ils fe trouvé- 
nee en poin- 
du Sud, on 
2 degrés 19 
ce devoit ê- 
traire avec 
es heures là 
tèrent direc- 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Car, L 


295 
ble, & pendant tout le jour ils furent fur 44 ou 45 braffes d'eau, fond li- 


moneux, Le 21, ils eurent peu de vent jufqu'à crois heures de l'après-mi- 
di; mais alors le vent s'écant mis au Nord-Nord-Oueit, ils avancérent de 
drfaçon que] le 22, ils découvrirent avant-midi le Cap de Comorin , [dont les 
Côtes , fuivant les obfervations du Capitaine , s'étendent au Sud-Eft,] Le jour fui- 
ppvant,ils aperçurent la cerre haute qui eft [à 18 Heuts] à l'Eft de ccCap [& qui s'é- 
tend Nord-Nord-Oueft, ] Le 24 , ils eurent la vûe de Ceylan; & le 26 ils en recon- 
nurentla pointe méridionale , qui porte le nom de Cap de Galle, Sa latitude eft 
de sdegrés 40 minutes. Ils continuëèrent leur courfe Éft-Sud-Eft, avec un vent 
qui ne cefla point de fe foûcenir entre Sud-Oueft & Oueft-Sud-Oueft. La pluie 
les abandonna fi peu, qu'une rte de leurs grains fe trouva corrompue par 
l'humidité, [& qu'ils eurent plus de vingt piéces de Calicos pourries. 

(a) Enfin le 19, à trois heures après-midi, ils jectérent l'ancre dans la Ra- 
de de Tékou, où ils trouvèrent le Darling, qui y étoit arrivé dès le mois 
de Juillet, Pemberton qui le commandoit, avoit eu le chagrin d'y perdre 
trois de fes Marchands & trois Matelots. Le refte de fon Equipage étoit ac- 
cablé de maladies. 11 s'étoit trouvé peu de poivre dans l'Ifle, avec peu d'ef- 
pérance d'en recueillir davantage juiqu'à la faifon fuivante, qui ne devoit 
arriver qu'aux mois d'Avril & de Mai. D'ailleurs les guerres civiles met- 
tient un fâcheux obftacle au commerce, Le Thomas, Vaifleau de Saris, é- 
toit aufli dans le même Port: il étoit revenu depuis peu de Priaman, où il 

gpn'avoit pas mieux réufli que le Darling à Tékou. [Ils y apprirent des bonnes 
nouvelles de David Middieton, & le Capitaine Caftleton , qui étoit arrivé-là 
quelque tems avant eux, les informa qu'on attendoit quinze bäâtimens Hol- 
landois chargés de Munitions, & deux l’rançois qui venoient pour négocier. 
Cette nouvelle diffipa: les cfpérances qu'ils avoient conçues de fe dédom- 
mager de tout ce qu'ils avoient fouffert dans leur voyage.] 

Le 20, Sir Ienri peu facisfait de cet endroit, mit à la voile fur le Pep- 
per-Corn, pour fe rendre à Bantam, & laiffa l'Incréafe à Tékou, fous le 
commandement de Dounton, pour y demeurer jufqu'au 16 du mois fuivant. 
Cette Ville devint fort défcrte au mois de Novembre, par l'ordre que tous 
les Habitans reçurent le 2 de fe rendre à l'Armée. Raja (2) Buncha (c’étoit 

le nom de leur Prince) étoit en guerre contre un Raja voilin , [dont l’Auteur 
vante le courage & l'habileté, fans nous apprendre quelle étoit la caufe de 
leur divifion.] Le 20, après avoir trouvé beaucoup dé mauvaife-foi dans les 
#Négocians du Pays qui avoienc livré du poivre aux Anglois, [& qui y a- 
voient mis des petits facs de ris, & même des pierres pour en augmenter le 
oids, ] Douncon fortit du Port à la clarté de la Lune, avec un vent Nord- 


s, que pen Et. Il eut befoin de beaucoup de précautions, pour éviter deux rocs fort 

pûjours Entre connus, qui font à trois lieuës de l’Ifle; l’un Sud quart à l'Oueft, l’autre 

in vent Sud Sud quart à l'Eft; & qui ne font jamais fans danger, quoique dans l’efpace 

as de fond à Hqui les fépare le fond foit par-tout de vingt-fix brafles. [Les mêmes vents 

e vent à qui font favorables pour {ortir du Port, & les Courans, dont la violence eft 
) 


ce qui prouve 
par les Courans, 
Capitaine, pot 


prefque toûjours égale, expolënt les Vaifleaux à fe brifer contre l’un ou l’au- 
tre 


_(a) La ‘13e. Seétion commence ici dans l'O- (b) Angl, Raja Dûnefü, ou Booncfoo. 
riginal, R, d, E, | R. d. L. 


Dounron. 
16192, 
Cap de Co- 

morin, 


Les Angloi: 
arriventà Te 
kou; ils y re 
trouvent le 
Darling, 


L'Amiral 
part pour Ban 
tan fur lePep- 
per-Corn, 


Dounton part: 
après lui; dan-- 
gers qu'il ef 
fuye, 


Dounro, 
1012, 


Dounton eft 
forcé de re- 
tourner à ‘l'e- 
kou, 


Il fe remct 
en mer, 


296 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


tre de ces deux écueils.] [Les Anglois furent forc furpris quand malgré lyxte 


manœuvre qu'ils avoient faite, pour aller au Sud-Oucit, quart à l'Oueft, 
ils fe crouvèrent tout-d'un-coup fur quatre brafles d'eau, & s'apperçurent 
que leur Vaifleau étoic arrêté fur un Rocher, Ils y reftérenc près de deux 
heures; & ils firent vous les efforts poilibles pour fe tirer de ce péril,] Heu. 
reufement pour Dounton, le tems devine fi calme & la mer fi tranquille, que 
la feule aétion du Courant le mit biencôe en füreté ; &, pour comble de bon. 
heur, un vent frais d'Oueft, qui fe leva aufli-côe , l'éloigna cout-d'un-coup des 
deux rocs, 11 jetta l'ancre à deux milles, pour attendre fa Chaloupe, qui ap. 
portoit quelque refte de marchandife après lui; mais il reconnut la faveur du 
Ciel dans le parti qu'il avoit pris de s'arréter, lorfque À prmggpe de cet inter. 
valle pour vifiter fon Bâtiment, il découvritune voie d'eau, que la précipita. 
tion de l'Amiral à partir pour Bantam lui avoit fait ss 5 Le mal , qui pa- 
rut d'abord affez léger , augmenta tout-d'un-coup avec tant de violence, que tout 
l'Equipage fu affemblé pour délibérer fur une ficuation fi preffante, On con. 
fidéra le danger fous plufieurs Faces, Premièrement, l'ouverture évoit déja fi 
rande, qu'elle employoit continuellement un grand nombre de perfonnes , dont 
€ travail n'empéchoit pas l'eau de gagner avec beaucoup de vicefTe, 2°, Le 
Vaifleau étant fans fer, on ne trouvoit rien qui pût fuppléer à la chaîne de la 
pompe, qui s’étoit déja brifée pures fois ; & l'eau d'ailleurs commençoiri 
s'élever avec tant de force qu'il paroiffoit impollible de porter le cravail au 
bas des pompes, 3°, La plus grande partie de l'Equipage étoit dans un éut 
de foibleffe & de langueur , caufée par la mauvaife qualité des alimens, qui 
ne permettoit pas d'en efpérer beaucoup de fecours, 4°. La bonté du Vaiffn 
& la richefTe de fa Cargaifon méritoient toutes fortes de foins pour le conier. 
ver, Enfin ic naufrage de l'Afcenfion , les infortunes de Saarpey , & les 
mauvais procédés de fon Equipage, étoient des éxemples capables d'allarmer, 
Arrès avoir pefé des raifons fi fortes, Dounton jugea que le feul parti qu'il 
eut à prendre évoit de retourner à Tekou, pour s'y procurer des fecours qu'il 
ne pouvoit cfpérer au milieu des flots. Le vent feconda fes intentions, Ayant 
abordé au rivage vers la fin du jour, avec une peine incroyable à faire jouir 
continuellement les deux pompes, il n'eut rien de preflant que de foulager 
le Vaifleau en déchargeant une partie de fa cargaifon. La réparation des voies 
d'eau dura jufqu'au 8 de Décembre; après quoi l'Incréafe remit à la voile, 
avec la précaution de fe faire précéder par fa Chaloupe pour fortir.du Port. 
Les deux rocs furent évités d'autant plus heureufement que la Mer étant fort 
tranquille, les gens de la Chaloupe eurent peine à les appercevoir, [Comme 
on s’étoit éloigné de l'Ifle par un vent frais de Nord- Nord-Eft, & enfuite 
de Nord-Nord-Oueft, & qu'ainfi on avoit dû faire route vers le Sud-Sud- 
Oueit, & Sud quart à l'Oueft, on fe crut près du Roc contre lequel on avoit 
donné auparavant, Cela fut caufe qu'on avança encore avec plus de précau 
tion.] On porta enfüuite, pendant toute la nuit, au Sud, & au Sud quart à 
l'Oueft, avec un petit vent frais, qui rendit la navigation fort légère. Lelen- 
demain au lever du Soleil, on fuivit cireétement le Sud-Oueft quart au Sud, 
l'efpace d'environ dix lieuës , après lefquelles on découvrit du même côté 
quelque partie d’une grande Ifle, & l'on recommença à porter au Sud. La 
pluie & l'orage furent terribles la nuit fuivante ; ce qui n'empècha point de fai- 
re huit licuës avant le jour ; & la clarté du Soieil naïlant fit découvrir la hau- 
, te 


pprte ter 
me - te 
le jour 
On art 
Sin 
arrèté 
ui éte 
vau, | 
ee 
ue de 
ve d 
en Ang 
tion de 
Machia 
de fon 
de Sari 
AIN 
Panian 
dans la 
glois ql 
trouva 
l'Expéd, 
dres de 
T'homa 
mieux | 
Kÿdans la 
tenta d 
l'ancre 
ce, po 
Robert 
Les 
pouflèr 
fita fi 
que lai 
g# {Pour | 
attendi 
Saldan 
fuivans 
cha de 
Mais il 
d'une j 
le vent 
la réfol 
rojent | 
violenc 
l'Angle 
Étoient 
II, 1 


malgré la ki 


l'Oueft, 
perçurent 

de deux 
il, ] Heu. 
uille, que 
e de bon. 
Coup des 

?, qui ap- 

Faveur du 
cet inter: 

précipita- 
al, qui pa- 
ë, que tout 
. On Con 
oit déja fi 
nnes , dont 
Te, 2°, Le 
juîne de la 
nmençoit à 
travail au 
né un tit 
mens , qui 
lu Van 
* Je confer- 
y, & les 
l'allarmer, 
+ parti qu'il 
cours qu'il 
ns, Ayant 
| faire jouër 
le foulager 
nn des voies 
h la voile, 
ir du Port 
er écanc fort 


& enfuite 
€ Sud-Sud- 
iel on avoit 
s de précau 
Sud quart à 
ère, Lelen- 
art au Sud, 
méme côté 
u Sud. La 
point de fai- 
uvrir la hau- 
{te 


Krdans la Baye, que de manquer l'occafion de retourner avec eux. 


r, [Comme Le) 


INDES ORIENTALES, Jav. IV, Car, IL ty: 


pprte terre de Sumatra, à vingt lieuës de diftance, [du côcé de l'Eft; & en mé- 


me-tems on avoie, à huit licuts au Sud-Eft, la partie de l'Ifle qu'on avoit vue 
le jour mer La latitude, à midi, écoit de 2 degrés 1 1 minures du Sud, 
On arriva le 20 à Pulo Panian, 

Sin Henri Middieton, que la néceflité de radouber le Pepper-Corn avoit 
arrèté dans cette Ille, n'eut pas moins d'inquiétude en apprenant le malheur 

ui étoit arrivé à l'Incréafe, que de facisfaëtion à la vûc de ce précieux Vaif- 
eau. 11 affembla aufli-côc le Confeil pour délibérer fur les moyens de le ga- 
rancir du même danger, Le réfüleac fut qu'il devoit être fortifié & caréné avant 
que de retourner en Europe, Mais comme cette entreprife demandoit beau- 
coup de tems, on réfolut aufMi de renvoyer immédiatement le Pepper-C'orn 
en Angleterre , pour donner quelque fatisfaétion à la Compagnie, La fépara- 
tion des deux Vaiffeaux devint funefte à Sir Henri qui mourut le 24 de May à 
Machian , du chagrin d'avoir vû échouër le fien & d'avoir perdu une partie 
de fon Equipage. On lira cette trifte avanture dans les Relations de Floris & 
de Saris. 

Ainst, Dounton, après avoir achevé de charger le Pepper-Corn à Pulo 
Panian, mit à la voile pour l'Europe le 4 de Février, Il mouilla le 19 de Mai 
dans la Rade de Saldanna, où il s'atcendoit de trouver tous les Bütimens An- 
glois qui étoient partis de l'Inde pour reprendre la même route, Mais il n’ 
trouva que l'Heétor & le Thomas, deux Vaifleaux du Capitaine Saris , 
l'Expédition, commandé par le Capitaine Newport, qui étoit parti de Lon- 
dres depuis fix femaines, pour le douzième voyage de la Compagnie, Le 
Thomas & l'Heétor devant lever l'ancre dans peu de jours, Dounton anima 
mieux fe priver des rafraîchiffemens & du repos, qu'il étoit venu chercher 
Il fe con- 
tenta de fe pourvoir d’eau , avec toute la diligence poñlible,] Ils levèrent 
l'ancre le 15, tandis que l'Expédition alloit doubler '« Cap de Bonne-Efpéran- 
ce, pour relâcher dans fa courfe au Golphe Perfique, où il devoit laifler Sir 
Robert Sherly & Sir Thomas Powell avec leurs femmes. 

Les vents contraires retardèrent long-tems cette nouvelle Efcadre, & la 
ouffèrent enfuite vers le Sud. Le Pepper-Corn, qui étoit bon voilier, pro- 
ita fi. adroitement des premiers fouffles dont il put tirer le moindre avantage, 
ue laiffant les deux autres fort loin derrière lui, il les perdit enfin de vûe ; 


gr {Pour les rejoindre, il fit voile vers le Sud, & fe rapprocha de terre, il les 


attendit inutilement jufqu'au 19. Ce jour-la il fe trouva à dix -fept lieuës de 


Saldanna. Le tems étoit fort couvert & il refta tel pendant les trois jours 
fuivans.] Le 6 Juin, étant à la hauteur de la pointe du Nord-Eft, il s’appro- 


cha de l'entrée de la Baye, dans le deffein d'y jetter l'ancre pour les attendre. 
Mais il y apperçut deux Caraques Portugaifes, dont le premier mouvement 
d'une jufte défiance ne lui permit pas d'approcher. Il tint quelque tems contre 
le vent, pour délibérer fur les périls de cette rencontre. Cependant il prenoit 
la réfolution d'en courir les rifques, perfuadé que les Portugais ne le croi- 
roient pas feul; lorfqu'il fe fentit entraîné par les Courans avec tant de 
violence, qu'il n’y trouva pas d'autre reméde que de tourner fa proue vers 
l'Angleterre. [1 perdit ainfi la double efpérance de rafraîchir fes gens, qui 
£toient accablés de maladies, & de rejoindre le Thomas & l'Heétor. Le 15 & 

II. Part. Pp | le 


Dovwrox, 
1012, 


Pulo Pantun 


Dourtron re 
Joint l'Amiral 
dans cotte 
lile, 


1613, 

Le Pepper 
Corn elt ren 
voyé en Àn 
gleterre, 


Vaieaux 
qu'il trouve 
ans la Baye 
de Saldanna 


Il rencontre 
deux Cara- 
ques Portu- 
gailes, 


Douwron. 
1613. 


Il arrive à 


Waterford en 


Irlande, 


Dounton eft 
arrêté en qua- 
lité de Pyrate. 


298 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


le 16, il effuya des pluies d’une groffeur furprenante. Le 18, il paña la 
Ligne. 


Le refte de fa navigation n'auroit eu que de l'agrément, avec le gs beau 


tems du monde & la flateufe idée d’une riche cargaifon , fi le fcorbut & d’autres 
maladies n’euffent continué de troubler l'Equipage.] Le 10 de Septembre, après 
avoir doublé les Caps d'Efpagne, le vent devint fi difficile à gouverner, que 
Dounton n'efpérant point de pouvoir aborder dans aucune partie Méridionale 
de l'Angleterre, dirigea fa courfe au Nord-Eft, pour gagner Milford - Haven 
dans le Pa s de Galles, d’où il fe l'onde sou plus de facilité à donner de fes 
nouvelles à la Compagnie. Le lendemain, à cinq heures après-midi , on dé. 
couvrit tout à la fois la Côte de Galles & celle d'Irlande, qui fe préfente par 
une haute montagne entre Wexford & Waterford. On pañla la nuit à l’ancre, 
dans la crainte d’être jetté contre les rocs, par un vent qui étoit encore devenu 
plus impétueux. Il continua, le jour fuivant, avec tant de furie, que perdant 
toute efpérance de pouvoir s'approcher de Milford Haven, Dounton fe déter- 
mina tout-d’un-coup à fe réfugier dans la Rivière de Waterford. Le 13 au ma- 
tin, il reconnut la Tour de Whooke, feule marque à laquelle on diftingue 
cette Rivière, qui n’en eft qu’à trois lieuës. À huit heures, on apperçut une 
petite Barque, qui fortoit de la Rivière, à qui l’on fit figne de venir à bord. 
C’étoit une Barque Françoife, qui allait à Wexford, & que le Capitaine 
louä pour aller porter la nouvelle de fon arrivée au Commandant du Fort de 
Dunganon, parce que l’entrée du Canal étant fort étroite, il craignoit que 
fon Vaifleau ne fouffrit du moindre retardement , s'il étoit forcé de jetter 
l'ancre. À midi, il remonta la Rivière jufqu’au lieu qui fe nomme Pallige , 
où il trouva un Pêcheur de Lime, nommé Stephen Bonner , qui vint au-de- 
vant de lui dans fa Barque avec quelques autres Matelots, & qui entreprit 
avec beaucoup de zéle de rendre toutes fortes de fervices aux malades du 
Vaifleau. 

Lz 18, Dounton dépêcha Bonner à Londres, avec une lettre à la Compa- 
gnie, par laquelle il Jui rendoit compte de fon arrivée & de fes befoins, 
Ïl reçut, le même jour, la vifite du Doéteur Lancafter , Evêque de Water- 
ford, qui fignala fa politeffe par un grand feftin qu'il fit préparer à bord, 
& fon zéle par un fermon qu'il prêcha devant l’Equipage. 


[LE 21 On eut auffi la vifite du Capitaine Jean Burrell qui offrit de prê-k$ 


ter à Dounton l'argent dont il avait befoin, pourvu qu’on envoyât avec lui 
quelqu'un à Cork: on choifit Mullineux pour cela ]. Le 22, il arriva au 


Capitaine Dounton une difgrace, [ qui non-feulement lui rappella les trahifons 


& la barbarie des Turcs, mais qui lui fit douter fi c’eft avec raifon que fes 
Compatriotes s’attribuent l’honneur d’être plus humains & de meilleure foi 
que ces Infidéles. ] Il avoit congédié @ un de fes Matelots pour quelques 
crimes notoires. Ce niférable, qui devoit fe croire heureux d’avoir évité 
le dernier fupplice, s’engagea au fervice de Stratford, Commandant du Fort 
de Dunganon , & ne tarda point à lui raconter toutes les expéditions de 
fon Vaiffeau dans la Mer Rouge. Stratford n’étoit point aflez riche pour 
vivre content de fa fortune, ni affez honnête-homme pour rejetter l’occa- 


fion 


Ce) Angl, avoit fait mettre en prifon à Waterford. R, d, E. 


lle 23 


& Bâtiment 


Eimmédiat/ 


Kprétend 


non, 4 
nicatior 
fe voir 
tretiens 
la mêm 
leurs dé 
qu'il eût 
blic s'ét 
par les 
Lawrenc 
tyrannie 
qe de V 
la juf 


Capitaine 
avec de 


Orientale 
pour ach 

IL for 
tin, il ét 
la Rade d 
où fe tro 
core le c 
les Officid 
Contre-m 


avoir pri 
ce, juftifi 
Ajoûtons 
rie, il ra] 


le même 
riva à Til 
fite des D 


INDES ORIENTALES, Lrv. IV. Cf. L 99 


fion de s'enrichir par une (ar Îl crut pouvoir abufer du Statut contre  Douwron. 


fa la la Pyraterie, pour arrêter le Pepper-Corn, & fe faifir de toutes les mar- 1613. 
chandifes au nom du Comte d’Ormond, dont il eut l’adreffe d'obtenir un 
beau K plein pouvoir. Il vint à Paffage avec cette autorité ; & faifant dire à Doun- 
autres ton qu’il avoit deffein de le vifiter fur fon Bord, il le pria de lui envoyer 
après fa Chaloupe. Elle lui fut envoyée fur le champ; mais il fit arrêter ceux 
que qui la conduifoient , & prenant fes propres Matelots avec hs gens 
ionale armés pour fe rendre fur le Vaiffeau, il arrêta aufñfi le Capitaine & fon Bà- 
Haven timent à titrede Pyraterie. Dounton fut renfermé dans le Fort de Dunga- Ilettrenfer- 
de fes non, avec des ordres rigoureux pour lui retrancher toutes fortes de commu- peur D | 
n dé- nication; ou fi quelqu'un obtint la liberté de le vifiter, ce ne fut que pour ganon. ” 
te par fe voir forcé, en le quittant, de répéter fous la foi du ferment ,tous les en- 
ancre, tretiens qu'il avoit eus avec le Prifonnier. Ses gens furent éxaminés avec 
levenu la même rigueur, & l'on employa les détours les plus captieux pour rendre 
erdant leurs dépofitions nuifibles au Capitaine. Sa prifon dura près d’un mois , fans 
déter- qu'il eût la liberté de fe défendre ni de fe plaindre. Cependant le cry pu- 
au ma- blic s’étoit fait entendre en fa faveur, & le Comte d'Ormond mieux inftruit 
ftingue par les informations de quantité d’honnêtes-gens , envoya à Paflage Sir 
ut une Lawrence Efmond pour approfondir cette affaire. Dounton fut délivré de la 
bord. tyrannie de Stratford, & conduit à Paflage, où dans la préfence de l'Evê- 
pitaine ue de Waterford & d'Efmond, i! prouva aifément la vérité de fa Commiffion 
ort de & la juftice de fa conduite ; & il fut remis en pofleflion de fon Vaifleau. 
oi que [Le 23 Mullineux expédia à la Compagnie les lettres par lefquelles le 
> jetter Capitaine lui donnoit avis de cette défagréable affaire; & revint de Cork 
age , avec de l'argent. ] Dounton vit arriver le 26 de Septembre, dans un petit 
au-de- Bâtiment de Briftol, a or A [député de la Compagnie des Indes 
treprit Orientales, ] qui lui apportoit de l'argent avec des hommes & des provifions 
ides du pour achever fon voyage. | 
IL fortit, le 6 d'Oftobre, de la Rivière de Waterford. Le 12 au ma-  flobtientia 
ompa- tin, il évoit à la hauteur de Beachy, & quelques heures après il entra dans liberté & re- 
befoins, la Rade de Douvres. Il en partit le 13 pour aller jetter l'ancre aux Dunes, Lit en An- 
Water- où fe trouvant près d'un Vaifleau de guerre, nommé l'Affärance, il eut en. °° 
bord, . core le chagrin, fur diverfes indifcrétions de fes gens, de fe voir arrêté par 
. les Officiers de ce Bâtiment jufqu’à l’arrivée des ordres de l’Amirauté. Son 
de prê-kF Contre-maître, qu'il dépêcha aufli-tôt à la Compagnie des Indes, apporta ,. 
avec lui immédiatement l'ordre de le relâcher ; [ mais l'opinion même qu’on fembloit 
riva au avoir prife, en Angleterre, de fon voyage & de la nature de fon commer- 
rahifons ce, juftifie quelques réfléxions qui me font échappées fur fon propre récit. 
que fes Ajoûtons qu’en reconnoiffant, dans fa Relation, qu'il fut accufé de Pyrate Remarque 
eure foi rie, il rapporte bien qu'il fe mit à couvert de cette imputation; mais ilne fur fon voya- 
quelques kprétend nulle part qu’elle fût fans fondement. ] [ Le 18 il mit à la voile, & 5° 
ir évité le même jour il jetta l'ancre dans la Rade de Gorend. Le lendemain il ar- 
du Fort riva à Tiülbury. Le 20 il fe rendit à Blackwall. Et l'après-midi, il eut la vi- 
ions de fie des Députés de la Compagnie, qui le déchargérent de fa commiffion. ] 
e pour 
l'occa- 
fion pur 


 Pp2 LATITUDES. 


g殜 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 
LATITUDES. 


Aden en Arabie........... 12 95 Dabul(entréedelaRade)... 17 34 
Variation Oueft...... 12 40 arjation. ........... 15 94 

Ifle de Cameran..........,. 15 oo Mafigilan........,......, 12 ïo 

Baye de Soually........... 20 55 Cap de Galle dans l’Ifle de 
Variation Oueft...... 16 40 QUAR de sesosonseoss 49 


Ce LCL ST OUT OT CL ES à Lo Lischur L'EL  Li LR 
CHAPITRE II(:) 


Voyage d'Antoine Hippon à la Côte de Coromandel , à Bantam 
à Siam en 1611. 


Hrrron. N trouve dans Purchaff deux Relations de ce Voyage, l'une par Natha- 
1611. O niel Marten (2) , Contre-maître du Vaiffeau nommé /e Globe, qui fut en- 
Remarques voyé feul dans l'Inde, en 1611, fous le commandement du Capitaine Hippon, 

prélitates l'autre par Floris. Celle-ci, qui eft de Marten, ne contient guéres que des re- 
lation. marques nautiques & des obfervations de latitude , leéture plus utile qu’agréa- 
bie, & qu'on offre ici prefqu'uniquement aux Navigateurs & aux Géogra- 
phes. Aufñi Purchaff même a-t'il fupprimé (c) une grande partie du Jour- 
nal de Marten,& n’y a-t'il joint celui de Floris que pour dédommager le Lec- 
teur de la fécherefle du premier. Cependant, comme le deflein de ce Re- 
cueil eft de donner un corps de tous les Voyages , ceux qui prennent la 
peine de le compofer ne doivent pas craindre qu'on leur faife un reproche. 
d’avoir apporté trop de foins à le rendre complet; fur-tout lorfqu'avec une 
fidélité conftante pour leur plan. ils n'y admettent rien qui ne porte le c4- 
raétère de la vérité. Qu'on y faffe réfléxion: ce ne font pas les voyages. 
les plus eftimés dont la. leéture a le plus d'agrément. Les premiers Navi- 
gateurs de chaque Nation fe font d’abord attachés à découvrir des Côtes 
inconnues , &. n’ont guères écrit que pour l'inftruétion de ceux qui vifite- 
roient les mêmes lieux, dans la vûe d'y frire d’autres fortes de découver- 
tes. C'eft.ce qui rendra bientôt les Rate plus agréables, à mefure que 
_ Réféxion les années vont augmenter. [ Dailleurs il faut. fe rappeller ce qu’on a prisk 
Du Re NN foin de répéter ici plufieurs fois, & ce que chaque Leéteur doit avoir véri- 
tour anglo. fié lui-même; que les Marchands Anglois , dans l'origine de leur commer- 
. ce, étoient conduits par l'unique efpoir du gain, fans aucune vâûe de cu- 
riofité ou de plaifir, & , j'ôfe dire, avec aufñi peu de lumières que de goût. 
L’avidité des richeffes a fait entreprendre aux Anglois les voyages de com- 
merce ;. & le fuccès du commerce, qui a produit avec les richeltes le goût 
des fciences & du plaifir, les a fait penfer enfüite à tirer de leurs. voyages au- 
tant d'agrément que d'utilité. Ox 


(a) C'eft le XIIL. Chapitre duIIl. Livrede tièrs, qui interrompent le fil de la Narration, 


POiiginal, R. d. E. ik auroit mieux fait d’abréger chaque pari- 
ur(b) Voyez Vol.L. pag. 314. dela Colleétiôn graphe, en donnant éxaétement la route du 
de Purchaff. Vaiileau.. 


(e) Aulicu de fupprimer des articles en- 


ZrE=MYLE%X,van 20m een Graad 


r Natha- 
ji fut en- 
Hippon , 
des re- 
qu'agréa- 
Géogra- 
du Jour- 
er le Lec- 
le ce Re- 
nnent la 
reproche. 
‘avec une 
te le ca- 
voyages. 
ers Navi- 
es Côtes 
qui vifite- 
découver- 
efure que 
on a pris 
voir véri- 
commer- 
ie de cu- 
+ de goût. 
de com- 
oyages au- rilandenÿ #08 
OX 


Échelle de Lieues Marines de France : 


a Narration;, 
chaque pari 
la route du 


OLPHE DE BENGALE 
Ziree de la Carte de 
L'Ocean Orrental, 7 À 

Publiée Ordre de « MST Le Comte  Ÿ "2,3 (7 FE 

1 boites en 1740. SF 
gmentée , /r des Remarques particulières 


A. Anglois : Engelsfen. 
. Danois 


s Dcenen,. 


178F.Francors. Franslen 
46 
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ÉXXBT van de GOLF van BENGALE, gemaakt na de Fransfe-Kaart van den Oosr. 
Vermeerderd op Syzondere Aa 


ZrrMYLEY, van 2010 een Graad 


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sfe-Kaart van den Uosrxzr-0cxA44Y uitgegeven op Bevel van den H*° Grave & Maurepas, do à 


erd op 8yrondere Aanmerkingen . 


I 


ON ne 
nuyeufe r 
kf Janvier 1 
de Mai. 
zambique 
dans l'Ifle 
4 d'Août 
minutes. 
voit diftin 
trois lieuë 
Côte fe p 
LE 6, 
HF Courant, 
depuis les 
licuëss ca 
jufqu'a de 
cheurs, « 
de rifque 
huit lieuë 
tourna la 
remplifloi 
Tour de 
mouilla f 
Hier 
feize lieu 
fond qui 
11 degré 
Nord qua 
re, quis 
Thomé. 
liapor à c 
haute, qi 
un banc. 
Nord-Eft 
jufqu'a n 
ne en fe 
midi ,on 
a, au Nc 
vage; mi 
trouvant 
cre fur h 
bord de I 
dre au R 
renverfée 
ne de no 
l'Auteur 
LE 15 
vernante 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuarp, Il, got 


On ne fe plaindra point de trouver, dans la Relation de Marten,unecn-  Hirrox, 
nuyeufe répétition de la route ble al Etant parti de Blackwall le 3 de 1614. 
Janvier 1611, [fur un Vaifleau nommé le Globe, il arriva à Saldanna le 2r Départ rou 
de Mai. Il quitta cette Baye le 6 de Juin & ayant dirigé fa courfe par Mo. t d'Hippor. 

zambique, Comore & Pemba,] il fe tranfporta à la hauteur du Cap de Galle, 
dans lle de Ceylan, où il fe trouva le dernier jour du mois de Yuillec. Le 
4 d'Août au matin, l'Auteur obferve que la variation étoit de 13 degrés 7 
minutes. À Midi, le Vaiffeau étant à fix licuës de la terre, qu'on apperce- 
voit diftinétement du tillac, on eut pour latitude 9 degrés 15 minutes. A 
trois lieuës du rivage, on trouva neuf bralles de fond, & l'on jugea que la 
Côte fe préfente Nord-Ouetft, & Nord-Ouelt quart au Nord. 
LE 6, au matin, on s'apperçut que le Vaiffeau étoit engagé dans un grand 
H Courant, dont ladireétion étoit Nord quart à l'Oueft. [A midi on trouva que 
depuis les quatre heures du foir , du jour précédent, on avoit fait dix-fepe 
lieuës; car alors on avoit pour latitude 10 degrés 31 minutes. Depuis midi 
jufqu'à deux heures, on porta Nord-Oueft.] Cependant la vûe de plufieurs Pé- 
cheurs, qu’on découvrit du haut des mäts, fit juger auffi qu'il y avoit peu. 
de rifque à les fuivre; & la cerre qui fe fit voir prefqu'auifi-tôt à fept ou 
huit lieuës vers l'Oucft-Nord-Oueft, achevr ae “aflürer les Matelots. On 
tourna la proue, fur vingt braffes de fond. .\ ;nefure qu'on avança, l'eau fe 
remplifloit de rocs & de bafles. Vers trois heures après-midi, on apperçutla 
Tour de Négapatan, & un Vaiffeau , qui étoit à l'ancre au Nord-Oueft. On Tout de Né- 
mouilla fur huit brafles, à trois lieuës du Rivage. gapatin. 
Hiepon, qui n'explique point fes projets, remit à la voile, le foir, & fit 
feize lieuës jufqu'au lendemain à midi, portant Nord quart à l'E, fur un 
fond qui fe foûcint fans ceffe entre douze & quatorze braffes. La latitude, de 
11 degrés 57 minutes. Depuis le 7 jufqu’au 8 à midi, il continua de porter 
Nord quart à l'Eft, & l'on fit environ vingt lieuës, à la vûe de la haute ter- 
re, qui s’éleve de collines en coilines. On prit ce jour-là une Barque de Saint 
Thomé. Le 9 à midi, on découvrit au Nord-Nord-Oueft la Viile de Mé- 
liapor à deux lieuës. La marque, pour la reconnoître, eft une montagne fort  Métiapor: 
haute, qui eft dans les terres. A deux lieuës au Sud de Paleakate, on trouve 
un banc, qui n’eft guères à plus d'un mille du Rivage, mais dont la pointe 
Nord-Eft s’en écarte de plus d'une lieuë. On s’en approcha imprudemment 
jufqu'à ne trouver que trois braffes de fond; ce qu’on peut éviter fans pei- 
ne en fe tenant toûjours fur dix ou douze braffes. Le 9, à quatre heures après- 
fmidi,on mouilla vis-à-vis la Ville, [qui s’étend à l'Oueft quart au Nord.] Elle 
a, au Nord, une croix qui peut être apperçue à deux o4 trois milles du Ri- 
vage; mais, de ce lieu, on ne pzut découvrir la Ville même. Ilippon, ne On rive 
trouvant point cette Rade commode, s’avança plus au Nord, & jetta l’an- ! re 
cre fur huit braffes. Le 10 à mudi, ils virent paroître une Barque, qui vintà uno 
bord de la part du Gouverneur. Browne & Floris prirent le parti de defcen- 
dre au Rivage, mais dans la Chaloupe du Vaifleau, qui fut malheureufement 
renverfée parune vague en paffant la barre, fans qu'il y eut néanmoins perfon- 
ne de noyé. Paleakate eft fituée au 13. degré 13 minutes de latitude, Le 13 
l'Auteur trouva la variation d'un degré 15 minutes par le demi-cercle. 
Le 15, Hippon defcendit lui-mème à terre, pour conférer avecla Gou- 
vernante ; mais il revint à bord le jour füuivant , fans avoir pl s’accorder fur 
Pp 3 es 


Hirron. 
10611. 


Hipponentre 
dans la Rade 
de Petapoli, 


Il eft invité 
au commerce, 


ll fe rend à 
Maiulipatan, 


39929 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


les articles du commerce. Dès le même jour il leva l'ancre pe pquer Po. 
tapoli. Il s'avança l'efpace de trente lieuës jufqu'au 17 à midi, à A atitude 
de 14 degrés 15 minutes, en portant fans ceffe Nord quart à l'Eft. Du 17 
au 18, il fit environ vingt-trois lieuës, vers le Nord, mais d'un fi mauvais 


tems qu'il fut obligé de renoncer aux obfervations. Le 18 au matin, fi dé. ps 


couvrit à quatre milles de la terre une galiotte, qui étoit fur fept braffes 
d'eau; elle fe tint tranquille jufqu'à ce qu'il fut fort près d'elle; mais alors 
elle s'engagea entre des bancs de fable. ge il changea fa courfe du Nord. 
Nord-Ef à l'Eft-Nord-Eft & à l'Eft quart au Nord ; mais trouvant peu d'eau 
jufqu'au-delà d'une ouverture d'environ deux lieuës, qui forme une petite 

aye dans les terres. Le 18, depuis midi jufqu'à cinq heures, il porta Nord- 
Eft quart à l’Ef, pes trouver plus d'eau, parce que la Côte s'avance ici 
beaucoup plus à l'Éft. A cinq heures, on apperçut, à la diftance d'environ 
fix lieuës, une touffe d'arbres , qui eft proche de Petapoli, la terre eft fort 
haute au Nord-Oueft de cette Ville. A fept heures on mouilla fur neuf braf- 
fes. Le lendemain au matin on s’avança vers les arbres; & vers neuf heures, 
on jetta l'ancre fur cinq braffes, à deux milles du Rivage. 

EUX Barques, qui portent dans ce lieu le nom de Gingathes ,apportèrent 

à bord une lettre des Marchands de la Ville. Elles furent fuivies prefqu'auft- 
tôt d'une autre Barque & d’un Mceffager de la part du Scha-Bandar. C'étoient 
des invitations à defcendre pour le commerce. On y répondit civilement, & 
le lendemain, Hippon reçut un préfent du Scha-Bandar, avec deux nouvel- 
les Barques pour les Faéteurs du Vaiffeau qui voudroient defcendre à terre, 
Cinq Anglois, Floris, Lucas, Effington, Adam Dounton & Leman, s’of- 
frirent les premiers. Is furent fi bien reçus par le Scha-Bandar & les Mar- 
chands, qu'ayant renvoyé à bord le 21, pour marquer leur fatisfaétion, le 
Capitaine ne fit pas difficulté d'entrer le même po dans la Rade, ES ilké 
jetta l'ancre fur neuf brafles & demi Em a marque, pour palier la 
Barre fans danger, eft un petit Palmier fur le bord de la Côte, vers la 
pointe Nord de la colline. L’Auteur trouva la variation de 12 degrés 27 
minutes. 

Le 28, Floris & Effington revinrent à bord ; & le foir, on partit pour 
Mafülipatan, avec le vent au Sud-Eft: On y arriva le 30. Je fupprime les 
obférvations de la route , parce ge ne regardent que les vents QE ui 
ne font pas toûjours les mêmes. On ne trouva nulle part plus de cinq braffes 
dans ces deux jours de navigation ; & la Rade de Mafülipatan, où l’on jet- 
ta l'ancre à cinq heures, n’a pas plus de trois brafles & demi [Un grandit 
Arbre, qui fert de Lu er pour entrer dans la Rade, eft fitué Oueft quart 
au Nord, tirant à l'Oueft. La Côte méridionale court au Sud quart à l'Ouelit, 
tirant au Sud, & la Côte feptentrionale s'étend au Nord-Eft, tirant à l'Eft.] 
Le 31, les Faëteurs defcendirent à terre, pour y demeurer au nombre de 
cing; Floris, Efington, Simon Evans, Cuthbut, Whitfield & Arthur-Smith. 
L’Auteur obferva le 28 de Décembre que la variation étoit de 12 degrés 22 
minutes. ON 


(4) C'eft pourquoi nous n'avons pas cru Relation remarque que le pays qui eft à l'E 


devoir fuppléer ce que le Traduéteur a fup- de Petapoli s'étend Eft quart au Sud, & Ouelt 
primé ici. La feule chofe qui mérite peut-être | 
d'avoir place ici, c'eit que l'Auteur de cette 


quart au Nord, R. d. E, 


ON 

kg” même 

on vit 
& don: 
anvier 
e). Le 
49 min! 
Le 7 
avoient 
Petapol 
14, que 
kl'acre | 
ou de S 
ta l’Anc 
éloigné [ 
l'on avo 
tié Nord 
onremit 
ne au Su 
qu'Hipp. 
ce Port, 
tranfport 
gs dar 
e voyage 
Le pré 
Xpavoir fai 
nutes de 
demi-cerc 
de 13 de 
tes. De 
lieuës , & 
tion étoi 
orté à l’ 
ait fept 
le foir, le 
grés 15 
qu'au 24 
entre Oud 
va fous | 
Dervu 
vingt & 
obfervé 1: 
& l'ampli 
minutes. 


@(e) Il fa 
la Rade don 
bointe dont 


ner Pe. 
atitude 
Du 17 
ne 
il dé. 
Fner 
is alors 
u Nord- 
eu d’eau 
e petite 
a Nord- 
ance ici 
"environ 
eft fort 
suf braf- 
"heures, 


ortèrent 
fqu'aufli- 
C'étoient 
ment, & 
 nouvel- 
‘à terre. 
an, s’of- 
les Mar- 
tion, : 
, [où il 
der la 
, vers la 
egrés 27 


rtit pour 
prime les 


, qui 
Os 
Ton jet- 
n grandx 
eft quart 
l'Ouelit, 
à l'Ett.] 
ombre de 
r-Smith. 
egrés 22 

ON 


j eft Al'EÎ 
d, & Oueit 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. II. 303 


ON remit le 40 à la voile pour retourner à Petapoli, où l'on arriva le Hirron. 
x} même qe à 8 heures du foir, après étre parti à 7 du matin. [Sur la route 1612. 
on vit à midi, du côté du Sud, une Pointe qui s'étend Sud quart à l'Oueft; 
& dont la latitude étoit 25 degrés 57 minutes.] Marten obferva, le 4 de 
anvier , la latitude de cette Rade, qu'il trouva de 15 degrés 36 minutes 
&, Le 15 & le 26 ayant renouvellé fes obfervations , il trouva 15 degrés 
49 minutes. | 
Le 7 de Février, les Faéteurs revinrent à bord avec les marchandifes qu'ils 1! revient à 
avoient achetées ; &, le 11 à fix heures du matin, on fortit de la Rade de Petapoli, & 
Petapoli avec le vent au Nord-Nord-Oueft. On eut fi peu de vent jufqu'au Par après fon 
14, que la crainte des Courans, D portoient au Nord-Eft, fit demeurer à | 
Kl'ancre à fix lieuës de la Rade, [Le 12 on fit voile par un vent de Sud-Ett, 
ou de Sud-Eft quart à l'Eft, jufqu'à trois heures après-midi; & alors on jet- 
ta l'Ancre fur neuf brafles d'eau. Suivant le calcul de l’Auteur, on s'étoit 
éloigné de fix lieuës de la Rade, en tirant au Sud-Oueft quart au Sud ; & 
l'on avoit à l'Oueft moitié Sud, les Terres hautes qu’on avoit à l'Oueft moi- 
tié Nord , quand on étoit dans la ver Le 14, à quatre heures du matin, 
onremit à la voile avec le vent au Sud-Sud-Eft, & l’on porta avec affez de pei- 
ne au Sud-Eft & au Sud-Eft quart au Sud. [Il y a beaucoup d'apparence 
qu'Hippon reprit vers Mafülipatan, & qu'ayant paifé quelques femaines dans 
ce Port, il y reprit les Faéteurs qu'il y avoit laiffés; car la Relation nous 
tranfporte tout-d'un-coup au 20 de Mars, fans aucune trace de ce qui s'eft 
affé dans l'intervalle, & les mêmes Faéteurs reparoiffent plufieurs fois dans 
e voyage. 
Le : d Mars , on fut furpris par le calme. Le lendemain à midi, après 
tpavoir fait fept lieuës [au Sud-Sud-Oueft], on fe trouva à 2 degrés 26 mi- 
nutes de latitude. La variation étoit le foir de 13 degrés 57 minutes par le 
demi-cercle ; & l'amplitude, de 4 degrés 27 minutes , qui étant fouftraits 
de 13 degrés 57 minutes, faifoient, pour la variation, 9 degrés 25 minu- 
tes, Depuis le 21 à midi, jufqu’au 22 à la même heure, on fit quinze 
lieuës , & la latitude fe trouva d'un degré 34 minutes. Au foir, la varia- 
tion étoit de 20 degrés 10 minutes; ce qui fit voir qu'on avoit été em- 
orté à l'Oueft par un grand Courant. Le lendemain à midi, après avoir Continuation 
Fait fept lieuës Sud quart à l'Eft, on trouva la latitude de 57 minutes , &, EE er 
le foir, la variation de 10 degrés. L’Azimuth magnétique étoit de 15 de- ins, 
grés 15 minutes ; & l'amplitude, 5 degrés 13 minutes. Depuis le 23 juf- 
qu’au 24 à midi, on fit vingt-trois lieuës Sud quart à l’Eft, avec le vent 
entre Oueft & Sud-Oueft; après quoi, fuivant les informations, on fe trou- 
va fous la Ligne. 
Depuis le 24 jufqu'au 25 à midi, on avança au Sud-Sud-Eft, l’efpace de 
vingt & une lieuës , jufqu’à 57 minutes de latitude du Sud. L’Auteur ayant 
obfervé la variation trouva l'Âzimuth magnétique de 17 degrés 40 minutes, 
& l'amplitude de 6 degrés; ce qui donnoit pour la variation 9 degrés 40 
minutes. 


DeEpruis 


@(e) Il faut qu'il y ait ici une erreur; car qu’au lieu de Petapoli, on devroit lire ici Ma- 
là Rade dont il s’agit eft plus au Nord que la  fulipatan, 
pointe dont il vient d'être parlé, Peut-être 


blirron, 
1012, 


lfles voifines 
de Bantam, 


Jaukaparce. 
4 


Montagne 
äc Mompine, 


304 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Derurs le 25 à midi jufqu'au 26 à la même heure, on fit quinze lieuts 
au Sud-Sud-Elt, avec un vent variable entre le Nord-Nord-Oueit & l'Oueft. 
Sud-Oueft, La latitude fe trouva d'un degré 30 minutes. Au foir, l'Azi. 
muth magnétique portoit 15 degrés 5 minutes ; X l'amplitude, 6 degrés 21 
minutes: par conféquent la variation 8 degrés 54 minutes, 

f) Duruis le 31 à midi juiqu'au premier d'Avril à midi, le vent demeura 
su trés-foible, On fit douze lieuës en portant à l'Eft-Sud-Eft, & la latitu- 
de fut de 4 degrés une minute, Du premier au fecond, vingt & une lieuës & 
deux tiers Sud-Eft quart à l'Eft, & la latitude 4 degrés 24 minutes. Suivant 
le calcul de l'Auteur, qui fe trouva d'accord avec fes obfervations, on avoit 
douze lieuës Eft-Sud-Eit, & deux lieuës (g) Sud & quart à l'ESt. Au ma- 
tin, l'Aimicanter & l'Azimuth magnétique portoit un degré 30 minutes , 
l'amplitude 8 degrés 47 minutes; ce qui fafoit pour la variacion 7 degrés 
27 minutes. Vers deux heures du matin, la mort enleva un Marchand , 
nommé Adam Douglas. Du 2 au 3, on fit crente-deux lieuës, & l'on fe 
trouva vis-à-vis la partie la plus Occidentale de l'Ifle d'Engam (h). Le 26, 
à quatre heures après-midi, on jecta l'ancre dans la Rade de Bantam , fur 
quatre brafTes & demi de fond, Pulo-Panian orte Nord, Pulotando Nord- 
Oueft quart au Nord, Puloduo Eft-Sud-Eft, & la pointe la plus Occidentale 
de Puloranzo Nord-Oueft quart au Nord. La pointe la plus Orientale de Pu- 
Jolimo touche pre‘que à la pointe Occidentale de Java. Aufli-côt qu'Hippon 
eut mouillé l'ancre, Spalding, l'aéteur Anglois de Bantam, vint à bord avec 
deux autres Anglois du Comptoir. … 

Le 31 de May, à quatre heures après-midi, les Marchands qui étoient 
defcendus à terre, rentrèrent dans le Vailleau ; & vers neuf heures, on rc- 
mit à la voile en portant au Nord-Nord-Eft avec le vent au Sud. Le pre- 
mier de Juin, on eut un fi mauvais tems, qu'on prit le parti de mouiller 
contre l'ifle de Pulotando, fur un fond de dix-neuf brafles. Le lendemain, 
on partit avec le vent au Sud-Eft, & l'on ne trouva bientôt que cinq braf- 
fes , qui diminuèrent encore jufqu'à quatre, L'Ifle eft couverte de bois , 
& fa longueur paroît d'environ quatre milles. On apperçoit à peu de dif- 
tance une chaîne de rocs & de fables. Depuis fix heures au matin qu'on a- 
voit mis à la voile, jufqu’à midi, on fic fept lieuës Nord quart à l'Ouef. 
Vers huit heures, on découvrit du haut des mâts Lukapara, à huit ou neuf 

lieuës de diftlance. Le 7, on fit encore fept licuës jufqu'a midi, en por- 
tant au Nord-Oueft. Vers dix heures on apperçut la montagne de Mom- 
pine, au Nord-Eft, à la diftance au moins de huit lieuës ; après quoi l'on 
ne trouva jamais moins de dix brafles aux langues baffes de Sumatra. Le 
9 à cinq heures du matin, on porta au Nord-Oueft quart au Nord, comme 
la Côte s'étend elle-même, mais on ne s’approcha pas à plus de trois ou qua- 
tre lieuës de la pointe de Mompine, parce qu'il fe préfente une chaîne de 
rocs à deux lieuës de la pointe Orientale de Sumatra, qui eft la feptième 
pointe des Détroits. 
deur de l’eau augmenta de dix jufqu’à quatorze braffes. 


(f) La ade, Seétion commence ici dans l'O- 
ciginal, R. dE, 
(g) Angl, dix lieuis. KR. d. E, 


matia, 


KOueft, à 


[Ces Rocs s'étendent de l'Eft à l'Oueft.] La profon-f 
Quand on a Mom- 
pine 


> (Ch) Cette Ile eft au Sud-Oucft de Su- 


pine au 
degré 3 
æ 1! 
Nord-O 
foir, on 
main à 
trouva 4 
loignée 
aulh, m 
teur déc 
Dour la | 
ieuës O 
haute te 
trois pet 
Le 1 


degré 34 


Nord-Qr 
midi, l’4 
Le 13, 
au Nord 
toient fr: 
rendre | 
cette nui 
qu'une br 
va fur di 
on fit di 
& le fon 


l'Auteur 
on n’avo 
ai fi 
icuës , à 
n'étoit q 
d'une lie 
douze he 
le Vailes 
u'on eût 
re le pal 
éviter de 
La latitud 
DEru 
licuës No 


«(i) Nou 
tir que not 
phe que À 
fuivre dans 
Confervons 


IL. Pa 


» lieuts 
l'Oueft- 
, l'Azi- 
grés 21 


lemeura 
a latitu- 
ieuës & 
Suivant 
on avoit 
Au ma- 
\inutes , 
» degrés 
rchand , 
. l'on fe 

Le 26, 
im, fur 
lo Nord- 
cidentale 
ile de Pu- 
r'Hippon 
ord avec 


i étoient 
$, on rce- 
Le pre- 
mouiller 
hdemain , 
inq braf- 
de bois , 
u de dif: 

u'on 4- 
| l'Oueft. 
t ou neuf 

en por- 
de Mom- 
quoi l'on 
atra. Le 
|, comme 
DIS OU qua- 
chaîne de 
feptième 


a Mon- 
pine 


Oucft de Su- 


degré 35 minutes & le fond de vingt-cinq braffes , 


La profon-Kÿ 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cm IL 305 


pine au Sud-Eft , on eft délivré des rocs. 
degré 39 minutes, 

æ 10, vers trois heures du matin, on découvrit à trois licuËs au Nor1- 
Nord-Oueft , une Ifle de petite étendue, Deus widi jufqu'à fix heures du 
foir, on fit Gix lieuës au Nord; & depuis fix heures du foir jufqu'au lende- 
main à midi, on fit dix-huit lieuës en continuant la même courfe. On fe 
trouva alors à un degré de latitude du Nord, à la vûe de deux les; l'uneé- 
loignée de fept lieuës au Sud-Ouelt quart à l'Oucit ; l'autre de fept licuës 
auf, mais à l'Oueft-Sud-Ouelt, Le fond étoit de vingt-cinq braffes. L'Au- 
teur découvrit du haut des mâts une haute terre à douze lieuës, qu'il prit 
pour là haute terre de Bancam (1). Depuis midi jufqu'a fix heures, on fir {ept 
feuës Oueft quart au Nord. Le fond fe trouva de vingt-cinq braffes , & la 
haute terre de Bantam ne parut plus alors qu'à fix licuës, 
trois petites Iles à l'extrémité Sud-Eft de cette Ifle. 

Le 19, on fit cinq licuës, Nord quart à l'Eft, La latitude fe trouva d'un 
[& à dix licuÿs Oucit 
Nord-Oueft de la Côte feptentrionale de l'Ifle de Bantam.] Dans l'après- 
midi, l’Auteur découvrit à neuf lieuës au Nord-Oueft, une [le affez haute, 
Le 13, depuis fix heures du foir jufqu'au 14 à midi, on avança neuf lieuës 
au Nord-Oueft quart au Nord , à caufe du Courant, Les calmes, qui é- 
toient fréquens, fervoient non-feulement à retarder la navigation , mais à 
rendre l’aétion des Courans plus difficile à furmonter. On fe crut pen lant 
cette nuit dans un grand danger, lorfqu'ayant jetté la fonde on ne trouva 
qu'une brafe de fond. Mais après s'être avancé en tremblant, on fe retrou- 
va fur dix & onze braffes. Depuis fix heures au matin du 15 jufqu'a midi, 
on fit dix lieuës Nord-Nord-Eft. La latitude étoit de 4 degrés 48 minutes, 
& le fond de trente brafles. A huit heures, on apperçut une Ifle au Nord- 


La latitude droit ce jour-là d'un 


On apperçoit 


KPOueft, à quatre milles, [& à cinq licuës du Continent fuivans le calcul de 


l'Auteur, elle étoit à 4 degrés, 35 minutes. ] La nuit ayant été fort calme, 
on n'avoit remarqué ve Courant, qui alloit vers le Nord. Depuis midi 
jufqu'à fix heures du foir, on porta au Nord-Nord-Oueft, & l'on fit huit 
Tiens , après lefquelles on découvrit une autre Ifle à l'Oueft quart au Nord. On 


n'étoit qu'à cinq ou fix lieuës du Continent, dont cette Ifle n'eft éloignée que 
d'une lieuë. Depuis le 16 à midi jufqu'’au dix-fept à la même heure, on fit 


douze heuës.au Nord-Nord-Queft; mais on découvrit taut-d'un-coup devant 
le Vaiffeau un roc abîmé, qui dans l'effroi dont on ne put fe défendre , quoi- 
u'on eût encore onze braffes d'eau à moins d'une lieuë du Rivage, fit pren- 
re le parti de tourner promptement au Nord-Eft; fans compter qu'on voulut 
éviter deux petites Ifles à l'Éft, qui ne paroifloient pas non plus fans danger. 

La latitude étoit ce jour-là de 5 degrés 54 minutes. 
Derurs le 17 à midi, jufqu'au lendemain à la même heure, on fit huit 
lieuës Nord-Oueft ; & le même nombre depuis le 18 jufqu'au 19, dans la mé- 
me 


«F(i) Nous avons déja eu occafon d'aver- 
tir que nous ne changerions rien à l'Ortogra- 
phe que Mr. Prévolt a trouvé-d-propos de 
fuivre dans les noms de lieux ; ainii nous 
onfervons ici le nom de Lantun, quoiqu'il 


II. Part. Qq 


ne s'agifle pas de Bantam dans l'Ile de Java, 
mais de la petite l'Ifie de Bintam, ou Bin- 
tang , dont il a déja été parlé cy-devant 
Vol, J. page 136. 


Ifles diver. 
fus, fonds & 
latitudes, 


Danger du 
Vaifiau A 


glois, 


flirron, 

1612. 

Roc dange- 
roux & fa fl 
tuation, 


Suites d'obfer- 
vations nauti- 
ques, 


VOAYGES DES ANGLOIS AUX 


me direétion. Le matin à fepc heures, Marten apperçut un petit roc h trois 
lieuts du Vaiffeau. Comme on s'en trouva fort près vers midi, il defcendit 
dans la Chaloupe pour s'affürer du fond, qu'il trouva de 12 braffes à la portée 
d'un jet de pierre, & de 6 braffes contre le roc. Cet écueil eft entre la pointe 
Oueft & la pointe Sud de la terre, à trois ou quatre lieuës de la prémière, 
& à deux ou trois lieuËs de l’autre, Depuis le 20 jufqu'au 21 à midi, on porta 
au Nord-Oueft pendant fix lieuës, Le calme obligea de mouiller deux fois 
dans le cours de la nuit, Depuis le2r jufqu'au 22 , on côtoya le Rivage, avec 
le vent à l'Oucft; après quoi l'on RPpErEue la balle pointe de fable de la Rade 
de Patane, à deux lieuts an Sud du Vaifleau, 

ON s'arrêta dans cette Rade pre 4 d'Août, qu'on remit à la voile avec 
le venc au Sud -Sud-Oueft; & l'on porta fucellivement au Nord-Oueft , au 
Nord-Oueft quart à l'Oueft, &au Nord-Oucft quart au Nord, Suivant le cal. 
cul. de l'Auteur , depuis neuf heures pee midi, on fic dix licuës Nord-Oueft, 


306 


[& alors on cut les terres hautes de la Rade au Sud-Oueft, On trouva de-p 


uis midi juf: 
, jufqu'àa fx 
Le matin on 


puis trois, jufqu'à fept, huit & dix braffes de dar nr 
qu'à fix heures, dix lieuës; & huit lieuës, Nord-Nord-Oue 
heures du matin. Les vents furent variables dans cet efpace. 
découvrit la terre à dix lieuës. 

Dzruis le 6 au matin jufqu'à midi, on fit cinq lieuës Nord-Nord-Oueñ, 
& la latitude étoit de 8 degrés 7 minutes. Le fond de dix-fept braffes. 


LS l'on avoit à dix lieuës de diftance les terres hautes qui s'étendoient àx 


Oueft & au Nord, ] 5 midi jufqu'au 7 à la même heure, on porta au 
Nord-Nord-Oueft avec fort peu de vent. L’Auteur juge qu'on ne fit pas 
plus de fix lieuës: cependant la latitude fe trouva de 8 degrés 3 minutes. Du 
7 au 8, le vent fut encore trés-foible; ce qui n'empécha point de faire huit 


ou dix lieuës Nord-Nord-Oueft, fur dix-huit & vingt brafles de fond. [ De-x# 


uis le 8 jufqu'au 9, à midi, le vent fut encore foible &: variable, & la] 
atitude fut 9 degrés 40 minutes. Au matin, l’on apperçut deux Ifles. De- 
uis le 9 jufqu'au ro à midi, le calme rendit le Vaïffeau prefqu'immobile. 


On eut vingt & vingt-deux braffes de profondeur. Depuis le 10 jufqu'au 1114 


à midi, on n eut prefque aucun vent ], on fit néanmoins deux lieuës au Nord- 
Nord-Oueft , dans cet efpace. Le -vent recommença le jour fuivant, mais 
pour devenir fort variable, & l'on ne fit jufqu'au 12 que huit lieuës Nord 
quart à l'Oueft, fur vingt-cinq & vingt-fix braffes. Du 12 à midi jufqu'au 
13, on fit Nord quart à l'Ef, vingt-quatre lieuës, avec le vent au Sud-Sud- 


Oucft. On n'étoit qu'à fept ou huit lieuës du Rivage [ & l'on eut vingt-fixkf 


& vingt-huit braffes d'eau ]. 

Du 13 au 14, on fit feize licuës Nord quart à l'Oueft, avecun vent Sud- 
Oueft,.& depuis de -deux jufqu'a vingt-cinq braffes de fond, à cinq ou fix 
licuës du sb u 14 au 15, on fit feize lieuës Nord quart à l'Oueft 
avec le vent à l'Oueft, & le même fond, à fix lieuës de la Côte. - Du 15 
au 16, dix lieuës Nord quart à l'Oucft; mais le fond diminua jufqu'à neuf 
& huit braffes à quatre lieuës du Rivage. Enfüite on porta jufqu’à minuit à 
l'Eft & à l'Eft-Sud-Eft, jufqu’a ce que la fonde ne faifant trouver que quatre 
brafles, on fe hâta de baifler les voiles; mais le fond diminuant encore juf- 
qu'a trois brafes, on prit le parti de jetter l'ancre jufqu'au jour fuivant. Le 
18, on avança fur cinq brafles, ayant au Sud quart à l'Ouelit la pe 

| plus 


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partie la 
plus 


ANDES ‘ORIENTALES, Liv. IV, Cnap, NT, so 


plus Méridionale de l'Ifle (#4), & l'embouchure de la Rivière de Siam (7) Hirrow. 

au Nord, 1612, 
La 3 de Novembre on quitta cette Baye, & l'on prit au Sud-Sud-Eft 

pour fe dégager de l'Ifle, Le 4 à midi, la latitude étoit de r2 degrés 33 

minutes, après avoir fait je gen lieuës dans l'efpace de vingt-trois heu- 

res. On norta enfuite au Sud quart à l'Oueit , & l'on arriva le 11 à Patane, 
Puncuass, fe laffant ici de fuivre l'Auteur dans ce détail, abrége cout : Conclufon 

d'un-coup fa Relation. 11 ajoûte feulement que le Capitaine retourna de Pa- è remarque 

tane à Siam, où il avoit lailfé quelques-uns de fes gens, & de Siam à Para. % Purchaif 

ne; qu'il fit un fecond voyage de Mafülipatan à Bantam en 1614, & qu'il 


pprerourna en Angleterre [ où il arriva le 20 d'Août 1615, après avoir em- 


ployé environ quatre ans & huit mois à fon Voyage, ] La feule remarque qu'il 
ait confervée, & qui paroît affez importante, c eft que l'Ifle de Sainte-Hé- 
lène eft cent lieuës plus à l'Ouelt qu'elle n'eft marquée dans les Cartes. 


LATITUDES. 


PAlÉAkKARE ssrssssssse evoveutoonssee ms 13 30 
Mafulipatan , Pointe du Sud, 30 (m) 
Variation... PRE 22 

Petapoli....... svébooÉoeenco0oee eve 49 


Ch) Angl, Ayant au Sud quart à l'Oueft me y — cette Relation de Marten, on ne doft 
l'ile fa plus méridionale, & à l'E quart au pas être furpris qu'elle ne foit pas moins ob- 
Sud l'Ifle la plus Orientale, Sur cela les Au-  feure pour le terme que Le le progrès du 
teurs Anglois remarquenc que Purchaff au. Voyage, Peur être ce défaut vien-il » l'Ab- 
roit bien dû dire quelles étoient ces Ifles. bréviateur, à qui on le reproche dans plu- 
R dE fieurs autres Journaux, R T, 


(4) Comme rien n'a dû paroltre fi infor- Cm) Angl, 57. KR, d, E, 


LIT DC DS Se DELLE SR DEC DEC DE | 


CHAPITRE III. 


Journal de Peter Williamfon Floris, premier Faéteur du Capitaine Hippon 
dans le même Voyage. 


S' la Relation de Marten eft entièrement nautique, celles de Florisfebor. pions. 


ne refqu'uniquement aux tranfaétions, aux avantures, en un mot, aUX rGrr. 
faits hiftoriques qu'il a pris foin derecueillir dans de cours du voyage. Purchaff Remarque 
avoue néanmoins qu'il en a fupprimé une partie, & n’appelle ce qu'ilacon- furce Journal, 
fervé qu'un extrait, en nous apprenant que c’eft la traduétion de l'Original 
Hollandois; mais il n'explique point fi cet Original étoit imprimé ou manuf- 
crit, ni fi c'eft lui-méme qui a pris foin de le traduire. Pour la perfonne de 
Floris, il obferve que c’étoit un Négociant Tollandois, qui fuivit Hippon 
avec la qualité de premier Faéteur, & qu'étant revenu en Angleterre en 
1615, il mourut à Londres deux mois aprés fon retour. Les Anglois efti- 
Qgq 2 ment 


FLonts 
1011. 


Départ du 
Globe. 


Le Ginfeng 


apporté à Sal- 
danna par les 


Hollandois. 


Erreur des 
cartes fur l'Ifle 


de Ceylan, 


Paléakate. 
Les Anglois 


y defcendent, 


38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ment fa Relation (4), non-feulement parce qu’elle contient des particulz. 
rités intéreantes, mais encore parce que la liberté avec laquelle Floris cen. 
fure les Hoïltandois , fes Compatriotes , eft une preuve continuelle de fa 
bonne-foi. | 
Le Globe ayant mis à la voile le 5 de Février 1611, arriva le 21 de Ma 

dans la Baye de Saldanna. 1ly trouva trois Vaifleaux, deux defquels comman. 
dés par Ifaac Le Maire, & par Henryk Brouwer, l'envoyérent faluer par leurs 
Chaloupes. 1 n'y avoit pas beaucoup derafraîchiflemens àfe promettre dans 
cette faifon, quiétoit l'Hyver du Pays, fur-tout après des pluyes violentes , dont 
les traces paroifloient encore dans les campagnes, quoique les monts fuffent 
couverts de neige. Les Anglois firent beaucoup de recherches , pour découvrir 
Ja racine de Ginfeng, dont les deux Vaifleaux Hollandois avoient apporté la 
connoiffance dans ce pays, en revenant du Japon où les Européens avoient com. 
mencé à connoître cette plante. Mais les nouvelles feuilles ne faifant alors que 
pouffer fans être encore CEUCOER ES) ils n’auroient pas tiré beaucoup de fruit 
de leurs recherches, s'ils n’euflent reçû des explications plus capables de les 
inftruire. La véritable faifon, pour recueillir le Ginfeng, eft le mois de Dé- 
cembre, & ceux de Janvier & de Février, parce que c’eft le tems de fa matu- 
rité. Les Habitans de la Baye le nomment Karera (b),. 


APRÈS avoir pris fa provifion d'eau, [& s'êcre chargé de huit moutons ,f# 


& vingt bœufs] de Globe fe remit en Mer, & continua fa navigation jufqu'au 
10 de Juin, qu'une furieufe tempête, me OU d’un tonnerre épouvanta- 
ble, faillit de le fubmerger près de Tierra de Natal. Le premier d'Août, il 
fe trouva à Ja hauteur de la pointe de Galle dans l’Ifle de Céylan. Il füuivit la 
Côte jufqu'a Négapatan, dont il eut la vûe le 6. Mais les obfervations firent 
trouver dans ce lieu une erreur de 28 lieuës fur la carte. Les Hollandois qu'on 
avoit rencontrés dans la Rade de Saldanna, avoient remarqué la même cho- 
fe. On ne trouva pas non plus l’Ifle de Céylan auffi large que les Géographes 
le prétendent. M. Mulleneux a pic le Cap ou la Pointe de Galle à 4 degrés 
de latitude, au lieu de 6, qui eft fa véritable pofñtion. Vers le foir, on paf 
fa devant la Rade de Négapatan, & l'on apperçut diftinétement la Ville & les 


maifons. 


[LE 7 on pañla Lanagapatan, où les Hollandoiïs fe font laflés d’avoir uns 


Comptoir, à caufe du peu de commerce qui s’y fait.] 
LE 8, on fe trouua vis-à-vis Saint Thomé, & le 9 à Paléakate, où l'on 
n’aborda qu'après avoir paité fur une baffe d’un demi-mille (c) de longueur, 
ui n’a guêres que trois brafles de fond. Il vint deux Chaloupes au-devant du 
Vaifeas, l'une de la part des Hollandois, l’autre du Scha-Bandar , avec un 
fauf-conduit pour s'approcher du Rivage. L’Auteur defcendit avec M. Brown; 
mais la mer devint fi groffe , que leur Chaloupe fut renverfée par une vague, fi 
heureufement 


(a) Elle fe trouve dans le Vol. L pag. 319.  nois, à caufe de la propriété qu'elle a de foiti- 
de Purchaffs Pilgrims. fier l’eflomac. Les Hottentots ajoutent-is, 
(b) 1 y a dans l'Original Kama, furquoi lui attribuent la même vertu, & elle eft auf 
les Auteurs Anglois remarquent qu'on fuppo- rare au Cap de Bonne-Efpérance, que dans la 
fe que cette racine (qu'ils ont nommée au- ‘artarie Orientale. R. dE. 
paravant AMingim, & non Ginfeng, comme le (ec) Angl. Sur une baffle qui a plus d'unc 
‘Traducteur l'appelle) eft la même que laRa- portée de moufquet en longueur. KR, d. E. 
cine Ginfeng , qui eft fi fort cftimée des Chi- 


Ang 
vers 
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reçu 
la ra 
reçu 
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cent; 
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n jufqu'au 
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Août, il 
| füivit la 
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dois qu'on 


moutons ,Kÿ 


INDES ORIENTALES, Liv, IV. Cuar. III. 309 


Prince pour obtenir la liberté du commerce. Comme cette négociation de- 
mandoit plus de deux mois, & leur auroit fait perdre la Mouffon pour Patane , 
fans compcer l'incertitude du fuccès contre des ennemis qui préparoient déja 
pour le Roi de Narfingue un préfent de deux Eléphans, ils réfolurent de conti- 
nuer leur courfe vers Petapoli & Mafulipatan. 

ILs arrivèrent le 20 à Petapoli. Le Gouverneur leur ayant envoyé un Kaul, 
ils convinrent avec lui que les droits de la Douäne fe réduiroient à trois pour 
cent; & fur cette convention ils ne firent pas difficulté de décharger quelques 
marchandifes, dans la réfolution de laiffer deux Faéteurs pour le commerce, & 


rticula- heureufement néanmoins ” ne fe noya perfonne. Le Scha Bandar étant venu 
oris cen- lui-même à leur fecours, leur offrit une maifon pour les loger, & leur promit 
lle de fa une lettre du Roi pour la Gouvernante Konda Maa. Le 11, Jean Van Wer- 

ficke, Préfident Hollandois de la Côte de Coromandel, leur fit voir un Kaul, 

r de May c'eft-à-dire, un ordre de Venkapati Raja, Roi de Narfingue, qui défendoit 
comman- le commerce à tous les Vaifleaux de l'Europe, s'ils n'avoient une Commiflion 
par leurs du Comte Maurice. Ils répondirent que celle du Roi d'Angleterre leur fufifoit ; 
tre dans fur quoi les expreflions devinrent fi vives, que le Scha Bandar employa tous 
tes , dont fes efforts pour calmer les efprits, en aflürant que la Gouvernante devoit ar- 
ts fuffent river dans trois jours. 
découvrir Ex effet, Konda Maa fit fon entrée dans la Ville le 17, & le Capitaine  Iisn'obtien. 
À la Anglois defcendit au Rivage pour lui faire fa cour. Mais lorfqu'il s’avançoit nent rien du 
ent com- vers elle, il reçut l'ordre de remettre fa vifite au lendemain. Les Anglois Gouvemne 
alors que attribuërent cet incident aux mauvais offices des Hollandois, & n'ayant pas id 
p de fruit reçu le nouvel ordre qu'ils attendoient le jour fuivant, ils en firent demander 
es de les la raifon au Scha-Bandar, qui leur fit répondre que les Hollandois avoient 
Is ac Dé: reçu du Roi unprivilége exclufif, & qu’il falloit par conféquent s'adreffer à ce 


Ils fe rendent 
à Petapoli. 


ême cho- de conduire leur Vaifieau à Mafulipatan , où la Rade eft beaucoup plus com- 

éographes té mode. [Ils y arrivèrent fur la fin d'Août, Zaldkhar Khan , leur fit avoir un 

à 4 degrés Kaul]. Ils réfolurent d'envoyer un préfent à Mir Sumela, un des principaux 16712. 

, on paf Officiers du Roi, & Préfident de fes Revenus à Kondapoli, pour s'aflürer de : Mortd'un 
Ville & les fa protection contre l2 mauvaife foi des Officiers inférieurs. Le 20 de Janvier , nu 


kon apprit la mort de Kotohara, Roi de Badaga [ou Lollongana] & de Mafüu- jes Anglois. 
l'avoir unyé 


, où l'on 
longueur, 
devant du 
avec un 
M. Brown; 
e vague, fi 
reufement 


elle a de forti- 
ajoutent-iis » 
elle eftauñli 
, que dans la 


a plus d'une 
.R dE. 


lipatan. Il étoit à craindre quelle ne fût fuivie de beaucoup de défordres ; mais 
ils furent prévenus par la prudence de Mir Mafüunim , qui fit élire auñi-tôt 
Mahmud-Unim Kotohara, neveu du Roi, mort fans enfans. Sous le der- 
nier régne, les Perfans avoient eu dans le Royaume une autorité fans bornes, par 
l'infidélité de Mir Sumela, qui afpiroit à la Tyrannie (d). Le jeune Monarque 
prit une conduite tout-à-fait oppofée. 

LE Gouverneur trompa les Anglois dans un marché de draps & de plomb. 
11 prétendit s'être accordé avec Floris pour la fomme de quatre mille pagodes, 
& fa feule preuve contre ce Marchand qui défavouoit le traité, fut qu'étant Mir 
& defcendu de Mahommed, fon témoignage devoit l'emporter fur celui d’un 


x-Chrétien. Floris, qui n’avoit pas le tems de porter [a Golconde] fes plaintes 


au nouveau Roi, auroit eu peine à fe garentir de cette injuftice, fi les Mar- 
chands du Pays n’euflent employé leur interceflion en fa faveur. 
Les 


(d) Angl, qui étoit la caufe de ce Gouvernement tyrannique. K. d. E, 


Qa 3 


‘810 VOYAGES DES ANGLO:I1S AUX 


FLonrs, Les affaires du commerce étant terminées à Petapoli, & la Mouffon deve. 
1612. nant favorable, on-mit à la voile pour Bantam, où l'on arriva le 26 d'Avril 
A fe rendent. 1612, Les nouvelles éxaétions - s'introduifoient dans cette Ville, avoient 
potene do PAR prendre aux Hollandois la réfolution de fe retirer à Jakatra, & les pré- 
mécontente. _ paratifs fe faifoient pour leur départ: ce qui n'empêcha point les Anglois, qui 
ment des Hol. : n'avoient pas alors de Maifon à Bantam, de s’accorder avec le: Gouverne- 
landols, ment pour le droit d'Entrée, qui fut reglé à trois pour cent. David Middleton 
avoit entrepris, dans cetems-là, d'établir un Comptoir à Sukkadonia, & 
Spalding travailloit encore à le foûtenir; mais on reconnut enfuite que l'in- 
térêt particulier avoit eu plus de part à cet établiffement que le zéle du bien 
public. ( 
ls vontà * ON partit de Bantam le premier de Juin, & l'on arriva le 22 dans la Rade 
en d de Patane, où fe trouvoit alors le Bantam, Navire d'Enckuyfen, qui apprit 
la Reine. aux Anglois les ufagés du Pays. Ils defcendirent à terre le 26, avec beaucoup 
d'appareil, & un préfent de fix cens piéces de huit, dont la lettre du Roi 
d'Angleterre devoit être accompagnée. On n'épargna rien pour leur fai- 
re un accueil honorable, “La lettre fut mife dans un bafñin d'or, & por- 
tée fur un Eléphant couvert de-.riches parures, [& fuivi de Muficiens, &y# 
de plufeurs perfonnes qui portoient des lances & de petits étendarts]. La 
-Cour de la Reine étoit d’une magnificence étonnante. Cette Princeffe ne 
‘fe fit pas voir aux Anglois ; mais elle lut leur lettre & leur accorda la 
permiffion d'éxercer le commerce en in les mêmes droits que les 
Hollandois. Après { cette myftérieufe audience, ] ils furent conduits chez 
Daton Laxmena, Scha - Bandar , dont l'office étoit de traiter avec les E- 
trangers, & qui leur fit fervir un rafraîchiffement de fruits. Ils virent en- 
fuite Oran -Raja Sirnona , qui ne les reçut pas avec moins de politef- 
fe. Le jour fuivant, la Reine leur envoya des vivres & des fruits en abon- 
dance. Le 3 de Juillet, une Pinaffe Hollandoife nommée le Lévrier, qui a- 
voit apporté des lettres de Bantam aux Angloïs, mit à la voile pour le Japon, 
fans ôfer confier fon deffein à d’autres qu’à Floris (e), parce que les Japo- 
nois étoient alors en guerre avec Patane, & l’avoient brûlée deux fois dans 
. l'efpace de fix ans. Cette haine d’une Nation fi puiffante & fi hardie fit dé- 
ge A9 libérer aux Anglois s'ils devoient ufer de la liberté que la Reine leur accor- 
Magazin à Pa doit de bâtir un Magazin dans la Ville. Il falloit du moins le faire à l’épreu- 
tance. -ve du feu, ou dans quelque lieu dont il ne pâût approcher. Ils demandèrent 
leur coûte une place qui leur fut accordée, proche du Comptoir Hollandois, mais qui 
fort cher. leur fut vendue bien cher. Quatre mille piéces de huit, que leur coûta le ter- 
rain, joint aux frais d’un bâtiment de quatre-vingt toifes (.f) de long fur qua- 
tre dé largeur , leur auroient paru une fomme exorbitante, fi leur courage 
-n'eût été foûtenu par l'efpérance d'en recueillir les fruits. Les maladies qui 
Malheurs fe répandirent dans le Vaifleau, y caufèrent beaucoup de ravage. Le Ca- 
qu'ils efMy-  pitaine Hippon fut une des premières viétimes de cette contagion. [Il mou-Ké 
rut le 9 de Juillet.] Les boëtes furent ouvertes fuivant la méthode dont on 
‘ î a déja 


(e) Angl. qui avoit apporté des Lettres de de remettre elle-même fans quoi cette Lettre 
William Adams aux Anglois de Bantam, mit  n’auroit pas pù parvenir. R. d. E. 

à la voile pour le Japon. Elle portoit la ré- (f) Angl. huit toifes. R. d. E. 

ponfe dela Compagnie, qu’elle avoit promis ÉALUET 


1 deve- 
d'Avril 
voient 
es pré- 
is , qui 
Iverne- 
idleton 
ia , & 
se l'in- 
lu bien 


1 Rade 
apprit 
aucOUP 
du Roi 
eur fai- 
& por- 
ns, WE 
]. La 
efTe ne 
orda la 
que les 
s chez 
les E- 
ent en- 
politef- 
| abon- 


qui a- 
Japon, 

Japo- 
is dans 
fit dé- 


accor- 
’épreu- 
dèrent 
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fur qua- 
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feau re: 
de Siarr 
n'avoit 
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ne perr 
être bic 
PEN 
Jahor, 
qui cau 
ans aup 
venoit d 
alors, F 
fournir. 
À pein 
La raifo 
laca une 
dois en : 
res faifo 
& à Tar 
peine à 
fits mon 
te carga 
Perfons. 
LE 9 
ne Eilin, 
Siam , & 
vient de 
puis que 
guées po 
tane les 
d'autres 
tam, & 
tenoit à 
ne. L'A 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar, Il. git 


a déja vû l'éxemple, Brown, qui fe trouvoit nommé dans la première, étoit 
déja mort. La feconde nommoit Thomas Effington, qui prit aufli-tôt pof- 
feilion de fon Emploi. Pour augmenter la confternation des Anglois, leur 
nouvelle Maifon fut volée pendant la nuit. Ils y étoient au nombre de quin- 
ze; ils avoient une lampe allumée, un homme armé, & deux doguesd'An- 
gleterre, qui faifoient la garde ; ce qui n'empêcha point qu'on ne leur enle- 
vât deux cens quatre-vingt-trois piéces de huit. ais un événement fi ex- 
traordinairé fit foupçonner que le vol venoit de quelqu'Anglois même, quoi- 
qu'on n'en ait jamais pû découvrir les Auteurs. 

FLoris, Jean Perfons, & fix autres Marchands furent luiffés à Patane 
pour la vente des marchandifes & le foutien du Comptoir , tandis que le Vaif- 
feau remit à la voile au mois d’Août, dans la réfolution de faire le voyage 
de Siam. Effington avoit penfé à s’en ouvrir les voyes par fes lettres ; mais il 
n'avoit point eu d'occafion pour les envoyer par mer; & la route, parterre, 
étoit infeftée par les tygres, & traverfée par un grand nombre de Rivières, qui 
ne permettoient point aux Habitans mêmes du Pays de l'entreprendre, fans 
être bien accompagnés. 


FLORIS. 
1612. 


Le Globe part 

‘ pour Siam, 
“oris eft lail- 
{fé à Patanc, 


PENDANT fon abfence, qui dura jufqu'au mois de Novembre, le Roi de 


Jahor, ou de Jor, vint brûler les fauxbourgs de Pahan & Camponfina; ce 
qui caufa une difette extrême dans tout le Pays. Floris qui avoit fait, quatre 
ans auparavant , le voyage de Patane fur un Vaiffeau de fa Nation, fe fou- 
venoit d’avoir vendu fi promptement toutes fes marchandifes, qu'il fembloit 
alors, pour me fervir de fes expreflions, que l'Europe entière n’auroit pû 
fournir de quoi raflafier l'avidité des Indiens. Mais les tems étc.ent changés. 
A peine la curiofité lui amenoit-elle des fpeétateurs, au lieu de Marchands. 
La raifon qu’il en donne, eft que les Portugais apportoient tousles ans de Ma- 
laca une quantité régulière de marchandifes de l’Europe, & que les Hollan- 
dois en avoient rempli Bantam & les Moluques ; fans compter que les Mo- 
res faifoient eux-mêmes une partie de ce commerce à Tanafferim, à Siam, 
& à Tarangh, Port nouveau dans le voifinage de Se (g). Floris avoit 


Changement 
du commerce. 


peine à faire cinq pour cent de fes marchandifes, tandis qu’autrefois fes pro- 
fits montoient à quatre cens pour cent. Il envoya le 8 d'Oétobre une peti- 


te cargaifon à Macafñlar, fur un jonc d'Empan, & fous la conduite de Jean 
Perfons. 


LE 9, deux joncs arrivés de Siam, lui apportèrent une lettre du Capitai- ‘ 


ne Ellington, qui lui peignoit fort vivement les peines qu'il avoit efluyées à 
Siam, & qui fe louoit fort peu de fon commerce. Outre les raifons qu'on 


vient de lire, il attribuvit fa difgrace aux guerres quiravageoient ce Pays, de-. 


puis que les forces de Camboya, de Laniam, & de Jangoman s’étoient li-: 


guées pour y faire diverfes invafons. Le 25, Floris vit fortir du Port de Pa- 
tane les joncs deftinés pour Borneo, Jambi, Java, Macaffar, Jorthin, & pour 
d'autres lieux. Entre ces Bätimens il s'en trouvoit un qui partoit pour Ban- 
tam, & qui devoit aller de-là à Macafar, à Amboyne & a Banda. Il appar- 


Départ des 
: Joncs de Pata- 
ne. 


tenoit à Orankaja Raja Indramouda, un des plus riches Négocians de Pata- 


ne. L’Auteur admire que les Hollandois accordent ainfi la liberté du commer- 


ce 


dr (g) Queda eft fur la Côte de Malaca, 


Lu] 


ZS'eyer, dd] 
JJunfalan 


Ko 8 : 
Fe Q 
at. 
ns- , * 4 | 


72 % 


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I. Nias bu 


G drrF ortune 
Æ1rl: Goed-Fortuin 


Des Zsles de 
JAVA, SUMATRA 
: BORNEO €? 
d Zes Detrorts & LSunde, 
« Valica,et Banca, 
Ü Gozxrz px SIAM &® 
Per Belin Ing} de la a 7 
E Auçmentee sur des Remnar 
| g parétculeres . AR 


5 


[ 
f KAART 
A van de ÉILANDEN van 
Ü IAVA, SUMATRA, 
l BoRNEO, e2z; 
EVan de STRAATEN van SUNDA, 
| MALAKKA en BANDA; 
Van de GoLr van SiAM,e7z. 
[ Door d'H‘Bellin. 
Ver meerderd p &zon&e 
[ Aanmerkingen. 


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7? Wehéey rex . 


= = — 


: tb 2422 
e 


(y Basse d 
De Broeders dé 


le onte, 


1012, 


Rélexlon fur 


les prinelocus 
des L{oilin- 
dois, 


Eflington ar 
rive à Sun, Il 
v fait le com- 


HICrec, 


Tempête fu 


ricuie, 


Adrefe & 
courage de 
Skinner. 


412% VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ne 


ce aux Malayens, aux Chinois, aux Mores, & qu'ils leur prétent même leur 
aMiftance ; tandis que, non-feulement ils refufent la même faveur aux Nations 
Chrétiennes, à leurs amis, à leurs frères, mais qu'ils l'interdifent même fous 
peine de confifcation & de mort; terrible effec, dit-il, de l'avarice ou de l'en. 


vie; [& qui eft un figne (h) que les jugemens de Dieu tombéront bientôt 


fur eux.] Il ne faut pas oublier, en lifanc cette réflexion, que Floris étoie 


Hollandois. 
Le Globe revint de Siam vers le milieu de Novembre. Il y étoit arrivé 


le 15 d'Août, [après avoir été 8 jours en route ;] &, jettant l'ancre à quatrex# 


milles de la Barre, Effington avoit été furpris de s'y trouver für trois brafles 


de fond pendant la haute marée, [Le lendemain pendant 13 heures que dura dr 


le reflux, il n'eut que 6 pieds d'eau, fur un fond bourbeux, & qui par cela 
même n'étoic pas fort dangereux.] 11fe hâta d'entrer dans la Rade , qui eft fi. 
re & commode, excepté pendant les vents Sud-Sud-Oueft, La Ville eft à 
trente lieuës dans la Rivière. Il y envoya la nouvelle de fon arrivée, Le 
Scha Bandar, & le Gouverneur de Bankok, Place fituée à l'embouchure de 
la Rivière Menan, accompagnérent les Députés Anglois à leur retour, pour 
recevoir les lettres & les préfens du Roi d'Angleterre, Eiïington confentit 
à fe rendre à la Ville avec eux. Il y fut préfenté au Roi, qui lui promit la 
liberté du commerce, & qui lui fit préfent d'une petite coupe d'or, avec 
une piéce d'étoffe du Pays. Les Mandarins , qui font les Seigneurs & les 
Officiers de l'Etat, refpeétérent fi peu l'ordre du Prince, qu'Us voulurent 
fixer arbitrairement le prix des marchandifes & ne payer que fuivant leur com- 
modité ou leur caprice. Les Anglois n'avoient encore vû dans l'Inde aucun 
éxemple d'une fi odieufe tyrannie. Mais ils trouvèrent le moyen de faire pé- 
nétrer leurs plaintes jufqu’aux oreilles du Roi, qui établit en leur faveur des 
régles plus fermes & mieux éxécutées; il leur accorda, près du Comptoir 
Hollandois, une Maifon de briques, la meilleurequ'il y eût à Siam, où leurs 
marchandifes furent tranfportécs. 

Ox étoit malheureufement dans la faifon des pluyes, quifont d’une abon- 
dance & d'une force extraordinaire à Siam. Tout le pays fe trouva couvert 
d'eau. Le 26 d'Oétobre , il s'éleva une tempête fi furieufe, que les Habitans 
n’avoient rien vû qui leur eût caufé tant de frayeur. Les arbres furent enlevés 
jufqu'aux racines. Un magnifique monument que le Roi avoit élevé pour ho- 
norer la mémoire de fon Père, fut renverfé à fond en comble. Le Vaifleau 
Anglois ne fut fauvé que par une faveur du Ciel. Il avoit été détaché de 
deffus deux. ancres, & poullé à moins d'un mille de la terre, où il ne pou- 
voit fe garantir d'un trifte naufrage; mais Skinner, au rifque de fa vie qu'il 
faillit de perdre dans les flots, trouva le moyen de jetter une troifième an- 
cre, qui le fixa derrière une colline, où l'on fe trouva un peu à l'abri. Il 
étoit tombé, avec cinq hommes qui l’aidoient à ce travail, & qui périrent 
tous fans pouvoir être fecourus. On ne douta point qu'une baleine, qui pa- 
rut au même inftant, n’en eût dévoré un. Skinner fut le feul qui échappa 
au péril, avec autant d’adrefle & de réfolution qu’il en avoit eu à fauver le 

Vaifleau. 


67(h) Ces jugemens ne font cependant pas Cependant il faut convenir avec lui que le pro- 
encore tombés; ce qui prouve la témérité de cédé dont il s'agit paroit Ctrange, 
ce que l'Auteur de la Relat.on a avancé ici, 


l'Original. R. 
© (k) Der 
chofe ; la feule 
d'avec l’Auteu 
l'attribue pas 
tüires, à la fé 
une pefte qui 


Vaiffea 
redevin 
leva un 
tre, qu 
Du côté 
qui tenc 
a pris fo 
( i) R 
depuis p 
n'avoit 
Fils, qui 
Malayen 
nommé | 
Trône de 
doutable , 
cette gue 
avoit été 
gCance fl 
accufoit d 
rebelles, 
Couronne 


forces enc 
Ks'avanca d 
mois d’un 
avoir éxéc 
jets & de 
kan qui v 
tre au Roi 
Roi d'Art 
où il porta 
enfuite Je ] 
une partie 
Roi, L'A 
léphant, 
même, ou 
propofition 
rence qu'il 
Roi de Ta 
cune marq 


(1) Ici co 


IL. Part. 


‘leur 

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couvert 
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enlevés 
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Taiffeau 
aché de 
ne pou- 
vie qu'il 
ième an- 
abri. 
périrent 
qui pa- 
échappa 
fauver le 
aiffeau. 


que le pro 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cnar. IL 314 


Vaifleau. La tempête dura | pi ou cinq heures ; après lefquelles la mer Frorrs. 
redevint aufii calme que fi elle n'eut jamais fouffert d'agitation, Mais il s'é. 1612. 
leva une autre forte ones fur le Vaifleau, par la perverfité du Contre-mai. 
tre, qu'on fut obligé de charger de fers , en nommant Skinner à fa place. 
Du côté du commerce, le calme ne fut que trop profond , pour une Ville 
qui tenoit le troifième rang dans les Indes après Bantam & Patane. Floris 
a pris foin d'expliquer les caufes de ce changement. | 
(i) Siam étoit un ancien & puiflant Royaume ; mais il avoit été conquis Révolution 
depuis peu & rendu tributaire du Pégu. Cette première révolution néanmoins Slt: 
n'avoit pas duré long-tems. Le Roï de Siam avoit laïffé, en mourant, deux 
Fils, qui furent élevés à la Cour de Pégu. L'aîné, qui fe nommoit en langue 
Malayenne Raja Api, c'eft-à-dire, le Roi terrible, & que les Portugais ont 
nommé le Roi Noir, trouva le moyen de s'échapper & de remonter fur le 
Trône de fes Pères. Le Roi de Pégu fit marcher contre lui une armée re- 
doutable, commandée par fon propre Fils, Ne périt malheureufement dans 
cette guerre, & dont la mort attira dans le Pégu tous les ravages dont Siam 
avoit été menacé. Le Roi défefpéré de la mort de fon Fils, tourna fa ven- 
geance fur fes principaux Officiers & fur un grand nombre de Soldats, qu'il 
accufoit de l'avoir mal défendu. Cette févérité fit tant de mécontens & de 
rebelles, qu'il fe vit abandonné de jour en jour par les Rois tributaires de fa 
Couronne (4), qui étoient au nombre de vingt. lLaffoibliffement de fes 
forces encouragea le Roi Noir à lever une groffe armée , avec laquelle il 
Ks'avança devant [la Ville de Uncha, ou] Pégu. (Cependant, après deux Ruine du 
mois d’un fiége pénible & fanglant, il fut obligé de retourner à Siam fans DOTE de 
avoir éxécuté fes deffeins. Enfüite le Roi de Pégu fe voyant épuifé de Su- ni E 
jets & de munitions, & menacé de tomber entre les mains du Roi d'Arta- 
kan qui venoit contre lui avec toutes fes forces, prit le parti de fe foûmet- 
tre au Roi de Tangu avec tous fes tréfors: ce qui n’empécha point que le 
Roi d'Artakan ne fe rendît maître de fa Capitale & d'une partie de fes Etats, 
où il porta la défolation & la famine (7). Ce furieux vainqueur menaçoit 
enfuite le Roi de Tangu , qui lui envoya des Ambafladeurs pour lui offrir 
une partie des tréfors de Pégu, l'Eléphant bleu (m), & la Princeffe Fille du 
Roi. L’Auteur rend témoignage qu'il avoit vû en 1608 ,la Princefle & l'E- 
léphant. À ces offres, le Roi de Tangu joignoit celle de livrer le Roi 
même, ou de lui donner la mort. Floris ne rapporte point comment ces 
propofitions furent reçues du Roi d’Artakan; mais il y a beaucoup d'appa- 
rence qu'il en profita pour établir fon pouvoir ; car l’Auteur ajoûte que le 
Roi de Tangu tua celui de Pégu d’un coup de pilon, afin qu’il ne parût au- 
cune marque de fon crime par les traces du fang & les bleflures; que F je | 
: | 


(i) Ici commence la 2de, Scion dans Pays, Voyez Purtug. Afia. Vol. II. pag. ll 
l'Originat. R. d. E. 121, | 
&@ (k) De Faria rapporte à peu près la même (1) Angl, où la défolation & la famine ré- | 
chofe ; la feule circonftance en quoi il différe  gnoient par tout. R. d. E. 
d'avec l’Auteur de cette Relation, c'eft qu'il (m) Cet Eléphant bleu, eft fuivant l'Ori- 


il 
wattribue pas la Rébellion de ces Rois tribu-  ginal, le fameux Eléphant blanc de Siam. R. | 
taires, à la févérité du Roi de Pégu, maisà d. E, | | 
une pefte qui fit de grands ravages dans le 
Part. ï 


FLOnts, 
1612, 
Préfent mal 
récompenfé, 


Hardiefé fin- 


gulière d'une 
troupe de Ja- 
ponois, 


Siam troublé 
par des guer- 
res. 


34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


d’Artakan donna le Fort de Siriam (n}, fitué fur la même Rivière que Pc. 
, à Philippe Brito de Nicote & aux Portugais, "n accordant à Brico le 
titre de Changa (0); faveur néanmoins qui fut fi mal récompenfée dans l'ef. 
ace de deux ou trois ans, que les Portugais fe faifirent du Fils du Roi, & 
'obligèrent de payer poûr fa rançon onze cens mille tangans & dix Barques 
chargées de ris. Brito s'étoit acquis une autorité dont il jouifloit encore 
tandis que Floris étoit aux Indes. 

A1ns1, la deftruétion de Pégu avoit fervi à rétablir Siam dans toute fà 
iffance & fon éclat, Le Roi Noir s'écoit aflüujetti les Royaumes de Cam: 
oya, de Laniang, de Jangoma, de Lugor, de Patane, de Tanaférim & 
plufieurs autres. Etant mort en 1605, fans laiffer d'enfans, il eut pour Suc. 
ceffeur fon Frère, qu'on appella le Roi Blanc, Ce Prince fe rendit odieux 
par fon avarice; ce qui ne l'empécha point de  l d'un régne tranquille, 11 
mourut en 1610, laiffant après lui plufieurs enfans, qui donnèrent naiffance 
à de nouveaux défordres; car dans fon lit de mort il en fit tuer l'aîné, à 
l'inftigation de Jockromeoua, un des principaux Seigneurs de Siam, qui foû. 
tenu par un prodigieux nombre d'Efclaves , afpiroit lui-même au Trône. 
Cependant le fecond fils du Roi Blanc avoit été couronné avec les acclama- 
tions de la plus grande partie de fes Sujets; & c'étoit lui qui régnoit à Siam 
en 1612 , ägé environ vingt-deux ans. Il s'étoit défait de l’ambitieux 
Jockromeoua; mais ce perfide avoit entre fes Efclaves deux cent quatre. 
vingt Japonois, qui entreprirent de venger fa mort. Ils coururent au Pa: 
lais, dont ils eurent l'audace de fe faifir; &, forçant le Roi de leur livrer 
quatre de fes principaux Mandarins , qu'ils accufoient d'avoir contribué à la 
mort de leur Maître, ils les tuèrent avec des circonftances cruelles, Enfui- 
te, après avoir profité quelque tems de l'éloignement des troupes & de la 
confternation du Peuple , pour commettre toutes fortes de défordres , ils 
forcèrent le Roi de figner de fon propre fang un certain nombre de condi- 
tions qu’ils lui impofèrent; ils emmenèrent les principaux Talapoins pour à: 
tages, & partirent chargés de créfors, au prix defquels les Siamois fe cru- 
rent trop heureux d'acheter le repos & la liberté, Mais le plus ficheux ef. 
fer de ce brigandage, fut d’avoir porté quelques Royaumes tributaires à fe 
révolter. Le Roï de Laniang entra dans les Etats de Siam, & croyant 
Capitale encore troublée par les Japonois , il s’en approcha fi brufquemen! 
qu'il n’en étoit plus qu’à deux journées. Deux autres Rois devoient le join 
dre avec leurs forces. Mais ne s'étant pas donné le tems de les attendre, fä 
précipitation devint un avantage pour le Roi de Siam; qui ne balança point 
à marcher au-devant de lui avec les troupes qu'il put raflembler.  Certe vi: 
goureufe réfolution démonta le rebelle, & lui fit prendre le parti de la re- 
traite, ‘Telle étoit la fituation des affaires de Siam, lorfqu’Effington y étoit 
arrivé: des conjonétures fi tumultueufes n'avoient pû faire trouver aux An- 

glois beaucoup de facilité pour le commerce, “à 
N 


Vol. IL pag. 12! 
dc (o) Ce Titre fignifie Æonnéte- Homme, 


ou Homme de bien; Faria dit qu'il fut donné 
à Brito, à caufe de fes heureux fuccès dans 
la guerre, & de fes manières polies, 


(n) Ou Siriangh. De Faria dit que Shili- 
mi Sbhdb, Roi d'Artakan, (ou plûütôt fui- 
vant l'Original, Arrakan) donna ce Port aux 
Portugais, pour les récompenfer des fervices 
qu'il en avoit reçus. Voyez Portug. Afia. 


Ox 

ar div 

us, | 

où les 
1. 
lei: 

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Sœur , « 
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& de Dé 
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Siam, qu 
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Hollando 
rencontré 
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PEND 
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la Reine 
l'obtenir 


&(p) Le 
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qui n'avoit 


: que Pc. 
Brito le 
dans l'ef 
Roi, & 
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férim & 

our Suc- 
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naiffance 
l'aîné, à 
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u Lrône. 
 acclama- 
oit à Siam 
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nt au Pa 
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8, Enlui 
y & de la 
rdres , ils 
de condi- 
ins pour Ô- 
is fe cru 
icheux cf: 
taires à fe 
croyant la 
tufquement 
ent le join: 
ttendre, là 
lança point 

Cecte vi: 

de la re- 
ston y étoit 
f aux Àr- 


ON 


imête- Hommes 
'il fut donné 


fuccès dans 
blies, 


INDES CRIENTALES, Liv, IV, Car, MI, sis 


Ox prit la réfolution de pañler l'Hyver à Patane ; & l'on s'ytrouvoit forcé 
ar diverfes raifons. Le 31 de Décembre, la Reine, accompagné de fix cens 
as, fortit pour fe procurer de l'amufement, Elle s'arrêta d'abord à Sabrangh, 
où les Anglois fe rendirent pour la faluer , de concert avec les Hollandois, 
C'étoit une femme de fort belle figure, âgée d'environ foixante-ans, grande 
& pleine de Majefté. Floris en avoit peu vû, dans l'Inde, qui euffent l'air 
auf noble, Elle avoit près d'elle fa Sœur, qui écoit deftinée à lui fuccéder, & 
la fille d'une autre Sœur , mariée au Raja Siack, Frère du Roi de Jahor, Cette 
Sœur, que le droit de fucceflion faifoic déja nommer la jeune Reine, n'a- 
voit jamais été mariée, quoiqu'elle n'eût pas moins de quarante-fix ans. 
Après une courte audience, où la Reine fe Jaiffa voir à découvert, un ri- 
deau qui la déroba tout-d'un-coup , fit connoître aux Anglois qu'ils devoient 
fe retirer; mais on leur dic qu'ils avoient la liberté de revenir le jour füi- 
vant. Îls ne manquèrent pas d'accepter cette faveur, & l'on n'épargna rien 
Æ pour les bien traiter. Douze femmes & [douze] enfans danfèrent devant 
eux, avec tant d'art & de grace qu'ils furent charmés de cette galanterie, 
Enfüuite les Nobles du cortège reçurent ordre de danfer à leur tour, Les 
Anglois & les Hollandois, invités aufli à danfer, ne purent refufer cetre 
marque de refpeët à la Reine, qui parut prendre beaucoup de plaifir aux 
danfes de leurs Pays. Il y avoit fept ans qu'elle n'étoit fortie de fon Pa- 
lais,  Eile alloit à la chaffe des bufles & des taureaux fauvages, qui font en 
rand nombre, aux environs de Patane. Dans fon pañlage entre les Vaifleaux 
& la Maifon des Anglois, elle fut faluée de quelques coups de canon à bord, 
& de Ja moufqueterie fur le Rivage. 
PENDANT l'Hyver, qui tombe dans ce Pays aux mois de Novembre 
& de Décembre , la pluye rendit les eaux fi groffes , qu'elles emportérent 
Le 25 


uantité de Maifons , & firent périr un grand nombre de beftiaux. 
de Janvier 1613, on reçut avis par un Bâtiment Hollandois , arrivé de 
Siam, que les l'aéteurs Anglois, qu'Effington y avoit laiflés, avoient ven- 
du plus de la moitié de leurs marchandifes , & que le Roi même en avoit 


acheté une grande partie. Ce Prince avoit porté fes foins, pour la fûre- 
té des Faéteurs, jufqu'à défendre que fes propres Officiers emportaffent , 
fans une permiflion de fa main, les marchandifes méines dont ils avoient 
déja payé le prix. On apprit aufli par la voye de Quéda , que les Portugais 
de Saint Thomé, au nombre de quinze-cens, s'étoient faifis de la Maifon des 
Hollandois à Paléakate ; qu'ils avoient fait main-baffe fur tout ce qu'ils y avoient 
rencontré, & qu'ils en avoient enlevé tous les effets. Au mois de Mars, 
Effington, laiffant Floris à Patane, fe remit en mer pour Siam, avec de nou- 
velles marchandifes. 

PENDANT fon voyage, le Roi de Pahan époufa la feconde Sœur de la Rei- 
ne de Patane , après l'avoir faitenlever fans doute avec quelque violence ; car 
la Reine la redemanda par des Ambaflades folemnelles (p), & n'ayant pû 
l'obtenir , elle prit le parti non-feulement de faire arrêter tous les [reed de 

Siam, 


d(p) Le Roi de Pahan avoit époufé la Sœur 
cadette de la Reine de Patane, Cette Reine 
qui n'avoit pas vû fa Sœur depuis vingt-hu it 


Rr 2 


ans, envoya divers Ambafladeurs, pour de- 
mander la permiflion de la revoir, 


PLonrs 
1612, 
La Ruine de 
Patanc favorl 
fu les Anglois. 


Elle leur 
procure des 
amulmens, 


Triftes avis 
qu'ils reçoi- 
vent de Qué- 
da, 


Guerre entre 
Patane & 
Pahan, 


FYLouts, 


1013; 


Heureufes 
nouvelles de 
Siam, 


Facheux avis 


do Hantam. 


Réconcilia- 
tion du Roi de 
Pahan avec la 
Reine de Pa- 


tance 


116 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Siam, de Camboia, de Bordelongh, de Lugor & les autres Navires chargés 
de ris pour Pahan, mais encore de mettre en Mer toutes fes forces , qui étoivne 
compolées de plus de foixante & dix Voiles & d'environ quarame mille (4) 
hommes, fous la conduite de Maha Raja, de Daton Baflar & d'Oran Raja 
Sirnora, Dans l'excès de fon reffenciment , elle avoit donné ordre que par force 
ou par adreffe fa Sœur fût ramenée [ morte ou vive ; ] de forte qu'au juge. x 
ment de l'Auteur, il y avoit peu d'apparence que le Roi de Pahan, déja 
force embarafé par la perte de fes provifions & par fes guerres avec le Roi 
de Jahor, fûe capable de fe défendre contre une attaque fi puiffante, 
Roi de fJahor fe préparait à venir en perfonne contre lui; tandis que d'un 
autre côté , le Roi de Bornco , levoit des troupes, pour lui donner du fe. 
cours, ] 

Au mois d'Avril 1613, il arriva plufieurs Joncs de Camboya & de la Chine, 
Dans le cours du mois de Maï, Floris reçut des Lettres de Siam , avec avis que 
le Globe y étoit arrivé fort heureufement, & que le commerce s'y faifoit avec 
le même bonheur, Cette agréable nouvelle augmenta l'empreflement avec 
lequel il travailloit à charger un Bâtiment pour le Japon; & jugeant qu'il 
y avoit beaucoup d'avantage à tirer des marchandifes de la Chine, 1l emprun. 
ta de la Reine de Patane trois mille piéces de huit, à fix pour cent d'inté 
rét pour trois ou quatre mois, dans la vûe de remplacer celles dont il efpc. 
roit de fe défaire au Japon. Mais fa joye fur modérée par les criftes avis 
qu'il reçut de Bantam, Campon China ayant effuyé deux incendies, la Mai- 
on des Anglois, qui étoit remplie d'étoffes, & celle des Hollandois , n'a 
voient pû échapper aux flammes, D'un autre côté, le Trade-Incréafe , grand 
Vaifleau Anglois commandé par Sir Henri Middleton, avoit beaucoup fouf- 
fert à Pulo-Panian, & la moitié de l'Equipage avoit été enlevé par les mala. 
dics, Enfin, les Achinois avoient afliégeé Jahor. 

Le 12 de Juillet, on vit arriver à Pacane, pavec autant de joye que dex 
furprife, ] le Roi de Pahan, fa femme, Sœur 
fils. } Ce prince cédoit à la néceilité plûcôt qu'à fon inclination. Il avoit 
laiffé fon Pays en proyeau feu, à la guerre, à la famine, & aux trahifons 
de fes principaux Sujets, qui avoient formé contre lui diverfes confpirations, 
Il raconta que la Flotce d'Achin s’étoit emparée de Jahor,. après vingt-neuf 
jours de fiége; qu’elle en avoit emporté l'artillerie, les efclaves, & cout ce 
qu'elle y avoit trouvé de précieux; que Raja Bunghfum un des dt 
Scigneurs du Pays avoit été fait prifonnier avec fes femmes & fes enfans; 
que le Roi n'ayant trouvé de reflource que dans la fuite, étoic allé chercher 
une retraite à Bantam (r}), enfin, que plufieurs Hollandois qui étoient dans 
la Ville, avoient été maflacrés par les Vainqueurs. 


UELQUE fatisfaétion que la Reine eût reffenti à l'arrivée du Roi de# 


Pahan , elle atfeéta de le recevoir avec froideur; vengeance pardonnable, 
après la dépenfe & les chagrins qu'il lui avoit caufés. | Elle ne voulut pas 
méme que les Seigneurs de fa Cour paruffent trop empreflés à le vificer. Ce- 
pendant elle eut la complaifance de faire tuer tous les chiens de la Ville, par- 
ce qu'il avoit de l'averfion pour ces animaux. Les Anglois, qui n'avoient 

reçu 


(3) gl, quatre mille, R. d, E, Cr) Angl. Bintam, R, d. E. 


L Le kr 


e la Reine, [avec fes deux 


fouvent 
dans fe: 
x [Le 
Ma:hia 
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le Roi € 
& il le: 
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Marchai 
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& volontai: 
facilité, 
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l'Ifle de 
fol, Les 
acheté u 
le Darli 
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LE [ ù 
25 d'Oët 
un comt 
cade av 
de Riche 
Bot, Gé 
qu'a fair 
pour s’ét 
de défer 
du Géné 
autorité 


Joncs & 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar, El, q17 


chargés reçu d'elle aucun ordre, fe crurent obligés de faire honneur à l'arrivée du Fionis, 
ÉtoiLNe Roi, par une décharge de leur artillerie, EE parue fi fenfible à cette politeffe, 1613, 
ile (4) que # dant arrété quiques momens pour les entretenir , il les pria delevoir Fête que lu 
in Raja fouvent, & de fe difpoler dans la fuite à porter une partie de leur commerce yep Leg 
ar force dans fes Etats. | 
u juge- x [Le 16 de Juillet, on reçut des Nouvelles du Capitaine Saris qui écoit à 
n, déja Ma:hian, en route pour le ar On apprit aulli que le Chevalier Henri 
le Roi Middieton étoit more de chagrin, le 24 de Mai: que le Vaiffsau l'Incréafe 
 [Leïk droit à fee, fans müt, & on force mauvais état : qu'il n'y reftoit que trente 
que d'un hommes, dont la plus grande partie dcoit malade: qu'une maladie extraordi- 

du fe- naire y avoit enlevé cent Anglois, un plus grand nombre de Chinois, qu'on 

avoit loués, & huit Hollandois, Que le Capitaine Schot s'étoit emparé fur 

a Chine, les Hollandois du Château & de l'ile de Solor, où il avoit trouvé une gran- 
avis que de quantité de bois de Sandal, & que dans les Moluques les Hollanlois a- 
foit avec voient aufli remporté des avantages confidérables fur les Efpagnols, Le 3r, 
nt avec le Roi de Pahan fe rendit au logement des Anglois avec une grande fuite ; 
ant qu'il & il les encouragea fort à négocier dans fon pays. ] 
emprun- La Reine s'écant enfin réconcilide avec fon Beau-l'rère, fit faire les préparatifs 
it d'inté- d'une grande fête qui fut célèbrée le premier jour d'Août, Elle fic l'honneur aux 
til efpc- Marchands Anglois de les y inviter, Il y eut une Comédie repréfentée par des 
Îtes avis femmes , à la manière des Javans ;[c'eft-à-dire , fur un fujet de l'Antiquité ,Javec 
Ja Mui- des habits tels qu'on edge Inde,que l'ufage étoit anciennement de les por- 
Ois, n'a ter, Le 9,le Roi de Pahan quitta Patane, après y avoir pañé plus d'un mois, 
e, grand Sa femme, à qui la Reine offrit la liberté de demeurer avec elle, fe détermina 


oup fouf- æ volontairement à retourner avec fon mari, [& juftifia par cette conftance la 
les mala+ facilité, avec laquelle il paroiffoit qu'elle avoit confenti à fon enlevement.] 
Le 16, Florisreçutune lettre de T'homas Bret, à Macaflur , qui lui peignoit 
que de le commerce de cette Ville avec de triftescouleurs. La guerre avoit caufé dans fi 8"rre 
fes deux l'Ifle de Célèbes les mêmes déforires qu'à Patane, Jean Perfons y étoit devenu commirce, 
Il avoit : fol. Les Anglois rebutés du mauvais fuccès de leurs entreprifes, y avoient 
trahifons acheté un Jonc, dans le deffein de quitter l'Ifle; mais, dans le même tems, 
pirations. le Darling y étoit arrivé avec fa cargaifon de draps, dans le deffein d'y établir 
ingt-neul un Comptoir. 
tout ce Le 18 de Septembre, Raja Indramonda revint à Patane, d'où il partit le 
rincipaux 25 d'Oétobre pour fe rendre à Macañur & de-là aux [fes de Banda, où il fit 
s pi un commerce fi avantageux , qu'il en apporta deux cens fockes de fleur de muf- 
chercher cade avec une grande quantité de noix. Ils'étoit chargé pour Floris d'une lettre 
ienc dans de Richard Walden, qui contenoit la fituation préfente de Benla. Peter de Situation des 
Bot, Général des Hollandois, ayant traité fes gens avec trop de rigueur, juf= Hollandois à 
1 Roi de# qu'à faire pendre fur une Galère voifine (5) du Château, quelques Sentinelles, Banda. 
lonnable, pour s'être endormis dans SO 1 La plufieurs Hollandois avoient pris le parti 
oulut pas de déferter chez les Bandanois & d'y embraffer le Mahométifme. ‘Tous les efforts 
fiter. Ce- du Général avoient écé inutiles pour les rappeller, parce que n'ayant aucune 
ille, par- autorité fur les I fabitans de l'Ifle, tout fon pouvoir fe bornoit à forcer les 
n'avoient Joncs & les autres Batimens de venir jetter l'ancre fous le Château, Enfin, 
reçu quoique 


Çs) Angl, à un gibet voifin. R. d. E. 


Rr 3 


FLonres, 


1613. 


Brito Nico- 
te ct mpal à 
diriung, 


Sort de fa 
femme, 


‘Terrible In- 
cendie à Pa- 
tance, 


Les Anglois 
& les Hoilan- 
dois délivrent 
Patane. 


38 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


quoique les Hollandois fuffent les maîtres de la Mer aux environs de ces iles, 
ils n'ôfoient entreprendre d'éxercer leur empire fur les Habitans. | 
Le 23, le Globe arriva de Siam, avec une lectre des l'aéteurs pour Floris, 
Ils lui marquoient qu'ils n'avoient appris aucune nouvelle de la Cargaifon qui 
étoit partie pour Jangoma, parce que la guerre qui étoit allumée entre Ova 
& Laniang, avoit fermé tous les pailages. On racontoit que le Roi d'Ova 
s'étoit emparé de Siriang, & qu'il avoit fait empaler Brico de Nicote & lon 
fils. La poudre (+) ayant manqué aux Portugais de Siriang, ils avoient été for. 
cés de fe rendre, & le Vainqueur , après s’ètre défait de Brito par un cruel fup- 
plice, avoit voulu mettre fa femme aurang de fes concubines ; mais fur le re. 
fus quelle avoit fait de fe rendre à fes delirs, il lui avoit fait écorcher les jam- 
bes, & l’avoit réduite à la condition des Efclaves. Cette femme avoit à fe 
reprocher fa propre difgrace & celle de fon mari. Elle vivoit depuis longrems 
dans un commerce fcandaleux avec un Officier de fa Nation; & tous les Por- 
tugais de la Garnifon de Siriang ayant tenu des difcours trop libres fur une 
intrigue dont l'éclat leur paroifloit choquant, elle avoit perfuadé à fon mari, 
qui ignoroit feul fa honte, qu'une fi groffe Garnifon étoit inutile ; & qu il 
pouvoit s’en épargner les frais ; de forte que le Roi d'Ova l'avoit trouvé pref. 
que fans défenfe. Les ambitieux projets de ce Prince fembloient menacer auff 
le Royaume de Siam. Mais il trouva les frontières de cet Etat fi bien gardées, 
qu'il n'eut point la hardieffe de s'en approcher. L Sr 
LE 4 d'Oétobre, qui étoit le premier jour du Carême des Mahométans , 
le feu prit avec une violence extrême dans la Ville, ou plutôt dans le Fort & 
le Palais Royal de Patane. La caufe de cet accident venoit d'une foule d'Ef 
claves Javans révoltés, qui n'avoient pas trouvé de moyen plus für que l'In- 
cendie pour fe venger de leurs Maîtres. Ils étoient environ cent, qui couru- 
rent vers la grande porte, nommée Punta Gorbangh, en mettant Île feu des 
deux côtés à tous les édifices; de forte, qu'a la réferve de quelques Maifons, 


[parmi lefquelles futle Palais de la Reine, ] tout fut confumé par les flammes. kf 


Dans leur pañfage ils enlevèrent les plus belles femmes ,» qu'ils emmenérent 
avec eux. Le défordre dura depuis le milieu de la nuit jufqu’à deux heures aprés- 
midi, fans que perfonne ôsât s'approcher des Rebelles, | 

PENDANT ce tems-là, les Anglois n'étoient pas fans inquiétude dans leur 
quartier. Ils étoient informés que le deffein de ces furieux étoit de tomber fur 
les Etrangers; & leur premier foin fut de fe garantir d’abord par une forte 
garde. Mais, lorfqu'ils fe furent affürés contre toutes fortes.de furprife, ils ré- 
folurent, de concert avec les Hollandois, de marcher au devant d un ennemi 
fi méprifable; & s’étant armés de fufils & de fabres, ils s’avancèrent en bon 


ordre. Les Efclaves, informés par leurs efpions, de l'attaque qui les menaçoit, 


penfèrent moins à la réfiftance qu'à la fuite. Ils fe retirérent à travers-champs 
au Village de Qualbouka, & de-là jufqu'à Bordolong & Sagnora dans l’inté- 
rieur des terres.  Aïnfi, fans effuyer aucune perte, les Marchands des deux 
Nations méritèrent le titre de défenfeurs du Pays. La Reine fit ne 
fugitifs, dont on ne prit que cinq ou fix traîneurs , arrêtés par la maladie. 


Fioris ignora ce que devint le refte; mais cet Incendie étoit le troifième es 
avoi 


Wr(t) Ce détail eft tiré del’Afic Portugaife de Faria Vol. IL. pag. 19r. 


Fune Mont: 


Pécueil, a 


avoit a 
mis le 
Le 2 
au Capi 
teurs di 
erave 
Jour, le 
de gaho 
lorfque | 
& leur c 
poir d'u: 
defcendt 
auffi loir 
feau ne 
feul hom 
bord, ta 
trer dans 
& les vin 
tenta mil 


un orage 
vers Pulo 
cher des 
mais dont 


au long dd 
du Conti 
KE[& Sud q 
où il fure 
courfe, lo 
LE pre 


Bianca ; 6 
qui s'étend 
Linfchote 


petites If 
il eft bon 
Ifles & Pe 

PEDRA 
a tellemen 
rent jufqu’ 
bouchure d 


INDESORIENTALES, Liv. IV. Car. IL. 319 


s fes, avoit aMigé Patane depuisun petit nombre d'années ; [Les Japonois y avoient FLonis, 
 Floris mis le l'eu deux fois, & les Javans, une ]. | . | . 1613. 
fon qui Le 21, les Anglois prirent congé de la Reine, qui fit préfent à | Auteur & , DAQaE des 
e Ov au Capitaine Effington, d'un poignard d’or à chacun. Ils laiffèr ent trois fac. "5 ts 
d'Ova teurs dans leur Magafin, William Ebert, Robert Lilctleworld , & Ralph Coo- 
& fon er avec des lettres pour John Lucas, qui étoit demeuré à Siam, Le méme 
été for jour, les Hollandois virent arriver leur Vaiffeau Le Hope , qu ils attendloient 
uel fup- fs pour remettre auffi à la voile, | Ils s'étoient déjarendus au Rivage, * Patanc eft 
ière. lorfque la Flotte d’Achin, qui venoit afliéger Patane, entra dans la Rivière » aies c par la 
les jam- & leur NS ET pañage avant qu'ils euffent pû fe rendre à bord. Dans le aiéief- PE es 
re a poir d’un fi ficheux contretems, ils écrivirent aux gens du Vaifleau de faire ris 
ngtems defcendre à terre trente hommes bien armés, & des avancer dans la Rivière, l'ucs prifon- 
is Dors auffi loin qu'il leur feroit polible, pour combatre les Achinois. Mais le Vaif. nicrs. 
Le te feau ne trouvant point aflez de fond, ne put ni s'avancer, ni débarquer un 
mari, feul homme. Douze des Hollandois du Rivage trouvérent le moyen d'aller à 
& qu'il bord, tandis que les autres, au nombre de vingt-trois, furent obligés de ren- 
vé pref. trer dans la Ville. Elle fe rendit par compofition après vingt-neuf jours de fiége, 
pie & les vingt-trois Hollandois furent faits prifonniers. Le Capitaine du Vaiffeau 
de tenta mille moyens pour les fecourir ; mais au milieu de fes efforts il s’éleva 
| d un orage qui le poufla fur le banc de Borneo, d’où il fut jetté par un autre vent 
sean: vers Pulo Kondor. Ayant perdu l'efpérance de regagner Patane , il allacher- 

Fort & cher des rafraîchiffemens dans la Baye de  Varellas, Rade aflez commode, 

le d'Ef mais dont il tira peu de fecours », parce qu'il y trouva les Habitans mal dif- 

pe es pofés pour lui. Son V aiffeau étoit chargé de quinze mille piéces de huit, & 

de vingt-neuf bales d’étoffes des Indes. | 

FRE (v) Les Anglois, en quittant Patane , avoient trouvé le vent fi favora- Route du 
NE ble, que le 25 ils étoient à la vûe des Ifles de Ridangh, qui font au nom. Vaifleau An. 
Jaifons, bre de dix-huit ou vingt, au fixiéme degré de latitude. Ils paflèrent le foir lois. 
lammes. Kf au long des trois Ifles de Kapas, à treize lieuës de celles de Ridangh & deux 

RRerent du Continent. Le 26, ils virent Pulo Tiama à vingt-huit lieuës au Sud 

ble da KL & Sud quart à l’Eft] des Ifles Kapas. Le 29, ils arrivèrent à Pulo Tingi, 

où il furent furpris par le calme: il n’y a point de danger dans toute cette 

ans leur courfe, lorfqu’on fe tient conftamment fur dix-huit brafles de fond. 

nber fur LE premier de Novembre, on vit la Pointe de Jantana, ou Jahor, [ & 

. forte une Montagne de l’Ifle de Bintam. ] Le lendemain, on eut la vûe de Peilra 

e, ilsré Bianca ; & vers dix heures ,on fe trouva contre ia dangereufe chaîne derocs 

FAN qui s'étend , de la Pointe de Jahor , l’efpace de quatre lieuës dans la Mer. 

en bon Linfchoten, Voyageur Hollandois, a fait une defcription fort éxaéte de cet 

Enagoit, Fécueil, après l'avoir paflé avec beaucoup de danger. [ La pointe avec trois 

champs petites Iles qui font auprès , porte Oueft-Sud-Oueft. Pour fe tirer de-là, 

s lintér il eft bon de prendre le large, jufqu’à ce qu'on ait Jahor, les trois petites 

cs deux Ifles & Pedra Bianca, fur une même ligne, en laiffant Bintam en dehors ]. 

ivre les PEeDrA Bianca eft un roc, couvert d’oifeaux de Mer, dont la fienteen Roc de Pedra 


moe a tellement blanchi le fommet qu’il en a tiré fonnom. Les Angloisemployè- Bianca. 

GRIS de Q rent jufqu'au 7 à combattre les Courans, jufqu’a ce qu'ils eurent pailé l’em- 
di bouchure de la Rivière de Jahor & qu'ils furent a deux lieuës de Sincapur. 
Le 


La 5e, Scétion commence ici dans l'Original. R. d. E, 


lLORTS, 
1613. 


Rétabliffe- 
ment deJahor. 


Changement à 
Mafulipatan, 


1G14. 
Narfapur Pe- 
ka, 


Rétabliffe- 
ment de Pégu. 


“ 


3309 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Le 8, il leur vintplufieurs Pares, conduites par des Sujets du Roi de Jahor, 
qui n'ont pas d'autre habitation avec leurs femmes & leurs enfans, & qui s'y 
nourriffent de leur pêche. Floris apprit d'eux, que le Roi d’Achin avoitren- 
voyé avec beaucoup d’honneurs Raja Bounyfoc, Frère de leur Roi, pourre. 
bâtir le l'ort & la Ville de Jahor, & que lui ayant donné fa Sœur en maria- 
ge, il vouloit le placer fur le trône au lieu de l'ancien Roi. Les Anglois pri- 
rent ici un Pilote pour les conduire au travers des Détroits. 

Le 19 de Décembre, ils arrivèrent à Mafülipatan, où ils trouvérenc un 
Vaifleau de leur Nation & deux Hollandois. L’Anglois, qui fe nommoit Je 
James, avoit été envoyé pour les feconder dans leur voyage. Marlou, Da- 
vis, Gumeg, & Cob, fes principaux Faéteurs, vinrent à bord du Globe, & 
remirent au Capitaine & à fes gens quantité de lettres dont ils étoient char- 
gés. Le 21, l'loris defcendit au Rivage. Il ÿ trouva le gouvernement chan- 
gé par une révolution, qui avoit dépoflédé Mirfadardi, & qui lui avoit fait 
donner pour fucceffeurs Armaban & Bufebulleran. Wentakadra, fils de Bu- 
febulleran, vint au-devant de lui, avec le Scha Bandar & d'autres Mores. Ils 


‘lui firent divers préfens, entre lefquels étoit un fort beau cheval, qu’il refu- 


fa d'accepter, dans la crainte que cette apparence de générofité ne fût le 
voile de quelque trahifon. Mais il y fut forcé par les inftances de Wentaka- 
dra, de qui il obtint aufi un Kaul, ou une permiffion pour le débarquement 
de quelques marchandifes, en payant cinq pour cent. 

Le 25 de Janvier 1614, le James mit à la voile pour Petapoli, dans le def 
fein de fe rendre enfuite à Bantam. Floris partit le 18 pour Narfapur Peka. 
Le 19, il entra dans la Rivière, où il trouva neuf brafles d’eau, & jufqu'a 
dix & demi, contre l& rapport de quelques perfonnes qui cherchoient à re- 
froidir les Anglois par de fauffes defcriptions. Le 23, l’Auteur revint à Ma- 
fulipatan , & dépêcha un Peon, c’eft-à-dire un Courrier Indien, à Surate, pour 
y porter de fes nouvelles au l'aéteur Alworth. Le même jour , il arriva un 
petit Bâtiment de Pégu, fur lequel étoit Cornelius Franke, Marchand Hol- 
landois, qui confirma la prife de Siriang par le Roi d'Ova, le maflacre des 
Portugais, & la mort tragique de Brito. Le Roi avoit donné des ordres pour 
faire relever Pégu de fes ruines. £nfuite s'étant avancé vers Tenaflérim , il y 
avoit été joint par Banga D'ela, à la tête de cinquante mille Péguriens (x), 
qui l’avoient reconnu por leur Vainqueur & leur Maître. Cette conquête a- 
voit caufé beaucoup de jcre aux Mores de Mafülipatan, parce qu'ils fe flat- 
toient que le commerce de Pégu tomberoit bientôt entre leurs mains; & 
dans cette efpérance, ils firent équiper deux Vaiflearx, pour les y envoyer au 
mois de Septembre. 

Dans le cours du mois de Mars, les Anglois apprirent qu'il étoit arrivé 
onze Vaiïfleaux à Goa, huit de Ja Chine & trois de Malaca. Cette abondance 
de marchandifes auroit caufé beaucoup de préjudice à l’Auteur, s’il n’eût dé- 
ja vendu la plus grande partie des fiennes. Au mois d'Avril, Atmakan par- 
tit pour Golkonde, où le tems étoit venu d'aller rendre fes comptes; & ce 
voyage ne pouvoit tomber dans une conjonéture plus heureufe, parce que 
Maleck Tufz, fon ami, fut alors nommé par le Roi à l'office de Le Tré- 
orier. 


(x) Ces Péguriens font des Péguans. R. d. E. 


# Le fecond 1 


® & le prefla 


forier. 
lement 
ce que 
fon emp 
LE 1$ 
Effingtor 
YFune févr 
fe à quel 
l'épaule, 
commune 
en bon oi 
dement, 
Skinner, 
ce, Sav 
le nouvea 
vage, ilt 
le lee: de 
pa Kandia 
le comme 
le Fort, € 
la manière 
de fond fu 
tr'eux dem 
neroient à 
Kponfe [aux 
Roi meme. 
qu'elle avo 
la prioit de 
leur confia 
VENGA 
putés, l’un 
beffiam de c 
blanche, fu 


deux autres 
Jaga Raja, 
au cominer 
Il faifoit de 


bâtir une M 
fa bonne-foi 
annuel étoit 
arrivée, d’ 
faveur fi écl 


CO) Angl. 1 


ll de fuccéder 


IL. Part, 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cap. Il. 


321 
forier. Les Anglois y trouvèrent aufñli des avantages confidérables, non-feu- fLours. 
hor, lement par la faveur d'Armakan, qui lenr étoit afteétionné, mais encorepar- 16 r4. 
167 ce que les dettes d’un Gouverneur Indiea font mal affürées, lorfqu'il perd Avantages 
.Yen- fon emploi. | sé po, cs An- 
IF Fe Le 18 de Mai fut un jour funefte aux Anglois, par la mort du Capitaine Kurt du Capi 
ee Effington, dont le caraëétére étoit généralement eflimé. Il fut emporté par taine Lifins 
dd pune fiévre fubite, qui le prit en fortant de table, [&donton attribualacau- 19: 
fe à quelques cloux qu'il avoit fur le Corps, & fur-tout à un qu'il avoit fur 
HAS l'épaule, & qui n’avoit pas pû s'ouvrir. Cette forte d'incommodité eft fort 
oùt le commune dans cette faifon.] iloris prit foin auflitôt de mettre le Vaiffèau 
y Da: en bon ordre; mais quoique tout l'Equipage le preffat d'accepter le comman- 
pe, & dement, il refufa cet honneur (y), & confentit feulement à nommer M. 
char- Skinner, en laiffant efpérer qu'il pourroit quelque jour reprendre cette p'a- 
chan- * ce. Sa vûe, dans une promeffe fi vague, écoit de foûtenir & l'Equipage & 
it fait le nouveau Capitaine dans l’éxercice de leur devoir. Etant retourné au Ri- 
de Bu- vage, il trouva dans la Ville trois députés de la Reine de Paléakate , &des Divers Prin- 
res. Îls W lettres de cette Princeffe, [de Jaga Raja, Gouverneur de St. 'T'homé, & de A- ces invitent 
] refu- pa Kandia, Sécretaire du grand Roi Wankatad Raja,] pour l'inviter à faire le ue on 
ie le commerce dans fa Ville, avec promefñe de lui donner un terrain vis-à-vis °°" 
ntaka- 


le Fort, & de lui accorder plufieurs faveurs. Floris, qui fe reflouvenoit de 
la manière dont il y avoit été reçu l’année précédente, ne fit pas beaucoup 
de fond fur ces offres. Cependant il convint avec les Députés qu'un d’en- 
s le cf tr'eux demeureroit près de lui à Mafulipatan, & que les deux autres retour- 
r Peka. neroient à Paléakate avec Vengali, un de fes gens, qu’il chargeroit de faré- 


1ement 


jufqu'a tpponfe [aux diverfes perfonnes qui lui avoient écrit, & d'une lettre pour le 
At à Fe Roi meme.] Dans fa lettre il rappelloit à la Reine (2) le mauvais accueil 
ta Ma qu'elle avoit fait aux Anglois ; & fi elle étoit réfolue de les traiter mieux, il 
te , pOur la prioit de lui envoyer un Kaul, ou un fauf-conduit, qui pût faire renaître 
riva un leur confiance. 
d Hol- VENGAL1 revint à la fin de Juillet, accompagné de quatre nouveaux Dé-  Députation : 
cre des putés, l’un du Roi de Narfingue, qui apportoit un Kaul à Floris, avec l'4- du RoideNar- 
es pour beftiam de ce Prince, faveur Indienne, qui confifte dans un morceau d’étoffe ue à Flo- 
im,ily blanche , fur lequel la main du Roi eft empreinte en fandal, ou en faffran. 
ns (x); Le fecond Député [apportoit aufli le Kaul] de la Reine de Paléakate: &les 
uête a- kdeux autres étoient chargés des lettres de | quelques petits Princes, tels que] 
s fe flat- Jaga Raja, Time Raja, Apokandora Raja, &c. qui invitoient les Angloïs 
ains; & au commerce. La lettre du Roi de Narfingue étoitécrite fur une feuille d’or. 
oyer au 


Il faifoit des excufes à Floris, du traitement qu’il avoit reçu à Paléakate, 
‘ & le preffant de fe rendre dans fes Etats , il lui offroit le choix d’un lieu pour 


jt arrivé bâtir une Maïfon ou un Fort, avec d’autres priviléges. Enfin, pour gage de 


bondance fa bonne-foi, il faifoit préfent à Floris d'une petite Ville, dont le revenu 
h'eût dé- annuel étoit d'environ quatre cent livres fterling, en lui promettant à fon 
, , , . D) . . , 
kan par- arrivée, d’autres marques de fon affeétion. Les Hollandois, jaloux d’une 
A ’ , \ , , r . ? . 

s; & ce faveur fi éclatante, s’etforcérent d’en écarter les iuites; mais leur influence 
arce que étoit 
and Tré- 

foricr. (y) Angl. I crut qu'il étoit au deffous de (3) Angl. au Roi KR. d. E, 
lui de fuccéder à un fous-Marchand. KR. d.E. 
II. Part. Ss 


322 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


étoit trop foible à la Cour du Roi. Ses propres Sujets, aflligés de vois pafler 

chaque année fur leur Côte tant de Vaiieaux Anglois, fans en tirer aucun 

fruit, avoient fait retentir fon Palais de leurs plaintes, & s étoient rendus 
comme les Avocats de la Nation Angloife, Cependant une jufte précaution 
porta Floris à retenir le Député du Roi, qu'il entretint aux frais de la Com- 
pagnie jufqu'à l’arrivée de fon Vaileau dans la Rade, Ses défiances ache. 

” vérent de ke diffiper, lorfqu'il eut appris que Vengali avoit été reçu avec au. 
tant d'affcétion que de civilité, & que le Roi pour confirmer fes promefes, 
avoit mis folemnellement la main fur fa têce. 

Inondatior à Au mois d'Août , Narfapur Pcka & tous les lieux voifins furent défolés par 
Narfapur Pc. une fi furieufe inondation, que le ris, les falines, les beftiaux, les hommes 
sa & les villes entières, furent enveloppées dans la même ruine, Dans les 

grands chemins, l’eau s’élevoit de fix pieds au-deffus de la terre. A Golkon- 
de, qui eft joint à ce Canton par une branche de la méme Rivière sy 
eut plus de cinq mille Maifons entrainées. Deux Ponts de pierre , l'un de 
19 arches, l’autre de 15, aufli-bien bâtis qu'il y en ait en Europe, fe trou- 
vérent couverts de 3 pieds d’eau, quoiqu'au jugement de Floris leur hauteur 
fût ordinairement de 18 nieds au-deflus de la furface ; & 6 arches des 19 
rent emportées par :? torrent. 
: LE 4 d'OËtobre, , les Anglois prirent congé du Roi de Narfingue, [aprésik 
lui avoir trouvé toute la fidélité qu'il leur avoit fait efpérer dans fes pro- 
mefles.] l'loris ayant pris occafion de tant de faveurs pour fupplier ce Prin- 
ce de lui faire toucher quelques fommes , dont le payement commençoit à 
traîner en longueur (a), le Secrétaire de la Cour eut ordre d'en écrire À 
Mir Mahmud Raja & r" Scha Bandar. Mais le 25, c'eft-à-dire, peu de 
jours après (b) le re.:ur du Vaiffeau à Maïülipatan , on y reçut la trifte 
Mort duRoi nouvelle de la mort de Wankatad Raja, Roi de Narfingue. Il avoit regné 
ge 0 cinquante-cinq ans. Ses trois femmes, dont Obiama , Reine de Paléakare 
nt étoit une, fe brûlérent avec fon corps. On appréhenda que cet incidentne 
brtler avec produisit de grands troubles ; & les Hollandois particulièrement, craignirent 
fon Corps, beaucoup pour le nouveau Fort qu’ils avoient obtenu la permiffion de conf- 
truire à Paléakate. pue en renforcèrent la garnifon par foixante-fix Sol-k* 
dats, qui vinrent fur le Vaiffeau le Lion. Ce Vaiffeau arriva de Bantam le 
x de Novembre, & il apporta la Nouvelle que le Bantam avoit été jetté dans 
le Téxel, & le Lion blanc à St. Hélène; que le James étoit arrivé heureu- 
fement à Bantam, @ qu'il en étoit parti pour fe rendre à Patane.] Floris 
s’appercevant que la mort du Roi faifoit chercher au Gouverneur de Mañi- 
lipatan des prétextes pour différer le payement de fes dettes s & craignant 
d'être renvoyé au-delà de l'année, prit la réfolution de l'enlever, lui ou fon 
Fils, & de le garder à bord aufli long-tems qu'il refuferoit de payer. L’en- 
Etrange pro- treprife étoit dangereufe, mais tout l'Equipage lui promit de le /econder. Îl 
it de Floris._ envoya la Chaloupe à bord, pour en amener fix moufquetaires, qui vinrent 
enveloppés dans des voiles, parce qu’il n’étoit pas permis aux Etrangers de 


defcendre à terre avec des armes, & qui fe cachèrenc d'autant plus ie 
men 


FLonte, 


1614. 


(a) Angl. Floris, ayant pañlé heurcu-  fiéme fois en Cour, en infiftant fur ce qu'on 
fement la barre, fit redemander de nouveau eut à lui en payer les intérets. R. d. E. 
ce qui lui étoit dû, & en écrivit pour la troi- (b) Angl. deux jours après. KR, d. E. 


.Mahmud 


ment d 
qu'au E 
lui, de 
droient 
vant l'h 
gea des 
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ans le 
jufqu’aus 
férieufe , 
& [Le : 
fois dan 
tems-là, 
qu'ils crc 
péché. 
CEPE: 
emporté 
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tous deux 
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laifler jou 
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Douäne, 
pe nombi 
haute, de 
deffein po 
fiter, Ses 
laiflés po 
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Floris pre 
ou quatre 
refte des A 
çoit à s’a 


té la terre 
gée de füi 
grand Can 
mirent à |: 
manqué de 
légèreté ; 
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cey, un d 
conduite & 
la maifon, 
qui le mal: 


paler 
aucun 
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, Com- 
ache- 
ec au- 
nefes, 


lés par 
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fe trou- 
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_ [après't 
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ce Prin- 
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jetté dans 
é heureu- 
Floris 
de Mal 
craignant 


br. L'en- 
onder. Îl 
ni vinrent 
angers de 
lus facile- 

ment 


fur ce qu'on 
dE 


lui ou fon 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. Il. 223 


ment dans un endroit obfeur de la Douäne, que ce bâtiment touchoit pref- 
qu'au Rivage. Il donna ordre en méime-tems aux gens qu'il avoit prés de 
lui, de fe tenir prêts à le fuivre, lorique le Gouverneur, ou fon Fils, pren- 
droient le chemin de la Dou'ine; ce qui ne pouvoit tarder long-tems , füui- 
vant l'habitude qu’ils avoient d’y aller tous les jours. Le foin dont il char- 
gea fes gens, fut de fe failir des piques de la garde, qui demeuroient négli- 

emment appuyées contre un mur, tandis que le Gouverneur étoit occupé 
ans le bâument, Avec quelque fecret que ce deffein eût été formé, il alla 
jufqu’aux oreilles des Hollandois ; mais le regardant comme une menace peu 
férieufe, ils ne furent pas tentés de le découvrir. 


f [Le 21 de Novembre, les Gentils célébrèrent une fête, qui revient trois 


fois dans une année, quand la nouvelle june tombe un lundi : Dans ce 
tems-là, les hommes & les femmes viennent fe laver dans la Mer , parce 
qu'ils croyent que c'eft-là un moyen très efficace pour les purifier de tout 
péché. Les Bramines & les Komctis font la même chofe.] 

CEPENDANT floris étant allé voir, le 24, le Gouverneur, prit un tonfort 
emporté pour lui demander fon argent & pour fe plaindre qu'on le lui fit 
attendre depuis fept mois. Il vit aufli Mir Mahmud Raja, pour lui répro- 
cher d'avoir eu fi peu d'égard aux ordres de la Cour. Ils lui répondirent 
tous deux, avec quelques railleries, qu'on parleroit d’affaires à la Douäne, 
lorfque fa colère feroic pañlée.  Floris reprit qu’il n’étoit pas d'humeur à fe 
laiffer jouër plus long-tems, & que s’il ne recevoit pas fur le champ une pro- 
mefle formelle, avec des affürances pour l'éxécution , il fçauroit prendre 
quelque parti qui conviendroit à fes intérêts & à l'honneur du Roi fon Mai- 
tre. On ne fit que foùrire de fa menace. Il fe rendit fur le champ à la 
Douäne, où il fçavoit que le Fils du Gouverneur étoit déja, avec une garde 
peu nombreufe. Les piques étoient dreffées contre la porte , & la marée 
haute, deux circonftances dont il avoit toûjours jugé que le fuccès de fon 
deflein pourroit dépendre.  Auñli fe confirma-t'il dans la réfolution d’en pro- 
fiter. Ses gens, qui le fuivoient à l’œil, à l'exception de trois, qu'il avoit 
laiffés pour garder fa maifon, fe failirent des piques entrèrent dans la Douä- 
ne, & fermérent la porte fur eux. Les Moufquetaires parurent aufi-tôc, 
Floris prenant lui-même le fils du Gouverneur par le bras , le remit à trois 
ou quatre de fes gens , qui le conduifirent à la Chaloupe, tandis que lui & le 
refte des Anglois faifant l’arrière-garde, écartèrent le peuple qui commen- 
çoit à s’aflembler, & gagnérent xnfi le Rivage. Le Gouverneur & Mir 


.Mahmud Raja arrivèrent immédiatement, mais la Chaloupe avoit déja quit- 


té la terre. Cependant comme le vent étoit affez fort, & qu'elle fut obli- 
gée de fuivre quelque tems le Rivage > à peu de diftance, pour arriver au 
grand Canal, les Indiens fe hâtèrent d'entrer dans quelques Canots, & fe 
mirent à la pourfuivre. Il étoit déja trop tard. Floris, qui n’avoit pas 
manqué de prendre fes plus habiles rameurs, avoit paflé la Barre avec une 
légèreté incroyable; & deux ou trois coups de moufquets, qu’il fictirer dans 
l'air, réfroidirent ceux qui auroient entrepris de le fuivre plus loin. Chan- 


FLonrts. 
1014. 


Il l'éxécute 
& fe faifit du 
Fils du Gou- 
verneur, 


Vains efforts 
des Indiens 
pour le tirer 
de fes mains. 


cey, un des trois Anglois, qu’il avoit laïflés dans la Ville pour juftifier fa . 


conduite & recevoir l'argent qui lui étoit dû, eut l’imprudence de fortir de 
la maïifon, par un mouvement de curiofité. Il tomba dans un gros d’Indiens, 
qui le mal.raitèrent beaucoup. Mais le Gouverneur , craignant dis repré- 

Ss 2 failles 


3924 VOYAGES DES ANGLOIS AU X! 


failles fur fon Fils, fe le fit amener aufli-tôt & le prit fous fa protcétion. 


FLonts, \ dE , 
1614. Dans le cours de l'après-midi, Wérner van Berchem , Marchand Hol. 
Fermeté de Jandois, vint a bord du Globe ave l'Interpréte du Gouverneur, pour deman. 
Foris. der la caufe d'une entreprife fi violente.  Floris leur répondit qu'il trouvoit 


furprenant qu'ils paruffent l'ignorer, après avoir été fi fouvent témoins de 
fes plaintes; & que d’ailleurs il avoit laïflé trois de fes gens dans la Ville 
pour expliquer fes intentions.  Enfuite apprenant que celui qu'il avoit char- 
é principalement de fes ordres, avoit été maltraité par le peuple, il feignit 
x vouloir s’en venger fur le Fils du Gouverneur ; & quoiqu'à la prière de 
Berchem, il promît de fufpendre les effets de fon reffentiment, iljura de fai. 
re étrangler ce jeune homme , fi le moindre de fes gens recevoit quelque 
injure. Non-feulement il écrivit la même chofe au Gouverneur, mais il lui 
déclara, que s’il venoit au Vaifleau Anglois quelque Barque de la Ville, fans 
une lettre de Chancey, elle feroit coulée à fond fans pitié. 
VAN Berchem revint le jour fuivant avec l'Interpréte. Il apportoit la 
dette du Gouverneur. Floris lui répondit que pour fatisfaire les Anglois, il 
falloit que le Gouverneur leur fît payer ou leur payât lui-même la dette de 
Kalipa Marchand Indien, dont il s'étoit rendu caution, & qu'il envoyäât fur 
le Vaifleau , les autres Marchands qui refufoient de les payer. Berchem 
choqué de cette fermeté, protefta contre le procédé de Floris, en ajoûtant 
que les Anglois répondroient du tort que leur conduite avoit caufé & qu'elle 
Florisinfifte  pouvoit caufer encore aux Hollandois, Mais Kloris , fans paroître embar- 
fur fespréten- raflé de cette protefltation, y répondit par un aéte pubic qu'il fit figner à 
tour tous fes l'aéteurs. Le Bâtiment Hollandois partit la même nuit pour Patane. 
PenpanT ce tems-là, le Fils du Gouverneur étoit demeuré à bord fans prendre 
aucune forte de nourriture, parce qu’étan. Bramine, il ne lui étoit pas per- 
mis de boire ni de manger chez autrui, s’il n'avoit préparé fes alimens lui- 
même. f'loris ayant pitié de fa fituation, offrit de le rendre à fon Pére, 
pourvu que deux Mores de qualité vinflent prendre fa place. Mais il ne fe 
Accommode- trouva perfonne qui fût tenté d'accepter cette condition. Enfin le Gouver- 
ment avec lc heur confentit à payer la dette de Kalipa, & força les autres Marchands de 
A nd payer, à l'exception de Miriapeck & de Datapa, deux Indiens qui faifoient 
leur réfidence à Golkonde. Ainfi le prifonnier fut remis en liberté le 30 de 
Novembre. 
ArrÈs cet accommodement, plufeurs Mores, qui vifitèrent Floris fur fon 
Vaifleau , lui promirent de rendre un compte fidéle au Roide tout ce quis'é- 
toit pañlé, & le prièrent de n’en pas prendre droit de nuire aux Bâtimens de 
leur Nation. Il leur répondit qu'il fe bornoit à la fatisfaétion qu'il avoit re- 
çue, mais ana l'avenir il leur confeilloit de prêter plus facilement l'oreille 
aux plaintes des Anglois, ou plûtôt de ne leur donner aucun fujet d’en faire. 
Excufes de I] écrivit dans le même fens au nouveau Roi. Les différends qu'il avoit eus 
Nour avec les Officiers de Mafüulipatan ne lui avoient pas permis de proficer dis 
bienfaits de fon prédéceffeur ; mais il fe crut obligé d’en faire des excufes au 
nouveau Gouvernement & de promettre dans une autre occafion plus d’em- 
‘ preffement pour de fi grandes faveurs. Il laiffa aufli des lettres à quelques 
Marchands fidéles & affeétionnés pour l’inftruétion des Anglois, qui vien- 
droient dans le même Port après lui. 


Le 7 de Décembre, Chancey revint à bord avec les deux autres daghoir, 


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Angloiss 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. IL gs 


Floris ordonna auffitôt que l'ancre fût levée la nuit fuivante, Il offrit de 
defendre encore une fois au Rivage pour faire civilement fes adieux ; mais 
le Gouverneur appréhendant qu'il ne pensät à lui rendre quelque mauvais of. 
five à la Cour par le moyen des Mores, lui fit répondre avec une modeftie 
affeétée, qu'après les fujets de plainte qu'il avoit donnés aux Anglois, iln'au- 
roit pas la force de foûtenir fes regards. 

ON mit à la voile avant la fin de la nuit; &, le 3 de Janvier, onarrivaau Le Globe f 
Port de Bantam, où l'on trouva le James, venu nouvellement de Patane, rend à Ban. ' 
le Hofiander & la Concorde. Floris defcendit à terre. Jordayne, alors pre- tam. 
mier Faéteur de Bantam, lui remit plufieurs lettres de différens Comptoirs, 
tels que ceux de Macaflar, de Paléakate , de Siam, &c. Dans tous ces lieux, 
on paroifloit encore allarmé par les défordres de la guerre; mais comme le 
Darling y devoit pañler fuccellivement, Floris fe flatta que les Faéteurs de 
chaque Pays en recevroient quelque confolation. Il convint avec Jordayne 
que les marchandifes de l'Hofiander feroient tranfportées fur le Globe , & que 
les deux Capitaines, Edouard Chriftian & Skinner , prendroient aufli la pla- 
ce l'un de l’autre; que le Globe auroit cinquante hommes d'équipage ; le Ja- 
mes cinquante-cing; le Hofiander, qui devoit refter aux Indes, vingt-huit 
(c), & la Concorde vingt-quatre (4). Le James partit le 30, avec ordrede 
s'arrêter au Cap de Bonne-Efpérance ou à Ste, Hélène, pour y attendre les au- dau 
tres. Comme l'Hofiander ne tie être prêt aflez-tôt pour les entreprifes de ture 
auxquelles il devoit être employé, on prit le parti d'envoyer la Concorde à Vailfeaux An- 
Amboyne, avec Georges Bale pour Faéteur, & Georges Chancey, qui de- glois. 
voit s'arrêter à Macaflar. Avant leur départ, le Vaifleau Hollandoïs /a Zélan- 
de, arrivant du Japon, apporta des lettres de Cocks, quiapprirent aux Comp- 
toirs des deux Nations, que M. Peacok, Anglois, & tous les Hollandois qui 
étoient à la Cochinchine, avoient été maffacrés par les IHabitans du Pays, & 
que cinq Anglois, échappés au carnage, s'étoient retirés à Siam. 

Le 14 de Février, le Capitaine David Middleton arriva au Port de Bantam  Effroide Da- 
avec trois Vaifleaux, le Samaritain , le Thomas ES le Thomaflin, qui par un bon- vid Middie- 
heur prefque fans éxemple, n’avoient point un feul malade dans les trois Equi- ns RE 
pages. Middleton apprenant la mort de Sir Henri fon Frère, & la perte de fon 4c fon Frère. 
Vaifleau , fut fi troublé par cette nouvelle, qu’il prit la réfolution de retourner 
en Angleterre. Le Confeil s’affembla pour régler la route des quatre Bätimens 
qui fe trouvaient à Bantam. Le Samaritain fut nommé pour retourner avec 
Middleton ; le Thomas, pe Sumatra ; le Thomaffin, pour joindre la Concor- 
de à Amboyne ; & l’Hofiander pour Patane & le Japon. 

LE Globe & le Samaritain mirent à la voile le 22 de Février. Ils arrivèrent  Ilretourne 
le 30 d’Avril dans la Baye dé Saldanna, où ils trouvèrent, avec le James, l’Ad- en Europe a- 
vice & l’Attendant, deux Vaiffeaux Anglois qui faifoient le voyage de l'Inde, Vecfloris. 

Le 17 de Mai, ils quittèrent Saldanna, accompagnés du James; & le premier 
de Juin il relâchèrent à Sainte Hélène. 


FLonrs. 


16153. 


(ec) Angl. vingt. R. d. E. der la Concorde. R, d. E. 
(d) Angl, & trois ou quatre pour gar- 


pt” hs 


Ss 3 CHAPITRE 


CASTLETON. 
1612. 
Remarques 

préliminaires 


Départ. 


L'yvreffe des 
Matelots Hol- 
landois leur 
fait perdre 
un Bätiment 
qu'ils avoient 
pris. 


1613. 


Rofisko au 
Cap-verd, 


6 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


ob Ab EE db KA db AD EDGE» 
CHAPITRE IV.(a) 


Voyage de Samuel Cafileton à Prieman, en 1612. 


CENT RE les voyages qui fe faifoient aunom dela Compagnie des Indes , 4 
il s’en trouve toûjours quelques-uns qui n'étoient que les entreprifes de 
divers particuliers, fans qu’on foit informé de qui ils recevoient leur commif. 
fion, & s'ils étoient autorifés par le Gouvernement, ou par la Compagnie. ] 
Celui-ci dont John T'atton, Pilote du Vaiffeau, nous a laiffé la Relation, pa- 
roît ne s'être fait qu'aux dépens du Capitaine Caltleton, & de Georges Bathurft 
fon Lieutenant. Mais on ignore quelle étoit leur cargaifon, & de quel nombre 
d'hommes leur ge e étoit compofé. Aufli PurchafT (b), qui nous a con- 
fervé le Journal de Tatton, déclare-t'il qu'il n’a pris ce foin que pour l'utili- 
té de la navigation. Il femble même qu'il en ait retranché quelques endroits, 
qui lui ont paru fans doute moins convenables à cette vûe, 

CasTLETON, Capitaine de la Perle, partit de Blackwall le 22 d’Août 16r»; 
mais les vents lui devinrent fi contraires, qu'ayant relâché de Port en Port au 
long des Côtes d'Angleterre, il ne put gagner Landfend avant le 5 de Novem- 
bre. Le 27, il arriva devant Lancerota, une des Canaries, fans pouvoir entrer 
avant le 3 de Décembre dans la Rade de Lauratavi qui appartient à cette Ifle. 
H y trouva un petit Bâtiment de Londres, que le mauvais tems avoit auñli forcé 
de s'y mettre à couvert. Le 5, ils en furent chaflés tous deux par la force du 
vent, & pendant le refte du mois, ilsfe virent contraints d’errer aux environs 
de cette Ifle & de celle de Ténérife, d'où ils trouvèrent pourtant le moyen 
de tirer feize pipes de vin. Le 31, Caftleton, qui avoit perdu de vûe le petit 
Bâtiment depuis le jour précédent, l'apperçut à l'ancre, prèsd’un Vaiffeau de 
guerre Hollandois, qui s’en étoit faifi; mais les Matelots de Hollande s'étant 
enyvrés pendant toute la nuit, il fut facile aux Anglois de fe dérober dans les 
ténébres, quoiqu'ils ne fuflent qu'au nombre de trois. Caftelon leur donna 
deux hommes de plus, avec un Faéteur, qu'il les pria de mettre à terre dans 
la Grande Canarie. Le vent n'ayant pas cellé de les en écarter, il convint avec 
eux qu'ils le fuivroïient jufqu’à l’ifle de Palme, où il promit de leur faire trou- 
ver de meilleures provifions ; & tous deux fe trouvèrent fort bien de s'être 
arrêtés à ce parti. 

Le 15 de Janvier, Caftleton mouilla dans la Rade du Cap-Verd, où il fe 

rocura quelques bœufs, avec une nouvelle provifion d'eau. Le 27 ayant re- 
mis à la voile, il s'avança jufqu’à Rofisko, dans l'efpérance d'y trouver des 
beftiaux en plus grand nombre. Il y jetta l'ancre à cinq heures du foir, fur 
onze braffes , profondeur qui eft à peu près la même dans toutes les parties 
de la Rade, fur-tout à l'EÎt quart au Nord, qui eft la pofition de Rofisko à 


l'égard de l'Ifle qui forme la Rade du Cap - Verd. Les Anglois s’y procuré- 
| rent 


(a) Ceft le XV. Chap. du I, Livre de gr(b) Voyez Pilgrims. Vol. L. pag. 328. 


Original. R. d. E. 


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(ce) An, 
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(d) Les 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cm, IV,  9s | 


rent fept bœufs, Le 24 au matin, ils quittèrent Rofisko, & faifantvoileavee Carrsaros. 
un bon vent, ils fe trouvèrent le 28, à 6 degrés 32 minutes de latitude, 16548. 
2 KP{ Là , ils eurent à effuyer un Ouragan, | dura près de deux heures.] Le 20 
NTI de Février, ils paflèrent la Ligne, & prirent leur courfe au Sud-Bud-Eft, | 
= À Le 15 d'Avril, étant à 32 degrés 39 minutes, ils portèrent à l'Eft-Sud-Eft, | 
ffravec un vent Sud-Ouelt, À mefure qu'ils continuérent d'avancer, [ils virent 
plufieurs de ces Herbes que les Portugais appellent Trombos, &] ils remarquè- 
rent du changement dans l'eau, jufqu'à cinq heures du foir , qu'ils découvri- 
rent la terre entre l'Eft-Sud-Eft & l'Eft-Nord-Eft, 1Ils fuivirent l'Eft pendant 
toute la nuit jufqu'a fept heures du matin, qu'ils fe trouvèrent vis-à-vis la 
ointe de Sainte-Lucie à quatre lieuës en mer. Cette pointe eft un peu au | 
ud du Cap de Saint-Martin. Ils jettérent la fonde, qui leur fit trouver 43 
braffes fur un fond fort pierreux. Le 16 à midi, la latitude étoit de 33 de- Dprne | 
grés; & vers cinq heures après-midi, il furent jettés fi loin dans la Baye, 00° { 
qu'ils fe trouvèrent contre une chaîne de rocs qui eft au Sud-Sud-Oueit, Ils | 
eurent tant de peine à s'en dégager, que le jour fuivant à fept heures du 
matin, ils n'étoient avancés que de trois lieuës au Sud (s). À deux milles | 
de la terre, qu’ils côtoyèrent pendant le refte du jour, ils ne trouvèrent nul- 
kle part moins de neuf brafles. [Ils jettèrent l'ancre fur fept brafles, au côté | 
Sud-Eft de la Baye; ayant une pointe au Nord-Nord-Eft à environ feptlicuës, | 
& l'autre au Nord-Oueit. Ce jour-là leur latitude fut de 33 degrés. 

Le 18 au matin, ayant envoyé la Chaloupe & l'Efquif au rivage, l'Efquif | 
revint aufli-tôt pour leur annoncer que les Habitans étoient d'un caraétère | 
traitable, Vingt de ces Barbares s'étoient prélentés avec diverfes fortes de | 
beftiaux. Caftleton renvoya l'Efquif à terre avec plufieurs morceaux d'un | 

EE croc de fer coupé en piéces, & quelques haches. Pour un morceau de croc, 
= les Anglois achetèrent un veau; & pour une petite hache , ils obtinrent un 
= excellent mouton. Il eft étrange que l'Auteur ne faffe pas connoître cette Baye avanta- 
Baye par fon nom; mais, [ce qui ne permet pas de croire que ce fût celle re e que 
de Saldanna (d) ,] c'eft qu'on n'y trouva point d’eau, à la referve de celle ue 8 
que les Habitans montrèrent dans quelques marais bourbeux, enfaifantcam- mer, | 
prendre par leurs fignes qu'ils en faifoient ufage, & que le pays n'en avoit | | 


x 
= 
— 
Es 
| 

= | 
en 
À 


CEEEEETEETETLE PALETTE TER ONE RP Ten 


as d'autre. La Chaloupe remonta, l'efpace de plus d'un mille, une fort bel- 
e rivière qui eft au fond de la Baye; mais l'eau en étoit aufli falée que cel- 
le de mer. Tous les environs parurent fort ftériles. 

X# [La 19 à deux heures du matin, le vent s'étant mis au Nord-Nord-Oueft, 
ils levérent l’Ancre & firent route fur dix, neuf, huit, & fept brafles. Le 
22, a midi, ils fe trouvèrent à 33 degrés 53 minutes, à 6 lieuës du rivage. 
Le lendemain au matin, ils eurent à cinq lieuës de diftance la montagne de la 
Table. La nuit fuivante ils n’avancérent point à caufe du ue) 

Le 24 d’Août, la Relation nous tranfporte à Priaman, d’où elle fait par- 
tir le Vaiffeau pour Tékou; mais ce n’eft pas fans obferver que la première | | 
de ces deux Villes eft à 38 minutes du Sud, & que la variation y eft de 4 | | 

| 


degrés 


TETETEETNNEEEN EEE ELET EEE ELUUUTELETAEENE RTE EEEEENECEEEEREE RENTREE ENTER 


(c) Angl. le jour fuivant au matin, ils fe contraire à celui du Traduéteur: ils avertif- 
trouvèrent à fept lieuës de la terre, ayantfait  fent dans une note, FL ya pue que 
trois lieuës au Sud. R. d. E, c'étoit la Baye de Saldanna. KR. d. E. 


ul 
_ (d) Les Auteurs Anglois font d'un avis 


. 
COUR 


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25 


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CASTLETON. 
1618. 


Bayc d'Ayre- 
Bangyc. 


Ifle de Patta- 
han & fa fitu- 
ation. 


Grande Ifle 
que l’Auteur 
ne nomme 
pas, 


Les Anglois 
arrivent dans 
l'Ifle de Cey- 
lan, 


398 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


degrés 50 minutes Nord-Oueft. La latitude de Tékou eft de 25 minutes da 
Sun. On rencontre entre ces deux Places trois où quatre Baffes qui font fans 
danger pour ceux qui fe tiennent au large, à quatre licuës du rivage. Le 
FE Caîtleton entra dans une Baye qui fe nomme Ayre-Bangye, du nom 


d'une petite Ville qui en eft fort proche au Sud. La latitude de cette Baye 


eft de huit minutes du Nord. A deux mille du rivage, vis-à-vis la pointe 
Ouett , c'eft-a-dire au Nord d'Ayre-Bangye, il fe trouve une chaîne de rocs, 
fur lefquels l'eau n'a pas plus de huit ou neuf brafles; mais plus loin, entre 
la terre & une longue lfle quieneft à fept lieuës, on n'a guéres moins de 
vingt-huit ou trente braffes. 
LE 10 de Septembre, on jetta l'ancre à deux milles de Pattahan, parce 
u'on avoit à combattre le vent qui venoit du rivage. Le lendemain au ma- 
tin, on s'avança à l'extrémité Sud-Oueft de cette Ifle, où l’on mouilla fur r4 
brafles ; & vers deux heures après-midi, s'étant approché de la Rivière, on 
y mouilla fur cinq brafles. Le fond, fur toute cette Côte, eft fort bourbeux 
au long du rivage, excepté fur quelques Baffes qui paroiffent d’un fable fort 
pur. L'eau de la rivière eft excellente, & l'on y trouve fix ou fept pieds de 
fond au-delà de la Barre. Elle eft à 28 minutes du Nord. Le 14 on partit 
de Pattahan avec deux Pilotes du pays, pour s’avancer vers Barons & A- 
chin. On fe trouva, le 16, fort près d'une grande Ifle qui eft à vingt-cinq ou 
vingt-fix lieuës de Pattahan vers le Nord, qui n’eft sh deux milles du Con- 
tinent, [& au Sud de laquelle on voit deux petites 
degré 40 minutes. Elle a du côté Nord-Oueft un torrent qui tombe d’un mont 
efcarpé, & qui eft fi blanc de fon écume, qu'il fe fait appercevoir de fept : 
ou huit lieuës. Du côté du Nord, on découvre une belle Baye, près de la- 


quelle le fond eft bourbeux füur trente braffes. Au Sud-Oueft, [ou à l'Oucftr# 


Sud-Oueft] à quatre lieuës de l'Ile, on rençontre une Bafle qui demande des 
précautions. 

LE dernier jour d’Oétobre, la Relation fait partir le Vaifleau de Nico- 
bar, fans nous avoir appris qu'il y fût arrivé. C’eft la méthode infuporta- 
ble de Purchaff, quand il entreprend d’abréger. Il fupprime une partie de 
fon texte au lieu de le refflerrer par des extraits. Ledeflein des Anglois étant 
de fe rendre à Ceylan, où les Habitans de Nicobar ne font pas difficulté d'al- 
ler dans leurs canots, comme s'ils en étoient fort voifins, ils fe trouvèrent 
le 12 de Novembre à 5 degrés 35 minutes de latitude ; & fuivant cette ob- 
fervation , l’Auteur conclut qu’en deux jours le Vaiffeau étoit avancé, de 
quarante lieuës au Sud plus qu'il n'avoit pû juger par fa navigation. Orf'a- 
voit eu le même jour, à huit heures du matin, la vûe de la haute terre du 
Cap de Galle, à plus de douze lieuës du rivage. Dans cet endroit, la fon- 
de ne trouva point de fond. Le 13 à midi, la latitude étoit de 5 degrés 32 
minutes; & le foir, la variation de 13 degrés 24 minutes. Ayant porté au 
Nord pendant la nuit, avec des vents fort variables & beaucoup de pluye, 
la terre fe préfentoit le matin à l’Eft-Nord-Eft. A midi, la latitude étoit de 
6 degrés, & l'on avoit à l'Eft la partie méridionale de Ceylan, qui s’appelle 
Dondera (e). 

LE 


«7 (e) De Life l'appelle Tannidar. 


fles.] Sa latitude eft un x 


nutes da 
ont fans 
ge. Le 
du nom 
te Baye 
a pointe 
de rocs, 
1, entre 
noins de 


parce 
n au ma- 
la fur 14 
rière , on 
OurhEux 
able fort 
pieds de 
on partit 
15 A- 
t-cinq où 
, du Con- 


de eftunré 


l'un mont 
: de fept 
rès de la- 


à l'Oucttré 


ande des 


le Nico- 
fuporta- 
artie de 
ois étant 
ulté d’al- 
ouvérent 
cette ob- 
ancé, de 
Or a- 
terre du 
, la fon- 
egrés 32 
porté au 
e pluye, 
+ étoit de 
s'appelle 


LE 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar, IV. 329 


Le 16 après-midi, on entra dans la Baye de Billigam (f), avec le defféin d' 
faire de l'eau, & l'on y jetta l'ancre fur un fond de fept braffes, d'excel- 
lent fable, à un quart de mille du rivage. Des deux pointes de cette Baye, 
l'une eft à l’Oueft-Nord-Oueft; & l’autre, au long de laquelle on entra, eft 
au Sud-Sud-Oueft. Caftleton envoya, le foir, fon Efquif au rivage, avec un 
Pavillon de paix; mais aucun de fes gens ne hazarda d'y defcendre , parce 
que les Habitans leur firent connoître par des fignes, qu’il n’entendoient pas 
la langue Portugaife. Le 17, la Chaloupe s'étant approchée de la terre de 
l’autre côté de la Baye, où les Portugais avoient plufieurs maifons, un In- 
fulaire qui s'avança dans l’eau, parla fort bon Portugais. Quoiqu'il fût vêtu 
à la mode du Pays, les Anglois jugèrent qu'il n’en étoit pas. 11 répondit à 
leurs queftions, qu'il ne pouvoit leur donner ancune affürance poñitive, juf- 
qu'à ce que le Roi fût initruit de leur arrivée; & que s'ils vouloient revenir 
le lendemain au même lieu, ils y apprendroient les intentions de ce Prince. 
Leur réfolution n'en étoit pas moins de defcendre ; mais appercevant les 
Portugais qui commençoient à fe raffembler, ils prirent le parti de retour. 
ner au Vaifleau, Le 22, Caftleton ne pouvant fe perfuader qu'on lui refu- 
fât la liberté de chercher de l’eau, renvoya au même rivage fa grande Cha- 


loupe & fon Efquif. La Chaloupe avoit ordre de ne pas s’approcher trop de : 


la terre, mais de fe tenir à portée de fecourir, s’il en étoit befoin, l'Efquif, 
qui étoit conduit par fix hommes. Il ne parut fur le rivage qu'un feul Infu- 
laire, à qui les Anglois demandèrent s'ils pouvoient obtenir de l’eau. 11 leur 
répondit qu'ils en obtiendroient en la payant. Leur Capitaine, replique- 
rent-ils, confentoit à donner le prix qui feroit demandé. Ils ajoûtérent 
qu'ils alloient à Matikalo (que d’autres appellent Batikala,) une des princi- 
pales Villes de l'Ifle. Pendant cet entretien, l'Efpion des Portugais s’avan- 
çant vers l'Efquif, affeéta de la timidité, & dit aux Anglois qu'ils avoient 
fans doute des armes à feu, dont il craignoiït qu’ils nefe ferviffent contre lui. 
Ils l’affürèrent qu'ils étoient fans armes , & Caftleton effeétivement n’avoit 
fait armer que la Chaloupe. L’Efpion continua de leur parler, avec de gran- 
des apparences de bonne-foi. Mais s'étant retiré brufquement, une déchar- 
ge furprenante de moufquets, qui ne pouvoient être moins de deux cens, blef- 
a les fix Anglois, & leur fit regarder comme un bonheur extrême d’en être 
quittes pour des bleffüres. Au même inftant, il fortit d’entre quelques bruyè- 
res un grand nombre de Portugais mêélés d’Indiens, dont plufeurs s'avancé- 
rent dans l’eau jufqu’au cou, pour fe faifir de l’Efquif. Mais deux Matelots 
Anglois, fuppléant aux quatre autres , qui ne pouvoient fe fervir de leurs 
bras, s’éloignèrent de la terre à force de rames ; tandis que la Chaloupe, 
avec quelques petites piéces de canon & fa moufqueterie, força leurs Enne- 
mis de regagner leur embufcade. 

LE 24, Caftleton alla jetter l'ancre fept lieuës à l'Eft de Dondera, qui 


Æ forme la pointe méridionale de l’Ifle. [La nuit, dans une paix profonde, 


tout l'Equipage fut reveillé par un bruit effroyable , qu’on auroit pris pour 
les cris d’une multitude d’animaux , fi l’on eût été moins éloigné de laterre. 
Les Sentinelles du Vaiffeau ne diftinguant rien autour d’eux à la feule lueur de 


la 


CF) H y a dans l’Original Velagam, & les  c’eft peut-être la Baye de Billigam. R.d.E, 
Auteurs Anglois avertiflent dans un note, que 


II. Part. Tt 


CasTLeTon, 
1613. 
Baye de Billi 
gam , où Vela 
gam, 


Ils confèrent 
avec un Inlu- 
laire, 


Trahifon des 


Portugais. 


Les Anglois 


s'en fauvent 
heureute- 
ment, 


gÿ VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Casrteron. Ja lanterne, Caftieton effrayé lui-même d'un bruit qui n'étoit point inter 


1613. 


Secours qu’ils 


accordent à 
des malheu- 
reux, 


Rivière de 
Vallouay. 


Orage &pé- 


rils de mer, 


rompu, fit allumer quantité de feux, qui devoient jetter une grande lumié- 
re ns une nuit fort obfcure. C'étoit plûütôt, comme il commençoit à le 
concevoir, pour être de quelque fecours à des malheureux , que pour éloi- 
gner fes propres dangers; car le bruit devenant plus diftinét à mefure qu'il 
s'approchoit, tout le monde croyoit entendre des voix d'hommes & de fem- 
mes qui étoient apparemment dans quelque extrémité preflante. Enfin la lu- 
mière du Vaiffeau les attira bientôt à fi peu de diftance, qu'on les reconnut 
pour une troupe d’Indiens qui étendoient les bras en demandant d’être aftif. 
tés, Ils étoient quinze dans une Barque de l'Ifle. Quoi u'ils ne fçuflent pas 
le Portugais, leur crainte, qui s’exprima d’une manière fenfible, & la vûe 
même de leur fitution, apprirent aux Anglois, que pañfant le foir d'un en- 
droit de l’Ifle à l’autre, ils avoient été jettés en mer par un vent impétueux, & 
pouflés contre un roc qui avoit fait plufieurs ouvertures à leur Barque. L'eau 
qui les gagnoit fans ceffe étoit un mal d'autant plus dangereux, que n'ayant 
ni pompe ni pelles, ils étoient réduits au fecours de leurs mains, dont le fer- 
vice ne pouvoit être fi prompt que l'augmentation du péril. Aufñli fut-il 
impofible de fauver la Barque. Mais la plûpart s'étant jettés à la nage pour 
monter fur le Vaifleau Anglois, évitèrent la mort à la faveur de la Chalou- 
pe, que Caftleton envoya au devant d’eux.] 

Le lendemain, les Anglois s’approchèrent du rivage, & jettérent 
l'ancre à midi, devant la Rivière de Vallouay (h), fur huit brafles de fond. 
Elle leur parut fort large; mais l'entrée en eft défendue, par un roc , con- 


tre lequel l’eau bat avec beaucoup de violence, [& qui avoit caufé vrai-fem-.# 


blablement le malheur des quinze Infulaires. Caftleton les fit mettre à terre 
dans la Chaloupe. À peine leur avoit-on rendu ce dernier fervice, que] le 
vent devenant orageux , força non-feulement la Chaloupe de retourner à 
bord, mais le Vaifleau même de faire une manœuvre fort difficile pour éviter 
plufieurs rocs qui fe préfentoient au long de la Côte. On s’en éloigna juf- 
qu’à fix milles; & l’on fut obligé de jetter trois ancres, & de pañler le ref- 
te du jour & la nuit fuivante à cordes & à mâts. 

Le 28, après s'être avancés cinq ou fix lieuës à l'Eft , en fe tenant toû- 
jours à fix ou fept milles du rivage, on rencontra un autre écueil, qui confif- 
te en plufieurs petits monts de fable; mais à la diflance de deux ou trois 
milles, où le Vaiffeau les laiffa , le fond ne ceflà point de donner cinq ou fix braffes. 
En fe rapprochant du rivage, on apperçut quelques rocs, qui faifoient la 


Belle rivière pointe d’une belle rivière, & l’on mouilla fur neufbrafles à l’Eft de cette poin- 
cüles Anglois te, qui fe préfente au Sud-Oueft quart au Sud. Là, Caftleton fit defcendre fur . 


font de l’eau, 


Jes rocs trente hommes armés de moufquets, pour garantir ceux qui furent 
occupés à prendre de l’eau. Il ieur vint plufieurs Habitans, qui donnèrent d’a- 
bord quelques marques d’effroi, mais qui s’apprivoiférent enfuite jufqu’à de- 
venir fort careflans. [Ils reflembloient peu à ceux quiavoient été fecourus par 
le Vaifleau ; c’eft-à-dire, qu’au lieu d’avoir, comme eux, les cheveux 


courts & les oreilles percées d’un grand trou,] ils avoient les oreilles entié- 
rcs 


(g) La »e, Seëtion de ce Chapitre com. e®(h) Dans les Cartes de Dé Lille elle eft ap- 
mencce ici dans l'Original, R. d. E, pellée Welebe où Walue, 


parenc 
foient : 
qui l’éx 
couver! 
le prir( 
fuite ay 
rent bic 
d'une g 
de fes d 
poivre, 
récit, € 
ui étoi 
Oit que 
leur uni 
ILs ! 
butin à 
occafion 
Ifle qui 
fe nomn 
celle de 
il dit qu’ 
variatio 
plus gra 
au Sud-( 
ferver, 
minutes, 
les paral 
duifoient 
Coup en 
(i) L' 
d'entr'eux 


inter 
lumié- 
jt à le 
ar éloi- 
re qu'il 
de fem- 
in la lu- 


connut 
re aflif- 
Yent pas 
la vûe 
un en- 
ueux, & 
», L'eau 
n'ayant 
t le fer- 
M fut-il 
ge pour 
Éhalou- 
ettérent 
de fond. 
>, COn- 
rai-fem- + 
> Aterre 
que] le 
urner à 
r éviter 
gna juf- 
r le ref- 


ant toû- 
i confif- 
bu trois 
brafles. 
oient la 
e poin- 

ndre fur . 
furent 
ent d’a- 
u’à de- 

rus par À 
heveux 
s entiè- 
1CS 


[le eft ap- 


INDES ORIENTALES, 


Liv. IV. Car. IV.  ggr 


res (1), & les cheveux noués für le haut de latête, à la manière des Chinois. Les Casrtrrox, 
uns & les autres étoient nuds, avec un grand pagne, com ofé d'une piéced'é- 
toffe qui leur tomboit jufqu'aux genoux. 
bien la Langue Portugaife ne firent pas difficulté d'aller à bord. Ilsyfirent 
beaucoup de promefles qu'ils n'éxécutèrent pas. Les Anglois fe voyant trom- 
pés dans l'efpérance d'obtenir quelques rafraïchiffemens , en retinrent un, & 
renvoyèrent l’autre à terre, avec un mélange de promefles & de menaces. 
KIls reçurent le lendemain un mouton & deux veaux, [au grand contente- 
ment de leur prifonnier qui écoit fort inquiet, de ce que fon Camarade tar- 


doit tant à hé  à 
Æ (PENDANT plus 


Il s'en trouva deux qui parlant fort 


e deux mois que les Anglais pafèrent fur les Côtes de Cey- 


lan, on eft embarraflé à découvrir le motif qui pouvoit les avoir amenés 
dans un région fi éloignée.] On ne les voit occupés qu'à changer de ftation, 
à mefurer les profondeurs, à tenir ME Ex des bafles & des rocs, à s’écar- 


ter & à fe re rocher de la rivière de 
l 


Æte de Galle. 


allouay, de Dondera, & de la poin- 
ne paroît pas la moindre trace de commerce dans leur Jour- 


nal, & l’Auteur n'annonce nulle part d’autres vûes. Il y a beaucoup d’ap- 

parence que leur voyage n'étoit qu'une entreprife de Pyrates, & qu'ils pen- 

foient moins à s'enrichir par le commerce que par les dépouilles de ceux 

qui l’éxerçoient. Tatton confefle du moins que] le 19 de Janvier, ayant dé- 
ils 


couvert un Vaiffeau qui pañloit fans défiance, 


lui donnèrent la chafle, & 


le prirent dans l’efpace de trois heures. La Nation n'eft pas nommée, En- 
fuite ayant jetté l'ancre à deux milles du rivage, dans un lieu où ils fe cru- 
rent bien à couvert, ils déchargèrent leur prife. Ce Bâtiment devoit être 
d'une grandeur & d’une richefle extraordinaire , puifqu’après être comblés Prife fort ri- 
de fes dépouilles , les Anglois lui laiffèrent encore près de cent tonneaux de 
poivre, & je ne fçais quelle quantité de bois de Sandal. [A juger par ce 
récit, & par la longueur de leur retardement , ils attendoient cette proye, 
ui étoit peut-être quelque Vaiffeau annuel des Indes ou des Portugais ; & 
oit que leurs defirs fuffent remplis d’un-feul-coup, foit que ce ne fut pas 


leur unique brigandage, ils ne penfèrent enfuite qu'à retourner en Pnage.] 
ILs partirent le 3 de Février, immédiatement après avoir fait pañler 


eur 


butin à bord; [ce qui confirme encore qu'ils n’avoient cherché que cette 
occafion de s'enrichir. ] À fix heures du foir, ils étoient déja vis-à-vis d’une 
Ifle qui eft à fept ou huit lieuës, au Sud, du Fort Portugais de Céylan, qui ‘7 Europe, 
fe nomme Columbes. La précipitation de l'Ecrivain ne le céde point ici à 
celle de la courfe; car fe tranfportant tout-d’un-coup au 20 du moisde Mars, 
il dit qu’on fe trouva ce. jour-là à 13 degrés 7 minutes de latitude, & que la 
variation étoit de 24 degrés 26 minutes. 
plus grande qu’il ait trouvé dans le voyage. A la même hauteur, on porta 
au Sud-Oueft, fans s’appercevoir d'aucun Courant: fur quoi Tatton fait ob- 
ferver, que depuis 4 degrés 30 minutes de latitude, jufqu’à 13 degrés fans 
minutes, on avoit trouvé quantité de Courans & de tournans, fur-tout dans  Courans & 


dui 


Coup en terre. 


(5) L'Anglois dit au contraire quelaplûpart grand trou, R, d, E. 
d'entr'eux avoient les orcilles percées d'un 


Tt 2 


Il ajoûte que cette variation eft la 


Le 


1613. 


Le Vaifleau 
e Caftleton 
n'étoit qu'un 
Pyrate, 


1614, 


Il fait une 


cae, 


Sonretour 


les pete de Pedras Biancas, du côté de l’'Oueft, Les tournans y pro- (Urmnans. 
oient quelquefois un bruit femblable à celui de l’eau qui s’abimetout- 


32 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


LE 24, 16 degrés 5o minutes de latitude, & 23 degrés 10 minutes de 
variation, On continua de porter au Sud-Oueft. Le 27, étant au 21°, de. 
gré, on découvrit à quatre licuës de diftance, Oueft-Sud-Oucft & Sud-Oueft 

uart à l'Oueft, une ifle dont la terre parut fort haute. A fix heures du 
oir, On jctta l'ancre à un mille du rivage, fur dix braffes d'un fond d’ex- 
cellent fable, & l’on s'apperçut avec étonnement que près du rivage même, 
le fond varie depuis quarante jufqu’à quatre brafles. La Chaloupe , qui fut 
envoyée à terre, y trouva une prodigieufe quantité de tortues, dont chacu- 
ne feroit la charge d’un homme. C’eft une nourriture fort agréable & fort 
faine. La pointe Nord-Eft de l’Ifle eft très-haute ; mais, un peu au Sud-Eft, 
la terre eft bafle & arrofée d'une belle eau qui a l'apparence d'une rivière, 
Quoiqu'une chaloupe n'y puifle point entrer, on peut y faire aifément fa 
provifion. [A une certaine diftance du Rivage, l'ffle paroit être une fo-x$ 
rêt; aufli l'Auteur l'appella-t-il Ja Fort d'Angleterre, & les gens de l'Equipage 
lui donnérent le nom du Vaifleau, c’eft-à-dire qu'ils l’appellèrent M e de 
la Perle. ] 

Cerre Île, que les Portugais ont appellée Mafcarenhas, & que les 
François nomment aujourd’hui l'Ifle de Bourbon, étoit alors inhabitée; mais 
elle étoit remplie d'oifeaux de terre de toutes les efpéces, de pigeons, de 

rands perroquets, d’une autre forte d’oifeaux de la groffeur d'une oye, 

ort gras, avec des ailes courtes qui ne lui permettent pas de voler. On l'a 
nommé depuis le géant; & l’Ifle Maurice, Eaujourd'hue l'Ifle nr 0 HI 
produit aufli beaucoup. Il eft blanc, & naturellement fi gas qu'il fe Jaif.. 
foit prendre à la main; ou du moins, s’effrayant peu de la vûe des Mate- 
lots, il leur étoit aifé d’en tuer un grand nombre à coups de bâtons & de 
picrres. En général, les oifeaux font en fi grande abondance dans cette Ifle, 
que dix hommes en peuvent ramafler dans un jour pour la nourriture de qua- 
rante. Quelques Anglois s'étant répandus dans les terres y trouvèrent une 
autre rivière, couverte d’oyes & de canards, & remplie de groffes Anguil- 
les, du meilleur goût du monde. Tatton admirant leur groffeur, eut la curio- 
fité d'en pefer une, qui fe trouva du poids de 25 livres. Lorfqu’elles font 
frappées d’un coup de pique, elles fuyent l’efpace de deux ou trois braffes, 
après quoi s’arrêtant d’elles-mêmes, elles fe laifflent prendre aifément. L’Au- 
teur répéte avec complaifance que c'eft le plus agréable poiffon qu'il ait jamais 
mangé. Comme il n’y a d’ailleurs aucun danger pour les Bâtimens aux envi- 
rons de l’Ifle, il conclut que c’eft un lieu admirable pour le rafraîchiffement 
des Voyageurs. 

Le premier d'Avril, on remit à la voile,. & doublant la pointe. Nord-Eft 
dont on a parlé, les yeux des Anglois fe promenérent avec une fatisfaétion 
extrême fur la Côte du Nord, qui eft une belle terre, couverte d'arbres, & 
dont la perfpeétive eft beaucous plus agréable que celle de la Côte du Sud. Le 
lendemain , étant à cinq lieuës de l’Ifle qu’on laifloit au Sud-Eft quart à l'Eft, 
la latitude fe trouva de 20 degrés 58 minutes. Le foir, la variation étoit de 

‘22 degrés 48 minutes. Le premier de Mai, à 38 degrés 47 minutes de lati- 
tude, qui étoit la plus grande qu'ils euffent jamais eue au Sud, ils commen- 
cèrent à porter Oueft-Nord-Oueft. Le 11 à midi, la latitude étoit de 33 de- 
grés 58 minutes. L’Auteur, par cette obfervation, découvrit un Courant au 

Nord, & trouva qu'on étoit à l'Oueft du Cap de Bonne-Efpérance. ; 
E 


utes de 
21°, de- 
d-Oueft 
ures du 
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la curio- 
elles font 
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dit jamais 
ux envi- 
iflement 


Nord-Eft 
tisfaétion 
rbres, 
Sud. Le 
tà l'E, 
étoit de 
ès de lati- 
commen- 
de 33 de- 
ourant au 


LE 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnavr. IV. 


333 


Le premier de Juin, fans avoir parlé de l'Ifle de Sainte - Hélène , il nous Casrzerow, 
apprend qu'il en partit un VaifTeau Anglois , nommé le Salomon, & qe: 
r 


grands Bâtimens Hollandois. Quatre heures après leur départ, & lo 


qu'ils 


étoient encore à la vûe de l'Ifle, il y arriva deux grandes Caraques Portu- 


ms Caftleton n'avoit 


s'étoit 


pas dix hommes à bord. La plus grande partie de fon 
quipage, qui étoit arrivée fort malade, fe rafraîchifloit dans l'Îfle, où elle 
Éfberfée. Cependant il envoya aufli-tôt la Chaloupe au rivage d'où 


elle ramena feize hommes, de cinquante qui étoient à terre. On fe hâta de 
dépêcher après l'Amiral Hollandois, pour l’avertir de l’occafion que la fortune 
leur offroit. Le plus gros Vaifleau de l'Efcadre Hollandoife & le plus capable 
de défenfe & d'attaque, s'étoit déja éloigné avec le Salomon; ce qui n'em- 


Æpêcha point l'Amiral [Jean Derickfon red de 
reftoient, & de fe joindre à Caftleton dans la 


revenir avec les trois qui lui 


Rade. 


Vers midi, l’Amiral fut le premier qui allant jetter l'ancre au flanc de 
la principale Caraque, commença par une canonade fi vigoureufe qu'il l'au- 
roit coulée à fond, fi l’avarice ne l'eût fait penfer à conferver faproye. Mais 
les Portugais, qui avoient été furpris d’une attaque fi brufque , fe remirent 
bientôt de leur effroi. Ils étoient beaucoup mieux en artillerie que des Vaif- 


feaux Marchands. Ils firent à leur tour un feu fi terrible , 


ue l’ardeur des 


Anglois & des Hollandois ne fut pas long-tems à fe réfroidir, & le Ciel, 
qui les favorifoit, permit qu'une piéce du Lion blanc, un des Vaiffeaux Hol- 
landois, crevant fur la chambre des poudres, y mit le feu, fit fauter le Bâti- 
ment en piéces & l’abima fur le champ. Les deux autres, affez maltraités par 
l'artillerie Portugaife, n’eurent point d'autre reffource que de fortir fucceffive- 
ment de la Rade; & Caftleton, contraint d'abandonner dans l'Ifle quinze de 
fes gens, qui étoient difperfés fur les montagnes , quoique la Chaloupe eût. 
ramené le refte pendantle combat, fe hâta auffi de gagner la Mer & de pren- 
[Henri Bacon, & Ilenri Teddyman, & 
quarante neuf Hollandois fautèrent en l'Air avec le Lion blanc]. 

Le 28 de Juillet, les Anglois & les Hollandois réunis fe trouvèrent dans 
une Mer couverte d’herbes à longues feuilles, qui portent un petit fruitblanc 
de la groffeur d’un grain de poivre. Un Pilote Hollandois, qui avoit péné- 
tré plus loin du côté de l'Oueft, affüra que dans plufieurs endroits, l’eau en 


Kdre le large avec toutes fes voiles. 


eft affez chargée pour retarder la navigation des plus gros Vaifleaux. 


Cette. 


Mer, qui eft entre les Açores & le Cap-Verd, ou pour la marquer avec plus 
de précifion, entre le 22°, & le 32°. degré de latitude , eft nommée par les 
Efpagnols Mare de Sargoffo, & par d’autres la Mer Verte, ou la Mer des her- 


bes. Le 19, nos Voyageurs palfèrent le. Tropique du Cancer. 
LATITU DES: 
PTIAMAN ss sosonsososssesosoee oO 3o S Baye d’Ayre Bangye...…. o 8 NN. 
Variation Nord-Oueft... 4 5o Rivière de Pattahan..….. o 28 
ÉRROUsrrssesssoise senoeosess © 95 Grande Ifle fans nom... 1 40 
Ifle Mafcarenhas ou de. 
Bourbon. 21 Oo S. 
Tt3 CHAPITRE 


1614, 

Combat à 
Sainte-Hé- 
lène, 


Un Vaifeau 
Hollaindois 
faute & les au- 
tres prennent 
la fuite avec 
Caftleton, 


Mare de Sar. 


goffo ou Mer 
des herbes, 


Sants, 
1611. 
Introduétion, 


Départ. 


Route de Ja 
Ylotte An- 
gloife. 


| bloneufe.] On pafñfa enfüite le 


34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


AXLXODXLAEDLAAXA MIX LA XADL ADI AGD XX ES 
CHAPITRE V.() 


Voyage du Capitaine Tobn Saris à la Mer Rouge, aux Moluques , 
€? au Japon, en 1611. 


E Voyage qui tient le huitième rang entre ceux de la Compagnie , mé. 

rite d'autant plus de curiofité, qu'il eft le premier que les Anglois ayent 
fait au Japon: on doit entendre, fur un Vaifleau de leur Nationj car Wil. 
liam Adams étoit arrivé quelques années plûtôt dans cette Ifle, fur un Navire 
Efpagnol. L'Auteur de 4 elation, qui eft Saris même, n'ayant jamais pu- 
blié fon ouvrage, PurchafT(b}), entre les mains duquel il étoit tombé, nous 
en a confervé le fond dans un extrait. Les obfervations en font générale. 
ment curieufes, fenfées, & d'une variété fort agréable. Saris étoit Faéteur à 
Bantam en 1608. Il nous a laiflé la continuation des événemens de cette 
Ville, depuis le tems où Scot finit fon Journal. Dans ce voyage, il avoit 
su vaifleaux fous fes ordres ; Je Clove qu'il commandoit lui-même, l'Heëtor & 
e Thomas. 

ETanNT parti des Dunes le 18 d'Avril 161, il pafla la Ligne le 6 de di 

let; & le premier d'Août, il mouilla dans la + de Saldanna, où s'étant 
rafraîchi pendant huit jours, il leva l'ancre le 9,& vers quatre heures après- 
midi, il doubla le Cap de Bonne-Efpérance [dont il fe trouva éloigné de cinq'# 
lieuës.] Le 2 de Novembre, [ faifant route à l'Eft quart au Nord,] il fe vit 
à 24 degrés 21 minutes de latitude du Sud. Il obferve que depuis le Cap, 
il ne trouva point de Mouffons de vents d'Oueft, comme on l'en avoit aver- 
ti; mais au contraire des vents Nord-Eft, Sud-Eft, & Eft, avec de violents 
orages, des pluyes, du tonnerre & des éclairs furprenans. Cependant le tems 
étoit fi beau, ce jour-là, & la chaleur fi exceflive , qu'on fe crut menacé 
d'un long calme. 

Le 3 la latitude étoit de 23 degrés so minutes. [ & la route Sud quart àkÿ 
l'Oueft. ] Vers le foir, on découvrit l’Ifle de Madagaïcar , & la Baye de Saint- 
Auguftin à fix lieuës Eft quart au Nord. On porta au Nord-Nord-Eft. La 
variation fe trouva le foir de 15 degrés 11 minutes Oueft. La fonde n’y don- 
na pas de fond à cent braffes. Ts terre n’y eft pas haute, mais elle . eft fa-XF 

ropique du Capricorne, & le 10 de Septem- 
bre, on eut pour latitud: 17 degrés 3 minutes. Ayant porté de-là au Nord- 
Nord-Eft, la variation fe trouva, au lever du Soleil, de 13 degrés 54 minutes 
Oueft. Un Courant impétueux emporta les trois Vaifleaux au Sud-Sud-Oueft, 
& dans l’efpace d'un petit nombre d’heures, ils ne firent pas moins de vingt- 
quatre lieuës; mais ayant avancé peu dans leur direétion, ils fe trouvérent, 
Je Soir , à quatre lieuës Oueft quart au Nord de l’Ifle Primeiras. [Le rr,leurk 
latitude fut de 17 degrés, 33 minutes. Leur courfe fut au Sud quart à Mets 


(a) Ceft le Chapitre XVL du IIL. Livre de (b}) Voyez fa Collection Vol. I. pag. 334. 
l'Original. R. d. E. R. d. E. 


& mo 
orage 
empor 
obferv: 
Nord-l 
favoral 
ne pure 
Nord d 
fon éte 
brafes. 
rivage, 
voguer 
remarqu 
raifon q 
dix-huit 
le foir, 
& envi 
vent foi 
lever du 
Le 17 a 
au Sud d 
On port: 
tinent qu 
Ici le Cor 
terre on : 
rapideme: 
Après av 
prés de la 
de latitud 
été placée 
On y étoit 
F Dans 
fe, qu'on 
ris profita 
gafcar , e 
ten averti 
dans les P 
CEPEN 
Grans. [Le 
» pour 
degrés 16 
Courut à | 
dura jufqu”: 
matin, ap 
Vaifleaux f 
l'Oueft. A 
gadoxa qu’ 
vante aux 


Aa 


ss Mmé- 
Is ayent 
ar Wil- 
Navire 
nais pu- 
, nous 
énérale- 
aéteur à 
le cette 
il avoit 
Hector & 


de gur 

1 s'étant 

s après- 

de cinq # 
il fe vit 
e Cap, 
oit aver- 
violents 

t le tems 
menacé 


quart à 
de Saint- 
ft. La 
| "y don- 

left fa-XF 
Septem- 
ord- 
minutes 
d-Ouett, 
de vingt- 
vérent, 
e 11, leur 
à l'ER, 
& 


pag. 334 


obfervèrent leur latitude. 


favorable, & le Courant moindre. 


ne purent 
Nord de ] 


k 


ar 
fon étendue eft du Nord-Oueft au Nord, 


braffes. Comme l'impétuofité du vent pouvoit faire craindre l'approche du 
rivage, & que les befoins de la Flotte n'étoient pas preffans, on continua de 
voguer jufqu'au 15, que fe trouvant à 16 degrés 46 minutes de latitude, on 
remarqua que la violence du Courant étoit fort diminuée. Saris en donne pour 
raifon qu'entre le Courant & la Flotte, il avoit l'Ifle de Juan de Nueva, à 
dix-huit lieuës Eft quart au Nord, fuivant fon calcul. 
le foir, de 12 degrés 8 minutes Oueft. [ Le 16 la latitude fut de 16 degrés 
& environ 9 minutes. La route fut au Nord-Eft quart au Nord, par un 
vent foible de Sud-Oueft quart au Sud, mais avec un Courant rapide. 
lever du Soleil la variation fut de 13 degrés & environ 3 minutes à l'Oueft.] 
Le 17 au matin, on découvrit à la diftance de 7 lieuës, les Ifles d'Angadoxa 
Le côté Occidental de ces Ifles parut fort blanc. 

On porta Nord-Eft quart à l'Eft, & l’on apperçut, le foir, la terre du Con- 
tinent qui s’étendoit au Nord. Elle fembloit couverte d'arbres vers la Mer. 
Ici le Courant prenoit fa direétion au Nord-Nord-Oueft , car à la vûe dela 
terre on remarqua que fans beaucoup de vent, la Flotte étoit emportée fort 
ord. La fonde ne donna point de fond à cent braffes. 
Après avoir combattu deux jours contre le Courant, on fe trouva le 2r, fort 
prés de la plus Septentrionale des Ifles d'Angadoxa, à 16 degrés 20 minutes 
de latitude du Sud. Ces Ifles, fuivant l’obfervation redoublée de Saris , ont tion de ces 
été placées mal-à-propos dans les Cartes à 15 degrés4o minutes. La variati- 
on y étoit de 1 


au Sud de Mozambique. 


rapidement vers le 


ris profita, le 22, d’un vent favorable, pour retu. :2r vers l'Ifle de Mada- 
gafcar , en obfervant avec foin, l’Ifle de Juan de Nueva , dont Van Linfcho- 
ten avertit les Matelots de fe défier beaucoup, & de ne pas trop approcher 


egrés Oueft. 
f Dans la dificulté de fe dégag 
fe, qu’on avoit découvert à l’ 


dans les petites lunes. 


CEPENDANT il fallut en courir tous les dangers, pour fe délivrer des Cou- 
trans. [Le 23 à 16 degrés 24 minutes de latitude, on fit route à l’Eft-Nord- | 
Et, pour fe tirer des Courans. Au coucher du Soleil la variation fut de 13 

degrés 16 minutes Oueft. Le 24, à la latitude de 16 degrés 16 minutes, on 
courut à l’'Eft Nord-Eft, par un Vent de Sud-Oueft, & de Sud-Sud-Eft, qui | 

dura jufqu’à 8 heures du matin; après quoi il fe tourna au Nord.] Le 25 au 
matin, après s'être crus fort avancés à l’Eft-Nord-Eft, les Anglois des trois | 
| 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, 


& moitié à l'Eft, Le vent étant au Nord-Eft quart à l'Eft, ils eurent un 
orage à effuyer, Ayant pris pendant très peu de tems à l'E, les Courans les 
emportérent 30 minutes plus au Sud, qu'ils ne l'étoient la dernière fois qu'ils, Ie Primelras, 
Cela les engagea à fe tourner vers la Terre au 
Nord-Nord-Oueft, dans l'efpérance que près des Côtes le vent feroit plus 
Là l'eau changea tout-d'un-coup, & ils 
as trouver de fond à cent braffes. ] Ils s’approchèrent le foir , du 
le Primeiras, d'où elle leur 


ut plus lon 
La fonde 


| 
er des Courans , [& d'une baffe dangereu- | 
de l'extrémité Se: ntrionale de r'fle:] Sa- 


Vaiffeaux furent extrêmement furpris de revoir la terre à cinq lieuës vers 

l'Oueft. A mefure que le jour s’éclaircît, ils reconnurent la même Ifle d’An- Erreur fur- 
gadoxa qu'ils avoient quittéc le 22; ce qui caufa tant de chagrin & d’épou- 
vante aux Matelots, qu'ils défefpérèrent de trouver un pañlage par cette 


Cuar, V. 335 


SAR:8, 
1611, 


que qu'auparavant, car 
onna vingt & trente 


Embarras 
caufé par les 


La variation étoit, | 


courans aux 


Au Ifes d'Anga- 


doxa, 


Fauffe pofi. 


fes dans les 
Cartes, 


prenante, 


voyc, 


Sants, 
1611: 


Obfervations 
curieufes & u- 
tiles de Saris, 


Avis impor- 
tant pour cs 
Navigateurs. 


La Flotte 
mouille entre 
Sofala & Mo- 
zambique, 


Moyella , une 
des Îfles de 
Comore. 


336 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 
Ils jugèrent que la caufe de leur erreur venoit d'un Contre-courant , 
bé Cas lé déclin de la Lune] part Eft-Nord-Eft & Oueft-Sud-Oueft de la kf. 


‘pointe du rivage, & qui rencontrant le Courant Nord-Nord-Eft, les avoit 
ettés à l'Oueft avec beaucoup de violence, malgré le vent qui lesavoit fort 
ien fervis, & qui fut fuivi ce jour-là d'un profond calme, | 

S1 l'Ile de Juan de Nueva éxifte, die Saris, clle doic être bien moins À 
l'Oueft qu'on ne l'a placée dans les Cartes fe Daniel,] & beaucoup plus pro. 
che de l'Ifle de Madagafcar ; fans quoi il lui paroît impoflible qu'il ne l'eut 
point apperçue dans cette courfe. Les Anglois qui avoient fait le quatrième 
voyage de la Compagnie dans le Vaiffeau del'Afcenfion, comptoient d'avoir 
pallé vers l'EIt, entre cette Ne & celle de Madagafcar ; ce que les Portu- 

ais de ce tems-là, foûtenoient impoflible, parce qu'ils prétendoient que l'If. 
e de Juan de Nueva ef fi proche de Madagafcar, qu'elle n'en eft féparée 
que par un canal fort étroit. Cependant comme ils l'ont placée enfüite, fort 
à l'Oueft, dans leurs Cartes, Saris en conclut qu ils ont eu deffein de trom- 
per les Navigateurs des autres Nations, & de les faire comber dans ces Cou- 
rans impétueux, qui fuivant fes obfervations , tournent beaucoup plus à l'Oueft 
qu'au Nord-Eft & au Sud-Eft. 11 exhorte par conféquent ceux qui doivent 
naviguer de ce côté-là, à fe rendre fur la Côte de Madagafcar, pour le pre. 
mier de Juin; &, du Cap de Saint-Auguftin jufqu au 12 degré, à porter 
vers l'Eft, en fe gardant bien de prendre leur route à l'Ouet du Nord ou 
au Nord quart à l'Oueft; dans la crainte des Courans du Sud-Ouett, qui, à- 
vec les calmes & 14 degrés 2 minutes de variation Oueft, les jetteroienc in- 
failliblement fur la Côte de Sofala, fond brifé, Mer profonde, où l’on n'eit 

uères le maître de garder fes latitudes. D'un autre côté, fi l'on veut pren- 

re au deffus de Madugafcar, on ne le peut guëres, fans courir le danger 
de tomber fur les bafles de l'Inde, fur-tout fi l'on pañlé au Nord de ces baf: 
fes, parce que le Courant prend les Vaiffeaux en flanc, für-tout au mois 
d'Août & Septembre où l'on trouve des vents de Nord-Oueft fort violens. 

Le 3 d'Oétobre, la Flotte Angloife alla jetter l'ancre, avec beaucoup de 
difficultés, entre Sofala & Mozambique, fur treize & quatorze brafles. La 
latitude de 16 degrés 32 minutes ; la longitude de 76 degrés 32 minutes (c), 
& la variation d'onze degrés 50 minutes Oueft. On mouilla fous une Ifle qui 
eft proche de la Côte, mais fi déferte & fi ftérile, qu'on n'y trouva point 
d’} iabitans ni d’eau, quoiqu’on y fit de profondes ouvertures dans le fable. 
L'inquiétude des Anglois ne faifant qu'augmenter, Saris prit la réfolution de 
gagner Madagafcar , au deflus de l'EIt quart au Nord, dans l'efpérance defe 
dégager des Courans par cette voye. Ilremit à la voile; mais après avoir été 
fort embarraflé jufqu'au 26 [par des vents variables, & parun Courant quil 
venoit du Nord-Eft, il fe trouva heureufement à Moyella, une des Ifles de 
Comore, à 12 degrés 13 minutes de latitude du Sud. Les rafraïîchiffemens y 
étant en abondance, il y pañla huit jours, pendant lefquels, avec quelque 
mercerie & peu d'argent, il fe procura des cabris, des veaux, des poules, 
des limons, des cocos, des cannes de fucre, des tamarins, du ris, du lait, 


d'excellentes racines, des œufs & du poiflon. Le foin qu'il eut fans ” 


(ce) Angl, 10 minutes. R. d. E. 


&(d) Le n0 


ti-homme, el 


Religi 

d'il ti 

‘en m 
Abubel 
pria $& 
vil qu'i 
leur N;: 
landois 
plaifanc 


auprés du 1 
EX por 


IL, Part 


Jurant , 
ft de laxÿs 
y avoit 
roit fort 


moins à 
lus pro. tf 
ne l'eut 
atrième 
L d'avoir 
s Portu- 
que l'If. 
{éparée 
ite, fort 
de trom- 
ces Cou- 
à l'Oueit 
| doivent 
ur le pre- 
à porter 
Nord où 
3» qui, à 
roient in- 
l'on n'eft 
reut pren 
le danger 
: CES baf- 


nutes (C) 
ne fle qui 
uva point 
s le fable. 
olution de 
rance defe 
s avoir été 


ourant qui 


es Ifles de 
flemens y 
c quelque 
es poules, 
, du lat, 
fans celle 

de 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Ca. V. 


de tenir fes gens fur leurs gardes, foûtint les Habitans dans la difpoñition de 
le fervir avec beaucoup de civilité & d'affeétion, 

Iz invita le Roi de l'Ifle, qui étoit Mahométan, à le vifiter à bord, où 

il le reçut au bruit des crompettes & de plufieurs inftrumens. Ce Prince re- 
fufa de toucher aux viandes des Anglois, parce qu'il étoic au carême de fa 
Religion, qu'il nommoit Ramadan, comme les Turcs. Mais il en prit ce 

u'il trouva de meilleur pour le porter à la Reine fa Mère, en promettant 

‘en manger lui-même, après le coucher du Soleil. Il fe nommoit Cherif- 
Abubeker ; & la Reine Sultane, Manangalla. A fonretour au rivage, le Roi 

ria Saris de lui laiffer une Lettre, qui rendit témoignage de l'accueil ci- 
vil qu'il avoit fait aux Anglois, afin qu'il pût la montrer aux Bûtimens de 
leur Nation, qui viendroient après eux. Il en avoit une de l'Amiral Hol- 
landois Stephen Verhagen , dattée de l'année 1604, qu'il fit voir avec com- 
plaifance, & que Saris accompagna de la fienne ; mais avec un avis aux 
gens de fa Nation de ne pas fe fier crop à ces Infüulaires, s'ils n'étoient les 

lus forts. 
À Lus Habitans de l'Ifle Moyella font Négres. Leurs cheveux font naturel- 
lement frifés, & leur unique habillement eit une piéce d'étoffe peinte, qui 
leur couvre le milieu du corps. Sur la cêce, les uns ont un bonnet blanc ou 
rayé, d'autres un turban. Cependant avec le turban & le pagne, le Roi a- 
voit les épaules couvertes d'un manteau de coton. Sa taille étoit fort bafle, 
fon vifage maîgre, & prefqu'aufli noir que celui de fes plus vils fujets. 1 
parloit peu; mais il fçavoit quelques mots d'Arabe, qu'il avoit appris dans 
un pélerinage de la Mecque, d'où il avoit auffi rap orté le nom de Chérif 
@. Il donna au Général Anglois un certificat d'amitié, figné de fa main, 
ont PurchafT nous a confervé les caraétères. Les Habitans aimérent mieux 
recevoir le payement de leurs denrées en argent qu'en marchandifes. Cepen- 
dant pour du drap écarlate, des calottes rouges, des étoffes de Cambaye & 
des lames d'épée, on eft für de tirer de l'Ifle, toutes les provifions dont ona 
befoin. 

Le 4 de Novembre, on leva l'ancre; & le 7 au matin, on découvrit la 
terre de Mélinde, & la Baye, ou le Golphe, qui s'appelle Formofa. La Cô- 
te s'étend au Nord-Eft & au Sud-Oueft. À quatre lieuës du rivage, la fon- 
de donna trente brafles d'eau. La direétion des Courans étoit au long du ri- 
vage vers le Nord-Eft. On eut pour latitude 2 degrés 10 minutes; & le 
foir, pour variation, 12 degrés 37 minutes Oueft. Cette terre eft plus à l'Eft 
qu’elle n'eft placée dans les Cartes, fans quoi on n’auroit p l’appercevoir fi- 
tôt; car fuivant les calculs fondés fur les Cartes, Saris s’en croyoit encore à 
plus de quarante-huit lieuës. Le 29, la latitude étoit de 4 degrés 44 minu- 
tes du Sud, & la variation de 17 degrés 34 minutes Oueft. À la diftance 
d'environ douze lieuës des Baffes, nommées par les Portugais Baxos de Mal- 
hina, Eft quart au Sud, on trouva un grand tournant, ou un gouffre d’eau, 
auprès duquel] la fonde ne trouva point de fond à cent braffes. 

EN portant au Nord-Eft, on fe vit le, premierjde Décembre, à trois degrés 

49 


«(d) Le nom de Chérif, qui figniñie ‘Gen- 
tihomme, eft un titre qu'on donne à ceux qui 


IL, Part. 


font de la Poftérité de Mahomet. 


Vv 


337 


LETILA 
1611. 
Le Rol de 
foyclla vitite 
Sarls à bord, 


Carañère du 
Roi & des Ha- 
bitans, 


Baye Tormo- 
fa, lurla Côte 
de Mélinde. 


Baxhos de 
Maihina. 


333 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Snn:e 40 minutes du Sud, & l'on mé un autre tournant d'une grandeur & 
2611. d'une violence furprenantes, La variation évoit de 16 degrés 15 minutes 
Ouelt, Le 6, 5 degrés $ minutes de latitude, Depuis le 31 de Novem. 

bre jufqu'à ce jour, on avoit fait, Sud-Eft quart au Sud , füivane les cal. 

culs, féleante-douse lieuës, malgré la force d'un Courant r alloit au Sud, 

& la frayeur continuelle dont on ne pouvoit fe défendre à la vûe des Tour. 

Le « nans, On étoit averti pendant la nuit par le bruit de l'eau; & cet indice 
sous même devenoit un fujet d'épouvante, parce qu'étant loin de la terre ,on ne 


pouvoit concevoir la caufe de ce Phénomene, On eut aufli des pluies, des 
tonnerres, & des éclairs épouvantables, avec une déluge de vapeurs foudai. 
nes qui coupoient la refpiration Ge) Saris y joint des calmes fréquens, qui 
achevoient de défefperer les Matelots, 

[Le 10, la latitude fut de 4 degrés, 12 minutes ; & depuis le 6, on avoirkf» 
fait 50 lieuës Nord-Eft quart à l'EIt, La variation fe crouva étre de 20 de. 
grés 57 minutes à l'Ouelt.] 

Le 25, étant à une minute de latitude du Nord (f), & fort près du ri- 
vage, on trouva, par le calcul du tems & de la navigation, qu'on avoit été 
reculé de 5 degrés 26 minutes. Sur quoi l'Auteur obferve que ceux qui vont 
à Sokotora dans cette faifon , doivent tenir courfe l'efpace d'environ deux 
cens licuës vers l'Eft de Pemba, où la variation augmente fans cefTe à l'Oueft; 
ce qui ne manquera point de les avancer plus au Nord. Aïinfi, tenant toû. 
jours l’Ifle de Sokotora ouverte entre le Nord quart à l'Eft & le Nord-Nord- 

ft, ils cireront le meilleur parti qu'on puifle efpérer de tous ces vents, qui 
rès du Continent fe foûtiennent fans interruption entre Eft quart au Nord 

Nord quart au Sud, mais qui ne ceffent point en Mer de fouffler au Nord- 
Ett, au Nord, & quelquefois au Nord-Oueft, à l'Oueft quart au Sud, avec 
des mélanges, néanmoins de calmes, de tournans, de tonnerres & d'éclairs, 
Et quoique les vents Nord-Eft & Nord ne foient pas d’un grand fecours pour 
ceux qui vont au Nord , on en tire néanmoins cet avantage , qu'à propor- 
tion qu'on avance plus à l'Eft, on s'approche plus du Nord de la Ligne , avant 
que de rencontrer le Continent , dont Saris recommande füur-tout qu’on fe 
tienne hors de vûe autant qu'il eft gorbe pendant ce tems de la Moufton 
d'Eft, jufqu'à ce qu’on foit arrivé à 10 degrés de latitude du Nord. Au con- 
traire, dans la Mouflon de l'Oueft, fuivez hardiment le rivage, car il eft 

ar-tout fort für ; mais il eft beaucoup plus à l’Eft qu'il n’eft repréfenté dans 

es Cartes. 

Le premier de dura. à 3 degrés 58 minutes de latitude du Nord,on 
découvrit la terre de Magadoxa, & le Cap das Baxas, ‘à la diftance de huit 
tion. dans” lieuës; [la cerre y eft baffle, fabloneufe & ftérile. Le 2, la latitude fu de 
certaines fai. 2 degrés 31 minutes, Sud.] Le 18, après avoir été fort tourmenté parun 
fons, Courant, on eut, à fix degrés 27 minutes du Nord, la vûe des terres de 

Doara qui parut fabloneufe & fort ftérile. Quoiqu'il y ait peu de régulari- 


té dans la variation, on trouva par l'expérience, qu’en avançant vers de 
elle 


Obfervations 
Nautiques, 


1612. 
Incertitude 
de la naviga- 


minutes de latitude Sud ; & comme un mois 
& cinq jours auparavant on avoit été à une 


minute de latitude Nord, R, d, E, 


Ce) Angl. avec des tourbillons qui furve- 
noient tout-d'un-coup, mais qui ne duroient 
pas long-tems, R. d. E, ; 

(F) Angl, le 25, on fut à 5 degrés, 25 


clle « 
minue 
les Cu 
feétivi 
Ain « 


diftance: 
à [X d 
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Nord ,on 
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té par un 

terres de 
régulari- 

rers l'E; 
elle 


me un mois 
été à une 


100 


k#demi de ‘l'amerin, Ville où le Roi fait fa réfidence. 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cm, V. 119 


elle augmente à l'Oueft, & qu'en füuivant le rivage au Nord-Oueft , elle di- 
minue au contraire fort fenfiblement à l'Oueft : de forte qu'en confültant 
les Cartes , on fe croyoit coûjours plus loin de la terre qu'on ne l'étoic ef: 
feétivement, au lieu que la variation en faifoit juger fans aucune erreur, 
Ain c'eft une régle fur laquelle on peut faire fond ; & l'on n'en doutera 
pas, quand les obfervations feront faices par un homme d'expérience, avec 
un Enfirument éxaét, Saris acquit cette connoiffance à force d'être repouf- 
fé fur cetce Côte. La variation étoit le 18, au Soleil levant, de 17 degrés 
36 minutes Oueft, & le foir de 17 degrés 20 minutes. 

Le premier de Février, on eut la vüe du Cap Dorful , à fept lieuës de 
diftance ; terre haute & fort ftérile en apparence au long de la Mer, Le 9, 
à 19 degrés 37 minutes du Nord, on apperçut encore le même Cap, con- 
tre loss e tout le monde; mais il portoit Nord-Oueit, au lieu que la 
première fois c'étoit Nord-Eft quart au Nord. La caufe de l'erreur fut un 
Courant Oueft-Nord-Oueft, dont on fe défioit fi peu, qu'on fe croyoit à 45 
ou 50 licuës de la terre, La fonde, à cinq lieuës du rivage , donna cin- 
quante brafles, fur un fond de beau fable, On n'apperçut que des terres 
hautes & quantité de montagnes. Le 10, à onze Es 20 minutes du 
Nord, après avoit faic feize lieuës Nord-Eft quart à l'Eit, on vit la haute 
terre du Eap de Guardafu, dont on n'étoit guères qu'à la diftance de huit 
lieuës,  Saris fit faire l'eflai du Courant, avec la Pinaffe, & l'on trouva que 
fon cours étoit Nord quart à l'ESt, Vers le foir du même jour , on eut la 
vûe de l'Ifle d'Abda del Kuria, d'environ dix lieuës. C'eft une terre hau- 


te, qui préfente l'apparence de deux Ifles. Le 14, à 11 degrés 92 minutes |] 


du Nord, on crut appercevoir de fix lieuës la plus Orientale des Ifles Her- 
mannas, dont la terre parut baffle, Le 15,à 11 degrés 27 minutes, n'ayant 
fait que fix lieuës à l'Eit-Sud-Eft, on fe perfuada qu'une Ifle qu'on décou- 
vroit de huit lieuës, étoit encore la plus Orientale des deux Hermannas ; 
mais on reconnut que c'écoit Abda del Kuria, & que les deux Hermannas 
(g) étoient à douze lieuës au Nord-Eft. La variation fe trouva le foir de 


k17 degrés 23 minutes Oueft. [Pendant la nuit, on fut emporté par un Cou- 


rant à l'Eft, ce qui étoit contraire aux Relations des Voyageurs, qui a- 
voient fait cette route auparavant] Le lendemain à la pointe du jour, on 
vit de fix lieuës l'Hermanna occidentale, qui fe préfentoit Eft-Sud-Eft ; & 
l'on découvrit Sokotora à dix lieuës de diftance. A midi la latitude étoit de 
12 degrés 19 minutes; la variation de 17 degrés 32 minutes Oueft. On 
s’approcha de la pointe occidentale de l’Ifle de Sokotora. Vers le foir , on 
eut la vûe du rocher blanc qui eft à l'extrémité de cette pointe. Mais 
“quoiqu'on n'en fût qu'à que ieuës, un Courant impétueux, qui fuivoit la 
terre, ne permit que le lendemain au foir de jetter l'ancre à une lieuë & 


[Ce jour-là , la lati- 

\ la variation fe 
trouva de 17 degrés, 22 minutes Oueft.] Le 18, on entra dans la Rade, 
& Saris ne fit pas difficulté de mouiller vis-à-vis du Palais Royal , fur un fond 


tude fut de 12 degrés 47 minutes; & au coucher du Sole 


kde fable d'environ neuf braffes, [& à une lieuë du rivage.] 


(») L 


67 (g) Ces deux petites Jfles font entre Le del Curia, & Sokotora, 
v 2 


Cip Dorful, 


Erreurs de 
Cux. 


Rade de Ta- 


merin dans 
l'Ifle de Soko- 
tora, 


Saris pate la 


nuit avec le 
Roi, 


Cherté des 
provifions, 


Saris afluin- 


ble le Conftil 
pour délibérer 


{ur fa route. 


Ses motifs 
pour entrer 
dans ia Mer 
Rouge, 


go VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


(b) IL envoya immédiatement dans l'Efquif, Richard Cockes fon princi. 
pal Faéteur, pour informer le Roi de quelle Nation étoient fes trois Vaif. 
eaux, quels*étoient les motifs de leur voyage , & pour lui demander des 
rafraïchiflemens. Cockes & ceux qui l’'accompagnoient, furent reçus avec af. 
feétion. Le Roi fit porter aufli-tôt des provifions fraîches à la Motte, avec 
une Lettre (i) de Sir Henri Middleton, dattée le premier Septembre 1611, 
à bord du Trade-Incréafe, dans la Rade de Delifcha. Saris garda l'original 
de cette Lettre, & pour l'utilité des Anglois qui viendroient après lui, il enfic 
tirer une copie qui fut renvoyée au Roi. 

Le 19, il defcendit au rivage avec beaucoup de pompe, & le Roi l'ayant 
traité pendant toute la nuit, ils ne fe féparèrent que le matin. Ce Prince 
étoit vétu d’une robe de velours cramoifi, brodée en or. Le Palais eft bati 
de pierres de taille, & préfente l'apparence d’un Fort. De plus de cent hom- 
mes qui compofoient le Cortège Royal, il n'y en avoit pas plus de cinquan- 
te qui fuflent vêtus honnêtement à la façon des Mores. Tout le refte paroil 


foit une troupe de [miférables] Infüulaires, [dont la plûpart étoient prefque & 


nuds.] Le Roi qui fe nommoit Sultan Amir Ebenfaid, étoit Fils du Roi de 
Cafchem fur la côte d'Arabie. 

Les Habitans de l’Ifle, accoutumés depuis long-tems au pafage des Vaif. 
féaux de l'Europe , avoient pris auffi l'habitude de leur faire payer les rafrai- 
chiflemens fort cher. Un bœuf coûta aux Anglois douze piéces de huit, un 
mouton, trois fchellings, & chaque chevreau, une piéce de huit. Mais la 
cherté leur parut enco:e moins rebutante que la faleté de ces viandes, qui 
fe vendant toutes préparées par les Infulaires, étoit capable de dégoûter 
les Matelots les plus affamés. Le ris fe vendoï* .“ois fols la livre; les dat- 
tes, le même prix ; les poules, jufqu'à deux & troisfchellings (k). Le tabac, 
une piéce de huit pour foixante-dix feuilles ; les œufs, un fol piéce. Le Roi, 
pour fes marchandifes particulières, ne voulut pas recevoir d'autre monnoye 
que des piéces de huit. 

Le 27, Saris affembla le Confeil, pour lire en commun les inftruétions 
de la Compagnie & la Lettre de Middleton. Après quoi repréfentant, que 
d'un côté il n'y avoit pas d’efpérance d'obtenir de l’aloës à Sokotora, parce 
que le Roïi qui en étoit abfolument dépourvu, ne promettoit d’en fournir qu’au 


mois d'Août, & que d’une autre part la Lettre de Sir Henri Middleton ne : 


leur confeilloit pas d’entrer dans la Mer Rouge, où leur deffein avoit été. 
de s'arrêter , s'ils ne trouvoient pas la Mouflon favorable pour Surate, il fem- 
bloit qu’on fût réduit à la néceffité de paffer fix mois dans la Rade où l'on. 
étoit, ou dans celle de Delifcha , pour attendre la faifon. Cependant quel- 
le apparence de perdre un tems fi confidérable, fans aucun efpoir de for- 
mer la moindre entreprife ; car il ne falloit pas fe promettre de pouvoir ga-- 
gner la Côte de Cambaye avant la fin de Septembre. Saris revint donc, 
malgré les avertiffemens de Sir Henri, à propoier le voyage de Mocka, 


parce. 


(b) La 2de, Seîion de ce Chapitre com- à tous les. Anglois de fe tenir fur leurs gar- 

mence ici dans Original. R. d. E. des; & d’avoir recours ,en c:s de befoin, à lt 

(3) Cette Lettre contenoit un détail Rade d’'Affab, dont il indiquoit la pofition. 

de tout ce qu: Henri Middleton avoit eu à (k) Monnoye d'Angleterre. qui vaut dou- 
foufiir par la perfidie des "Lurcs ; avec avis ze fofs du Pays. R, d. T. 


arce 

Le Ve 
c'étoit | 
re fur c 
fur fes ; 
tion; di 
cendre 4 
n'y avoi 
la l'lotte 
lu en ve 
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Enfin, i 
qu’elle n 
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pables de 
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Roi de S 
au Sud d 
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gner le ( 
mieux fu 
ILs qt 
12 degré 


k42 minut 


été ordin 
& penda: 
d’entre le 
un coup 
qu'à n'av 
& für; il 
toient pa: 
perçut , à 
de fond d 
brafles. L 
Felix, & 
brafïes. 

re, où le 
éxactions 
ka. Lea Be 
fe firent u 
fortes de F 
Habitans, 
Mocka & 
fontàañb 
y relâcher 
grande pa 


princi- 
Vaif. 
er des 
vec af 
, Avec 
1611, 
riginal 
il enfit 


l'ayant 
Prince 
eft bäti 
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Roi de 


es Vaif- 
> rafrai- 
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égoûter 
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tabac, 
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ruétions 
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eton he : 


oit été 
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où l'on. 
nt quel- 
de for-* 
Voir ga- 
donc, 
Mocka, 


parce 


eurs gat- 
foin, à là 
pofition. 
vaut dou- 


CN 
ss 


INDESORIENTALES, Liv. IV, Cu. V. 941 


J 


parce qu'on avoit du moins un Paffeport du Grand-Seigneur ; ce que les au- 
tres Vaifleaux n’avoient jamais eu. Il ajoûta, pour fortifier fon opinion, que 
c'étoit le feul moyen de reconnoître une fois, s'il y avoit quelque fond à fai- 
re fur ces Pafleports; qu'on en feroit quitte pour fe tenir concinuellement 
fur fes gardes, & pour ne rifquer la füreté de perfonne fans une bonne cau- 
tion ; de forte qu’on pourroit fe tenir tranquillement à l'ancre, & fans def 
cendre aurivage, éxercer le commerce avec d'autant plus de confiance qu’il 
n'y avoit aucun Port d'où l’on pât faire fortir affez de forces pour allarmer 
la lotte: que fi les voyes du commerce leur étoient fermées, il étoit réfo- 
lu en vertu de la (‘ommiffion du Roi, de tirer vengeance des outrages que 
Sir Henri avoit effuyés de la part des Turcs, foit en les forçant d'acheter les 
marchandifes Angloifes, foit par la ruine de leur propre trafic, en fermant 
l'entrée de la Mer aux Bätimens Indiens qu'ils attendoient vers le 5 de Mars. 
Enfin, il conclut que cette réfolution devoit plaire à tout le Confeil, parce 
qu’elle ne demandoit pas que les trois Vaiffeaux fe féparaffent, & que pou- 
vant faire voile enfemble de la Mer Rouge à Surate, ils en feroient plus ca- 
pables de relifter à toutes les entreprifes de leurs ennemis. L’affemblée goû- 
ta de fi fortes raifons, & le jour du départ fut fixé au premier de Mars. Le 
Roi de Sokotora, qu’ils confultèrent fur leur route, leur confeilla de prendre 
au Sud d’Abda del Kuria, parce qu’en prenant au Nord, ils s'expofoient à fe 
voir jettés fur le rivage d'Arabie, d’où ils auroient beaucoup de peine à ga- 
gner le Cap de Guardafu. En effet ils trouvèrent par l'expérience qu'il vaut 
mieux fuivre le rivage des Abyfins. 

ILs quittèrent Tamerin le jour qu'iis s’étoient propofé. Cette Baye elt à 
12 degrés 35 minutes de latitude du Nord, & la variation y eit de 18 degrés 


f42 minutes Oueft. [Depuis qu'ils y avoient jetté l'ancre, les vents avoient 


été ordinairement pendant le jour, Nord-Eft quart à l’'Eft, ou Eft-Nord-Eft ; 
& pendant la nuit, ils avoient eu un fort beautems, par un vent qui foufoit 
d’entre le Sud & le Sud-Eft. Ils s’étoient avancés fur quatre bralles jufqu’a 
un coup de moufquet du rivage ; & ils avoient même pouflé. plus loin juf- 
qu'à n'avoir que trois brafles. Le rivage qui eft au long de la Baye cft bon 
& für; il eft couvert de fables & a peu de pierres. Le château dont ils n’é- 
toient pas éloignés, n’eft prefque d’aucune défenfe.] Le 4 au matin, onap- 
perçut, à huit ou neuf lieuës à l'Oueft,. le Cap de Guardafu, fans trouver 
de fond dans cet endroit, (12 degrés une minute de latitude), à plus de cent 
braffes. Le foir, on s’approcha du rivage pour chercher la Baye du mont 
Felix, & l’on y trouva un fort bon fond fur vingt-fix, dix-huit & dix-fept 
brafles. Ce fut-la qu'après avoir confidéré qu’Aden étoit une Ville de guer- 
re, où le commerce étoit peu confidérable , fans compter les droits & les 
éxaétions, qui.n’ont pas de bornes, on prit la réfolution de fe rendre à Moc- 
ka. La Baye du mont !'elix fournit aux Anglois d’excellent poiffon, qu'ils 
fe firent un amufement de prendre à la ligne. Ils y trouvèrent aufli plufieurs 
fortes de gommes odoriférantes, qui leur étoient apportées à bord par. les 
Habitans, & quantité de ces belles nattes qui font recherchées à Aden, à 
Mocka & dans toutes les Indes. Les moutons, le beure & les autres vivres 
font à ji bon marché dans la Baye du mont Felix, que les Vaiffleaux Indiens 
y relâchent exprès, comme dans le lieu d'où Aden & Mocka tirent la plus 
grande partie de leurs provifions. Mais les Habitans ne veulent recevoir que 
Vv3 du 


Sants, 
1612. 


Avis utile du 
Roi de Soko- 
tora, 


Départ pour 
la Mer Rouge, 


Abondance de 
vivres au 
mont lelix, 


Sanie 
1612. 


Courant. 


Inftruétion de 
Saris à fes Of- 
ficiers, 


Pluye rare. 


La Flotte paf 
fe lesDétroitse 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


342 
du linge en échange. La Ville de Félix (c'eft le nom qu’elle où ve dans tou. 


tes les Relations de l'Europe, par corruption de Feluk qui eft fon véritable 
nom,) cft fituée fi avantageufement pour l'approche des Vaiffeaux, qu’il en 
eut pafler trois de front fans danger, dans le Canal qe eft entre une baffe 
ointe de fable & une Colline aflez élevée. L'eau & le bois font en abondan. 
ce aux environs de la Ville; mais il ne s'en trouve point au fond dela Baye, 
[Les Pilotes réfolurent-là de faire voile à l'Oueft quart au Nord, au long dut 
rivage jufqu’à Demeti, & de pañfer enfüite à la vûe d’Aden.] 

LE 9, on fit vingt-cinq lieuës à l'Oueft, en füuivant le rivage à la diftance 
de fept ou huit lieuës. Le ro au matin, en portant Oueft quart au Nord, on 
eut la vûe de deux petites Ifles, à une lieuë de la haute terre de Demeti, é. 
loignées l’une de l’autre d’environ quatre lieuës. Le lendemain, on vit à huit 
lieuës la haute terre de Darfina en Arabie, [qui portoit Nord quart à l'Eft( 
Au lever du Soleil la variation fut de 15 degrés 2 minutes, Oueft.] Un Cou: 
rant d'Eft caufa quelque embarras à la Flotte, & la porta contre fon attente 
au Nord quart à l'Oueft, au lieu du Nord-Nord-Oueft qui étoit fa direétion; 
mais lorfqu’elle eut été pouffée à douze lieuës du rivage, elle fut délivrée de 
cet obftacle ; ce que Saris attribua au Cap ou à la Pointe d'Aden qui rom. 
poit le Courant. 

Ex s'approchant des Détroits, il donna des inftruétions par écrit au Ca. 
pitaine Towtfon & à Davis pour régler leur conduite en arrivant dans ha 
Rade de Mocka. Elles avoient deux vûes; l’une de fe concilier les Turcs par 
de bons procédés ; l’autre de fe garantir de leurs trahifons, dans l’idée que 
les Anglois devoient avoir d’une Nation fi perfide. Le 13 au foir , ilsfetrou- 
vérent à quatorze lieuës à l'Eft de l'entrée des Détroits, & feize à l'Oueft 
d’Aden. On y jetta l'ancre, parce qu'on ne croyoit pas connoître affez la 
Côte; & par la même raifon on l’avoit fuivie pendant tout le jour à trois ou 
quatre lieuës de diftance, la fonde fans cefle à la main, pour ne rien don- 
ner au hazard. Le fond s’étoit trouvé de fable, depuis quarante jufqu’à quin- 
ze braffes. Le foir du jour füuivant , après une pluye abondante, qui étoitla 
première depuis quatre mois, on fe crut fi près des Détroits, que l'obfeuri- 
té faifant tout paroître dangereux, on aima mieux s'avancer vers la Côte 
d'Arabie , [ où l’on ne trouva point de fond à cent braffes de profondeur.]f 
Le 15, on fit fix lieuës Oueft quart au Sud, & l’on apperçut à une lieuë 
& demi à l'Eft trois petites Ifles, [ qui portoient au Nord-Nord-Oueft, &1 
dont la plus grande & la plus Orientale étoit défendue par un Château. I 
fallut des foins & des efforts pour fe dégager d'un Courant, qui venoit du 
Sud-Eft. Enfin, vers midi, on entra dans les Détroits, en trouvant depuis 
trente jufqu’à neuf & fept brafles; & vis-à-vis une Maïfon blanehe qu’on dé- 
couvre dans une p&.ite Baye fabloneufe au Nord-Eft , [ & un Roc, ou une 
Pointe baffe, qu eft du même côté à l'Eft-Nord-Eft. ] On eut fix braffes fur 
un fond de fable fort blanc (/). La latitude fut de 12 degrés 56 minutes. 
Le fond n'ayant pas ceflé d’être excellent, on jetta l'ancre le foir, fur quinze 
brafes & demi, à trois lieuës du rivage d'Arabie, & dix de celui des Abyf- 


fins ; car le tems fe trouvant fort clair, on diftinguoit parfaitement A deux 
: Ôtes. 


(1) Angl, fable noir, R. d. E. 


{lui fit do 


##fe nommo 


Côtes, 
& quin 
Nord q 
une Ba 
Nord-1 
Eft qua 
du Mir 
tout-à-f 
Rade; 
u’avec 
H[Le Va 
Aus. 
pauvre : 
voient : 
ment qu 
été fort 
Ider Ag: 
fit donn: 
fa bouch 
que s’il x 
pliqueroi 
Renégat 
& qui le 
pondit qu 
du Roi d' 
refufa de 
fa Religic 

lui dire 
la Ville d 


{ 


loupe, 
Ville il 
en tirère 


LE 17 
un panier 
lefquels il 
bon fufil d 
volontiers 
tifs qui lo 
neur. Il 
Aga, par 
au Renég: 


tF(m) Par 
les Anglois 
affaires, C’ 
Lèle, que 


ns tou- 
éritable 
u'il en 
e bafle 
ondan- 
a Baye. 


long du 


diftance 
ord, on 
meti, é- 
it à huit 
à l'Ett( 
Un Cou- 
n attente 
reétion; 
livrée de 
qui rom- 


t au Ca- 
it dans la 
l'urcs par 
’idée que 
ls fe trou- 
à l'Oueft 
> aflez la 
trois Ou 
rien don- 
qu’à quin- 

i étoit la 
l'obfcuri- 
s la Côte 


tlui fit donner cinq piéces de huit, [ 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V. 543 


Le 16 au matin, on porta Nord quart à l'Oueft, fur dix-huit, feize 
Enfüuite on prit Nord & 
Mais découvrant 


Côtes. 
& quinze braffes, jufqu’à quatre lieuës de Mocka. 
Nord quart à l'Eft, fur neuf, dix, huit & fept braffes. 
une Bañle, ou plûtôtun Banc, qui eft au Sud-Eft de la Ville, ils avancèrent 
Nord-Nord-Oueft, tirant vers le Sud, jufqu’à ce qu’ils eurent mis la Ville 


Eft quart au Sud à l'égard de la Flotte. Là, ils jetrèrent l'ancre, à la vûe 
du Minaret de la grande Mofquée , qu’il faut avoir Eft-Nord-Eit pour être 
tout-à-fait délivré du banc. C'eft le feul danger qu'il y ait en entrant dans la 
Rade; mais il eft fi redoutable ve a peu de Bâtimens qui l’évitent, quoi- 

u’avec un peu d'attention, cet écueil puiffe être apperçu à la couleur de l'eau. 


th (Le Vaifleau nommé l'Incréafe y fut arrêté pendant plus de 24 heures.] 


Auss1i-r ô r quela Flotte fut à l'ancre, le Gouverneur de la Ville envoya un 
pauvre vieil Efclave dans un petit Canot, pour s'informer des motifs qui l’a- 
voient amené. On le reçut civilement. Il déclara de fon propre mouve- 
ment qu'un Général Anglois qui étoit venu depuis peu dans ce Port, y avoit 
été fort maltraité par Regib Aga; mais que le Gouverneur, qui fe nommoit 
Ider Aga, Grec de Nation, étoit ami des Etrangers & du commerce. Saris 
fit donner deux piéces de huit à l’Efclave, & répondre au Gouverneur par 
fa bouche, que lui & fes gens étoient Anglois, amis du Grand-Seigneur, & 
que s’il vouloit leur envoyer quelqu'un avec qui ils puffent conférer, ils ex- 
pliqueroient mieux les caufes de leur arrivée.  Prefqu’aufli-tôt il leur vintun 
Renégat Italien, vêtu proprement, qui leur renouvella les mêmes queftions, 
& qui leur demanda s’ils avoient un Paffeport du Grand-Seigneur. Saris ré- 
pondit que non-feulement ils avoient ce Paffeport, mais encore des Lettres 
du Roi d'Angleterre pour le Bacha. L’ltalien fouhaitant de les voir, Saris 
refufa de les lui montrer, par mépris pour un homme qui avoit abandonné 
fa Religion (m}), mais il le chargea de faire ce récit au Gouverneur , & de 
lui dire que pour faire honneur à leur Paffeport, les Anglois allcient faluer 
la Ville d'un décharge de cinquante d'hes de canon. A le congédiant, il 

une à ceux qui conduifoient la Cha- 
loupe. ] Aufñfi-tôt l'artillerie de la Flotte s'étant fait entendre, celle de la 
Ville lui répondit de cinq coups; & deux Galères, qui étoient dans le Port, 
en tirérent fix. Ces deux Bâtimens étoient bien équipés ; leur Commandant 


ondeur.| D fe nommoit Maami, [ & le Capitaine de la Ville s'appelloit Mohammed Rey.] 


ine lieuë 


eft, &]F 


teau. Îl 

enoit du 
nt depuis 
qu'on dé- 


, ou une? 


braffes fur 
minutes. 
ur quinze 
les Abyf- 
les deux 

Côtes. 


Le 17, Sarisreçut d’Ider Aga (n) un préfent de trois veaux , vingt poules, 
un panier de fruits & deux de limons, avec beaucoup de complimens, par 
lefquels il le prioit de defcendre au rivage. Il lui envoya de fon côté un 
bon fufil de chaffe, en lui faifant dire par le Meffager Turc qu’il defcendroit 
volontiers, pourvû qu'on lui donnât des ôtages convenables, & que les mo- 
tifs qui l’obligeoient à cette précaution , ne pouvoïent être inconnus au Gouver- 
neur. Il arriva au même moment un autre Meffager avec une Lettre d’der 
Aga, par laquelle il demandoit aux Anglois quelle réponfe ils avoient faite 
au Renégat Italien, qui fe nommoit Muftafa Tarziman , parce € agen 

eux 


tm) Par une conduite fi peu À fa place, 
les Anglois pouvoient déranger toutes leurs 
affaires. C’étoit moins-là un effet de leur 
Lèle, que de leur Superitition, 


cr(n) Ou Haydar Aga. Haydar eft un des 
mots Arabes qui défignent le Lion; & il fe 
trouve fouvent joint au nom des Defcendans 
d'Aly. 


SAR1S, 
1612. 


Danger de la 
Rade de Moc- 
Ka, 


La Flotte y 


ictte l'ancre. 


On vient la 
reconnoitre, 


Préfens mu- 


tuels des 
Lurcs & des 
Anglois, 


Sar1s 
1612. 


Députation 
dés Anglois à 
l'Aga ‘Turc, 


Lettre de l’A- 


ga à Saris. 


34 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


d'eux une bouteille de vin, il s'étoit tellement enyvré avant que de retourner à 
la Ville, qu'il fe trouvoit hors d'état de parler. Ce nouveau Meflager Turc 
étoit un Sécretaire de la Ville ou du Gouverneur. Son titre & fa fuite mar- 
quant un homme de quelque diftinétion , Saris lui propofa de demeurer à bord, 
tandis qu'il feroit defcendre deux de fes gens, Cocks & Bolton, qui fçavoient 
la langue du Pays. Cette propofition fut acceptée, Le Sécretaire ne fe fit pas 
preffer pour manger les alimens que les Anglois lui offrirent, mais il voulut 
qu'ils fuffent préparés par les gens de fa fuite. 

Cocxs & Bolton furent reçus à terre avec de grands témoignages de 
joye, & conduits dans la Ville au fon des inftrumens, pour faire connoître 
au Peuple qu'ils étoient amis du Grand-Seigneur. Ils avoient ordre de décla- 
rer au Gouverneur que le Général Anglois étoit amené par des vûes de com- 
merce, & qu'il étoit prêt à venir dans la Ville, lorfqu'il auroit reçu des ôta- 
ges pour la fûreté de fon retour. Ils devoient ajoûter que les Anglois n'igno- 
roient pas Îles torts que Sir Henri Middleton avoit reçus de Regib Aga ; mais 
que s'ils trouvoient les Turcs mieux difpofés, ils promettoient d'enfevelir le 
pañlé dans l'oubli, & de faire avec eux, füuivant le pañleport du Grand- 
Seigneur, un commerce également avantageux aux deux Nations. Le Gou- 
verneur leur fit une courte réponfe, & leur donna pour le Général Saris une 
Lettre où fes intentions étoient mieux expliquées. Avant que de quitter la 
Ville, on leur ôta les robes dont ils avoient été revêtus pour la cérémonie 
de leur marche. À leur retour, Saris apprit du Sécretaire que cet ufage 
s'obfervoit à l'égard de tous les Etrangers. Il affeéta d'en ufer plus géné- 
reufement, en lui faifant préfent d'une demi piéce de camelot violet; en- 
fuite, remettant à lire la Lettre du Gouverneur après fon départ, il le con- 
gédia avec beaucoup de politefles. PurçhafT nous 4 çonfervé cette Lettre, 
dont on lira volontiers la tradyétion: (0) 


Lettre de V'Aga, écrite d'après les paroles de fa propre bouche. 


é RES-DIGNE & trés-honorable Ami, j'ai parlé à ceux que vous m'a- 
, vez envoyés, & je les aireçus avec tous les honneurs poflibles , fuivant 
» les ufages de ce Pays, les ayant fait revêtir de robes & conduire avec la 
» mufique de la Ville, afin que les Habitans puflent reconnoître que vousar- 
» rivez & que nous vous recevons avec des fentimens d'amitié. Si votre plai- 
» fir eft de me venir voir demain , je vous offrirai tous les divertiflemens 
» qui pourront fe trouver ici, avec un cœur -éxempt d'artifice & de dif- 
Anratien » & je vous envoyerai pour fôtage mon Sécretaire, ou tou- 
te autre perfonne qu’il vous plaira de me faire nommer, par mon In- 
terpréte, que je charge, dans cette vûe, de fe rendre fur votre bord avec 
Faites-moi dire aufli à quelle heure vous fouhaitez de defcen- 
J'écrivis hier à Jaffar Bacha, mais il fé pañlera quatorze ou 
Écpendant , S'il vous 
» plait, 
par le Scha Bandar de Mocka; Cette Lettre 
eft en caraétères & en langage Banian ; langa- 
ge qui fe parle dans la plus grande partie des 
Indes.] R. d. E, 


LL 
LA] 


LE] 7 
, les vôtres. 


# dre-à terre. 
» Quinze jours avant que je puifle recevoir fa réponfe. 


(o) Purchaff a confervé aufli la figure du 
cachet, qui n'étoit pas de cire, mais d’un 
papier fi lequel on avoit tracé quelques ca- 
raétères [avec de l'encre. Il a donné auffi 
deux ou trois lignes d’une lettre écrite à Saris 


lier de 1 
qui ven 
ris fe 
Efquifs, 
fit, à fo 
ge le C 
dans la 
trompet 
fe firent 
l'entrée 
bâtie de 
une cha 
Æ étoient. 
ton avoi 
gieiquel 
e foye 
les Angl 
ne cha 
tues, & 
prit le 
conduifit 
mens, à 
par Coc 
rendoit « 
Sécretait 
le mit fi 
Paffepor 


(la 
ré pour r 
au lieu de 
eft connu 
Lyon. R. ( 

NB. Il d 
Traduéteu 
féré dans 
dans Pur 


II, P4 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V, 34 


x #» plaît, dans cet intervalle, d'snvoyer vos gens au rivage, pour acheter 

er Turc , des provifions fraîches, ou toute autre chofe que vous defirerez dans cet- 

Ke Mare , te Ville, ils y feront bien reçus & n'y recevront aucun fujet de plainte. 

à bord, Ainf, je finis en attendant votre réponfe, De Mocka , le 25 de Moha- 

ram, 1021 de Mohamed. Ous como bono amico, (p) Haypar Aa, 

Aga de Mocka. 

% [MacGré le filence de la Relation, il faut fuppofer que Saris fit fur le Les Turcs 
champ, une réponfe convenable à cette lettre; car] le lendemain on vit ar- Dune oo. 
river à bord Mohamed Aga, Amiral de cette Mer & Commandant particu- flot 
lier de la Rade , avec Nafüf, Turc d'un âge avancé & d'une figure fort grave, 
qui venoient, accompagnés de quelques Efclaves, pour fervir d'Otages. Sa- 
ris fe prépara auñfi-tôt à defcendre avec tous fes Marchands , dans les trois 
Efquifs, qui furent ornés de ce qu'il y avoit de plus galant fur la Flotte. On 

8" fit, à fon départ ,une décharge générale de l'artillerie. Il trouva fur le Riva- 

“ad faq ge le Capitaine des Galères & pluficurs autres Officiers, qui le conduifirent 

ur “i L dans la Ville au travers d'une prodigieufe foule de M , précédés des 

L Go à trompettes & des inftrumens de mufique, tandis que les canons du Château 
7 véshes fe firent entendre à plufieurs reprifes. Après avoir paflé deux gardes, à Maifon de 
l'entrée du Château, il fut introduit dans la Maifon du Gouverneur, quieft l’Aga& céré- 
bâtie de fort belles pierres, avec un fort bel & grand efcalier, & reçudans Monies de 
une chambre, dent le plancher étoit couvert d’un riche tapis. Les fenêtres PAdlenee: 

Hétoient à l'Angloife, depuis le Le apparemment que Sir Henry Middle- 
ton avoit fait à Mocka, pendant lequel il avoit pû communiquer aux Turcs 


urner à 


avoient e 
: fit pas 
_ voulut 


ages de 
Jnnoître 
e décla- 
de com- 
des Ôta- 
 n'igno- 


Saris une 
uitter la 
rémonie 
et ufage 
js géné- 
let; en- 


le con LA de nos ufages.] On étendit aufñli-tôt fur le tapis un autre dra 


e foye beaucoup plus précieux, fur lequel on mit deux grands couffins , 
les Anglois furent priés de s’affeoir. Mais le Gouverneur fortit bientôt d'u- 
ne chambre voifine, accompagné de cinq ou fix perfonnes , richement vê- 
tues, & paré lui-même d’une robe de brocard d'or, bordée de martre. Il 
prit le Général par la main, & baifant la fienne, qu'il mit fur fa tête , il le 
| conduifit vers la fenêtre, où ils s’afirent enfemble. Après quelques compli- 
ous m ä- mens, Saris lui préfenta les lettres du Roi d'Angleterre. Elles furent lues 
, fuivant par Cocks, & expliquées par Bolton au Commandant des Galères, qui les 
e avec la rendoit enfuite à l'Aga. Le Paffeport du Grand-Seigneur fut donné à lire au 
e VOUS af Sécretaire ; après quoi, le Gouverneur le prit refpeétueufement , le baifa & 
otre plai- le mit fur fa tête. Purchaff a cru nous devoir conferver la traduétion de ce 


RTS Pafleport. (4). 


ou ul s AE mes très-dignes, mes heureux , mes riches & grands Vicc-  Pañport du 
D ares ) Rois & Beglierbeys, qui êtes établis par Mer & par L'erre depuis Grand-Sci- 
les » mon gueur. 


AtOTZE ou (p}) Il cft étonnant qu'ayant cette fignatu-  glois, où l'on trouve conftamment Ilaydar, 
, S'il vous re pour régle on ait mis dans le texte Ider KR. d. E. 
jé plaît, au lieu de Haydar, d'autant plus que Haydar 7 (q) PurchafT , qui aeu l'Original de ce 
eft connu pour un mot Arabe qui fignifie Pafleport, en a inféré dans fa Colleétion, quel- 
ette Lettre Lyon. R. d. T. ques lignes du commencement, avec la tigu- 
jan ; langa- NB. !l eft plus furprenant encore que le re du Sceau du Grand-Scigneur. Toutes les 
partie des Traduéteur, qui fait cette Remarque, aitpré- lettres Capitales étoient en Or, & les autres 
féré dans fa ‘l'raduétion le nom ider, qui-eft en azur, avec du rouge entremêlés très pro- 
dans Purchaff, & non dans l'Original An-  prement, 


II, Part. 


Lettre, 


SAIS 
1612, 


346 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


EL 
LL 


v 
v 


9 
LE 


mon trône impérial & glorieux, jufqu'aux confingdes Indes Orientales : 
qui êtes en pofléflion de quelque portion de notré dignité, & à qui il ap. 
artient de donner aide & fecours, au premier figne de notre volonté | 
ans la caufe de Dieu & de la Religion Mufulmane, dont la puiffance & 
la grandeur puiflent durer à jamais. A vous mes très-dignes & vaillans 
Sangiacs, Beys, fubordonnés aufdits Beglierbeys, qui êtes dans la poffef. 
fion & l'attente de grandes dignités & charges, &c. A vous, mes trés. 
dignes, très-fages £ trés-prudens Juges & Miniftres de Juftice, qui êtes 
fous l'autorité defdits Sangiacs, Beys, & de qui la fagefle, la prudence & 
la juftice coulent comme d’une fource (r); que la pu & le méri- 
te de votre fonétion puiflent à jamais continuer. vous , mes renom- 
més, mes grands, mes très-dignes Capitaines & Beys de mes Navires & 
Bâtimens qui nâgent fur la furface de l’eau. A vous, mes très-dignes 
Commandans des Châteaux, Villes & Cités. À vous, dignes Officiers 
de nos Douänes, demeurans fur les Côtes de Mer, fur les Rivières, Ponts, 
& autres parts de nos domaines & des pays appartenans. A vous tous 
enfin, qui fur la vûe de mon impérial commandement êtes obligés par le 
plus étroit devoir, de vous lever pour lui rendre l’obéiffance & le refpe& 

qui lui appartiennent. 
,» CETTE Lettre eft pour vous faire entendre , que l’Ambafñladeur de la 
Grande-Bretagne, réfidant aétuellement à notre très-heureufe & très-fu- 
blime Porte, nous a fait les repréfentations fuivantes ; Que quelques Su- 
jets du Roi de la Grande-Bretagne ayant, avec beaucoup de dépenfe & 
de travail, découvert un commerce aux Indes Orientales , & d’ailleurs 
étant informés qu'il y a dans quelques parties de nos domaines de gran- 
des richefles & des efpérances de commerce, fouhaitent, dans leur pafa- 
ge, de pouvoir vifiter ces Places pour l'utilité & l’aggrandiffement dudit 
commerce; & dans cette vûe, afin que lefdits Sujets du Roi de la Gran- 
de-Bretagne puiffent obtenir toutes fortesde faveurs & d’afliftance dans une 
fi bonne & fi louable entreprife, ledit Ambaffadeur nous a prié, au nom 
de fon Maître , le Roi de la Grande-Bretagne , de daigner leur accor- 
der notre fauf-conduit & notre recommandation. En conformité de cet- 
te demande, & en confidération de ce que nous & nos prédéceffeurs , de- 
puis l’efpace d’un grand nombre d'années, fommes & avons été dans une 
alliance & une amitié très-étroite avec ledit Roi de la Grande-Bretagne 
& les Sujets de ce Royaume, qui ont aétuellement, comme ils ont eu de- 
puis long-tems, la permiflion & la liberté du trafic dans tous nos domai- 
nes & nos provinces des Mers Méditerrannées ; nous vous enjoignons & 
ordonnons crès-expreflément, à vous tous nos Sujets & Officiers cy-def- 
fus mentionnés, non-feulement de recevoir & traiter avec amitié & ci- 
vilité les Marchands & Sujets de la Grande-Bretagne venans & paffans dans 
nos domaines , fur-tout avec l'intention de commercer dans les Cantons 
d’Yaman, d’Aden & de Mocka, ou pays appartenans , en les aidant & 
les fecourant de tout ce qui leur eft néceflaire pour leurs perfonnes & 
pour leurs Vaifleaux, mais encore de leur laifler la liberté de pafñfer par 
» mer 


Cr) Angl. & de qui la juftice , les juge-  fource de fageffe & de prudence, R. d. E. 


mens, & les difcours coulent comme d’une 


ntales , 
ui il ap- 
olonté , 
lance & 
vaillans 
à poftef. 
nes trés- 
qui êtes 
dence & 
le méri- 
renom- 
ivires & 
s-dignes 
Officiers 
Ponts, 
ous tous 
s par le 
: refpeét 


ur de la 
très-fu- 
ques Su- 
enfe & 
l’ailleurs 
Je gran- 
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au nom 
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urs , de- 
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EEE ELLE CU LL LELLEE LE CAL ELLE LAN 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cnar, V. 
» mer & par terre, d'aller, de revenir , fuivant 


34? 


e leurs affaires & leurs 
,» befoins F grd le demander , & de s'arréter dans nos Domaines, nos 


» Villes & nos Cités, en leur accordant toutes fortes de priviléges & deli- 
» berté raifonnables pour le commerce, fans leur caufer , ou fouftrir qu'on 
» leur caufe aucun empêchement, aucune injure & aucun trouble. Au con- 
» traire, vous leur rendrez tous les bons offices & tous les témoign de 

_» bienveillance & d'humanité qu'il eft jufte & convenable d'accorder à d’hon- 
» hôtes Etrangers , qui auront entrepris un fi long & fi pénible voyage. Et 
» fi nous apprenons que, contre nos ordres , & contre l'alliance & l'amitié 
» qui eft entre ns à le Roi dela Grande-Bretagne, vous fafliez le moindre 
» tort ou vous caufiez la moindre peine & le moindre fujet de plainte aux- 
» dits Marchands dans leur commerce, ou autrement, apprenez certainement 
» que non-feulement vous encourerez notre indignation, mais que vous ferez 
» Punis pour l'éxemple des autres. Obéiflez donc à notre impérial comman- 
» dement, & reconnoifléz ici notre feing impérial. Donné à Conftantinople 
» le 15°. jour de la Lune nommée Zulbajjah , l'an 1019: (5). 

(#) Le Gouverneur remit l'original de ce paile-port à Saris, après en a- 
voir fait tirer une copie & l'affüra que fon arrivée étoit agréable à tous les 
Turcs. Il le pria d'oublier tout ce qui s'étoic pallé à l'égard de Sir Henri 
Middieton, cette querelle n'étant venue que de deux perfonnes yvres, & le 
Gouverneur de ce tems-là, qui n’en avoit pasmieux ménagé les fuites, ayant 
été déplacé pour cette faute. A l'égard du commerce, il lui dit qu'on ne 

ourroit pas l’avancer beaucoup, avant la réponfe qu’il attendoit du Bacha de 
Zénan, & qu’il ne pouvoit recevoir que dans dix ou douze jours; mais que 
les Angiois n'en auroient pas moins la liberté de venir au Rivage, d'acheter 
tout ce qui leur feroit néceflaire, & de régler d'avance une partie des affai- 
res, afin que les Habitans de la Ville s’apperçuflent qu'on étoit dans une paix 

arfaite & que tous les anciens reffentimens étoient oubliés. Saris jugea que 
es politeffes du Gouverneur venoient de la crainte de perdre les dyoits du 
commerce, foit avec les Anglois, foit avec les Indiens, à qui la Flotte An- 
gloife pouvoit fermer l'entrée du Port. Aufli Saris avoit eu deflein de caufer 
cette inquiétude aux Turcs en approchant fi près du Rivage; &, maître de 
la Rade comme il étoit, il. ne crut pas qu'il y eût beaucoup de péril à laif- 
Le quelques-uns de fes gens dans les Efquifs, pour acheter leurs 

€Ioins, 

LE Gouverneur les traita magnifiquement à diner , avec toutes fortes de 
gibier, de volaille, de groffe viande, de confitures & de pâtifléries. On fut 
fervi en vaiflelle d’étain, & tous les mêts furent préfentés dans un feul fervice, 

“avant qu'on fe fut mis à table. [Il eft affez difficile de comprendre quel en é- 
toit l'arrangement, lorfque] l’Auteur ajoûte que tous les plats furent placés 
l'un fur l’autre, fans qu'on y touchât moins librement , & qu’ils formoient u- 
ne pyramide de quatre ou cinq pieds de hauteur. Il ajoûte à la vérité qu'ils 

Havoient tous un pied, comme nos foucoupés ; [ce qui peut faire juger qu'il 
reftoit quelque vuide dans l'intervalle; mais dans l'abondance de mêts qu'il 

repréfente , 


&(s) Cette année de l'Hégire, répond àl'an- . 
née 1610 de l'Ere Chrétienne, & commence 
au 15 de Mars, 


(&) La 3e. Seétion de ce Chapitre commec- 
ce ici dans l'Original. R, d, E, 


Xx 2 


Sante, 
1612. 


Difcours obli- 
geans du Gou- 
Verneur, 


Sa politique: 


Feftin que 
l'Aga donne 
aux Anglois, 


Sante, 
1612, 


Cérémonie 
des parfums, 


Préfens du 
Grand-Sci- 
gneur à Saris, 


Il fe proméne 
dans lu Ville, 


Hypocrifie du 


Gouverneur 
Lure, 


348 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


repréfente , & furvis cout à la fois, la hauteur de la pyramide devoit furpaf, 
fer la mefure qu'il lui donne. ] On ne préfenta , pour liqueur, que de l'eau 
fimple, ou bouillie avec du caffé , que les Anglois ne connoifloient point en. 
core, & dont le goût leur parut fort amer, Les convives étoient aflis à terre, 
avec les jambes croifées, fans table & fans fidges, 

Arnès le feftin, Saris fut conduit dans une chambre intérieure, où le Gou. 
verneur & lui étoient attendus par quatre jeunes garçons, donc l'un tenoit un 
réchaud avec du charbon allumé , le fecond quelques ferviertes, & les deux 
autres un plat couvert d'ambre-gris, de bois d'aloës & d'autres parfums. le 
Gouverneur ayant fait affeoir Saris fur un riche tapis, le pria de recevoir le 


fervice des quatre enfans. 


Il lui mirent une ferviette fur la tête, & cinrent 


deflous pendant quelques momens le réchaud parfumé, dont l'odeur lui parut 
fort agréable. Ils rendirent enfüite le méme oflice au Gouverneur & à deux 
de fes principaux Officiers. Cette cérémonie eft en ufage parmi toutes les per. 


fonnes riches du pays. 


LA conférence ayant duré quelque temsentre le Gouverneur & Saris, trois 
C 


des quatre enfans revinrent charg 


drap d'or, enveloppé d'un taffetas teint dans le faffran, 


couleur de l'or; l'autre d'un turban broché d'or; [& fait d'une piéce d'étof.x# 


s, l'un d'une robe, ou d'un caffetan, de 


our conferver la 


fe qui avoit vingt-deux verges en longueur ;] & le troifième d'un fabre de Da- 
mas monté en argent. Le Gouverneur revêtit lui-même Saris de la robe & 
lui mit le fabre au côté, en lui déclaran: que ce préfent ne venoit pas de lui, 


mais du Grand-Seigneur. 


Enfuite il le pria de faire un tour de promenade 


dans la Ville avec le Cadi, qui eft le chef de la Juftice parmi les ‘l'ures, & 
le Commandant des Galères , afin que le Peuple n'ignorût 
liés d'une fincère amitié, On amena fur le champ un cheval richement équi- 
pé; mais Saris demanda la liberté d'aller à pied, pour fe procurer plus aïic- 
ment la vûe de la Ville. Il fe promena ainfi pendant plus d'une heure, & il 
choifit même une Maifon pour en faire un Comptoir. A fon retour, le Com. 
mandant des Galères lui fit accepter des rafraîchiffemens avec beaucoup de 
galanterie & de magnificence; après quoi il retourna chez le Gouverneur, 
qui vint le recevoir fur fon efcalier. On s'y renouvella mutuellement la pro. 
mefle d'oublier tout ce qui s'étoit paflé dans le voyage de Sir Henri, & le 
Gouverneur en demanda pour preuve , à Saris, d'envoyer fouvent les An- 
lois au Rivage. Enfin, l'on ne fe fépara que le foir, au bruit du canon de 
à Flotte & de la Ville. Saris étant retourné à bord, renvoya aufli-tôt les 
Otages Turcs, après leur avoir fait divers préfens. 
Le 21, Cocks fut envoyé au Rivage, avec quelques flacons de Rofu-/ülis, 
ou Roffülis, que le Gouverneur avoit demandés à Saris, mais qu'il l’avoit prié 
de lui faire apporter avec tant de précautions, qu'ils ne puffent être apperçus 
des Turcs. On lui envoya de même deux robes de drap violet pour fes En- 
nuques. Cocks avoit ordre de s'informer des droits d'entrée &c. de fortie, des 
poids, des mefures, de la valeur des monnoyes, du-prix des toiles Indien- 
nes, des étoffes de coton, & des autres marchandifes dont la Flotte pou- 
voit fe charger. Il devoit aufli tâcher adroitement d'engager un Juif, quis'é- 
toit trouvé fur l’Afcenfion, lorfque ce Bâtiment avoit fait naufrage, à venir 
ois, & leur apprendre les 


à bord pour y faire quelque liaifon avec les A 
circonftances du féjour de Sir Hénri à Zénan 


E 


à Mocka. 


oint qu'on étoit 


L'REMARQUONS 


grand ni 


[Ri 
enda: 
Li ; 
difent 
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ce tem 
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æ 


pe au 
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d'autres 
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ce qu'ent 
fon Efqu 
on appri 
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ordre du 
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Rivage, 
tisfait. 
Il promit 
Otages ; 
vingt co 
Anglois, 
toutes fo 
LE 4: 
pitaine T 
k feule £ 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar, V, 349 


rpal, æ CRamanquons en paflant que la Rade de Mocka eft dangercufe , fur-tout  Saurs 
l'eau endant les vents d'Oueit; car elle eft découverte; & à un mille de la Vil. 16142. 
WE Che [ei y a des bas-fonds; & lacerre eft au niveau de la mer, Les habitans 
erre , difent qu'à la fin de Mai la chaleur fait tomber ces vents ; mais cela même 
rend ce féjour encore plus dangereux, à caufe des maladies qui régnent dans 
Gou- ce si 
oitun , Le 31, Saris apprit du Commandant des Galères, que le Gouverneur a- Le. md 
deux voit reçu la réponfe du Bacha; & qu'elle lui ordonnoit non-feulement de Eure Le 
15. Le permettre le commerce aux Anglois, mais de leur faire toutes fortes deca- glois, 
voir le reffes. Cette heureufe nouvelle leur parut d'autant plus fufpeéte, que deux. 
inrenk heures auparavant Cocks avoit vû le Gouverneur, qui ne lui en avoit rien 
parut dit. Le Commandant des Galères, à qui ils ne manquèrent pas de faire cette 
à deux ubjeétion, répondit que le Gouverneur avoit eu des raifons pour fe taire, par- 
es per ce qu'une Jelbe, qui fe crouvoit dans le Porc, devant partir au même inftant 
our la Mecque, il avoit craint que fi cette nouvelle écoit portée à la Mecque : 
5, trois e Chérif de cette Ville ne fe hatât d'écrire au Grand-Seigneur, pour faire 
an, de révoquer la faveur du Bacha. Cependant un Arabe, nommé Ashraf, qui avoit Ils font dx. 
ver la toljours eu de l'affeétion pour les Anglois, fic avertir Saris qu'il devoie bien hors à lu de: 
d'étof-tf fe garder de defcendre à terre, fans avoir éxigé des Ôtages; qu'il ne falloit 
de Da- pas fe fier au Gouverneur, quand il auroit juré par l'Alcoran, que lui & toute 
obe & fa Cour étoient des Soldats, qui refpeétoient peu les fermens ; que jufqu'alors 
de lui, la réponfe du Bacha n’étoit pas favorable aux Anglois ; mais que le Palle-port 
nenade du Grand-Seigneur ne pouvant encore étre arrivé à Zénan, la prudence les 
res, & obligeoit d'attendre cinq ou fix jours, après lefquels tout feroit éclairci. 


n étoit Le 2 d'Avril, la Caravane du, Grand Caire arriva dans la Ville, avec un Arrivée d'une 
t équi- grand nombre de Marchands, [qui furent charmés de trouver une l'lotte An  Erravane & 


de deux Vaif. 


s aifé pu au Port de Mocka.7] Le 3, deux Vaiffeaux Indiens entrèrent dans la Rade, Anh 


, Xi un de Chaul, l'autre de Cananor, chargés tous deux d'indigo, de calicos & 
e Com- d'autres toiles des Indes, d'ambre gris, d'étoffes de coton, & d'environ qua- 
oup de tre cens Pañlagers, qui apportoient d'immenfes richeffes. La Flotte Angloife 
rneur , les falua de neuf coups de canon , auxquels ils répondirent de trois coups, par- 
la pro ce qu'entre eux deux ils n'avoient que trois piéces d'artillerie, Saris leur envoya 
, &le fon Efquif, pour s'informer de ce qui fe pañloit fur la Côte de Surate ; mais 
es An- on apprit d'eux feulement qu'il y étoit arrivé crois Vaifleaux Anglois pour le 
non de commerce. Vers le foir, le Commandant des Galères, accompagné de cinq 
tôt les Janiffaires, vint déclarer pour la feconde fois, que le Gouverneur avoit reçu 

ordre du Bacha de traiter favorablement les Anglois, & de leur accorder la 
u-folis, liberté du commerce; fur quoi il invita Saris à defcendre le lendemain au 
oit prié Rivage, en lui promettant qu'il 5 recevroit des explications dont il feroit fa- 
perçus tisfait. Le fouvenir des avis d'As iraf rendit le Général Anglois fort défiant. 
fes En Il promit néanmoins de defcendre, mais à condition qu'on lui envoyät des 
tie, des Otages; & ne relâchant rien de fes civilités pour le Commandant, il fit tirer 

Indien- vingt coups de canon à fon départ. Cet Officier fut fi fenfible à l'accueil des 
te pou- Anglois, qu'il leur fit promettre fur le champ fes plus ardens fervices dans 
| quis'é- toutes fortes d’occafions. 

à venir LE 4 au matin, dans l’impatience d'apprendre les intentions du Bacha, le Ca- 

dre les pitaine Toutfon fe rendit à terre fans attendre l'arrivée des Otages ; il fe fioit à 

h feule garantie des deux Vaifleaux Indiens, qui avoient jetté l'ancre près de la 

ARQUONS Xx 3 Flotte, 


39, VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sanrs Flotte, & qui étoient commandés par l'artillerie Angloife, Le Gouverneur parut tout pi 
1612  charmé de le voir, lui fit préfent d'une robe ; mais l'affaire principale n'é- trois + 
toit pas terminée. ge on lui confeilla d'engager Saris à faire partir defirée 

r Zénan deux de fes principaux Faéteurs avec la letere & les préfens du vre de 

toi d'Angleterre, en faifant entendre que c'étoit le feul moyen d'abréger les u'à vi 

difficultés, Saris approuva ce confeil, & fe difpofa à l'éxécuter le jour fuivane, e fav 

Lettres de Sir Mais lorfque fes Députés furent prêts à partir, il reçut, par les foins du Com. &, de 
Mont à Sa. mandant des Galères , crois leteres de Sir Henri Middleton & du Capitaine ton fe: 
gs rec, , Sharpey, qui croifoient alors aux Détroits de Bal-al-Mandel. Ils lui marquoient bien ne 
qu'après avoir tenté le commerce à Surate, avec peu d'avantage & de fatif. trois-cer 

filon, ils avoient pris le parti d'abandonner cette Côte; que le Capitaine glois, | 

Hawkins, fa femme, & cous les mn qui étoient à Agra, où ils avoient vingt-fe 

cfluyé les mêmes dégoûts, s'écoient déterminés à s'embarquer fur la Flotte à l'aune de 

l'exception d'un feul, qui avoit entrepris de retourner par terre en Europe ; Le G 

qu'ils s’étoient rapprochés de la Mer Rouge, pour chercher l'occafion de fe ven- faire def 

ger des Turcs, & qu'ils le prioienc, s'il n'étoit pas trop engagé, de faire ren. voir l'or 

trer' à bord tous fes gens & fes marchandifes, Un avis de cette importance fit duquel tc 

changer toutes fes vües à Saris. 11 dépécha für le champ unde fes l'aéteurs aux d'entrer 

Anglois de Bal-al-Mandel pour leur rendre compte de fon voyage & de l'ac- Anglois, 
cucil qu'il avoit reçu à Mocka. La députation de Zenan fut fufpendue, En- devoit p: 
fin la réfolution à laquelle on s'arrêta, fut d'attendre les explications des Turcs, chands'T 

& de fe régler fur leur conduite. | la hardief 
Cargaifon de Les deux Vaiffeaux Indiens déchargèrent fur le Port foixante quintaux de une conf 
de M bois d'aloës & fix cens churles d'indigo ; cent cinquante bahars de canelle de rent enco 
dssiopiss Ceylan, chaque Bahar revenant à trois churles & demi ; de l'osfar, qui ef que le Ca 
une teinture rouge; du girofle, des toiles & des étoffes des Indes, [qui va-kr conduite « 
loient depuis vingt jufqu'a quarante Réaux la Gorge; chaque Gorge étant ravane po 
de vingt piéces ;] le prix de l'indigo étoit de trente à trente-cinq réaux le le comme 
churle, | ie Port; 
Le bruit s'étant répandu que Sir Henri avoit arrêté deux ou trois Jelbes, prefferoie: 
ui venoient de la Côte des Abyffins avec des vivres, on en conçut tant d'ef. : ment une 
roi dans la Ville, qu’il n'y avoit plus une + ni un Canot qui Ofaffent marchandi 
quitter le rivage; ce qui n'empécha point Saris d'écrire au Gouverneur que vage, 

sil vouloit lui procurer des marchandifes Indiennes à des prix raifonnables, Ouvre: 
il en chargeroit un de fes Bâtimens. Il ajoûta que cette marque d'intelligen- noître les 
ce ferviroit à convaincre Sir Henri de la bonne-foi des Turcs & pourroit lui qu'il fit à 
faire ceffer les hoflilités. Mais pour réponfe à fa Lettre, il en reçut une mille fequi 
qui lui apprenoit les intentions du Bacha. Elles étoient fi favorables en ap- te-fept mil 
arence , que pour faire fentir aux Anglois toute l'étendue de cette grace, Sants: 

e Gouverneur lui envoyoit la copie des ordres mêmes qu'il avoit reçus : confidéré 
Ordres du Ba- ,, Haydar Aga, vous m'avez écrit qu’il eft arrivé à Moc a trois Vaifleaux tandis que 
cha de Zen, | Anglois avec le Pañfeport du Grand-Seigneur. Mon plaifir eft que vous lut de dem: 
» leur engagiez ma parole pour leur füreté, & que vous leur accordiez la dre dans qu 
» liberté de prendre une maifon dans la Ville, pour éxercer le commer- moins re 
» Ce pendant cette Mouflon. Vous m'écrivez aufi qu'ils veulent m'en- Mais le 1, 
» Voyer ici deux de leurs gens; donnez-leur tout ce qui eft convenable pour vifs de fon 
» le voyage. ,, que ne pou 


A l'égard de la propofition de Saris, on lui répondoit, qu'il DRE Mier vent p 


parut 
n'é- 
vartir 
\s du 
er les 
vant, 
Com- 
itaine 
ioient 
: fatif 
itaine 
voient 
lotte à 
Fope ; 
èe ven- 
re ren 
ince fit 
urs aux 
le l'ac- 
ie, En. 
Turcs, 


aux de 
nelle de 
qui eft 
qui va. 
e étant 
éaux le 


Jelbes, 
ant d'ef- | 
Ofaffent 
ur que 
nables , 
elligen- 
rroit lui 
cut une 
s en ap- 
grace, 
reçus : 
aifleaux 
ue vous 
rdiez la 
omimet- 
t m'en- 
ble pour 


jendroit 
tout 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cv, V, 


trois Vaifleaux qu'un feul, Saris eut en même-cems l'information qu'il avoit 
defirée pour les poids, L'inen contient deux rottales, & le rottale eftune li- 
vre de Mocka, Dix inens, qui fonc vingt livres, reviennent un peu plus 

u'à vingt-crois livres Angloifes , & même à vingt-quatre avec un peu 
» faveur, Un churle d'indigo fait cent cinquante livres de leur poids ; 
&, de celui d'Angleterre, entre cent foixante-fix & cent féptante, Le co- 
ton fe vend par bahard, à dix-huit réaux chaque bahar, quand il eft bon & 

bien nectoyé ; & le bahar faic crois [ cens ] rottales , c'eft-h-dire , entre 
trois-cens quarante-quacre & quatre-cens trente-deux livres du poids An- 
glois. La mefure de Mocka, pour les longueurs, s'appelle Pik, & contient 
vingt-fept pouces, ou trois quartiers de la verge Angloife ; ce qui revient à 
l'aune de l'landres. 

Le Gouverneur envoya le 9 un Canot à bord, pour propofer à Saris de 
faire defcendre quelques-uns de fes gens au rivage, où il promettoit de faire 
voir l'original des ordres du Bacha, & de leur donner un ordre en vertu 
duquel tous les Joncs Indiens qui échapperoient à Sir Henri feroient obligés 
d'entrer dans le Port de Mocka pour y commercer tranquillement avec Îles 
Anglois. Il ajoûtoit que fi Saris penfoit férieufement au commerce , il ne 
devoit pas faire difficulté d'envoyer fes Faéteurs à terre, parce que les Mar- 
chands Turcs & Indiens, effrayés des hoftilités de Sir Henri, n'avoient pas 
la hardieffe de fe rendre fur la flotte, Cocks defcendit le lendemain. Il eut 
une conférence avec le Gouverneur & le Capitaine Maami, qui lui déclaré. 
rent encore qu'aucun Marchand ne vouloit rifquer d'aller für la Flotte »y & 
que le Cadi même s'y oppofoit x que les l'urcs étoient offenfés par la 
conduite de Sir Henri; que les Faëteurs du grand Caire, arrivés avec la Ca- 
ravane pour acheter les marchandifes des Indes, ne commenceroient pas 
le commerce avant que de fçavoir combien il en viendroit cette année dans 
ie Port; que les Banians, Faéteurs ordinaires des Vaiffeaux Indiens, ne fe 
prefferoient pas non plus de vendre, parce qu'ils prévoyoient infaillible 
ment une cherté; enfin que fi les Anglois vouloient vendre leurs propres 
marchandifes , il ne falloit pas moins néceflairement les apporter au ri- 
vage. 

Ourre le motif delacrainte, qui faifoit fouhaiter au Gouverneur de con- 
noître les intentions de Saris, il avoit celui de l'intérét; car, fuivant l’aveu 
qu'il fit à Cocks, la Douäüne de Mocka valoit alors chaque année quinze cens 
mille fequins, qui, évalués à cinq fchellings piéce, faifoient la fomme de tren- 
te-fept mille cinq cens livres fterling. 

SAR1S affembla fon Confeil, pour délibérer fur les conjonétures. Après avoir 
confidéré qu’il n’y avoit rien d'heureux à fe promettre pour le commerce, 
tandis que Sir Henri continueroit d'arrêter les Vaiffeaux Indiens, on réfo- 
lut de demeurer dans l'inaétion jufqu’au retour de la Mouffon, pour fe ren- 
dre dans quelque autre lieu avec de meilleures efpérances, & de vivre néan- 
moins en bonne intelligence avec la Ville, comme on l’avoit fait jufqu'alors. 
Mais le 12, Saris reçut une Lettre de Sir Henri, avec des témoignages fi 
vifs de fon affeétion & du defir qu'il avoit de lui communiquer fes deffeins , 
que ne pouvant fe défendre de tant d’inftances, il rétolut de profiter du pre- 
Mer vent pour gagner Bal-al-Mandel. (Cependant il communiqua fa réfolu- 

tion 


351 
tout par amitié, rien par force; & qu'on étoit auffi difpofé à charger fes 


Sante, 
1612, 
lropor tlons 
dus poids de 
Moc,a à cvtix 
des Angluis, 


Oblsétions 
& difficultés 
du Gous HN © 
nour de Moc- 


— 


Aquoi mon 
te le revenu 
de la Douüne 
à Mocka, 


Suris fe dé. 


termine à join. 
dre Sir Henri, 


52 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sanrs tion au Gouverneur; &, pour entretenir l'amitié , il prit une Lettre de lui 

1612. pour Sir Henri. et k 

I letrouve Er arriva le 14 aux Détroits, où il trouva le Trade-Incréafe & quatre 
aux Détroits, aiffeaux Indiens. Après avoir conféré avec Sir Jlenri, il affembla fon Con- 

feil, pour lui repréfenter que les différends de Sir Henri avec les Turcs & 
les Cambayens ne lui laiffant pas plus d'efpérance pour le commerce à Sura- 
te & à Cambaye qu'a Mocka, le parti quil croyoit le plus avantageux étoit 
de faire croifer l'Heétor & le Thomas entre Aden & Bal-al-Mandel, tandis 
qu'avec le Clove il garderoit le Canal des Abyflins, pour couper le pallage 
aux Bâtimens Indiens pendant la nuit ; qu'a mefure qu'ils en arréteroient 
quelques-üns, ils fe déferoient de leurs draps, de leur plomb, de leur étain, 
x 4 leur fer & de leurs dents d'éléphans, en les faifant prendre aux Indiens 
pour des épices & des étoffes des Indes. 11 ajoûta que Sir Henri lui avoit 
annoncé l'arrivée de deux grands Vaiffeaux, nommés le Rhemi & le Ha/ani, 
dont le moindre avoit affez de richefles pour charger entièrement l'Eieétor, 
Cette propofition ayant été approuvée de tout le monde, on ne penfa plus 
u’à l'éxécuter au premier vent favorable, 

Etrange tra: C£peNDANT il reftoit un Traité à faire entre les deux Généraux Anglois 
A pour le partage des marchandifes échangées. On convint que les deux Flot- 
co DA tes s’attachcroient également à fermer le paflage aux Bâtuimens de l'Inde; 

que les deux tiers des marchandifes appartiendroient à Sir Henri, & la troi- 
fiéme part à Saris ; & que les droits du Grand-Seigneur feroient payés fidé- 
lement. Cette convention fut écrite & fignée refpeétivement. On y ajoûta 
une défenfe rigoureufe à tous les Anglais des deux flottes de s’attribuer par- 
ticuliérement la moindre part au buun, & de commettre la moindre injufti- 
ce ou la moindre violence. , 

Le 18 au foir, il arriva un Vaiffeau de Cananor, chargé d'épices, de 
drogues & d'autres commodités. Saris, [qui ne vouloit pas quitter Mocka 

Saris retour- fans fçavoir fur quoi il pouvoit compter de la prt des ‘Turcs, | retourna l'E 
ne à Mocka même jour dans la Rade; & le Gouverneur furpris de le revoir, le fit prier 
Efpérances de lui envoyer fon Interpréte, pour l'informer de ce qui fe pafloit aux Détroits. 
AE [On ne lui diffimula rien. Cette ouverture, qui fembloit devoir l'irriter, fer-# 

vit au contraire à le rendre plus traitable.] Le 20, ilenvoya aux Anglois quan- 
tité de rafraîchiflemens, & leur fit demander des effais de leurs marchandifes, 
que Saris lui fit porter fur le champ. Il marqua du goût pour des daps de di- 
verfes couleurs , promit d'en prendre, avec de l'étain & du plomb, jufqu'à 
la fomme de mille piéces de huit: mais il ajoûta que plulieurs Négocians de 
la Ville fouhaitoient du plomb & du fer ; fur quoi il pria inftamment les f'ac- 
teurs Anglois d'en faire débarquer une certaine quantité, parce qu'à peine 
auroient-ils commencé, leur dit-il, que le commerce prendroit une meilleu- 
re forme & fe continueroit à la facisfaétion de tout le monde. Il envoya de 
fon côté fur la Flotte trois effais d’indigo, mais dont aucun n'étoit de La- 
hor, qui paffe pour le meilleur terroir. 11 mit le prix du churle à cent pié- 
ces de huit, ce qui étoit fort au-deffus de l’eftimation des Anglois, qui ne 
croyoient pas qu'aucune des trois efpèces valût plus de trente, quarante & 
quarante-cinq pièces le churle. 


[CE mêmejour Mohamed, Secrétaire des Galères fe chargeade faire par-X 
venir par terre une lettre à Sir Henri, & à Toutfon.] Cependant Saris [s'ima- k 


gina 


gina 
dans 
une 
cens 
huit 
de tr 
expr 
baha 


entre 
bord ! 
ve de 
l'ancr 
Indien 
pliérer 
leurs 
à mar 
ter à 
cordée 
feaux. 
pieds ; 
étoit lo 
Vingt- 
XChuit p 
PL Les al 
mi arri 
efpèce 
ris » qui 
mitié. 
ta deux 
de Moc 
auxquel 
offenfé | 
fus ils pi 
ILré 
de n'2vd 
mandoit 
nels qu’i 
les espér 
en prom 
du Bach: 


II. Pa 


de lui 


quatre 
\ Con- 
res & 
\ Sura- 
IX étoit 
tandis 
pallage 
croient 
étain, 
Indiens 
ji «voit 
HalJani, 
Lieétor. 
nfa plus 


Anglois 
ux Flot- 
+ l'Inde; 
q la troi- 
yés fide- 
\ ajouta 
uer par- 
re injuiti- 


bices, de 
r Mocka 
ourna le 
fit prier 
Détroits. 
iter, fer-"h 
oÏs quan- 
handifes, 
ps de di- 
, jufqua 
ocians de 
t les Fac- 
u’à peine 
e meilleu- 
envoya de 
it de La- 
; cent pié- 
js, qui n€ 
arante 


faire par-XF 
is [s'ima- à 


gina 


cens livres. 


INDES ORIENTALES, Iav. IV. Curar. V. 
gina qu'un excès de défiance étoit fort fouvent nuifible au commerce; & 
dans cette idée, il] confencit à faire tranfporter au rivage huit bales de drap, 
une tonne de fer, unetonne de plomb & deux caifles d'étain du poids de fix- 


353 


Sante. 
1612. 
tente le 


Les Turcs offrirent pour le meilleur drap trois demi-piéces de fmMmerce a 


À à : a É = À /  , , vec les Turcs. 
Xhuit le pik, [qui eft ordinairement de vingt-fept pouces, mais qui auroit été * 


de trente un, parce qu'on vouloit fe fervir d'une mefure particulière, faite 
exprès J: pour le bahar d'étain, cent-vingt pièces de huit; douze, pour le 


bahar 


e fer, & quinze pour le plomb. 
Faéteurs de la flotte, ils prirent le parti de retourner le foir à bord , avec 


leurs Marchandifes. 


Les cfpérances de Saris s'évanouirent entièrement après cette tentati- 
ve, Il mit à la voile dès le 25 pour la Baye d'Aflab, où il trouva l'Incréafe 
x& l'Heétor, avec onze Bätimens Indiens de divers Cantons. 


Ces prix n'ayant pas fatisfait les 


Il fe rend À 


‘ la Baye d'Ar 
[ Lors qu'on db, 


entre dans cette Rade, il faut fe ranger du côté du Nord, en laïflant à itri- 


bord un petit Roc, qu'on apperçoit facilement. Par cette manœuvre, on trou- 
ve depuis douze jufqu'à fept brafles d'un fond fabloneux, où l'on peut jeuter 


l'ancre a un mille durivage.] En arrivant dans la Rade, Saris envoya ordre aux 


Indiens de ne pas s'en écarter fans fa permiilion. 


De leur côté, ils le fup- 


plièrent de s’accommoder promptement de ce qui lui conviendroit dans 
leurs marchandifes, & de ne pas les expofer par de crop longs délais 


à manquer la Mouflon pour Jeddah. 
ter à bord les bales qu'il voudroit avoir. 


cordée. 
feaux. 


Ils lui offrirent même de lui appor- 
Cette fatisfaétion leur fut ac- 


Saris eut la curiofité de faire mefurer leurs deux plus grands Vaif- 
Le Rhemi, dans toute fa longueur , avoit cent cinquante- trois 


pieds; quarante-deux de largeur, & trente-un de profondeur. Le Mahmudi 
étoit long de cent trente-fix pieds, large de quarante & un, & profond de 


vingt-neuf, 


KChuit pieds; & la longueur de fa grande vergue ,de cent 
x [ Les autres Bätimens égaloient à peu-près ces deux. ] Le 10 de Mai, Maa- 


La hauteur du grand mât, dans le Rhemi (u), étoit de cent 
trente-deux pieds. 


mi arriva dans la Rade d’Affab, chargé par le Gouverneur de Mocka d’une 


efpèce de négociation avec Sir Henri. 


Il vint d’abord fur le Clove, où Sa- 


ris, qui ne lui devoit que de la reconnoiffance, le reçut avec beaucoup d'a- 


mitié. 


Enfüite s'étant rendus enfemble à bord de l’Incréafe, Maami préfen- 


ta deux Lettres à Sir Henri, l’une du Bacha de Zenan l’autre du Gouverneur 
de Mocka, qui demandoient quelle pouvoit être la caufe de tant d'hoftilités, 
auxquelles ils prétendoient n'avoir pas donné d'occafion ; car, s'ils avoient 
offenfé les Anglois, difoient-ils, ils leur avoient donné des fatisfaétions, Là-def- 
fus ils prioient Sir Henri de rendre la liberté aux Vaifféaux Indiens. 

IL répondit que loin d’avoir reçu des fatisfaétions, c’étoit le reffentiment 
de n’voir pû les obtenir qui l'avoit ramené dans ces Mers; & qu'il en de- 
mandoit d'éclatantes pour le meurtre de fes gens, pour les outrages perion- 
nels qu'il avoit efluyés , & pour la perte de la Mouflon qui avoit ruiné toutes 
les e’pérances de fon voyage. Maamile pria de mettre fes prétentions par écrit, 
en promettant que dans lefpace de quinze jours, il lui apporteroit la réponfe 
du Bacha. Sir Henri le facistit aufMi-tôt. À 


LES 


(u). Angl. dans le Mahmudi. R. d. E. 


II. Part. 


Yy 


Mefure des 
Vaiilcaux {n- 
diçns. 


Plaintes des 
CS. 


Réponfe des 
Aunglois. 


SaAnt1s. 

1612. 
Vifite comi- 
que d’un Prin- 

cœ Abyffin. 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


354 

Les Anglois eurent, le 15, un fpeétacle qui ne fut pas fans agrément au 
milieu de tant de chagrins & de fatigues. Le Roi de Rahaita , petit 
Prince fur la Côte d’Abyilinie, vint les vifiter avec fon cortège Afriquain. 
Il étoit monté fur une Vache; nud, à l'exc + apte de la ceinture , autour de 


€ 
laquelle il portoit un fort beau pagne d'étoffe des Indes; & de la tête, qui 


étoit couverte d’un turban, avec une grande nacie de perle qui lui tomboit 


fur le front. Sa Garde étoit compofée de quinze hommes () , armés de dards, 
d’arcs & de fléches, d’épées & de targettes. Les deux Généraux Anglois 
allérent au-devant de lui, avec cent Moufquetaires & un bon nombre de Pi. 
quiers; car ils n'étoient pas fans défiance; & n'ignorant pas que les Turcs 
avoient employé divers artifices pour foulever contre eux les Habitans du 
Pays , ils doutoient fi cette civilité du Roi ne couvroit pas quelque trahifon. 
D'unautre côté, ils ne pouvoient fe difpenfer de lui rendre des honneurs, par- 
ce qu'ils avoient befoin des rafraichiffemens de la Rade d’Affab qui étoit fous 
fa domination. Auñi le traitèrent-ils fuivant fon goût, en lui offrant quelques 
bouteilles d’eau-de-vie, dont il but jufqu’à ne pouvoir plus fe foûtenir fans fe- 


cours. [Ce prince dépendoit de l'Empereur des Abyflins, quoique trop éloi-4 


gné de fa réfidence pour en recevoir des loix fort gênantes.] Il fit préfent 


aux Généraux de cinq veaux gras, [& ieur promit tous les fecours qui dépen-ké* 
.droient de lui. Ses fujets font Mahométans. Ils font laids, & ont les cheveux 


frifés. 

(y 4, même jour, Sir Henri eut la fatisfaétion de voir arriver le Pep- 
per-Corn,. un des Vaifleaux de fa Flotte, pour lequel il n’étoit pas fans inquié- 
tude. Dounton, qui le commandoit s’étoit faifi près d’Aden, d'un Jonc de 
Sindi, chargé de beurre, d’huile & d'étoffes de Cambaÿye. Il raconta que le 
grand Navire de Diu, commandé par Maleck-Amber, lui étoit échappé, 
quoiqu'il lui eût donné quelque-tems la chaffe & qu’il lui eût envoyé quel- 
ques volées de canon. C’étoit précifément le Vaifleau qu’il avoit ordre d’ar- 
rèter, & que le Thomas & le Darling avoient attendu fi long-tems aux Dé- 


troits. [Ce même jour, Saris reçutune note des prix des marchandifes à Sura-Xé 


te. Un: piéce de drap large, pefant vingt-troislivres, y valoic vingt Mah- 
mudis, c'eft-à-dire quatre piéces de huit: les créfeaux quatrevingt- quatre 
* Mahmudis ; ce qui étoit au deffous de ce qu'on en avoit payé en Angleterre. 
Le grand Maund de plomb, pefant trente-trois livres, fept Mahmudis & un 
tiers. Le petit Maund d’étain, pefant ving-cinq livres, cinq piéces &. de- 
mide huit, À Dabul, le Bahar de fer contenant cent foixante livres, fe vendoit 
vingt-un réaux:. les dents d'Eléphants foixante-cinq Mahmudis le grand Maund. 
Le prix de l’Indigo de Sirkefa (x) varioit fuivant la forte : la meilleure fe 
vendoit quatorze roupies ; faifant une demi piéce de huit; la feconde cf 
pèce, douze roupies ; & le grand Maund de la troifième efpèce, fe donnoit 
pour huit. La valeur de l’Indigo de Lahor, qui eft le meilleur de tous, va- 
rioit auf fuivant la forte, & il fe vendoit depuis vingt-quatre jufqu’à trente- 

{ix roupies le Maund, de cinquante-cing livres. i 
E 


(x) Angl. Il étoit accompagné de cent cin: a#ÿ{z) Purchaff écrit Cirkefa, & d’autres di- 
quante hommes. R. d. E, | fent Serkes ou Sherkes. C'eft un Village près 
(y) La 4e. Seétion de ce Chapitrecommen- de Ahmed-Abäd, . Capitale de Cambaye. 
ce ici dans l'Original, KR, d. EL. 


com} 
quefti 
mud 
tonne 
furent 
pour 
devan 
Jonck 
ronné 
par 
du C 
LE 
celle d 
Vaiffe 
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célébré 
Il lui « 
fance, 
penfit 
dix-fep 
leurs. 
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{ervir. 
LE. 
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nt au 
petit 
quain. 

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>, qui 
mboit 
dards , 
nglois 
de Pi- 
Turcs 
ans du 
ahifon. 

s , par- 
it fous 
1elques 
fans fe- 
p éloi-K 
préfent 
dépen-K 
heveux 


e Pep- 
inquié- 
Jonc de 
1: que le 
happé, 
ré quel- 
re d’ar- 
aux Dé- 
à Sura-XF 
Dt Mah- 
- quatre 
rleterre. 
is & un 
s &. de- 
vendoit 
Maund. 
leure fe 
bnde ef- 
donnoit 
Dus., Va- 
trente- 


LE. 


autres di- 
illage pres 
bay ee 


INDES ORIENTALES, Li. IV, Cnar. V. 955 


LE 23, quarante-neuf hommes s’embarquérent fur le Thomas, & prirent 
la route de Sokotora, pour y acheter de T'Aloës; & delà ils devoiént aller 
charger, du poivre à Priaman & à Tekou, dans l'Ifle de Sumatra.] T'ous les 
jours fuivans furent employés aux échanges des marchandifes Indiennes, juf- 
qu'au 31, que le Meffager du Bacha de Zenan, le Scha Bandar des Banians 

e Mocka, & le Capitaine Maami arrivèrent dans la Rade, pour terminer 
jes différends de Sir Henri avec les Turcs. Il eft inutile de répéter ici les 
per rt de cet accommodement, qu'on peut lire dans les Relations pré- 
cédentes. 


XP [Le 23 de Juin, l'Incréafe quitta la Rade d'Affab pour fe rendre devant 


Mocka; & la nuit fuivante , le Clove prit le même chemin. Les Anglois qui 
montoient ces deux Vaiffeaux virent des Feux de joye, qu'on faifoit à Moc- 
ka; & ils les regardèrent comme une bravade des Turcs qui cherchoient à 
les infulter. 

Le 26, Saris envoya fon Efquif à terre avec des Lettres pour l’Aga, le 
Scha Bandar & le Capitaine Maami. 11 leur demandoit ce qu'ils pourroient 
lui donner en argent, pour liquider les comptes qu’ils avoient avec les Vaif- 
feaux Indiens. Le 29, il reçut une Réponfe du Gouverneur , remplie de 
compiimens, mais où il n’étoit prefque pas parlé de l'affaire dont il étoit 
queftion. Le 30, on retourna à la Rade d’Afiab. Le 5 de Juillet, Mir Mah- 
mud Tûki, Capitaine du Rhemi, Vaiffeau qui étoit au moins de douze cens 
tonneaux, vint à bord du Clove, füuivi de fes principaux Marchands: ils y 
furent tous bien régalés. Le 11, l’Incréafe & le Pepper-Corn firent voile 
pour Mocka, avec fept des Vaifleaux Indiens. Le 12, ils jettèrent l'ancre 
devant la Ville. Le 15, le Clove &le Pepper-Corn s’avancèrent près d’un 
Jonck, qui leur avoit paru s'approcher trop du rivage ; ils le virent envi- 
ronné de Jelbes qui travailloient à le décharger. Ilsles écartèrent bientôt 
par quelques coups de canon , qu’on ne leur rendit point ni de la Ville, ni 
du Château, quoique la chofe eût pû fe faire. 

Le 7 d’Août, on eut avis de l’arrivée du grand Vaifleau de Suez, & de 
celle de quatre grandes Galères à Bogo, Ville fur la Côte d’Abyffinie ; & d’où un 
Vaifleau peut fe rendre en un demi jour à Mocka. Le Gouverneur de cet- 
te dernière Place écrivit ce même jour à Saris, pour lui dire que les Turcs 
célébroient une fête, dans laquelle ils avoient coûtume de tirer le canon. 
Il lui donnoit cet avis, pour qu’il ne regardât pas cette marque de réjouif- 
fance, comme une bravade par laquelle on cherchoit à l'infulter; & qu'il ne 
penfât pas à s’en venger. Sur le midi, on fit effeétivement une décharge de 
dix-fept piéces de canon du Château & de quelques autres qui étoient ail- 
leurs. Cela apprit aux Anglois qu’on les avoit mal inftruit, lorfqu'on leur 
avoit dit qu’il n'y avoit dans la Place que deux piéces de Canon en état de 
fervir. 

LE.8, l'Heétor fit voile pour Priaman &pour Tékou. .Il étoit monté de 
quatre-vingt huit hommes, qui fe portoient tous bien. Ce jour-là , les Capi- 
taines des Joncs Indiens demandèrent à Saris des Paffeports , qui les mif- 
fent à couvert de ce qu’ils avoient à craindre de la part des Vaiffleaux An- 
glois qu’ils pourroient rencontrer: la chofe leur fut accordée. 

Le 10, on régla les comptes avec trois de ces Joncs; quiétoient le Haf- 
fani, le Kaderi, & le Mahmudi. Le lendemain, on en fit autant avec le 

Yy2 Rhemi 


Sants, 
1612. 
Accommode. 


ment des An- 
glois avec les 
l'urcs, 


356 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sanis Rhemi& le Salameti. Toute la cargaifon dont on fe fournit dans cet en- 
1612. droit, ne monta qu ‘a 46174 piéces de huit. 
Pour qu'on puifle fe former une idée du commerce qu'on y fit, nous 
joindrons ici les deux Quittances fuivantes (a). : 
Quittances 4 Ja Rade de Mocka, dans la Mer Rouge, le 10 d'Août 1612. Moi Mohammed 
chands In. Hashen Komal Adin Ashen, Capitaine du Haffani de Surate , ai vendu ou échan. 
diens, 


gé au Capitaine Jean Saris, Général dans le huitième Voyage aux Indes Orien. 
tales, pour la fomme de fept mille quatre cens 14 Kéaux ,; en marchandifes dont 
voici le détail. 


Reaux, 


Indigo de deux fortes; 86 bales, montant avec profit à 
Etoffes de Cambaye; 316 Gorjes, 7 piéces & EL à 
Trois Tapis évalués à . . , ' 0 + + 0. 
Deux Matelas de Kottonia à 8o Reaux le Gori. . . . . . . . 8. 
Ris, Beurre, Gingembre & Sucre, pour la valeur de 
Dix-huit Verges d'étoffe large, . ,. .:. . , « . + + + + . 96, 
Quatre bales de Gomme-lacque. 4, dre 


———. 


Somme totale. 7400!!. 


meet 


En payement de ces Marchandifes j'ai reçu, 


28 & 1 Piéces d’étoffe large, montant à . . . . . . . . 45744 


10 Piéces de Crefeau. , 5014 
30 Bahars de Plomb . . . , , 720. 
20 Bahars de Fer 480. 
4 & : Bahars d’Etain es 6794. 
15 Fufils de chafle. . . . . . 445. 


Somme totale. 74ocii, 


En fui dequoi j'ai appofé ici ma main € mon Cachet, au jour € année fujiits. 
AUTRE QUITTANCE. 


A la Rade de Mocka dans la Mer Rouge, ce 10 d’Août 1612. Moi Narkada Ha/- 
Jan, Capitaine du grand Vaileau, nommé le Kawdrie de Din, ai vendu EŸ é- 
changé, au Capitaine Jean Saris, Général dans le huitième Voyage aux In- 
des Orientales, pour la fomme de deux mille neuf cens quarante fept ES ?, Réaux 
de huit, en marchandi[es dont voici le détail. : 


1994 %%* 


Indigo de deux fortes, 31 bales, montant avec profit à . 
Spicnard, 


ŒT (a )*Ces Piéces femblent avoir été ajoûtées par Purchaff. 


leurs G 


‘le vent é 


lumière 


Spicr 
Etotf 


En f 


Les 
ce que 
négocic 


chaque 


bre à S 
Voyage 
la que | 
arrèté 1 
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LE 4 
mais fa 
pas le dd 
Il difoit 
tugais | 
marchan 
de trentd 
pied il ei 
le tromp 
ne pas n 
retour. 
Le 8, 


nuit, on 
abfolume 


[ Che 


nous 


mined 
échan- 
Orien- 
s dont 


Reaux, 
463% 
36. 
20. 


 Réaus 


994%: 
icnard » 


FF 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. V. 357 


‘Spichard, 1 bale. Turbith. I bale Canelle. 5 bales . . , . G4i. 
Etoffes de Cambaye, 137 Gorjes, & crois piéces. . . ... . 11884. 


o Somme totale. 2947r£. 


cmt mms 


En payement j'ai reçu les Marchandifes fuivantes. 


6 Piéces d'Etoffes larges . . . , 89% 
10 Piéces de Crefeau . . . , . . . . . : . + 4775 
31 & } Bahars de Plomb . . . . . . . . . . . . ,. 7601. 
20 Bahars de Fer ,: ,: : + , : + «  « 4 + + + + 940, 

1 Bahar @& 4 d'Etain . . . … . . . . 


+ + + + + 226% 
14 Funls de challe : , «4 + 0 :  o 4 + «+ + ‘gp : 
En argent pour folde de compte. ,. . . . . . . . 1 


0 . . 2}° 


Somme totale. 2947, 


En foi de quoi j'ai appoé ici mæ main E mon Cachet, au jour Ë? année Jufdits. 


Les Anglois vendirent peu de leurs Marchandifes au Port de Mocka, par- 
ce que les Naturels du Pays font pauvres, & que les Turcs ne vouloient pas 
négocier avec eux.] | 

x Enxrii les deux Flottes Angloifes [firent voile de Mocka le 13, &] re- 
pañlèrent les Détroits, auñi fatisfaites de leur butin que de leur vengeance, 
chaque Vaiileau prit une courte différente, fuivant les vûes & les ordres de 

kéleurs Généraux, pour fe raflembler à Bantam. [Saris arriva le 3 de Septem- 
bre à Sokotora dans la Rade de Delischa ; après avoir été retardé dans fon 
Voyage par un Courant qui portoit à l'Oueit & au Nord-Ouett. Il apprit 
là que le Thomas, qui y avoit été trois mois auparavant , n2 s'y étoit pas 
ee long-tems, parce qu'il n'avoit pas pû s'accorder pour le prix de l'A 
oës. 

LE 4,les Marchands defcendirent à terre, où ils furent fort bien reçus; 
mais fans pouvoir non plus convenir du prix de l’Aloës. Le Roi ne vouloit 
pas le donner à moins de quarante piéces de huit, le quintal de 140 livres. 
I! difoit qu’il n’en avoit plus qu'une petite provifion, pour laquelle les Por- 
tugais le follicitoient déja depuis longtems. Saris ennuyé de perdre le tems à 
marchander, convint qu'on payeroit une certaine quantité d’Aloës à raifon 
de trente Réaux le quintal, & une autre à raifon de trente-huit; & fur ce 
pied il en acheta 4067 livres. Il ne fut pas content du. Roi, qui chercha à 
le tromper en diverfes occalions; cependant il ne lui entémoigna rien, pour 
ne pas nuire par-là au commerce qu'il pourroit faire dans ce même lieu à fon 
retour. 


‘le vent étant à l’Oueft-Sud-Oueft, on porta Eft quart au Sud. Environ mi- 
nuit, on vit un fpeétacle qui intimida tout l'Equipage, pour lequel il étoit 
abfolument nouveau. La Mer parut toute en i'eu, & répandoit unefi grande 
lumière autour du Vaiffeau, qu'on pouvait lire aifément. On craignoit de 
Yy3 bord. 


Sants. 
1612. 


Saris fe rend 
à Sokotora, 


en jeu, 


LE 8, on fit voile pour Bantam. Le 22, à 8 degrés 12 minutes de latitude La Mer paroït 


SAR1S, 
1612, 


358 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


bord de tomber dans quelque danger ; mais la crainte fe difMipa à mefure qu'on: 
avançoit, & l'on découvrit que l’on dévoit chercher la caufe de ce Phéno. 
mène dans cette efpèce de Poiffons qu'on nomme Séches, Le 27 au matin, on 
vit l'Ifle de Ceylan, & le 29 on fe trouva à®141 lieuës du Cap Comorin, qui 

ortoit Eft quart au Sud. Les Terres étoient hautes, & paroifluient dou- 
Êles du côté du Nord, Ce Cap eft mal-placé dans les Cartes qui le mettent 
à 6 degrés 10 minutes; fa véritable latitude eft de 7 degrés 42 minutes au 
Nord. On jetta la fonde dans cet endroit; mais fans pouvoir trouver de fond 

nt bralles. Saris continuant fa route, ne vit aucune des Ifles qui font mar. 


” quées dans les Cartes; il ne découvrit pas même une feule des Ifles Maldives 


qu'on dit être en fi grand nombre. 

Le 15 d'Oétobre, à 4 degrés, 49 minutes Sud, on fe trouva à la vûe de 
Sumatra, dont la partie Orientale s'étend Eft-Nord-Eft. On fut éloigné de la 
Côte par un violent Courant qui portoit au Sud. Lorfque ceux qui font voi. 
le vers le Détroit de la Sonde, font parvenus à un degré 30 minutes de latitu- 
de Sud, où commencent les Courans, ils doivent fuivre la Côte deSumatra, 
en s’en tenant éloignés de 30 lieuës: & il faut qu'ils foyent toûjours fur leurs 
gardes pour ne pas donner dans des bas-fonds que les Courans empêchent de 
voir. ] fe 24, Sarisarriva au Port de Bantam. Il y revit les autres Bâtimens, 
qui n'avoient pas fait moins heureufement leur courfe. [L'arrivée de tous ces fé 
Vaifleaux augmenta confidérablement le prix des marchandifes. La valeur, 

ar éxemple, d’un Pikul de Cloux de giroile, étoit montée de feize Réaux de 
Di ,à quarante, & même au deflus. 

LE 26, Saris fe rendit à la Cour, accompagné de plufieurs marchands, & 
fit au Gouverneur, nommé Pangranlhamarra, divers préfens qui furent bien 
reçus. Ce Pangran, ou Seigneur, avoit toute l'autorité entre les mains, & 
il étoit comme le Tuteur du Roi, qui étoit cependant affez âgé pour pou- 
voir s’en paffer. On lui demanda la permiffion de décharger les marchandi- 
fes; il l’accorda, à condition que les Officiers de la Douäne feroient in- 
ftruits de tout ce qu’on tranfporteroit à terre, pour ne rien perdre de leurs 
Droits. 

LE 28] une Lettre de William Adams, où les richeffes du Japon & la fa- 
cilité du commerce dans cette grande Ifle, étoient repréfentées avec beau- 
coup d'avantage, fit prendre à Saris la réfolution d'entreprendre un fi long 
Voyage. [Ilvoyoit qu’il n’y avoit rien à faire, en prenant un autre parti.fé 
Les Hollandois étoient ele les feuls maîtres des Molucques & de Banda; 
l'Air de Bantam étoit fort mal-fain, & produifoit de très mauvais effets par- 
mi les Anglois, qui fe ménageoient peu. Saris donc réfolut que l’Hector 
retourneroit promtement en Angleterre, & qu'on acheteroit quatorze mille 
facs de poivre, pour faire fa charge & celle du Thomas; & dans la crain- 
te que la nouvelle de l’arrivée des Vaifleaux qu'onattendoit, ne fit haufler 
encore le prix de cette marchandife; on en acheta d’abord deux mille facs, 
a 127: Réaux de huit; mille facs, à 122 Réaux; & rrui: nille, a 150 pour 
les cent facs. 

LE 15 de Novembre, 8o Anglois fous les armes, pañlérent en revûe, de- 
vant la Cour ; & cela à la requête du Gouverneur, qui célébroit ce jour-là 
la fin du Carême des Mahométans. Il avoit demandé la même chofe aux Hol- 
landois , qui la lui avoient refufée. L 

LE 


re qu'on 
Phéno- 
tin, on 
rin, qui 
nt dou- 
mettent 
utes au 
r de fond 
ont mar- 
Maldives 


1 vûe de 
né de la 
font voi- 
le latitu- 
sumatra, 
s fur leurs 
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àtimens, 
e tous ces X° 
\ valeur, 
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n & la fa- 
yes beau- 
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mille facs, 
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revûe. de- 
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LE 


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fit fort bi 


trois Indi 
bé, partit 
toit point 
(b) Il a 
cens facs 
quatre An 
jour fuivai 
Pulo-Lack 
deux autre 
fur une Ba 
& lorfqu'i 
perçut d'u 
rent à pei 
ticr répara 
cet écueil 
LE 16, 
mé Tingo- 
trois & dd 
de Jackatr 
d'acheter 
le lendema 
des remer( 
foins, de 
la voile, @ 
qui font vi 
qu'il fut o 
katra. 
APRÈS 
à l'Eft-No 
49°6 degrés 1 


à 


PHILIPPINES +2: à 
Stan \ Ê | L! 0 
N D US 


La 


(bo) Las 


JV. Schley dre. 


KAART van de FILIPPYNSE, CHHRRES en RUN MSERARNE 


| 


katra. 
APrRèÈs s'être mis au large le lendemain, fur quatorze braffes, on reprit 
à l'Eft-Nord-Eit, & le 23 au matin ,on eut la vûe des Ifles de Cherribon , à 
montagnes 
| (b) La 5°, Seition de ce Chapitre commence ici dans l’Original R, d, E. 


50 
EN. 


snriréttis 


| °6 degrés 10 minutes de latitude du Sud. [ Le 24 au matin, on découvrit trois 
F2 


INDES ORIENTALES, Liv, IV. Crar, V. 359 


Le 17,Saris fit encore marché pour quatre mille facs de Poivre, à 16 
Réaux pour chaque dixaine de facs, mais avec un rabais de 3 pour 100, Le 
18, on vit arriver onze grands Vailleaux Hollandois, & le Thomas, qui re- 
venoit de Priaman d'où il ne rapportoit que 312 Bahars de poivre, & 20 
Taels d'or. Le 22, les Hollandois armés très proprement vinrent en bon or- 


Sarts, 
1612, 


dre devant le Palais, où ils firent crois décharges de leur moufqueterie, A- 


prés quoi le Gouverneur leur fit dire que le Roï les remercioit, & qu'ils pou- 
voient s'en retourner chez eux avec leurs chapeaux de fer; c'eft le nom que 
les Javans donnoient à leurs cafques. Le 28 , trois Vaiffeaux Hollandois firent 
voile pour l'Europe, & cinq pour Banda & les Molucques, Le 4 Decembre, 
il en arriva un de Coromentel Le 11, l'Heétor fe rendit à Morough, Place 
fort commode pour s’y rafraîchir; & y attendit le Thomas. Le 28, un des 
principaux Marchands Chinois régala à dîner les Officiers Anglois, & leur 
donna le plaifir d'une Comédie, jouée par des Aéteurs Chinois, & qui réuf- 
fit fort bien. Le 12 de Janvier, le Thomas, monté de trente fix Anglois & 
trois Indiens , fic voile pour l’Angleterre.] Saris s'étant parfaitement radou- 
bé, païtit le r4 dans le Clove, pour aller faire l'effai d'un commerce qui n'é- 
toit point encure connu des Anglois. 

(b) Il avoit pris, avec ce qui luireftoit de marchandifes d'Angleterre, fept 
cens facs de poivre à Bantam. Son Equipage n'étoit compofé que de vingt- 
quatre Anglois, un Efpagnol, un pese & cinq Indiens. Le matin du 
jour fuivant, il porta ft quart au Sud & Eft-Sud-Eit, en laiflant à droite 
Pulo-Lack, & dix ou onze petites [fles à gauche, Mais en s’avançant entre 
deux autres lfles, qui font à l'Eft de Pulo-Lack, il donna malheureufement 
fur une Bañle, où il demeura plus de trois heures dans un étrange embarras ; 
& lorfqu'il s'en fut dégagé avec le fecours d'un vent fort impétueux , il s'ap- 
perçut d’une voye d'eau fi terrible, que toutes les mains du Bâtiment fui 
rent à peine pour en arrêter les progrès. Cependant l'habileté du Charpen- 
ticr répara le défordre. Une trifte expérience apprit à Saris, que pour éviter 
cer écueil, il faut fuivre l'Ifle aulli pres qu'il cft poltible. 

Le 16, il mouilla contre le rivage, fur cinq brailes près d’un lieu nom- 
mé Tingo-Fava, où l’eau eft excellente, à quatorze lieuës de Bantam, & 
trois & demi à l'Oueft de Jackatra, Il envoya de-là quelques préfens au Roi 
de Jackatra & à fon Scha Bandar, en leur faifant demander la permilfion 
d'acheter ce qui lui étoit néceffaire, Cette politefle fur fi bien reçue, que 
le lendemain il vit arriver un des principaux Officiers de cette Cour, avec 
des remercimens & des préfens de la part du Prince. Il ufa, pour fes be- 
foins, de la liberté de defcendre qui lui fut accordée; & le 21, il remit à 
la voile, en portant Eft-Nord-Eft, près de la plus Orientale des deux Ifles 
qui font vis-à-vis Tingo-Java. Bientôt il trouva un Courant fi impétueux, 
qu'il fut obiigé de mouiller vers le foir, trois pecites lieuës à l'EIE de Jac- 


1613. 


Il entreprend 
le voyage du 
Japon, 


Civilités qu'il 
fait & qu'il re. 
çoit à jakatra, 


Iles de Cher. 
ribon, 


Sans, 


1613: 


Ifle Célbes 
& fon Deuoit, 


Ife de Tin- 
gabaffe, 


Deux Euro- 
pcens au fervi- 
ce du Roi de 
Button, 


no VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


montagnes pointues & l'on eut la pointe de Java au Sud-Eft quart au Sud, 
l'on avança 28 licuës à l'Eft, fur vingt brafles d'eau, ] Le 26, à la pointe du 
jour , on eut,la vûe de Pulo-Labuk, éloignée d'environ huit lieuts, On por- 
ta El quart au Sud fur trente-cinq brafles, & vers cinq heures après-midi, 

ce) on découvrit le Continent, qui fe préfentoie Sud-Eft & Sudi-Fift quart au 
Sud, 
& à l'Eft quart au Nord, ] Le 27, à 6 degrés 4 minutes du Sud, on ap 


pes une Ile au Nord-Nord-Eit, [ & on fic 28 lieuës à l'EFE tirant au x 


ord, 

Le A , la latitude fe trouva de 5 degrés 57 minutes, & l'on fe crut par 
les calculs, à deux cens vingt-quatre lieuës de Bantam. Vers crois heures 
après-midi , on vit à cinq ou fix lieuës une Ifle baffe & plate, qui parut cou- 
verte d'arbres, 
on tourna au Nord quart à l'ESE moitié Nord, & l'on eut la vüe de deux 
autres Ifles balles , dont l'une évoit à l'E & l'autre à l'Oueft ; versfix heu. 
res du foir l'on eut au Nord moitié à l'EL l'Ifle couverte d'arbres, Ces trois 
derniers jours, on eut toûjours la fonde à la main: mais on trouva par-tout 
afez de profondeur, ] Le 31 au matin, on reconnut l'Ifle Célèbes , dont la 


pointe Occidentale s'éleve comme une Ifle féparce. [A midi, on fut à 5 degrés tp 


50 minutes Su‘. Après qu'on eut avancé 16 lieuës à l'A cirant au Nord, 
l'on trouva un Courant qui portoit au Nord-Oueft. ] Le fo, on ferra les voi- 
les pour s'approcher des Détroits de Defolam , que les Fabitans du Pays 
nomment Solar; pendant toute la nuit on eut la fonde à la main , dans la 
crainte d'une Bafñle qui n'eft qu'à deux tiers de lieuë de Célèbes, & fur la- 

uelle on voit battre l'eau dans la baffe marée. ‘Tout le côté de Célèbes eft 
fort dangereux, par la mulitude de Balles ou de terres abimces qu'on yren- 
contre; mais quoique le plus für foit de fe jecter du côté de Defolam , on 

eut fans crainte fuivre le Nord entre les deux Ifles, elles font éloignées 
Fune de l'autre de cinq petites lieuës, qui fcnt la largeur du Détroit. 

Le 2 de Février, à 5 degrés 52 minutes, lorfqu'on ne voyoit plus que la 
partie Méridionale de Defolam éloignée d'environ dix lieuës, on porta li- 
brement à l'EI quart au Nord, Le 3, au matin, on vit la pointe Sud de 
l'Ifle Cambine, à neuf lieuës; & le lendemain après-midi, une Terre qu'on 
prit pour l'Ifle Button ou Botun. Le 5, étant à trois ou quatre lieuës de 


Cambine, on trouva que le Courant portoit au Nord, [ mais à la faveur de 
l'Ifle même, on s'en dégagea facilement.] [Le 7 à la pointe du jour, l'on euty# 


au Nord quart à l'Eft, la pointe Nord de certe Ile; & au Sud-Eft , une petite 
terre haute, qui eft à 6 ou 7 lieuës de Button. ] Le 8 au matin, on apper- 
çut une autre Îfle, nommée ZingabafJe. Le 9, on rencontra deux Batimens 
Indiens, qui portent le nom de ÆAurrekures où Caricoles, L'Efquif, qui leur 
fut envoyé, amena aufli-tôt deux hommes, qui fe firent connoître, l’un pour 
un Anglois, nommé #elden, de l'Equipage du Vaiffeau Anglois l’Expédition, 
& l'autre pour un Flamand. Welden s'étant arrêté dans l'Ifle de MT 
aifoit 


(c) L'Original dit qu'on découvritle Con- tre heures de l'après-midi , on fut à 9 lieuës 
tinent vers neuf heures ; c'eft-à-dire vrai-fem- de Pulo Labuk , qui portoit Oueft quart au 
blablement vers neuf heures du matin, car . Nord, KR. d. E. 
immédiatement après il ajoûte , que, vers qua- 


La latitude fut de 6 degrés 12 minutes, & l'on fit 22 lieuës à l'E , jf 


On continua de porter Eft quart au Sud; [ à quatre heures ,1# 


& [Le 


faifoit 
les de 
de for 
fur le 
heure 
étoit 
Hollar 
Europ 
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Le 1: 
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Sud, on 
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de la 55° 
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Le len 
découvrit 
ment fi |’ 
s'ouvre à 
te de l'O 
vironnée | 
L'Ile de | 
les guerre 
noient, di 
ge. Le 24 
pour cher: 
voit, lui fi 


(d) Angl 
ef fituce S 


IT, Part 


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ine petite 
D apper- 
Batimens 
qui leur 
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pédition , 
Button , 
faifoit 


tà9 lieuës 
à quart all 


les deux Caricoles, 


K? Détroits n'ont pas plus d'une lieuë de largeur, 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cuar, V. 46! 


fuifoit le commerce du Roi aux Ifles de Banda, & commandoit aétuellement 
[11 fe loul beaucoup de fa fituation & de fs efpérancus 
de fortune. Son deflein, après s'écre enrichi, étoit de retourne: en Europe 
fur le premier Vaifleau Anglois qui relächeroit à Button, Le Flamand, moins 
heureux que lui, ne fe foütenoic à cette Cour que pur fa proteétion, Il y 
droit venu de Makaflar, où s'étant attiré la haine d'un puiffant l'aéteur 
Hollandois, il avoit mieux aimé fe retirer dans une Ifle peu fréquentée des 
Européens, que de demeurer expofé aux perfécutions de En Ennemi, ] 

ON étroit à 5 degrés 20 minutes du Sud. Saris raconte que voyant en- 
core la pointe Orientale de Button , il remarqua que cette verre s'affaiffe cout- 
d'un-coup & s'ouvre au Nord-Ouelt par deux ou trois grandes Bayes, qui 
avec trois Ifles qu'elles ont au Nord, forment les Détroits de Button, Ces 
: Leur entrée eft au côté Nord 
de Button en venant du côté Oueft, quand on ft vis-à-vis de la pointe Nord- 
Oueft de cette Ifle, il faut tirer à l'Eft-Nord-Eft & à l'Eft quart au Nord; & 
lorfqu'on eft parvenu à l'extrémité Oueft on trouve deux longues Ifles qu'il 
faut laifler à droite. Le 11, on fut à 4 degrés 8 minutes Sud ; & l'on fit 24 licuës 
au Nord-Nord-Eft, ] 

Le 13 au matin, à 3 degrés 41 minutes, on vit l'Ifle de Burro, qui eft 


une haute terre, [ mais peu habitée, parce que le fond en eft extrémement 


fabloneux & que l'eau y eft fort rare, ] Elle a au Sud-Oueft une autre Ifle 
nommée Sula (d), qui en eft à 14 lieuës. 


K& [Le 17, la partie feptentrionale de Button portant à l'Eft quart au Sud, 


on découvrit du haut du grand mât trois Ifles au Nord-Eft quart au Nord. 
Le 18 au matin, on fut à trois lieuës de la plus Orientale de ces Ifles, qui fe 
irouva être celle de Sula. Le 20, à la latitude d'un degré 30 minutes du 
Sud, on fic fept lieuës au Nord-Eft. ] Le 21 au matin, on étoit à quatre ou 
cinq lieuës de Boa de Bachian, que les Mariniers nomment Haleboling, Ife 
fort haute, & ronde dans fa forme, La latitude eft d'un degré 16 minutes 
du Nord. Sept lieuës plus loin au Nord quart à l'Eft, on apperçut le 22, 
de la 55°. minute de latitude , l'Ifle de Bachian, La variation, au foir, 
étoic de 4 degrés 12 minutes. 

Le lendemain, étant à trois lieuës de la pointe Oueft de Bachian , Saris 
découvrit trois ou quatre autres Ifles à l'Eft, qu'on ne peut diftinguer aifé- 
ment fi l’on n'en n'eft fort près. Elles font face à l'Eft-Sud-Eft ; mais laterre 
s'ouvre à la pointe du Sud, qui eft éloignée d'environ quatre lieuës de la poin- 
te de l'Oueft. Enfüite il fe préfente au Nord-Eft une grande Baye, qui et en- 
vironnée de tous côtés par la terre, & quia par-tout beaucoup de profondeur. 
L'fle de Bachian eft abondante en girofle. Mais Saris la trouva ruinée par 
les guerres civiles, que les artifices des Flamands & des Efpagnols y entrete- 
noient, dans la vûe d'affoiblir une Nation qu'ils vouloient réduire à l'efclava- 
ge. Le 24, à deux mille de la pointe, Saris envoya fa Chaloupe au rivage, 
pour chercher de l’eau. On n’en trouva point, & le befoin preffant qu'il en a- 
voit, lui fit prendre le parti d'entrer dans la Baye, où il découvrit tout-d’un- 
coup 


(d) Angl. La partie Occidentale de Burro 
eft fituée Sud moitié à l'Oucit, & Nord moi- 


IT. Part. Zz 


tié à l'Eft, à 14 lieuës de Sula, R. d, E. 


Sani 
1013; 


Détroits de 


Button, 


Ifle de Burro 


& de Sulu. 


Situation de 
l'Ifle de Ba- 
chian, 


Sante 
1614. 


Vort & Ville 


des Hollan 
doi $, 


Sorls eft blen 


recu d'eux, 


Etat de leurs 


forces, Fem- 
mes guerrig- 
[TR 


Saris fatc fon- 


der la Baye. 


Propofition 
qu'on lui fait 
pour l'Ifle de 


Machian, 


gs VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


coup la Ville (: & le Fort des Hollandois, Le Port eft bâti régulièrement, 
Il commande la Ville, qui paroît fort petite, Les Anglois jettèrent l'ancre à 
la portée du canon de la terre, La Rade fe nomme #majan, 

L étoit venu à bord, en entrant dans la Baye, un Ollicier du Roi, qui 
offrit aux Anglois, de la part de fon Maîcre , coutes les proluétions du Pays. 
Les Hollandois de leur côté, faluérent le Vaifleau de cinq coups de canon , 
qu'on leur rendit dans le même nombre ; x Saris dit à l'Officier Indien que 
cette décharge fe faifoie à l'honneur du Roi, L'Amiral & plulieurs autres No- 
bles de l'Ifle vinrent aufli vificer les Anglois au nom de ce Prince, Ils avoué. 
rent que la crainte des Hollandois les tenoit dans un affujeciflemenc fi con- 
tinuel, qu'à peine ofoient - ils faire fortir de l'Ifle un kau de girofle. Saris 
leur ayant néanmoins déclaré qu'il venoit dans l'elpérance de lier commerce 
avec eux & de laiffer même un Comptoir dans leur Ifle, ils répondirent qu'ils 
ne defiroient rien avec tant d'ardeur, mais qu'ils doutoient s'ils auroient le 
pouvoir de le fatisfaire, & qu'ils en parleroignt au Roi leur Maître, 

Le Commandant du Force Hollanjois ne s'emprefla pus moins de rendre 
vifite à Saris fur fon bord, Il lui parla, fans défiance, de l'écat préfenc de fes 
forces , qui n'étoient pas capables d'infpirer aux Habitans touce la terreur dont 
ils étoient remplis; mais les Flottes Hollandonrles, qui étoient venues fuccef. 
fivement dans l'Ifle, y avoient laifé cette impreifion. Il n'y avoit dans le l'ort 
que treize piéces d'artillerie fort médiocres, & crente Soldats, dont la plû- 

art étoient mariés à des femmes du Pays, & quelques-uns à des Hollan- 
oifes. À la vérité ces femmes de Hollande, qui étoient au nombre d'on- 
ze, faifoient le fervice militaire comme leurs maris, & n'auroient pas ba- 
lancé dans l'occafon à combattre les armes à la main. Elles étoient d'une 
taille & d'une force extraordinaires, mais d'une phylionomie d'ailleurs auf: 
fi bafle que leurs manières, Elles ne tardèrent point à fuivre leur Comman- 
dant fur le Vaifleau ; & fe plaignant beaucoup de leur mifère, elles com- 
mencèrent bientôt à vivre dans la dernière familiarité avec tous les Matelots 
de l'Equipage. 

Le 3 de Mars, Saris envoya ‘Efquif pour fonder tout le côté Oriental de 
la Baye; & vers l'entrée, près d'une petite Ifle , on crouva un lieu com- 
mode pour y jetter l'ancre fur douze, feize & vingt brafles d'un fond de co- 
rail, hors de la portée du canon Hoilandois. On obferva aufli une Bañke, 
au Sud, de deux ou trois cables de longueur. La latitude de la Baye eft 
de cinquante minutes du Sud. Le lendemain, Saris reçut un préfent du Roi 
[de T'ernate,] par les mains d'un Prètre Indien. 
après le départ du Prêtre, avec des effais de cloux de giroñe , offrit aux 
Anglois de leur en vendre une quantité confidérable, s'ils vouloient fe ren- 
dre à Machian. Il étoit chargé de cette commiilion par un Négociant fort 
riche de cette Ifle, qui fe trouvoit alors dans celle de Bachian. Saris ouvrit 
l'oreille en apprenant que celui de la part duquel il recevoic ces offres , étoit 
Frère du Roi de Ternate. Il fe nommoit Ray Malladaja, 

CET honnête & noble Indien vint lui-même à bord le lendemain, & pro- 
mit à Saris, non-feulement de lui donner deux de fes gens pour lui Ari 

de 


Ce) PurchalT l'appelle toñjours Bachan, 


Xÿ° main [à 


fe trouv. 


Un More, qui vint à bordyÿ 


de P 
mais | 
vant 
ta de 
pour 
rebutx 
déclar 


uK 


vrit À 
trouve 
rens D 
de la 1 
mouill 
troit, 
reufem 
de Gey 
à l'Eft. 
HP valli. Be 
à quel 
deloirs 
ne autr: 
gare 
apparer 
pour fa 
ON : 
teur, ] 
dement 


à Conciin 


chie, à 
mais le f 
& au N 
tie du C, 
tuation 

Le 7 
& Käja, 
de 17 mi 
Machian 
Ligne Eq 

Le 16 
un Vaif 
landois 
dont les 


(f) La 
commence 


ment, 
1cre à 


3» qui 
Pays. 
anon , 
mn que 
es No- 
avout- 
fi con- 

Saris 
nmerce 
t qu'ils 
jent le 


rendre 
u de fes 
‘ur dont 
s fuccef- 
} le l'ort 
la plû- 
Hollan- 
re d'on- 
pas ba- 
ne d'une 
eurs auf 
omman* 
les com- 
Matelots 


jental de 
eu com- 
nd de co- 
e Bafk, 
Bave eft 
t * Roi 


ffrit aux 
t fe ren- 
jante fort 
is ouvrit 
es, étoit 


; & pro- 
ui fervir 
de 


Kfrapparence d'eau fraîche. 


nt à bordy$ 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar, V, 363 


de Pilotes jufqu'h [un endroie, nommé Tahanni, dans l'Ifle de] Machian, 


mais de l'accompagner dans ce éd Cependant il le pria de partir a- 
vant lui, pour l'attendre dans une ile qui fe crouvoit fur la route, ds 
ta de bonne-foi que les Hollandois ne payoient que cinquante piéces de huit 
pour le bahar, mais que les Anglois en payeroient foixante,  Saris ne fut pas 
rebuté du prix , & crouvunt au contraire un motif de confiance dans cette 
déclaration, il promit de payer ce qu'en lui demandoit. 

a IL fortit le 7 de la Rade d'Amafau, en portant Oueft & Oueft quart 
au Nord, fous la direétion de fes deux nouveaux Pilotes, Le 10 ,on décou- 
vrie Machian, qui eft une Ifle fort élevée au Nord-Eit de Tidor, On en 
trouve plufieurs entre celles de Bachian & de Machian, ce qui forme diffé- 
rens Détroits, Celui de Namurat, qui fe préfente le premier , eft à neuf licuës 
de la Rade d'Amafan., UnCourant, qui alloit au Sud, força les Anglois de 
mouiller le foir cinq lieuës au-delà de Namurat , à l'entrée d'un autre Dé- 
troic. Le jour fuivant, quoique le vent fût au Sud-Sud-Eit , on pañla heu- 
reufement fur 29 & 30 brafles. Enfuite, portant à l'Oueit, on eut la vûe 
de Geylolo, qui eft une longue terre, couverte de plufieurs Ifles à l'Eft & 
à l'Eft-Sud-Eft. L'Ifle qui forme le Détroit, de ce côté-là, fe nomme Ta- 


à quelque diftance de la pointe qu'elle forme, on voit un Rocqu'on prendroit 
de loin pour une voile.] On jetta l'ancre trois lieuës au-delà, fort près d'u- 
ne autre Ifle nommée fimplement Tavalli, où Ray Malladaja s'étoit enga- 
gé à rejoindre les Anglois. On y trouva du bois en abondance, mais nulle 
[On s'y pourvut de Rottins, qui font très bons 
pour faire des Cercles de tonneau, & qu'on peut avoir-là fort pa 
ON attendit es jufqu'au 14 , avec affez d'étonnement de fa Jen- 
teur, Mais par le confeil de fes pro res Pilotes, qui attribuërent fon retar- 
dement à quelques foupçons des Hollandois , Suris fe décermina le lende- 


ÿ$® main [à quitter Lattetatte, qui eft l'endroit ou l’on avoit jetté l'ancre, & 


à continuer fa courfe vers Machian, dont on étoit encore à dix lieuës. 


Kfe trouve dans cet efpace un grand nombre d'Ifles, [telles que l'Ifle de Gro- 


chic, à 4 lieuës de l'extrémité Nord de Tadalli; & celles de a ma À 
mais le fond ef fort libre entre Bachian & Geylolo , c'eft-à-dire au Sud-E 
& au Nord-Oueft, On compte fix lieuës de largeur dans la plus étroite par- 
tie du Canal, qui eft entre Bachian, Machian , Tidor & ‘T'ernate, Sa fi- 
tuation eft Nord quart à l'Oueft & Sud quart à l'Eft. 

Le 15 au matin, on pañla entre Batta-China (g) fur la Côte de Geylolo 
& Käja, un peu @roublés par le Courant qui alloit au Sud. Sa latitude étoit 
de 17 minutes, & la variation de 4 degrés 58 minutes Nord-Eft. L'Ifle de 
Machian n'eft pas bien placée dans les Cartes ; elle y eft coupée par la 
Ligne Equinoxiale, quoique dans la vérité, elle foit cinq lieuës plus au Nord. 

Le 16 au matin, affez près de l'Ifle de Kaja, on vit du ni r du Nord, 
un Vaifleau qui avançoit à pleines voiles, & qu'on reconnut pour un Hol- 
landois qui alloit de Machian à Tidor, chargé de fago, qui eft une racine 


Santa, 
1613: 


Sarls part de 
a laye d'A 
malan, 


Détrolts. 


Diverfes Iles 


Hvalli-Bachian; [à l'Oueft on en découvre une autre , appellée Tamata , & 4% leur fitua- 


tlon, 


Batta-China, 
Geylolo,Kaja. 


Racine de 


dont les Infulaires font leur pain. On pañla le 17, près d’un Fort Hollan- Sago 


dois, 
© (g) C'eft-là proprement le nom de la 
, Partie Orientale de Gilolo. 
La 2 


(f) La fixième Scâion de ce Chapitre, 
commence ici dans l’Original, KR, d, E 


Gants. 


1013. 


Commence- 
ment de com- 
merce, 


Oppoñitions 
des Hollan- 
dois & leurs 
menaces, 


Arrivée du 
jeune Prince 
de Ternate, 


364 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


dois, nommé Tabolola, & l'on mouilla l'après-midi dans la Rade de da 
proche de T'abanne (h), fur cinquante brafles, à la portée de la voix du 
rivage, Cette Rade de Machian n'eft qu'à cinq lieuës de l'Ifle de Kaja , 
En on conçoit que c'étoit toûjours l'efpérance de voir arriver Kay Malla- 

aja qui avoit rendu la navigation fi qi Quelques Infülaires spportérent 
la nuit fuivante une petite quantité de giroïle à bord, & le prix fut fixé à 
foixante piéces ou réaux de huit pour chaque bahar de deux cens katis, cha. 
que kati étant de trois livres, qui ne revenoient guères à moins de cinq li- 
vres Angloifes. Saris reçuc le lendemain une Lettre de Malladaja, que cet 
Indien lui écrivoit de Bachian, pour excufer un retardement qu'il n'avoit pas 
été libre d'éviter, & dont il efpéroit de voir bientôt la fin; mais il ajoûtoit 
qu'ayant envoyé des ordres à fes gens, Saris pouvoit commencer le commer. 
ce avec eux. 

IL vint à bord un Saniaka, qui fit de grandes promeffes aux Anglois, 
Mais il étoit accompagné de deux Hollandois , dont la curiofité parut fort 
vive pour fçavoir qui avoit découvert cette Rade à Saris. Ils prétendirent 
que ce ne pouvoit être qu’un Habitant du Pays, & que s'ils parvenoient à 
le connoître , ils le couperoient en piéces aux yeux des Anglois. Ils ajoûté- 
rent que Saris offenfoit la Hollande, en s'attribuant le droit de venir dans 
un lieu que les Hollandois avoient conquis à la pointe de l'épée. Mais il les 
renvoya dans leur l'ort, pour dire à leurs Commandans que s ils avoient be. 
foin de quelque chofe , que les Anglois puffent fe retrancher, il les en accom- 
moderoit volontiers à des prix raifonnables , & préférablement aux Indiens, 
parce qu'il les reconnoifloit pour fes voifins & pour fes Frères dans la mé. 
me Religion ; que d'ailleurs il ne voyoit Le quel droit ils avoient plus que 
les Anglois fur un Pays qui étoit ouvert à tous les Négocians du Monde, 
Ils partirent fort mécontens; & leur chagrin fe tournant vers quelques Indiens 
qui étoient à bord, ils ne les menacérent de rien moins que la mort s'ils por- 
toient la moindre quantité de girofle aux Anglois. Mais cette menace les 
effraya fi peu, qu'ils en apportérent le même jour trois cens katis, qu'ils 
échangèrent pour des étoffes de Cambaye, & quelque partie pour de l'ar- 
gent comptant. 

Le 19, les deux Hollandois revinrent à bord, & commencèrent à pren- 
dre fur leurs tablettes les noms des Infülaires qu’ils y trouvèrent occupés du 
commerce, Saris choqué de cette audace, les congédia fans ménagement, 
avec défenfe de retourner fur le Vaifleau. Il envoya dès le même jour auri- 
vage quelques-uns de fes gens, pour éprouver quel accueil ils yrecevroient 
du Peuple. Ils allèrent hardiment jufqu’aux Villes de Tabanne &de Pelabry, 
où ils furent traités avec beaucoup d’affeétion. Les Habitans leur dirent que 
Ray Chilli Sadang, Fils du Roi de Ternate, arrivé nouvellement dans l'Ile, 
s'étoit laiffé gagner par les artifices des Hollandois, jufqu'à déferdre fous pei- 
ne de mort le commerce du girofle avec les Anglois; fans quoi tous les In- 
fulaires fe feroient empreflés à leur en offrir. Vers le foir, ce jeune Prince 
pañlanc près du Vaifleau dans fa Cariccle, Saris envoya fa Chaloupe, ornée 


fort galamment d'un tapis de Turquie & de rideaux. de foye brochés d’or, 
pour 


(D) Aigl. Tahanne; & c'eft-là le véritable nom de ce liéu. R, d. E; 


pour 
fant p 
LE 
Caricc 
qui ap 
mena 
Comm 
tenir | 
avoien 
chian , 
le jour 
landois 
entière 
& qui 
n'en pa 
. Fort av 
re pren 
quel fer 
chian ; 
ne l'em 
ce de T 
avoit pr 
gna rier 
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les il fit 
lua de ci 
fait orne 
roit pas 
cert de 
pour les 
pe. Le} 
corder a 
jour ou 4 
ris lui fit 
l'artilleri 
LE 25 
feau,. ria 
Anglois. 
ques feau 
Pinafe, 
uns de fes 
Jandois à 
Pinafle fo 
dant, Ils : 
comme le 
moins en 
ils leur cd 
lient en 


’clabry, 
oix du 
 Kaja, 
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rtèrent 
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is, Cha- 
cinq li- 
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voit pas 
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Anglois. 
rut fort 
endirent 
noient à 
sajoûte- 
nir dans 
Maisilles 
oient be- 


1 accom- 
Indiens, 
ns la mê- 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V. 363 


pour le prier de venir à bord. Il parut fenfible à cette politeffe; mais s’excu- 
fant pour ce jour-là, il remit fa vifite au lendemain. 

Le 2r,un Oran-Kay ou Kaya étant venu à bord, raconta aux Anglois qu'une 
Caricole du Fort avoit vifité fort rigoureufement trois ou quatre Canots Indiens 
qui apportoient du girofle au Vaifleau ; qu'elle avoit enlevé leur cargaifon, en 
menaçant de mort ceux qui entreprendroient le même commerce ; que le 
Commandant du Fort avoit difperfé toute fa Garnifon dans l'Ifle, pour con- 
tenir les Habitans par la frayeur, & qu'ils avoient envoyé à Tidor, où ils 
avoient deux grands Vaifleaux de leur Nation, pour les faire venir à Ma- 
chian, dans la réfolution de chaffer les Anglois de la Rade, En effet, dès 
le jour fuivant, on vit paroître à la pointe de la Rade un des Vaiffeaux Hol- 
landois, & cette vûe infpira tant d'effroi aux Habitans, que le commerce fut 
entièrement interrompu. Le Navire de Hollande qui fe nommoit le Lion rouge, 
& qui portoit trente piéces de canon, vint mouiller contre celui de Saris, qui 
n’en parut pas fort effrayé; cependant les [nfüulaires, à quiles Iollandois du 


. Fort avoient promis fièrement que l’arrivée de leur Vaifleau füffiroit pour fai- 


re prendre aux Anglois le pass de la retraite , attendoient avec impatience 
quel feroit le fuccès de ce différend. Kay Malladaja étoit enfin revenu de Ba: 
chian ; mais l'éconnement qu'il eut de trouver tant d'agitation dans fon Ifle, 
ne l'empêcha point d'envoyer un préfent au Capitaine Anglois. Le jeune Prin- 
ce de T'ernate n'en eut pas auffi moins d’empreffement à rendre la vifite qu'il 
avoit promife aux Anglois. Il fit avertir Saris de fes intentions, & l’on n'épar- 
gna rien pour lui faire une réception fort galante. 

IL parut le jour fuivant, accompagné de plufieurs Caricoles, avec lefquel- 
les il fit trois fois le tour du Vaiffeau avant que de monter à bord, On le fa- 


Un Vaifleau 
Hollandois 
vient s'0ppo- 
fer au coin- 
mcrce, 


LePrince de 
crnate vifité 


plus que 


les Anglois à 


Monde, 
s Indiens 
s'ils por- 
Pnace les 
s, qu'ils 
de l'ar- 


t à pren- 
upés du 
Lgement, 
our au ri- 
evroient 
Pelabry, 
irent que 
ans l’Ifle, 
fous pei- 
les In- 

e Prince 
, ornée 
és d'or, 
pour 


lua de cinq coups de canon. Saris le conduifit dans fa chambre , qu'il avoit 
fait orner de ce qu'il avoit de plus précieux. Le feflin qu’il lui donna n’au- 
roit pas été indigne du Roi même de Ternate. Il fut accompagné d’un con- 
cert de mufique; fur quoi l’Auteur obferve que c’eft une précaution fort utile 
pour les Vaifleaux Marchands, d’avoir à bord quelques inftrumens de l'Euro- 
pe. Le Prince charmé de cette fête & des civilités du Capitaine , promit d’ac- 
corder aux Habitans la liberté d'apporter du girofle , & ne demanda qu’un 
jour ou deux pour recevoir l'avis de fon Frère, qui étoit alors à Tidor. Sa. 
ris lui fit pluficurs préfens, & fon départ fut célébré par une. décharge de 
l'artillerie. 

LE 25 au matin, une Caricole de Flamands vint à la rame autour du Vaif- 


ord, 


Railleries des 


feau,. riant & chantant une chanfon qu'ils avoient compofée pour railler les Hollandois. 


Anglois. Ils s’efforcérent en même tems de précipiter au fond de l’eau quel- 
ques feaux qui étoient fufpendus. Saris ne balança point à faire équiper fa 
Pinaffe, dont il avoit déja raffemblé toutes les piéces, & mettant quelques- 
uns de fes plus braves gens à bord, il leur donna ordre de couler les Hoi- 
landois à fond s’ils recommençoient leurs infultes. Ils revinrent en effet: la 
Pinafle fondit fur eux fi impétueufement , qu'elle les couvrit d’eau en l’abor- 
dant. Ils avoient à leur tête deux Capitaines de leur Fort, qui étoient armés, 
comme le refte,. de moufquets &. de dards. Mais les Anglois n’étoient pas 
moins en état de fe défendre; & les ayant tenus quelque-tems en refpeét , 
ils leur confeillèrent de prendre cette avanture pour leçon, s'ils ne vou- 
loient en recevoir une plus rigoureufe. Vers le foir du même jour, un de 

ZLz 3 leurs 


366 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sanis. . leurs Marchands vint à bord, avec un Ecrit revêtu de formalités légales, 
pour fignifier à Saris: ,, Que tous les Habitans des Moluques avoient fait 


1613. 
Protc{tation 
qu'ils font aux 
Anglois. 


le parti d'a- 
bandonner 


life de Ma- 


chian. 


LL 
LL 


», 
n 


avec ceux un Contrat pe 


leur fang & de leurs tréfors. 
entreprendre de corrompre la fidélité d’une Nation, 

conquife à la pointe de l'épée, & pour laquelle fes d 
exceflives, qu'elle n’avoit pas trouvé d'autre moyen de fe faire payer des 
Habitans qu’en girofle & en marchandifes du Pays. 
entroit point dans les affaires & les intérêts d'autrui; qu'étant venu pour 


étuel pour le girofle, à cinquante piéces de huit 
nce pour les fervices que les Hollandois leur a. 
voient rendus , en les délivrant de l'efclavage des Efpagnols au prix de 
Les Anglois par conféquent ne devoient pas 
ue la Hollande avoit 

enfes avoient été fi 


Saris répondit qu'il 


le commerce, il ne penfoit qu'à l'éxercer, avec ceux qui avoieri des mar. 
chandifes à lui offrir, fans éxaminer quel rapport ils avoient avec les Hol. 


landois ou les Efpagnols. | 
CEPENDANT les Officiers du Fort engagèrent le jeune Prince de Terna- 


te à fe tenir fur la Côte dans fa Caricole, pour empêcher les Habitans de 


porter des épices aux Anglois. 
cette vûe, reçurent du Prince l'ordre de retourner au rivage. 


elques Canots, qui étoient partis dans 


Mais il fe 


laffa bientôt de cette complaifance; & s’éloignant vers une pointe qui le fit 


difparoître , il laiffa le champ libre aux Infülaires & aux Anglois. 
voya la Pinafle à fa fuite, pour lui 
Block, qui conduifoit la Pinafle, n'ayant 
au rivage, où plufieurs Habitans s’empre 


Saris en- 


à lui-même quelques échanges. 
À rejoindre le Prince, defcendit 
érent de le venir recevoir, & lui 


apportérent diverfes fortes de rafraîchiflemens. Deux jours après, on revit 
le Prince dans fon premier pofte; mais c’étoit pour fe trouver à l’arrivée d’un 
Navire Hollandois , nommé {4 Lune, qui venoit de Tidor, & qui jetta l’an- 


cre près du Lion rouge. 


n'eût pas plus de cinquante hommes d’Equipage. 


Il étoit de trente-deux piéces de canon, quoiqu'il 
Alors le Prince envoya 


faire des excufes à Saris, de ce qu’il ne pouvoit retourner fur le Vaifleau 
Anglois, comme il l’avoit promis. Il y eut le jour fuivant quelques démé- 


lés fort vifs entre les Hollandois & les Anglois. 


Mais , le premier d'Avril, 


environ cent cinquante hommes, raflemblés de tous les Forts, parurent fur 
Saris prend le rivage, Enfeignes déployées & tambour battant. Dans quelque vûe qu'ils 


euflent pris les armes, Saris conçut qu’il falloit renoncer 


l'efpérance du 


commerce, fur-tout lorfqu’après de fi longs délais il fe perfuada que Malla- 


daja ne fe fouvenoit plus de fes promeffes. 
l'ancre au premier vent. 


L'ordre fut donné pour lever 
La latitude de la Rade de Pelabry ou Pelebere, ef 
de 26 minutes du Nord, & la variation de 3 degrés 28 minutes. 

ON mit à la voile le $, & l'on fortit de la Rade en fe laiflant conduire 


au Courant, qui alloit versle Sud. Les deux Vaiffeaux Hollandois fuivirent 


d 


uelque tems; maïs le vent les jetta fi loin au Sud-Eft, que plufieurs Canots 
e l'Ifle fe hâtèrent de joindre les Anglois & leur apportèrent encore une 


Nrecoiten. fort bonne quantité de girofle. Il leur vint même un Oran-Kaya, qui leur en 
offrit beaucoup davantage , s’ils vouloient fe rapprocher de la terre pendant 


core du piro- 
F Ja nuit. En effet Saris ayant mouillé le foir à la diftance d’un demi-mille, 


fle des Infula 
rcs, 


envoya fa Chaloupe pour recevoir l’éxécution de cette promeffe. Mais une 
Caricole Hollandoife, qui parut au long de la Côte, jetta tant d’épouvan- 
te parmi les Indiens, qu'ils fe retirérent avec leurs marchandifes. Enfin les 


. Anglois 


Angloi 
de Mc 
te Ocx 
Marro 
(les eft 
qui s'ol 
de Tid 
gard d 
fe, qui 
Kpleine « 
viter , i 
fondeur 
LEF 
Tandis 
qua fi fi 
pouflés | 
volées d 
en mer, 
Barque : 
de la mi 
envoyés 
de quelle 
du Fort 
des ordre 
videment 
violente. 
tagne, 
fon Maît 
permiffio 
que le P 
ui PEfpa 
re " 
te raifon 
vant dou 
ble aux EF 
cifco Go 
Général t 
le lieu q 
noire , il 
une lieuë 
eux, il le 
Lettres q 
SARIS 
dement di 
s'avancer 
avec deux 
du reproc 
qu'à leur 


légales, 
ent fait 
s dehuit 
leur a- 
prix de 
icnt pas 
de avoit 
nt été fi 
ayer des 
dit qu'il 
nu pour 
des mar- 
les Hol- 


e Terna- 
itans de 
rtis dans 
fais il fe 
qui le fit 
Saris en- 
échanges. 
defcendit 
ir, & lui 
,on revit 
rivée d’un 
jetta l'an- 
quoiqu'il 
e envoya 
+ Vaifleau 
es démé- 
r d'Avril, 
urent fur 
vûe qu'ils 
rance du 
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conduire 
s fuivirent 
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ncore une 
qui leur en 
e pendant 
emi-mille, 
Mais une 
d’épouvan- 
Enfin les 
. Anglois 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. V. 


Angjlois prirent le parti de s'éloigner. Le 7 au matin, ils étoient à la hauteur 
de Motir, qui eft éloignée de quatre licuës , Nord quart à l’Eft, de la poin- 
te Occidentale de Machian. Du côte du Nord ils virent à 3 lieuës , l’Ifle de 
Marro, & celle de Tidor qui en eft à deux lieuës, Le paflage entre ces If 


567 


les eft fans danger. [Là on vit les deux Vaiffeaux Hollandois du côté du Sud; 


ui s'obftinoient encore à fuivre les Anglois.] Le 8, on ouvrit la pointe Eft 
de Tidor & la pointe Oueft de Bachian, qui font Nord & Sud l’une à l'é- 
ard dé l'autre. Entre Marro & Batta-China, il fe trouve une longue Baf- 
e, qui s'étend au Nord-Elt & au Sud-Oueft. La furface eft blanchâtre en 


Kpleine eau ; mais après la marée, le fable demeure à découvert ; [pour l’é- 


viter , il faut s'approcher du rivage, au long duquel on trouve affez de pro- 
fondeur.] 

Le Fort re de Marro eft fur la Côte Orientale de l'Ifle du même nom. 
Tandis que les Anglois l’obfervoient à quelque diftance, le vent leur man- 
qua fi fubitement, que ne pouvant réfifter à la force du Courant, ils furent 
pouffés tout-d’un-coup jufqu'au rivage. Onleur tira auffi-tôt du Fort , quelques 
volées de canon ,. auxquelles ils répondirent. Mais Saris fit mettre l’Efquif 
en mer, avec le Pavillon de paix. Il vit fortir immédiatement du Port une 
Barque avec deux Efpagnols , qui furent reconnus de Hernando, Marchand 
de la même Nation, que les Anglois avoient amené de Bantam. Ils étoient 
envoyés par le Capitaine Général Dom Fernando Byfcere, pour s'informer 
de quelle Nation étoit le Vaifleau, & pourquoi il venoit jecter l'ancre fi près 
du Fort Royal. Saris les prefla de monter à boïd; mais ils s’excufèrent fur 
des ordres contraires. On leur offrit du vin & du pain, qu’ils mangèrent a- 
videment, fans vouloir fortir de leur Barque , quoiqu'il fit une pluye fort 
violente. Saris répondit à leurs queftions qu’il étoit Sujet de la Grande-Bre- 
tagne, comme ils pouvoient le reconnoître à fon Pavillon, & que le Roi 
fon Maître étant ami de l’Efpagne, il demandoit au Capitaine Général la 
permiflion de faire de l’eau fur la Côte. Les deux Efpagnols répliquèrent 
que le Pavillon étoit une marque équivoque, parce que les Flamands, avec 
qui l'Efpagne étoit en guerre, prenoient fouvent celui d’Argicterre ou d'E- 
cofle, pour fe procurer les avantages qu’on leur refufoit ; que c’étoit par cet- 
te raifon que l'artillerie du Fort avoit tiré fur le Vaifleau; mais que ne pou- 
vant douter qu’il ne fût Anglois, ils l’affüroient que fon arrivée feroit agréa- 
ble aux Efpagnols. En effet, à peine furent-ils rentrés dansle Portque Fran- 
cifco Gomez, Pilote des Galères, vint leur offrir de la part du Capitaine 
Général toutes fortes de rafraïîchiffemens, & la liberté de jetter l'ancre dans 
le lieu qu’ils voudroient choifir. Comme la nuit commençoit à devenir fort 
noire , 1l fe chargea lui-même de les conduire dans une petite Rade qui eft à 
une lieuë & demie du Fort; & s'étant arrêté familiérement à fouper avec 
eux, il les quitta dans le cours de la nuit, fous prétexte d'aller prendre des 
Lettres que le Capitaine Général vouloit écrire à Ternate. 

Saris fut furpris de découvrir, avec lejour , qu’il étoit fous le comman- 
dément de huit grofles piéces d'artillerie. Il fe hâta de lever l'ancre, pour 
s'avancer une lieuë plus loin au Sud. Gomez n'ayant pas manqué de revenir , 

Havec deux Efpagnols de fort bonne apparence , [fe défendit agréablement 
du reproche d’avoir trompé les Anglois, en proteftant qu'il n’avoit penfé 
qu'a leur propre füreté.] Il leur apportoit des rafraîchiffemens ne nom du 

apitaine 


S'Rr1S 


1613. | 


Paffe dange- 
+reufe, 


Saris eft ictté 
contre l’'Ifle de 
Murro, 


Il 
i 
| 


Accucil qu’il | 
reçoit des Ef- 1m 
pagnols, | If 


SARTIS, 
1015. 


Sa confiance 
renait, 


Défaite du 
Prince del'er- 
naite par Île 
Prince de T'i- 
dor. 


Caraétère du 
Prince de Ti- 


dor, 


368 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Capitaine Général. Saris les reçut avec reconnoiffance, & fit offrir à fon 
tour aux Efpagnols du Fort, tout ce que fon Vaiffeau pouvoit avoir d'utile 
à leurs befoins, en confentant à prendre du girofle pour payement. Dans 
cet intervalle, il apperçut les deux Vaiffeaux Hollandois , qui paroifloient fe 
difpofer à venir jetter l'ancre près de lui. Cependant, après avoir affec. 
té une efpèce d'incertitude, ils allèrent mouiller fous leur nouveau Fort de 
Maricko. 
LE jour fuivant, Saris reçut du Capitaine Général une invitation à demeu- 
rer plus long-tems dans l’Ifle, avec promeffe de lui rendre le lendemain une 
vifite à bord, & de lui mener le Sergent Major de Ternate, qui arrivoit a- 
vec des Lettres du Meftre de Camp Dom Geronimo de Sylva, extrêmement 
favorables aux Anglois. Elles leur permettoient le commerce, du moins dans 
quelques parties. Saris fort fatisfait de cette liberté , prit laréfolution des’ar- 
 rêter (?). Le lendemain, lorfqu'il attendoit le Capitaine Général, il fut éton- 
né d'entendre neuf coups de canon qu'on tiroit du Fort. Cependant il s’ima- 
ina que le but de cette décharge pouvoit être de lui faire honneur. Mais il 
çut bientôt que c’étoit pour l’arrivée du Prince de Tidor, qui revenoit de la 
guerre à la tête d'environ cent hommes. Il avoit battu & tué depuis deux 
jours Kay Chilly Sadang, ce même Prince, fils du Roi de Ternate, qui s’é- 
toit laiflé perfuader par les Hollandoïs de défendre aux Infulaires de Machian 
tout commerce avec le Vaifleau de Saris. L’artifice n’avoit pas eu moinsde 
part à ce fuccès que la valeur. Ayant attendu Kay Chilly Sadang à fonre- 
tour , il avoit fait d’abord avancer deux petites Barques de Pécheurs, aux- 
quelles les ‘Ternatiens avoicent voulu donner la chaffe. Mais ils étoient tom- 
bés dans l’embufcade du Prince de Tidor, qui avoit fait main-baffe fur [cent}r# 
foixante hommes dont le cortège de Sadang étoit compofé. [Il lui avoit ôték 
la vic de fa propre main , par l'emportement d’une vieille haine dont on a vù 
les caufes dans plus d’une Relation précédente.] Il lui avoit coupé la tête, 
qu’il rapportoit en triomphe [à fa Femme, qui étoit la Sœur de ce Prince.]t# 
À la vérité, la fortune avoit commencé à fe ranger de fon côté, en faifant 
tomber quelques étincelles de feu fur un baril de poudre que le malheureux 
Sadang avoit acheté des Anglois à Machian, & qui avoit fauté au milieude 
fes gens. Un autre Prince de fes Frères & le Roy de Geylolo avoient péri 
dans la même occafion. [Vers le foir, le Sergent-major & le Sécretaire dex# 
Ternate vinrent à bord, & invitèrent Saris à paîler chez eux, en lui pro- 
mettant tout le girofle qu’ils pourroient raffembler. On confentit à leur pro- 
pofition, parce que leur Ifle étoit fur la route qu’il falloit ol 

Le 12, Saris reçut un Député du Prince de Tidor, qui lui faifoit faire 
des excufes de ne lavoir point encore vifité, & l’offre d’une groffe provi- 
fion de poivre (4) qu'il avoit réfervé, difoit-il, pour les Anglois. Il ajoûtoit 
qu’il les iroit voir à bord le jour fuivant, Saris répondit par des remercîmens 
fort vifs; mais dans la crainte de quelque trahifon, il doubla la garde fur le 

Vaiffeau. Le Prince de Tidor pafloit pour un Guerrier déterminé, qui s’é- 


toit rendu terrible aux Hoïlandois par divers exploits. Il avoit furpris un 
| de 


(5) La 7e. Section de ce Chapitre com- 
mence ici dans l'Original. R. d. E, 


(&) Angl. de girofle, KR. dE. 


de leu 
bruit « 
vée d 
d'eux 
Qui vi 
torze | 
SAI 
pèfe d 
cinq 0! 
livres | 
trat pe 
vant € 
pour h 
leur gi 
vations 
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LA! 
cipales 
tant l’a 
nées cc 
dor,n 
cinquar 
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guérres 
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loit efp 
il, un ff 
Il en af 
premièt 
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Ils avoi 
mais po 
laires, 
parvenu 
tage éta 
paru dai 
& s'yé 
folides j 
Siége et 
difpenfé 
rent des 
Ternate 
folus à 
rentrer d 
Forts fui 


IT, PA 


rir à fon 
ir d’utile 


Dans vés d'une Galère Efpagnole qui revenoit de Batta-China, & qui fut près 
foient fe d'eux avant qu'ils euffent pû s'en appercevoir. Cependant on répondit au 
oir affec- Qui vive? Ffpagnols, vos amis ; & la Galère n'ayant de chaque côté que qua- 
Fort de torze Rameurs, ceffa bientôt de leur paroître redoutable, 
Sar1s obferve ici que dans toutes les Ifles Molucques un Bahar de girofle 
à détnat der A ! : : k "6: Poids, état 
À pèfe deux cens katis de cette Contrée, & qu'un kati revient à trois livres & prodution 
main une cinq onces Angloifes; de forte que le bahar monte à fix cens foixante - deux .des Molu- 
TriVOIt a- livres huit onces. Les Hollandois, en vertu de ce qu'ils nomment leur Con- ‘ue: 
émement trat perpetuel, ne le payent que cinquante piéces de huit. Mais Saris trou- 
1oIns dans vant encore beaucoup de profit à le payer foixante, étoit convenu de ce prix 
on des are pour hâter fa cargaifon; ce qui rendoit les Infülaires fi ardens à lui vendre 
| fut eton- leur girofle, que s'ils n'avoient point été retenus par les menaces & les obfer- 
c il s'ima- vations concinuelles des Hollandois, le Vaifleau Anglois n'auroit pas eu befoin 
r. Mais il d'un mois pour fe charger entièrement. | 
noit de la L a plûpart de ces Ifles produifent le girofle en abondance. Mais les prin- 
uis deux cipales, qui font fort bien habitées, n’en rapportent pas moins, l’une por- 
e,quis e- tant l’autre, que trois mille neuf cens foixante-dix-fept bahars dans les an- 
Machian nées communes. Ternate en produit mille; Machian, mille nonante;,Ti- 
| moins de ! 


à fonre- 
urs, aux- 
oient tom- 


fur [cent]K 
| avoit ÔtéH 


tonavi 
$ Ja tête, 


e Prince.]KF 


en faifant 
alheureux 
à milieu de 
ojent péri 


retaire dexf 


n lui pro- 
à leur pro- 


ifoit faire 
ile provi- 
Il ajoûtoit 
ercimens 
rde fur le 
) qui s'é- 
furpris un 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V. 369 


de leurs Vaifleaux pendant la nuit, & les Moluques retentifloient encore du 
bruit de cette aétion. Les allarmes des Anglois augmentèrent lé foir à l'arri- 


dor, neuf cens; Bachian, trois cens, Motir ou Motières, fix cens; Miaou, 
cinquante, & Batta-China trente-cinq. Il eft remarquable que chaque troifié- 
me année eft beaucoup plus féconde que les deux autres. Les Habitans la nom- 
ment la grande moiflon (/). Mais ils avoient fouffert tant de ravages par les 
guërres civiles, qu'une grande partie des richeffes qu'ils doivent à la nature a- 
voit péri faute de mains pour les recueillir. Saris revint perfuadé qu'il ne fal- 
loit efpérer de paix que par laruineentière de l'un des deux Partis. C’étoit dit- 
il, un fpeétacle lamentable que l'état où la guerre avoit réduit toutes ces Ifles. 
Il en apprit l'origine à la fource même. Les Portugais dans le tems de leur 
première découverte avoient trouvé la guerre fort allumée entre les Rois de 
Ternate & de Tidor, dont toutes les autres Ifles étoient alliées ou fujettes. 
Ils avoient évité de prendre parti contre l’un ou l’autre de ces deux Princes; 
mais pour allürer leur établiffement, ils avoient profité de la divifion des Infu- 
laires, en conftruifant des Forts dans les deux Ifles; & par degrés ils étoient 
parvenus à fe mettre en poffefion de tout le commerce du girofle. Cet avan- 
tage étoit demeuré entre leurs mains jufqu'en 1605, que les Flamands ayant 
paru dans ces Mers avec des forces confidérables, les chafférent de leurs Forts 
& s'y établirent à leur place. Mais ils n'y jettèrent pas des fondemens affez 
folides pour s’y foûtenir long-tems. Les Efpagnols, à qui la donation du faint 
Siége en faveur des Portugais, avoit jufqu'alors fervi de frein, fe crurent 
difpenfés des mêmes ménagemens pour les Ennemis de leur Religion. Ils vin- 
rent des Philippines, chaflèrent les Hollandois, firent prifonnier le Roi de 


Origine des 


défordres qui 


Ternate, qu'ils envoyérent aux Philippines, & fe rendirent les maîtres ab- Ontregné dans 


folus à T'ernate & à ‘l'idor. Cependant les Follandois trouvèrent le moyen de 


ces Ifles. 


de rentrer dans quelques parties de leurs anciennes poileifions , & d'y bâtir les 
Forts fuivans. 
Trois 


(1) Angl, la grande Mouffon. KR, d. E. 
II, Part. | Aaa 


SAR1IS, 

1613. 

Ils rentrent 
auxMoluques, 
Forts qu’ils y 
ont bâtis. 


Méthode du 
commerce aux 
Moluques. 


an 
La défiance 


faît-lever l'an- 
re à Saris. 


39 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Trois à Ternate, Celui de Melagou, qui eft environné d'un mur & dé. 
fendu .par trois boulevards. Toluko, qui a deux boulevards & une groffe tour. 
Tokone, avec quatre boulevards & un mur. 

A Tidor, ils ont le Fort de Maricko, muni de quatre bouievards. Dans 
Vifle de Machian, 1°. le Fort de Tafafoa, qui commande avec quatre bou. 
levards la Capitale de l'Ifle, ville affez peuplée, & nommée auili Tafafoa, 
On compte mille Habitans dans la Ville, quatre-vingt Soldats Hollandois 
dans le Fort, & feize piéces de canon fur les boulevards. 2°. Deux. Forts près 
de la Ville de Nefokia, qui en eft aufli commandée; & de l'autre côté, un 
troifième Fort fur le fommet d'une Colline qui commande la Rade , avec cinq 
ou fix piéces d'artillerie, & une Garnifon de trente Soldats. 3°. Deux.Forts près 
de la Ville de Tabalola, montés de huit piéces de canon, qui la commandent, 
Leur fituation naturelle les rend capables d’une fi bonne défenfe que dix Hol- 
Jandois fuffifent pour les garder. 

Les Habitans de Nefokia ne paflént pas pour bons Guerriers, mais ilsont 
l’habileté de. fe ranger toûjours du côté des plus forts. (On regarde comme 
les meilleurs Soldats des Ifles Molucques ceux. de Tabalola, qui font venus 
anciennement de Kayoa. Ils étoient autrefois mortels Ennemis des Portugais 
& des Efpagnols, & l'on prétend qu'ils ne fouffrent pas plus volontiers la do- 
mination Hollandoïife. Cette Ifle de Machian ef la plus riche en girofle. 
Tous les Habitans affürent que dans la grande moiflon elle rapporte plus de 
dix-huit cens bahars. 

Daxs l’Ifle de Bachian, les Hollandois ont le Fort de Motières. qui eft 
confidérable par fon étendue & par les ouvrages qui le défendent. 

La méthode du commerce aux [fles Moluques confiftoit alors dans des 
échanges de plufieurs fortes d’étoffes pour des cloux & de la fleur de girofle. 
Les Habitans aimoient fur-tout les étuffes de Cambaye & de Coromandel. Sa- 
ris nous donne un Etat des prix, qui n’eft utile qu'à nous faire connoître les 
noms des marchandifes, tels du moins qu’il nous les a tranfmis. Pour les 
kandaquins de Barrochie, fix katisde cloux. Kandakins Papangs ,trois katis. 
Sclas, ou petits Baftas, fept & huit katis. Patta cher. Mallayo, feize ka- 
tis Dragam chere Mallayo, feize. Cinq Kaflas, douze. Betellias & Tan- 
koulos rouges, quarante-quatre & quarante-huit. Saraffas chere Mallayo, 
quarante-huit & cinquante. Sarampouri, trente. Chelles, Tapfiels & Ma- 
tafons, vingt & vingt-quatre. Kaffas ou Tankoulos blancs, quarante & 

uarante-quatre. Dongerigus les plus fins, douze ; les plus gros, huit & 

ix. Pontis Kaftellas, dix. Ballachios les plus fins, trente. Patta chere 
Mallayo de deux brafles, huit & dix. (Grands Potas de quatre brafles, fei- 
ze. Parkellas blancs, douze. Salalos Itam, douze & quatorze. Turias & 
Tappe Turias, un & deux.  Patolas de deux brafles, cinquante & foixante. 
Les Velours, les Satins, les Taffetas & autres étoffes de foye de la Chine, 
fe vendent aufli fort bien aux Moluques. Le riz &.le fago fe payent ordi- 
nairement avec la Monnoye courante. Vingt-huit livres de ris valent une 
piéce de huit. Le fago, qui eft une racine dont les Infulaires font leur pain, 
& qui eft leur principale nourriture, haufle & baifle fuivant l'abondance des 
es. 


né 

La. défiance prévalut enfin fur tous les intérêts du commerce, & fit pren- 
dre à Saris le partidelever l'ancre. Les Efpagnols & le Prince de Tidor lui ré- 
pétérent 


parava 
Mais 
Nord c 
les Ha 
Le or 
& l'Ef 
YF Mais t 
tueux à 
feuleme 


pour obl 
LE 0. 

pas la fa 
blée par 

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& des tê 


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& dé- 
le tour. 


Dans 
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l'afafoa, 
Ilandois 
rs près 
ôté, un 
vec cinq 
orts près 
nandent, 
dix Hol- 


is ils ont 
> comme 
nt venus 
Portugais 
rs la do- 
n girofle. 
plus de 


qui eft 


dans des 
e girofle. 
ndel. Sa- 
noître les 
Pour les 
ois katis. 
feize ka- 
as & T'an- 
Mallayo, 
ls & Ma- 
arante & 
, huit & 
tta chere 
fes, fei- 
‘urias & 
foixante. 
a Chine, 
ent ordi- 
lent une 
eur pain » 
lance des 


fit pren- 
dor lui ré- 
pétérent 


recevroit du girofle en abondance, La vûe de plufieurs Galères, de quelques 
Frégates & d'un grand nombre de Caricoles qui fe raffembloient autour du 
Fort ne lui permit pas de douter qu'on ne méditât quelque trahifon. Il mit à 
la voile le 13, avec un Courant qui le portoit au Sud. A fon départ on le 
falua de cinq coups de canon, auxquels il répondit par le même nombre. 
En phe. stmmne de la pointe de Tidor ; il vit quatre Vaiffeaux Hollandois, 
qui croifoient devant le Fort de Maricko, & qui firent quelque mouvement 

our le fuivre. Mais il porta drait au Fort de Ternate, dont il s'approcha 
jufqu à la portée du canon. Une Barque qui lui fut envoyée aufli-tôt, avec 
un Efpagnol fort bien mis, lui fit les mêmes offres qu'il venoit de recevoir 
à Marro. Il balança. fur la confiance qu'il y devoit prendre : mais les précau- 
tions qu'on éxigeoit lui parurent fi exceffives, que ne pouvant les croire dic- 
tées par la bonne-foi, il remit à la voile. 

IL avança peu les quatre jours fuivans, parce que la Mouffon étoit contre 
lui. Le 18, il réfolut de gagner l'Ifle de Saycin, qu'il avoit vâe le jour d’au- 
paravant, & d'y relâcher à l'Oueft, pour attendre un tems plus favorable. 
Mais le vent s'étant mis. tout-d'un-coup à l'Oueit, il porta au Nord & au 
Nord quart à l'Eft. Le 20, après-midi, il tourna vers une grande Ifle, que 
les Habitans nomment Doy, dans le deffein d'y chercher des rafraîchiffemens. 
Le or, il s’en trouva fort près, vers la pointe du Nord , qui eft fort baffe; 
& l’Efquif s’étoit déja mis en mer , pour chercher un lieu propre à l’ancrage. 


YF Mais le courant [qui n’avoit pas difContinué depuis Tidor ,] devint fi impé- 


tueux à l'Eft, qu'il fut impoñfible de s'approcher du rivage. On découvrit 
feulement une grande Baye, avec une Bafle fort large, qui eft fituée à la 
pointe du Nord, à deux milles de la terre. Cependant, après avoir pañlé la 
nuit à lutter contre l'effort du Courant, on entra le lendemain dans la Baye, 
où l’on mouilla fur vingt-quatre braffes. 

LE 23, Saris envoya l'Efquif, pour chercher de l’eau, & pour dreffer une 
Tente, où ceux qui defcendroient puffent être à couvert. Letter, qui fut 
chargé de ce foin, trouva un lieu commode, vis-à-vis du Vaifleau, avec des 


traces de Daims, de Sangliers & d’autres animaux. Le Pays étoit couvert 


d'arbres, tels que des Cocotiers, des Penangs, des Series des Palmiers. 
Les Bécafles, les Faifans, & quantité d’autres oifeaux, s’y préfentèrent auf- 
fi en abondance ; mais il ne paroifloit aucun Habitant. Saris defcendit avec 
les Faéteurs. Il fic creufer plulieurs foffes, pour prendre des Sangliers au 
piége. Ses gens s'exercèrent à la pêche, entre les rocs; mais, quoique le 
poiffon n’y manquit pas, ils trouvèrent beaucoup de difficulté à le prendre. 
On en eut moins à tuer quelques Faifans & deux Pigeons ramiers qui étoient 
de la groffeur d’une Poule. Quelques Anglois paflérent la nuit fur le rivage, 
pour obferver les Sangliers qui s’approcheroient des trappes. 

LE 24, on vit plufieurs Sangliers d’une taille furprenante; mais on n'eut 
pas la fatisfaétion d'en prendre un feul. D'ailleurs cette occupation fut trou- 
blée par une éclypfe de Lune, qui dura trois heures & demie, & qui parut 


(fort terrible aux Anglois. [Le 25 des Matelots apportèrent quelques oifeaux, 


& des têtes de Palmier, qui boullies font aufi bonnes que deschoux (m).] Les 
| Jours 
 (m) C'eft pour cela qu’on les appelle choux palmiftes, 
Aaa 2 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. V. 371 
pétérent en vain que s'il vouloit attendre feulement vingt-quatre heures, il. 


Sarts 


1613. 


Il palfa àTer- 


natc, 


Ifle de Saycin. 


Ifle de Doy, 
Ce que les An- 
glois y trou- 
vent. 


SAnts, 


1613. 


Saris entre- 
pren! de fu 
rendre droit 
au japon, 


Sa route, 


Barques Japo- 
noifes, 


+ jours furvans turcnt employés à faire la provifion d'eau & de bois. Le pre: 


3 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


mier de May, quelques "latelots furenc envoyés dans l'Efquif jufqu'à la poin- 
te Oueft de la Baye, où ils crouvèérent l'sau fort profonde. Ayant pris ter- 
re; ils appersurent des ruines de maifons, & d'autres veitiges de focieté hu- 
maine, qui leur firent juger que l'Ifle n'avoic pas toljours été déferte, & 
que la guerre en avoit détruit ou chaflé les Fabitans, 

Le 12, on quitta l'Ifle de Doy , qui eft la dernière au Nord-Eft de Batta- 

China ou de Geylolo. Sa latitude eft de 2 degrés 35 minutes du Nord, La 
variation de $ degrés 20 minutes Eft, Saris prit de-là fa cour& pour le Ja- 
pon , avec foixante-onze perfonnes à bord, [tant Anglois & Efpagnols, qu'in- 
diens ramaflés dans les divers lieux qu'il avoit parcourus. ] Sa navigation fut 
heureufe jufqu'au 2 de Juin, qu'étant à 25 degrés 44 minutes de latitude, il 
trouva par fes calculs que depuis l'Ifle Doy il avoit fait trois cens cinq lieus 
au Nord-Eft, 1l crut découvrir, dans l'après-midi du même jour, les Iles 
dos Reys Magos, ou des Rois Mages ; mais en approchant de laterre, ilreconnut 
qu'ils'étoictrompé. La Côte qu'il apperçue étoit celle d'une Ile balfe & défer: 
te, quine lui fit pas naître l'envie d'y relacher. Le lendemain, il eut la vûe de 
dix ou onze autres Ifles, qui font rangées du Nord-Eft au Sud-Oueft, à fi peu 
de diftance l’une de l'autre, qu'il fut embarraffé pour trouver un pallage. Il 
prit le parti, vers le foir, de porter à l'Eft; & le 3, il relicha dans une de 
ces Ifles, qui lui parut la plus agréable qu'il eût rencontrée depuis fon dé- 
part de l'Europe. Elle ne manquoit ni d'hommes ni d'animaux. Son deffein 
étoit de s'arreter à la pointe Nord-Eft; mais le vent lui devint fi incommo- 
de dans cette ftation , que n'ayant pû s'approcher de deux Barques, qui firent 
auffi des efforts inutiles pour s'approcher de lui, il continua fa navigation au 
Nord-Oueft. Il eut bientôt à l'Oueft-Nord-Oueft , la vûe d'une autre Ifle, 
d'où il en apperçut encore une, à fept ou huit lieuës au Nord-Eft. S'étant 
avancé vers celle-ci, il découvrit plufieurs rocs, qui font à deux milles du 
rivage, l'un qui.s’éleve au-deflus de l'eau, d'autres à demi-fubmergés, con- 
tre lefquels l'eau fe brife avec beaucoup d'écume. Il porta de-là au Nord 
Oueft, pour éviter le Courant qui alloit au Sud. Le 7, il fe crut à vingt- 
huit ou trente licuës de Tonan. [Mais il reconnut le lendemain fon erreur ,]"# 
à la vûe [d'une Ifle ronde , fituée à l'Eft, &] de plufieurs autres Ifles qu'il 
découvrit à cinq ou fix lieuës vers l'Oueit. [Depuis le 3, il avoit parcouru ,# 
fuivant fon Calcul 51 licuës Nord-Nord-Eft. Alors il fut obligé d'avancer du 
côté Nord-Oueit, & il vit quatre autres petites Ifles ftériles. Enfuite] ayant 
repris au Nord quart à l'EfE, il eut, à quatre ou cinglieuës Eft quart au Sud, 
la vâc d’une Ifle qui préfente trois Collines rondes, de la forme d’un pain de 
fucre. Vers le foir il vit celle d'Ufzideke , qui s’éleve comme en deux par- 
ties au Nord-Eft, mais qui eft fort platte du côté oppofé. Le lendemain, à 
douze lieuës Nord-Eft & Sud-Oueft d'Ufzideke, il découvrit Amaxay, ou 
Legue, & fix grandes Ifles qui font fur une même ligne. Amaxay en a un 
grand nombre de petites: au long de fes Côtes. Un peu plus loin à l’'Ef, les 
Anglois virent pleinement la haute terre de l’Ifle, qui eft nommée Xima dans 
les Cartes, mais que les Habitans appellent Mashma. 

Le 10,.à neuf heures du matin, en s’approchant de la terre qui ne leur 
avoit paru qu'à dix lieuës, au lever du Soleil, ils virent approcher d'eux 
quatre grandes Barques de Pêcheurs, dont chacune n’étoit pas moins que de 

cinq 


€ pre Rs — 
| poin- 
‘15 ter- 
eté hu- 
te, & | 
| Batta- 
d. La 
le Ja- 
,qu'In- + | 
ion fut 
tude, il 
q lieucs 
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KAARTIINA, van PaxIN tot CANTON. 


KAART van de EILANDEN van JAPAN, en van’t Hazr-ErLaAnwn KORE A ; 


F «ZS LES Do JAPON ee 
EILANDEN vax JAPAN 70 


. 


LP er Re orne a F 


Corzz 
4#vec Les Costes de La Chine 
Depuis Pekin Jusqua Canton. 


ÆZcéelle 


Zieues Marines de France. 
ZuENYLEN, van 20 in een Graad, 


M erro | 


r-Erzann KORÉA; met de KUSTEN van CHINA,van PæexiN tot CANTON. 


cinq où 
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més pa 
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verti de 
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porter 


(n) 


de ira 
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bord le 
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plus gr 
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fifte à « 
tre & à 
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Katans, 
l'autre 
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SAR] 
reçu de 
cert, q 
Majefté 
ques de 
vouloit 
noife, € 
par la À 
volte dc 


ans. [| 


(n) La 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car, V. 373 


cinq ou fix tonneaux, avec quatre Rameurs de chaque côté, A l'aide des In  Sasnis 
diens qu'ils avoient amenés pour Interprètes, ils apprirent enfin qu'ils étoient 161 3; 
vis-h-vis le Port de Nangnzaqui, & dans les Décroits d'Arima , quifonc for. 1er Angluls 
més par l'Ifle d'Ufzideke, L'ancrage elt excellent à l'extrémité fepteñeriona. Pt 
le des Détroits; & du côté oppofé on crouve l'entrée de Cochinock. Saris zaqui 
fic marché avec deux Maîtres des Barques Japonoifes, pour lui fervir de Pi- 

lotes jufqu'a lirando, qui étoit encore à rente lieuÿs, Une des quatre Bar- 

ques appartenoit aux Portugais de Nangazaqui ; & l'équipage , qui étoit con- 

verti depuis peu au Chriftianifime, avoit fuivi le Vaifleau Anglois, dans l'o- 

pinion qu'il arrivoit de Macao, Mais reconnoiflant fa méprile, il fe häva de 

porter cette nouvelle à fes Maîtres. 

(n) Lus deux Pilotes Japonois portérent Nord quart à l'Oueft avec un In ferendent 
vent fi favorable, que le 11 de Juin après-midi, on jetta l'ancre à une lieuë à Firundo, 
de lirando, 1! fut impoflible de s'avancer plus loin , parce qu'on arrivoit 
à la fin de la marée, Mais on n'y fut pas long-tems fans voir arriver à 
bord le vieux Roi de l'Ifle, dé Sama, avec l'one Sama fon neveu , qui 
gouvernoit fous fon autorité, Ils écoient accompagnés de quarante Barques, 
ou petites Galères , les unes conduites par dix Rameurs, d'autres par un 
plus grand nombre, Lorfqu'ils fe furent approchés du Vaifleau, k Roi  Vifte que 
donna ordre au cortège de demeurer à quelque diftance , .& montant à bord Saris reçoit du 


avec fon feul neveu, il falua Saris à la mode du Pays. Cette falutacion con- "us 


fifte à quitter d'abord leurs fandales, enfüuite à frapper d'une main dans l'au- & habillement 
re & à les bailler coutes les deux jufqu'à leurs genoux ; après quoi repre. de ce Prince. 
nant leurs fandales ils s'avancent à petits pas, en prononçant auyb, augb. 
Les deux Princes écoient en robe de foye brochée d'or , fous laquelle il a- 
voient une chemife qui leur couchoit la peau, & des haute-chaufes fort fem- 


blables aux nôtres. Mais ils étoient fans bas, Chacun portoit au côté deux 
Katans, qui font les Nr du Pays, l'une de la longueur d'une demi-aulne , 
l'autre moins longue de la moitié, Ils avoient le col nud, Jx devant de 
leur tête étoit razé jufqu'au fommet ; & le refte de leurs cheveux , qui 
étoient fort longs, formoit un nœud par derrière, Ils n'avoient ni bon- 
net niturban, L'âge du Roi étoit environ foixante- douze ans, & celui de 
fon neveu vingt-quatre, Pour unique efcorte, en montant à bord , ils é- 
toient accompagnés chacun d'un Oflicier , qui avoit le commandement de 
leurs Efclaves, 
Sar1s fes conduifit dans la chambre de Pouppe, où fur l'avis qu'il avoit 
reçu de leur vifite, il avoit fait préparer un fomptueux feftin, avec un con- 
cert, qui parut les amufer beaucoup. Il préfenta au Roi les Lettres de Sa 
Majefté Britannique, Elles furent reçues de ce Prince avec de grandes mar- 
ques de fatisfaétion; mais il remit à les ouvrir au retour d’Ange , dont il 
vouloit fe fervir pos Interpréte. Ange qui fignifie Pilote en Langue Japo- William A- 
noife, étoit un Anglois, nommé William Adams, qui étant venu au ee Pres: Etes 2h 
par la Mer du Sud dans un Navire Hollandois, avoit pris occafion d'une ré bon out: 
volte des Mateiots pour demeurer dans ces Ifles, où il étoit depuis douze douze ans. 
œans. [Les Lettres qu'il avoit trouvé le moyen d'écrire aux Faéteurs Anglois 
de 


(n) La ge, Seétion de ce Chapitré commence ici dans l'Original. KR, d, E, 
Aaa 3 


SARIS, 


1613. 


Empreffement 
des Japonois à 


voir lc Vaif- 
fcau, 


Les Anglois 


entrent dans 
le Port, 


43 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


de Bantam , avoient été le principal aiguillon qui avoit fait entreprendre 
ce voyage à Saris,] 11 étoit alors à près de trois cens lieuës de Firando à 


[fans que l'Auteur nous apprenne ici où il pouvoit-être (0) dans un fi grand 4 


éloignement.] | 
Arrès avoir pañté plus d’une heure fur le Vaiffeau, le Roi rentra dans fa 


Galère, & retourna au Rivage; mais toute la nobleffe qui l'avoit accompa- 
gné voulut vifiter aufli les Anglois. La plûpart des Seigneurs Japonois por. 
toient avec eux quelque préfent de gibier ou de venaifon, & Saris s'efforça 
d’abord de répondre à leurs politefles; mais les Soldats fe préfencant à leur 
tour, par un fimple mouvement de curiofité, il fut bientôt fi fatigué de cet- 
te multitude de vifites, qu'il envoya prier le Roi de l'en délivrer, Un des 
principaux Officiers de la garde vint aufli-«ôt à bord, avec ordre d'y demeu- 
rer, pour mettre les Anglois à couvert de toutes fortes d'infulte. Il fe fic dans 
la Ville une proclamation dans la même vûe. - La nuit fuivante , Henrick 
Brouwer, Chef du Comptoir Hollandois de Firando, rendit une vifite à Sa- 
ris, ou plûtôt chercha l'occafion d'apprendre ce qui s’étoit pailé entre le 
Roi & les Anglois. Mais, déguifant fa jaloufie fous de grandes apparen- 
ces de civilité & de zèle, il leur promit d'écrire le lendemain à William A- 
dams, pour l’informer de leur arrivée. En effet, leur ayant tenu parole, 
fa lettre fut envoyée par le Roi à Ofakkag premier Port du pays, où Wil- 
liam Adams étoit à Voyage L’Auteur le nomme ici Ædwo, fi l’on ne veut 
que ce foit une erreur, 


à l'Empereur des raifons qui les avoient amenés dans fes états. ] 

Les Japonois ne laiflèrent manquer aucune forte de rafraïchiffemens au 
Vaifleau de Saris. Les bétes fauves & le poiflon y étoient portés enfi gran- 
de abondance, que ne pouvant être qu'à trés-bon marché, [les gens de l'E. 


quipage fe faifoient un amufement continuel de traiter ceux de qui ils les a- 
chetoient.] Comme ils n’avoient pas ceflé de demeurer à l'ancre dans leur 
première ftation, le Roi leur envoya un jour 60 Barques bien équipées, pour 
les amèner dans la Rade. Saris, un peu allarmé de cette mulutude , alloit 
les faire prier de ne pas s’approcher trop de fon Bord; mais le Roi qui étoit 
à leur tête, fit figne de fon mouchoir au plus grand nombre de ne pas s'a- 
vancer ; & montant lui-même à bord, il dit au Général qu’elles étoient ve- 
nues par fon ordre, pour aider le Vaïfleau à pafler une pointe que la marée 
rendoit fort dangereufe. En effet, l'eau fe trouva fi forte | que malgré le 
vent, qui étoit favorable, on auroit été pouflé für les rocs de la pointe, fi 
l'on n’eût açcepté le fecours des Barques pour tirer le Vaifleau à force de 
rames. Pendant ce travail le Roi étoit à déjeûner avec Saris, qui voulut 
récompenfer les Japonois de leur peine ; mais ce Prince leur défendit de 
rien prendre des Anglois pour un fervice d'amitié On mouilla devant l'i- 
rando, fur cinq brafles d’un fond bourbeux, fi près du Rivage qu’on pouvoit 


(o) Ona lieu d'être furpris de cette ad- te; c'eft que William Adams étoit à Edoo: 
dition du ‘Fraduéteur , puifqu'il eft dit ex- mais cependant il a mal rendu ce paflige, car 
preflément dans l'Original que William Adams  l'Original dit que la lettre de Drouwer fut d'a- 
étoit alors à Edoo, qu'on nomme autrement bord envoyée à Ofakkag, ou Olakkay, pre- 
Yedo & Jedo. R. 4. T. 


noît ce qui à été dit dans la note précéden- 


qu'on doive lire (p) Jedo. [II donna auffi avisé 


mier Port de l’Ifle; & qu'enfuite clle fut ex- 
(p) Voilà dorc le ‘l'raduéteur qui recon-  pédiée par la pofte jufqu'à Edoo , ou Jedo. 
R. d. E, 


parler 
de can 
rando 
barrica 
A fi 
kptes cor 
deux & 
me ils 
offible 
Æeurs « 
fervant 
on ne 
nombre 
admirat 
à plufe 
I y avc 
Dames 
Portuga 


teture, [ 


fus, ] fa 
de fe fa 
fuites ( 
bord av 
fort légé 
toutes, 

mais ell 
ruban de 
cheveux 
leur tête 
à la blan! 
par l’art 
graftes, 

faire les 
que Saris 
pouppe 4 
de Ms 
cette lan 
rent d’ab 
air plus] 
de certai 
qui, ave 

cordes. 
gauche, 
d'yvoire. 


(ga) Ang 
Chrétienne 
entendues 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Car: V. 375 


rendre parler aux Habitans dans leurs maïfons. Saris falua la Ville de neuf coups  Sanrs. 
rando , de canon, auxquels les Japonois ne purent répondre faute d'artillerie. Ki. 1613. 
igrand'h | rando eft fans canon & fans Fort. La feule défenfe confifte dans quelques 
barricades, qui feroient à prie capables de réfifter à la moufqueterie, 
dans fa A fi peu de diftance de la Ville, on fut plus expofé que jamais aux vifi-  Redouble- 
-ompa- ttes continuelles de la Nobleffe & du Peuple. [On eut entr'autres celle de ment de vifi 
DIS Or - | deux Seigneurs dont l'un s'appelloit Nobufane, & l’autre Simmädone : com- "4 
€itorça me ils étoient d’un rang très diftingué, on les traita avec tous les égards 
it à leur | offibles. A leur départ l'un refta àbord, jufqu'a ce que l'autre fuc à terre. 
de cet- air enfans & les principales perfonnes de leur fuite fe retirèrent en ob- 
Un des | fervant la même cérémonie.] Quoiqu'on ne reçût que les plus diftingués, 
demeu- on ne pouvoit empêcher qu'il n'y eût fans ceffe autour du Vaiffeau un grand 
fic dans nombre de Barques, remplies de toutes fortes de gens qui confidéroient avec 
Tenrick admiration la proue & la pouppe. Saris ne fe fit pas prefler pour accorder Femmes fac 
€ à Sa- ë à plufieurs femmes de condition la liberté de venir le vificer dans fa chambre, ponoifes; leur 
ntre le I y avoit un tableau de Venus & de Cupidon, dans un état affez libre. Les jabillement & 
ah. . . . RTS A Act eur figure, 

pparen Dames Japonoifes, qui avoient été converties au Chriftianifme par les Jéfuites 
iam À- Portugais, fe jettèrent à genoux pour faire leurs dévotions devant cette pein- 
parole , A orsture, [qu'elles prirent pour un portrait de la Vicrge Marie, & de l'Enfant Je- 
où Wil- fus ans que les Anglois ôfaflent les avertir de leur erreur, dans la crainte 
ne veut de fe faire reconnoître pour ennemis de ce culte, & par conféquent des Jé- 
uffi avisXF fuites (4). Le Roi voulut procurer le même fpeétacle à fes femmes. Il vint à 

| bord avec fes quatre favorites, qui étoient vêtues de plufieurs robes de foye 
nens au fort légères, teltement pañlées l’une fur l’autre qu'on pouvoit les diftinguer 


ii gran- toutes, & liées avec un ruban vers la ceinture. Elles avoient les jambes nues, 
s del'E-Æ mais elles portoient aux pieds une forte de demi-fandale, liée auñi avec un 
Is es a A ruban de foye, qui moptoit par plufieurs tours au-deffus de la cheville. Leurs 
ans leur cheveux, qu'elles avoient noirs & fort longs, étoient noués galamment fur 
es , pour $ leur tête. Il ne manquoit rien à leur taille, à la beauté de leurs traits, ni même 

, alloit MA à la blancheur de leur peau ; mais n'ayant aucun teint naturel, elles y fuppléent 
qui écoit par l’art. Communément les femmes font fort petites au Japon, extrémement 
pas Sa- M grafes, & d'une politeffe, qui fait l'admiration des Européens. Elles favent 
lent VE- M faire lesditinétions du rang, de l'âge & des qualités. Le Roi parut fouhaiter 
a marée ® que Saris & l'Incerpréte fuilent les feuls qui demeuraffent dans la chambre de 
algré le ®  pouppe avec lui & fes femmes. Cet Interpréte, que les Anglois avoient amené 

nte, fi M de Bantam, étoit né au Japon; & fçachant le Malayen, il répétoit à Saris dans 

orce de Œ cette langue, ce que le Roï lui avoit dit en Japonois. Les femmes du Roïparu- Elles chan- 
i voulut A rent d'abord un peu réfervées; mais à la prière de ce Prince elles prirent un ee jauent 
ndit de M air plus libre & plus gai. Elles chantèrent diverfes €hanfons , elles jouèrent nes mitru- 
vant l'1- de certains inftrumens qui reffemblent beaucoup au luth de l'Europe; mais 
pouvoit A qui.avec le meme ventre, ont'eco pluslong & ne font montés que de quatre 

paï- : cordes. Elles touchoient fort agilemens les cordes avec les doigts de la main 

à ob A gauche, tandis que de la main droite elles les frappoient d'un petit bâton 

affige, car d'yvoire. Cet éxercice paroiloit leur plaire beaucoup, Elles battoient la me- 

rer fut d'a- fure. 

skay ; Pre- : 

lle fut ex- (g) Angl. Sans qu’elles ôfaffent s'avouër gnoicnt, & qui n'étoient pas dans les mêmes 

ou jedo. Chrétiennes, qu'à voye baie, pourn'êt:epas  fenumens, KR. d, E, 

entendues des perfonnes qui les accompa- 


Sanrs. 
1613. 
Mufique Ja- 
ponoile, 


Feltin que le 
Roi de Firan- 
do donne aux 
Anglois. 


Saris prend 
une maifon à 
l'irando. 


Aitifices des 
Hollandois. 


Comédiennes 
Japonoifes. 


9 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fure. Elles chantoient & jouoient fur un livre où les airs étoient notés en Ii- 
gnes & en efpaces, à peu près comme notre mufique de l'Europe. Saris leur fit 
une réception fort galante, & leur offrit plufieurs bijoux, qui fe trouvoient 
entre fes marchandifes. Enfüite il prit cette occafion pour demander au Roi 
une Maifon dans la Ville. Elle lui fut accordée fans objeétion. Le Roi prit, à 
fon départ, deux Faéteurs, auxquels il fit voir, en rentrant dans la Ville, 
deux ou trois Maifons dont il leur laiffa le choix, après avoir ordonné aux 
propriétaires de s’accommoder avec les Anglois pour le prix. 

Le 13, Saris defcendit au Rivage, accompagné de fes Ufficiers & de fes 
Marchands, avec les préfens qu'il deftinoit au Roi, & qui montoient à la 
valeur de cent quarante livres terling. Il fut reçû avec des marques extraor- 
dinaires d’eftime & d’affeétion, tracé avec toutes fortes de gibier & de fruits, 
& réjoui par une infinité d'amufemens. Au milieu du feltin, le Roi fe fit 
donner une coupe, qui avoit été apportée entre les préfens. Quoiqu'elle 
ne tint pas moins d’une pinte & demie, il la fit remplir du vin de fon pays, 
qui eft une diftillation de ris auifi forte que l’eau-de-vie de France, & décla- 
rant au Général Anglois qu’il falloit la vuider à l'honneur du Roi d'Angleterre, 
il en donna l'éxemple, que Saris s’'emprefla d'imiter. Enfüite faifant pafler la 
coupe dans une fale voiline, où les Nobles étoient à dîner avec les Faéteurs 
Anglois, il donna ordre qu’elle y fût vuidée à la ronde. Les Japonois mangent 
à terre, aflis fur des nattes, & les jambes croifées à la manière des Turcs. Mais 
ces nattes étoient richement bordées ; les unes de drap d’or, d’autres de ve- 


lours, de fatin & de damas. [ies deux jours fuivans furent employés à pré-kés 


parer & à faire des préfens. ] 

LE 16, Saris convint du prix d'une Maifon avec le Capitaine du quartier 
Chinois, dont le nom étoit Andafli, pour la fomme de quatre-vingt-quinze 
piéces de huit, pendant la Mouflon, c’eft-à-dire, l'efpace de fix mois. An- 
daffi s’engageoit, non-feulement à fournir aux Anglois le logement qu'ils .a- 
voient déja choifi, mais à l’entretenir de nattes & des autres commodités 
du pays, en leur laïiffant la liberté d'y faire, à leurs propres frais, les change- 
mens qui leur feroient convenables. Le jour de ce traité, il vint fur le Vaif- 
feau une fi prodigieufe foule de peuple, que Saris fut obligé de faire deman- 
der des ordres au Roi pour fa tranquillité : on lui avoit dérobé quantité de 
chofes; mais fes foupçons tombèrent plus fur fes gens que fur les Japonois. 
Le même jour, on vit revenir de l'Ifle de Xima, ou Mashma ;un Flamand 
qui s’y étoit rendu dans une Barque du pays, avec quelques pales de draps, 
du poivre, .& des dents d’élephans. Quoiqu'il revint fans aucun refte de ces 
marchandifes, il affeéta de fe plaindre beaucoup des difgraces qu'il avoit ef- 
fuyées, en faifant entendre que fa petite cargaifon avoit été moins vendue 
que pillée; mais l’Interpréte des Anglois apprit des Matelots qui l'avoient 
conduit, qu'il avôit échangé fort avantageuiement fes marchandifes pour des 
lingots d'argent, & que les Hollandois vouloient cacher à Saris cette heurcufe 
€efpéce de commerce. 

LE Roi de Firando avoit promis de procurer aux Anglois de nouveaux 
amufemens fur teur Vaifleau. Il s’y rendit le 21, avec une troupe de fem- 
mes, arrivées nouvellement dans la Ville pour y repréfenter des comédies, 
à peu prés comme nos Comédiens d'Europe, qui courent de Villes en Villes 
pour le divertiflement des Provinces. Elles écoient fournies d’habits & de dé- 

corations 


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e de fem- 

COMÉAIES » 
s en Villes 
es & de dé- 
çorations 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Crrar. V. 377 


corations conformes à leurs Piéces, dont les füujets étoient des avantures de 
guerre ou d'amour. Ces femmes dépendent d'un feul homme, dontelles font 
efclaves, & qui les envoye dans divers Cantons, avec défenfe, fous peine 
de mort, d'éxiger plus que le prix qui leur eft fixé pour les plaifirs qu'elles 
donnent au Public. Leur état, quoique propre à les faire mener une vie dou- 
ce & aifée, pale pour infime. Après avoir vêcu dâns la meilleure com- 
pagnic, & fervi même de Maïtreffes aux premiers Seigneurs du Japon, qui 
es préfèrent quelquefois à d’honnêtes-femmes , on leur met après leur mort 
une bride de paille dans la bouche, avec laquelle on les traîne ignominieufe- 
ment dans les ruës, & l’on abandonne enfüuite leurs cadavres fur un fumier, 
aux chiens & aux oifeaux de proye. 

LE 23, ona LR à Firando qu’il étoit arrivé à Nangazaqui, deux Joncs 
Chinois chargés de fucre, malgré les rigoureufes défenfes de l'Empereur de 
la Chine, qui avoit condamné nouvellement au dernier fupplice cinq mille 
perfonnes & confifqué tous leurs biens, pour avoir éxercé le commerce étran- 

er contre fes ordres. Les Marchands des deux Jrncs avoient corrompu par 
eurs préfens divers Officiers de la Côte, fuccefleurs de ceux mêmes, qui a- 
voient été enveloppés dans la Sentence de l'Empereur. 

LE 29, il arriva au même Port un Jonc de Siam, chargé de Hollandois 
qui apportoient au Japon du bois du Brézil & des peaux de différentes for- 
tes. Saris apprit avec étonnement qu'ils prenoient le nom d’Anglois, & que 
les Marchands de la même Nation étoient depuis long-tems dans cet ufage; 
non que les Anglois fuffent dans une réputation fort glorieufe au Japon, car 
les Portugais n’avoient pas manqué de les y faire connoître comme des Pyra- 


tes & des Ennemis de la Religion Romaine; mais ils y étoient regardés 


comme des guerriers redoutables, füur-tout depuis qu’un feul Vaifleau Anglois 
s’étoit rendu maître de plufieurs Navires Efpagnols aux environs des Philippi- 
nes. Le bruit de cet événement s’étoit répandu dans les Ifles du Japon. Il 
y avoit été célébré par une chanfon, qui portoit le‘nom de Krofonia, & que 
Saris prit plaifir à fe faire répéter. Les Japonoïis la chantoient avec des gef- 
ticulations effrayantes , qui faifoient affez d’imprefion fur les enfans & les 


XFfemmes, pour leur donner une idée terrible du courage des Anglois ; [ dela 


même manière qu’autrefois en France, on intimidoit les gens par le feul nom 
du Lord Talbot. 

Le 1 de Juillet, il arriva que deux d’entr’eux prirent querelle & furent 
fur le point de s’aller battre; ce qui les auroit tous jetté dans un très grand 
danger; car la loi du Pays ordonne qu’un Homme qui prendra des armes .: 
un mouvement de colère, foit mis en pièces fur le champ , quoiqu'il nen 
ait fait aucun ufage; & que s’il en a bleffé tant foit peu quelqu'un, non- 
feulement lui, mais encore toute fa famille foit mife à mort ]. 

LE 2, Saris s'établit enfin dans fa Maifon de Firando. Il y mit vingt-fix 
hommes, aflez armés pour fe défendre dans les occafions de furprife, mais 
trop peu pour infpirer de la défiance au Roi & de la frayeur aux Habitans. 
À fon arrivée, il trouva que les Hollandois avoient beaucoup diminué le 
prix de leurs draps, dans la vûe apparemment de s’en défaire avant que les 
Anglois en euflent fait décharger. Il fe procura une conférence avec Brou- 
wer, Chef de leur Comptoir, pour lui repréfenter que c’étoit faire un tort 
égal aux deux Nations, & lui propofer de convenir d'un prix fixe & conf- 
IT Pait. Bbb tant. 


SAnts 
1613. 


Rigueur àla 
Chine pour le 
commerce É- 
tranger, 


Les [Hollan- 
dois prennent 
le noin d'An: 
glois. 


378 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sante tant. Brouwer parut confentir à cette propofition. Mais dès le même foir, 
5613. ilfit déclarer aux Anglois qu'il n’avoit j* reçû de fes Maîtres le pouvoir 
de faire des traités. Le lendemain , il embarqua une groffe quantité de 
draps pour différentes Ifles, avec ordre à fes Faëteurs de s’en tenir à leur 


diminution. 
pYORNQTS les Anglois arrivèrent dans cet endroit; le Poivre non cri- je 
blé de Bantam, qui coûtoit à Bantam même, une Réale & trois quarts le 
fac, valoit dix Tayes le Pikol; chaque Pikôl eft de cent Katis, ce qui fait 
cent-trente livres, poids d'Angleterre. Un Taye eft cinq fchellings. Une 
Réale de huit n’a cours-là daus les payemens ordinaires, que pour fept 
Mas, c'eft-à-dire trois fchellings fix fols , monnoye d'Angleterre, Car un 
Mas eft une Réale de Plata ou d'argent. L’Etain valoit trente Tayes le Pi- 
kol;.les Dents d'Eléphant, quatre-vingt; le Fer en piéces, fix; la Poudre, 
vingt-trois ; l'Aloës focotorin, fix Tayes le Kati ; un Fufil, vingt Tayes ; 
les Calicos & autres Marchandifes de Coromandel & de Guzaratte, n’avoient 
point de prix fixe, elles fe vendoient à proportion de leur bonté. ] 
Le 7, le Roi de l'Ifle de Goto, qui n’eft pas éloignée de Firando, vint ren- 


Le Roi de 
Godin Vi- dre une vifite au Roi Toyna (r), fonparent, & fon Allié. Il étoit moins amené 
ue par la curiofité de voir le Vaifleau An- 


fiter les An. : A4 
par l’empreffement de l'amitié, q ité ç 
rloient avec admiration. Toyne fit prier le 


glois, 
glois, dont tous les Japonois pa | on. ent 
Général de recevoir civilement un Prince dont la fatisfaétion lui étoit chère. 


Les Anglois reçurent ordre à bord, de ne rien ménager pour rendre la fête 
éclatante. Ils traitèrent le Roi de Goto avec autant de pompe & de refpeét qu'iis 
en auroient employé pour fairc honneur à leur propre Souverain. L’artillerie fut 
déchargée plufieurs fois, [le Vaiffeau paré de rideaux & de tapis magnifiques, 4 


A 


tous les Matelots vêtus galamment, & le feftin digne d’une Fêteroyale. Saris, 
1 caufa tant de plaifir 


ui avoit l’art de joindre beaucoup de grace à fes civilités, 
d’admiration aux deux Rois, que celui de Goto, dans le mouvement de fa 


reconnoiffance, le prefla de venir lui-même ou d’envoyer quelques Anglois 


…. dansfon fe. ; : 
Le 8, l'éxécution de trois Japonois , deux hommes & une femme, qui a- 
nele, & forme VOient été condamnés à mort par la bouche même du Roi Foyne, donna aux 
de ces châti- Anglois un fpeétacle terrible. Ils n’eurent d’abord que la tête coupée. Mais 
mens au Ja-  Jes fpectateurs s’approchant enfuite pour eflayer la bonté de leurs katans ou 
b de leurs fabres, taillèrent les cadavres en piéces ; après quoi, plaçant les mor- 
ceaux l’un fur l’autre, ils recommencérent encore cette fanglante boucherie, 
pour voir qui couperoit le plus de morceaux à la fois. [Saris ne trouva pas moins 
d’injuftice dans la Sentence que de barbarie dans l’éxécution.] La femme, dans 
l'abfence de fon mari qui étoit allé faire quelque voyage, avoit donné un ren- 
dez-vous aux deux hommes, à différentes heures. Celui qui devoit venir le 
dernier, trouvant letemstroplong, s’étoit préfenté aflez tôt pour la furpren- 
dre avec l’autre; & dans la rage de fe voir trompé, il s’étoit vangé à coups de 
fabre. Le bruit avoit attiré les voifins, qui s’étoient faifis des trois criminels; 
& fans mettre aucune diftinétion entre leur crime, le Roi les avoit condamnés nr 
fur le champ à la mort. Les reftes des ttois cadavres furent D Lu M 
chiens 


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(r) Le Roi Toyna, cft le Roi Foyne. R. d. E. 


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par l’ordr 
propre mi 
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Mouffon q 
&F(s) L'Ar 


ce Prince pa 
dats qu’il ye 


| 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cap. Y. 379 


chiens & aux oifeaux de proye. [Le 10, on éxécuta encore trois hommes dont  Sunrs; 
deux étoient frères, qui avolent enlevé une Femmede Firando, &l'avoient #61 3. 
vendue à Nangazaqui il y avoit déja du sm Autant que la fin de ces 
fpeétacles eft tumultueufe, autant l’on obferve d'ordre & de gravité dans 
les préliminaires. La marche commence par une homme feul, qui porte une 
hache fur l'épaule. Il eft fuivi d'un autre, qui porte une pioche, pour ouvrir 
la foffe du coupable, lorfque la Sentence permet qu'il foit enterré. Un troi- 
fième porte une petite planche, fur laquelle le crime & la Sentence font gra- 
vés. Le quatrième eft le patient, les mains liées derrière le dos avec une 
corde de foye, & portant fur la tête une petite bannière de papier, où fon 
crime eft encore écrit en fort gros caraétères. Le Bourreau fuit, le katan au 
côté, & tenant d’une main le bout de la corde dont le criminel eft lié. Deux 
Soldats marchent, la pique à la main, de chaque côté du criminel , & tiennent 
la tête panchée fur fon épaule pour lui ôter toute efpérance de pouvoir s'é- 
chapper, Saris, qui en vit conduire plufieurs avec ces tragiques cérémonies , 
admira leur réfolution, & confefle qu'en Angleterre même on ne va point à 
la mort avec cette fermeté. Il en vit éxécuter un pour avoir ‘lé un fac de 
iris qui ne valoit pas plus de trente fols, [dans la maifon de : n Voifin, pen- 
H dant qu'elle étoit en feu.] [Le vol eft commun au Japon, mais il n'eft puni 
nulle-part fi févèrement. 
i&æ [LE r1, trois Jones Chinois, chargés de foye, arrivèrent à Nangazaqui. 
Le 19, le Roi Foyne (s) pria Saris de lui donner une piéce de Serpillière. 
on la lui envoya; & aufli-tôt il s’en fit faire un jufteau-corps, que malgré 
fa qualité & fon grand âge, il portoit appliqué immédiatement fur fa peau ; 
le refte de la piéce fut employé à des mouchoirs dont il fe fervit tous les 
jours. Le 20, il arriva encore à Nangazaquiun Jonc de la Cochin-Chine, 
chargé de foye, & de très beau Benjoin. ] 

LE 29, William Adams, qu'on attendoit depuis quarante-huit jours, arriva Arrivée de 
heureufement à Firando, après avoir einployé dix-fept jours à venir de Soron- Willian A: 
go. Dans les entretiens qu’il eut avec Saris fur les intérets du commerce, il mi. 
lui dit que les conjonétures n'étoient pas toûjours également favorables, mais 
qu’il ne doutoit pas qu'avec un peu d'habileté & de conftance, les Anglois ne 
puffent y trouver leurs avantages, comme d’autres Nations qui les avoient pré- 
cédés. Il fit d’ailleurs de grands éloges du Pays, pour Duel il fembloit avoir 
pris beaucoup d’affeétion. 

LE 13 au matin, un des Gouverneurs du jeune Prince fut coupé en piéces Crime & fup. 
par l’ordre du Roi, pour avoir entretenu un commerce trop familier avec fa plice d'un 
propre mère. Un Éfclave du coupable eut le même fort que fon Maître, pour S°uvereur. 
avoir entrepris de le défendre. Le même jour, quelques Efpagnols, arrivés à 
Firando, vinrent prier Saris de leur accorder le pañage jufqu à Bantam. Ils  Efpagnols 
étoient de l'Equipage d’un Amiral d'Efpagne, qui avoit été envoyé l'année iabandon- 

précédente pour tenter de nouvelles découvertes au Nord du Japon. Pendant miral, 
le féjour que leur Vaiffeau étoit obligé de faire à Jedo, pour attendre la 
Mouffon qui commence à la fin de May , ils s’étoient révoltés contre leur Chef; 


&F(s) L'Auteur de la Relation remarqueque la bravoure qu’il avoit témoignée, & des heu- 
ce Prince pañloit pour un des meilleurs Sol-  reux fuccès qu’il avoit eu dans les Guerres de 
dats qu'il y eut dans toutle Japon, à caufede Corée, 

Bbb 2 


2 


Sants, 
1013. 


Préfens defti- 
nés à l'Empe- 
reur du Japon, 


Voyage de Sa- 
ris à laCour de 


l'Empereur, 


Fukkate, 
grande Ville, 


339 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


& l'ayant abandonné avec la dernière perfidie , ils cherchoient à fe rappro- 
cher de l'Europe. Mais Saris leur déclara, que ne pouvant prendre plus de 
confiance que d'eftime pour des gens de leur caraétère , il n évoit pas difpofé à 
les recevoir. 

Le deffein des Anglois, tel qu'ils l'avoient communiqué au Roi de Firando, 
étant de fe rendre à la Cour de l'Empereur du Japon , ils convinrent avec le 
Roi, des préfens qu'ils devoient offrir à ce grand Monarque & à fes princi- 
paux Officiers, du nombre d'hommes qu'ils devoient envoyer à Méaco, & 
des préparatifs qui convenoient à leur députation. Les préfens furent bornés 


aux fommes fuivantes, [fans que l’Auteur nous apprenne fi c'étoit en argent Æ 


monnoyé, ou en valeur de marchandifes. ] 


liv. fterl. fchel. fols. 

Pour l'Empereur Ogoxofama....sssuss 87 ss 7 soso 6 
Pour Xongofama, fils de l'Empereur... 43 sossosce DS vstssooisoptis © 
Pour Kodskedona, Sécretaire d'Etat... 15 sus 17 ssssssssssssss Ô 
Pour Saddadona, fils du Sécretaire (f) 14 ss 3 sms 4 
Pour Jhokora, Juge de Meaco...….. vo À oossvcsooonese HO svosssonenores 6 
Pour l'ongo-Dona , Amiral d'Orongo.…. 9 ss 10 ss © 
_Pour Goto-Shoravero , Maître de la 

MONNOYE...rrrrsnsnssssonrnsossrennnnse LE sssssoossnsees © versus © 


[CE détail n'a de curieux que le nom de l'Empereur & ceux de fes prin- + 


cipaux Miniftres, car il n’eft pas fait pour donner une haute idée de l'Am- 
baffade Angloife.] Cependant (v) le RoiFoyne, quiavoit pris beaucoup d'af- 
feétion pour Saris, lui fit préparer une belle Galère, avec vingt-cinq Ra- 
meurs de chaque côté, & foixante autres Japonois pour cortége. Elle fut 
ornée fort galamment. Dix Anglois, choifis pour accompagner Saris, s'é. 
quipérent particulièrement de ce qu'ils avoient de plus riche. Ils partirent 
le 2 du mois d'Août, & Saris nous a laiflé une Relation fort éxaëte de ce 
voyage. 

Î se pañfèrent entre plufieurs Iflks, dont la plûpart leur parurent extrême- 
ment peuplées, & remplies de fort belles Villes. Celle qui fe nomme Fuk- 
kate, eft défendue par un Château de pierres de taille, mais fans artillerie & 
fans garnifon ; ce qui parut d'autant plus étrange à Saris, que l'ayant obférvé 
de sie, il le trouva bien entretenu, avec un foffé profond de cinq brafes, 
& trois fois (x) plus large, un pont-levis & plufieurs guérites. On fut obligé 
de relâcher au Port de Fukkate, parce que le vene.& la marée l’emportoient 
fur les efforts des Rameurs. La Ville ne parut pas moins grande à Saris, que 


celle de Londres, confidérée dans l’enceinte de fes murs. [Elle eft bien bâ-x$ 


tie, & les rues font fi droites qu’on peut voir d’un bout à l’autre.] Elle eft 
plus peuplée qu’on ne peut fe l'imaginer, & les Habitans en font fort civils. 
Cependant les enfans & la vile populace s’affemblèrent autour des Anglois & 


(en 
+ £ ) Angl. Sécretaire du Fils de l'Empereur. ce ici dans l'Original. R. d. E. 
E 


. E. (x) Angl. deux fois. R. d. E. 
(u) La çe. Seétion de ce Chapitre commence 


r'appro- 
plus de 
ifpofé à 


irando, 
avec le 
| princi- 
co , à 
. bornés 
| argentrh 


fols. 


LILI] O 


fes prin-# 
de l'Am- 
coup d'af- 
cinq Ra- 
Elle fut 
aris, s'é- 
artirent 
ête de ce 


extrême- 
ame Fuk- 
rtillerie & 
t obfervé 
q brafles, 
fut obligé 
aportoient 
Saris , que 


Elle eft 
ort civils. 
Anglois & 

des 


t bien bà-Xxÿ 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car, V. 38: 


des Le ar de la Galère , en criant avec un bruit épouvantable, Koré, ko- 
vd, Rokord, ward, c'eft-h-dire, Cordens, cœurs perfides. On fut expofé au mê- 
me traitement dans toutes les Villes où la Galère relâcha, & dans quelques- 
unes on effuya quelques volées de pierres, fans d trouver d'autre reméde 
. e ’ H u 
que de pañler en filence, Au long de toute cette Côte, jufqu'à la Ville d'O- 
zaka, Saris remarqua un grand nombre de femmes qui habitent fur l'eau , dans 
des Barques , avec leurs enfans , tandis que les maris s'occupent fur le riva- 


x à diverfes fortes de travail, [comme cela fe voit fouvent en Hollande.] 


occupation des femmes eft de pêcher du poiflon en plongeant jufqu'à fept 
ou huit braffes de eine Mais cet éxercice leur rend les yeux aufli rou- 
ges que du fang, & leur profeflion fe reconnoît à cette marque, On mit 

eux jours depuis Firando jururà Fukkate, A dix ou douzelieuës, dans le 
Détroit de Xemina Seki, les Anglois obfervèrent une grande Ville, près de 
laquelle ils virent à l'ancre un Jonc de neuf cens ou mille tonneaux , revêtu 
de plaques de fer, avec une garde pour le garantir du feu & de toutes for- 
tes d’accidens. 11 étoit fort bien conitruit, à peu-près comme on nous re- 
préfente l'Arche de Noé. Les Japonois dirent à Saris qu'il étoit deftiné à 
tranfporter des Soldats dans les Ifles, lorfqu'on étoit furpris par la guerre ou 
par quelque révolte. 

APrès qu'on eut pañlé les Détroits, il ne fe préfenta rien d'extraordi- 
naire jufqu'aux environs d'Ozaka , où l'on arriva le 27 d'Août. La Galère ne 
pouvant s'approcher de la Ville, il vint à fa rencontre une Barque légere ,qui 
apportoit le Maître de la maifon où les Anglois devoient être reçus à leur 
arrivée, Il leur préfenta des rafraïchiffemens de vin &de fruits. Pour remon- 
ter le fleuve, la Barque fut tirée par des Matclots, avec une corde attachée 
au fommet d’un mât. Ozaka eft une Ville de la même grandeur que lukka- 
te. Elle a pluficurs ponts de bois, fur une rivière qui n'eft pas moins lar- 
ge que la Tamife. Ses maifons ne font pas également belles, mais il s’en trou- 
ve plufieurs d’une beauté extraordinaire. Ozaka eft un des principaux Ports 
du Japon. Son Château eft d’une grandeur confidérable, fortifié par de lar- 
ges & profonds foflés , avec plufieurs ponts-levis à chaque porte. Les murail- 
les ont douze ou quinze pieds d'épaifleur , avec des ouvertures par interval- 
les pour lancer des fléches, des dards & des pierres. Elles font de belles 

ierres de taille, & foûtenues par un large rampart. Chaque pierre eft tail- 
ée fi éxaétement pour remplir fa place, que fans aucun beioin de ciment, un 
peu de terre fuffit pour remplir les jointures. | 

Ce Château étoit la demeure de T'icofzma, Fils du dernier Empereur , qui 
fe trouvant dans l'enfance à la mort de fon Père, avoit été laiflé fous la tu- 
telle de quatre Seigneurs, dont Ogoxofama étoit le Chef. L’ambition de ré- 
gner leur avoit bientôt fait violer tous les droits; mais Ogoxofama, feignant 
de prendre les armes en faveur du jeune Prince, avoit défait fes trois ri- 
vaux dans plufieurs batailles. Il en avoit tué deux, & forcé le troifiéme de 
chercher fon falut par la fuite. Enfin lorfqu'il s’étoit vû fans concurrent, 
il s'étoit fait proclamer Empereur , à l'extrême étonnement de ceux qui 
ne l’avoient pas foupçonné de cette vûe; & s'étant faili du légitime hé- 
ritier de la Couronne, il l’avoit marié à fa fille, comme le feul moyen dont 
on pût efpérer une parfaite reconciliation. Mais il avoit confiné les deux 
jeunes époux dans le Château d'Ozaka, & placé près d'eux, pour Garde con- 

Bbb 3 tinuelle, 


Santa. 


10613. 


Jonc de mil. 
le tonneaux, 


Ozaka, gran- 
de Ville du Ja. 
pon, 


Ufurpation de 
l'Empire par 
Ogoxofama, 


J Sante, 
1613. 


Ville deSakay. 


Ville‘ de Fu: 


chimi & fa 
garnifon, 


Ordre de la 
Milice Japo- 
noie, 


Marche du 
Commandant, 


L! 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


382 


cinuelle , un certain nombre de jeunes gens qu'il avoit fait élever depuis le 
berceau , dans un dévouement abfolu à toutes fes volontés, Ainfi n'ignorant 
pas les démarches & les plus fecrettes penfées du Prince, il gouvernoit l'Em. 
pire avec une parfaite fécurité. 

Vis-à-vis d'Ozaka , de l'autre côté de la rivière, on découvre une autre 
Ville, nommée Sakay, qui eft fort inférieure en étendue, mais qui entretient 
un grand commerce avec les Ifles voilines, 

Le28, frésavoir laiflé, à quelques Négocians d'Ozaka, des effais de 
marchandifes & leur prix, Saris partit fur une Barque pour Fuchimi, où il 
arriva le 29, Cette Ville, qui eft fortifiée fuivant la méthode du Pays, a 
pour fa garde trois mille Soldats, que l'Empereur y entretient dans la feule 
vûüe de tenir en refpeét Ozaka & Meaco. On renouvelloit la Garnifon à l'ar- 
rivée des Anglois. Ils virent fortir les vieilles Bandes, & les nouvelles pren- 
dre leur place. Elles marchoient fur cinq hommes de front & dix de hauteur, 
A chaque divifion, elles avoient un Ofhcier, [nommé Capitaine de cinquan-y#s 
te, ] qui les entretenoit dans un ordre éxaét. La première étoit armée de Cali- 
vers , Car les Japonois n'ont pas de pe 2 rar &n'en veulent pas prendre l'ufa- 
ge. La feconde l'étoit de piques ; la troilième de katans, ou de fabres, & de 
targettes ; la quatriéme d'arcs & de fléches ; la dernière, d'une forte de bâtons 
ou de crocs garnis de fer, qui fe nomment dans le Pays Waggadashes, Ces 
cinq divifions, avec leurs différentes armes, formoient une Compagnie , après 
laquelle une autre füuivoit dans le même ordre, Mais il n'y avoit ni enfeignes, ni 
tambours, ni trompettes, ni d'autres inftrumens de guerre, La première file des 
katans avoit des fourreaux d'argent ; & la dernière, des fourreaux d'or [ou do-# 
rés.] Toutes les Compagnies n'étoient pas compofées du même nombre d’hom- 
mes. L'une étoit de cinq cens, une autre de trois cens, & les autres de deux 
cens cinquante. Au milieu de chacune , trois chevaux en bride & en felle 
richement caparaçonnés, avec les houfles de velours brodé ou de pelleterie 
précieufe, étoient conduits chacun par trois Efclaves, qui les tenoient avec 
des longes de foye. Les Capitaines marchoient à cheval, à la queuë de cha- 
ue Troupe, mais les jambes croifées fur deux paniers, où leur lit & le refte 
de leur bagage étoit renfermé. Les plus vieux avoient derrière eux une for- 
te de dofier, contre lequel ils étoient appuyés dans une poflure affez com- 
mode. Saris & les Anglois rencontrèrent le. Commandant de la Garnifon 
deux jours après avoir vû la première Troupe; car chaque Compagnie mar- 
choit à deux ou trois lieuës de diftance , pour la commodité des Jlogemens 
& des vivres. [Celles qui fuivoient étoient toûjours mieux équitées quexf* 
celles qui les précédoient ; & la dernière étoit la plus belle de toutes.] Le 
Commandant étoit diftingué par la richeffe de fon équipage. 11 prenoit en 
chemin le divertiffement de la chafle & du vol. Outre fes chevaux de ba- 
gree, il en avoit fix de main , qui furpafñloient, au jugement de l'Auteur, 
. . plus beaux Genets d’'Efpagne. [Ils étoient de petite taille, & bien-faits ; ils X$ 
avoient la tête fine & étoient pleins de feu.] Son palanquin, de velours cra- 
moifi, étoit porté devant lui par deux hommes; mais il y en avoit fix, qui 

fe relevoient tour-à-tour pour cet emploi. 

IL régnoit un fi bel ordre dans la marche de cette petite armée , qu'on 
n'entendoit parler d'aucune injure ni d’autres fujets de plainte. Comme cha- 
cun payoit pour fes befoins, tous les Soldats étoient reçus volontiers sus 
es 


eterie 
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Larche, dure « apon . 
KRYGS-TOG der: JAPONNERS. 


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dre obftac 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar. V. 383 


les lieux de leur p , I n'y a point de Villes ni de Villages fur les rou- 
tes publiques qui ne foient bien pourvûs de Cuifiniers, de Traiteurs & d'Au. 
berges, où l'on peut fe faire fervir fur le champ ce que l'on delire, au prix 
xquon veut employer, [depuis un Sol, jufqu'a deux Schellings par tête, ] 
den communs dans tout le Pays font le ris, de diverfes fortes, entre 
lefquels néanmoins le blanc eft le plus eftimé ; le poiflon frais ou falé ; tou- 
tes fortes d'herbes, de pois, de racines j de la volaille, des oifeaux & du gi- 
bier de coute efpéce, car l'Éurope n'a pas d'animaux qui ne foient en abon- 
dance au Japon. Mais les Japonois n'aiment point la chair des animaux pri- 
vés. 11 ont différentes efpèces de fromages, & ne font pas de beurre. Ils 
n'ont pas non plus l'ufage du lait, parce qu'ils le confidèrent comme du fang. 
Leur froment ne le céde point à celui d’ p. omant. mais la couleur en € 
rougeâtre. Ils employent les bœufs & les chevaux à labourer la terre. Les 
Anglois ne payèrent que trois fols pour une poule graffe , & le même pe 
pour un faifan, Un excellent cochon de lait ne leur couta que douze fols ; 
un cochon gras , cinq fchellings ; un bœuf, feize ; un chevreau , trois ; & la livre de 
ris, un demi-fol. La boiffon commune du peuple eft l'eau pure, qu'ils font un peu 
chauffer, & qu'ils regardent dans cet état comme un fouverain préfervatif contre 
les vers. Leur unique liqueur eftune diftillation de ris, qui eft prefque auffi forte 
ue l'eau-de-vie de France, & qui reffemble en couleur au vin de Canaric. 
lle n’eft pas chère. Cependant après avoir tiré la meilleure & la plus forte, 
ils font encore fur le marc une liqueur | foible, quieft à l'ufage des Pauvres. 
Le 30, on fournit à l'Ambailade Angloife dix-neuf chevaux, aux dépens 
de l'Empereur , pour tranfporter les préfens à Suragon , avec Saris & fa 
fuite. Outre le cheval qui devoit lui fervir de monture, il y avoit pour lui 
un palanquin , & fix hommes nommés pour le porter. 1 Officier, que le 
Roi de Firando Jui avoit donné pour guide, prenoit foin, en vertu d'un or- 
dre Impérial, de louër ces porteurs & ces chevaux de Ville en Ville. 11 é- 
toit chargé aufli de la dépenfe & du logement; & füuivant l'ufage du Pays, le 
convoy étoit précédé d'un Eftlave à pied , qui couroit la pique à la main. 
Le voyage dura à dre 6 de Septembre , à quinze ou feize lieuës par 
jour. Cette route eft la principale du Japon, Les foins qu'on a pris pour 
l'applanir en coupant jufqu'aux montagnes , l'ont rendue fort commode & 
fort unie. Elle eft divifée en lieuës, à chacune defquelles on a placé des 
deux côtés une petite ere de moins pour avertir de la longueur du che- 
min, que pour régler le | cp des chevaux & des porteurs de louäge, qui 
n'eft que d'environ trois fols pour chaque lieuë, On trouve fur toute la rou- 
te une quantité furprenante de Voyageurs. Les métairics & les maifons de 
campagne font en fi grand nombre, qu'on n'avance point fans en découvrir 
de nouvelles. On rencontre une infinité de Villages , plufieurs grandes Vil- 
les & des pontons commodes fur chaque rivière. Il fe préfente aufñi des 
Couvens dans quantité de lieux, ou des temples environnés d'un petit bois, 
& bâtis, la plûpart, dans les plus agréables parties de chaque Canton. Les 
Prêtres, qui font le fervice de la Religion, habitent ces lieux, & n’y man- 
quent pas plus qu’en Europe de toutes les commodités de la vie, Aux en- 
virons de chaque Ville, on trouve des croix chargées de criminels qui ont 
Rété punis par ce fupplice. [Le préjugé de cet ufage n'a pas été le moin- 


dre obftacle à la propagation de l'Evangile dans toutes les Ifles du Japon.] 
La 


LU 
Sante, 
16134, 
Abondance, 
de vivres dans 
les routes pus 
bliques. 


Saris faitune 
partie du 
voyage par 
terre, 


Beauté ad. 
mirable de la 
route, 


Obflarts on 
Chr'iia ns 


SARIS. 
1613. 
Suronga, fé- 
jour de l'£m- 

pereur. 


Sariseft con- 
duit à l'Au- 
diance, 


Il eit traité 
favorable. 
ent, 


384 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


La Ville de Suronga où l'Empereur du Japon tenoit fa Cour, eft auñi 
rande que Londres avec tous fes Fauxbourgs. On n'y fouffre point d'arti. 
M dans l'intérieur, pour ménager le repos de l'Empereur & des Grands , 
qui ont leurs Palais au centre de la Ville. Aufñi ne trouve-t'on à l'entréeque 
des boutiques , des magafins, & d’autres lieux de travail , où l’on ne voit 
paroître que des Marchands & des Ouvriers. 

Aussi-TÔT que Saris fut logé, il envoya William Adams à la Cour, pour 
déclarer fon arrivée & demander une prompte expédition. On lui répondit 
qu'il étoit le bien-venu, & qu'après s'être repofé un jour ou deux, il feroit ad- 
mis à l'Audiance de l'Empereur. Le jour fuivant fut employé à préparer les 

réfens & à fe procurer de petites tables du pays, avec des parfums, pour s’en 
aire accompagner fuivant l'ufage. Le 8, Saris fut conduit dans fon palan- 
uin du Château de Suronga, précédé de fes F'aéteurs, qui portoient les pré- 
ens, 11 pafñla plufeurs ponts, dont chacun avoit fon corps de garde. Enfuite 
ayant monté un grand efcalier de pierres choifies, il vit venir à farencontre 
deux perfonnages d’une figure fort grave & fort impofante , Kodskedona , 
Sécretaire de l'Empereur, & Fungondona Amiral, qui l’introduifirent dans 
une chambre nattée, où ils s’affirent les jambes croifées. Après queïques mo- 
mens de repos, ils le firent entrer dans une autre chambre qui fe nomme en 
langage du pays, la fale de préfence. On y voit le fauteuil, ou le Trône de 
l'Empereur, qui eft de drap d’or, élevé d'environ cinq pieds & fort riche- 
ment orné, mais fans dais au deflus. Saris & fes Anglois furent avertis de 
le falucr ; après quoi ils furent reconduits dans la première chambre , où ils 
n'attendirent pas moins d’une heure. Enfin, quelques Officiers de la Cour 
étant venus annoncer que l'Empereur avoit paru, le Sécretaire & l'Amiral 
prirent Saris fous les bras & le conduifirent à la fale de préfence ; mais ilsle 
quittérent à la porte, en lui faifant figne d'entrer, & fans ofer eux-mêmes 
jetter les yeux dans la fale.  L’Auteur obferve que les préfens, c’eft-à-dire, 
ceux du Roy d'Angleterre & ceux que l’Ambaffadeur offroit en fon propre 
nom, fuivant l'ufage du Pays, avoient été placés fur des nattes, dans la fale 
d’Audiance, avant l’arrivée de l'Empereur. 

Sar1s accompagné du feul Adams, qui lui fervoit d’interpréte, s’avança ref- 


peétueufement vers le Trône, [où l’Auteur ne nous apprend pas fi l'Empereur 


eftoit affis, ni s’il étoit environné d’un nombreux cortège.] Après un com- 
pliment fort court, Saris préfenta au Monarque du Japon lalettre du Roi d’An- 
gleterre. Il la reçut de fa propre main, & l'ayant portée à fon front, il don- 
na ordre à fon Interpréte qui étoit aflis derrière lui, de dire à William Adams, 
qu’il voyoit les Anglois'avec plaifir, & que lorfqu'ils auroient pris deux ou 
trois jours pour fe remettre des fatigues d’un filong voyage, il leur feroit don- 
ner la réponfe qu’il vouloit faire au Roi leur maître. Enfuite il demanda au 
Général Anglois s’il n’avoit pas deffein d'aller voir fon Fils, qui étoit à Fedo. Sa- 
ris ayant répondu que c’étoit fon intention , l'Empereur donna ordre qu’on 
lui fournît des hommes & des chevaux pour ce voyage. [L’'Audiance finit 
par un figne de tête du Monarque, qui fit connoître aux Anglois qu’il étoit 
temps de fe retirer.] Saris retrouva le Sécretaire & l’Amiral à la porte. Ils 
le conduifirent jufqu’à l’efcalier, où il rentra dans fon palanquin pour retourner 
à fon logement. 


LE 9, il porta au Sécretaire les préfens qui lui étoient acftinés. ir cet 
Officier 


qui reg 
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ança ref- 
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un com- 
Roi d'An- 
, il don- 
Adams, 
deux ou 
roit don- 
anda au 
Fedo. Sa- 
dre qu'on 
ince finit x | 
u’il étoit 
orte. Ils 
retourner 


Mais cet 
Officier 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Citar. V. 385 


Officier refufa conftamment de les recevoir, en proteftant qu'il étoit lié par 
une défenfe exprefe de l'Empereur fon maître, & qu'il y alloit de fa ke 
Cependant il accepta quelques livres de tablettes d'Aloës, comme un rand 
reméde pour fa fanté.  Saris lui remit un Mémoire contenant les ie du 
re A “ee à Le avoit quatorze; Kodskedona, qui les trouva trop longs, 
se ; ‘ mel ent abrégés, par la feule raifon que les Japonois n'aiment 
Le 10, Adams fut chargé de porter un abrégé des articles au Sécretaire 
ui les communiqua auffi-tôt à l'Empereur. Ce Prince les approuva tous à 
l'exception d'un feul qui regardoit les Chinois. Les Anglois n'ayant pû ds 
tenir la liberté du commerce à la Chine, Saris demandoit qu'il ne fi does 
mis d amener dans les Ports du Japon les prifes qu'ils feroient fur cette \ 
tion, & d'en vendre les marchandifes aux Japonois. L'Empereur n'avoit tits 
qué d abord aucun éloignement pour cette propolition; mais après en ï 
conféré avec un Miniltre de la Chine, qu'il avoit à fa Cour i Mate que 
cet article ne feroit jamais accordé. ‘Tous les autres pafférent fous le 5 
fceau, qui n’eft pas de cire, comme en Europe, mais qui confifte re 
dans quelques caractères gravés en couleur rouge. Le Maître de la S 
noye ne fit pas les mêmes difficultés que le Sécretaire , pour recevoir les + 
fens des Anglois; mais il en marqua fa reconnoiffance à Saris, en We 
voyant deux robes de taffetas du Japon. Avec l’Intendance de la monno lé. 
il avoit la qualité de Marchand Impérial, ce qui le mit dans une corref de 
dance plus étroite avec les Anglois, qui lui communiquérent divers cab de 
leurs marchandifes. 11 étoit fort eftimé de l'Empereur; & ce qui au aps 
toit beaucoup fon crédit, il s'étoit engagé par un vœu nat fe Ru 
la mort de fon maître, pour fe délivrer de la douleur de lui furvivre ns 
L £qQuiraGe qui devoit conduire Saris à Jedo, ayant été réparé 
füivant l'ordre Impérial, il partit le 12, avec fon cortège. Le pays M tre 
verfa lui parut fort peuplé. Il admira fur-tout un grand He je Fot “ 
ou de Temples, entre lefquels il en vit un fort célèbre par la ftatue dune 
Divinité nommée Dabis. Elle étoit de cuivre, & creufe intéri ni 
mais fi grande qu’elle n’avoit pas moins de vin rt & un où aus deut Die 
de hauteur, quoiqu'elle fût dans la pofture d’un homme à Ha & L PRE 
fes appuyées fur fes talons. Tous les membres étoient one foflour ‘ 
portionnée. Elle étoit couverte d’une robe, pour au entee là véné pes 
du peuple , par la richeffe de l'habillement. On ne refufa point au Abbis 
la permiffion d'entrer dans l'intérieur du corps, avec ie vs Eve 
qui regardoient cette circonftance comme une partie de leur dévoten Le 


SArts, 
1613. 


Réglement 
des articles du 
COIMMULCe, 


Refus d'un 
article. 


Saris fait le 
voyage de 
Jedo. 


Hloles & fu- 
perftition du 
pays, 


retentiflement de la voix y caufoit un bruit terrible. Chacun prenant la li- 


berté de graver quelques caraétères fur le cuivre, les Anglois y écrivirent 
leur nom & l'année de leur pañlage. Ce Temple eff fitué fur le grand che 
min qui conduit à Tenkadaÿ , autre lieu de pélerinage, où les Grand & 
le Peuple fe rendent avec le même emprefflement de fuperftition Will 

Adams, qui avoit eu la curiofité de faire ce voyage raconte que du 
les mois on amene au Temple de Tenkaday une des plus belles filles di 


pays; 
(y) La 10°, Seûtion de ce Chapitre commence ici dans l'Original. R. d. E. 


II. Part. Ccce 


SaAR1s. 
1613. 


Saris arrive à 
Jedo. 

Beauté de la 
Ville, 


Rue fingu- 
ficre, 


Age & fitua- 
tion du Roi de 
Jedo, 


Retour de Sa- 
ris à Suronÿa. 


386 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


pays , qu'on place avec beaucoup de bienféance , dans une chambre fort 
ornée, Là, pendant certaines nuits, l'Idole Tenkaday fe préfente à elle 
& la traite avec toute la familiarité d'un mari. Il lui explique toutes les 
difficultés que les Bonzes, (c’eft le nom des Prêtres), la prient de lui pro- 
ofer. Mais lorfqu'il la quitte, & qu'elle fait place à celle qui doit lui 
Érccéder , elle fe trouve couverte d'écailles, qui reffemblent à celle d'un poif- 
fon. On ignore enfuite ce qu’elle devient. L’Auteur paroît perfuadé que 
c'eft le Diable qui fe joue ainfi de la crédulité des Japonois, fans faire réllé- 
xion que l'intervention des efprits eft inutile au milieu des Bonzes. 
L'Amsassape Angloife arriva le 14 à Jedo, Ville, non-feulement plus 
rande que Suronga, mais beaucoup plus admirable par la magnificence de 


es bâtimens. La plûpart font [ bâtis de belles pierres, & 7] dorés dans plu- 
A [ Les montans des portes font aufli x$ 


fieurs endroits de açade & du toit. 
dorés ou verniflés. ] Les fenêtres ne font pas de verre, mais elles n’en font 
pas moins grandes; & les planches légères, dont les volets font compofés, 
font chargées de dorures & de peintures. La principale rue de la Ville eft 
formée par une chauffée qui régne continuéllement au-deflus d’une rivière, 
avec une ouverture de cinquante en cinquante pas, pour la commodité de 
l'eau. Les Villes de l'Europe ont peu de rues qui foient aufli larges que cet- 
te chauffée. 

APrRèÈs avoir fait avertir le Sécretaire d'Etat de fon arrivée, Saris fut 
conduit le 17, à l’Audience du Roi. Ce Prince tient fa Cour dans le Chi- 
teau de Jedo, qui eft beaucoup plus fort & plus beau que celui de Suron- 
ga. Sa garde eft auffi plus nombreufe. Saddudona , fon Sécretaire , étoit 
père de Kodskedona Sécretaire de l'Empereur. Son mérite & fon expé- 
rience l’avoient fait choifir pour Crouverneur du jeune Prince, qui paroifloit 
âgé néanmois d’environ quarante-deux ans. Saris fut reçu avec les mêmes 
cérémonies & les mêmes témoignages de bonté qu'a Suronga. Le Roi pa- 
rut fenfible à la lettre & aux préfens du Roi d'Angleterre: Il ordonna des 
rafraîchiffemens pour les Anglois, & leur promit que fa réponfe & fes pré- 
fens pour leur Maître feroient prêts dans peu de jours. 

LE 19, il leur envoya deux armures complettes pour le Roi d'Angleterre ; 
& une épée pour Saris, de celles que les Japonois appellent Tach,& quine 
font à l’ufage que des guerriers du premicr ordre. 


[CE même jour, trente-deux hommes ayant été renfermés pour dettes, le x£ 


Feu prit pendant la nuit à la maïfon, où ils étoient ;ils périrent tous dans les 
flammes. | 


Les Anglois quittèrent Jedo le 21; [depuis cette Ville jufqu’à la partie laX$ 


plus Septentrionale du Japon, on compte que la diftance eft telle qu’il faut 
trente-deux jours à un Cavalier pour aller de l’une à l’autre. ] Au lieu dere- 
venir à Suronga par le même chemin, les Anglois fe laifèrent volontiers con- 
duire dans une Barque du Roi jufqu’àa Oringa, Ville maritime , d’où ils n’arri- 
vèrent que le 29, à la Ville Impériale. Avec quelque empreffement qu’ils euf- 
fent demandé leur congé, ils furent obligés d'attendre jufqu’au 9 d’Oétobre, 
les lettres & les préfens de l'Empereur. Cependant on ne diminua rien des 
civilités qu'ils avoient reçues jufqu’alors, & le Sécretaire d'Etat fit plufieurs 
fois l'honneur à Saris de le vifiter dans fon logement. Enfin il lui remit la let- 


tre de l'Empereur, que Purchaff a confervée dans les caraétères du Japon, 
U. 


fufhra d'en joindre ici la traduétion.. 


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ca 
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EL 


ss préfent de 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V. 


Au Roïr DE LA GRANDE BRETAGNE. 


" apportée par votre fujet le Capitaine Jean Saris, le premier Anglois 
de ma connoiflance qui foit arrivé dans une partie de mes Domaines, 
» & je n'ai pas peu de joye d'apprendre quelle doit être la grandeur de vo- 
» tre fagefle & de votre pouvoir pour réunir trois puiffans Royaumes fous 
» Votre redoutable commandement. Je remercie Votre Majefté de la bon- 
» té extrême qui l’a portée, fans aucuneraifon de ma part, à m'envoyer un 

olufieurs chofes rares, telles que mon pays n’en produit point 
» &qu'onn'enn’a jamais vû. É les reçois, non comme d’un Etranger, mais 
» comme d’un Prince que j'eflime autant que moi-même, & dont je delire 
» que l'amitié me foit continuée. Je fouhaite aufli que votre Hauteffe per- 
ss (te dans la bonne intention d'envoyer fes Sujets dans les parties ou les 
» Ports qu'illui plaira de ma domination, où j'ordonnerai qu’ils foient très- 
» bien reçus; louänt beaucoup leur habileté dans la connoïffance admirable 
» de la Navigation, qui leur a fait découvrir facilement un pays fi éloigné, 
» fans que l'étendue d'un fi grand gouffre, &la crainte d’une infinité de tem- 
» pêtes & d'orages, leur ait fait abandonner l'entreprife des découvertes & 


7 F reçois avec plaifir la lettre obligeante de Votre Majefté, qui m'eft 


\» du commerce, dans laquelle ils me trouveront toûjours prêts à les favo- 


, tifer fuivant leurs defirs. J'envoye de mon côté à Vôtre Hautefle, par 
5 votre même Sujet, un petit témoignage de mon affeétion, en vous priant 
» de le recevoir comme de celui qui fe réjouit beaucoup de Votre Amitié. 
,, Comme les Sujets de Votre Majefté ont defiré certains privilèges pour le 


,») Commerce, & la permiflion d'établir un Comptoir dans mes Etats, non- 


es feulement je leur ai accordé cette faveur, mais pour la rendre plus folide, 
» je l'ai confirmée par mon grand Sceau. Donné dans mon Château de Su- 


… ronga , le 4 du neuviéme mois, dans la VIII<, année de (x) notre Dary (a), 
» fuivant notre manière de compter: demeurant l'ami de Votre Majefté, le 


» plus haut Commandant dans ce Royaume du Japon. Signé plus bas. Minna 
55 MONTTONNo. VEI. VE. VEASs. 

Avec cette lettre, on remit àSaris la Patente des Privilèges pour le com- 
merce du Japon. Il laiffa l'original à Cocks, qui devoit demeurer dans le 
pays avec la qualité de premier Faéteur. Les caraétères de cette piéce 
comme ceux de la lettre, différent beaucoup des caraétères Chinois. Leslet 
tres de chaque mot font écrites l’une fur l’autre, & les lignes prennent du 
haut du papier jufqu’en bas, en commençant à droite & continuant à gauche 
jufqu’à la dernière, au bas de laquelle eft le Sceau. 


Priviléges accordés par Ogoxofama, Empereur du Fapon, à Sir Thomas Smith , 
Gouverneur | 3 aux honorables Affociés de la Compagnie des 
Indes Orientales. 


S:rR:s. 


1613. 


Lettre de 
l'Empereur 
du Japon au 
Roi d'Angle- 
re, 


Caractires & 


? écriture du Ja 


DOn, 


» DREMIÈREMENT, nous accordons & donnons liberté perpetuelle aux | Patentes & 


ÿ Sujets du Roy de la Grande Bretagne, c’eft-à-dire, à Sir T'homas 
> Smith 

(3) Angl. dans la XVIII, Année. R. d. E.  gœ(a) ou Régne. 
Ccc2 


Priviléses du 
commerce. 


Sants. 


1613. 


388 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


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Smith Gouverneur, & à la Compagnie de Marchands des Indes Orientales , 
de venir dans tons les Ports de notre Empire du Japon, avec leurs Vaif. 
feaux & leurs marchandifes, fans aucun empéchement pour leurs perfon- 
nes & pour leurs biens, d'y réfider, de vendre, d'acheter , de faire des é- 
changes avec toutes fortes de Nations, d'y demeurer aufli long -tems 
qu'ils le jugeront-à-propos & d'en partir fuivant leur inclination & leurs 
befoins. - 
» ITEM. Nous les délivrons des droits de la Douäne pour toutes les mar- 
chandifes qu'ils ont apportées & qu'ils pourront apporter dans nos Royau- 
mes, ou qu'ils voudront en tranfporter dans d'autres pays; & nous auto- 
rifons les Navires qui arriveront d'Angleterre à procéder à la vente de 
leurs marchandifes, fans avoir befoin de venir ou d'envoyer davantage à 
notre Cour. 
» ITEM. Nousdéclarons, que, fi quelque Vaiffeau d'Angleterre étoit en dan- 
ger de faire naufrage dans notre pays ou fur nos Côtes, notre volonté ft 
non-feulement que nos Sujets leur prêtent de l'afliftance, mais que les 
Marchandifes qui auront été fauvées foient rendues au Capitaine, ou au 
premier Marchand; ou à ceux qui auront leur Commiflion, Nous voulons 
auf qu'ils ayent la liberté de bâtir pour la commodité de leur commerce 
une ou plufieurs maifons , dans quelque Portde nôtre Empire qu’ils en ayent 
befoin ; & qu'à leur départ ils puiffent la vendre, 
» ITEM. Si quelque Marchand ou quelque autre Anglois fort de cette 
vie dans l'étendue de notre Empire, les biens du mort demeureront à l4 
difpofition du principal Faéteur. Si quelque Anglois commet une offenfe, 
le droit de la juftice & de la punition appartiendra au principal Faéteur, 
& nos Loix ne regarderont ni leurs biens ni leurs perfonnes. 
» ITEM. Nous vous commandons, à vous, nos Sujets, quitrafiquerez avec 
les Anglois pour quelque partie de leurs marchandifes, de les payer fidéle- 
ment, fuivant les conventions, fans délai, fans remife, & fans qu'il vous 
arrive de leur renvoyer les marchandifes achetées. 
» ITEM. À l'égard des marchandifes propres à notre ufage, qu’ils ont 
apportées, ou qu'ils apporteront à l'avenir, notre volonté eit qu'elles ne 
foient jamais arrêtées ou confifquées, mais que füuivant les conventions dé 
prix qui feront faites avec les Marchands, éiles foienc payées au momeut 
qu’elles feront délivrées. 
» ITEM. Si dans leurs entreprifes pour découvrir d’autres pays, ou pour le 
retour de leurs Vaifleaux, ils ont befoin d'hommes ou de vivres, notre vo- 
lonté eft que vous, nos Sujets, vous leur fournifliez, pour leur argent, les 
commodités dont ils auront befoin. 
» Conciusion. Nous voulons que fans autre Paffeport , ils puiffent travail- 
ler à la découverte de Tradzo , ou de tout autre pays dans l'étendue & aux 
environs de nôtre Empire. 
» DE notre Château Le Suronha, ce premier jour du neuvième mois, dans 
la VIII, année (b) de notre Dary, fuivant notre manière de compter. 
Scellé de notre grand Sceau. 

Signé plus bas. Minna Montrono. Yer. YE. YEas. (c). EN 
(D) Angl. dans le XVILS. jour; & il fautlie d(c) Kempfer écrit ce nom de ectte manière 
fans doute dans la XVLile. année. R, d. L.  Sjejas. 


EN 
les Vai 
Londre 
clut qu 
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pines. : 
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pendant : 
lüivre, 1 
Ambafad 
dre les M 
K-pour la 
pendant t 
fort mal f 
quer, on 
Katans.] 
SARIS 
part (d) 
ticnne, O 
à Nangaz: 
que fous t 
Ja Mefñte : 
fept Japor 
cret pour 
pour les Le 
& ne rem 
dans une 1 
tes. Le 
tiens pour 
rolent à le 
inftruétions 
Crucifié av 
EN füiv; 
grofle pluyc 
te Ville qu 


(d) 


INDES ORIENTALES, Lav. IV, Car. V. 389 


les ;. EN pañfant par Ori ï 
in S : 
'aif- les ValTeaux P, f ga, ass obferva que ce Port eft excellent, & que Sanitrs. 
bd L Ale FF n 3 Ds pes sep 4 re que dans la Tamife au milieu de 1613 
. F 18. entrée par la mer eft aufli urês-füre & tré : Cr : 2° 
UE ra ; L Q és-facile. D'oùilcon- Excellence 
à é clut que les Bâtimens Anglois doivent le préférer à celui de Firando, d'au- ‘Port d'os 
ems tant plus qu’il n’eft qu’à quatorze ou quinze lieuës de Jedo. A la vé té l gi: 
eurs beftiaux & leurs autres provifions ne s’y trouvent point dans la pp ! 
j f ’} ï: P > . £ 2 € e 
D dance qu'à Firando; mais cette raifon même ne doit point empêcher qu'o | 
mar- ne lui donne la préférence. Lise | 
) au- 1 j Ve à ‘ 
Auto Mes eue ra: à se Does trouvérent dans cette Ville un Am- | 
: | ar. , arrivé des Philippines, qui avoit obtenu fl jé | 
e de dience de l'Émpereur, & qui lui avoi ifenté sets dr: eo der | 
. reur, i lui avoit préfenté quelques pié : dati » 
ge & la Chine, avec cinq gros flacons de vin de l'Europe, a re in | 
a. ne ja En d sus gen à u Cour Impériale, Il venoit demander que | 
L ugais es Efpagnols qui étoient : À , [ls 
té eft fés par le Roi-d'Efpagne, ni fuffent Ass AA ut pe PI line 1 
1e les Le . , Le à | LES aux 111D- 
sa au ed _ rent “ ur rejetta cette demande, en déclarant que le Fac Liberté étu- 
Lis ra 'e y: libre, d'où il vouloit que perfonne ne fût forcé de fortir. Ce- blie au Japon. | 
nérce pass ; ne que fi l'Ambaffadeur pouvoit perfuader à quelqu'un de le 
ayent Ambañlade ét ET NR AARNNANE de Ê 5 Gels Er eceaden. A soiré | 
y ade étoit le befoin que les Efpagnols avoient d'hommes, pour défe | 
dre les Molucques contre les Hollandoi À faifoi s PAU HSUAE 
Le “ya ent ollandois, qui faifoient de grands préparatifs | 
ù à lu P* d à RTS e ces Ifles. [Cet Ambailadeur ayant attendu inutilement 
“As pendant tout le tems prefcrit à fon Ambañlade, prit enfin congé de la Cour | 
ps a. fort mal ne du fuccès de fa négociation. Quand il fut prêt à s'embar- | 
éteur, quer, on lui envoya un petit préfent de cinq R ; | 
À obes sde | 
Katans.] 1 du Japon, & de deux | 
ÉTle- SARIS partit le 9 d'Oétobre, pour retourner à Firando. Après fon dé- | 
éle 4 r! (4), l'Empereur, qui avoit peu d'inclination pour la Religion Chré- 
il vous ie ordonna par une proclamation ,. que tous les Chrétiens fe retiraffent 
Li à RER sise maritime, éloignée de l'irando d'environ huit licuës , & 
M pe Melle AUS - mortel n'y en cit point d'afez hardis pour faire célébrer 
ns dé fept. Ja ri res IX es de fa Cour. Quelques jours après, vingt-  Perfécution 
pt. Jepongiss is gens de quelque diftinétion , s'étant affemblés en fe- les 
omeut A ct pour l'entendre dans un Fiôpital que les Chrétiens avoient fondé SEE 
É É pour Lindos À l'Empereur, informé de leur hardieffe , les fit arrêter 
pour le ne remit leur fupplice qu’au lendemain. ‘Tandis qu'ils pañloient la nuit 


Lans de même priton, le hazard y fit amener un Idoltre , arrété pour det- 

en 6 mad Jorfque les Officiers de la Juftice vinrent appeller les Chré- 

iens Roue cs SoReLDe à la mort, en offrant la vie à ceux qui renonce- 

M AE M Igion » cet nr qui avoit eu le bonheur de recevoir des 
nc a nuit, fortit courageufement avec le re 

crucifié avec eux. : ds ar ou 

E N fuivant la route de S a Mé 

h uron Ï à 

TE Ne De ga à Méaco , les Anglois efluyèrent une fi Méaco, Ville 

VA 1 q » O8 pû traverfer les rivières, ils n’arrivérentdanscet- très grade. 
ille que le 1 tobre. Méaco eft la plus grande Ville du Japon, & re: 
; n'eft 


tre VvO- 
nt» les 


ravail- 
Œ& aux 


s, dans 
mpter. 


EN 


manière 


(d) Angl, environ un mois avant fon arrivée. R, d, E, 
Ccc3 


399 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


sSanis nef prefque compofée que de Marchands. On y voit le principal Temple voient 
161%. du Pays, bâti de pierres de taille, & peu différent de Saint Paul de Lon. DY 4ux Ar 
A cé dres pour la grandeur, Il cft orné d'arches & de colomnes. Un grandnom.  ÆM d'ailleu 
al bre de Bonzes y font entretenus aux dépens du Peuple, From les Prêtres j£ M  Cux-mé 
parmi les Catholiques.] Les offrandes, [qui fe mettent fur un Autel,] con. j# tres Off 

filtent en ris & en petites piéces de monnoye , nommées Kondrijus, dont portoit 

vinuc font le fchelling d'Angleterré. La principale Idole , eft une Statue marchai 

coloffale de cuivre, à peu près femblable à celle de Dabis, dont on a vû Saris pi 

la defcription, mais incomparablement plus grande , car elle s'éleve juf: d'emplo 

qu'a la voute, Ce Temple, qui avoit été commencé par Tikofama, ve. commer 

noit d'être achevé par fon Fils. Saris, curieux de fçavoir ce que c'étoit & [Ma 

qu'une mäfle de pierres qu'il vit dans l'enceinte, avec une pyramide au-def. zéle de 1 

fus, apprit qu’on y avoit renfermé les oreilles & les nez de trois mille Co. qui s’éler 

réens , qui avoient été maflacrés à la fois. On nourrifloit foigneufement près WW les plus f 

du Temple le dernier cheval que Tikofama avoit monté; & comme iletoi ME William 

entretenu fans aucun éxercice, cette inaétion l'avoit rendu d'une groffeur monf. MS tant dem 

trueufe.  L'avenue qui conduit au Temple, a de chaque côtéun grandnom- Mi ils furent 

bre de piliers (e) de pierre, à dix pas l’un de l'autre, fur lefquels on a plaignit 2 

“e placé des lampes qui brûlent nuit & jour. Les Jéfüuites Portugais avoient es repro 
Collégs de Gans Méaco un fort beau Callége, où plufieurs Religieux Japonois du même diffimula 


a ite Po fe . e 4 
EEE Ordre prêchent [avec autant de zèle que de liberté.] Ils ont traduit le Nou-& M 


veau-T'eftament en langue vulgaire. On comptoit fept ou huit mille Chré- 


étoit févé 
tailler en 


tiens Japonois dans la Ville; mais les Idolâtres mêmes ne faifant pas diff. aux Japon 
culté d'abandonner leur enfans aux inftruétions chrétiennes, il y avoit beau- un Interp: 
coup d'apparence que l'Evangile y feroit infenfiblement beaucoup de pro- fon retour 


nières car 


grès. Outre le Temple principal, la religion du Pays en a beaucoup d’au- 
ja tous fes 


tres à Méaco. Les artifans des différentes profeffions y font refferrés cha- 


cun dans leurs quartiers & dans leurs rues, fans qu’on leur permette le mé- fait préfen 
Jange qui eft en ufage dans nos Villes d'Europe. A © rcdema 
Cerorr à Méaco qu'on devoit remettre aux Anglois, les préfens defti- MX ([Czrr 
Préfent pour Æ menace du 


le Roi d'An. n6$ Pour le Roi leur Maître. Ils quelques jours à les attendre, par- 

gleterre. ce qu’il manquoit encore quelque chofe à la perfeétion du travail. C'étoient 
dix grandes peintures, que les Japonois appellent Beobes, pour tendre une 
chambre au lieu de tapriïeries. 

Les Anglois Le 20, étant parti de Méaco, on arriva le foir à l'ufchinis. Le lende- 
font infultés Main à midi, ils étoient à Ozaka, où la populace encore plus infolente qu'à 
en retouruant Jeur premier pañlage, les fuivit en leur jettant des pierres, &criant Tin! 
à Firando,  Tofin! c'eft-à-dire, Chinois, Chinois; & d'autres, Koré , Koré, ou Coréens. 


trouvérent 
au fervice « 
moindres lu 
vû prendre 
Francifco, 
arriver Jea 
pour Saris, 


La Galère qu'ils y avoient quittée n'ayant pas ceflé de les attendre, aux lrpañloienc 
frais du Roi de Firando, ils y rentrérent le 24, & le 6 de Novembre, ilsar- Î miellés des q 
rivérent à Firando, où le Roi parut charmé de les revoir. de ce que le 

PENDANT leur abfence, les Faéteurs qu’ils avoient laiffés dans cette Ville Japon , fan 


Cufoit au 
Rates, A lé 
anilles fur 


avoient tiré peu d'avantage du commerce. Saris en apporte deux raifons: f 
Raifon de la :, Ë : ” > Af5 
langueur du l'une, que n'ayant point encore la permiffion de l'Empereur, on n’ôfoit ex- | 
commerce,  pofer librement les marchandifes en vente; l’autre , que les Hollandois a- } 
volent # 


(f) L'O 


(e) Angl. cinquante piliers, KR. d. E, 


mr 


emple 
Lon- \f 
jnom- : 
2rêtres X$* 
] con- x 
, dont 
Statue 
n a vû 
ve juf: 
a, Ve- 
c'étoit 
au-def- 
ille Co- 
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els: on à 
s avoient 
dumème # 


itle Nou-"K # 


lle Chré- 
pas diff- 
voit beau- 
ip de pro- 
ct Ë au- 
errés cha- 
tte le mè- 


endre , par- 
C'étoient 
endre une 


Le lende- 
folente qu'à 
jant Tin! 
ou Cordens. 
indre ; aux 
nbre , ils at- 


PTE Et Rens tion ri PEN 


ifens defti- 


scette Ville ! 
x raifons: 
n’ôfoit ex- k 
ollandois 4 | | 

volent à un 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V,. 391 


voient donné de faufles impreflions de leur valeur, en affeétant, pour nuire 
aux Anglois, d'en rabaiffer le prix. Il ajoûte queles (pas fe prévenoient 
d’ailleurs contre les draps de l'Europe, en voyant que les Anglois en faifoient 
eux-mêmes peu d'ufage; car les Marchands, comme le Capitaine & les au- 
tres Officiers, étoient vêtus de foye, & le commun des gens de l'Équipage ne 
portoit que des étoffes groilières, Vous louez, leur difoient les Japonois, des 
marchandifes pour lefquelles il paroït au fond que vous avez du mépris. 
Saris prend occafion de ce préjugé, pour recommander à fes Compatriotes 
d'employer conftammont à leur propre ufage les principales matières de leur 
commerce, & tout ce qu'ils veulent mettre en vente aux yeux des Etrangers, 
& [Mazcré l'inclination que le Roi Foyne avoit conçue pour les Anglois, le 
zéle de l’ordre & de la juftice lui fit condamner fans ménagement les querelles 
qui s'élevoient fouvent parmi eux, & qui alloient ARE jufqu'aux combats 
les plus fanglans.] Le 8 (f), André Polmer, Controlleur du Vaifleau, & 
William Marnell, Canonier, ayant paité la nuit à terre, fe querellerent avec 
tant d'emportement, qu'ils en vinrent aux armes dans un duel régulier, dont 
ils furent rapportés tous deux mortellement bleffés. Saris, à quile Roi s'en 
plaignit amèrement, fe rendit auili-tôt à bord & fit affembler tout l'Equipage. 
Ses reproches & fes menaces y répandirent la honte & la confternation. Il ne 
diffimula point que le Roi, déterminé à ne pas fouffrir dans les Anglois, ce qui 
étoit févé'. ment défendu aux habitans du pays, lui avoit protefté qu’il feroit 
tailler en piéces à coups de fabre ceux qui donneroient cette forte de fcandale 
aux Japonois. Et pour infpirer plus de terreur aux coupables, il fit paroître 
un Interpréte du Roi, qui fit la même déclaration de la part de ce Prince. A 
fon retour, le Roi lui rendit une vifite dans fa maifon, & ne reprit fes ma- 
nières careffantes qu'après s'être fait affürer qu’il avoit infpiré plus de retenue 
Ha tous fes geus. qu lui dit aufli que la piéce de Serpillière, dont il lui avoit 
fait préfent, avoit été confumée, dans l'incendie de fa Maïfon. C'étoit-là 
en redemander une autre ; aufli Saris lui promit-il de réparer cette perce]: 
x [Cerenpanr il fe trouva quelques Anglois, fi effrayés, ou fi choqués de la 
menace du fabre, qu'ayant abandonné le Bâtiment, au nombre de fept, ils 
trouvèrent le moyen de fe rendre à Nangazaqui , où ils s'engagèrent fans doute 
au fervice des Efpagnols. Saris fut quelques jours fans pouvoir fe procurer les 
moindres lumiéres fur leur retraite. Mais ayant appris la route qu’on leur avoit 
vû prendre, il fit à fi éclatantes, qu’elles allèrent jufqu’àa Domingo 
Francifco , Chef des Efpagnols à Nangazaqui. ] Onfut furpris à Firando de voir 
arriver Jean Comas, Marchand de cette Nation, avec deux lettres , l’une 


À pour Saris, l’autre pour le Faéteur Cocks, & des préfens de confitures, qui ne 


furpafloienc point en douceur, fuivant l’expreffionde l’Auteur, les termes en- 
miellés des deux lettres. Domingo Francifco témoignoit beaucoup de chagrin 
de ce que les fept déferteurs étoient arrivés dans fon abfence, & partis du 
Japon, fans que lui ni les Jéfuites en euffent la moindre connoiflance. Il s’ex- 
cufoit au d’avoir jamais dit que les Anglois fuffent des hérétiques & des Py- 
rates, À l'égard des fept hommes, il croyoit que trois avoient pris la route des 
Manilles fur quelque Jonc Japonois, & que les quatre autres étoient montés fur 


(f) L'Onzième Seétion de ce Chapitre commence ici dans l'Original, R. d, E, 


Querelles 
entre les An- 
glois. 


Défertion 
de fept An- 
glois, : 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


392 
Sante, un Bâtiment Portugais. Mais Saris comprit bien que ces excufes, qui faifoienc 
1613. tomber la faute fur autrui, étoient autant de fables. Il fçavoit que les Efpa. 


gnols haïffent les Portugais, n'aiment point les Japonois, & ne font pas plus 
aimés des uns & des autres, 

LA bonne intelligence régnoit fi conftamment entre le Roi Foyne & les An. 
glois, que ce Prince faifoic fouvent demander à Saris du bœuf & d'autres pro. 
vifions du Vaifleau, préparées à la manière Angloife. Ses deux Miniftres ren. 
doient aufli de fréquentes vifites au Comptoir. Un jour qu'ils fe procurérent l'a. 
mufement d'aller à bord avec le Faéteur Cocks, le feul defir d'entretenir la 
paix & l'amitié leur fit répéter à l'Equipage toutes les raifons qui devoient fai. 
re éviter les querelles, fur-tout les combats. Non-feulement les loix du pays 
condamnoient à mort ceux qui prenoient des armes pour fe battre, mais elles 
ordonnoient fous la même peine à ceux qui les rencontroient, de fe réunir 
pour les tuer fur le champ Lecce de fabre. [L'Auteur lou+ beaucoup la bon-x 
té du Seigneur (poupées nommé Nobezane, fans explique: les fervices qu'il 
rendit aux Anglois, ni le rang qu’il tenoit dans l'Ecat.] 

Le 14, Saris envoya fon Interpréte aux deux Rois, pour leur demander 
une douzaine de Matelots habiles, qu'il fe propofoit de mener jufqu'en An- 
gleterre. Les deux Princes étant alors engagés dans d'autres affaires, l'Inter. 
préte ne put parler qu'aux Sécretaires, qui lui répondirent qu'une demande 
de fi peu d'importance ne méritoit pas l'attention de leurs Maïtres, & qu'ily 
avoit dans la Ville un grand nombre de gens défœuvrés qu'on trouveroit tol- 
jours difpofés à partir. Ils ajoutèrent que les Follandois en avoient emmenés 
plufieurs, mais qu'on ignoroit quel avoit été leur fort, & celui même du 
Vaifleau. 

Le 18, les Anglois reçurent la vifite du Roi, qui leur avoit fait offrir le 
fpcétacle d'une danfe d'Ours. Il n'y eut perfonne au Comptoir qui ne s'at- 
tendit effeétivement à voir des Ours apprivoifés. Mais c'eit un nom queles 
Japonois donnoient à trois Courtifannes & à quelques Comédiens , [qui dan- 
foient avec des peaux d'Ours. ] Ils amufèrent long-tems l'Affemblée par une 
mufique & des figures de danfes , qui cauférent peu d'admiration aux Anglois. 
Le 19, Saris fut vivement follicité par le Chinois de qui il louoit fa maifon, 
& par un Faéteur Portugais, nommé Georges Duras, de s'employer auprés 
Grace accor. du Roi pour la liberté de deux honnêtes Japonois, dont tout le crime étoit 
déeäSais. d'avoir exhorté un Voleur à fe fauver par la fuite. Il n'étoit queftion que 
d'un petit morceau de cuivre, qui ne valoit pas trois fols. Cependant le 
Voleur n'ayant pû éviter d’être pris, fut condamné à mort; & ceux qui lui 
avoient confcillé de fuir auroient fubi le même châtiment , fi Saris n’eût de- 
mandé grace pour eux avec beaucoup d'inftances. 

LE 20, Samedon, Roi de Krats, qui étoit venu rendre une vifite d'a. 


Les Anglois 
s'accordent 
bien avec Îles 
Japonois. 


Saris fe pro. 
cure des Ma. 
telots du Ja- 
pon,. 


Danie d'Ours. 


Vifite du Roi 


Un : : mitié au Roi Foyne, fit prier les Anglois de le recevoir à bord , pour ad- 
Suris, mirer toutes les curiofités de leur Vaifleau. Comme il devoit être accom- 


pagné des deux Princes de Firando, Saris fe crut obligé de leur faire une 
réception d'autant plus galante, qu'il commençoit à n'être pas éloigné de fon 
départ. Elle commença par une décharge de l'artillerie, qui fut fuivie d’un 
magnifique feftin , d’un concert de mufique, & de plufieurs danfes à l’An- 
gloife. La fête finit, à la priére du Roïde Samedon, par un éxercice des 


Canoniers Anglois, qu'on fit tirer à la marque pour un prix qui leur fut pe 
pofé. 


pofé, 
envo 
@ [LIL 
le ter 
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qu'il x 
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Nord; & 


(g) Angl. 
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& les An- 
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vifite d'a- 
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fuivie d'un 
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xercice des 

eur fut pro- 


po. 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. V. 393 


pofé. Les crois Princes furent fi fatisfaits de la galanterie de Saris, qu'ils lui 
envoyérent chacun deux piques Japonoifes & un Katan. 


tr [Lx 22, Saris envoya au Roi de Krats un préfent, qui lui fut rendu dans 


le tems qu'il étoic à déjeuner dans la maifon du jeune Roi. Ille reçut avec 
olitefe, & il fit dire à Saris qu'il lui avoit une double obligation, tant pour 
a manière dont il l'avoit régalé à bord, que pour le prés confidérable 
qu'il venoit de lui faire: Quil n'avoit pas mérité cette faveur , & que pour 
en témoigner fa reconnoiflance , il feroit charmé de voir les Anglois dans 
les terres de fa dépendance. Le 26, on fit mourir avec les cérémonies décri- 
tes ci-devant un Japonois convaincu de vol, ou fuivant d'autres, pour 
avoir mis le feu à une maifon. ] ; 

Les préparatifs des Anglois pour leur départ ne pouvant être cachés aux ha- 
bitans de Firando, il s'en préfenta plufieurs à Saris, avec de grandes marques 
d'inquiétude pour les dettes de quelques particuliers de l'Equipage. Leurs plain- 
tes allarméèrent les Officiers du Vaiffeau, parce qu'elles pouvoient avoir d'au- 
tres fuites. On prit le parti de payer fur le champ, tout ce qui étoit dû , en 
fe réfervant le droit de déduétion fur les gages des débiteurs: & pour arrêter 
la défiance des Japonois, Saris fit déclarer , qu'à l'éxemple des Hollandois, il 
laifferoit dans fon abfence un Comptoir à Firando. En effet, quoiqu'il n'eût 
pas d'ordre exprès de la Compagnie pour cet Etabliffement, f confidéroic que 
d'autres Capitaines en avoient formé dela même nature à Siam & à Patane ; 
que la Patente de l'Empereur lui en accordoit la liberté; & qu'il lui reftoit 
affez de marchandifes pour fournir à l'entretien des l'aéteurs, jufqu'à l'arrivée 
de quelqu'autre Vaifleau de la Compagnie. Le Confeil, qu'il aflembla pour 
délibérer encore fur une affaire de cette importance, s'étant trouvé de mé- 
me avis, il choifit pour com ofer le Comptoir, huit Anglois & cinq Japo- 
nois; trois avec la qualité d'Interprétes ; deux avec celle de Domeftiques. 
Richard Cocks, nommé pour les Commander , reçut ordre non-feulement de 
joindre aux lumières qu'on s'étoit déja procurées fur le commerce du Japon 
toutes celles qu'il pourroit tirer de l'expérience, mais encore d'étendre fes 
recherches jufques dans la Corée, le Tushmay & les autres pays voifins 
pour obferver s'il n'y avoit point des avantages plus confidérables à s’y pro 
mettre. 

Le $ de Décembre, Cocks & fes compagnons vinrent faire leurs adieux à 
bord. On nous a confervé leurs noms: William Adams, qui ne fe laffoit 
pas de vivre au Japon, après y avoir déja paflé douze ans. T'empeit Pen- 
cok, Richard Wickam, William Eaton, Walter Carwarden, Edouard Sares 
& William Nelfon. Leurs appointemiens annuels (g) étoient de cent livres 
fterling. Saris, déterminé à mettre à la voile dès le même jour , fit la revûe 
de fon Equipage, qui fe trouvoit réduit à quarante-fix Anglois, cinq Swarts 


(h), quinze Japonois & trois Paflagers. [ Depuis fon arrivée dans cet endroit, 


We étoit mort deux hommes; un troilième avoit été tué, & il en avoit 
perdu fept par la défertion.] Par les obfervations, qu'il renouvella fort éxac- 
tement, il trouva l’Ifle de F'irando au 33°. degré 30 minutes de latitude du 
Nord; & pour variation, 2 degrés 50 minutes, Eft. 

Le 


_(g) Ængl. Les appointemens annuels de Wil- 
lim Ada D 
II. Part. 


Indiens, R, d. E. 
dd 


(b) Ces Swarts font vrai-femblablement des 


Sanrs, 
1613. 


Dettes des 
Anglois 
payées, 


Saris établit 
un Comptoir 
à Firando, 


Derniers a- 
dieux & noms 
des Facteurs. 


3# VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Sante, Les plan de la navigation étoit de fe rendre à Bantam, en fuivant les Co- 
161 FL tes de la Clrine. On eut d'abord le vent fi favorable, qu'ayant porcé au Sud 
Le Vaifleau quart à l'Oueft, on fe trouva le lendemain à foixante-neuf lieuës de Firan- 
ên À pi . Ce ne fut pas fans avoir fenti le grand Courant, qui fort entre la Co. 
— rée (1) & la e, ni fans avoir éprouvé la violence de cette Mer, E. 
tant an 29°. degré, on porta à l'Oueft-Sud-Oueft, pour doubler le Cap de 

Lambor , [fur les Côtes de la rm La Mer étoit fi grofle & le vent fix$ 

impétueux , que les Matelots eurent befoin d'employer tout leur art. 

& 12 avant le jour, la fonde donna trente-cinq brafles fur un fond bour- 
beux. Le matin, lorfqu'on fe jugeoit fort proche des Côtes de la Chine, on 
s'apperçut que ce qu'on avoit pris pour la terre n'étoitqu'une Flotte de plus 
de trois cens Joncs , dont les moindres paroifloient de vingt ou rente ton- 
neaux. Il en vint deux affez près du Vaiffeau. On ne fut pas tenté de les ar- 
réter, après les avoir reconnus pour des Pêcheurs: mais on fit inutilement 
toutes fortes de fignes pour engager quelques-uns de leurs Matelots à venir 

Route depuis à bord, Avant midi,on découvrit, à quatre lieuës, deux Ifles qui fenom- 
ét Ju ment les Pécheurs, vers le 25°, degré 55 minutes (4) de latitude du Nord. 
AÉPREM:  Enfuite on porta au Sud-Sud-Eft, en füuivani la terre avec un très-gros vent. 
A fept heures du foir, la lumière de la Lune fit reconnioître un roc, qui 
fe trouvoit direétement dans la courfe du Vaïifleau, & qui doit être, fui- 
vant le calcul de Saris, à douze lieuës des Ifles des Pécheurs. On s’en ap- 
procha d'environ deux fois la longueur du Vaiffeau , fans trouver moins de 
trente brafles. Saris fit porter de-là au Sud, avec le vent conftamment en 
oupe. 
; Li E 13, On tourna au Sud-Oueft, en fuivant à cinq lieuËs les Iflesqui font 
au long des Côtes de la Chine. Le 14, on tint la même courfe ; & le jour fui- 
vant, On apperçut quantité de Bâtimens pêcheurs, auxquels la violence du 
vent ne permit pas de parler; mais ils firent figne au Vaiffeau de porter à 
l'Oueft. Ce fut du moins le fens qu'on crut devoir donner à leurs fignes, 
parce qu'on n'étoit alors qu'à trois lieuës de la cerre. La latitude évoit ce 
jour-là de 21 degrés 40 minutes du Nord ; & depuis le 12, on crut n'avoir 
Erreur des pas fait moins de cent-quarante lieuës. Les Ifles qui bordent les Côtes de 
Cartes, a Chine font plus au Sud qu’on ne les a placées dans les Cartes. Vers trois 
heures après-midi, on eut la vûe de l’Ifle San-cha; & s’en étant approché 
jufqu'à deux lieuës, on porta de-là vers le Sud-Oucft au long de la verre, 

Le 18, la latitude étoit de 15 degrés 43 minutes du Nord ; & depuis le 
15,0n crut avoir fait cent-quarante lieuës Sud-Oueft quart au Sud. A cinq 
heures après-midi, on eut la vûe de Pulo-Kotan, à cinq lieuës de diftance. 
Cette Ifle, qui pau fort haute, eft à vingt lieuës, vers l’Oueft, d’un fameux 
rocher , nommé Plaxel. La fonde ne trouva point de fond dans cette grande 
mer, Mais le matin du jour fuivant , on eut la fatisfaétion de reconnoître à 
deux lieuës la Côte de Kamboya, qu'on fuivit Sud quart à l'Eft, fans perdre 
la terre de vûe. On fe trouvoit à midi, au 13 degré 31 minutes du Nord, 
après avoir fait quarante-quatre lieuës depuis le midi du jour précédent. [Com- x* ! 

me ! 


(i) I ya dans l'Original lle de Corée, fur- core longtems après que cette Rélation a été 
ps les Auteurs Anglois remarquent que ce écrite. R. dE 
ays a pallé effectivement pour une Ife, en- (k) Angl, 59 minutes, R. d, E, 


kg 


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e de plus 

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ui fenom- 

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& l'on 


(1) La 


PR 


9m 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cnar, V, 305 


me on fe croyoit à la hauteur de Varella ,] on continua d'avancer au Sud- 
Sud-Oueft , fans trouver de fond à cinquante braflès, quoiqu'on fe vint con- 
ftlamment à deux lieuts du rivage. Les Cartes mg Kamboya trop à l'Eft; 
car la courfe qu'on eft obligé de prendre à que . + diftance pour fuivre les 
Côves, fit connoître à Saris que cette terre elt Sud-Sud-Oueft & Nord- 
Nord-Eit, Elle eft bordée de quantité de rocs, qui fe préfentent comme au- 
tant d'Ifles, l'une à la diltänce d'une lieuë, l'autre d'une lieuë & demie, Mais 
elle n'a point d'autres dangers, de ceux du moins qui peuvent s'appercevoir, 
Saris obferve encore qu'on trouve les vents de commerce au long du riva- 
ge. Le 20, on étoit au 10e, degré 53 minutes du Nord , après avoir fait cin- 
mt re lieuës Sud quart à l'Oueft, Deux heures après, on eut la vûe 

‘une petite Ifle, qu'on prit pour celle qui eft à l'extrémité des Bañles, & 
qui fe nomme Pulo-Siti, On porta au Sud-Oueft, pour doubler cette Ifle ; 
en confüultanc toûjours le den de Linfchoten, qu'on avoit pris pour gui- 
de depuis lirando, & qui s'évoit trouvé fort éxaét (D. Le 21, on eut pour 
latitude 9 degrés 43 minutes du Nord; &, fuivant les calculs, on avoit fait 
trente-quatre lieuës,  Pulo-Kondor fe fit voir à cinq lieuës le matin du jour 
fuivant, & l'on crut avoir fait quarante-une lieuës, Sud-Oueft quart à 
l'Oueft, en fe trouvant à midi au 8°, degré 20 minutes du Nord, On porta de- 
là au Sud-Sud-Oueft, vers la verre qui fe nomme les Sept-Points. 

Le 25, à quacre heures du matin, on apperçut Pulo-Timon, dont on 
n'étoit qu'à cinq lieuës. La latitude, 2 gi de 38 minutes du Nord; & par 
les calculs, on crut avoir fait cent-une licuës Sud-Sud-Oueft $ Oueft, de- 
puis le 22. Le 28, après avoir fait quatre-vingt-deux lieuës Sud-Sud-Eft 
depuis le 25, on crut pouvoir juger à la ve, qu'on n'étoit qu’à une lieuë & 
demie de China-Bata, qui eit une terre baffle, couverte d'arbres & de ronces 
vers la pointe Sud-Oueft. En porcant l'après-midi, au Sud-Sud-Eft , entre plu- 
ficurs petites Ifles qui forment les Détroits de China-Bata, on trouva que ces 
Détroits font éxaétement placés dans la Carte de Janfon Mole, Hollandois, 

ui avoit fait préfent de ce fruit de fes obfervations au Capitaine Hippon, 
Aogiois, de qui la Compagnie des Indes l'avoit reçu. 

Le 29, un peu avant midi, l'eau changeant tout-d'un-coup de couleur , on jet- 
ta la fonde, qui ne trouva que fept brafles & demi. Bientôt on apperçut un 
roc affez élevé, qui paroît triangulaire & fort aigu du côté du Sud. Il n'eft pas 
fort éloigné, à l'Oueft, de l'entrée des Détroits. Sa fituation eft dangereu- 
fe, mais il eft placé fort éxaétement dans les Cartes ,avec fes profondeurs, 
La latitude de ce jour, étoit de 4 degrés 6 minutes du Nord; & la courfe au 
Sud quart à l'Oueit, de trente lieuës. La multitude de Baffes que la fonde fait 
découvrir de tous côtés, obligea de jetter l'ancre le foir fur fept braflès d'un 
fort bon fond de fable. 

LE 30 au matin, on vit paroître le Vaiffeau Anglois le Darling, qui faifoit 
voile à Coromandel. Son Equipage étoit de vingt-un Anglois, & neuf Swarts. 
Saris-apprit d'eux la mort de Sir Henri Middleton & la perte du Vaiffeau le 
Trade - Incréafe. On porta pendant le jour au Sud-Sud-Oueft, demi-Oucft , 
& l'on fit quinze lieuës. La nuit fuivante, tandis qu’on avançoit avec Bu 
es 


(1) La 126, Scétion de ce Chapitre commence ici dans l'Original, R. d. E. 
Ddd 2 


Sante, 
1611, 
Autre erreur 

des Cartes. 


On approche 
deChina-Bats: 


Ecueil fon 
dangereux. 


SARIS. 

1613. 

Dangers que 
les Anglois 
évitent, 


1614. 


Ts relichent 
à Bantam. 


Etat du 
Comptoir de 
Bantan, & 


réparations de 


Suris, 


Terrible In- 


cendie. 


396 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


les voiles, quelques Matelots prétèrent heureufement l'orcille au bruit des 
flots, qui battoient fur une chaîne de rocs abîmés. On laiffa aufñli-tôt couler 
l'ancre, fur un fond de dix-fept brafles & demi. Cette précaution fauva le 
Vaiffeau d’un péril d'autant plus preflant, que la marée commençant à baif- 
fer, ilauroit pù demeurer engagé au milieu de cet écueil. Le matin du jour füi- 
vant, on eut la vûe de la haute terre de Sumatra, & celle d’une Ifle. On paf- 
fa enfuite au long d'une chaîne de rocs, qui n'étoient qu’à un mille fur la 
droite, en laiffant de l’autre côté à deux lieuës, trois petites Ifles, qui préfen- 
tent la forme d’un triangle. Cependant le fond fe trouvant depuis neuf jufqu'à 
vingt-deux braffes, on fe feroit approché de la Côte de Java, qu'on voyoit 
à fept ou huit lieuës, fi l'on n’eût été fixé tout-d’un-coup par un calme, qui 
dura toute la nuit & tout le jour fuivant. Le 2 de Janvier , on eut un peu de 
vent, à l’aide duquel on remit à la voile. Mais on ne regretta point d’avoir 
été retenu plus de vingt-quatre heures, lorfqu’entre huit & neuf heures du ma- 
tin, on rencontra l'Expédition, Vaifleau Anglois, qui retournoit en Europe. Il 
n'y eut point d’Anglois, dans l’Equipage de Saris, qui ne profität de cette 
occafon pour écrire à fes amis d'Angleterre. 

LE 3, on entra heureufement dans la Radede Bantam. Mais la fatisfaétion 
de Saris fut troublée, par le chagrin de n’y trouver rien de prêt pour fa car- 
gaifon. L’excufe de ceux qu’il y avoit laiffés dans cette vûe, fut qu’ils ne s’é- 
toient point attendus à le revoir fi-tôt. Cette négligence caufa beaucoup de 
tort aux Anglois ; car lorfqu’on fut à Bantam, & qu'étant prêts de retourner en 
Europe, ils vouloient charger du poivre, on en fit monter le prix à l'excès. Ke- 
vi, Marchand Chinois, le déclara ouvertement à Saris, [ 
vendre pour douze Réaux & demi, les 10 facs.] 

DE dix hommes dont le Comptoir de Bantam étoit compofé , au départ des 
Anglois pour le Japon, il ne s’en trouvoit que cinq de vivans. Saris n’en 
avoit perdu qu'un dans le voyage de Firando à Bantam. L'état du Comptoir 
lui fit juger combien il étoit néceflaire de fe ménager la faveur du Gouver- 
nement. Il rendit des devoirs affidus au Gouverneur de Bantam, & lui offrit 
divers préfens. Mais il n’apporta pas moins de foins à rétablir l’ordre dans 
les magafins & dans leur adminiftration. La dépenfe du Comptoir, qui étoit 
exceflive en liqueurs fortes, fut réduite à de juftes bornes, & le nombre 
des Efclaves Indiens diminué. Avec beaucoup d'attention à fatisfaire tout 
le monde, Saris obtint que le prix du poivre fût modéré. Il en acheta mil- 
le facs, de Kevi & de Lakmoy, deux des plus riches Négocians de la Vil- 
le, à treize piéces de huit pour dix facs. Dans le poids,. il s’'apperçut de 
quelques différences, qui n’étoient point à fan avantage. Loin d’en prenr- 
dre droit de faire des plaintes trop dures, il n’employa que des politeiles 
pour faire remarquer cette injuftice; & fes reproches furent accompagnés 
d'un préfent de cinq piéces de huit, qu’il fit au premier Commis. Il en fut 
dédommagé par des témoignages efficaces de zèle & de reconnoiffance. Au 
milieu de tant de foins, il eut à fe défendre d’un accident terrible, qui lui 
fut cependant moins funefte qu'aux habitans de Bantam. Le 16, étant fur 
fon Vaifleau , il vit toute la Ville en flammes, & l’ardeur du-feu déchaï- 
née avec tant de furie, qu’il jugea toutes fortes de remédes impoñlibles. Il 
fe hâôta d'envoyer fes gens au rivage, pour donner au Comptoir des fe- 


ours qu'il ne croyoit que trop inutiles. Ils trouvèrent la Ville entiere- 


ment 


refufa de: lui en xs 


Himent m: 


Roi. ] 
nonçoit 
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LE 
reftes di 
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qui lui 
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déchaï- 
les. Il 
des fe- 
ntiëre- 
ment 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. V. 397 


ment brûlée; mais, par une faveur extraordinaire du Ciel, les Comptoirs 
d'Angleterre & de Hollande avoient eu le bonheur d'échaper aux flammes. 

Le 20, Saris pria Lakmoy & Lan-chinq, deux Négocians Chinois, de tra- 
duire en langue Malayenne la Lettre du Roi de Firando au Roid'Angleterre. 
Elle étoit en caraétères de la Chine. La voici, telle que l’Auteur a crude- 
voir la conferver. 


s RES puiffant Roi, je ne puis affez vous exprimer combien votre 
s* Lettre affeétionnée & votre noble préfent, qui m'ont été rendus par 
» votre Sujet le Capitaine Jean Saris, ont répandu de joye dans mon cœur, 


» ni combien je m’eftime heureux de jouir de l'amitié de Votre Hautefle. Je 
, Vous en fais mes remercîmens , & je vous en demande la continuation. Ma 
» joye eft extrême d’avoir vû arriver vos Sujets dans ma petite Ifle, après un 
» fi long & fi dangereux voyage. Mabonne volonté & mon fecours ne leur 
» Manqueront point dans leur digne & louäble entreprife de découvrir de 
» nouvelles terres & d’éxercer le commerce. Je ne puis trop éxalter leur 
» diligence & leur zèle. Ainfi me rapjrortant à eux-mêmes du récit de ce que 
» j'ai fait pour eux & des bons traitemens qu'ils ontreçus de moi, j'envoye 
» à Votre Hauteffe une petite marque de mon eftime, & je lui fouhaite une 
longue vie. De mon Château de Firando, le 6 de notre dixiéme mois. 
» Vote affeétionné ami, le Commandant de l'Ifle de Firando au Japon. 
FoyNE-Sanu-Masam. 


Les deux Chinois ne s'accordèrent point fur la prononciation du nom du 
Roi. Lanching vouloit que ce fût Foyne-Fofchi-Siam; & Lakmoy le pro- 
nonçoit comme il eftici. L’Auteur obferve que cette différence vient d’un 
défaut des caraétères Chinois, & que pour exprimer les noms propres, on 
eft obligé à la Chine, d'emprunter les caraétéres des autres mots qui ont le 
même fon ou qui en approchent le plus; ce qui caufe beaucoup d'erreurs. 
On trouve la même remarque dans Jofeph Acoita. 

Le 22, Bantam fut affligé d'un nouvel Incendie, qui confuma quelques 
reftes de maifons échapées aux dernières flammes. Mais les Comptoirs de 
Hollande & d'Angleterre furent encore préfervés. 

LE 26, il arriva un Bâtiment de mille tonneaux, dont l’Equipage s’étoit 
révolté dans l’Ifle Mayo, jufqu'a prendre les armes pour égorger fes Off- 
ciers. Cet horrible complot avoit été découvert par un Ecofois ,. qui en a- 
voit averti le Capitaine. Les chefs de la fédition avoient été furpris au mo- 


ment marqué pour l’éxécution de leur crime & jettés fur le champ dans 
q , J P 


la mer.] 11 fe trouvoit fur le même Vaifeau plufieurs foldats Anglois & E- 
coffois. 

LE premier de Février, on fut furprisau Comptoir Anglois, de voir reve- 
nir le Darling, qu'une tempête furieufe avoit mis dans la nécefité de fe ra- 
douber. Il fut réfolu, dans une affemblée de tous les Chefs, qu’il remet- 
troit à la voile inceffamment pour Sokadana, dans l’'Ifle de Bornco, & que 
de-là il iroit à Siam & à Patane. 


ENrIN Saris, ayant achevé fa cargaifon, leva l’ancre le 13 de Février. Départ de Sa- 


Sanrts. 
1614. 


Deux Chinois 


traduifent la 


Lettre du Roi 


de Firando, 


Remarque 
fur le nom, 


Sédition fur 


un Vaifleau 
Hollandois. 


IL obferva dans les Détroits de la Sonde, que la marée y monte pendant ris pour l'Eu- 
douze heures à l'E, & que le reflux à l'Oueit dure aufi douze heures. Le ‘pe 


Ddd 3 16 


SARTS. 


1614. 


Il appaife les 
Négres de 
Saldanna, 


Remarques 
ajoûtées à fon 
Journal, 


Ville de 
Machma dans 
l'Ule d'Yed- 
20, 


- 


398 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


16 de May, il arriva dans la Baye de Saldanna, où il trouva un Vaifleau de 
Londres, nommé /a Concorde. Avant qu'il en eut pû recevoir des informa- 
tions, quelques Habitans du Pays s'approchant dans leurs Barques, lui firent 
des plaintes fort vives par leurs fignes. [ls accufoient l'Equipage de la Con- 
cordc de les avoir infiicés fans raifon , & de leur avoir enlevé deux hom- 
mes. À la vérité ces malheureux Négres s’étoient défendus, & reconnoif. 
foient même qu'ils avoient bleffé quelques Anglois , mais n'ayant pas com- 
mencé la querelle, ils demandoient que les deux Prifonniers leur fuffent ref. 
titués, & que fi les Européens n'avoient pas befoin de leurs fervices, ils ne 
vinffent pas troubler leur repos. Saris s'employa volontiers pour terminer 
ce différend. Il en eut plus de facilité à fe procurer des rafraîchiffemens , 
pendant vingt-trois ue qu'il pafa dans la Baye ; &, prenant le parti de 
faire faler une groffe provifion de chair de bœuf , il trouva, contre l'opi. 
nion commune, que le fel y prenoit auffi-bien qu'en Europe. Un. Vaiffeau 
Hollandois, qui faifoit voile à Bantam , fous la conduite du Capitaine Cor- 
nelis Van-Harte, vint jetter l'ancre le 19, à la portée de la voix du Vaif- 
feau Anglois. 


LE 27 de Septembre ,Saris arriva heureufement à Plymouth, [où il eutt® 


à effuyer, pendant cinq ou fix femaines ,un tems fort orageux; & fe trou- 
va dans un danger plus grand qu'aucun de ceux où il avoit été, durant tout 
fon Voyage.] 

OX trouve à la fin de fon Journal quelques remarques détachées, dont il 
vante la certitude. Yedzo, dit-il, en faifant remonter fes Leéteurs à l’an- 
née 1613, eft une Ifle éloignée du Japon d'environ dix lieuës au Nord-Oueft. 
Ses Infulaires font blancs, & de fort bon caitère, mais fi couverts de poil, 
qu’à la première vûe, on les prend pour des finges. Ils n’ont point d’autres 
armes que l'arc, mais leurs fléches font empoifonnées. L’Ifle produit dela 
poudre d'or, que les Habitans donnent en échange aux Japonois pour les 
néceffités de la vie. Ils ne connoiffent l'ufage des poids & des mefures que 
fur le bord de la mer, où fe font ces échanges. Le plomb, le fer & le ris 
font les principales marchandifes qu'ils reçoivent du Japon. Leur Ville Capi- 
tale, ou plûtôt celle qui eft connue par le commerce , fe nomme Machma. 
Les Japonois y ont plus de cinq-cens familles , & un l'ort dont le Gouver- 
nent porte le nom de Machmadona. C'’eft-là que la plus grande partie des Infu- 
Jaires vient tous les ans, fur-tout au mois de Septembre, pour y faire leurs 
provilions. Au mois de Mars, ils y app-*'ent du faumon & d’autre poif- 
fon fec. Les Japonois n’ont de commerce réglé qu'avec cette Ville, Plus 
loin au Nord, on trouve d’autres Peuples d’une f1 petite flature, “ls ne 


font connus que fous le nom de Nains ; [mais ceux qui habitent lee Côtesyæ 


Méridionales , font de la taille des (#7) Japonois.] Entre l'Ifle d’Yedzo & 
le Japon, il y a un Courant fort impétueux, qui part de la Corée, & qui 
a fa direction à 'Eft-Nord-Eft. Les vents font ici généralement, comme au 
Japon, Nord d‘puis le mois de Septembre jufqu’au mois de Mars , & Sud 
pendant l’autre partie de l’année. 


fur ces Eabitans de Yedzo, font encore plus 
fabuleux. Voyez la Dejcription de la Chine 
par du Halde, Vol. IL. pag. 238. 


LATITUDES 


7 (m) Tout ce qu'onditdecette race de 
Pigmées, & de ces Hommes velus, eit pure 
fétion, Les contes que les Chinois débitent 


Cap de 
Machia 


xx 


Div 


HINE 
Ce. 
confidère 
avec la c 
faire l'o 
n'apport( 
que lere 
même. 
peine de 
a celles d 
LE 7 
tophe Co 
Anglois 
Bantam, 
LE 95 
tent indifq 


(a) C'ef 
de l'Origina 
; œ (b) 
. Pag. 384. 
Colon 
dant fon féjo 
mens arrivés 
le mois d'Oi 
16093 € fu 


om- 

1oif- 

OM 

-ref- 
Is ne 
iner 
ens , 
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l'opi- 
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Cor- 
Vaif- 


il eut 
trou- 
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lont il 
à l’an- 
Oueft. 
le poil, 
’autres 
ic dela 
our Îles 
es que 
le ris 
Capi- 
achma. 
ouver- 
s Infu- 
e leurs 
e poif- 
Plus 
ls ne 


: Côtesxr 


dzo & 
& qui 
mme au 


& Sud 


core plus 
la Chine 


UDES 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. 


Cuar. VI 


LATITUDES. 


Iles d'Angoxas........… 16 205$. Bachian.….....................….… 
Variation... jneniic 18 -00 Variation Eft........…. 
Ifle près de Mozambique... 16 32 Pole bre. lssesssscéosnenee 
Longitude... 76 10 VariatiONsssses 
Variation Ouelt...… 11 50 Fort Efpagnol à ‘Tidor.... 
Ifle de Moyella...........…. 12 13 Ifle DoYi...ssocsoosesssoosuse 
Baye de Tamarin...... 12 35N. Variation Eft......….. 
Variation Oueft...….. 18 42 FirandO sis sossscoisosscsssiése 


Cap de Comorin..…......... 7 42 Variation Eft......... 
Machian, ses © E$ 


PSC DD DEUTET | DT Det Je Dec DEC 
C H A PI TRE VI.(a) 


Divers événemens arrivés à Bantam €ÿ dans d'autres Parties des Indes 
Orientales, depuis le mois d'Oëtobre 1605 , jufqu’au 
même mois 1609. 


#2] 
VU © Ow O8 O 
Un 
le] 


A Sy article eft annoncé dans le précédent, comme une fuite utile & 


curieufe du même Journal. Mais il femble au contraire que fi l’on 
confidère la fortune de Saris dans fes différens degrés, fon voyage au Japon 
avec la qualité d’Amiral, & méine l'ordre fimple des années , T auroit dû 
faire l'ouverture de cette longue Relation. Aufñfi les Auteurs de ce Recueil 
n’apportent-ils pas d'autre raion pour juftifier un renverfement fi manifefte, 
que le refpeét qu'ils ont cru devoir aux intentions de] l’Auteur. C'eft Saris 
même. Il étoit Faéteur au Comptoir Anglois de Bantam , lorfqu'il prit la 
peine de recueillir toutes ces obfervations, qui peuvent fervir de fupplément 
a celles d'Edmond Scot. (b) 

LE 7 d'Oftobre 1605, l'Amiral Henri Middleton, & le Capitaine Chrif- 
tophe Colthurft, partirent de Bantam pour retourner en Angleterre. Les 
Anglois du Comptoir tuêrent le 8, un Efclave de Keygno Varo, Seigneur de 
Bantam, dans l’entreprife aétuelle de brûler leur maïfon. 

LE 23, quelques Hollandois, arrivés fur un Jonc de Priaman , racontè- 
tent indifcrétement que Sir Edouard Michelburne & le Capitaine Davis étoient 


fur 


399 


(a) C'eft Te Chapitre XVII du lil. Livre 
de l’Original. R. d. E. 

@œ (b}) Voicile Titre que PurchafT Vol. 
I. pag. 384. a mis à la tête de ces Remarques, 
Obfervations du Canitaine Fean Saris faites pen- 
dant fon féjour à Bantam , fur divers Evéne- 
mens arrivés dans les Indes Orientales , depuis 
le mois d'Oftobre 1605, jufqu'au même mois 
16093 EP fur les Marchés 9 les Marchandifes 


de es Contrées. Le tout rapporté d'après fapro- 
pre Expérience , ou des Rélations d'autrui ; 
Extrait de Jon grand Livre EP ajoûté ici comme 
un fupplément à fon premier Voyage, ES à la 
Rélation de Scot. À quoi on a ajoûté quelques 
Remarques du-dit Auteur fur les Villes les plus 
marchandes, ES les Marchandifes du plus grand 
débit dans cette partie du Monde. 


Saxts 
1605. 
Remarques 
préliminaires, 


Les Anglois 
accufés de 
violence. 


SARTS. 
160%. 


Ils fe jufti- 
fiunc à la Cour. 


Les Hollan- 
dois vont à la 
découverte 
d'une nouvel- 
le Ife. 


Plaintes des 
Chinois de 
Bantam con- 
tre les An- 
glois. 


40 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fur cette Côte, & qu'ils avoient pris dans les Détroits un Jonc de Guzara- 
te, qui venoit de Bantam à Priaman. Sur le bruit de cette nouvelle, les Anglois 
du Comptoir furent appellés le 25,àla Cour. On leur demanda s'ils connoif: 
foient Michelburne, & s'il étoit vrai qu'il eût commis une telle violence con- 
tre les amis du Roi, qui ne lui avoient fait aucun mal? Ils répondirent qu'à 
la vérité ils connoifloient un Anglois de ce nom, mais qu'ils ignoroient s’il 
étoit dans ces Mers, & s'il s'étoit faifi d'un Bäciment Guzarate; ou que ne 
l'ayant appris que par le récit des Hollandois, ils y ajoûtoient fi peu de foi, 
qu'ils foupçonnoient au contraire de cette injuftice un Vaifleau de Hollande 
qui étoit forti de la Rade de Bantam deux jours avant le départ du Guzarate. 
Leur apologie fit fufpendre du moins les rélolutions de la Cour jufqu'à d'autres 
éclairciflemens. Le 26, Verhagen, Amiral Hollandois, partit pour la Hol- 
lande avec deux Vaifleaux ;[les Anglois proficèrent de cette occafon pour é-j#» 
crire à la Compagnie l’état des affaires dans ces quartiers.] Michelburne arriva 
le 29. On s’attendoit à voir renouveller la querelle du Guzarate ; mais foit 
que la Cour eût réfolu de fe borner à fes premières plaintes, ou quelle crai- 
gnit une réponfe trop ferme, cette affaire fut enfevelie dans le filence. Cepen- 
dant Saris & Towtfon prièrent Michelburne de ménager les amis du Roi de 
Bantam. Il s’y engagea par une promefle, Qu les deux laéteurs ne manqué. 
rent pas de communiquer à la Cour; &, .e 2 de Novembre, il partit pour les 
Détroits de Pallingban. 

Le 13, à l'arrivée d’un petit Bâtiment Hollandois, nommé /e Petit-Soleil, x$ 
[ qui venoit des Moluques, ] il en partit un autre pour aller à la découverte d'u- 
ne Jfle qu'on nommoit, fans la connoître, l'Ifle de la nouvelle Guinée, où 
l'on prétendoit, fur divers bruits, qu’il fe trouvoit de l'or en abondance. [Le x@* 
24, Vanfoult fit voile pour Coromandel.] "+ fecours auroit été néc:flaire aux 
Hollandois dans !es triftes circonftances, vu leur Comptoir écoit réduit à Pa- 
tane. Il y avoit été confumé depuis peu par les flammes, avec toutes leurs 
marchandifes. Leur Amiral Warwick répara néanmoins une partie de cette 
perte, par la prife d’une riche Caraque Portugaife, qui faifoit voile à Macao 
avec fa cargaifon de foye crue & d’autres richeffes. 

Le 2 de Janvier 1606, un Jonc de Bantam, frété par les Chinois de cette 
Ville, mit à la voile pour Tamor. Sa cargaifon étoit compofée de plaques d’ar- 
gent fort minces, de la grandeur de la main, de fer d'Angleterre, de porce- 
laine groflière, de taffetas, de paons de la Chine (c) & de petites cloches. 
Muis les Chinois revinrent bientôt (4) en faifant retencir leurs plaintes contre 
Michelburne, qu'ils accufoient de leur avoir enlevé ce qu'ils avoient de plus pré- 
cieux. Ils en demandérent la reftitution an Comptoir, [ qui ailégua pour fa dé-H 
fenfe que le Vaiffeau de Michelburne n'appartenoit point à la Compagnie des 
Indes Orientales, & que n'ayant aucune relation avec les Anglois de Bantam, 
ils ne devoient pas répondre de fa conduite. ] : 

L'Amiraz & le Scha Bandar, qui étoient affez bien difpofés pour les An- 
glois, trouvèrent des moyens de concihation [ Mais la vengeance tomba fur ]# 
une régate Hoilandoïfe, qui revenout alors (e ) des Moluques. Elle en appor- 

toit 
Chinois. R. d. E. 


Ke) Ce mot alors doit s'entendre du 23 de 
May. R. d. E. 


(c) Ces Paons dela Chine, font dans l’O- 
riginal des poëles, ou d’autres utenfiles à la 
Chinoife. R. à. E. 

(d) Ang, le 20, on vit arriver un Jonc 


toit 
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Bantam ;, 


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appor” 
toit 


du 23 de 


toit les Marchands de cette Nation, que Baftianfon y avoit laiflés, & qui 


KHfavoient été dépouillés & chaftés par les Efpagnois, [ qui avoient aufli enlevé 


le Roi de Ternate qu'ils vouloient envoyer en Efpagne, à ce qu'on difoit. ] 
Ayant rencontré à dix lieuës de Jakatra la Flotte de Bantam , qui revenoit 
de Pallingban, où elle avoit porté la guerre, les malheureux Hollandois n'y 
trouvèrent que des Ennemis & des Voleurs, qui achevèrent de les ruiner par 
le pillage. En vain s'efforcérent-ils d'obtenir la reftitution de leurs biens à la 
Cour de Bantam. On écouta leurs plaintes, mais fans leur accorder la moin- 


Kdre fatisfaétion. La flotte Javane arrivale 29, [ de May, ] & ne fitqu'infulrer 


à leur difgrace. 

LE 15 de Juin, un Capitaine Chinois de Bantam, arrivé de Banda avec 
une riche cargaifon de fleur & de noix de mufcade, apprit à Saris que les 
Hollandois avoient découvert l’Ifle de la nouvelle Guinée, & que le Vaiffeau 
qui avoit formé cette entreprife étoit aétuellement à Banda. Mais les gens de 
l'Équipage racontoient qu'étant defcendus au rivage pour lier commerce avec 
les Fabitans, is avoient été reçus avec une nuée de fléches , qui avoient tué 
neuf Hollandois. Ces riches Infulaires n'étoient que des Payens barbares, & 
même Antropophages. Ainfi les Avanturiers Hollandois étoient revenus fans 
avoir tiré aucun fruit de leur courfe, 

Le 6 d'Août, il y eut une Eclipfe de Lune, qui dura deux heures. lle 
commença vers huit heures du foir. Les Chinois& les Javans firent un bruit 
horrible avec leurs mortiers & leurs poeles, en criant de toutes leurs forces 
que la Lune étoit morte. | 

Le 4 d'Oétobre, un furieux Incendie confuma le Quartier des Chinois, 
mais les Anglois eurent le bonheur de s'en garantir. Dans le cours de la mé- 


kXfme nuit, une Caraque Hollandoife , chargée de [quinze] mille facs de poivre, 


de loye crue & de fucre de laChine , mit à la voile pour la Hollande. Le 5, les 
Hollandois virent arriver des Moluques leur Vaitleau le Oueft Frifland, qui en 
avoit été chaîlé par les Efpagnols, & qui n'étoit qu'a demi-chargé de fleur 
de girofle, de cloux & de coton. Le 9, il arriva de Sukadona une petite 
Frégate, nommée /e Simon/on (f), avec fa cargaifon de cire & un grand nom- 
bre de diamans. Le 13, à minuit, il y eut un tremblement de terre qui dura 
peu, mais qui fut terrible. 

Le 13 de Décembre, deux Jones Hollandoiïs, arrivés de Jor, racontèrent 
qu'il y avoit onze V aifleaux de la même Nation devant Malaca. Leur Ami- 


ké-ral, nommé l'Orangia, étoit commandé par le jeune Matteleefe (g), [les 


autres Vaifleaux étoient l’Amfterdam Vice-Amiral ; le Middieton, le Mau- 
rice, l'Erafme, le Grand Soleil, le Petit Soleil, le Naffau, les Provinces, le 
Lion Blanc, & le Lion Noir. Le 22 de Mai, ] dans le deflein d'attaquer cette 
Ville, ils avoient jetté l’ancre à l’entrée de la Rade, où les Portugais leur 
avoient brûlé depuis peu une Caraque & quatre Joncs, & Matteleefe fit 
débarquer une partie de fes gens. Mais il reçut avis prefqu’aufli-tôt (h) par 
un de fes Bâtimens, qu'il avoit laiïflé à la garde d'une petite Ifle, nommée 


Cap 
(f) Angl. dont le Marchand s’appelloit (b) Angl. Mais, le 25 d'Août, ilreçut avis, 
Clues Simonfon. KR. d. E. R. d. E. 
(g) il faut lire Matclief, R, d. E. 


IT Part. Ece 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuuw. VI 4os 


SARIS. 


1606. 


Les Folle. 
dois en por- 
tent la peine, 


Eclipfe de 
Lune. 


Tremblement 


de terre. 


Les Ioll1n- 


dois attaquent 
Mal Abies 


SARTS 


1606, 


Combat na- 
valentre eux 
& les Portu- 
gais, 


1607. 


Hollandois 
tués à Banjar- 
mallin, 


Pyratcries 


402 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Cap Rochado, qu'on voyoit paruître une Flotte Portugaife de feize grands 
Vaiïfleaux, commandée par le Viceroi même. L'embarras des Hollandois 
fut extrême. Ils avoient à terre la moitié de leur monde & prefque toute 
lenr artillerie, Cependant les Portugais, qui s’étoient approchés , leur of. 
frirent vingt-quatre heures pour faire rentrer à bord l:urs gens & leur ca- 
non, avec la liberté de fe retirer. Mattelecfe en profita; mais étant forti 
de la Rade, il fe mit en ordre de combat , & l'engagement commença bien- 
tôt avec une extréme fureur. On fe bactit pendant quarante heures. Les 
Hollandois perdirent deux Vaiff-aux, les Portugais trois; & l'Orangia, percé 
de toutes parts, fut obligé de fe retirer avec le refte de la Flotte dans la Rade 
de Jor, dont le Roi étoit alors uni fort étroitement avec les Follandois. Ils 
y employérent un mois à fe radouber ; & retournant vers Malaca, ils y trou- 
vérent fix Vaifleaux Portugais, qu'ils preffèrenc fi vivement , qu'après en 
avoir brûlé trois, ils forcèrent les trois autres à fe brûler eux-méimes. Ilsfe 
rendirent cufuite aux Ifles de Nicobar, où ils fçavoient que le Viceroi s'é- 
toit retiré avec fept Vaifleaux ; mais il s’y étoit fortifié contre Îe rivage avec 
tant de précautions, qu'ils perdirent l'envie de l’attaquer. Le 20, Mattelee- 
fe arriva dans la Rade de Bantam, avec toute fa iloue,& partit le 29, pour 
les Moluques. 

Le 14 de May 1607, un Jonc Malayen, arrivé de Grefe, rapporta qu’un 
Marchand Ilollandois, nommé Julius, & cinq autres Marchands de la meme 
Nation, qui écoient partis de Bantam le 13 Novembre 1606, avoient fouf- 
fert la mort à Banjarmañin, dans l'Ifle de Bornco, pour avoir parlé fans re 
peét de la perfonne du Roi. Ce Prince informé de quelques expreffions indif. 
crétes, qui leur étoient échappées contre lui, leur fit dire qu'il avoit quelques 
affaires de commerce à leur propofer ;ils ne balancérent point dans cette con- 
fiance, à fe rendre à la Cour ; maisils furent maffacrés en chemin, & tous leurs 
biens confifqués. 

IL arriva le 17 d’Août,un Bâtiment Hollandois de Coromandel, nommé 
le Grand Soleil , & commandé par le Capitaine Peter Tfacfon, quirevenoit char. 
gé d'un riche butin. Il avoit pris vers l'Ifle de Ceylan , un grand Vaiffeau Por- 
tugais en. courfe pour Malaca, d'où il avoit tiré quatrevingt balles d'étof. 
fes précieufes, & huit cens caifles de fucre. [’ s’étoit faifi, dans la Rade de 


l'un Vaile: ,  N : ï rie 
Re Mafüulipatan ,. d'un autre Vaifleau de la même Nation, richement chargé de 


Hollandois, 


Chaleurs ex- 
traor dinares à 


Malulipatan, 


toutes les marchandifes qui font propres au commerce de cette Côte. C'é- 
toient des cloux de Sirose, de la fleur de muitade & des noix, des taffetas 
de la Chine, des velours & des damas de couleurs vives, car les blancs ne 
font point en ufage dans ce Pays; de la porcelaine de la Chine, & fur-tout 


de la plus grande. Ifacfon, [fier de tant d'avantages, | racontoit que les FTol-# 


landois avoient trois Comptoks fur la inême Côte, dans crois Villes difré- 
rentes, qui ne font pas fort éloignées l'une de l'autre; à Mafülipatan, à Pe- 
tapoli & à Belligat; que la fituation de Mafulipatan eft à 17 degres de lati- 
tude; que les provifions y font en fi grande abondance , que trente-deux pou- 
les ne s’y achetent qu'une piéce de huit, & un bœuf au même prix; mais 
qu'au mois de May, lorfque le vent foufle à l'Ouett , il y fait fi caaul!, que 
l'air y eft infupporiable, fans qu'on puiffe fuër néanmoins jufqu'au coucher 
du Soleil, après lequel tout le monde eft pris d'une fueur fort abondan':; 
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que 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar, VI. 403 


que dans tout le cours de ce mois, perfonne ne quitte fa maifon qu'à l'en- 
trée de la nuit, & que ceux qui rifquent de paroître pendant le jour ne man- 
quent point d'être fufoqués (7). 

LE 7 de Septembre, il arriva une groffe Pinañle Tollandoife d'une petite 
Ife, nommée Sainte Lucie, à 24 degrés & demi de latitude du Sud, & fi 
près de l’Ifle de Madagafcar qu'on y compte à peine un mille, Les Hollan- 
dois avoient été forcés d'y relâcher, pour fe mettre à couvert d'une Cara- 
que Portugaife, qui étoit partie de Madagafcar le 4 d'Oétobre 1656, & qui 
ayant fait plufieurs voyes d'eau , s'étoit vue dans la néceilité de jetter trois 
mille facs de poivre & d'autres marchandifes précieufes. Ils racontèrent aux 
Anglois de Bantam que l'Ifle de Sainte Lucie eft un lieu fort commode pour 
les rafraïchiflemens; que les Infüulaires n’y connoiffent pas l'argent ni d’autre 
monnoye ; que pour une cucillière d'étairi, on obtenoit d'eux un bœuf, & un 
mouton pour un petit morceau de cuivre; que l’ancrage y eft fort bon fur 
fepc ou huit brafles, quoique le fond foit un peu rude. 

Le 14 de Novembre, David Middleton, Capitaine du Confent , arriva de 
Londres à Bantam. 

(k) Le 17, Mattelcefe, Amiral Hollandois, revint des Côtes de la Chi- 
ne, où l’efpérance du commerce l’avoit expolé aux plus grands dangers. En 
vain s’étoit-1l préfenté aux Chinois , qui avoient rejetté toutes fes propofitions, 
& jufqu'a l'offre de cent mille piéces de huit par lefquelles il avoit tenté de 
gagner leur confiance & leur affeétion. Six Caraques Portugaifes, parties de 
Macao, l'avoient forcé de gagner le large avec perte de fa Pinafle qu'elles 
lui avoient enlevé. À fon retour, il avoit touché à Kamboya & à Pahang, 
mais fans y pouvoir obtenir rien de plus que des vivres. 

Le 17 de Décembre, on vitarriver le Gelierland, grand Vaiffeau de Hol- 
lande. II écoit venu entre l’Ifle de Saint-Laurent & la Côte d'Afrique. Le 
premier endroit où les Hollandois avoient relèché pour fe procurer des ra- 
fraîchiflemens, avoit été l’Ifle Mayotta , une des Comores. Ils y avoient 
frété leur Pinafle, dans une Rade à la vérité fort commode, mais dépour- 
vûe de vivres, & fur-tout de beftiaux, De-là ils avoient fait voile à Calecut, 
Ville qui leur avoit paru fi grande, qu'ils ne lui donnoient pas moins de cinq 
mille de longueur. Le Samorin , qui eit le Roi du Pays, leur avoit rendu 
une vifite à bord, vêtu fort richement, avec une couronne d’or fur la tê- 
te, & l’épée nue à la main. Il leur offrit toutes fortes de faveurs & la per- 
million d'établir un Comptoir dans fa Capitale; mais dans la crainte des Por- 
tusais, qui étoient alors fort bien avec lui, ils avoient refufé fes offres. En 
avançant vers Calecut, ils s'étoient faifis d’une Barque de la Mecque, char- 
gée de ris & d’un grand nombre de Paflagers, auxquels ils avoient fait payer 
Jeur rançon. 


Le 27, l’'Amiral Hollandois, Paulus Van Carle, mouilla dans la Rade de 


Santa, 
1607. 


Ifle de Sainte 
Lucie près de 
Madagafcar, 


Les Hollan. 
dois rebutés à 
la Chine, 


Ifle Mayotta, 
une des Co: 


mores. 


Arrivée de 


Bantam, avec fept grands Vaifleaux & une Frégate Portugaife dontil s’étoit Paulus Van 


faifi cans fa courfe. Îl avoit pris des rafraïchiffemens au Cap de Lope Gon- , 


(3) L'Anglois dit fimplement qu'on ne rifque 
was de paroître pendant le jour , parce que (k) La Seconde Seétion de ce Chapitre coms 
plufieurs perfonnes ont été fufoquées par la mence ici dans lOriginal, K. d, E, 

Fan 

Eec 2 


chaleur, R. d. FT, 


Carle À Ban- 


am, 


SaAnts, 


1607. 


Iavoit atta- 
qué Mozan- 
bique, 


Circonftances 
du Siège, 


Pyratsries de 
Paulus Van 
Carle, 


404 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


falve (1), fur la Côte de Guinée, où il avoit trouvé de l'eau & du poiffon 
en abondance, Après avoir pallé fix femaines, pour attendre le changement 
du vent qui étoit au Sud-Eft quart à l'EfE, il s'étoit rendu à l'Ifle d'Anna- 
ban fur la même Côte, Le 30 de Murs, il étoit venu mouiller au Port de Mo- 
zambique , malgré le feu continuel de l'artillerie du Château ; & fans perdre 
le cems d'abord à répondre à cette infulte, il avoit pris le parti d'attaquer à 
la vûe des Portugais, une l'régate de leur Nation & deux Navires Guzarates 
qui étoient dans le Port. Après s'en être faifñi & leur avoir enlevé toutes 
leurs marchandifes , il avoit brûlé les deux Guzarates; mais la régase Portu- 
aife lui avoit paru fi bonne , qu'il l'avoit confervée pour fon propre ufage. Le 
endemain, ayant fait la revüe de fes forces, qui fe trouvèrent compofées de 
neuf cens quatrevingt-quinze hommes ; il en mit à terre fept cens, avec 
fept piéces d'artillerie, qui commencèrent aufli-tôt à battre le Château. Cet- 
te attaque lui promettant peu de fuccès, il poufla fes tranchées fi près de 
de l'Ennemi, que fes gens pouvoient jetter des pierres dans le Château. Mais 
lorfqu'il comptoit d'employer la mine pour faire fauter les murs ,une furieufe 
pluye l'obligea d'abandonner cette entreprife. Les Affiégés profitèrent du dé- 
couragement des Hollandois pour lancer fur eux quantité de pots à feu, qui 
les incommodèrent beaucoup. Une fortie, qu'ils firent en même tems, ache- 
va de rebuter les Affiégeans, & les força de fe retirer après fix femaines d'un 
Siége inutile, qui leur avoit coûté quarante hommes, fans compter un grand 
nombre de bieffés, Ils rentrèrent dans leurs Vaiffeaux , pour fortir de la 
Rade, Mais à la pointe d’un angle funefte, où ils ne pouvoient éviter le 
canon du Château, ils furent fi maltraités de plufieurs coups, qu'un de leurs 
Bâtimens fut coulé à fond, & deux autres percés dangereufement. 

VAN Carle fe rendit à l'Ifle de Mayotta, pour réparer le défordre de fa 
Flotte. La Rade qu'il choifit pour y jetter l'ancre fe trouva fi bien fournie 
de bettiaux, qu'il y acheta fix cens vingt bœufs & trente-fix moutons dans 
l'efpace de fix femaines. Les Infulaires connoiffent fi bien l’ufage de l'ar- 
gent, qu'on ne peut rien obtenir d'eux que pour des piéces de huit. A l’ar- 
rivée des Hollandois, le Roi défendit à tous fes Sujets, fous de rigoureu- 
fes peines, de vendre les moindres provifions avant qu'il fe fut défait de 
toutes les fiennes. Aufli-côt que les Hollandois fe crurent parfaitement ré- 
tablis, ils retournérent vers Mozambique , pour recommencer l'attaque du 
Château. Mais en entrant dansla Rade, ils apperçurent trois Caraques , nou- 
vellement arrivées de Portugal. Cette vûe refroidit leur courage , & leur 
fit prendre le parti de continuer leur courfe vers les Indes. A trente lieuës 
de Goa , ils mirent à terre les Guzarates qu'ils avoient pris à Mozambique. 
Le lieu qu'ils choifirent, pour fe délivrer de ce fardeau , fe nomme Seper- 
don, [a 18 degrés de latitude du Nord. Ses habitans font des Mores grands X# 
Ennemis des Portugais.] Ils y trouvérent toutes fortes de rafraïchifflemens 
à bon marché, mais nulle autre marchandife qu'une petite quantité de poi- 
vre. De-là s'étant avancés vers les Ifles Commodo, à fept lieuës de Goa, 
ils fe faifirent d'une Caraque qui retournoit à Lisbonne, chargée prefqu'uni- 
quement de piéces de huit. Ils la brülèrent après s'être emparés de toutes 

fes 


quelques-uns difent être une partie de la baffe 


(1) Ce Cap cft à peu près à un degré de 
Guince. 


laticude Sul, fur les Côtes de Lcango que 


fes r 

d'un 
renc 

ils 

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X?"d'artillerie 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar. VI. 


495 
fes richeffes. L'amorce d'un fi précieux butin les fit demeurer pendant plus  Sanrs, 
d'un mois dans le même lieu, pour attendre les crois Caraques qu'ilsavoient 1607. 


+ 


rencontrées à Mozambique, Mais fe voyant trompés dans cette efpérance , 
ils Ce rendirent à Calecut, dans l'intention d'y parler au Samorin. Dix Galé. 
res, qui y étoient arrivées de Goa, leur Otérent l'envie de s'approcher du 
rivage, Cependant ils envoyérent au Samorin un préfent de deux piéces 

fde fer, & d'une] de fonte, en le faifant prier de leur accorder 
de l'eau. Cette faveur ne leur fut pas refufée; mais l'eau fe trouva fi mau- 
vaife, qu'ils n'en purent faire aucun ufage. Ils tournèrent vers le Cap de 
Comorin, fans en pouvoir trouver de meilleure; & leurs befoins étant de. 
venus fort preffans, ils s'eforcèrent de gagner les Détroits de Malaca. Mais 
les vents & les Courans leur furent fi contraires, qu'ils n'eurent point de ref- 
fource plus prompte que de fe rendre à Bantam. Il y avoit près de vingt- 
deux mois qu'ils étoient partis de Hollande. Van Carle, dont la haine nefe 
rallentiffoit pas contre les Portugais, remit à la voile le 13 de Décembre, 
pour aller croifer dans les Détroits de Malaca, où il fe promettoit de ren- 
contrer les Vaifleaux de Macao. Mais la fortune le fervit fi mal dans cette 
entreprife, qu'il revint le 4 de Janvier à Bantam, d'où il partit le 5, pour 
faire voile aux Moluques. 

Le 18, Mattelecfe leva l'ancre aufMi, pour retourner en Hollande, Sa Départ & 
cargaifon étoit compofée de douze mille facs de poivre, quatre cens facs de ‘rrivie de di- 
noix mufcades, de fucre, de bois d'ébéne, & de foye crue. versVaileaux, 

Dans le cours de l'année 1608, il arriva un prodigieux nombre de Joncs 
de la Chine & des autres parties des Indes. Le premier Bätiment de l'Euro- 
pe fut l'Erafinus, Vaïffeau Hollandois, qui retournoit d'Amboyne en Hol- 


I n'ôfe s'ap 
procher de 
Calccut, 


1608, 


xlande, chargé de fept cens bahars de girofle, [qu'il avoit acheté à Hitto.] 


Le premier de Septembre, une petite Pinaffe de la même Nation, arrivée 
de Machian, rapporta que deux grands Vaifleaux, la Chine & le Pigeon, a- 
voient été fubmergés fur leurs ancres devant cette Ville , par un vent d'Oueft, 
qui ne paroifloit point affez violent pour produire un effet fi terrible. Mais 
le moindre orage qui vient de ce côté-là, caufe des agitations extrêmes dans 
un Port où le fond eft fort mauvais & n’a pas moins de 70 ou 80 braffes. 
La perte des Hollandois avoit été compenfée par la prife de Machian & de 
Taffafal, qui ne leur avoit pas coûté un feul homme, Ils avoient mis dans 
chacune de ces deux Places cent vingt Soldats. C'’étoit de la même manière 
& par la même voye qu'ils s'étoient fortifiés dans le Château de Malayo. 

Le 10, une Pinafle Hollandoïfe partit pour Sukadana, dans la feule vâe 
de ramener les Négocians de cette Nation, qui y étoient accablés de mala- 
dies, & qui ne pouvoient fe faire payer de ce qui reftoit dû à leur Compa- 
gnie depuis le voyage de Claes Simonfon. 


Invañons deg 
Hollandois, 


kæ [Le 23, le Vaiffléau nommé la Zélande, arriva de Banda , à moitié 


chargé de fleur de mufcade, & de noix; fon port étoit de cent cinquante 
Lafls (m}). Le 25, on vit arriver le Hay, venant de Coromandel; il appor- 
toit diverfes fortes d’étoffes de Malayo, & de Cheara Java.] 
LE 2 d'Oétobre, Keeling, Amiral Anglois, arriva de Priaman dans le L'Amiral Kee- 
Dragon, & fe rendit le 7 à la Cour, avec une Lettre dy Roi d'Angleterre lingarrive à 
GG Lantam. 
C7 (m) ou 192 Tonneaux. 


Eee 3 


Mort tragl 


que lu Gou- 


Verneur, 


Difgracces 
du Vaifleau 
l'Hector, 


46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


& des préfens, qui confiftoient dans cinq piéces d'arcillerie, une aiguière & 
un baflin d'argent, & deux barrils (n) de poudre, Il fuc témoin avec tous 
les Anglois du Comptoir, d'un forc crifke fpeétacle, Les lunguvas, le Scha 
Bandar, l'Amiral, Kay Depacti, Utennagera, & plulieurs autres Seigneurs, 
irrités depuis long-tems contre le Gouverneur du jeune Roi, qui abufoit quel- 
quefois de fon autorité, fe réunirent pour le perdre,  Ayanc choil lu nuit du 
19, pour s'aflembler chez Kay Mas Pacti, ils fe rendirent fccrétement au Pa- 
lais, où ils commencèrent par s'afflürer de la perfonne du Roi & de la Reine 
Mère. Ils coururent enfuite à l'apparcement du Gouverneur, qu'ils efpéroienc 
de fürprendre dans fon lit; mais ileut le cems de fe fauver par la ruelle, après 
avoir reçu une blefüre à la tête, & de fe retirer chez le Grand-Précre, qui 
fe nommoit Kay Finkkey. Le refpeët d'un azile fi facrd n'arréta point ces fu- 
rieux, En vain l'inkkey paroiffant lui-même s'efForça de les arrêter par fes priè- 
res & fes menaces, Ils forcèrent l'entrée de fa maifon, & le Gouverneur pé- 
rit de mille coups entre leurs mains. [Le 18 , la Pinafle Hollandoife r:vine 
de Sukadana ; & elle ramenoit les Négocians qu'elle étoit allé chercher, & 
qui avoient été obligés de partir fans pouvoir fe faire payer de ce qui leur 6. 
toit dû, Le 6 de Novembre, le Vice- Amiral de Van Carle fic voile pour retour- 
ner en Hollande, avec cinq Vaileaux, chargés de cloux de giroile, de leur 
de mufcade, de noix, de poivre & de diamans, Le 8, il arriva une petite 
Pinafñle Hollandoife de Malaca , par laquelle on apprit qu'il y avoit dans ces 
Mers treize Vaifleaux, quis'étoient emparés dans leur route , de deux Ca- 
raques. Le 9, Samuel Plummer, partit pour fe rendre à Sukadana.] Kve- 
ling leva l'ancre le 4 de Décembre, pour retourner en Angleterre: mais le 
mauvais tems & les vents d'Oueft le repoullèrenc vers la Rade, Il remit à 
la voile le 10, & l'on fut furpris de le revoir encore le 13. Il avoit rencon- 
tré dans les Détroits l'Heétor, dont prefque tout l'Equipage étoit réduit à 
l'extrémité par le fcorbut; [ & l’intéret de la Compagnie l'avoit obligé de 
prêter fon fecours à ce malheureux Vaifleau. Il y avoit fait pañler une par- 
tic de fes gens pour fuppléer à la manœuvre, Enfin fans cette rencontre impré- 
vue, les Anglois de l'Heétor n'ayant plus la force de porter la main aux voi- 
les, couroient rifque à tous momens de fe brifer contre les rocs ou d’échoutr 
dans quelque Ie du Sond.] Ils avoient effuyé d'autres malheurs à Surate, où 


les Portugais [ de Daman) leur avoient pris leur Chaloupe, avec dix-neuf de ff 


leurs gens, & des draps d'Angleterre pour la valeur de neuf mille piéces de 
huit, Mais ils s’étoient un peu dédommagés de cette perce, en f& failiffint 
d'une Frégate de Columbo, dans laquelle ils avoient trouvé, entre autres mar- 
chandifes, onze balles d’étoffes des Indes (0), & treize petites piéces d'Artille- 


rie. [Leur arrivée à Bantam fitchanger de vûe à Kecling. ] [l.e 16 de Décem- y$s 


bre, on vit arriver de Hollande un petit Bâtiment, qui avoit été en route 8 
mois & dix jours. Il avoit rencontré, un peu au Nord du Cap de Bonne-Ef- 
pérance deux Vaiffeaux qu'il croyoit etre Anglois. Il s'étoit rafraïchi à Pulo 
Lamone, une des Ifles Comores, où il avoit acheté quantité de bœufs & de 
chèvres, pour des vieux couteaux & des cuillières d’étain. Le 22 ,1l fit voile 
pour 


étofles qu'on nomme poulings, KR, d, E, 


(a) Angl, un barril, R, dE, 


(9) Angl. où il y avoittreize piéces de ces 


kr 


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Banda 
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fe, de 
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Ofliciers 
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Bantam 
ce de IH 


& que le 


teignit pi 
LE 21 
moic lan 
ordinaire 
informati 
fonniers I 
loit fçavo 
Saris fut q 
des Prifor 
inftamme: 
d'autres af 
la Vérité « 
1] fçavoit 
Joit par ci 
d'inftances 
mot ‘l'an 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Cru, VI. 407 
e & 


tous pour Malaca , afin d'aller porter ordre à la Flotte Hollandoife de lever le Si- 
cha ge de cette Place.] : | | 

urs, Le 23, leCapiraine Towtfon partit pour | Angleterre dans le Dragon. Le r 
juel- de Janvier 1609, Kecling monta dans l'Hleètor , pour fe rendre aux Ifles de 
ik du | Banda, 

x [Le 7,il arriva de Coroman let, deux Vaifeaux Hollandois & une Pinaf: 


) 

De fe, dont la charge condifloit en Évoffes, en partie prifes & en partie ache- 
pient tes, Ces mémes Batimens s évoient auii emparés à Mozambique d'une Cu- 
iprès + Le 15, ces deux, Viutleaux partirent avec le Gran Solcil, ] 

qui 2 3 de l'évrier ; les Hlollandois , à qui le retardement de leurs Vaiffeaux 
8 fu- commençoit à caufvr de l'impatience , eurent la fatistaétion de voir arriver 
priè- . de Malaca Williamfon Verhoof, leur Amiral, avec une Flotte de douze grands 
r pé- | Vaifleaux , dont fepe partirent immédiatement pour les Moluques. Le 9 de 
vint Mars ,les Officiers qui reftoient à Bantam , accompagnés de tous les Faéteurs 
r, & de leur Comptoir, demandèrent une affembléc des Pungavas, fous prétexte 
ut É d'une affaire importante qu'ils avoient à leur greg 8 Cette faveur leur 
tout -  duant accordée, 1ls déclarèrent [avec beaucoup de faite, dans un Confeil fi 


Meur nombreux ,] qu'ils avoient reçu des Lettres de leur Roi, titre qu'ils affec- 
tosunt de donner au Comte Maurice porr fe procurer plus de conlidération, 


tite 
A ces par lufquelles ils apprenoient que la paix avoit été conclue entre eux & les 
«x Ca- Portugais, Ils ajoûrérent qu'ils fe eroyoient obligés d'en informer la Cour de 
Kce- Bantam, parce que devant vivre délormais en bonne intelligence avec le 
ais le Portugal, ils ne pouvoient plus accorder de fecours aux Javans contre les in- 
mit à fultes des Vaifleaux de cette Couronne, Les Pungavas reçurent ce difcours 
MCÔN- avec de wrands éclats de rire, Ils connurent Lout-i un-Coup que le deffein des 
duit à Officiers Hollandois, étoit de les prévenir par des jaloufics & des craintes, 
igé de contre ceux dont ils fe reconnoifloient les amis, afin de rendre la Cour de 
c par- Bantam plus réfervée fur tous les Privilèges qui pouvoient nuire au commer- 
mpré- ce de Hollande. Aufñi répondirent-ils que les Javans étoient fans inquiétude, 
x vol & que les Hollandois pouvoient fuuvre leur inclinauon, 
houtt A Lic2o,lereuprita la Maifon d'un Chinois ; mais heureufement il n'at- 
e, où wignit point le Magazin des Anglois qui écoit à côté, ] | 
euf de té Le 21, Saris fut appellé à la Cour par le nouveau Gouverneur, qui fe nom- 
ces de moic Pangram Arcumgalla, N-fe hata d'obér à cet ordre, avec la précaution 
Giant ordinaire de porter un préfent. Le Gouwrneur lui dit qu ayant appris par des 
arrière informations certaines , que les Anglois retenoient dans leur mailon deux Pri- 
etille- fonniers pour dettes, & qu'ils les avoient méme chargés de chaînes, il vou- 
)écem- x$s loit fçavoir fur quel fondement ils s'atiribuoient cette autorité. La réponie de 
ute 8 Saris fut qu'ils avoient obtenu la permiflion du Roi; & produifant les billets 
ne-Ef- A des Prifonniers pour prouver la reaicé & la juftice de la deute, il demanda 
, Pulo inftamment qu'ils ne fuffènt pas déchargés fans avoir donné une caution .ou 
| & de d'autres affurances pour le payement. Le Gouverneur repliqua qu'il fuppofoit 
c voile la vérité de la dette, mais que pour la pernuilion d'enchaïner les Prifonniers, 
pour il fçavoit que les Anglois ne l'avoient Jamais obtenue du Roi, & qu'il vou- 


loit par conféquent qu'ils fuffent relachés. Enfin Saris obtint, aprés beaucoup 
L. d'inftances, qu'ils demeurcroient en prifon, jufqu'a ce que l'un, qui fenoin- 
moit ‘l'anyomges, & qui devoit au Comptoir cinq cens piéces de huit 


t 


Cp)» 


Sais, 
1060). 


Arrivée d'u 
ne Î te Hol. 
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Les Hollan 
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la raillerie du 
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Bantan, 


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1609. 


Efpérances 
des Hollan- 
dois à Borneo. 


Poids & me- 
fures de Ban- 
da, 


Saris retour- 
ne en Angjle- 
terre avec 
Kecling. 


408 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


(p),en eût du moins payé cent, & que l’autre , nommé Bungum, qui devoit, 
avec la même fomme, cent facs de poivre, eût payé cent piéces & vinge 
facs. Sur cette convention, le Gbuverneur envoya un de fes gens avec Sa- 
ris, pour déclarer aux Prifonniers à quelles conditions ils pouvoient obtenir 
la liberté. Cependant, le 24, il vint à Saris un nouvel ordre de fe rendre à 
la Cour. 11 y trouva les Faéteurs Hollandois qui y avoient été mandés com- 
me lui, & vers lefquels le Gouverneur fe vourna d’abord, pour leur deman- 
der fi c'étoit l’ufage en Europe de mettre un homme en prifon pour fes dettes, 
fans en avoir reçu la permiflion du Roi ou de fes Miniltres. Les Hollandois 
ayant répondu que non, il donna ordre que les deux Prifonniers fuffent relâchés 
fur le champ. En vain Saris lui repréfenta les conditions dont on étoit conve- 
nu trois jours auparavant, un des Efclaves du Roi fut envoyé aufli-tôt pour 
les délivrer. Saris ne douta point que cette mortification ne lui eût été füuf- 
citée par les Hollandois, [qui avoient été poullés à cela par Lak-moy. Cet 
Homme efpéroit que les Anglois n'ayant aucune juftice à attendre, n'ôfe- 
roient plus fe fier aux Chinois, & que ceux-ci par conféquent viendroient à 
Jui ; & qu'ainf il s’empareroit de tout le commerce. Les Hollandois y trou- 
voient aufli leur compte, parce qu'ils lui fournifloient la plûpart des mar- 
chandifes dont il avoit befoin.] Ils reçurent à leur tour un fenfible chagrin, 
en apprenant par une Pinaffe, arrivée le 23 d'Avril, que Paulus Van Carle, 
un de leurs Amiraux, avoit été pris à Ternate. Mais, fur quelques récitsde 
l'Ifle de Borneo, le 21 de Mai, ils firent partir un petit Bâtiment pour Ban- 
jarmaflin, dans la réfolution de faire parcourir toutes les Criques & tous les 
coins de cette grande Ifle où ils avoient appris qu'on trouvoit de l'or & du 
bézoar en abondance pour des grains de verre & pour les plus viles mer- 
ceries. 

LE 26 d'Août, Kecling revint de Banda, chargé de douze mille quatre cens 
quatrevingt-quatre katis de fleur de mufcade, & de cinquante-cinq mille 
huit cens quarante-quatre (q) katis de noix: qui lui revenoient à neuf, dix & 
onze piéces de huit le bahar. Un kati, dans les Ifles de Banda, répond à 
treize onces & demi d'Angleterre. Le petit bahar de fleur de mufcade eft 
compofé de dix katis; & le petit bahar de noix, de cent katis. Le grand ba- 
har contient cent katis de fleur, & mille de noix. Si quelqu'un vous doit dix 
katis de fleur , & qu'il vous offre en payement cent katis de noix, la Loi du 
Pays vous oblige d'y confentir. 

Le 4 d'Oftobre, Keeling, qui avoit achevé fa cargaifon à Bantam, en y 
joignant quatre mille neuf-cens facs [& trois katis] de poivre, leva l’ancrexÿ* 
pour retourner en Angleterre. Saris, Auteur de cette Relation, monta fur 
le même Vaiffleau, après avoir pailé quatre ans, neuf mois, onze iours au 
Comptoir de Bantam. [Sans s'arrêter aux circonftances de fon retour, il joint 
à fon Journal quelques obfervations curieufes fur diverfes fortes de drogues 
& de marchandifes, & fur les lieux d’où les Européens tirent ces produc- 
tions. 

(Le bois d'Aloës , comme l'appellent les Anglois, eft nommé Garu par 

es 
(r) La 3e. Se&tion de ce Chapitre commen: 


Z pi de huit. KR, d. E, 
CP) Angl. 429 3 piéces de huit. R, d. E ce ici dans l'Original. R. d, E. 


(ga) Angl. 59846 Katis. R. d. E.; 


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paifles, 
chers. Sa 


ans aus 


@Cs) Purd 
e Sumatra 
te, qui de 


DU ZI Par 


INDES ORIENTALES, Li. IV. Cp. VL 409 


levoit, ics Malayens. La meilleure efpèce vient de Malaca, de Siam & de Cambaye  Sanre 
 vinge (s). 11 faut choifir celui qui eft en gros bâtons ronds, forc malif, noir, avec 1609. 
ec Sa- des veines couleur de cendre, un peu amer au goût, d’une odeur agréable, & Obfervations 
obtenir qui brûle au feu de charbon comme un morceau de poix; c'eft-à-dire, que fr divers 
ndre à | s'il eft bon, il ne cefle pas d’éprouver une forte de friture, en jettant une parfums, gour 
$ com- odeur fort douce, jufqu'a ce qu’il foit confumé. mes, &c. 
deman- Lx Benjoin eft une gomme, que les us nomment Minniar. La meil- - 
dettes, l leure efpèce vient de Siam. Elle eft pure, claire, blanche, avec de perites  Benjoin. 
landois 1 rayes couleur d'ambre. Sumatra en produit une autre forte, qui n'eft pas mé- 
elàchés 4 prifée, quoique moins blanche. Une troifième efpèce, qui vient de Priaman 

conve Li. & de Burroufe, eft rejettée des Anglois, parce qu'ils la trouvent trop grof- 
Ôt pour : fière; mais elle eft fort eftimée à Bantam. 
été fuf. i La Civette, fi l'on veut choifir la meilleure, doit être d'un jaune foncéqui Civette. 
y. Cetx à tire fur celui de l'or. Celle qui eft blanchâtre fe vend beaucoup moins, parce 

, n'ôfe- ï qu'elle cft ordinairement altérée avec de la graiffe. Cependant la Civette, en 

oient à | général, eft blanchâtre quand elle eft fraîche, & ce n'eft qu'en vicilliffant 

y trou- | qu'elle devient jaune. 

$ mar- | Le Mufc eft connupar trois efpèces;la noire, la brune & lajaune. La pre- 

hagrin, ; mière n'eft point eftimée. La feconde eft bonne, La troifième eft la meilleu- 

| Carle, Aire. Celle-ci doit être couleur d'ambre foncé, [comme le Spicnard ,] & re- 

récits de ® vêtue d'une fimple peau; car fi elle en a deux, commeil arrive fouvent, c’eft 

ur Ban- un défaut. Elle ne doit point être trop humide, ce qui la rend pefante; ni 


tous les trop féche, ce qui diminue quelque chofe de fon prix. Elle doit être fans pier- 


r & du res, fans filamens (t), & d’une odeur douce &forte. Elle eft nuifible à quan- 
tité de perfonnes, non-feulement par l'odorat, mais même par le palais, car 
Saris a connu des gens qu ne pouvoient en goûter fans qu'elle pénétrât juf- 


>s mer- 


tre cens Ë qu'au cerveau. Elle ne doit pas fe fondre trop tôt dans la bouche, ni demeu- 
q mille jé rer trop long-tems dans la main fans fe diffoudre. On doit bien fe garder de 
dix & A Ja tenir pres d'aucune autre forte d'épice, fi l’on ne veut pas qu’elle perde 
spond à MA bientôt fon odeur. | 
ade eft ‘à Le Bezoar : il yen a de deux fortes, l’une qui vient des Indes Occi- 
and ba [| dentales, l’autre des Indes Orientales. Celle-ci vaut le double de l’autre. Les 
doit dix (A pierres de l’une & l’autre forte ne fe reffemblent poitit dans leur forme. Les 
Loi du HA unes font rondes ; d’autres longues comme des noyaux de dattes; d’autres 
comme des œufs de pigeon; d'autres comme les roignons d’un chevreau; en- 

en y 4 fin d'autres ont la figure d’un gland. Mais il y en a peu qui fe terminent en 
l'ancrex# M pointe. Leur couleur n’eft pas moins variée: car il s’en trouve d’un rouge 
onta fur DA clair, de couleur de miel & de couleur de cendre. Mais la plûpart font d'un 
ROUTE QU verd pâle. Les bezoars de l'Inde Orientale font compofés de plufieurs ro- 
iljoint bes ou de plufieurs peaux, comme l'oignon, & ne font pas moins luifans que 
ones fi l'art s’étoit employé à les polir. Qu'on en ôte une peau, la fuivante eft 
Éadice plus luifante & plus claire que la première. Ces peaux font plus ou moins é- 

P paifles, fuivant la grofleur des pierres. Les plus gros bezoars font les plus 
chers. Saris donne une méthode certaine pour les mettre à l'épreuve. Qu'on 


Garu par 
prenne, 


les 


e commen: 4 ©(:s) Purchaff remarque qu'il en vient auffi être de l’Auteur même de la Relation. 
DA de Sumatra, Potannie, Cauchau-chene. No- dt) Angl, fans plomb; avec quelques poils, 
te, qui de même que plufieurs autres, paroît _R. d. 
IL Part. Fff 


Sant1s 


1609. 


Ambre. 


! Marché de 
Bantan. 


Poids & me- 
furcs, 


di VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


prenne, dit-il, le poids éxaét de la pierre, & qu'on la mette dans l’eau pen- 
dant quatre heures. Qu'on éxamine enfüuite fi elle ne s'eft pas fendue ; & qu'a- 
près l'avoir bien effuyée, on la pefc une feconde fois. Si l’on trouve la moin- 
dre différence dans le poids, on peut être für que la pierre n’eft pas bonne. 
La plûpart des bezoars contrefaits viennent de Sukadana dans l’Ifle de Bor- 
neo. Îl s’y en trouve néanmoins d’excellens, comme à Patane, à Banjarmaf- 
fin, à Macaffar, & dans l'Ifle das Vaccas, qui eft à l’entrée de la Rade de 
Kambaya. 

L'Awsre: il y en a dedifférentes couleurs, tels que le blanc, le noir, le 
brun & le gris. Le noir eft le moins recherché & le je pañle pour le meil- 
leur. De cette dernière forte, choififfez celui qui eft le plus clair, le plus 
pur, qui tire fur le blanc & qui eft mélé de veines couleur de cendre ou 
blanchâtres. Il doit flotter fur la furface de l'eau ; & quoiqu'il y ait de l'ambre 
contrefait qui flotte de même, on peut s'affürer que le véritable ne s’enfonce 
jamais. 11 vient en abondance du Mozambique & de Sofala. 

(o) BanTam cft le grand Marché d’une infinité de Nations pour quan- 
tité de marchandifes. Cette Ville, qui eft fituée dans la grande Ifle de Java, 
eft au 6e, degré de latitude du Sud; variation Oueft 3 degrés. 
ne produit guéres, de fon propre fonds, que des vivres, du coton, de la 
laine & du puivre. La récolte du poivre, qui fe faitau mois d'Oétobre , don- 
ne ordinairement trente ou trente-deux mille facs. Chaque fac contient qua- 
rante-neuf katis & demi de la Chine. Les Javans nomment le fac un tim- 
bang. Deux timbangs font un pikul; trois pikuls compofent le petit bahar; 
& quatre pikuls & demi le grand bahar, qui fait quatre cens quarante-cinq 
katis & demi. Les Javans ont encore un poids qu'ils nomment kulak, & 
dont l'ufage cft fort commun à Bantam. Sept kulaks font le timbang. Mais 
quelque expérience qu'on puiffe acquérir dans tous ces poids , les Commis In- 
diens, qui font toûjours des Chinois, donnent beaucoup d'avantage aux Mar- 
chands 4 Pays, parce qu’ils ont l’art de diminuer ou de groflir à leur gré 
les poids & les mefures. 

Aux mois de Décembre & de Janvier, il vient à Bantam un grand nombre 
de Joncs & de Pares, chargés de poivie de Cherringin & de Jamby, de forte 
qu'a la fin de Janvier cette Ville a toûjours de quoi fournir à la cargaifon de 
trois grands Vaifléaux. [La monnoye qui y a cours vient de la Chine. 

font de petites piéces de plomb, rondes & minces: on les appelle Cashes. 
Ces piéces ont un trou par où l'on fait pañler une fil. Mille de ces Cashes 
ainfi enfilées, fe nomment un Peku, dont la valeur varie fuivant que la va- 
leur des Cashes haufle ou baifle. Dix Pekus fontun Lakfau ; dix Lakfaus font 
un Kati; dix Katis font un Uta, & dix Utas un Eahar. 

IL y a deux manières d’enfiler les Cashes: l’une qu’on appelle Chuchuck 
China, & l’autre qu'on nomme Chuchuck Java. Cette dernière eft plus avan- 
tageufe que l’autre ; parce que fur le même fil on enfile 200 Cashes; au lieu 
que füuivant la manière Chinoife, on n’en enfile que 160, ou 170: & comme 
cinq de ces Chuchu:ks font un Peku, quand il s’agit d’une fomme confidé- 
xable, on peut perdre beaucoup fi l’on eft payé en Chuchucks Chinois. Lorf- 

que 


(vu) La 4e. Sedtion de ce Chapitre commence ici dans l'Original. R. d. E, 


Mais le Pays . 


CXF SE Kde la 


doit ê 
quer. 


x) 
c'eft à-d 
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le en pr 
ou Ia Vi 


u pen- 
K La 
1 moin- 
bonne. 
le Bor- 
jarmaf- 
tade de 


noir, le 
le meil- 

le plus 
mdre ou 
 l'ambre 
enfonce 


ur quan- 
de Java, 
is le Pays 
on, de la 
bre , don- 
tient qua- 
C un tim- 
tit bahar; 
rante-cinq 
kulak , & 
ang. Mais 
ommis In- 
e aux Mar- 
à leur gré 


nd nombre 
by, de forte 
argaifon de 
Chine. Ce 
lle Cashes. 
ces Cashes 
ue la va- 
Lakfaus font 


e Chuchuck 
ft plus avan- 
shes ; aulieu 
b: & comme 
me confidé- 
ainois. Lorf- 

que 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. VI art 


+ a les Joncs font fur leur départ, on peut avoir pour une Réale 34 ou 35 
ekus, qu'on peut revendre avant l'année fuivante de façon que 22 ou 20 
valent une Réale, Ainf il y a la-deflus un grand profit à faire.] 

Le poids pour lebezoar, la civette & l'or, fe nomme taël, & revient à 
deux piéces de huit un quart, ou à deux onces d'Angleterre, Un taël Ma- 
layen pefe une piéce & demie de huit, ou une once & un tiers d'Angleterre. 
Un taël Chinois eft le poids d’une piéce & fept vingtièmes de huit, ou une 
once & un cinquième d'Angleterre; de forte que dix taëls de la Chine font 
précifément fix taëls de Java. 

Les marchandifes Angloifes qui fe vendent à Bantam, font de Fer en bar- 
res longues & minces, à fix piéces de huit le Pikul. 


@ Le Plomb en pctites mafles, à cinq piéces [& demi] le Pikul. 


DE la Poudre à tirer, vingt-cinq piéces le Barril, 


«@ Draps larges, de couleur rouge, [trois piéces de huit la Gaffe, qui eft 


KP de trois pr d'aune.] Opium de Mefri (x) qui eft le plus eftimé, [huit 
XF piéces le 


K°de Mallaya.] Corail à grandes branches, [cinq & fix piéces le Taël.] 


ati] Ambre en gros grains , [fix pièces le Wamg & le demi l'aël 


Mars les piéces de huit font la meilleure marchandife qu’on puifle porter à 


E Pantam, [parce qu'avec de l'argent comptant, il n'y a rien qu'on ne fe pro- 
kpcure fort au deffous de fon prix.] [ Aux mois de Février & de Mars, il yar- 


rive trois ou op ete Chinois richement chargés de foye crue, & tra- 
vaillée ; de cashes, de porcelaine; d’étoffes de coton. Lafoye crue de Nan- 
king y eft la plus eftimée, & s’y vend cent quatrevingt-dix piéces de huit le 
Pikul. Celle de Kanton, qui eft la plus groffière s’y donne pour quatrevingt 
piéces le Pikul.] On s'y défait auffi fort avantageufement des taffetas, des 
velours , des damas de toutes fortes de couleurs, des fatins blancs, dumuft, 
du fil & du trait d'or, du fucre blanc, du fucre de Candie, des baflins de 
porcelaine, du benjoin, du bois d’aloës, de l'alun, & de toutes fortes de 
drogues. 

1 Es étoffes de Coromandel (y) font fort en recommandation à Bantam, & 
fur-tout celle qui fe nomme Gubar. Les calicos, les pintades, les ballachos, 
les beaux tapis de Saint-Thomé, le muris, qui eftune forte de drap fortcher ; 
toutes les étoffes Malayennes, & généralement toutes celles de coton quiont 


XF de la largeur & de la longueur; [pour mefüurer la plûpart de ces étoftes on 


fe fert du Hofta, qui eft une demi-aure, mefurée depuis le coude, jufqu’à 
l'extrémité du doigt du milieu.] 

Les droits du Roy font 1°. le chuckey, qui eft de huit pour cent fur le 
poivre. 2°. le billabilian ; c’eft-à-dire, que s’il arrive dans la Rade quelque 
Vaifleau chargé de draps ou d'autres marchandifes de cette nature, le Roi 
doit être informé de la quantité & du prix avant qu’on en puifle rien débar- 
quer. Enfüuite il envoye fes Officiers, qui achetent tout ce qui eft néceflaire 


à fon 


dx) Purchaff écrit Opium de Miferée ; 
c'eft à-dire du Cairo. Le véritable nom Arabe 
de cette drogue eft Afûün. Il y a dans l’Afie 
Mineure une Ville fameufe par la quantité qu’el- 
je en produit qui s’appelle Atiun Karchilfar, 
ou la Ville noire de l'Opium. 


(y) Les Portugais appellent cet endroit Cha- 
ramandel; les François & les Italiens l’écrivent 
Cara, ou Coromandel, par corruption de To- 
romandolun, ou Toromandora; qui eft pro- 
rement le titre qu’on donne au Roi, & dont 
es Portugais ont fait un nom de pays. 


Fff2 


Sanrs, 
1609. 


TuëtMalayen. 


Marchandifes 
propres à Ban- 
tin, 


Droits duRoi. 


Sanrs. 


1609, 


"Pays divers 
d'où Bantam 
tire fes richel- 
(es, 


Macalfir, Da. 
A & Tymor, 


fes de Banda, 


non filée, KR. d. E, 

c>(a) Macaffar a paflé pendant quelque tems 
pour une Ifle, & méèine elle eft reprefentée 
comme telle dans les vicilles Cartes, mais en- 


4 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


à fon ufage, pour la moitié du prix, [ou pour quelque chofe de plus] c'eft. kr 


à-dire, que fi vous mettez le prix de votre drap à vingt piéces de huit le 
ori, on ne vous en donne pas plus de quinze ou feize. L'ufage des Hol- 
andois eft de faire préfent au Roi, de fept ou huit cent piéces de huit à leur 
arrivée, pour fe délivrer de tous les droits. Le Ruba-ruba eft un droit pour 
l'ancrage, qui monte à cinq cens piéces de huit pour fix mille facs de poivre, 
Le droit du Scha Bandar pour la même quantité de poivre, eft de deux cens 
cinquante piéces de huit; celui des Cominis pour les poids & les. mefures, 
d’une piéce de huit fur cent facs. Les Jerotu is, qui font les Gardes de la 
Douäne, ont aufli le droit d'une piéce de huit fur cent facs. 

BANTAM tire beaucoup de vivres, de coton & de bois ( 3), du Canton de 
Jorrain, [ou Serebaya ], qui eft fitué à l'Eftde Jakatra. 11 
un grand nombre de Joncs, chargés de poivre. Banda lui fournit une petite 

uantité de fleur & de noix de mufcade, qu'on envoye prendre dans quelques 
Toues du Roi & de laVille. Macaffar (a) lui fournit de même des pierres, du be- 
zoar, du ris & d'autres vivres. Bali qui eff une Ifle à l'Eft (b) de celle des Célèbes, 
vers huit degrés & demi de latitude du Sud, envoye beaucoupde ris & de coton, 
des Efclaves, & des étoffes grofliéres. Timor, qui eft à l’Eft de Bali, à dix 
degrés quarante minutes de latitude du Sud, produit. une abondance de Chin- 
danna, que les Anglois nomment wbite Janders (c). Il vaut à Bantam jufqu'à 
vingt pièces de huit le pikul. Les Indiens font capables de beaucoup d'artifice 
our contrefaire cette marchandife ou pour l'altérer par divers mélanges; de 
orte qu'il eft toûjours à propos de la.rompre en piéces pour éviter l'impofture. 
On porte pour échange à ‘limor, des couteaux ,. de petites merceries, de la 
porcelaine groffière, des taffetas de diverfes couleurs, excepté les noirs, des 
poëles de la Chine, de petites plaques d'argent battu, aufñli minces que des ou- 
blies, & de la grandeur de la main. Ce commerce eft fort avantageux, car 
les Anglois y ont gagné jufqu’à quatre cens pour cent. 

BaANDaA, qui cit à cinq degrés de latitude du Sud, fournit avec la fleur & la 
noix de mufcade, de l'huile de l’une & de l'autre. Certe Ifle n’a point de Roi; 
mais elle eft gouvernée par un Scha Bandar, qui cftallié des Scha Bandars de 
Nera, de Lantor, de Puloway, de Pulorin, & de Labatake, autres Ifles qui 
font. comprifes fous le même nom, & qu dépendoient autrefois du Roi de 
Ternate. Toutes ces Ifles ont trois moiflons chaque année, dans les mois de 
Juillet, d'Oétobre & de Février ; mais celle de Juillet qui fe nomme la moif- 
fon (4) d'Arepuri, eft la plus confidérable. Les marchandifes qui conviennent 
aux Infulaires,. font les étoffes. de Coromandel, & toutes celles de Cheremal- 
la, du drap d'Angleterre, les efpèces d'or, les piéces de huit, avec cette 
différence , que pour la valeur de foixante-dix piéces de huit en or, vous aurez 
ce qui coûrcroit quatrevingt-dix piéces en argent; les grands baffins de la 
Chine, les damas cle couleurs vives, les taffetats, les velours, les boëtes de 
la Chine, les jettons dorés, les chaînes d’or, la vaiffelle dorée, telles Le des 

de | ietes 


(3) Angl. de coton & de laine filée, &  füiteona découvert que c’étoit une partie de 
l'Ifle de Célèbes. 
@(b) Il faudroit plûtôt dire au Sud-Oueit, 
c) C'eft-à-dire Sandal blanc. R. d, E, 
Ca Angl, la Mouflon. KR. d. E, 


1! lui vient de Jamby j# 


* Perles. 


cs 


duit be 
ka, & 
le de 
Corom 
toutes 
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Sukada 
degré « 
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fes ici, 


(f) 0 


] c'eft-y4 
huit le 
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poivre. 
'UX cens 
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nton de 
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1e petite 
uelques 
? du be- 
Célèbes, 
ge coton, 
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de Chin- 
n jufqu'à 
d'artifice 
iges; de 
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2s, de la 
oirs, des. 
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eux, Car 


deur & la 
de Roi; 
andars de 
Ifles qui 
à Roi de 
mois de 
la moif- 
viennent 
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ec cette 
ous aurez 
ins de la 
boëtes de 
s que des 


aflietes 


ne partie de 


Sud-Oueit, 
. d. E 


INDES ORIENTALES, Laiv. IV. Cuar. VI 


afictes, des plats & des foucoupes, les armes de tête damafquinées & bien Sans 

luifantes; les moufquets, les lames d'épée, mais retrouflées à la pointe. Le 

ris eft encore une marchandife fur laquelle on trouve de grands profits dans les 

Ifles de Banda, fur-tout dans certaines années où la racine de fagio, dont on 

y compofe le pain, manque prefque entièrement. 

Les Ifles Moluques, qui font au nombre de cinq, fort près de la Ligne 
Equinoétiale, fe nomment Molukko, Ternate, Tidor, Geylolo & Machian (e),, "<*: 
& produifent une grande abondance de girofle; mais chaque année n'eft pas 
également fertile. C'eft la troifième qui donne toûjours une riche moiflon. Le 
kati aux Moluques cft de trois livres cinq onces 
deux cens katis. Dix-neuf katis de Ternate, en font cinquante de Bantam. Les 
marchandifes qu'on demande aux Moluques, font les étoffes de Coromandel 
& de Cheremalla, les ceintures de Siam, les falolos, les ballachos & les chel- 
lis, les taffetas de la Chine, les velours, les damas, les grands bañlins, les jet- 
tons vernis, les draps écarlate, l’opium & le benjoin. 

SraM, dont la fituation eft à 14 degrés & demi de latitude du Nord, fournit 
une grande abondance d’excellent ben 

4 [tant de fon propre fond, que de celles] qu'on y apporte de Pegu. 

Siam pefe deux Piéces de huit & un quart. On y trouve beaucou 
vient du Japon; ce qui n’empêche pas que 
huit n’y foient fi recherchées, que deux & demi, avec le coin, en valent 
prefque trois en lingots, Le drap d'Angleterre de couleur éclatante, le fer 
& les beaux Miroirs, font dans une haute eftime à Siam. Toutes les mar- 
chandifes de la Chine s'y vendent beaucoup moins cher 
Joncs Guzarates viennent à Siam aux mois de Juin & de 
touché aux Maldives & à Ténafierim, où l’on trouve en tous tems cin 
fix braffes d'eau. De Ténafferim, on peut fe rendre par terre à Siam, 
l'efpace de vingt jours. 

BorNeo eft à trois degrés de latitude du Sud. Cette grande Ifle pro- 
duit beaucoup d'or & de bezoars, de la cire, des Rotans (f), du Kaijulac- 
ka, & du Sang de Dragon, dont le principal commerce fe fait dans la Vil- 
le de Banjarmaïlin. Les marchandifes qu'on y demande font les étoffes de  Banjarmaffin 
Coromandel, la foye de la Chine, les damas, les taffetas, les velours de | 
toutes couleurs, excepté la noire; les draps de l'Europe & les Piéces de huit. 
[ Les pierres de Bezoars’y vendent cinq ou fix piéces de huitle Taël, qui eit 
le poids d’une piéce & demie de huit. ou une once & un ticrs d'Angleterre]. 
Sukadana eft une autre Ville de l'Ffle de Borneo (g}), dont la latitude eft d’un 
degré & demi du Sud; on y compte cent foixante lieuës de Bantam. 
grand commerce de cette Ville e 
abondance, & qui pañlent 
coup dans tous les tems de 


ngloifes. Le bahar contient 


oin, & beaucoup de belles 


lingots, mais il 


uillet, aprèsavoir 


celui des Diamans, qui s’y trouvent en 
our les meilleurs de lunivers. Elle en a beau- tarivière de 
année, mais fur-tout aux mois de Janvier, d’A- li 
vril, de Juillet & d'Oétobre, où l’ufage eft de les aller chercher dans des Pa- 
res, au long de la Rivière de Lavi,.en plongeant comme l’on fait pour les 
Perles. Cependant il arrive quelquefois aux mois de Juillet & d'Oétobre, que 


(Ce) Les Ifles Bachian, & Monil font omi-  pèces de Joncs. R. d. E. 


«7(£g) Sur la Côte Occidentale. 


(f) Ou plütôt des Rotins; ce font'des ef 
. F 


1609. 


Ifles Molu- 


à Six 


Borneo.. 


Sukadana, 


Diamans de 


avi 


Sanrts, 


1613. 


Quatre fortes 


de Diamans, 


Marchandifes 
de la Chine. 


am VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


les pluyes grofiffent exceflivement cette Rivière; au lieu que n'ayant dans 
les deux autres mois que trois ou quatre brafles de profondeur, on y plonge 
plus facilement, 


+ [Les Marchandifes de débit dans cet endroit , font les Pintados de Mala- xÿe 


ca, les fines Sarraffes, les Gubares, les Poulings, les charas de Java , les 
toiles de Calico, les foyes de la Chine, les draps de couleur éclatante, les 
Cashes Chinoifes, les piéces de huit, & fur-tout celles d'Or. ] Lorfqu'on fe 

ropofe d'aller à Sukadana, le meilleur parti eft de fe rendre d'abord à Ban- 
jarmaflin, où fans beaucoup d'embarras on peut fe procurer du bezoar & 
des diamans pour de l'or. On y compte quatre fortes de diamans, qui font 
diftingués par leur eau, que les Indiens appellent Verna.  Verna ambon eft 
le blanc [couleur qui eft la plus eftimée ]; 
le jaune; & Verna bei, une couleur entre le verd & le jaune. Les poids 
fe nomment Sa Mas, Sa Kupang, Sa Bufuks, Sa Pead. Quatre Kupangs font 
un Mas; trois Bulfuks un Kupang ; un Pead & demi fait le Bufuk, Îls ont auf- 
file Paha, qui fait quatre Mas; & feize Mas font un Taël. C'elft avec ces 
poids qu'on pefe l'or & les diamans. 

Les marchandifes de la Chine, font la foye crue. La meilleure fe fait à 
Nanking, & s'appelle dans le Pays How-/a. Elle fe vend quatrevingt piéces 
de huit le pikul. Les taffetas, que les Chinois nomment Ju: les meilleurs 
fe font dans une ph Ville nommée Hock-chu. Ils fe vendent trente piéces 
de huitle gori. Les damas qu’on appelle Towne: c'eit à Canton que fe font 
les meilleurs, à cinquante piéces le gori. 

La foye à coudre, nommée Kou-fwa, à cent piéces de huit lepikul, Les 
étoffes brodées nommées Pocy, qui fervent pour l'apifleries: les meilleures 
ie vendent dix piéces. 

LE fil d'or à coudre & à broder, nommé Kim-fwa, qui fe vend par chip- 
pao, c’eft-à-dire par paquets, dont chacun contient dix papiers, & chaque 
papier cinq échevaux, ou cinq nœuds. Trois chip-paos fe payent deux pié- 
ces de huit. 

Satins, nommés Lin, les meilleurs une piéce de huit. 

Grands Baflins, nommés Chu-pao, trois pour une piéce de huit. 

Le Sucre blanc, nommé Pe-tong, le meilleur une piéce le pikul. 

La Porcelaine de même efpèce, nommée Pva, la meilleure une piéce de 
huit le Kati. 

Les boëtes à perles , nommées Cha-nab, les meilleures une piéce de 
huit (h). 

Las elours, nommés Tan-go Sounck, de neuf aunes de long, cinq pié- 
ces de huit. 

LA foye de manche, nommée Younck, la meilleure cent-cinquante piéces 
le pikul. 

Es mufc, nommé Sa-hu , fept piéces le Kati. 

[Les Cases, foixante Pekus pour une piéce de huit ]. 


Les Draps larges, nommés J0-lo-ney Sa-foko , c'eft-à-dire, larges de troiské* M K°de Baro 


quarts, fepc piéces de huit. 
Les 


{b) Angl. les meilleures cinq pièces de huit. R. d. E. 


erna loud, le verd ; Verna fakkar , ge 


vaillé: 
comp 
revien 
fans a: 


les table 
foye, d 
pañlées, 
Le miel 


(i) Le 
& il n'eft 
nire fign 


dans 
longe 


Mala- Xe 
LL, les 

c, les 
'on fe 

1 Ban- 
ar 
ii font 
on eft 
akkar , fe 
s poids 
gs font 
nt auf- 
rec ces 


fait à 
piéces 
cilleurs 
: piéces 
e font 


kul, Les 
cilleures 


par Chip- 


chaque 
eux pic- 


piéce de 
piéce de 
cinq pié- 


te piéces 


x? ie Sandal b 


XF 


Les Miroirs de la plus grande largeur, nommés Ava, dix piéces chacun. 
L'ETaAIN, nommé Sa, quinze piéces le pikul. 

La Cire, nommée La, quinze piéces le pikul. 

MousquerTs, nommés on À vingt piéces le barril, 

DenrTs d'Eléphans, les plus groffes & les mcilleures, deux-cens piéces le 
ikul, 

d Les petites, nommés Ga, à la Chine, & par les Portugais Sereuclias, 
cent piéces le pikul, 

Les fables (i ) du Japon , nommés Sam-to, huit piéces de huit. 

anc nommé Twa-whi, quarante piéces le pikul ]. 
d'a fur le Poivre, dans l'intérieur du Pays, eft d'un ‘l'aël fur cha- 
ue pikul. 

à Aù mois de Mars, les Joncs qui doivent faire voile aux Manilles, partent 
enfemble de Chan-chu; g'eft-à-dire, que d'environ quarante qui font ce Voya- 
ge tous les ans, il y en a toûjours fept ou huit, ou dix qui s'aflocient, à 
mefure qu'ils font prèts au départ. Leur cargaifon eft de foye crue & tra- 
vaillée , mais beaucoup meilleure que celle qui fe porte à Bantam. On 
compte dix jours de navigation entre Canton & les Manilles. Les Joncs 
reviennent au commencement de Juin, chargés de piéces de huit, Ils font 
fans armes & fans aucune autre défenfe ; de forte qu'on n'a befoin que d'une 
Chaloupe armée pour les arrêter, & pour les prendre. 

Sar1s n'a pas laiflé des obfervations moins éxaétes fur les marchandifes 
qui font recherchées au Japon. Il füuflira de les nommer, fans en marquer 
les prix.] Les draps (k) larges de toutes fortes de couleurs, fans en excepter 
les noirs, mais fur - tout les rouges & les jaunes. Les foyes, les bouracans 
fimples & doubles, les étoffes de foye à gros grains ; les gros grains de Tur- 
quie, les camelots, les fatins, les taffetas & les damas de l'Inde. Le fil de 
toutes fortes de couleurs. Les tapis de table. Les cuirs dorés ou peints, à 
fleurs & à figures. Les tableaux, & toutes fortes de peintures, fur-tout cel- 
les qui repréfentent des hiftoires lafcives, & des batailles fur mer ou fur ter- 
re, les plus grandes formes font toljours les plus eftimées. 

LE vif argent, le vermillon, le rouge pour le vifage. ‘ Le cuivre en pla- 
ques, le plomb en lingots, le plomt: .:: feuilles. L’étain en lingots. Le fer 
en mafle, en barre & en plaques. : ‘.ierde toutes fortes de formes. Les 
tentures de tapiflerie. La civette. Le 1. d'or à coudre, de la Chine. La caflo- 
nade ou le fucre en poudre de la Chine. Le fucre de Candie. Les velours de 
toutes couleurs. Les velours à fleurs. Les gazes. La foye crue. Le fil tors. Les 
verres à boire de toute efpèce, les bouteilles, les cruches, & toutes fortes de 
vafes & de vaifelles, fimples ou dorés, le papier, les Livres de Comptes & 
les tablettes de poche. Le favon d'Efpagne. L'ambre en grains. Les bas de 
foye, de toutes couleurs. Le cuir d'Efpagne, & toutes fortes de peaux bien 
pañlées. Les Kandicks bleus & noirs de la Chine. La cire pour les bougies. 
Le miel. Le poivre. Le famel de la Cochinchine. La mufcade. Le camphre 


,s de troist* M K°de Barous & de Borneo. [Le bois de Sandal de Solier.] Le bois de Kalamba (1). 
Le 


LES 


(5) Le mot de l’Original fignifie auffi fabre, (k) La 5€. Se&tion de ce Chapitre, com- 
& il n'eft pas difficile de voir que c'eftcette der- mence ici dans l'Original. R. d.E, 
nière fignification qu'il doit avoirici. R.d.E, gœ(1) C'eft le bois d'Aloës. 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cnar, VI. 415 


Santrs, 
1609. 


Commerce 
de la Chine 
aux Manilles, 


1613. 
Marchandifes 
propres au Ja- 

on, 


Saurs, 


1613. 


Ce qu'il y à 
de meilleur au 
‘pon, 


Le l'aéteur 
Cocks eft 
chargé d'écri- 
re les événe- 
mens, 


Départ du 
Général. 


416 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Le fapon , forte de bois rouge, Les dents d'éléphans, Les cornes de Rhinoce. 
ros & de Cerfs, L'alun de roche, 11 eft en telle citime, que Sar,s vendit pour 
cent florins ce qui ne lui en avoit coûté que trois, 

Ce | rie trouve de meilleur au Japon eft une abondance d'excellentes tein. 
turcs, bleues, reuges, noires & vertes. Les vernis, fur-tout en or & en ar- 


gent, y font meilleurs qu'à la Chine. Le foufre, le falpécre, leris, le [ chan: xt» 


vre ] & le coton abondent aufli dans la plüparc de ces Ifles. 


LATITUDES, 


Mañülipatan..…....... .17 oo N. Variation Oueft.....…... 3 00 
Ifle Sainte Lucie, proche Je de Balises 8 30 
Madagafear 24 930 S$S. lile de Timor... N ARE 1O 4o 
Seperdone, près de Chau- Ifle de Banda... 5 oo 
CR eoso000000008000 18 © N. Sukadana, dans l'Ifle de Bor- 
Bantam..........….. sors OC © S. PC rssressssrensenrens ve 1 30 


Lin 13e 2 9En ati en EED A9 25 Eh Elie EL x iLD AIS QUED KT En F2 KE FILS 
CH A PI T R E VII (4) 


Relation de ce qui fe palla dans l'Ifle de Firando pendant le Voyage 
de Saris à la Cour de l'Empereur du Japon. 


N s'apperçoit par degrés que l'attention des Marchands Anglois pour 
(O les 2 inimess Moine, , & leur curiofité pour le caraétère les ufa- 9 
ges des Nations étrangères, augmentent avec l'étendue & le fuccès de leur 
commerce, Cocks, deftiné à gouverner le Comptoir de Firando, ne demeura 
point oifif dans cette Ville pendant le voyage que Saris avoit entrepris à Su- 
ronga. Avec le foin des marchandifes & des autres intérêts de la Nation, il é- 
toit chargé de recueillir, dans un Journal éxaét, tout ce qui fe pafferoit d’in- 
téreflant fous fes yeux. C’eft fa Relation qu'on va pe À 

Le 7 d'Août, Saris, Général Anglois, partit avec William Adams pour la 
Ville Impériale dans une Barque du Roi montée de quarante Rameurs. Il 

rit avec lui douze perfonnes de confiance; Tempelt, Pencock, Richard 
ickam, Edouard Saris, Watter Corwarden, Diego Fernandos, John Wil- 
liams, Tailleur; John Head, Cuifinier ; Edouard Bartan, Chirurgien; John 
Japan, Interpréte ; Richard Dale & Antoine Ferrea, Matelots; fans comp- 
ter quatre Valets, deux à lui & deux à William Adams. On fit honneur à 
fon départ, en tirant treize coups de canon. 

L'AuTEuUR fe rendit aufli-tôt chez les deux Rois, comme par ordre du 
Général, pour les remercier des ordres qu'ils avoient donnés en fa faveur. En 
cffet ces deux Princes avoient poufté leurs attentions jufqu'à faire porter à Sa- 
ris cent taëls, en monnoye du Japon, pour lui épargner les embarras du chan- 
ge dans une fi longue route. Cette fomme fut acceptée, mais comme un prêt. 

Quelques 


(a) C'eftle XVIIL du IL Livre du l'Origina R. d E. 


de le 
nuits 
mer « 
me pi 
ufages 
mais 
& s'al 
dant, 
Cupati 
voyer 
nois, 
qus & 


LE 
déja tr 
curer 
leur a 
Mais lé 
toir , q 
rober t 
tes. T 
des ba 

Hdes Gra 
joye, 
E 9 


«æ() 
IL P) 


inoce- 
[A pour 


s tein- 
en ar- 


chan: Xÿ» 


ois pour 


les ufa- 
de leur 
demeura 
ris à Su- 
on; il é- 
roit d’in- 


our la 

2 Il 
Richard 

n hn Wil- 
n; John 
s comp- 

onneur à 


ordre du 
veur. En 
rter à Sa- 
du chan- 


un pe 
Quelques 


” 


INDES ORIENTALES, Lav. IV. 


ne pria Cocks, auranc pour fon honneur que pour celui de fa Nation, d'avoir 
l'œil ouvert fur la conduite de fes gens. 


Leo9o,un {une pence: nommé Juan, qui parloit fort bien la Langue 


Efpagnole, vint offrir fes furvices à Cocks pour neuf ou dix ans , fans en ex- 
cepter le voyage d'Angleterre, qu'il promettoit de faire avec le Vaifleau: 


il n'éxigeoit aucun pentes fixe ; fe contentant de ce qu'on voudroit 
ui donner.] Miguel, l' 


nterpréte qu'Adams avoit procuré au Comptoir, é- 


tant d'un efbpric fort lourd, & fujet d'ailleurs à s'abfenter fouvent, le défa- 


grément 
offres de 


de fa famille à Nangazaqui, & un Coufin à 


pendant 


u'on avoit fans ceffe de le voir manquer au befoin, fic accepter les 
à ho C'étoit un nouveau Chrétien, qui avoit la plus grande partie 
‘rando, Quoiqu'il eût fervi 

trois ans un Efpagnol aux Manilles, il en étoit revenu fans avoir 


embraffé le Chriftianifme , & les Jéfuites l'avoient baptifé à Nangazaqui. 


[La curiofité de voir l'Europe parut étre le feul motif qui le faifoit tourner 


vers les Anglois.] 


” Ca 13, l'Auteur montra diverfes marchandifes Angloifes à des Marchands 
e 


éaco (b); mais ils n'achetèrent rien, & même ils regardèrent le cout a- 
vec affez d'indifférence, excepté la poudre à canon.] 


. . Û 


Le 19 au foir, on vit commencer à Firando la grande Fête des Juponois, 
qui conlifte à fe réjouir & à faire bonne chère toûtela nuit fur les tombeaux 
e leurs parens, qu'ils invitent à ce feftin. Leurs réjouiflances durent trois 


nuits confécutives. 


On publia l'ordre de parfemer les rues de fable & d'allu- 


mer des lanternes devant chaque porte. Ilen coûta la vie à un pauvre hom- 
me pour avoir négligé d'obéir. Cocks ne fit pas difficulté de fe conformer aux 


ufages du Pays. Non-feulement il fufpendic à fa 


rte deux belles lanternes; 


mais étant informé que les deux Rois devoient fe promener dans les rues, 
& s'arrêter à fa maifon, il leur fit préparer un fouper digne d'eux. Cepen- 
dant, après les avoir attendus jufqu'à minuit, il fut averti que d'autres oc- 


cupations 


voyer des préfens , fuivant l'ufage de la Nation. 


leur avoicnt fait changer de deffein. Il ne laiffa point de leur en- 
Plufieurs Seigneurs Japo- 


nois, qui prirent l'occafion des l‘ètes pour vifiter le Comptoir, y furent re- 
sus & traités avec autant de générofité que de politeffe. 
Le 23, les Anglois ceflérent de débarquer leur poudre, dont ils avoient 
déja Poe cinquante-neuf barrils au rivage. L’avidité du Roi à s’en pro- 
a 


curer & 


facilité à leur en donner le prix qu'ils avoient demandé, fembloit 


leur avoir fait oublier qu'ils en devoient conferver du moins leur provifion. 


Mais le Lieutenant du 


aifleau fe crut obligé de faire tranfporter, au Comp- 


toir, quantité de petites merceries, que les Matelots commençoient à dé- 
rober pour fournir à leurs débauches. On étoit au dernier jour des trois Fé- 
tes. Trois Compagnies de Danfeurs fe promenèrent dans toutes les rues avec 
des banières, & des poëles pour inftrumens de gg on ; S'arrêtant aux portes 


des Grands,commeaux Sépultures & aux Pagodes, 
joye, & des cris aufli extravagans que leurs danfes.] 
Le 24,il y eutune autre illumination, à l'honneur du jeune Roi & de fon 


«7(b) C'eft unc Ville dans l'intérieur du Pays, & l'une des principales du Japon, 
IL Part. 


avec des tranfports de 
Frère, 


Ggg 


Cuar. VIE 417 
Quelqu ; Anglois ayant caufé du défordre la nuit d'auparavant, le Roi Foy- 


Cocxt, 
1013. 


Un Jeune Jan 
ponols s'en 
uage à fuivre 
les Anglols en 
Europe, 


Grande Fête 
des Japonois 
pour leurs pa- 
rens morts, 


Vols desMa- 
telotsAnglois, 


Mafcarades 
Japonoifes, 


Sants, 
1061:13. 


Lettres arri- 
vécsÀ Cocks, 


exemple au 
Japon. 


pafler une partie de la nuit dans la joye , fit préparer pour la troifième fois teftère 
un féftin, qui eut le fort des deux précédens, Le corcège royal toit finom- os 
breux, que ce fut apparemment cette raifon qui empécha fl'oyne d'entrer bon . 
chez les Anglois, gs 
Lx lendemain, les Arpenteurs de la Cour mefurèrent toutes les maifons il le *ÿ 
de la rue où les Anglois avoient leur Comptoir, pour les faire contribuer, ble. 1] 
fuivant leur grandeur, aux frais de quelques nouveaux l'urtsque le Roi vou- ce. di : 
loit entreprendre. Celle des Anglois ne Fut point éxemptée de cette taxe, N'en d 
Cependant le deffein de ces ouvrages fut abandonné à l'occafion d’un Oura- crurent 
an, qu'on appelle T'yphon dans ces Mers, le plus furieux qu'on fe fouvint de l'vv 
Ouragan fans d'avoir jamais vû aux [îles du Japon. Ii renverla plus de deux cens mar!ons. tion Ÿ k 
Il en découvrit un beaucoup plus grand nombre , fans épargner le Palais & fomms 
Royal ,dont non-feulement tous les toîts, mais les murs mêmes de circon- Lieuten 
vallation furent abbatus. La mer fut agitée par des fecouilles fi violentes, il aime 
qu'elle mina un gran i Quai, fur lequel écoit fitué le Comptoir Hollandois , qu'au di 
ruina un mur de grufles pierres , entraîna les degrés, mit en piéces deux repenti 


ag VOYAGES DES ANGLOIS AUX 
Frère, qui allèrent en Mafcarade chez le vieux Roi Foyne, avec un cortège 


fort nombreux. Les deux Princes étoienc à cheval, & le refte de la T'roupe pra 
à pied. Nabefone, Gouverneur du jeune Roi, jouoit du fifre pendant la mar- dan 
, f 
che, &e cette mufique étoit accompagnée de celle que j'ai deja repréfentée, Cr 
Cocks ayant appris que les Princes le propofoient, à leur retour, de vificer ; 
le Comptoir Anglois, prépara un grand feftin. Mais ils ne s'en approché. du 1 
rent qu après minuit, avec beaucoup de confufion, & méme quelques mar- beai 
ques de mécontentement, Ilsne fe préfentèrent pas pour entrer, Brouwer, l'ac- FGF, 
teur Hollandois , s'avança jufqu'à la porte , en affeétant de les regarder peu. Ils d'un 
feignirent aufli de ne l'avoir point apperçu. pou: 
[Le 27,les Anglois mirenc à terre crois Coulenvrines ; outre fix qu'ils y avoient 9» dent 
déja. Dans le tems qu'ils étoient occupés à cela, le vieux Roi vince les voir pluy 
travailler; comme ils n'étoient que vingt-fept, il leur offrit une centaine de "2 : 
jee pour les aider, Mais À fuc bien füurpris de les voir expédier tout farm 
‘ouvrage en fort peu de tems: il avouä que cent Japonois n'en féroient pas peine 
venus à bout fi aifément, Il fut fi content de cela, qu'il fit venir unebarri- rene 
que de vin, & quelques poiffons, qu'il diftribua aux Matelocs.] que 1 
Cocxs reçut le 28 ,deux Lettres du Général, l'une du 19 , l'autre du 20, y fur 
par le Gouverneur Schimonafco , qui fuivant quelque cérémonial inconnu aux gel | 
Anglois, ne les envoya point au Comptoir , mais les fit porter au Vaifleau, de su 
Comme l'une des deux Lettres étoit pour le Roi loyne, Cocks fe rendit au mg di 
Palais, accompagné de Melsham &% de Hernando, Le Roi donna un ku- ce Re 
tan au premier, une dague d'Éfpagne à l'autre, & à tous crois jme bot- pa lie 
tes d'ail, [galanterie ordinaire au Japon.] Il leur accorda auñli la permitlion 4: Angl 
de faire fécher leur poudre au fommet du Fort, en leur offrant le fecours de par le 
fes gens pour ce travail. [Ce même jour l'Auteur reçut vingt-deux barres de j4 . 
[N 


plomb, & cent vingt-cinq boulets qu'il fit mettre dans le Magazin. } 

Le premier de Septembre, le vieux Roi & toute fa Noblefle, fe donnèé- 
rent le divertiffement d'une nouvelle Mafcarade, & rendirent vifite le foir 
au jeune Prince. Les rues étoient éclairées par un nombre infini de lanter- 


que 
comm 
Willia 
Cune jr 
moins 
au Co 


nes. Cocks, qui s'attendoit d'autant plus à recevoir le Roi, que deux j'a 
auparavant, cé Prince lui avoit fait l'honneur de le furprendre chez lui, & d'y 


grandes 


rtège 
roupe 
| mar- 
entée, 
vifiter 
rochè- 
| mar - 
‘, l'ac- 
seu, ls 


voient Xÿ* 
# voir 
ine de 
ér tout 
Ent pas 
je barri- 


: du 20, 
nu aux 
laifleau. 
‘endit au 
un ku- 
jues bot- 
million 4 
cours de 
barres de y» 


donnè- 
e le foir 
e lanter- 
eux lee 
ui, & d'y 
ème fois 
it finom- 
d'entrer 


maifons 
ntribuer, 
Roi vou- 
etté taxe. 
‘un Oura- 
fe fouvint 
s mai!ons. 
le Palais 
e circon- 
iolentes , 
ollandois , 
éces deux 
grandes 


INDES ORIENTALES, Le. IV. Cia VIL 4ra 


grandes Parques, & fubmergea quarante ou cinquante autres petits Htimens 
dans la Rade, Le mur de la Cuiline des Anglois, avec un four extrémement 
épais qu'ils avoienc bâti nouvellement, furent mis au niveau de la terre, 

te horrible cempête s'étant élevée pendant la nuie, la confufion & le bruie 
du Peuple, qui couroit éperdu dans toutes les parties de la Ville, augmenta 
beaucoup le déforire, La plûpart porcoient des brandons de feu pour s'éclai- 
rer, Les étincelles qui voloient de toutes parts devinrent bientôt la caufe 
d'une difigrace encore plus affreufe; car le feu prit à plufieurs maifons, & ne 
pouvoir manquer de fe répandre dans toute la Ville, fi par un autre acci- 
dent, qui n'accompagne jamais néanmoins les T'yphons, il n'étoit combé une 
pluve fi prodigieufe , qu'on fe crut menacés de périr par l'eau, après l'avoir 
dté d'écre écrafés par la chûte des malons, où d'étre enveloppés dans les 
flammes, Le Vaiffeau Anglois, quoiqu à l'abri par fa fituation, fe foûcint à 
peine fur cinq cables , donc il y en eut un de rompu, La Chaloupe & l'Efquif fus 
rene emportés , & ne purent être retrouvés que deux jours après. On apprit 
que le Port de Nangazaqui avoit beaucoup plus fouffert, Vingt Jones Chinois 
y furent fubmergés; & le Vaifleau, qui avoit apporté l'Amballadeur Efpa- 
gnol des Manilles, fut miférablement lracaflé, 

Ces fléaux du Ciel n'empéchèrent pas les Matelots Anglois de fe livrer à 
des défordres fi crians, que pour l'honneur de leur Naticn, les Auteurs de 
ce Recuvil ont cru devoir les fupprimer, Mais ils ne font pas difficulté de 

ublier ceux qui ne regardent que la difcipline nautique, pour apprendre à 
l'Angleterre même, que ce n'eft pas toujours par l'injure des élemens, ou 
par les fatigues d'un métier pénible , qu'e + anis un fi grand nombre de Ma- 
telots. 11 fe pañloic peu de jours où l'arieur de la débauche ne Fit naître quel- 
Le querelles entre les Anglois. Elles étoient prefque toûjours fanglantes , 

quelquefois mortelles. Après avoir éxercé leur fureur l'un für l'autre, ils 
commencèrent à la tourner vers les Japonois. Un Matelot, nommé Francis 
Williams, s'étant enyvré au rivage, prit un bâton, fans y être excité par au- 
cune ppt & maltraita un Domeftique du Roi l'oyne, Quatre Japonois té- 
moins de cette brutalité, eurent la fagefle d'engager loifenfé à fe rendre 
au Comptoir Anglois avec eux; & faifant leur plainte aux Faéteurs, ils pro- 
teftérent que s'ils n’obrenoient pas une jufte fatisfaétion , ils les porteroient 
jufqu'au Roi. Cocks apprit au même moment que Williams s'étoit retiré à 
bord, 11 y envoya un de fes gens, pour exhorter le Lieutenant du Vaiffeau 
à donner un éxemple de févèrité; & déclarant fes intentions aux Japon, 
il leur confeilla de fe rendre eux-mêmes à bord, pour reconnoître le coupa- 
ble, Is y allèrent. Mais Williams, interrogé par le Lieutenant, eut l’auda- 
ce de nier le fait, & l'impiété de foûcenir fon défaveu par un faux ferment. 
N'en étant pas moingçondamné à des peines rigoureufes, les Japonois fe 
crurent fatisPaits par la Sentence, & demandèrent grace pour lui en faveur 
de l'yvreffe. Alors, ce furieux Matelot, plus fenfble à la honte de l'obliga- 
tion qu'à la crainte du châtiment, fauta fur un croc de fer, dont il auroit af 


h fommé les cinq Japonois s'il n'eût été retenu. [Il ne ménagea pas même fon 


Lieutenant , ni le Député de Cocks. Enfin, ne s'étant rendu, qu’à la force ,. 
il aima mieux demeurer à fond de cale, les fers aux pieds & aux mains juf- 
qu'au départ du Vaifleau, que de réparer fon offenfe par des marques de 
repentir. ] 

Ggg 2 Lt 


Cocxs 
1613, 


Les Ty: 
hons ne font 
Le Accor 
paunés de 
pluyu, 


Corruption 
& défi wdre 
des Matelots 
Anglois. 


Brutalité 
furieufe d'un 
Matelot, 


Cocrs. 
1613. 


Maladie du 
Roi. 


Autres ex- 


cès des Mate- 


lors Anglois. 


Cocks em- 
ploye l'autori- 
té du Roi de 
Firando pour 


les contenir. 


40 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Le 13, Cocks apprenant que le vieux Roi étoit tombé malade, Jui envo 
ya l'Interpréte avec divers préfens qui convenoient à fa fituation. C'étoit un 
rand flacon d’excellent vin, que Saris avoit fait conferver précieufement, 
quelques boëtes de confitures. Ces petits foins, & l'attention que les Chefs 
avoient continuellement de prévenir les Japonois par toutes fortes de poli- 
telles, r‘paroient le tort que les Matelots faifoient à leur Nation. Le len- 
demain au matin, Cocks reçut avis du Lieutenant, à qui Saris avoit re- 
commandé de ne pas s'éloigner de fon bord, qu'une partie de l'Equipage 
avoit pafté la nuit dans la Ville fans fa permiffion, & dans un tems où tous 
les Matelots étoient d’autant plus néceflaires fur le Vaiffeau , que la marée l’a- 
voit laiflé prefqu’à fec. Cocks, accompagné de Melsham &e l'Interpréte, 
entreprit aufli tôt de les rappeller à leur devoir. II en trouva plufieurs dans 
divers lieux de débauche, & ne ménageant ni les reproches ni les coups, il 
les força de retourner à bord. La plûpart de ceux qu’il n’avoit pas découverts, 
ne laiflèrent pas de fuivre l'éxemple des autres, & de rentrer dans la foûmif- 
fion. Mais il en refta quatre, fur lefquels l’autorité ne fit pas plus d'impref- 
fion que le devoir & l'honneur. Ils continuèrent leur débauche pendant le 
refte du jour & la nuit fuivante; jufqu'à ce qu'ayant pris querelle entr'eux,. 
ils fe battirent avec tant de fureur , qu'ils furent portés au Vaifleau à demi 
morts de leurs bleffures. Ils fe nominoicnt Lambert, Colphax, Boles & 
Evans. 

Le 17, Cocks apprit qu'un Japonois, que les Matelots avoient nommé Baf- 
tian, & qui tenoit une maifon de débauche, s’étoit vanté que files Officiers 
Anglois reparoïfloient chez lui, pour e' chaffer leurs gens, il feroit main-- 
balle fur eux avec tous les fiens. Cette 1. :nace obligea les Faéteurs de porter 
leurs plaintes au jeune Prince , parce que-la maladie du vieux Roi duroit en- 
core. Ils l'engagèrent à faire publier une Ordonnance, qui défendoit fous de- 
rigoureufes peines à tous les Habitans de la Ville, de recevoir les Anglois 
chez eux après la fin du jour ; qui permettoit à Cocks & à fes Minittres d’en- 
trer dans toutes les maïfons pour y chercher fes gens; qui ordonnoit aux Ja-. 
ponois de lui prêter main-forte dans le befoin; enfin qui l’autorifoit à faire 
enfoncer les portes, lorfqu'on lui refuferoit de les ouvrir. Le Prince fit dé- 
clarer en même-tems à Baftian, que s’il arrivoit le moindre défordre par fa 
faute, ou s'il entreprenoit de s’oppofer aux recherches de Cocks, il lui en 
coûteroit aufli-tôt la vie. Malgré tant de précautions & de loix, les Mate- 
lots Anglois proteftèrent qu'ils vouloient boire ; qu’ils boiroient en plein 
champ, s'ils n’avoient pas la liberté d’entrer dans la Ville; & que s’il ne fe 
trouvoit perfonne pour leur apporter de l’arrack, ils prendroient la peine 
eux-mêmes d’enaller chercher dans les Villages , à quelque diftance qu'ils 
fuflent du Port. Cependant il arriva, peu de jours apres que le vieux Roi 
étant rétabli & fe promenant à pied dans la Ville, ‘fencontra deux Anglois 


qui étoient à boire à la porte d'un Chinois. [Il prit la peine de s'arrêter; & 
d'un air menaçant, ] il détacha vers eux quelques gens de fa fuite. [ Son def: 


fin n’étoit que de leur faire demander s'ils avoient la permiffion de leurs 
Officiers. Mais dans la crainte d'un traitement plus févère, ils prirent le parti 
de s'éloigner en fuyant.] Cette avanture ayant fervi à leur perfuader que le 


Roi même avoit lés yeux ouverts fur leur conduite, . ils commencèrent à s’ob-- 


ferver davantage. 
LE 


& de l’autr 


L 
ladie 
ja ci 

apo 
deva 
ranc 
aifoi 
re, il 


me el 
du fat 
qui fo 
pierre 
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pour a 
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L : 
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Hdifes. 
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Hollan 
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de jour 
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maifon 
maris , 
Compag 
la Ville 
d'une v 
Cepend: 
jours fai 
LE 
Matelot 
te des 1 
Ville, o 
étoient | 
rir aprè 
nuit fui 


fir à pa 
d'y faire 
&, dans 


nvo+ 
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Chefs 
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mé Baf- 
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Anglois 
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jeux Roi 
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êter;, &'H 
Son def-k 


de leurs 
tle parti 
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nt às’0b-- 


LE 


Hdifes. 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cuar. VII 


Le 27, Williams Paulin, Contre-Maître, mourut au Comptoir, d'une ma- 
Jadie de langueur. A la prière de Cocks, le Roi permit qu'il fuc tranfporté 
au cimetière des Chrétiens. Mais cette permiflion n’empêcha point les Dites 
Japonois de s’oppofer au paflage du corps dans les rues de Firando, & füur-tout 
devant leurs Pagodes. On fut obligé de te tranfporter par eau. Il fut fuivi d’un 

rand nombre de Japonois, malgré les repréfentations des Prêtres, qui leur 
aifoient un crime de leur curiofité. Mais lorfqu'on fut au lieu de la fépultu- 
re, il ne s’en trouva pas un qui voulût prêter fes mains ni fes inftrumens pour 
ouvrir la foffe. F 

Ox publia le 29, un ordre du Roi, pour nettoyer & embellir les rues. Com- 
me elles ne font pas pavées à Firando, cet embelliffement confifte à répandre 
du fable & du gravier chacun devant fa porte, à vuider deux petits canaux 
qui font de chaque côté pour l'écoulement des eaux, & à les parer de larges 
pierres, enfin à ne laiffer aucune trace de faleté à la face des maifons L 
diligence des Habitans eft admirable dans ces occafions. Il ne fallut qu'un jour 
pour achever l'ouvrage, & les Officiers du Roi commencèrent leur revûe dés 
le lendemain. Le Capitaine Chinois, de qui les Anglois louoient leur mai- 
fon, prit ce foin pour eux. 

Le 30, quelques Négocians de Méaco arrivés pour le commerce, vin- 
rent au Comptoir & demandèrent feulement à voir les principales marchan- 
Après avoir touc obfervé, [avec autant de curiofité que d'intelligen- 
ce, ] ils s'arrêtèrent aux draps , pour lefquels ils n’offrirent néanmoins qu'un 


prix fort médiocre. [ On refufa leurs offres; mais il fut aifé à Cucks de re- 


connoître à leur langage qu'ils s'étoient laiffés prévenir par les intrigues des 


42r 


Cocxs, 
1613. 


Les Piêtres 


Japonois s'op- 
pofent à l'en. 
terrement 
d'un Anglois, 


Ordre pour 


l'embellifie- 
ment des rues. 


Hollandois. ] Le marché fut interrompu par le bruit d'un vent d'Et fi vio-  Typhon pre 
, HA ,, ie ’ À ñ L Tee 
lent , qu'on le prit pour l'avant-coureur d'un nouveau T'yphon. Chacun s'é- dit par les 
tant retiré chez foi, ne fut occupé qu’à fe garantir des malheurs dont on croyoit Bonzcs, 


la Ville menacée. Cette opinion paroiïfloit d'autant mieux fondée, que peu 
de jours auparavant ,un Bonze avoit prédit au Roi que le Typhon reCOMen- 
ceroit bien-tôt fes ravages. Le -Chirurgien Anglois fe trouvant dans une 
maifon, où le même Bonze prédifoit à quelques femmes le retour de leurs 
maris , lui offrit trois fols pour apprendre autli quand le Général Saris & fes 
Compagnons reviendroient à Firando. Le Bonze l’affüra qu’ils feroient dans 
la Ville dix-huit jours après. Il précendoit que cette connoiffance lui venoit 
d'une voix qui lui parloit à l'oreille, & qui ne fe faifoit entendre qu'à lui 
Cependant la Viile en fut quitte pour des vents orageux, qui durèrent deux 
jours fans y caufer aucun défordre. 


Le 2 d'Oétobre, Cocks reçut avis du Vaifleau, qu'il en étoit parti fept Sept Anslois 


Matelots dans l'Efquif. Il auroit envoyé fur le champ après eux, fi l'Interpré- 
te des Hollandois ne l'eût. affüré qu’il les avoit vûs dans une maifon de la 
Ville, où ils étoient à fe réjouir; mais il fe trouva que ceux qu'il avoit vüs 

étoient une autre bande, & fon témoignage ayant empéché qu'on ne fit cou- 
rir après les autres, leur donna le temsde.s’éloigner fans être pourfüuivis. La 
nuit fuivante fut marquée par une autre difgrace. Le vieux Roi Foyne avoit 


de l’autre côté de l’eau ,une maifon [de campagne où il prenoïit fouvent plai- 


fir à pañler quelques jours dans la folitude. Il avoit prié les Facteurs Anglois 
è y qe Fate quelques belles étoffes qu'il vouloit éxaminer à loifir, 
, dans la confiance qu'ils avoient : amitié de ce.bon Roi, ils n'avoient pas 
5663 fait 


le éfertent avec 
l'Efquif, 


Cocrs. 
1613 


y» VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


fait difficulté d'y confentir. ] Fandis qu'il fatisfaifoit fa curiofité (c), avec 
des cannes allumées qu'il cenoic à la main, quelques écincelles tombées fur 


Palais duRoi Jes nattes mirent le feu à la maifon & la réduifirent en cendres avant le jour. 


fou, 


Autreprédic- 


confumé parle Cocks l'ayant vifité le lendemain, le trouva moins afligé de 


fa propre perte 


! que de celle des Anglois. Cependant comme elle n'étoit point allez conli- 
[e 


crable pour pe beaucoup les Faéteurs, Cocks fe horna pour dédom- 
magement à prier le Roi de lui faire retrouver fes Déferteurs, ] L'ordre fut 
donné aufli-tôt de les chercher, avec d'autant plus d'efpérance, qu'on pré- 
tendoit les avoir vûs dans une Ifle déferte à deux licuës de firando. Le Roi, 
dans l’empreflement d'obliger Cocks, ordonna qu'ils fuflng ramenés morts 
ou vifs. 

(d) Le 4 d'Oétobre, fur une prédiétion des Bonzes , qui menaçoient la 


tion des Bon- Ville de Firando d’un Incendie général, dont il ne devoit pas fe fauver une 


CS, 


Arrivée da 
Gouverneur 
de Nangaza- 
qui. 


Convention 


feule maifon, il fe répandit dans toutes les rues un grand nombre de Crieurs , 
pour avertir le Peuple , avec des expreflions lamentables , d'éteindre foi- 
gneufement tous les feux. C’étoit la nuit fuivante que ce défaftre étoit at- 
tendu. Tous les Habitans, & les Anglois mêmes pour qui la fuperftition é- 
toit contagieufe, la paffèrent dans des allarmes D Mais l'événe- 
ment vérifia que le Diable eft toûjours l’efprit de menfonge. 

LE Roi Foyne étant venule 5,au Comptoir Anglois, dit à Cocks qu'ilavoit 
envoyé deux Barques bien armées à la pourfuite des Fugitifs. Il lui apprit 
aufi que le Gouverneur de Nangazaqui (e), nommé Ben Diu, & l'rère de 
l'Impératrice, devoit arriver le lendemain à Firando; für quoi il lui conféilla 


de le faire faluer de quelques coups de canon à fon pañlage; [ {1 ajouta qu'il és 


verroit aufli un autre Roi ou Gouverneur d'une Ville, nommée Seam. ] Pen- 
dant leur entretien, il arriva un homme à cheval, avec une Lettre de la Cour 
Impériale pour le Roi, & des nouvelles du Général Saris, qui devoit être :lans 
huit ou dix jours à Firando. Le même jour, James Fofter, que les l’aéteurs 
avoient député à Nangazaqui, revint avec l'Efquif, mais fans avoir pû obtenir 
la reftitution des fept déferteurs, qui s’étoient mis fous la protcétion dela Vil- 
le. On fçut par des informations certaines que Miguel l’Interprete, dont lof- 
ter s’étoit fait accompagner, loin de fe rendre utile au fuccès de fon voyage, 
avoit confeillé aux Fugitifs de perfifter dans leur défertion. Cocks prévit que 
leur deffein étoit de pafler aux Manilles fur quelque Navire Efpagnoi, & qu'il 
lui feroit impoflible.de s’y oppofer, s’ilnefe faifoit point un ami de Ben Diu. 
Il ordonna qu’il fût falué de quatre coups de canon. Dés le même jour, ce 
Gouverneur étant à fe promener dans la Ville avec le jeune Prince de Firan- 
do , Cocks fortit du Comptoir pour lui faire fon compliment. Ben Diu s’ar- 
rêta quelques momens pour répondre à cette civilité, & ne reçut pas avec 
moins d’afeétion le préfent que les Anglois lui envoyèrent le foir. 1l leur 
offrit fes fervices à la Cour de l'Empereur, & de fon propre mouvement, il 
leur. parla des Déferteurs. Son intention étoit qu’ils fuilent pardonnés; mais 


pour les 7 Dé Cocks demandoit queles Chefs fuient punis. Enfin, fur les inftances du Gouver- 


ferteurs. 


neur,on convint qu’ils obtiendroient grace fans exception. Cocks s’y engagea 
par 


mence ici dans l'Original. R. d. E. 
Ce) Le véritable nom de cette Ville cft 
Nagazaki, 


(c) Angl. tandis qu’il montoit & defcen- 
doit. K. d. E. 
(d) La 2de. Seétion de ce Chapitre com- 


tés qu 
barril 


avoir 
par le 
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lenderr 
même, 
& LE 
dela il 
aux Ga 


(f) 
à Cocks 
1CONS 
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avec 
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re fut 
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oient la 
1eY UNE 
rieurs ; 
lre foi- 
toit at- 
htion é- 
l'événe- 


u'ilavoit 
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frère de 
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1. | Pen- 
» [a Cour 
être :lans 
j'acteurs 
obtenir 
dela Vil- 
dont l’of- 
voyages 
révit que 
, & qu'il 
Ben Diu. 
jour, ce 
de Firan- 
Diu s’ar- 
as avec 
, dileur 
ement, il 
nés; mais 
u Gouver- 
y engagez 
ar 


Di... 
tte Ville eft 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cunar. VIT 428 


par un écrit de fa main, & promit de le faire confirmer par Saris au premier inf- 
tant de fon arrivée ; fans quoi Ben Diu protefta qu'il ne fe préceroit à rien, parce 
qu'il ne vouloit contribuer à la mort de perfonne. Quelques jours après, il 
fit l'honneur aux Anglois de les vificer dans leur Comptoir, & d'y éxammer 
leurs marchandifes; mais fans en rien acheter. Il tit préfent à Cocks d'un ka- 
tan, qui lui fut payé avec avantage par quelques flacons d'excellent vin & 
par quelques drogues médicinales dont il emporta une bonne provifion pour (f) 


k# la fanté. [Il ne fe retira qu'après qu'on lui eût offert ane colation]. 


Cocxs ayant apprisque Ben Diu, & fon l'rère, qui étoient à fe baigner chez 
les Hollandois, où il y avoit un bain chaud, fe propofoient de viticer le Bà- 
timent, fe rendit lui-même à bord pour les y recevoir. Ben Diu lui fit pré- 
fent de deux katans, & les Anglois firent une décharge de fept piéces à l'ar- 
rivée de ces deux Seigneurs. À peine furent-ils retournés au rivage, fort fa- 
tisfaits de l'accueil qu'ils avoient reçu, que le Frère revint à bord, pour de- 
mander un petit finge qu'il y avoit vû, & qu'il vouloit porter à fa Belle-Sœur (g). 
Cocks fe crut obligé à l'acheter du Maître-Canonier, à qui il appartenoit, 
& le paya cinq piéces de huit; mais il fe réferva le mérite de le préfenter lui- 
même à Ben Diu. Le Roi Foyne, par des raifons que les Anglois ne purent 
pénétrer, envoya demander au Comptoir quels étoient les préfens qu'ils a- 
voient faits aux deux Frères, & prit foin d'en conferver un mémoire. Il n'y 
joignit point la lunette d'approche que Ben Diuavoit demandée avec beaucoup 
d'inftances, mais qu’il renvoya prefqu'aufli-têt, paree qu'il ne la trouva point 
à fon gré; ce qui n’empêcha pas que dans la reconnoiflance de tant de civili- 
tés qu’il avoit reçues de la Nation Angloife, il ne fît porter au Comptoir deux 
barrils de vin de Méaco. Son Frèré y =n envoya deux aufli, avec les mêmes 
remercîmens. 

Le 10, deux jeunes Japonois, fils d'un autre Gouverneur, vifitèrent les 
Anglois dans leur Comptoir. Ils étoient nouvellement convertis au Chriftianif- 
me, [& fort affeétionnés pour tout ce a portoit le nom d'Européen.] Cocks 
leur fit voir toutes fes marchandifes, & leur offrit une colation déliccte, qui 
fut accompagnée d’un concert de mufique. Pendant la fête, le Roi Foyne fur- 
prit agréablement l’affembléé en y paroiffant tout-d’un-coup, & prit part de 
bonne grace au divertiffement. Son goût s’étoit déclaré pour un mets dont 
V’'apprét n’eft pas difficile, mais qui n’en eft pas moins ‘agréable à ceux qui le 
connoiflent. C'eft du bœuf & du porc aux navets & aux oignons. Après en 
avoir mangé beaucoup, il pria Cocks de lui en faire préparer un autre plat 
par le Cuifinier Anglois, en lui avouänt qu'il le trouvoit délicieux. Cocks 
prit cette occafion pour le faire fouvenir des Déferteurs , & lui envoya le 


lendemain fon mets, qui fut feçu avec des tr'anfports de joye & mangé de 
même, 


k Le 12, Cocks rendit une. vifite à ce Prince, [ qu'il trouva endormi; & 


delà il paffa chez le jeune Roi ] qui le remercia de l'accueil civil qu’il avoit fait 
aux Gouverneurs de Nangazaqui & de Seam; vers le foir le vieux Roi lui fit 
dire 


CF) Angl. ifit préfent d’un petit Katan 
à Cocks, qui de fon côté lui donna deux 
flacons de verre, deux pots de fayance, & 
environ un demi Kati de cloux de girofles 


choifis, & qu'il vouloit garder pour s’en fer- 
vir dans l'occafion comme d'un reméde.R.d.E. 
(g) Angl. aux Enfans de Ben-Diu. R. d. E. 


Cocxs. 
1613. 


Politeftes for. 
cées des An- 
glois. 


Autres civi- 
lités dont ils 
ne peuvent fe 
difpenfer. 


Adreffe des 
Japonois pour 
tirer d'eux des 
préiens, 


Cocrs., 


1613. 


l'eftin que 
ke Roi fe don- 
ne aux dépens n À . 
des Etrangers. apporter quelques flacons de leur vin, qu'il trouvoit excellent. 


Cocks cft 


trompé par le 


Gouverneur 
de Nangaza- 
qui. 


44 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


dire qu'ayant appris qu'ils avoient acheté au Comptoir quelques marchandifes 
dont ils avoient réglé le prix à leur gré, il vouloit fçavoir fl les Anglois ne fe 
laignoient pas de cette injuftice. Cocks répondit qu'il ne pouvoit défavouër 
a vérité du fait; mais que la même chofe fe pratiquant à Nangazäqui à l'é- 
ard des Chinois & des Portugais, il avoit cru que c'étoit l'ufage du Japon; 
qu'il n'étoit queftion d’ailleurs . de quelques pue: qui ne méri- 
toient pas beaucoup d'attention. Foyne repliqua que l'ufage de Nangazaqui 
n'étoit pas une régle pour Firando; que les Chinois étoient une Nation avec 
laquelle on gardoit moins de ménagemens, parce qu'il leur étoit défendu par 
leurs propres loix de faire le commerce au Fnon, mais qu'il prétendoit que 
les Européens ne fouffriflent aucun tort dans les terres de fon Domaine, fur- 
tout de la part de ceux qui J avoient aucune autorité. Cocks l'ayant remer- 
cié vivement de la juftice qu'il faifoit rendre aux Etrangers, lui envoya le mé- 
moire des marchandifes qui avoient été enlevées à des prix arbitraires. L'Au- 
teur fait .obferver que s'il entre dans ces détails, c'eit pour faire connoître 
qu’au fond les Anglois étoient des duppes, qui fe laifloient tromper par des 
apparences de civilité & d'affeétion. Foyne ne leur faifoit aucune offre de fer- 
vice qu'ils ne fe cruffent obligés de payer par des préfens; & toutes ces bel- 
les promefles demeuroient prefque toûjours fans effet. Le 13, il pria Cocks & 
deux autres Faéteurs à dîner chez les Hollandois, en leur recommandant d'y 
Le dîner fut 
trés-bien fervi, aux dépens du Comptoir de Hollande & du vin des Anglois. 
Le Roi étoit à la première table, accompagné des Princes fes petits enfans. 
Nabefone, fon Frère, fe mit à la feconde, & fit placer Cocks entre lui & Se- 


midone, { autre Frère du vieux Roi.] Après eux étoit le Miniftre de Firando; + 


&, de l'autre côté, plufieurs Japonois de la première Nobleffe. Brouwer , 
Chef du Comptoir Hollandois, ne s’affit point, & fe borna au foin de couper 
les viandes, tandis que tous fes gens fervoient les deux tables à genoux; & 
lui-même, à la fin du repas, fervit à boire aux Convives dans la même pof- 
ture. Cocks furpris de cette formalité, lui en demanda la raifon. Sa réponfe 
fut que le Roi faifoit le même honneur aux Etrangers, lorfqu'il leur donnoit à 
dîner. En fortant de table, toute l’affemblée fe rendit au Comptoir Anglois, 
où le Roi fe fit un amufement d’en vifiter toutes les parties. Cocks lui offrit 
une colation, qui fut acceptée. 

LE 16, deux hommes de mer, l’un Vénitien, l’antre Flamand, arrivés en- 
femble de Nangazaqui, apprirent à Cocks que les fept Déferteurs avoient 
été conduits fecrétement à Méaco dans une petite Barque. L’efpérance de ces 
deux hommes étoit de fe faire recevoir fur le Vaifleau Anglois pour retour- 
ner en Europe. Le Flamand avoit été pendant vingt-quatre ans au fervice 
des Efpagnols. Il étoit venu d’Acafpulco aux Manilles, & les occafions ne 
lui ayant pas manqué pour amaflér beaucoup d'argent, il demandoit la per- 
miflion de le mettre à bord. Cocks lui répondit que dans l’abfence du Géné- 
ral, il n’ofoit accorder une faveur de cette nature ; mais il confentit volon- 
tiers à faire affürer le Roi que ces deux Etrangers n’étoient point Efpagnols, 
ni Sujets du Roi d'Efpagne ; fans quoi,ce Prince ne les auroit pas foufferts à 
Firando, depuis au’il étoit arrivé au Japon un Ambafñladeur Efpagnol des Ma- 
nilles, pour demander à l'Empereur la permiflion d'emmener tous les Sujets 
de l'Efpagne, 


Cocxs, 


pe SR 


Lune 
randec 
du je 
tout-c 
dres. . 
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a poi 
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dus, â 
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difes 

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fervice 
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la per- 
Géné- 
t volon- 
D agnols , 
ufferts à 
des Ma- 
es Sujets 


Cockss» 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. VIL 425 


Cocks, à la prière du Vénitien & du Flamand, fe rendit le lendemain avec 
eux au Palais de Foyne. Ils lui apprirent en cheminque les Déferteurs Anglois 
s'étoiant vantés à Nangazaqui, de n'être pas les feuls qui euffent pris la réfolu- 
tion d'abandonner le Vaiffeau. Ils avoient publié que la plüpart des Matelots 
étoient dans le même deffein, parce que leurs Oficiers les traitoient cruel- 
lement; & joignant la perfidie aux plaintes, ils avoient affüré les Efpagnols, 
qu'avec une Barque ou deux , il leur feroit aifé de s'emparer du Vaiffeau d'An- 
gleterre. Le Roi Foyne reçut humainement les deux Etrangers qui lui furent 
préfentés par Cocks. Il leur demanda des informations fur la guerre qui s’é- 
toit élevée aux Moluques entre les Efpagnols, & les Hollandois. Mais lorf- 

u'il apprit d'eux que les Déferteurs étoient paflés de Nangazaqui à Méaco, 
fa furprife fut fi vive qu'a peine voulut-il s’en rapporter à leur témoignage. 
Il répéta plufieurs fois, avec douleur , qu'il n’auroit pas cru Ben Diu capa- 
ble de violer fes promefles. Le Flamand, qui connoifloit par un long ufage, 
les difpofitions des Efpagnols, affüra Cocks qu'il n'avoit pas d'autre vengean- 
ce à defirer de la trahifon de fes gens, que le traitement qu'ils recevroient 
de leurs nouveaux Maîtres. 

Le 18, entre dix & onze heures du foir, il y eut une Eclipfe totale de 
Lune ; & dans le tems que ce phénomene allarmoit aflez les [abitans de Fi- 
rando (b), le feu prit, avec tant de violence, à quelques maifons voifines 
du jeune Prince, que fi le vent, qui étoit aa Nord-Eft, ne s’étoit appaifé 
tout-d’un-coup, la plus grande partie de la Ville auroit été réduite en cen- 
dres. Elle dût fon falut à la diligence des Anglois, qui ne put empêcher 
néanmoins la ruine de quarante maifons. Les flammes fe rallumérent trois ou 

uatre fois, & furent éteintes avec le même füuccès. Le vieux Roi, quine cef- 

a point , pendant toute la nuit, de fe promener à cheval, dansles rues, con- 
feilla aux. Anglois de mettre toutes leurs marchandifes dans les caves, & d’en 
boucher la porte avec du fumier; mais le danger n'étoit plus affez preffant 
pour les obliger de fuivre ce confeil. On ne put découvrir quelle avoit été l'o- 
rigine de cet Incendie. Cependant le Peuple fe perfuada que les Bonzes l’a- 
voient prédit; & peut-être l’avoient-ils commencé eux-mêmes, pour donner 
du crédit à leurs prédiétions. 

LE 20,au foir, Hernando Ximénes Efpagnol , que les Anglois avoient 2- 
mené de Bantam, arriva de Nangazaqui où Cocks l’avoit envoyé pour l'af- 
faire des Déferteurs. Il avoit fait ce voyage avec un Facteur pe ois nom- 
mé Edouard Markes; mais quoiqu’à leur arrivée les Déferteurs fuflent en- 
core dans la Ville, ni l’un ni l’autre ne put fe procurer laliberté de les voir. 
Un Efpagnol , homme de diftinétion, dit à Markes qu’ils ñne feroient pas ren- 
dus, & que fi les autres Matelots vouloient aufñli déferter, ils feroient reçus 
volontiers, fur-tout s'ils amenoient avec eux le Vaifleau. Les Japonois, qui 
avoient accompagné Markes & Hernando, ne permirent point à Markes de 
fortir de fon logement pendant deux jours. Enfin Cocks ne put douter qu'il 
n’y eût quelque artifice dans cette conduite, & défefpèra d'obtenir fes fept 
Déferteurs. Le Roi Foyne l’affüra, pour le confoler, qu'il ne perdroit plus 
de Matelots, s'ils ne trouvoient moyen, comme les premiers, de s'enfuir a- 

vec 


(b) Angl. la nuit fuivante à la même heure, R. d. E, 
Part, Hhh 


Cocus, 

1613. 

Perfidie des 
Déferteurs 
Anglois. 


Accidens fÀ. 
cheux. 


Continuation 
de l'affaire des 
Déferteurs. 


46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Cocxs  Vec l'Efquif. En effet, il fit défendre à tous les Japonois, par une Procla- 
1613. mation publique, de conduire ou de tranfporter aucun Anglois fans fa per- 
miffion & celle de Cocks. 
Fête de Reli- Le 23, on célébra dans Firando une grande Fête de Religion, pour la- 
gens Firan- quelle on drefla devant la Pagode un magnifique pavillon, où le Roi, toute 
a Nobleffe & quantité d'Etrangers s'affemblérent. Chaque Scigneur écoit a: 
compagné de fes Efclaves, les uns armés de piques , les autres de moulquets, 
& les autres avec l'arc & les fléches. Ces préparatifs étoient le prélu le d'une 
courfe qui devoit fe faire dans la grande Place, On avoit fufp:ndu un bou- 
clier de paille, contre lequel tous les Aëteurs lancèrent des traits & des flé- 
ches en courant à toutes brides. Au milieu de ces réjouiffances, le Roi in- 
formé d'une prédiétion de quelques Bonzes qui menaçoient la Ville d'un In- 
cendie , donna ordre que chaque maifon fe pourvût d'un tonneau d'eau pour 
la nuit fuivante. Les An lois fe défiant plus de la malignité des Prêtres Ja- 
ponois , que de leurs prédiétions, fe conformèrent volontiers aux loix de cet. 
te Police. Ils entendirent, à l'entrée de la nuit, mille voix qui crioient d'un 
ton Hpibres gardez-vous du feu. Mais les Bonzes, & l'efprit qui les in'pi- 
roit, furent convaincus d’impofture. 


[Le25, le Roi fe plaignit de l'Efpagnol Fernando, qu'il difoit être uns 
joueur, qui avoit gagné beaucoup d'argent à diverfes perlonnes qu'il avoit 
follicité à jouër avec lui. 11 l’accufoit aufñi d’avoir cherché à fe fauver la 
dernière fois qu'il avoit été à Nangazaqui. Cocks qui fçavoit qu'il n'y avoit 
aucune apparence dans cette accufation, en conclut que les habitans de j'i- 
rando n'étoient amis ni des Efpagnols ni des Portugais. 

La'nuit fuivante, quelques perfonnes mal intentionnées tâchèrent de mettre 


le Feu en trois endroits de la Ville; mais heureufement on l'éteignit avant 
qu'il eut fait aucun progrès confidérable, 
Dans ce tems-là, Melsham étant malade, il eut la vifite de Zanzcbar, fui- 
vi d’un Bonze ou Doéteur. Par leur avis, & avec le confentement du Chi- 
rurgien Anglois, il prit un remède, qui devoit le guérir d’abord, mais qui 
ne produifit cependant aucun effet. Le 26, on renvoya à bord tout ce qui é- 
toit néceflaire pour la réception de Saris, qui devoit arriver dans peu. Pen- 
dant la nuit, on mit encore le Feu à une maifon, mais bientôt l'Incendie fut 
arrêté. Le lendemain, Melsham ennuyé de fon remède Indien, n'en fitplus 
ufage; ce qui déplut très fort à Zanzebar & à fon Doéteur.] 
“ Le 3o, les Anglois, pour fe conformer aux ufages du Pays, envoyérent 
au Roi divers préfens. L'expérience leur avoit appris ceux qui étoient les plus 
ji agréables à ce Prince. C’étoient plufeurs mets à l’Angloife, deux poules & 
eoccafion, Un cochon de lait rôti, avec deux flacons de vin d’Efpagne, qui devoient 
fervir le jour fuivant pour l'aëéte le plus brillant d'une l’ête. On avoit fait les 
préparatifs d'une Comédie, qui devoit être fuivie d’un grand feftin. Le jeu- 
ne Prince fit demander le foir aux Anglois une paire de hautes-chaufles, pour 
un Aéteur qui n'avoit pl s’en procurer. Cocks l'ayant fait aflürer qu'il n’y 
avoit rien au Comptoir dont il ne pât difpofer librement, lesdeux Princes le 
firent inviter à la Comédie pour le lendemain. 
Comédie Ja- IL s’y rendit avec deux de fes principaux Faéteurs. Le vieux Roi, quia- 
PORTE TE  yoit eu foin de leur faire préparer une place commode, s’approcha d'eux à 


dre Û e { ù 
préfentéc la vûe de tout le peuple, & leur fit fervir une colation fort galante. de i- 
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Le jeu- 
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qu'il n'y 
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b1 , qui a- 
d'eux à 
te. Semi- 
done 


INDES ORIENTALES, Lav. IV, Car, VI, 427 


done leur en offrit une autre, au nom des jeunes Princes. Divers Seigneurs 
du cortège du Roi vinrent enfuite, & leur en firent accepter unetroifième. 
Les Aéteurs de la Comédie étoient le Roi même, les Princes & les premiers 
Seigneurs. Ils-avoient pris pour füujet , les plus célèbres aétions de leurs Ancé- 
tres, depuis l'établiffement de leur Etat, avec divers intermédes pour l'amu- 
fement du Peuple. L'affemblée étoit extrémement nombreufe. Chaque mai- 
fon de la Ville apporta un préfent au Roi, & tous les Habitans de l'Ifle vin- 
rent lui rendre fucceflivement le même hommage. 

La Poëfie, la Mufique & la Danfe eurent peu d'agrément pour les Anglois. 
Cependant ils y trouvèrent de l'harmonie & de la jufteffe, Les inftrumens 
de mufique écoient une force de petits tambours, de la forme des fables qui 
marquent les heures. On bat deilus d'un côté avec la main, tandis que de 
J'aucre, an ferre la corde qui lie l'inftrument, & qui en éleve ou rabaïle le 
ton. On l'accompagne de la voix, ou de la flute, ou du fifre. Quoique tout 
le fpectacle fût aflez grollier, Cocks aflüre qu’il n'en avoit jamais vû qui l'eût 
tant alfeété, par un air de véritable grandeur que chaque rôle tiroit de la 
réalité des perfonnages. Non-feulement c’étoient des aétions réelles qui étoient 
repréfentées avec toutes leurs circonftances, mais tous les Aéteurs étoient 
réellement ce qu'ils repréfentoient, c'elt-a-dire, Rois, Capitaines, Miniftres, 
fuivant la diftribution du Sujet. Les Hollandois n’avoient pas été invités à la 
Fête; ce qui pafla dans l’efprit même des Japonois (i) pour une marque ho- 
norable de la préférence que le Foi donnoit aux Anglois. 

Cocxs, à fon retour, trouva trois Hollandois qui l'attendoient avec impa- 
tience. L'un vêtu à la Japonoife, étoit arrivé nouvellement d'une Ville nom- 
mée Kushma, où il avoit vendu du poivre & d'autres marchandifes. Il fe 
vantoit d'avoir jetté les fondemens d'un commerce fecret avec la Corée, ou 


d'en avoir du moins des efpérances certaines; & fe croyant redevable de 
cette ouverture à William Adams, il venoit offrir aux Faéteurs Anglois de 
leur accorder quelque part à fon entreprife. Il n'étoit pas aifé de juger s'il 


étoit fincère ; car Lernando, qui l’avoit déja vû au mptoir Hollandois, 
ayant demandé à quelques-uns de leurs Faéteurs d'où cet homme arrivoit, 
Brouwer , Chef du Comptoir, s'étoit offenfé de fa demande & luiavoit répon- 
du qu'il n’avoit de compte à rendre à perfonne. 

À l'entrée de la nuit, André Bulgarain, Génois, & Benito de Palais, Pi- 
lote Major d'un Vaiffeau Efpagnol qui avoit fait depuis peu naufrage fur la 
Côte du Japon, arrivèrent de Nangazaqui & firent prier les l'aéteurs An- 
glois de leur envoyer leur Interpréte. Cocks leur ayant refufé cette grace, 
ils lui rendirent fur le champ une vilite, accompagnés du Chinois Zanzebar 
dans la inaifon duquel il étoit logé. Leur entretien fut d’abord affez froid ; 
mais ils tombérent enfin fur l'affaire des Déferteurs, qui parut avoir été le 
principal motif de leur voyage; & juftifiant les Jéfuites, fur lefquels ils n’i- 
gnoroient pas que les Anglois avoient fait tomber leurs foupçons, ils préten- 
dirent qu'il ne falloit rejeter la fuite des Déferteurs, que fur le Peuple de Nan- 
gazaqui, dont on connoiffoit la méchanceté. Cocks, loin de fe prêter à leur 


apologie, s'imagina que ces deux hommes étoient venus avec le deflein de 


débauchcr 


(5) Angl, dans l'efprit de Cocks. R. d. E. 
Hhh 2 


Poëfie, muft- 
que & danfe 
des Japonois 


Propofition 
d'un Hollau- 
dois, 


Suite de l'af 
faire des Dé- 
ferteurs. 


Cocxs. 


1613. 


Incendies, 
meurtres & 
vols, 


Fuite d'un In- 


cendiaire, 


428 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


débaucher les autres Matelots, Il recommanda au Lieutenant d'avoir les 
yeux ouverts fur le Vaiffeau & fur l'Efquif, & d'obferver la moindre appa- 
rence de liaifon entre les Matelots & les deux Efpagnols. Cependant on 
reconnut à la fin,que le Pilote Major ayant quelques marchandifes entre les 
mains de William Adams, étoit à Firando pour fes comptes, & que s'il 
avoit d'autres vûes, elles étoient à couvert fous un précexte fi jufte, Les 
Faéteurs Anglois ne firent pas difficulté dans la fuite de le recevoir & de 
manger méme avec lui, quoique dans le premier repas qu'ils firent enfemble, 
leur défiance allât ni dr prendre des mefüures contre le danger du poifon. 
Les deux Efpagnols avoient apporté des Lettres de l'Evêque & des féfuices 
aux deux Etrangers que j'ai déja nommés, pour leur perfuader de retourner 
à Nangazaqui. 

Le 2 de Novembre, on retomba dans la crainte des incendies, des vols, 
des meurtres & des crimes les plus noirs. Le feu commença pendant le 


jour , Cdans la rue aux poiffons, mais fans faire beaucoup de mal: & ceux quixé» 


’avoient mis, s’échapérent. Les foupçons tombèérent fur trois perfonnes de 
Méaco, fans que cependant on put trouver contr'elles des preuves convain- 
cantes. Le Feu recommença peu de tems après, ] par la maifond'une pau- 


vre famille, & fut bientôt éteint. [ Le Voleur qui avoit fait le coup, fe fau-X$» 


va dans un bois qui fut dabord environné par plus de $oo hommes, mais 
cela n'empécha pas qu'il ne trouvât le moyen de s'évader.] A l'entrée de la 
nuit,on entendit un bruit épouvantable de gens qui crioient au meurtre, au 
vol & au feu. On vint même avertir les Anglois qu'il y avoit des Voleurs 
au fommet de leur maifon. Cocks y monta bien armé, & n'y trouva per- 
fonne. Il vit de ce lieu tous les Japonois des maifons voifines dans les mé- 
mes allarmes. Les cris continuoient fans interruption. Enfin lorfqu'on com- 
mençoit à fe perfuader que c’étoient de fauffes terreurs, on vît les flammes 
s'élever dans divers endroits de la Ville, & l'on apprit que dans le tumulte, 
quelques maifons avoient été volées, deux hommes aflaflinés , & plufieurs 
perfonnes de l’un & de l’autre féxe maltraitées avec beaucoup de violence, 
Cependant le feu ne fit pas de grands progrès, par l'attention que tous les 
honnêtes-gens apportèrent à la préfervation de leurs quartiers. Comme on 
foupçonnoit de tous ces défordres une troupe de Vagabonds , qui étoient 
arrivés depuis peu de Méaco, l'ordre avoit été publié pour tous les Habitans 
de fe retirer chacun dans fa rue, & d'obferver les Etrangers. On découvrit 
dans celle des Anglois un de ces fcélérats qui mettoit le feu à la maifon la 
plus proche du Comptoir. Il fut po par un grand nombre de gens ar- 
més, dont la multitude même nefervit qu’à faciliter fa fuite. Etant fortide 
la Ville, il fe jetta dans un Bois voifin, où le Roi fe rendit avec quantité 
de Seigneurs. Mais toutes les recherches furent inutiles, & Cocks ne douta 
point que l’Incendiaire n'eût trouvé le moyen de fe mêler dans la foule, en 
criant au voleur & au feu comme les autres. Le lendemain, raifonnant a- 
vec le Roi fur la caufe de tant de malheurs ou de crimes, il apprit à ce 
Prince que la méthode des grandes Villes en Europe, eft d'entretenir des 
Gardes, pendant la nuit, pour la fûreté du Public. Cette ouverture fut fi 
bien reçue, que dès le même jour , les ordres furent donnés pour l'établiffe- 
ment d'une Patrouille, qui devoit marcher en plufieurs Troupes, & veiller 
continuellement dans les ténèbres. On ordonna aufli, par le os de 

ocks , 


4 fes dett 


[Le 


Cocl 
maif 
mon 
L 
bafTa 
Ha gocis 
cour: 
“bien 
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qui é 
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confe: 
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ge. 1 
glois p 
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Cocks, 
Chandife 
tir. L 


na pend 
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gés à da 
fible à q 
payées. 
fource q 
ti de l'a 


demeura 
Facteur 
ParchafT 
vrir. M: 
mains de 
ricufes P 


INDES ORIENTALES, Lav, IV, Car, VIL 429 


r les Cocks, qu'après une certaine heure, tous les Habitans qui fortiroient de leurs Cocxs. 
ppa- maifons feroient obligés de porter de la lumière à la main, afin que toutle 1613. 
t'on monde pût étre reconnu. 
c les Le 5, Cocks reçut deux Lettres, l'une de Domingo Francifco , Am- 
: sil baladeur Efpagnol des Manilles, dattée de Ximonafaque; l'autre d'un Né- 
Les ægociant Portugais , nommé Georges [ Spallo, ] On lui demandoit, au prix 
k de courant, certaines marchandifes dont les Éfpagnols n'ignoroient pas qu'il étoit 
nble, bien fourni. [ Après quelques délibérations, 1l ne fe crut point autorifé par 
fon. fes mécontentemens à leur refufer ce qui étoit expofé au Public, Mais il 
fuites fut plus incertain s'il devoit fatisfaire la curiofité d'un] Jéfuice Efpagnol , 
urner qui étoit venu dans la même Barque avec les gens de l'Ambañadeur, & 
qui demanda la permiflion de vifiter le Bâtiment Anglois. Cependant il : Un Jéfuite 
vols, confentic enfin, non-feulement à lui laiffer la liberté d'aller à bord, mais à ok 
nc le Ha donner ordre qu'il y fût reçu civilement, Il fçavoit, [ajoûte-t-il en bon fau Ain. 
IX qui Xÿ* Proteftant, ] qu'il eft quelquefois néceflaire d'allumer une chandelle au i 
es de Diable. 
ivain- Le 6, à dix heures, le Général Saris arriva de la Cour Impériale, avec 
> pau- toute fa fuite, fort facisfait de l'accueil qu'il avoit reçu de l'Empereur & des 
le fau-Xÿ* avantages qu'il avoit obtenus pour le commerce. Il envoya aufli-tôt Cocks 
mais au Roi Foyne, pour lui communiquer la joye qu'il rapportoit de fon voya- 
de la ge. Mais elle fut troublée par un différend, qui chagrina beaucoup les An-  Différend des 
e, au glois pendant plufieurs jours. Quelques Marchands de Méaco étant venus Anglois avec 
oleurs | acheter diverfes marchandifes au Comptoir , fe revirèrent après s'être acvor- or 
1 per- dés pour le prix, & demandérent feulement qu'on prît la peine de les tranf- Méaco. 
es mê- porter chezeux. On y confentit volontiers. Ils les reçurent fans explication ; 
com- mais au lieu de les payer argént comptant, ils donnèrent la valeur à prendre 
Limmes fur Semidone , qui étoit parti depuis ur ae jours pour un long voyage. Sa- 
ulte, ris leur fit déclarer aufli-tôt, qu'il vouloit etre payé fur le champ, ou retirer 
1fieurs fes marchandifes. Leur réponfe fut qu’il n’obtiendroit d'eux ni l’un ni l'autre. 
lence, Cocks, chargé d’en faire des plaintes au Roi, commença par faire arrêter les mar- 
pus les chandifes, qu'on avoit déja pris foin d'embarquer & qui étoient prêtes à par- 
e on tir. Le Roi répondit d'abord que Sémidone étoit capable de facisfaire pour 
toient d fes dettes , mais fans confentir néanmoins à fe faire fa caution. [ L'affaire trai- 
bitans na pendant quatre jours, avec la feule confôlation pour les Anglois d'avoir 
ouvrit fait arrêter la Barque des Marchands. Mais outre que la violence pouvoit 
fon la être employée à tous momens pour la tirer de leurs mains, ils étoient obli- 
ns ar- gés à de grands frais pour l'entretien des Gardes.] Enfin le Roi Foyne, fen- 
orti de fible à cette injuftice, ordonna que les marchandifes fuflent reftituées ou. 
antité payées. Les Marchands, à qui l'argent manquoit, n'eurent pas d'autre ref- 
douta A  ource que d'employer la caution de leur hôte, & les Anglois prirent le par- 
le, en ti de l'accepter. 
ant à- + [Le départ de Saris ayant fuivi de fort près fon retour à Firando, Cocks Remarque 
à ce demeura chargé de l’adminiitration des affaires, avec la qualité de premier füurles articles 
ir des Faéteur ou de Chef du Comptoir. On ignore s'il continua fon Journal, & fivins- 
fut fi PurchafT rend témoignage qu'après quantité de recherches, il n’a pû le décou- 
ablifre- D Ovrir. Mais ayant écrit du Japon plufieurs Lettres qui font tombées entre les Lettres de 
veiller mains des Auteurs de ce Recucil, ils y ont trouvé des obfervations aflezceu- Cocks. 
feil de A ricufes pour fe croire obligés d'en recueillir la fubftance, & de les faire en- 
ocks ; Lhh 3 trer 


Cocxs, 
1614. 


Cocks achete 
un grand Jone, 
pour l'en: 

voycr à Siam, 


Les Prètres 
Chrétiens font 
bannis du Ja- 
pon, 


Mort du Roi 
Foyne, 


Guerres civi- 
les au Japon, 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


439 
trer ici dans l'ordre des années,] La première (4) Leutre eit dattée de Firan- 
do le 10 Décembre 1614, € eft-à-dire, près d'un an après le départ du Gé. 
néral Saris; c'eft à lui même qu'on la croit adreflée, quoique l'enveloppe 


en foit perdue, La feconde, qui et de la même date, eft écrice à T'homas 
Wilfon, qui fut élevé enfuite à la dignité de Chevalier, Latroilième, dattée 
le 15 Février 1617, eft au Capitaine Saris. 11 paroîe par cette Lettre qu'el- 
le avo't été précédée d'une autre, en datte du 5 Janvier 16163 mais celle. 
ci n'a pas été confervée, La quatrième, qui eft fans datte & donc il n'eft ref. 
té qu'une partie, paroît adrellée, comme la précédente, au Capitaine Saris, 
La dernière eft encore à Thomas Wilfon; & par l'effec du tems, qui acon- 
fumé les caraétères (/), on ne lie pour daite que le 10 de Mars 1610, ce qui 
fait douter fi c'eft le nombre 2 ou le zero qui cft altéré, & s'il faut entendre 
1619 ou 1620. Mais je paile à la narration. 

QUELQUES Fr après le départ du Vaifleau, Cocks apprit que dans un 
Village , nommé Koch, éloigné d'un mille de Firando & licué fur la méme 
Rivière, on avoit mis en vente un Jonc d'environ deux cens tonneaux, Il fe 
hâta de l'acheter, pour l'envoyer à Siam , fous la conduite de William Adams 


avec Wickam & Sayer 6m) pour Faéteurs. [Au moment qu'il mettoit à la voi-% 


le, on apprit par la voye de Nangazaqui , que] M. Peacock avoit été maffacré 
à la Cochinchine, & qu'on ignoroit le forc de Walter Carwarden , qui étoit 
demeuré avec lui dans ce Comptoir. 

AvanT la Lettre dont on 
d'un fpcétacle auquel fa qualité de Proteftant ne l'avoit point empêché d'être 
vivement fenfible.] L'Empereur avoit banni du Japon tous les Frètres, Jé- 
fuites, Moines, & les avoit fait embarquer fur divers Bäcimens, les uns pour 
Macao, d'autres pour les Manilles. Il avoit détruit toutes les Eglifes Chré- 
ticnnes & tous les Monaitères. Enfin dans fa haine pour le Chriitianifine, il 
avoit fait publier les plus rigoureux Edits contre ls nom Chrétien, Le Roi 
Foyne étoit mort dans le même intervalle. Ufchandono, fon plus ancien Mi- 
niftre, & deux autres de fes plus fidèles ferviceurs s'étoient ouvert le ventre 
avec leurs katans, pour l'accompagner dans une meilleure vie, Leurs corps 
avoient été brulés dans le même bucher, & leurs cendres renfermées dans 
le nême tombeau. Le Japon étoit alors menacé d'une furieufe guerre, entre 
Oguxozama, l’ancien Empereur, & lidaia Sama fon g:nire, fils de T'icofa- 
ma, Ce jeune Prince s’étoit fortifié dans le Château d'Ozaka, où près de 
cent mille hommes s'étoient raflemblés autour de lui, avec des provifions 
pour trois ans, Le viel Empereur, réfolu de marcher en perfonne à la tête 
de trois cens mille hommes, s'étoic rendu au Chäteau de Fl'ufchima, où fes 
gardes avancées avoient eu quelques efvarmouches qui avoient déja coûté la 

vie 


exu de tout côté. Pour fe radouber, on por- 
ta vers les {fes Lucryes, où l'on s'arrêta fi 
longtems qu'on perdit le tems dela Mouilon; 
& avec tout cela on ne put pas venir à bout 
de boucher toutes les voyesd'eau duJonc; de fa- 
çon qu’on fut obligé de revenir À Firando. [à 
on remit le Jonc vn étit, & quand Sayer écri- 
vit fa Lettre il étoit prèt à s'y embarquer de 
nouveau, pour {& rendre à Siam. 


(k) Le Chapitre XIX du HI, Livre del'O- 
tiginal commence ici. KR. d. 

(1) L'Origiaal d't fimplement qu'il y a u- 
ne creur dans Ja date de cette Lettre. R. d.E. 
WrCim) Saycr, dans une Lettre dattie du 5e, 
Décembre 1615, rend compte à Saris du mau- 
vais fuccès de ce Voyage, Il lui dit que peu 
de tems après avoir mis en mer, ils eurent à 
eïluyer un fi violent orage, que le Jonc fit 


onne ici l'extrait, [Cocks avoit été témoin:k 


rétabli 
Dans c 
frage el 
traires 
eu auc 
Jandia , 


y (n) ! 
citée, di 
semaiqu 
bles dan: 
È cut en 
ui-ci, aje 
pc favoi 
fauvé, C 
deux côt 
de tués: 


LA 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cuar, VIL 431 


vie à quantité de braves Guerriers (n). Ozaka venoic d'être brûlé jufqu'aux 
fondemens, Zaton, Faétezur Anglois, qui s'y écoit établi, avoit été forcé 
de fe retirer à Sack2y, fans étre beaucoup plus à couvert dans cette Ville, 
dont une partie avoit été confumée auili par les flammes. 

Cocxs ajoûce que le Palais Impérial, qui étoit bâti nouvellement, & 
dont tous les dehors croient dorés depuis la terre jufqu'au fommet, ayant été 
renverfé par un terrible Ouragan ( , les Japonois Ijolätres attribuèrent cec- 

te difgrace aux enc'iantemens des Jofuites bannis; [tandis qu'avec plus de lu- 
mières & de raifon] les Japonois Chrétiens la regardoient comme un châ- 
timent du Ciel, pour le banniflement de leurs Prétres & de leurs Miniftres, 
Jedo s'étoit reflenti de la même tempête par la ruine prefqu'entière de fes 
magnifiques édifices, On n'y avoit jamais vû d'exemple d'un T'yphon fiter- 
rible, Les flots de la mer avoient inondé toute la Ville & forcé les Habi- 
tans de chercher une retraite dans les Montagnes, 

A l'égard du commerce, l'Empereur fans tourner fes menaces fur les Mar- 
chands, s'étoit faifi de quelques piéces d'artillerie que Saris avoit laiffées au 

X3" Comptoir Anglois, [avec une grande quantité de plomb, & dix barrils de 
poudre.] Il avoit acheté une partie de leurs draps, en les payant à jufte 
prix; mais il avoit rejetté les couleurs rouges, & fon goût s'étoit déclaré 

kÿ= pour les jaunes & les blanches. [Les Anglois auroient cependant pû gagaer 
davantage fur leurs draps, s'ils n'avoient pas été obligés de fe conformer 
aux Hollandois, qui vendoient les leurs, au deffous de ce qu'ils auroient pû 
en avoir. Ils fe défirent aufli fort avantageufement de leurs étoffes de Cam- 
baye & d'une partie de l:ur Poivre de Bantam; ils auroient même vendu le 
tout, fans les ruies de guerre qui commençoient alors à fe répandre.] Cocks Proict d 
avoit conçu l'efpérance de Dour fon commerce à laChine, par l'entremi- con nerce à 

fe d'un Capitaine Chinois, nommé Andreas, [& vrai-femblablement Chré- la Cine. 

“en Mi- tien 1 qui fe flattoit, avec le fecours de fes deux Frères, de faire recevoir 

D enA trois Vaifleaux Anglois dans un Port qui avoit des correfpondances établies 

met avec la fameufe Ville de Nankin, & qui, dans une faifon favorable, n'étoit 

Le x élopné que de trois ou quatre jours de navigation. [Cependant Mrs. Cocks, 

re. entre Vickham, Eaton , Nealfon X Sayer tombérent malades, mais bientôt ils furent 

# n'icofà- rétablis, à l'exception d'Eaton qui eut pendant quelque-tems la fiévre tierce, 

: LE de Dans ce tems-là, on vit revenir Jacob Speck ; on croyoit qu'il avoit fat nau- 

ous frage en allant aux Moluques ; parce qu'ayant eu le vent & les Courans con- 
# la tête traires, il avoit été obligé de faire un grand tour , pendant lequel on n'avoit 
eu aucune nouvelle de lui. Il revenoit comme Capitaine du Vaiffeau la Ze- 


où fes h 
MNT Jandia, & d'une Pinafle nommée Jakatra.] 
LS 


vié 


 Firan- 
du Gé: 
eloppe 
‘homas 
dattée 
e qu'el- 
s celle- 
l'eft ref: 
e Saris. 
iacon- 
>), ce qui 
ntendre 


Cocxes. 


1014. 


Ruine d'un 
Pululs & de 
pures vil 


U#, 


dans un 
1 meme 
x, If 
n Adams 
à la voi- 4 
mafacré 
qui écoit 


f témoin'k 
hé d'être 
res, Jé- 
ins pour 
es Chré- 
nifine, il 
Le Roi 


LEs 


Her, On por- 
n arréta fi 
la Moutlon; 
venir à bou 
uJonc; de fa 
| Firando. Là 
d Sayer écri- 
embarquer de 


yCn) Sryer, dans la Lettre qui vient d'être 
citée, dit un mot de l'iflue de cette guerre, Il 
semaique qu'en 1615, il y eut de grands trou- 
bles dans le Japon, caufés par la guerre qu'il 
"eut entre l'Empereur, & Fidain Sama. Ce- 
lui-ci , ajoute-t-il, perdit la bataille; fans qu'on 
pûc favoir s'il avoit dié tué, ou s'il s'étoit 
fauvé, Cette même Lettre dit auM que des 
deux côtés, il y eut quatre cens millchommes 
de tués: inais en marge ce nombre citréduit 


À quarante mille. 

Co) Angl. Cocks ajoûte dans fa feconde Let- 
tre, que quant au Palais Impérial, qui étoit 
un bâtiment fuperbe, & dans l'intérieur du- 
quel il y avoit une nouvelle fortercffe, il fut 
cxpofé a une fi violente tempête, que toutes 
les Tuiles qui étoient dorées en dehors, furent 
enlevées par un tourbillon, & difherfes fi 
fort au loin, qu'on n'en put retrouver aur- 
cune, R, d. E, 


Cocrs., 
1614, 
Plaintes des 
Chinols con: 
tre les Hollan 
dois, 


La Corée, & 


fon commer- 
LA 


Efpérance 


d'union entre 


les Compa- 


gnies de Hol- 
lande & d'An- 


gleterre, 


a? VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Les Chinois avoient fait recentir leurs plaintes contre les Hollandois, qui 
avoient arrêté leurs Jones & pillé leurs marchandifes, L'Empereur avoit pris 
parti pour eux, jufqu'à refufer un eee qui lui avoit été offert par les l'ac- 
teurs du Comptoir de Hollande, 11 avoit craité avec le méme dédain les 
Portugais d'un grand Vaifleau, qui étoic arrivé de Macao, Les préfens des 
Anglois furent acceptés,  Saris s écoit imaginé que le commerce pouvoit fe 
foûtenir au Japon fans les renouveler ; mais l'expérience apprit à Cocks 
que l'Empereur artendoit un préfent à l'arrivée de chaque Vailicau, Com- 
me un Jonc, ou cout autre Bâciment Japonois , n'auroit Ôfé partir fans la 
permiflion de la Cour , on éxigeoit des Etrangers, qui étoient éxempts d'u- 
ne loi fi rigoureufe, quelques témoignages de reconnoiflance pour certe fa- 
veur, 

Cocxs avoit employé inutilement toutes fortes de voyes pour établir la 
communication de fon commerce de l'ufchima avec la Corée ; mais il n'a- 
voit pù obtenir plus de liberté que les Habitans mémes de Fufchima, à qui 
il n'étoit pas permis de pénétrer au-delà d'une petite Ville fur la frontière 
Cependant fon ardeur s'enflammoit de jour en Pur par les récits qu'on lui 
faifoit des richefles du Pays & d'une multitude de grandes Villes qui s'y ren- 
contrent à chaque pas. On ajoûtoit qu'à la vérité, il étoit coupé par un grand 
nombre de marécages, qui ne permettoient pas d'y voyager à cheval , ni mé- 
me à pied; mais que l'induftrie des Habitans y fuppléoi par de ges cha- 
riots à voiles (p), qui fervoient dans certaines faifons à tranfporter les hommes 
& les marchandifes; que les damas, les facins, les caffetas & les autres écof- 
fes de foye fe faifoient dans la Corée avec autant d'art qu'à la Chine; que 
T'icofama, dernier Empereur du Japon, s'étoit propofé de faire pénétrer une 
armée jufqu'a Pékin fur ces chariots à voiles, pour furprendre l'Empereur 
de Ja Chine dans fa Capitale; mais qu'il avoit été prévenu par un Seigneur 
Coréen, qui l'avoit empoifonné; & que le reffentiment de ce projet avoit 


fait interdire l'entrée de la Corée à tous les Japonois, [où ils écoienc établis }# 


depuis plus de vingt ans. 

IL eît affez ordinaire de voir dans le Japon des Femmes qui tuent leurs en- 
fans. l'Auteur en cite un éxemple; une fille avoit été engroilée par un hom- 
me de l'Equipage du Vaifleau. Cocks lui donna deux Tais en argent pour quel- 
le élevât fon Enfant: ce qui n'empécha pas quelle ne le tudt , dès qu'il 
fut né.] 

Das la feconde Lettre de Cocks, qui eft adreffée à Thomas Wilfon, on 
trouve une Relation des injuftices que les Anglois avoient effuyées aux Mo- 
luques, de la part des Follandois. Les Faéteurs de Hollande au Japon, ne 
lailToient pas de fe flacter que les Compagnies des Indes d'Amfterdam & de 
Londres s'uniroient bientôt, pour chaffer de ces Ifles les Efpagnols & les Por- 
tugais: fur quoi l'Auteur obferve, que fi les deux Nations prenoient effeéti- 
vement ce parti, il leur deviendroit fort aifé de s'emparer abfolument du 
commerce des Indes Orientales, & de ruiner tous les autres Etablifflemens. 
Les Efpagnols étoient déja fort affoiblis aux Moluques; L 
encore que les Hollandois ne les chafluffent des Ifles Philippines.] Les Portu- 

gais 
Cp) Ces chariots font une fition des d'Afie, font très fertiles en pareilles inven- 
ponois, qui, de même que les autres peuples tions. 


[& ils craignoientkf f 


ais 
d'ecr 
cufoi 
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à cert 
tous k 
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glois, 
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s'étoic 
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tranche 
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XŸ Génér: 
Coc 
il étoit 
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lois, Il 
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« (4) An 
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(Cr) Ah, 
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IL P 


, qui 
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1 des 
oit fe 
Cocks 
Com- 
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ablir la 

il n'a- 

, à qui 

ntiore 

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s'yren- 
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, Ni me- 
ds cha- 
hommes 
res Ctof- 
né; que 
crer une 
mpereur 
Jeigneur 
et avoit 


ct établis x? 


eurs en- 
un hom- 
our quel- 
dès qu'il 


Ifon, on 
ux Mo- 
ipon, ne 
m & de 
k les Por- 
 effeéti- 
ment du 
liffemens. 


aignoientk? 
es Portu- 

gais Iles Moluques & aux environs, R, d. KE, 
billes inven- 


INDES ORIENTALES, Luv, IV, Cuar, VIT. 4 


ais d'Ormuz, de Goa, de Malaca & de Macao ne craignoient pas moins 
d'evre furpris, & demandoient tous les jours en Europe des fecours qu'ils ac 
cufoient de lenteur, Cependant Cocks répète fans celle que lus Hollandois s'é- 
toient rendus fort odieux aux Chinois, par l'obitinacion qu'ils avoienc à ft fai 
fir de leurs Jones & de leurs marchandifes, Ouire le reflencimenc de fe voir 
exclus, comme les Anglois, de tous les Ports de la Chine, ils écoient portés 
à cecce pyracerie par de fi grands avantages, que des richellos qu'ils en ciroient 
tous les ans, ils auroient pû fournir à l'encretien d'une Floce nombreufs, Hl 
ne leur manquoit qu'un lieu propre à leur fournir des provitions, ear avec cet- 
te reffource, ils auroient pû fe rendre allez forts pour enlever les Vaifèaux 
mêmes des Japonois, fi l'Empereur eût entrepris de leur Over la liberté du 
commerce Leur fivrté augmentoit de jour en jour jufqu'a méprifer les An- 
glois, dont ils avoient reçu les premiers principes de la Navigation, & que 
tout le monde reconnoiffoie pour leurs Maïîcres, A la vérité , ils s'écoient mis 
en poffeffion de ges lorterefles près de Malaca (q)3 mais Cocks rend 
témoignage fur des informations certaines, qu'ils écoient moins aimés des In- 
diens que les Efpagnols. Quoique la hauteur infupportable des Officiers de 
l'Efpagne eût fait delirer aux Peuples des Indes, l'arrivée des Hollandois, ils 
s'étoient bientôt apperçus de la diminution des piéces de huic, qui leur ve- 
noient en abondance des Efpagnols, Nation que fa fierté n'empêche pas d'é- 
tre galante & libérale ; au lieu que les Hollandois, qui fervoient aux Indes 
en qualité de Soldats, n'avoient qu'une paye modique, à peine fuffifance pour 
leur nourriture & leur habillement, Les Commandans de Hoilande leur re- 
tranchoient jufqu'aux profits qui devoient leur revenir de leurs prifes & de 
leurs conquêtes, en répétant fans ceffe que cout devoit retourner aux Etats 


K} Généraux. [ & aux Dircéteurs de la Compagnie. ] 


Cocxs ne prétend pas décider à quoi cette conduite pouvoit aboutir ; mais 

il étoit perfuadé , que fi les Hollandois ne changeoient pas de méthode, ils de- 
voient renoncer à l'efpérance d'établir jamais leur commerce à la Chine. Au 
contraire, il s'imaginoit que cette entreprife pouvoit réuilir d'autant plus fa- 
cilement pour les Anglois, qu'ils ne demandoient que la liberté d'y envoyer 
tous les ans trois Vaifleaux , & d'y laiffer un petit nombre de f'aéteurs pour 
l'adminiftration de leurs affaires, fans y mener des Prètres ou des Miniftres, 
que les Chinois, dit-il, ne recevoient pas volontiers (r). Il fe flatoit auiti, 
que depuis l’arrivée des Anglois dans ces contrées, l'Empereur de la Chine a- 
voit pris une fort bonne opinion de leur caraétère, furtout en apprenant que 
le Roi de Firando & l'Empereur même du Japon les avoient comblés de ca- 
reffes, & que la Nation Angloife s'accordoit mal avec les Efpagnols. Les 
Marchands Chinois qui entretenoient Cocks dans ces idées, ajoütoient que 
leur Empereur & les principaux Seigneurs de fa Cour prenoient plaifir à fe 
faire raconter tout ce qui appartenoit au caraétère & au commerce des An- 
lois. Ils demandéèrent à Cocks , fi dans la fuppofition que le commerce lui 

ûc accordé à la Chine, ilempécheroit que les Hollandois ne pillaffent plus long- 


tems 
(4) Angl. de quelques Forterefes dans les  nois ne peuvent fouffrir ; parce qu'ils four- 
; millent dans ces quartiers, & qu'ils vont par 
Cr) Angl. fans y mener des féfuites, où tout gucufant avec tant d'impudence eh 

.k, 


comme on les appelle des Pères, quelesChi-  effronterie a tourné en provcibe, R. 


IL, Part. lii 


Cocrs 


1014. 


Remarques 
fur! 0 progrès 
des Elol'nris 
dos & fur lour 
curneltère, 


Raifons qui 
failoient efpé- 
rer le com- 
merce de la 
Chine aux An- 
glois, 


Cocxs. 
1014. 


Circonitan- 
ces de la mort 
‘de Peacoks à 


la Cochinchi- 
ne. 


Fauffe mon- 
noyccmployée 
par les Hol- 
landois, 


1617. 

Bornes des 
Anglois au 
Japon. 


Voladroit 
de quelques 
Chinois. 


434 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 
tems les Joncs Chinois. Cette queftion étoit embaraffante. 


Cependant il leur 


répondit, que le Roi fon Maître donneroit des ordres que les Hollandois fe. Pen 
roient forcés de refpeéter. L . ; ac 
ON apprit enfin au Comptoir de Firando, les circonftances tragiques de la es 
mort de’ Peacoks, qui avoit été tué l'année précédente à la Cochinchine. Il & L 
s'y étoit rendu fur un Bâtiment Indien, avec des Lettres du Roi d'Angleterre © atte 
& des marchandifes, [ jufqu'à la valeur de fept-cens trente livres sons | ] Il ne : 
avoit été fort bien reçu à Quinham, Port commode, où ils étoit propofé d'é- fix a. 
xercer le commerce, Carwarden, qui l'accompagnoit en gui de Faéteur, tot 
defcendit à terre, offrit des préfens, qui furent agréés, & vendit même au remit 
Roi plufieurs piéces de draps d'Angleterre, [Les Hollandois témoins de lan artific 
bonne réception qu’on lui faifoit, voulurent aufli renouër commerce avec ls dont 
Cochinchinois: ce qui leur réufñit d'abord fi bien, que ] la confiance ayant ii] ar 
paru bien établie, Peacoks ne fit pas difficulté de defcendre à fon tour, [avecr$ ÿ où fs 
un de leurs rincipaux Marchands, ] pour recevoir le payement des Marchan- ‘il plus 
difes. Mais Éorfgu il étoit prêt à furuir de l'Efquif, plufieurs Indiens fondirent " leur Ë 
fur lui armés de crocs de fer, & le maffacrèrent avec fon Interpréte & quelques ñ s'ils n 
autres gens de fa fuite. Carwarden, qui étoit demeuré für le Jonc, fortit heu- h ce. At 
reufement du Port; mais on ignoroit encore ce qu'il étoit devenu. Les Chi- encore 
nois & les Japonois parurent également perfuad s,que cette trahifon du Roi opiniât 
de la Cochinchine, étoit venue du reffentiment qu’il confervoit contre les Hol- cé mal 
Jandois, depuis qu’ils avoient brûlé fa Capitale & fait main-baffe fur tous les ennemi 
habitans. Leur querelle avoit commencé par l'infidélité de quelques F acteurs Lis 
de Hollande, qui avoient répandu quelques années auparavant de faufTes pié- feux d 
ces de huit à Quinham & a les avoient donnés en payement pour diverfes Macao 
Etoffes de foye. Le peuple Indien, qui s'en étoit apperçû, avoit pouffé la mé le I 
vengeance jufqu’à piller le Comptoir des Hollandois & tuer un de leurs Fac- Firando 


teurs; après quoi les Vaiffeaux de Hollande s'étoient crus en droit d'éxercer 


toutes fortes d’hoftilités fur cette Côte, debrûler la Ville, & de pafñler au fil a 
de l'épée jufqu’aux femmes & aux enfans. CR crue & 
(s)Dans la lettre de l’année 1617, Cocks raconte qu'il s’étoit rendu à la Cour chargé | 


impériale, pour faire donner plus d'érendue aux priviléges de commerce que 
Saris avoit obtenus. Ils étoient bornés aux Ports de rirando & de Nangazaqui; 
ou du moins les Vaifleaux ne pouvoient aborder dans aucun autre lieu, par la 
feule raifon que c’étoientles premiers Ports où Saris étcit arrivé. Toutes les 
follicitations de Cocks ne pûrent obtenir que cette ordonnance fut changée. 


tres fur 
retourné 
leurs Py 
crut ob] 


x Dax: 
L'année d'auparavant, Edouard Sayer avoit fac le voyage de la Cochin- a Ef, 
chine fur un Jonc Japonois, avec une riche cargaifon. Mais à fon retour, gne, & 
il avoit été volé par quelques Chinois, qui lui avoient enlevé tout le profit qu'il por 
de fon commerce. Son argent étoit dans fa chambre, d’où il fe préparoit à pour le 
le faire tranfporter au rivage. Les voleurs trouvèrent le moyen de percer États, il 
une planche du Jonc, & de tirer avec des crochets une partie des facs, fans l'ordre d 
que la garde en eût conçû le moindre foupçon. Quoique les auteurs du vol fon gend 
ne fuffent pas connus, on avoit des preuves fi fortes que us des Chinois, Japon, 
qu'avec l'approbation même de la Cour & des Habitans de Firan . Re reux pou 
tenta un procès aux Marchands Chinois de cette Ville; ce qui ne Er À pour Li; 

La 
(s) La ade, Seftion de ce Chapitre commence ici dans l'Original, R. d. E, ] (e 


il leur 
is fe- 


de la 
e. Il 
eterre 

.] Ixé 
fe d'é- 
éteur, 
me au 

de la 
vec l:s 

ayant 
Laveckæ 
rchan- 
ndirent 
uelques 
it heu- 
es Chi- 
du Roi 
es Hol- 
tous les 
raéteurs 
fes pié- 
diverfes 
oufté la 
urs Fac- 
'éxercer 
er au fil 


à la Cour 
rce que 
pazaqui ; 
, par la 
butes les 
hangée. 
Cochin- 
retour, 
le profit 
paroit à 
ë percer 
ACS » fans 
s du. vol 
hinois, 
Sayer 1f- 
mpècha 


points 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Crmav. VII. 435 


point, après avoir mis fa caufe entre les mains d'un Japonois fort éclairé, Cocxe: 
d'entreprendre un autre voyage, pour réparer encore plus fûrement fa dise 1617. 
ace, Le grand Jonc, que Cocks avoit acheté à Kochi revint cette année 

e Siam, où il avoic déja fait deux voyages forc heureux. 

œ Les Hollandois envoyèrent des Moluques une flotte aux Manilles, pour  Lestoltan. 
attaquer celle d'Efpagne, [ qu'ils s'étoient laffés d'attendre dans le lieu mé- dois prefent 
me qui faifoit le fujet de la guerre. ] Ils la cinrent bloquée pensant cinq ou les liaenols 
fix mois, fans qu'elle ôfàt faire le moindre mouvement pour fe dégager de os, 
cet efclavage. Enfin perdant l'efpérance de la forcer dans fes Ports, ils 
remirent à la voile pour donner la chaife aux Joncs Chinois, avec l'indigne 
artifice de fe couvrir du nom Anglois. Ils en prirent jufqu'à trente-cinq, 
dont l’un étoit chargé de précieufes richefles. Cependant les Efpagnols é-  Combaten- 
tant enfin fortis de leurs retraites & les trouvant féparés, fondirent fur cinq tre ces deux 
ou fix de leurs Vaifleaux, dont ils brûlérent & coulèrent à fond trois des Nations. 

lus gros , entre lefquels on comptoit l’Amiral. La viéloire ne pouvoit 
eur être conteftée, peut-être en auroient-ils recueilli d’autres fruits, 
s'ils n’euffent pas eu l’imprudence de fe féparer à leur cour. Mais leur Vi- 
ce- Amiral rencontra deux gros Vaifleaux Hollandois, qui n’avoient point 
encore efluyé de combat, & qui le firent échouër après un combat fort 
opiniâtre. Les Efpagnols aimérent mieux brûler de leurs propres mains 
ce malheureux Bâtiment , que de le voir tomber entre les mains de leurs 
ennemis. 

Les deux Hollandois vinrent enfuite à Firando, avec deux autres Vaif- 
feaux de leur nation, qui avoient attendu long-tems le Navire Portugais de 
Macao, & qui étoient défefpérés de l'avoir manqué. L’un des deux , nom- 
mé le Lion Rouge, fe brifa dans un grand orage, en entrant dans la Rade de 
Firando; mais toutes fes marchandifes furent fauvées, quoiqu’avec beaucoup 
d’altération. L'Empereur ayant déclaré juftes toutes les prifes qu'ils avoient 
faites fur les Chinois, ils envoyèrent un des quatre Vaifleaux, chargé de foye 
crue & d’autres dépouilles de la Chine, à leur comptoir de Bantam; un autre 
chargé d'argent & de provifions, au comptoir de Malaca (+), & les deux au- 
tres fur les Côtes de la Chine, pour y enlever tout ce qui fortiroit des Ports & 
retourner à la Mouffon fuivante. La hardiefle qu'ils avoient eue de couvrir 
leurs pyrateries du nom Anglois, étant venue jufqu’aux oreilles de Cocks, il fe 
crut obligé de faire avertir les Chinois de cette impofture. 

Dans fa quatrième lettre, il raconte l'arrivée de deux Jéfüites fur un Vaif. ,; &re 
feau Efpagnol , avec la qualité d'Ambaffadeurs du Vice-Roi dela nouvelle Efpa- Deux Jefui- 
gne, & des préfens pour l'Empereur. Maisce Prince, obftiné dans la haïne tes arriventau 
qu'il portoit aux Chrétiens, refufa de les voir, & fe fervit de William Adams, Japon avec la 
pour leur faire déclarer qu'ayant banni tous les Prêtres & les Religieux de fes DAS 
Etats, il n'avoit pas changé de réfolution. Il fit joindre à cette déclaration 
l'ordre de fortir immédiatement de fes Etats. On prétendoit que Fidaia-Sama, 
fon gendre & fon ennemi, avoit promis aux Jéfuites la liberté de revenir au 
Japon, fi la fortune favorifoit fes armes. Ainfi, conclut Cocks, il eft fort heu- 
reux pour les Anglois & les Hollandois que la viétoire ne fe foit pas déclarée 
pour lui; car nous aurions été pour jamais exclus du commerce du Japon. 

[L'ANNÉE 


(t) Angl. aux Moluques, KR, d. E. 


liis 


Cocrs 
1618. 


Les Hollan- 


dois décla- 


436 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


[L'année précédente un Efpagnol nommé Damian Marina ça s'étoit j$ 


engagé au fervice des Anglois, & s'étoit mis à bord du dernier lonc qu'ils 
avoient fait partir. Juan de Lievana, auffi Efpagnol, s'étoit embarqué com- 
me pañlager fur le meme Jonc, qui n'ayant pas réuffi dans fon voyage, étoit 
rentré dans le Port de Nangazaqui. Peu de tems après, il arriva dans le mé. 
me endroit une Caraque de Macao, qu. fe faifit de ces deux hommes, & les 
mit aux fers, comme des Traîtres, qui fervoient les Ennemis de leur Prince. 
Cocks ayant appris la chofe, obtint de l'Empereur un ordre, en vertu duquel 
ces deux hommes furent relâchés; & envoyés enfuite comme pañagers à 
Bantam; cette affaire fut un fujet de mortification pour les Efpagnols auffi 
bien que pour les Portugais. 

Dans ce toms-là, le Comptoir Anglois fut obligé de faire tranfporter fes 
Marchandifes de lieu en lieu, pour les mettre en fûüreté durant là Guerre, 

C£eTTe même année, William Adams partit encore pour Siam, accom- 
pagné de Sayer. ] 

Cocxs parle ici (x) d'une autre lettre, dans laquelle il avoit écrit à Tho- 
mas Wilfon , les procédés impérieux des Hollandois contre la Nation An- 
gloife; mais ils navoient jamais approché de ceux que le Comptoir Anglois 
effuya cette année, parles emportemens d'Adam Wefterwood, Amiral, ou 


rent la guerre Comme il fe faifoit nommer au Japon, Seigneur Commandat d’une Flotte 


aux Anglois 
de Firando. 


Autres outra- 
ges des Hol- 


Jandois, 


Hollandoife de fept Vaifleaux, qui étoit alors dans la Rade de Firando. Ce 
furieux Amiral, fit déclarer folemnellement la guerre aux Anglois fur tous les 
Bâtimens de fa Flotte, avec ordre à tous fes gens de prendre leurs Vaif- 
feaux , de fe faifir de leurs marchandifes, de les pourfuivre & de les tuer 
comme leurs plus mortels Ennemis. Après une démarche fi éclatante, les 
Hollandois de la Flotte n° ceffèrent pas de renouveller fans cefle leurs outra- 
ges & de venir braver Cocks jufqu'à la porte de fon Comptoir. Ils y feroient 
entrés plus d’une fois, dans l'intention de le maflacrer, lui & tous les An- 
glois, qui n’étoient pas un contre cent, s'il n'eût pris le parti d’implorer le 
fecours des Japonois. La violence leur réuffiffant mal au Comptoir , ils fe 
faifirent d'un Éfquif , qui appartenoit à Cocks & qui étoit marqué aux armes 
d'Angleterre. Ils chargèrent de chaînes un Anglois qu’ils y trouvèrent, & 
l'ayant conduit dans leur Comptoir, ils le menacèrent de le poignarder à coups 
de couteau. Le jour d’après, ils bracquérent quelques piéces d'artillerie con- 
tre deux barques Angloifes qui rentroient dans la Rade ; & les ayant manquées 
avec le canon, ils fe faifirent de la moufqueterie, dont ils tuèrent deux Japo- 
nois (y), employés au fervice des Anglois. Le Roi de Firando avoit reçû 
de l'Empereur , l’ordre exprès d'arrêter ces excès de fureur; mais les craintes 
dont il étoit rempli lui-même, ne lui permettoient guères d'employer le ton 


de l'autorité; [& la feule grace qu'il fit à Cocks, fut de fouffrir que les habi-4 ! 


tans de Firando priffent {a défenfe. ] 

ENTRE les Vaifleaux de la Flotte Hollandoife, les Anglois en reconnurent 
deux qui avoient été pris fur leur Nation dans les Mers de l’Inde. Ce n'étoit 
pas 


a été écrite à Saris. 
rx) C'ett ici que commence la 5e, Lettre 
de Cocks écrite en 1619, où 1620. 

(y) Angl. un Japonois, KR, d, E, 


du) Dans la lettre on trouve.ici les mots 
fuivants. Ce fut ce même homme qui penfa 
aller une fois avec vous, € avec George Pe- 
terjon De là nous concluons que cette lettre 


prom 
trente 
ques 
telots 
trouve 
la con 
le mo 
temen 
ral éta 
‘voit fd 
me to 
de fai 
lors fà 
‘effuyoi 
avoien 
de car 
fit dire 
Hhllan 
mide, 
PE 
Portug 
ferve t 


le Pala 


T3) 
dant qu 
f \ 
(a) 


étoitx$ 
qu'ils 
com- 
étoit 

e mê- 

& les 

rince. 

duquel 

gers à 

' auf 


ter fes 
erre. 
accom- 


à Tho- 
on Ân- 
Anglois 
ral, ou 
à Flotte 
do. Ce 
çous les 
rs Vaif- 
les tuer 
inte, les 
rs outra- 
feroient 
les An- 
plorer le 
r, ils fe 
iX armes 
rent, & 
kr à COUPS 
erie con- 
anquées 
eux Japo- 
oit reçû 
s craintes 
ver le ton 


onnurent 
Ce n’'étoit 
pas 


la 5e, Lettre 


o. 
E. 


les habi-Æ ! 


* INDES ORIENTALES, Liv. IV. Cimr. VIL 437 


pas le feul outrage qu'ils euffent effuyé de cettenature. La même Flotte leur 


avoit enlevé deux autres Vaifleaux dans le Port de Patane , où ils avoient un 
Comptoir. John Jordain , premier Préfident de la Compagnie Angloife dans les 
Indes, avoit été tué dans cette occafon (2), avec plulieurs macelots; & de 
quantité d'autres, qu’ils avoient arrêtés pour les engager à leur fervice, il ne 
s'en étoit fauvé que fix, qui avoient gagné fort heurenfementlaterre. Wcfter- 
wood eut la hardiefle de les faire redemander aux Anglois de Firando. Mais 
Cocks répondit, d’un air ferme, en falloit commencer par lui faire voir en 
vertu de quelle commiffion les Hollandois avoient ôfé fe failir des biens de fa 
Nation & tuer les fujets du Roi fon Maître. Sur cette réponfe, ils pouflèrent 
l'impudence jufqu'à s’adreffer à Tono, Roi de Firando, pour le prefler de 
leur faire rendre leurs Efclaves Anglois (a). Il leur confeilla de s'adreffer à l'Em- 
pereur, en leur promettant que fes ordres feroient éxécutés; mais il prit 
foin d’ajoûter qu’on étoit fort éloigné de croire au Japon que les Anglois fuf- 
fent efclaves de la Hoilande. Cocks vivement pénétré de tant d’infultes, im- 
plore la juftice & l’honneur du Roi Jacques ,en faveur de fes propres fujets, 
contre une race ingrate & perfide, telle, dit-il, qu’étoient alors les Hollan- 
dois des Indes Orientales, quine connoifloient point d’autres loix , que la frau- 
de, la violence & le pillage, & qui maltraitoient indifféremment leurs alliés 
& leurs ennemis. | 

WEsTERWOOD, ne mettant point de bornes à fa fureur, alla jufqu'à 
promettre cinquante piéces de huit à qui lui apporteroit la tête de Cocks, & 
trente pour la mort de chaque Anglois. Cette cruelle ordonnance coûta quel- 
ques bleflures mortelles (2) à plufieurs perfonnes du Comptoir, que les Ma- 
telots Hollandois obfervoient continuellement pour les poignarder. Il fe 
trouvoit néanmoins fur la Flotté quantité d'honnêtes-gens-qui gémifloient de 
la conduite de leur Amiral. H yen eut même quelques-uns , qui cherchèrent 
le moyen de parler fecrettement aux Anglois Gt qui défavouèrent fes empor- 
temens au nom de leur Nation. Ils apprirent à Cocks que ce fuperbe Ami- 
ral étoit fils d'un vil artifan d'Amfterdam, & que tous les Capitaines qu'il a- 
voit fous fes ordres n’étoient pas-d'une naiflance plus relevée. : Mais com- 
me tout dépendoit de la force & qu’elle étoit entre leurs mains, il réfolut 
de faire le voyage de Méaco, pour repréfenter à l'Empereur, -qui faifoit a- 
lors fa réfidence dans cette Ville ,les indignes traitémens que les Anglois 
‘effuyoient dans fes Etats, au mépris des graces & des priviléges qui leur 
avoient été accordés par fa Majefté Impériale, 1 fat reçu avec beaucoup 
de carefles. On lui promit toutes fortes de proteétions, & l'Empereur lui 
fit dire qu’il avoit envoyé là-deflus des ordres au Roi de Firando. Mais les 
Hollandois n’en furent pas moins infolens, ni le Roi de Firando moins ti- 
mide. 

PENDANT que Cocks étoit à la Cour, plufieurs Marchands Efpagnols & 
Portugais y vinrent rendre leurs hommages à l'Empereur , cérémonie qui s’ob- 
‘ferve toûjours à l’arrivée des Vaifleaux étrangers. Il y avoir à Méaco dans 
le Palais même, un Hollandois qui ayant pailé près de vingt ans au Japon, 

parloit 


d?{3) On dit qu'il fut tué en trahifon, pen- 
dant qu’on négocioit un Traité. (Ch) Angl. quelques bleffures quine furent 
Wa) Purchall remrqueici, queles Ang'ois pas mortelles. KR. d. fi, 

Iii 3 


rachetérent ces gens de leur efclavage. 


CocKxs. 


1018. 


L'Amiral Iol- 
landois met [a 
tête de Cocks 
à prix, 


Cocks a re- 
cours à l'Em- 
pereur du Ja. 
pon. 


HardiefTe 
d'un Hollan- 
dois confon- 
due, 


Cocrs, 
1618, 


Perfécutions 
contre le 
Chriftianifme. 


433 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


parloit facilement la langue du pays, Fe vivoit familièrement avec les pré. 


i igneurs de la Cour; homme ailleurs qui n'avoic rien de plus re- 
cmd ch uc fon effronterie & quelque bien qu ilavoitamaiTé.] Se trou- 
vant avec Cocks & les Députés Efpagnols, en préfence de uelques Loti 
Japonois qui prenoïient plailir à les voir, il eut la hardiefle de re ee par 
de grands éloges le Roi de Hollande, & de le repréfenter comme le p " 
grand Monarque de l'Europe. Cocks entendoit la langue du Japon, pour! 
affeétät toûjours d'employer un interpréte. Dans l'in MAUR rs d'im- 
poitures, qui ne lui avoient d'abord caufé se de la füurpri \ , il les a 
rompit tout-d'un-coup pour répondre en Japonois > que c ch autant de 
menfonges; que la Hollande étoit un Pays de gs petite étenc Fr À qui pi 
voit pas de Roi; qu'elle étoit gouvernée par un ( RUES où. R ût À pu Nr 
Comte étoit gouverné iui-même par les Hollandois ; ; que 8 7 se i qu r 
que Roi dont elle dût faire l'éloge, c'étoit celui d'Angleterre, ne Japro rs 
tation duquel il n’éxifteroit point un petit Etat , qui Fi pen n hi Pas je 
Cette réponfe Ne a de confufion, & réjouit ég 

ponoi agnols. su 
pus Q Das fe réléchoie pas dans fa haine contre les Stan , füur- 
tout contre les Japonois qui étoient demeurésattachés à l'Evangile. pas ae 
qui étoient découverts recevoient immédiatement la fentence de mort. Coc 


en vit éxécuter tout à la fois cinquante-cinq à Méaco, [pour n'avoir pas vou- +, 


i (d) Catholique, ] & dans ce nombre, plufieurs enfans de 

x M ae ns cn brûlés DA dans les bras de leurs méres en in- 

pe le nom de Jefus. Cinq furent brûlés à Nangazaqui 5 onze décapi- 

np leurs corps coupés en piéces, liés dans des facs & précipités au fond 
? 


de la mer. PE er échèrent leurs Corps, & en firent des Reliques.]f# 
1 


rando lufieurs autres Villes en contenoient une multitu- 
” on à tous D le fupplice ; & la rigueur de sai pere 
fécution en ramenoit fort peu à l’Idolâtrie. Malgré la ruine d ue in es 
d’Eglifes, il en étoit refté quelques-unes à Nangazaqui. Le PisAs ère de L 
Miféricorde avoit été épargné auñi dans cette Ville, avec les Pres 
les autres lieux de fépulture. Mais par de nouveaux ordres de l'Empereur, 
on recommença cette année les démolitions. Les T'ombeaux furent cute, 
les os des morts brûlés, & leurs cendres répandues dans les pu nfin 
pour effacer jufqu’au fouvenir du pan ca pire ours es . 
& l'on bâtit des maifons dans les lieux où les Egli i jte nr 
igni avec des fondations de Prêtres Idolâtres, des éta 
tes ap de à la Religion Renne Il y. ver que MEET 
i i é par la dévotion des Chrétiens, i- 
. + me A fouffert la mort pour la défenfe de la F oi. 
On y avoit élevé un Autel, & la crainte du fupplice n empêchoit pas qu un 
grand nombre de Japonois n’y allaflent tous les jours offrir au Ciel leur ing 


i ra la preuve dans les 
is. R. d. E. . des Japonois. On en ver Ja preuve 
à cn A nn caufe de leur Relations de HN in quelques autres, 
croyance qu'ils furent mis à mort; mais parce qu’on D SA a East ar 
qu'on découvrit que leur Religion tendoit au (e) Angl. 
renverfement duGouvernemnent & de laReligion 


aux fre 
tourné, 
pendan 
périale 
pas de 
ils con 
fils de 
caché 
faux rar 
été recd 
dans l'e 
laifoit à 
étoit vi 
guerrier 
DA: 
tes au ] 
tre de fa 
L'autre 
mée, P 
Japon fi 
té de ma 
Pofition « 
LEsE 
gleterre 
qui avoit 
] ufage de 


œ( 


s pré-H 
us re- 
> trou- 
neurs 
Tr par 
e plus 
piqu'il 
d'im- 
inter- 
ant de 
ai n'a- 
que Île 
it quel- 
protef- 
lande. 
ent les 


s, fur- 
us ceux 
, Cocks 
as VOU- j$x 
afans de 
en in- 
décapi- 
au fond 
eliques.]kf 
multitu- 
tte per- 
infinité 
re de la 
iéres & 
pereur , 
ouverts, 
s. Enfin 
iles rues 
. ny 
des éta- 
s de Nan- 
rs Jéfui- 
le la Foi. 
Das qu'un 


eur fang 


ve dans les 
es autres; 


R, d. E. 


& leurs priéres. 
ftances terribles. 


INDES ORIENTALES, Laiv. IV. Cuar. VII. 


Les Arbres, les Edifices, l'Autel, tout fut renverfé & ré 


439 
L'Empereur affeéta de le faire détruire avec des circon 


. Cocxs. 
+ 1618. 


duit en cendre. La terre fut renouvellée & changée en plaine où l'on fit paf- 
fer la charrue, 


un des 


lus 


Alafin de l'année précédente, SE Pro avoit dépouillé Tay-Frufchama, 
plus de foixante ou quatrevingt T'er- 
res qu’il poffédoit, en lui laiffant pour toute retraite un petit canton du côté 


rands Princes Ne ge e 


Réfolution 
d'Etat au Ja- 
pon, 


du Nord. On s’attendoit que cet événement produiroit de grands croubles, 
arce que tous les Vaffaux de Tay-Frufchama ayant pris les armes , s'étoient 


ortifiés dans la Ville de fon nom, avec des munitions 


our une longue dé- 


fenfe. Mais le Tay fe trouvant encore arrêté avec fon fils àla Cour de l'Em- 
pereur, ce Prince les força d'écrire à leurs fujets, pour leur perfuader de quit- 
ter les armes. Cette démarche réufñlit, & l'Empereur pardonna aux Rebelles : 
maisiln’en donna pas moins les biens du Tay à deux de fes propres Parens ; &, 
pour fignaler encore plus fa vengeance, il fit abbatre le Château de Frufchama 
ui étoit d'une beaute & d'une grandeur extraordinaires. Toutes les pierres 
les autres matériaux furent tranfportés à Ozaka, dans la vûe de rebâtir 

le Château de cette Ville qui avoit été détruit dans la dernière guerre. Les 
Rois Tributaires reçurent ordre de contribuer chacun dans quelque partie 
aux frais de cette entreprife; ce qui les chagrina d'autant plus, qu'étant re- 
tournés depuis peu dans leurs Etats, dont ils avoient été long-tems éloignés 
ques: ils fe voyoient dans la néceflité de revenir à la Cour Im- 


pendant la 
périale , & 


e s'engager dans de nouvelles dépenfes. Mais on ne leur laiffoit 


pas de troifième choix entre ce parti & celui de s'ouvrir le ventre. Cependant 
ils conçurent quelques efpérances fur le bruit qui fe répandit que Fidaia-Sama, 
fils de Tico-Sama, n'étoit pas mort comme on l’avoit publié, & qu'il vivoit 
caché à Méaco, dans le Palais du Dairi (f), ou du Chef de la Religion. Ces 
faux rapports, qu'on avoit pris plaifir à femer plufieurs fois, avoient toûjours 
été reconnus pour des impoftures. Mais ils jettoient du moins des allarm:s 
dans l'efprit de l'Empereur; & tandis qu'il étoit livré à fes inquiétudes , il 
laifloit à fes Vaffaux le tems de refpirer. On ne doutoit pas que Fidaia, s'il 
étoit vivant, ne lui caufat beaucoup d’embarras ; car cetufurpateur étoit moins 
guerrier que politique. 

Dans le cours de Novembre & de Décembre 1618, il parut deux Comé- 
tes au Japon. La première s'étant levée à l'Eft fous la forme d’une grande p u- Jon. 
tre de feu, prit fa direétion vers le Sud, & difparut avant la fin du mois. 
L'autre venant auffi de l'Eft, avec l'apparence d’une grande étoile enflam- 
mée, prit vers le Nord, & difparut près de la grande Ourfe. Les Pretres du 
Japon firent regarder ces deux Phénomenes comine les préfages d’une infini- 
té de malheureux événemens ; mais il n’arriva rien de plus éclatant que la dé- 
pofition du Tay-Frufchama. 

Les Efpagnols & les Portugais publièrent au Japon, qu’on avoit vû en An- 
gleterre une croix fanglante au deffous des nuës, qu'un Frédicateur Proteftant 
qui avoit eu la hardieffe d'en parler fans refpeét, avoit perdu tout-d'un-coup 
l'ufage de la langue; & que le Roicfirayé de ce miracle avoit fait demander au 


«7 (f) C'eft l'Empereur Eccléfiaftique du Japon, 


l'ape, 


Cométes au 


Fable inven- 
técr- les EC 
pagnols. 


Cocrxs, 


1619, 


Deux Let: 
tres de Sayer 
ajoutées à Cet- 


te Relition, 


Raifons qui 
font publier la 
Eettre fuivan- 
te au Roi de 
Hollande. 


449 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Pape, des Cardinaux & d'habiles Eccléfiaftiques pour rétablir dans fes Etats , la 
Religion Romaine, Cocks raille beaucoup les Efpagnols & les Portugais fur 
Ja facilité avec laquelle ils avoient reçu cette hifloire, jufqu'a foûcenir , dit-il 
que c'étoit lui-même à qui les premieres informations en étuient venues d'An- 
gleterre. [Il termine fa lecre en difant qu'il fe propofoit de profiter de la x 
première occafion pour retourner en Angleterre.] 

PurcHass ajoute aux Relations de Saris & de Cocks deux Lettres d'E. 
douard Sayer, dattées de l'irando au Japon. Sayer étoic un des l'aéteurs du 
Comptoir Anglois de cette Ville, La première de ces deux Lettres eft du s 
Décembre 1615, & la feconde du 4 Décembre 1616. Quoique l'airefle ne 
fe foit pas conférvée, on conclut de quelques expreffions, qu'elles furent tou- 
tes deux écrites à Saris. Il n'y a rien dans la première qui ne fe trouve dans 
[les notes ajoûtées à ] la Relation de Cocks. La feconde contient quelques 
circonftances d'un voyage de Sayer à Siam, dans un Jonc de la Compagnie 
commandé par William Adams. 11 raconte qu'ayant acheté à Siam plus de 
marchandifes que le Jonc n'en pouvoit recevoir, il en avoit fretté un autre 
dont il avoit pris la conduite (g). L'année étant déja fort avancée, il avoit 
efluyé depuis le 1 de Juin jufqu'au 17 de Septembre un fort mauvais tems entre 
Siam & Schachmar, avec d'autant plus de danger qu'il étoit fort mal en Pi- 
lote. Le Chinois, qu’il avoit été obligé de prendre pour cet oflice, ignoroit 
la navigation , jufqu'à ne pouvoir reconnoître où il étoit, lorfqu'il avoit perdu 
de vûe la terre. Enfin ce mauvais guide étant tombé malade, Sayer, fans 
s’attribuer beaucoup plus d'habileté, s'étoit vû dans la néceflité de prendre 
lui-même le gouvernail, au hazard d'être mille fois fubmergé. Il eut néan- 
moins le honheur de conduire fon Jonc à Schachmar, où il arriva le 17 de 
Septembre , après avoir perdu vingt hommes par la maladie & le befoin d'eau. 
En rentrant dans la Rade de Firando, ilne lui en reftoit que cinq qui fuflent ca- 
pables de fe foûtenir fur leurs jambes. [ Comme il étoit arrivé fi tard, il nex# 
put pas retourner cêtte année à Siam; mais le Jonc remit à la voile, fous le 
commandement de William Eaton, qui étoit accompagné de Robert & Jean 
Burges, deux Pilotes Anglois.] 

[ A la fin de cet article, les Auteurs du Recueil n’ont pas cru devoir fup-% 
primer une Lettre de l'Empereur du Japon au Roi de Hollande, qui n’eft pas 
moins curieufe par le fond que par fon titre. L'original fut apporté en 1610 
fur le Vaifleau le Lion Rouge, qui arriva au Téxel le 22 de Jullet. [On ne 
nous apprend pas comment elle eft paflée entre les mains des Anglois; mais 
leur vûe, en la publiant, eft de la faire fervir de preuve à quelques obfer- 
vations fur les Hollandois, qu'il eft inutile de répéter.] 


Lettre de l'Empereur du Fapon au Roi de Hollande. 


és OI, l'Empereur du Japon, je fouhaite au Roi de Hollande qui en- 
» voye de fi loin pour me viliter, toutes fortes de profpérités. 

» JE me réjouis beaucoup de la volonté que vous avez eûe de m'écrire & 

» d'envoyer vos gens vers moi. Je fouhaiterois que nos P:ys fuffent plus 

» proches 


(g) Angl. un autre où Benjamin l'ary, qu'il devoit s'embarquer pour prendre foin 
principal Faéteur du Comptoir de Siam, crut des Marchandifes. KR. d. E. 


ts, la 
is fur 
dit-il, 
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en 1610 


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de qui en- 
ités. 
"écrire & 
uffent plus 
proches 


prendre foin 


+ 
= 


INDES ORIENTALES, Lav. IV. Car, VIL 44 


proches l'un de l'autre, afin que l'amitié commencée entre nous, pût con- 
tinuer & s’accroître plus facilement, Cependant le fouvenir de votre Ma- 
jefté ne m'eft pas moins agréable, depuis la libéralité & l'affeétion qu'elle 
m'a marquée fans me connoître, en me faifanc offrir quatre préfens; & 
quoique je n'en euffe aucun befoin , je n'ai pas laifé de les recevoir avec 
une joye & une confidération extraordinaires, parce qu'ils viennent de vous. 

ët comme les ollandois, fujets de Votre Majefté, defirent d’éxercer le 
commerce dans mon Pays avec leurs Vaifleaux, & d'avoir un lieu de ré- 
fidence près de ma Cour, dans la vûe de tirer plus d'avantages de ma pro- 
teétion , j'aflüre Votre Majefté que fi je ne puis les fatisfaire aétuellement 
dans toute l'étendue de mes defirs, à caufe des troubles qui nous agitent 
je ne veux néanmoins rien négliger pour leur témoigner mon affcétion , 
comme j'ai frit re he préfent, & je Suneril ordre à tous mes Gouver- 
neurs & Sujets de-les traiter avec faveur & amitié, eux, leurs Vaiffeaux 
& leurs marchandifes, dans quelques Ports & quelque licu de mes Etats 
ilsarrivent, A cet égard, Votre Majefté , & tous fes Sujets n'ont à crain- 

re aucune contravention ; ils peuvent arriver ici aufi librement que dans 
les Ports & le Pays de Votre Majefté. Ils peuvent-rcfter dans les miens 
pour éxercer le commerce, & fe perfuader que l'amitié qui eft commen- 
cée avec vous par moi & mes Sujets, loin d'être jamais alcérée de ma part 
ne fera qu'augmenter & fe fortifier à l'avenir. Je reffens de la confufion de 
ce que Votre Majefté, qui eft fi connue & fi renommée dans le monde par 
fes nobles exploits, a bien voulu condefcendre à me faire vifiter de fi (bin 
par fes Sujets, dans un Pays auffi indigne de fon attention que le mien, & 
à m'offrir des témoignages d'amitié que je mérite fi peu. Mais confidérant 
que ce foin procède de votre affeétion, je ne puis me difpenfer de bien re- 
cevoir vos Sujets & de confentir à leurs demandes. Auf cette Lettre leur 
fera-t'elle caution que dans tous les lieux, les Pays & les Ifles de mon Etat 
ils peuvent trafiquer & bâtir des Maifons propres à leurs marchandifes & À 
leur commerce; ils peuvent, à préfent comme à l'avenir, vaquer au foin de 
leurs affaires avec une entière liberté, s’affûrer qu'on ne leur fera point de 
tort ni d'injure, & compter que je les fupporterai & les défendrai comme 
mes propres Sujets. Je promets auffi que les perfonnes qui doivent être ici 
laiffées, comme on me le fait entendre, me feront à préfent & à l'avenir 
dans une particulière recommendation & que ma proteétion & ma fa- 
veur ne leur manquant jamais, elles trouveront en moi les mêmes fenti- 
mens que dans les voifins & les amis de Votre Majefté. A l'égard des au- 
tres affaires, qui ont été traitées entre moi & les Sujets de Votre Ma- 
jefté, comme il feroit trop long d'en parler ici, je m'en rapporte à leur 
propre récit. » 


II. Part. CHAPITRE 


ADnams. 
1598. 
Obfervations 
préliminaires. 


Naiffance, 
éducation & 
progrès d'A- 
dams, 


Adreffe fin- 
gulière d'une te Lettre, ouune fimple copie ,ou feulement les nouvelles qu'elle contient , d quelques per- . 


Jonnes de ma comnoiffance, foit 4 Limehoufe, foit à Gillingham. [ Cette Lettre quixé» 


Lettre, 


442 


VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


UD «6Db A 120 «UD GED ELLE WORD GED GED in ete KID MED T ED «110 TN ED il 


CH A PIT RE VI. («) 


Voyage ËŸ Avantures de William Adams , Dilote sllandois 
aux Îfles du Japon. 


C° voyage s'étant fait par la voye du Sud-Oueft, il fembloit devoir étre 
placé naturellement avec ceux de la même efpèce, fuivant l'ordre qu’on 
s’eft propofé dans ce Recueil. Mais le nom de l'Auteur eft revenu fi fouvent 
dans les Relations de Saris & de Cocks, qu'on s'eft déterminé à ne pas le 
féparer de deux Voyageurs avec lefquels 1l fe trouve joint par les mêmes af- 
faires & les mêmes intérêts. William Adams étoit né à Gillingham, dans la 
Province de Kent, à deux milles de Rochefter, & un mille de Chatam, prin- 
cipale ftation des Vaifleaux du Roi. Dès l’âge de douze ans, il fut amené 
à Lim Houfe, près de Londres, où il apprit pendant onze ou douze ans le 
métier de la Mer, fous Nicolas Digines. Enfuite, ayant fervi en qualité de 
Pilote fur les Vaifleaux de la Reine Elizabeth, il fut employé par la Com- 
pagnieides Marchands de Barbaric, jufqu'à ce que les Hollandois commen: 
cèrent le commerce des Indes. Adams, pafñlionné pour connoître les métho- 
des de navigations qui font propres à ces Mers éloignées, fe louä pour pre- 
mier Pilote au fervice de la Flotte Tollandoife qui devoit faire voile à la 
Mer du Sud en 1598. La néceflité ayant fait relâcher les Hollandois au Ja- 
pon, il y parvint à la faveur particulière de l'Empereur, qui lui accorda une 

enfion, dans la fuite une Terre füuflifante pour l'entretien d'un homme de 

iftinétion. Mais Adams éloigné de fa femme & de deux enfans qu'il avoit 
laiffés à Londres, étoit moins fenfible aux avantages de fa fortune qu’au cha- 
grin d’être féparé de ce qu’il avoit de plus cher. Enfin trouvant l'occafon de 
quelque Jonc Indien: pour écrire dans l’Ifle de Java, où il fçavoit que les An- 
glois avoient quelques Marchands, il y envoya comme au hazard une Lettre 
datée le 22 d'Oétobre 1611, avec cette étrange füufcription, dans la langue de 
fon Pays: Ames Amis € mes Compatriotes inconnus , que je prie de faire tenir cet- 


fe trouve dans PurchafT (2), eft füivie d’une autre Lettre écrite par l’Auteur 
(c) à fa femme, & qui contient des particularités qui ne fe trouvent pas dans 
la premicre ; c'eft du contenu de ces deux Lettres qu'on a tiré cette Relation.] 
UNE des vâûes d’'Adams, en écrivant aux Anglois de Bantam, étoit fans 
doute d’exciter les Anglois au commerce du Japon. Mais il femble qu'ils 
avoient déja tourné les yeux de ce côté-là, puifque le Capitaine Saris étoit 
parti de Londres, fix mois avant la date de la Lettre, pour entreprendre 
ce dangereux voyage. L’Angleterre continua d'envoyer tous les ans plufieurs 
Vaiffeaux 


fonnement d'Adams à Ozaka. Purchaf pré- 
tend que le refle a été fupprimé par la mail 
ce de ceux qui en furent les porteurs, 


(a) C'eft le XX Chapitre dulIIfe. Livre dé 
Original. R,. 

63" (b 
Ce" à 


d. E. 
(b) Pilgrims. Vol, I. pag. 125. 
(ce) Ctie lerue s'étend jufju'à l'emptis 


ils : 
s'ari 
nom 


grac 
faufl 
für | 


caufe 
Le n 
de Lo: 
fut ar 
{i rare 
le 29 
Cepend 
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fallut d 
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manqué 
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ne fit qu 
& auS 


r être 
qu'on 
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nes af- 
dans la 
1, prin- 
amené 
ans le 
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ommen- 

| métho- 
ur pre- 
ile à la 
s au Ja- 
orda «ne 
mme de 
il avoit 
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añon de 
e les An- 
e Lettre 
angue de 
tenir cet- 
lques p2r- . 


l'Auteur 
pas dans 
elation.] 
toit fans 
ble qu'ils 
Saris toit 
reprendre 
s plufieurs 


Vaifleaux 


eurs, 


LA 
archafT pré- 
par La mail: 


PER x LM 


Re 


dé 


SA 


Lettre quix? | 


INDES ORIENTALES, Liv. IV, Cmar. VII, 443 


Vaifeaux au Japon; & William Adams fit de-là diverfes courfes dans les Pays 
voifins, en qualité de Capitaine ou de Pilote. Cependant, étant goûjours 
retourné au Ypo comme à fon centre, & remettant fans ceffe à partir pour 
l'Angleterre , la mort le furprit à Firando en 1620 ou 1621. Du moins 
Purchaf affüre qu'on apprit à Londres en 1621, la nouvelle de fa mort, par 
le pes , Vaiffeau de la Compagnie. 
.A Flotte Hollandoife étoit compoféce de cinq Bâtimens, équi és par Pe- 
ter Vanderhach & Hans Vander Vikes Chef de la Compagnie Hollandoife 
des Indes Orientales. L'Amiral étoit un Marchand, qui fe nommoit Jacques 
Mayhay, & qui reçut William Adams pour fon Pilote, Ils partirent du T'éxel 
e 24 de Juin 1598 ; & perdant de vûe les Côtes d'Angleterre le 1 de Juillet, 
ils arrivèrent le 21 d'Août à St, Jago, une des Ifles du Cap-Verd, où ils 
s'arrétèrent vingt-quatre jours. Pendant ce long féjour, ils eurent un grand 
nombre de malades, & l'Amiral même ne fut point à couvert de cette dif- 
grace commune. La raifon qui les arréta fi long-tems dans ces Ifles fut une 
faufle efpérance d'y trouver beaucoup de chèvres & d’autres rafraîchiffemens, 
fur la parole d’un Capitaine qui avoit déja fait cette courfe, mais qui comp- 
toit mal-à-propos fur fa mémoire, Adams, ayant été appellé au Confeil avec 
kes autres Pilotes, ne fit pas difficulté de condamner hautement le parti qu'on 
avoit pris fans l'avoir confüulté; ce qui fut fi mal reçu par tous les Capitai- 
_ Age prirent entr'eux la réfolution de ne plus admettre les Pilotes au 
onfeul. 

Le 15 de Septembre, on quitta l'Ifle de St, Jago. Mais les maladies n'ayant 
fait qu'augmenter après qu'on eut palté la Ligne, on eut le chagrin de perdre 
l'Amiral à trois degrés de latitude du Sud. Les vents, la pluye, les orages, 
& toutes les difgraces de la navigation forcèrent la Flotte de relâcher fur les 
Côtes de la bafle Guinée, au Cap de Spirito Sanéto. On reconnut que la 
caufe de tant de malheurs venoit d'être partis dans une faifon trop avancée. 
Le nouvel Amiral réfolut de gagner le Cap de Lope Gonfalves fur la Côte 
de Loango, dans la vûe de s’y procurer des rafraîchiffemens. Mais quoiqu'il 
fut arrivé avec beaucoup de bonheur, l'air s’y trouva fi mauvais, & les vivres 
fi rares, qu'il lui mourut un grand nombre de malades. J1 remit à la voile 
le 29 de Septembre, déterminé à paller direétement les Détroits de Magellan. 
Cependant à la vûe de l'Ile d'Annobon, fur laquelle il tomba fans s’y être 
attendu, il ne put réfifter à l'efpérance d'y trouver d'utiles fecours. 
fallut employer la force & fe rendre maître de l’ffle, pour y faire débarquer 
tous fes malades. La Ville ne contenoit pas plus de vingt maifons. Le Pays 
fournit en abondance des Beftiaux, des Oranges & d’autres fruits; mais l’air 
y eft fi mal fain qu’à mefure qu'un Matelot fe rétablifloit, deux étoient atta- 
qués de la même maladie. D'ailleurs le bifcuit, le vin & l'eau commençant à 
manquer, on fut forcé de lever l'ancre le 22 Décembre (4), avec la trifte 
néceflité de réduire tous les gens de l'Equipage à une livre de pain pour 
quatre jours, en gardant la même proportion pour l’eau & le vin. La difette 
ne fit qu'augmenter , & les vents ne ceffèrent pas de fouffler au Sud quart à l'Eft 
& au Sud-Sud-Eft jufqu’au quatriéme degré de latitude du Sud qu'ils tournèrent 

au 


(d) Angl. de Novembre. R, d. E. 
Kkk 2 


APAMS, 
1598. 
Mort d'A: 

ams, 


Départ de la 
Flotte Hollan- 
doife dont il 
toit Pilote. 


Les Pilotes 
font exclus de 
Confuil, 


Fâcheufe re. 
vigation, 


Côte de Loan- 
o dans la 
baffle Guinée, 


Iflc d'An- 


Mais il nobon, 


ADAM, 


1599: 


La Flotte ar- 


rive aux Dé- 
crolts de Ma 
gellun, 


Difficultés 
pour en {ur- 
ur, 


Orages & 


Courans dans 
la Mer duSud. 


Adams relÀ- 
che fur la Cô- 


te de Chili, 


«y VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


au Sud-Eft, à l'Ef-Sud-Eft & à l'Eft, Dans une navigation fi languiffante, 
ui fit employer près de quatre mois depuis l'Ifle d'Annobon jufqu'au Détroie 
e Magellan: quantité de Matelots affamés mangèrent jufqu'aux cuirs qui 
couvroient les Cables, Enfin le 29 de Murs, on eut la vüe de la terre à cin- 
quante degrés de latitude. 

Le 3 d'Avril, on tomba au Port Santo, & l'on entra le 6 dans le premier 
Détroit de Magellan. Le 18, on palla le fsond avec un fort bon vent, Ici 
l'on jetta l'ancre contre l'Ifle des Pengoins, où les Chuloupes furent bien- 
tôt chargées de ces Oifeaux , qui font plus gros que des Canards, Toute la F'loc- 
te fe trouva fort foulagée par ce rafraîchiflement, Le 10, elle remic à la voi- 
le, avec un vent capable de la dégager bientôt des Détroits, Mais l'Amiral 
voyant les Côtes garnies de bois & trouvant l'ancrage excellent dans plufieurs 
endroits, ne voulut pas aller plus loin pour faire fa provifion, 11 penfoic 
aufli à former une Pinalle de quinze ou feize tonneaux, Cette double vûe lui 
fic choifir le premier endroit favorable pour relicher, L'hiver fe faifoit déja 
fentir dans ces contrées, Il y comba beaucoup de nége. Les Matelots ayant 
également à fouflrir du froid & de la faim s’affoiblifloient de plus en plus. 
Après avoir manqué l'occafon de fortir des Détroits avec un vent qui fouf- 
fla au Nord-Eft pendant cinq ou fix jours, on ne retrouva pas la même fa- 
cilité L qu'on voulut l'entreprendre. Le vent étoit tourné au Sud, & le mois 
d'Avril tirant vers fa fin, il comba une prodigieuft quantité de pluye & de 
nége, qui fut fuivie de gelées & de vents impétucux. On fe trouva dans la 
néveflité de chercher un Port commode, pour y pañler l'hiver, & l'on reri- 
contra heureufement, à quatre lieuës au Nord, la Rade ou la Baye d'Elifa- 
beth. L'hiver, dans ce quartier du Monde, qui eft à cinquante-deux degrés 
trente minutes du Sud. dure pendant les mois d'Avril, de Mai, de Juin, de 
Juillec & d'Août. Ce long intervalle ne fe paffà point fans quelques bons vents, 
dont la l'lotte auroit pü profiter pour forcir des Détroits ; Mais l'Amiral s'y 
oppofa toûjours. On demeura dans la Baye d'Elifabeth jufqu'au 24 d'Août 
(e), & les provifions étant prefqu'entièrement épuifées, plufeurs Matclots 
moururent de faim, 

EN entrant dans la Mer du Sud, on trouva des Courans fort impétueux, 
qui jettèrent les Hollandois juiqu'au cinquante-quatrième degré du Sud, dans 
un tems où le froid étoit encore fort vif. Enfin les vents étant devenus fa- 
vorables, on avança vers la Côte du Pérou. Mais au bout de cinq ou fix 
jours, un orage plus furieux qu'on n'en avoit encore éprouvé, difperfa la 
Flotte, & la repouila jufqu'au 54°. degré & demi du Sud. L’Amiral perdit 
pendant quelques jours la vûe des autres Vaifleaux, & ce ne fuc que le 9 de 
Septembre , qu'ilrecommença à les découvrir. Sept ou huit jours après, un 
autre orage lui enleva fa voile d'avant, & lui fit perdre encore la compa- 
gnie des autres. Alors William Adams prit le parti de porter vers la Côte 
du Chili, au quarante-fixième degré. C'étoit le rendez-vous dont on étoit 
convenu, dans les plus facheufes fuppofitions. 11 y arriva heureufement le 29 
de Septembre. 

Les Habitans de ce Pays étant d’un fort bon caractère, on obtint d'eux 

des 


Fe) Dans la première Lettre, l'Auteur dit jufqu’au 24 de Septembre, 


des 
avo 
Xe 
cou 
cer 
quat 
avoi 
qu'à 
obliy 
toit 
trou! 
& le 
le du 
pût d 
Lier 
celler 
O: 
qui n 
Cap, 
re fin 
menci 
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leurs | 
du dr: 
ortè 
à leur 
vivres 
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res, | 
fervird 
ficurs 
gens 
n'y dé 
grand 
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déclar 
alors q 
vifage 
fier à 
fieurs 
vifions 
monde 
fabres 
quin'é 
plus d 
armes 
dams, 


inte, 
jtroit 
s qui 
1 Cin- 


emier 
t, lei 
bien- 
\l'loc- 
la voi- 
\miral 
Mieurs 
enfoit 
vûe lui 
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y ayant 
1 plus. 
ai fouf- 
me fa- 
le mois 
> & de 
dans la 
on r'eti= 
d'Elifa- 
degrés 
Juin ,de 
svents, 
iral s'y 
d'Août 
fatelots 


étueux , 
d,dans 
enus fa- 
q ou fix 
fperfa la 
al perdit 
: le 9 de 
prés, un 

compa- 
s la Côte 
on étoit 
ent le 29 


int d'eux 
des 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cunarv, VII 445 


des rafraîchiffemens , par des échanges de peu de valeur, Cependant après 
avoir donné avec plaifir quelques Moutons & des Paraces pour des fonnetces 
& de pecits coûteaux, la crainte des Efpagnols leur fit abandonner tout-d'un- 
coup le rivage, fans que rien Fe capable de les rappeller. L'Amiral profita de 


ce repos, pour faire équiper la Pinafle qu'il avoit apportée [de Londres] en 


quatre parties, On paila vingt-huit jours fur cetre Côte, fuivant le terme qui 
avoit deé réglé dans un Conieil; aprés quoi levant l'ancre on s'avança juf: 
qu'à l'entrée de la Baye de Baldivia, ais le vent devint fi fort qu'on fut 
obligé de tourner vers l'Ifle Mocha , où l'on arriva le jour fuivant, qui é- 
toit le premier de Novembre. Elle eft au 38°, degré de latitude du Sud N° 
trouvant aucun Vaiffeau de la Flotte, on porta vers l'Ifle de Sainte Marie 
& le lendemain, on mouilla au deffous du Cap, à une lieuë & demi de l'If- 
le du côté du Sud; mais le rivage paroiflant couvert de monde, fans qu'on 
nût deviner quelle étoit l'intention de ces Infülaires, on prit le parti de dou- 
bler le Cap & d'aller jetter l'ancre fur quinze brailés, dans une Baye d'ex- 
cellent fond, 

ON envoya la Chaloupe à terre, pour lier commerce avec les Habitans, 
qui ne s'étoient pas aflemblés avec moins de promptitude qu'aux environs du 
Cap. Mais ils reçurent les Hollandois à coups de iléches, & dans la premiè- 
re furprife ils en bleflèrent plufieurs. Cependant, comme les vivres recom- 
mençoient à manquer, l'Amiral fit débarquer trente hommes biens armés 
qui écartèrent bientôt les Sauvages. Les lignes d'amitié & les témoignages 
de paix furent employés pour leur faire comprendre qu'on n'en vouloit ni à 
leurs biens ni à leur liberté. On leur montra de loin du fer, de l'argent & 
du drap. Ils comprirent enfin ce qu'on leur demandoit, & la plüpart ap- 

ortèrent au rivage du vin, des patates & des fruits. Enfuite s expliquant 
à leur tour par des fignes, ils promirent de revenir le lendemain avec des 
vivres & d'autres provifions, Comme il étoit fort tard, les Hollandois re- 
tournèrent à bord; & quoiqu'il y en eut peu qui fuflent éxempts de bleflu- 
res, la joye d'avoir parlé aux Habitans X l'elpérance des rafraïchifemens 
fervirent à les confoler, Le lendemain, qui étoic le 9 de Novembre plu- 
ficurs Officiers du Vaiffeau fe mirent dans la Chaloupe , avec les plus braves 
gens de l'Equipage. Ils étoient convenus de s'approcher du rivage, mais de 
n'y débarquer que deux ou trois hommes, parce que les Habitans étant en 
grand nombre, il y avoit de juftes raifons de s’en défier. Lorfqu'ils furent 
proches de la terre, ils furent invités à deftendre par des fignes, Leur Cher 
déclara d'abord par les fiens ,qu'ilne venoit pas avec cette intention, Mais 
alors quelques Habitans s'avancèrent dans l'eau jufqu'à la Chaloupe, avec un 
vifage riant & des vafes remplis d'une efpèce de vin, en le preffant de fe 
fier à leur Nation, & lui faifanc entendre qu'ils avoient à peu de diftance plu- 
ficurs fortes de Beftiaux. Le Chef Hollandois, tenté par l'efpérance des pro- 
vifions, que les befoins du Vaiffeau lui auroient fait préférer à tout l'or du 
monde, oublia fes réfolutions & fit débarquer vingt-trois hommes, armésde 
fabres & de moufquets. Cette petite troupe marcha vers quelques maifons, 
qui n'étoient pas éloignées. Mais à peine eurent-ils fait deux cens pas, que 
plus de mille Sauvages fortant d'une embufcade, tombérent fur eux avec les 
armes dont ils ont l'ufage, & les maflacrèrenc jufqu'au dernier. ‘Thomas A- 
dams, frère de l'Auteur, étoit malhcureufement de ce nombre. Ceux qui é- 
Kkk 3 tojent 


Anans, 


1599. 


Baldivia, 
Ile M cha, 


Ifle Sainte 
Mure, 


Trahifon qui 
fait perdre 
vinst-trois 
hommes aux 
Hollandois, 


ADAM, 
1599. 
Roncontre 
d'un Vuifoau 

de la bloc 
dans l'itle de 
Sainte Marie, 


Adrelle que 
les Hoilandois 
cmployent 
pour fe procu- 
rer des vivres. 


KRaifons qui 
conduifent los 
deux Vaif 
feaux au Ja- 
pon. 


46 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


toient reftés dans la Chaloupe n'eurent pas d'autre reffource que de retour. 
ner promptement à bord, pour y porter certe trifte nouvelle, 

ON leva l'ancre dès le lendemain ; & gagnant l'Ile de Sainte-Marie, à 
trente-fept degrés douze minutes de latitude du Sud, on y trouva un des 
Vaiffeaux de la Flote , qui étant parti de Mocha un pe avant l'arrivée de 
l'Amiral , n'y avoit pas été reçû avec plus de faveur, Le Capitaine & vous les 
Officiers y avoient éié bleffés à terre { f). Cependant les deux Batimens fe 
confolèrent par le bonheur qu'ils avoient de fe rencontrer, On tint Confeil fur 
le moyen de fe procurer des vivres; car les befoins devenoient preffans, & la 
plus grande partie des deux Equipages étant accablée de maladies, il y avoit 

eu d'apparence de pouvoir fe faire 4 px ar la force, ‘Tandis qu'on évoit 

délibérer, il vine à bord un Efpagnol qui obtint la permiflion de voir le 
Vaifleau, Il revint le jour fuivant, & l'on ne fit pas plus de difficulté de le 
laiffer retourner à terre. Le troifième jour, il en arriva deux, qui montè- 
rent fur le Vaiffeau avec auffi peu de précaution, L'Amiral, fans aucun def: 
fein de leur nuire, prit la réfolution de les arrêter ; & leur proceftanc qu'il 
ne croyoit bleffer aucun droit, puifqu'ils écoient venus fans fa permiflion, il 
leur déclara que pour obtenir la liberté il falloic fournir aux deux Vaifeaux 
Hollandois, qui manquoient de toutes forces de provifions, un certain nom- 
bre de moutons & de bœufs. La néceflité les força d'y confentir, & les 
Beftiaux furent amenés à bord au tems dont on étoit convenu. Ce fecours 


rendit le courage aux Hollandois. [Cependant un certain Hudcope, jeune xÿ» 


homme qui n'avoit aucune connoiflance, & dont tout le mérite étoit d'avoir 
fervi l'Amiral, fut fait Général, & Jacob Quaternak, Commandant du Vaif- 
feau où étoit Adams, fur nommé Vice-Amiral.] Hudcope propofa de brûler 
l'un des deux Vaiffeaux , parce qu'il n’y reftoit point affcz de monde pour les 
conferver tous deux; mais la difficulté de décider fur lequel des deux tom- 
beroit cette fentence, en fit retarder l'éxécucion. Alors Adams, & T'imo- 
thy Schotten, autre Pilote Anglois, qui avoit fait le voyage autour du mon- 
de avec Thomas Candish, furent appellés au Confeil pour donner leur avis 
fur la fituation des deux :ltimens fur le projet du voyage. Outre les 
embarras préfens, on fçavoit que les Efpagnols avoient mis en Mer quel- 
ques Vaifleaux pour les chercher, & la fuite vérifia cette information, car 
un des trois autres Bâtimens de la Flotte, fut pris quelques-jours après à 
San-Jago. Il étoit donc fort dangereux de s'arrêter plus long-tems dans 
cette Mer. On avoit à bord beaucoup de draps. Un matelot nommé Der- 
rick Gerritfon, qui avoit fait le voyage du Japon avec les Portugais, fut le 
remier Auteur des confeil qui fût approuvé de tout le monde: il repré- 
en que les Draps de l'Europe étoient fort recherchés dans cette Ifle, & 
qu'indépendamment des autres raifons , il y avoit plus d'avantage à s’y pro- 
mettre qu'aux Moluques & dans les autres parties des Indes Orientales, où 
la chaleur ne permettoit pas de croire que les Draps de laine fuflent de fi 

bon ufage. : 
IL refta fi peu d'incertitude après cette ouverture, qu'on ne penfa plus 
qu’à quitter l’Îfle de Sainte-Marie. L’Ancre fut levé le 27 de Novembre, & 
tournant 


a(f) Dans la feconde Lettre, l’Auteur rent tués à Mocha. 
dit que le Général & vingt-fept hommes fu- 


Jaifla te 
quantic 
ment. 
lots Jag 
divers 
du Roi 
landois 
Vaiflea 
qu'à cd 
arrivée 
lanréois 
une mu 
tre, fa 
d'après 
L € 
Jéfuice 
andois 
qu'il ne 
blier qu 
voient é 
la Ville 


(z) C 


Langilack 


tour: 


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Le" où 
nt de fi 


nfa plus 
ournant 


i 
‘4 


INDES ORIENTALES, Liv, IV, Cuar. VIIL 447 


tournant direélement les voiles au Japon ,on paf la Ligne avec un bon vent, 
qui ne fe démentie point pendant p ufieurs mois, Dans une fi longue courfe, 
on tomba vers le fuizième degré de latitude du Nord, au milieu de certai- 
nes lfles, dont les habitans fonc Antropophages, Sept où huit hommes de 
l'Equipage s'étanc approchés de la cerre dans un Efquif, furent furpris par ces 
Barbares, & mangés, comme on le fuppofe , fans pouvoir être délivrés de 
leurs mains, On prit néanmoins un Infülaire, qui fut conduit à bord de l'A- 


dmiral; [mais on ne lui crouva qu'une flupidicé féroce, qui ne permit d'enti- 


rer aucune lumière. ] Dans coute l'étendue du 27 & du 28° degré de latitu- 
de, les vents furent extrémement variables, & le tems fiorageux, que le 24 


de Février ,l'Amiral fut perdu de vûe, pour ne plus reparoitre, [ Adams avoit 


changé de Vaifléau dans l'Ile de Sainte-Marie] Il continua fa courfe juf- 

u'au 24 de Mars, qu'il découvrie une Ifle nommée Una Colonna, Les mala- 

ies faifoient tant de ravage dans fon Bütimenc, qu'il y étoit mort quantité 
de perfonnes , & qu'entre ceux que la mort avoit épargnés, il n'en reftoit que 
neuf ou dix qui puffent fe fervir de leurs jambes e leurs mains. À la 
hauteur de trente degrés, Adams chercha, fuivant les Cartes, le Cap Nord 
du Japon, mais inutilement, puifqu'il eft à trente-cinq degrés trente minutes, 
& que toutes les Cartes particulières, les Globes, les Mappe-Mondes fe font 
également trompés fur fa ficuation. 

Enrin, le 19 d'Avril, à crente-deux degrés & demi, on eut la vûüe de 
l'Ile, après une navigation de quatre mois & vingt-deux jours, depuis le Cap 
de Sainte-Marie, En arrivant fur la Côte, le Vaïfèau n'avoit plus que fix 
hommes, avec William Adams, qui puffent fe foûtenir fur leurs jambes, On 
Jaifla tomber l'Ancre à deux milles d'un lieu nommé Bungo. Il vince aufitôt 
quantité de Barques, qui ne marquèrent aucune intention de nuire au Bâti- 
ment. Cependant après avoir reconnu la foibleffe de l'Equipage , les Mate- 
lots Japonois montérent à bord fans attendre l'ordre du Capitaine, & firent 
divers vols qu'on leur fit enfuite payer bien cher. Le lendemain, un Officier 
du Roi vint à la cete de quelques Soldats, pour mettre les biens des Hol- 
landois à couvert par une garde continuelle, Deux ou trois jours après, le 
Vaiffeau fut conduit dans un excellent Port, pour y demeurer en fureté , juf- 
qu'à ce que le Roi principal, ou l'Empereur du Japon fut informé de fon 
arrivée, & lui fit déclarer fes intentions, Mais dans l'intervalle, les Ho!- 
lanuois obcinrent la liberté de débarquer leurs malades , & de fe procurer 
une maillon, où ils ne manquérent d'aucun rafraîchifflement. De vingt-qua- 
tre, fans ou malades, qu'ils étoient en arrivant, il en mourut trois le jour 
d'après, & crois aucres dans la fuite ; mais le refte fe rétablit parfaitement. 

L € gala cinq ou fix jours, après lefquels il vint de Nangazaqui () un 
es accompagné d'un autre Portugais, Ce fut un malheur pour les Hol- 
andois qu'on leur eut envoyé le Jéfuite pour incerpréte, parce que l'averfion 
qu'il ne manqua pas de concevoir pour des Proteltans, le porta auffitôt à pu- 
blier que c'étoient des Pirates, dont il falloit fe défier. Les Japonois qui à- 
voient cé nommés pour la garde du Vuifeau, étant aufi Catholiques, toute 
la Ville reçut biencôt les memes impreflions, & la haine devint un fentiment 

fi général 
r(g) Cette Ville eft appellée dans PurchaT prononciation des Portugais de ce tems-là,. 
Langalacke ; conformément fans doute à la 


ANLE LE 
1600, 


Iles habitses 
par dos Antro- 
pophages. 


Faute poñ. 
tion du Japon 
dans les Car 
ts, 


Trifte état du 
Valfloau à fon 
arrivée au Ja« 
pon, 


Embarras que 
s Portugais 

futcitsnt au 

Vailleuu, 


48 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Anams. fi général que les Piollandois s'atténdoient à tous momens d'être crucifiés. 
1599  C'eft le fupplice en ufage au Japon pour les vols & quelques autres crimes 
(b). Mais leur crainte fut encore augmentée par la défercion de deux de leurs 
gens, qui s'engagèrent au fervice du Roi de Bungo, & qui fe joignirent aux 
Portugais pour la ruine du Vaifleau. L'un qui fe nommoit Gibert Conning, 
de Middelbourg, fe donna pour le principal Marchand du Vaifleau; & de 
concert avec l'autre, dont le nom étoit Jean Abelfon Van Owater, non. 
feulement il s'efforça de fe mettre en pofleffion de toutes les murchandifes, 
mais il découvrit aux Portugais cout ce qui s’étoit pañlé dans le cours du 
Vovage. : 
Adans el Neur jours après l'arrivée du Vaiffeau, l'Empereur envoya cinq Frégates, 
Cour Imperin. Pour faire amener les Chefs des Hollandois à Ozaca, où il tenoit fa Cour. [LetH 
le. Capitaine, qui avoit reconnu de l’efprit & de la fermeté à William Adams, le 
pria de fe charger de la députation, & lui donna deux Matelots pour corté- 
ge. | En arrivant à la Cour, Adams fut préfenté à l'Empereur. Ce Prince ne 
lui parla d'abord que par divers fignes, qu'il n'entendit pas également. [ Lesk 
Hollandois ayant difpenfé le Jéfüuite de leur fervir plus long-tems d'interpré- 
te, iln'avoit pas voulu s’obftiner à fuivre Adams malgré lui.] Cependant on 
fit venir un Japonois qui parloit affez bien la langue Portugaife, & l'Empereur 
nu VEcisee s'en fervit pour faire quantité de queftions au Député des Hollandois. il leur 
teur, demanda quel étoit l’état préfent des Royaumes de l'Europe & particulière- 
ment du fien; quelle route il avoit prife pour venir au Japon, quelle efpè- 
ce de Marchandifes il avoit apportée &c. Adams répondit que fon Pays é- 
toit alors en guerre avec l'Efpagne & le Portugal, mais qu'il étoit ami de 
toutes les autres Nations. A l’égard de la route, il prit une Mappe-Monde, 
qu'il avoit apportée; & lui faifant remarquer la difpofition de toutes les par- 
ties du Globe terreftre, il lui traça la courfe du Vaifleau par les Détroits de 
Magellan. Toutes ces idées furent fi nouvelles pour l'Empereur, qu'il parut 
douter fi ce n’étoit pas autant de fables. Adams lui apprit enfuite quelles é- 
toient les marchandifes du Vaifleau; & lorfqu'après un long entretien, il le 
vit prêt à fe retirer, il lui demanda pour fes Compatriotes la même liberté 
de commerce qu’il accordoit aux Efpagnols & aux Portugais. L'Empereur lui 

Il ef empri- fit une réponfe qu’il n’entendit point & qui ne lui fut pas expliquée. Mais en 
fonné, fortant de l'audience il fut renfermé, avec fes deux Matelots, dans une Pri- 

fon où il fut fort bien traité. 

Autreentre. D'EUX jours après, il fut rappellé à la Cour; & l'Empereur lui demanda 
tien avec quels pouvoient être les motifs qui l’avoient amené dans un Pays fi éloigné du 
l'Empereur,  fien. Adams répondit qu’il étoit venu par le penchant commun à toute fa Na- 

tion, de cultiver l'amitié & le commerce avec les autres Peuples du Monde, 

en faifant , à leur avantage mutuel, des échanges de marchandifes & d’autres 
richefles. La curiofité de l'Empereur fe réveilla fort vivement fur les guerres 
des Anglois contre l'Efpagne & le Portugal. Il en demanda la caufe & les divers 
événemens. Adams reprit les différends de l’Europe dans leur origine, & fit 
un récit auquel le RONDE du Japon parut très attentif, mais qui ne l'empé- 
cha point de renvoyer l'Orateur en prifon. Cependant le lieu fut changé, & 
1 Ou tro 
dans 1 
IL, 


(b) La 2e. Section de ce Chapitre commence ici dans l’Original, R. d. E. 


cifiés. 


rimes 
c leurs 
nt aux 
nning ; 
& de 
, non- 
ndifes , 
urs du 


égates, 
ar. [Let 
ams, le 
* corté- 
ince ne 
t. [ LesH 
nterpré- 
dant on 
mpereur 
. Il leur 
iculière- 
lle efpé- 
Pays é- 
- ami de 
-Monde, 
sles par- 
étroits de 
vil parut 
uclles É- 
ien, il le 
e liberté 
sereur lui 
Mais en 
s une Pri- 


demanda 

loigné du 
te fa Na- 
Monde, 

ÿ d’autres 
es guerres 
les divers 

ne, & fit 
e l'empê- 

hangé, & 
les 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Car. VIIL. 449 


les traitemens beaucoup plus favorables. Cette captivité dura trente-neuf jours 
endant lefquels Adams n'apprit aucune nouvelle du Vaifleau, & s'attendoic 
ans cefle au dernier fupplice. 

Les Portugais s'efforcèrent dans cet intervalle de prévenir l'efprit de l'Em- 
pereur par toutes fortes d'accufations contre les Anglois. Ils les repréfentèrent 
comme des voleurs & des brigands, raffemblés de toutes les Nations, à qui la 
juftice impériale ne pouvoit laiffer la vie, fans expofer le Japon aux ‘dacaiers 
malheurs. Leur éxemple, difoient-ils, alloit expofer les Japonois à l'invafon 
de toutes fortes de Corfaires ; au lieu qu'une punition rigoureufe ôteroit aux 
ennemis des Japonois l'envie de troubler leur repos. Ces noires follicitations 
étoient fecondées par le crédit de tous les amis que les Portugais avoient à la 
Cour. Cependant leur malignité demeura fans effet. L'Empereur, après les 
avoir écoutés long - tems, leur répondit enfin, que jufqu'alors ces Étrangers 
qu'on lui peignoit avec de fi odieufes couleurs, n’avoient caufé aucun mal ni 
à lui ni à fes fujets, & qu'il ne pouvoit par conféquent leur ôter la vie, fans 
bleffer la raifon & la juftice ; que files Anglois étoient en guerre avec l'Efpa- 
gne, il ne voyoit rien qui obligeât les Japonois de s’y intérefler ; & bien moins 
qui l'obligeât lui-même de condamner au fupplice des Etrangers qui ne l'avoient 
point offenfé. Cette réponfe confondit les Ennemis d'Adams , & les for 
déformais au filence. FE 

Depuis qu'il étoit prifonnier, le Vaiffeau avoit été conduit auffi près d'Oza- 


ka qu’il étoit poflible; [ & fi l'Equipage étoit gardé foigneufement, on ne lui 


refufoit aucune forte de commodité. ] L'Empereur , s'étant fait ramener Ad 
le quarante-uniéme jour de fa prifon, lui demanda s’il fouhaitoit de cui 1e 
Compagnons. Sur la réponfe à laquelle il avoit dû s'attendre, il lui déclara 
qu'il étoit libre & qu'il pouvoit fatisfaire fon empreffement. Adams, fans pré 
tendre à d’autres explications, ne douta pas qu'une faveur qu’on ne limitoie 
par aucune défenfe, n'eût des effets encore plus heureux qu'il ef éra de l'a. 
venir. Il fe mit dans une Barque, qui le conduifit au Vaifleau. 13 Ca itaine 
& le refte de l'Equipage étoient rétablis dans une parfaite fanté ; mais Los 
titude de leur fort, & la crainte où ils avoient été long-tems de ne jamais cp 
voir leur Député, avoient rendu leur vie fi trifte, que, dans le ne mou- 
vement de la joye commune , tout le monde verfa des larmes de plaifir & d'ad- 
miration. Tout ce qui appartenoit au Vaiffeau & à la Compagnie, avoit été 
tranfporté à terre par les Japonois, jufqu'aux inftrumens mathémati ues d’A- 
dams. Mais l'Empereur, qui n'avoit point eu de part à cette injuflice ordon- 
na que la reftitution fe fit immédiatement, avec des peines rigoureufes our 
ceux qui feroient convaincus d’avoir fouftrait la moindre partie des Hachai 
difes ou des meubles. Cependant comme les effets fe trouvoient difperfés dans 
un nombre infini de mains, l'impofibilité de les raffembler entièrement porta 
ce Prince à faire donner.au Vaifleau cinquante mille piéces de huit, à de de 
dédommagement. Il fe fit rendre compte de l'éxécution de cet ordre ; & ne dé- 
daignant pas d’autres détails, ii fic publier dans la Ville de Sackay “où le Bà- 
timent étoit à l'ancre, que ceux qui abuferoient de l'ignorance des étrangers 
pour les tromper ou pour leur nuire, feroient punis fort févèrement ÿ 

IL y avoit trente jours que le Vaiffeau étoit à Sackay, grande Ville à deux 
ou trois lieuës d'Ozaka. Il fut conduit par l'ordre de l'Empereur à celle d'Eddo 
dans la Province de Quanto, partie Orientale de l'Ifle, éloignée d'environ 
IL. Part. | LI cent- 


ADAM:. 
1600. 


Mauvais of’. 
fices des lor- 
tugais. 


L'Empereur 
prend parti 
our les Hol 
andois, 


Faveurs qu'il 
leur accorde, 


Le Vaiffeau 
Hollandois eft 
conduit à Ed- 
do, 


Abams. 
1600. 


Adams en 


demande la li- 


berté & ne 
l'obient pas. 


Induftrie des 


Hollandois 


pour s'attirer 
de la confidé- 


ration, 


450 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


cent-vingt lieuës d'Ozaka. Les vents contraires rendirent ce paflage fort long : 


& fortennuyeux ; de forte que l'Empereur , étant parti long-tems qu les Ho 
landois, pour faire le même voyage par terre, arriva beaucoup plutôt qu'eux. 


(Is avoient pris jufqu'alors la qualité d'Anglois ; & ne tirant que de l'avantage: 


e cette fuppoñition, ils n’auroient pas penfé à détromper les Japonois, fi 
quelques les ayant reconnus à la différence du langage, n’eufent dé. 
couvert de quelle Nation ils étoient. Ce fut alors que dans la vûe de foûtenir 
leur crédit & l'opinion qu’Adams avoit donné d’eux, ils dns les fonde. 
mens de la Royauté du Comte Maurice, & de toutes les fables qu'ils augmen- 
tèrent dans la fuite à mefure que leur confidération s'accrut dans ces Mers.] 
Aufi-tôt qu’ils furent arrivés à Eddo, 1is adrefèrent leurs fupplications à l’Em- 
pereur, pour obtenir l’ufage libre de leur Vaiffeau, & l1 permiffion de fe 
rendre dans les lieux où ils efpéroient trouver quelque établiffement de leur 


Nation. Cette demande leur coûta beaucoup de tems & d'argent ; [ mais 4 


dans l'intervalle, ils eurent l’occafion d'apprendre la langue rponoile & de 
fe lier avec les Habitans par diverfes encreprifes d’induftrie & de commerce. 
Un de leurs artifans, qui, avec plus de génie que d'expérience, fe fouve- 
noit d’avoir vû travailler en Hollande à la conftruétion des Canaux, offrit 
fes fervices à l'Empereur pour conduire de l'eau dans fon Palais & dans 1r- 
Places de la Ville. Divers effais qu'il fit dans les maifons particulières donné- 
rent tant de confiance à fes offres, qu’il fut mis à la tete d'un grand nom- 
bre d'ouvriers, avec une autorité fort étendue & des appointemens confidé- 
rables. Il trouva le moyen non-feulement d'embellir le jardin du Palais par 
des canaux & des cafcades, mais d'introduire des:tuyaux dans les Apparte- 
mens & d'y fournir mille commodités que les Japonois ignoroient. De:-là il 
fut envoyé à Ozaka & à Méaco, pour y rendre les mêmes fervices. Un. 
autre Hollandois rendit fes connoiffances utiles en perfeétionnant les voitu- 
res. L'Empereur furpris de l'habileté de ces étrangers, ne douta pas qu’ils 
ne fuffent capables d’éxécuter tout ce qu'il leur feroit entreprendre. ] Ïl fit 
un jour appeller William Adams, pour lui ordonner de conftruire un Vaif- 
feau. Cette propofition embarraffa beaucoup Adams, qui n’avoit aucune 
teinture d’un art fi difficile. 11 déclara naturellement qu’il n’étoit pas Char- 

entier, & qu'il ignoroit les régies de la Conftruétion. Mais l'Empereur, 
infiftant fur fes ordres, lui dit qu’il vouloit un Vaifleau, de quelque manière 
qu’il fût conftruit. Dans la néceflité d'obéir, il prit fes plus habiles ouvriers, 
quoiqu'il n’y en eût pas un qui fut capable d’une fi grande entreprife, & 


Adams conf. réuniffant tous leurs efforts, ils compofèrent un petit Bâtiment à l’Angloife, 


truit un Vaif- 


feau fans en 
fçavoir l’art. 


Faveur où il 


parvient au- 


près de l’Em- 


pereur. 


d'environ quatrevingt tonneaux. L'Empereur parut charmé de cet ouvra- 

e ; il le vifita plufeurs fois , il l’'éxamina foigneufement , & la dépenfe ne 
ft point épargnée pour l’embeliir. La faveur d’Adams ne fit qu’augmenter 
de jour en jour. Outre l'honneur d’être appellé fouvent à la Cour & de fe 
voir confulté dans toutes les occafions , il obtint des préfens confidérables, 
qui furent fuivis à la fin, d’une Terre du revenu annuel de quatrevingt du- 
cats (i), avec deux livres de ris par jour. Il profita de la familiarité dans 


Jaquelle il commençoit à vivre avec l'Empereur, pour infpirer à ce FhReS 
| e 


(5) Angl. foixante & dix ducats. R. d. E. 


pées 
l'Equ 
diftri 
par j 
Holla 


mutin 


ques-l 


Æ reur : 


encore 
landois 
dans le 
Pour dé 
Anglois 
reur ré 
fon Pa 
ne part 
Er 
pour le 
velles d 
Lettres 
ayant c( 


INDES ORIENTALES, Lav. IV. Car. VIII. 451 


Je goût des Mathématiques; il lui en apprit quelques parties ; & ne fe fai- Anams. 
long fant pas moins goûter par fon caraétère & fa politeffe , il s'acquit rant de 1600. 
Hol- . confidération à la Cour qu'il ne s’y faifoit plus rien fans l'avoir confüulté. 


) 
rs Les Portugais & les Jéfuites mêmes, qui l'avoient vû d'abord de fi mauvais 
tagc œil, commencèrent à le traiter avec autant de refpeét que d’admiration. 
s, fi Ils fe crurent heureux de pouvoir obtenir fa proteétion auprès de l'Empe- 
ee reur; & dans plus d’une affaire importante, ils fe trouvèrent bien de l'avoir 
employée. 
onde- L avoit déja plus de deux ans, que les Hollandois follicitoient la liberté 
quere 4 de partir dans leur Vaiffeau. Mais tout ce qu’ils avoient fait pour l'obtenir 
Jers.] : n'ayant fervi qu'a les rendre plus neceffaires à l'Empereur , ils eurent le cha- 
gr grin de s'entendre enfin déclarer qu’il falloit demeurer au Japon pour le fer- 
rh vice de fa Majefté Impériale. Ils demandèrent du moins que la fomme qui 
» leur leur avoit été accordée fût divifée entr'eux, pour la faire fervir à ren- 
Cmaist£ dre leur fituation plus douce. Quoique cette libéralité dût retourner à la Miberfon de 
& de . : . e et l'Equipage 
Compagnie Holladcif: des Indes, dont les marchandifes avoient été difi- xolandois. 
robes pées, le Capitaine du Vaifleau jugea, comme Adams, que dans l’état où 
foie l'Equipage avoit été réduit, la première loi étoit de vivre. La fomme fut 
ES Le diftribuée, & l'Empereur y joignit pour chaque Matelot deux livres de ris 
ps à | par jour, avec une penfion annuelle de douze ducats. Mais à peine les 
donne- Hollandois eurent-ils touché leur argent, qu'à la perfuafion de deux ou trois 
L'nom- mutins de l’Equipage, la plûpart s’échapèrent par différentes voyes; quel- 
onfidé- 1 ques-uns pour s'établir dans d’autres Villes du Pays, où la bonté de l'Empe- 
ais par Æreur voulut encore qu'ils fuffent fuivis de leurs penfions. [ D’autres cher- 
pparte | chérent le moyen de fortir du Japon; & de ce nombre, étoient les fept qui 
De-là il s'adreffèrent enfuite à Saris pour obtenir leur pafage. 
s. Un Apams & le Capitaine continuèrent de vivre à la Cour, avec aflez d'a- Adams fol. 
A grémens pour rendre leur condition fort heureufe, fi le repos & l'abondance licite inutile- 


H fit avoient pû leur faire oublier leur Patrie. ] Mais Adams languifloit de revoir à Lx 
Vai£ fa femme & fes enfans. Après cinq ans d’une mortelle impatience, il réfo- 
n ver Æ lut.de renouveller fes follicitations, [en y joignant la promeffe de revenir 


st avec fa famille. ] L'Empereur irrité de cette deruande lui répondit nettement 

wi É qu’il devoit avoir renoncé depuis long-tems à fa Patrie, & qu'il s’étonnoit 
Le que toutes les faveurs, dont il étoit comblé au Japon, ne lui euffent point 
| 


encore fait perdre cette penfée. Malgré des refus fi formels, quelques Hol- 
landois ayant appris que leurs Compatriotes avoient commencé à s'établir 
dans les Ports d’Âchin & de Patane, Adams prit occaficn de cette nouvelle 
pour demander encore la permiflion de partir, en promettant d'engager les 
Anglois.& les Hollandois à tourner leur commerce vers le Japon. L’'Empe- 
reur répondit qu’il fouhaitoit beaucoup de voir une liaifon bien établie entre 
fon Pays & ces deux Nations; mais qu'il fufhifoit de leur écrire, & qu’Adams 


vriers, 
rife, & 
ngloife, 
ouvra- 
benfe ne 
gmenter 
& de fe 


érables ne partiroit pas. | LR | | | 

k td 4 ENFiN défefpérant d'obtenir jamais la liberté, il fe réduifit à la demander 11 obtient 
à dans pour le Capitaine Hollandois, dans l’efpérance de donner du moins des nou- celle du Capi- 
K Prince velles de fon fort à fa famille, & d’infpirer peut-être aux Anglois, par fes taine. 


Lettres, le delir de porter leur commerce aux Ifles du Japon. L'Empereur 
ayant confenti tout-d’un-coup à fa prière, il ne fut plus queftion que de faci- 
LI] 2 liter 


le 


ADAMS. 
1602. 


Le Capitaine 
trouve à Jor 
une flotte 
Hollandoife, 
& périt dans 
un combat, 


Adams conf- 
truit un fe- 
cond Vaif- 
feau. 


1609. 


JLobtient u- 


ne Seigneurie 
de l'Empe- 


reur du Japon. 


4% VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


liter le départ du Capitaine. Tous les reftes de l'Equipage étoient difper: 
fés, & ce n'étoit pas fur le Vaifleau de Hollande qu'il falloit efpérer d'en- 
treprendre un fi long voyage. On trouva des Matelots Japonois qui avoient 
déja fait celui de Patane, & qui s'offrirent à le recommencer fur un Jonc de 
leur Pays. Le Capitaine accoutumé à leurs ufages, ne fit pas difficulté de fe 
livrer aux vents fous leur conduite. I] partit avec des Lettres d'Adams, & 
leur navigation fut heureufe. Mais n'ayant pas trouvé les Bätimens Hollan- 
dois à Patane, ils affèrent toute l'année à les attendre inutilement. De- 
là ils fe rendirent à be. où non-feulement ils eurent le bonheur de ren- 
contrer une Flotte Hollandoife de neuf Vaifleaux, fous le commandement 
de l’Amiral Matalcefe; mais un des Capitaines étant mort à leur arrivée, 
fon employ fut donné à celui que la fortune fembloit avoir amené pour le 
remplir. Mais peu de jours après, il fut tué près de Malaca , dans un 
combat contre les Portugais. Adäms ne recevant pas de fes nouvelles, & 
doutant que fes Lettres püflent être rendues fidellement, écrivit par d'au- 
tres Joncs Japonois; voye moins füre encore, & dont l'incertitude lui fit 
prendre le parti de recourir à l'étrange expédient que j'ai rapporté dans l'In- 
troduétion. 

Le Vaiffeau qu'il avoit fait pour l'Empereur ayant été mis à l’effai dans 
deux voyages confécutifs, il reçut ordre d'en faire un plus grand fur le mé- 
me modéle. Cette feconde entreprife ne lui réufñfit pas moins heureufe- 
ment. Le nouveau Bâtiment qu'il conftruifit étoit dé cent-vingt tonneaux. 
il l’éprouva lui-même, en faifant le voyage de Méaco à Eddo,. & l'Empe- 
reur fut extrémement fatisfait de fon ouvrage. En 1609, ce Prince le prêta 
au Gouverneur des Manilles, qui ne fit pas difficulté d'y mettre quatrevinge 
hommes pour les envoyer à Acapulco, & qui pria l'Empereur de lui en ac-- 
corder la propriété au retour de ce voyage, en lui offrant la valeur en mar- 
chandifes & en argent. Il l’obtint, comme une marque particulière de confi-. 
dération; & dans le tems que l’Auteur écrivoit la Lettre dont on recueille ici 
les circonftances, les Efpagnols fe fervoient encore de ce Bâtiment aux Ma- 


nilles. 


[Dans ce tems-là, un grand Vaiffeau nommé le St. Francifco, d'environ kÿ= 


mille tonneaux, fit naufrage fur les Côtes du Japon, à la latitude de trente-. 
cinq degrés, cinquante minutes. Après avoir perdu fon grand mat, il avoit 
été obligé de porter fur le Japon; mais pendant la nuit, ayant donné contre 
le rivage plûtôt qu’on ne s’y attendoit, il fe brifa, & de 486 hommes, dont 
fon équipage étoit compofé, il y en eut 136 de noyés. Le Gouverneur de 
Manille, étoit fur ce Vaifleau & retournoit comme paflager à la Nouvelle 
Efpagne.] 

CE fut dans la même année, que l'Empereur revêtit Adams d’une Seigneu- 
ne confidérable, qui lui affüujetifloit plus de quatrevingt Fermes, avec des 
droits & des honneurs dont il n'y avoit pas d'éxempie en faveur d’un Etran- 


ger. [Il paroît furprenant que Saris & Cocks n’en ayent rien rapporté dansH 


leurs Journaux. Mais ils y parlent du moins de cet heureux Pilote, avec une 
diftinétion extraordinaire ; & la reconnoiffance dont ils font profeilion pour 
fes fervices, ne laifle pas douter du pouvoir qu’il avoit eu de les rendre. Pour 


Jui, qui n’avoit aucun intérêt dans fa Letre , à groflir fes avantages , aux dé- 
pens 


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pens 


INDES ORIENTALES, Liv. IV. Ctur. VIIL 453 


pens de la vérité, puifque le bonheur de fa fituation ne l'empêchoit pas d'en 
gémir, il confeffe que fans les juftes raifons qui portoient la tendrefle de fon 
cœur vers l'Angleterre , il y auroit eu peu d'hommes au monde qui euflent 
dû fe louër autant que lui de la fortune. Il avoit des Terres, de l'Argent , des 
Efclaves; & ce qui le flattoit encore plus, il jouifloit d’une faveur fi conf- 
tante à la Cour Impériale, que les Seigneurs mêmes du Japon avoient quel- 
quefois recours à fon crédit. En parlant fi fouvenc de l'Empereur & de fes 
bontés , il a négligé de nous apprendre le nom de ce Prince; mais il femble 
que ce ne pouvoit être que Tico-Sama, puifqu'à l'arrivée de Saris l'ufurpa- 
teur Ogoxama étoit depuis peu fur le Trône, & venoit de s'y établir folide- 
ment, en faifant épouler fa fille au jeune Prince fils de fon prédeceffeur. Il 
en faut conclure qu Adams ayant eu le crédit de fervir Saris à la Cour d'O- 
goxama, il n'avoit rien perdu de fa confidération après la mort de fon pre- 
mier bienfaiéteur. 

IL s'étend peu fur les propriétés du Pays, quoiqu'il dût les connoître, après 


y avoir demeuré fi pe se L'Ifle du Japon, dit-il, eft fort grande ; [ mais 


il femble, à ce langage, qu'il n'ait pas fçû qu'on en compte plufieurs.] La 
partie du Nord, ajoûte-t-1l eft au 482, degré de latitude ; & la partie la plus 
Méridionale, au trente-cinquième. Il remarque que l'Ifle eft prefque quar- 
rée, Sa longueur (k) Nord & Oueft quart au Sud (car telle eft fa pofition) 
n’a pas moins de deux cent vingt lieuës Angloifes; & fa largeur, du Sud 
au Nord, contient treize degrés, qui en les comptant à vingt lieuës, font 
deux cent foixante lieuës. Les Habitans, fuivant fon témoignage ,. font 
d'un excellent naturel, généreux , polis, vaillans à laguerre. La juftice s'é- 
xerce au Japon avec autant d'intégrité qe de rigueur.- La politique y eft fon- 
dée fur les plus judicieufes maximes. Adams ne croit pas qu'il y ait au mon- 
de de Pays mieux gouverné. Mais la fuperftition y combat la prudence; &t 
fous les influences d’une prodigieufe mulcitude de Prêtres ,. quifont divifésen 


æpluficurs feétes, [mais qui fe reffemblent tous par la malignité & l'emporte- 


ment, il eft impoïifible que la fageffe des Confeils ne foit pas troublée fouvent 


X#par l'artifice ou la violence.] [Il y a dans cette Ifle plufieurs Jéfuices , & plu- 


fieurs Moines de l'Ordre de Saint-François: ils ont fait un grand nombre de 
Profélytes; & ont plufieurs Eglifes.] 

Les premiers Vaiffeaux Hollandois qu’Adams vit arriver au Japon, entrè- 
rent dans la Rade de l'irando en 1609, après avoir attendu inutilement fur 
les Côtes de la Chine le Vaiffeau Portugais de Macao. Ils étoient deux. Les 
Capitaines fe rendirent à la Cour Impériale, où ils furent reçus avec beau- 
coup de careffes. Adams n’épargna rien pour leur faire obtenir la permiflion 
qu'ils demandèrent à l'Empereur, d'envoyer tous les ans un ou deux Vaif- 
feaux dans fes Ports; & {i le Gouvernement la fit attendre pendant quelques 
femaines , ce fut dans l’unique vûe de la faire defirer avec plus d’ardeur. 
Cependant les Hollandois n'envoyèrent pas de Vaiffeaux en 1610, mais l’an- 
née d'après il en arriva un, chargé de draps, de plomb, de dents d’Elé- 
phans, de damas, de taffetas blancs, de foye crue, de poivre & d’autres 
commodités. Les Marchands firent des excufes de n'être pas venus l’année 
précédente, & furent extrêmement careffés. Adams obferve qu’il n’eft pas 

befoin 
Q7CR) Ef quart au Sud. 
Lila 


ADaAMs, 


1609. 


Ses Remar- 


ques fur le Ja- 


pon. 


Origine du 


commerce des 
Hollandois au 


Japon. 


ne 7 “2 


454 VOYAGES DES ANGLOIS AUX 


Anams. befoin d'apporter, de l'Europe , de l'argent & de l'or au Japon: parce qu'a. 
1609. vec des Marchandifes on y en trouve aflez pour le befoin qu'on en a dans 
Marchandi- d'autres Pays. 11 ajoûte que les marchandifes dont on y tire le plus d'avanta- 
mt ge, font la foye crue , les damas, les taffetas noirs, les beaux draps, noirs & 
mieux. rouges, le plomb & les autres commodités d'ufage. A la vûe des Vaifleaux 
Hollandois, fon efpérance étoit toûjours de trouver l'occafon de partir avec 
eux. ques l'Empereur , qui fe défioit de fes intentions, ne manquoit point% 
alors de l’attacher plus particulièrement à fa Cour par diverfes commiffions 
qui l’approchoient de fa perfonne. Cette contrainte ne dura vrai-femblable. 
ment que jufqu’au régne y grnes » puifqu'on ne voit pas dans le journal 
de Saris, qu’on lui ait refufé la permiflion de fe rendre à Firando, fur les 
premières nouvelles qu'il reçut de l'arrivée des hp. aus Il paroît même in- 
Remarques croyable , qu'après tant de foupirs poullés vers l'Angleterre, après des impa- 
fur le fort d'A tiences fi vives de revoir fa femme & fes deux enfans, la penfée de i 
4 I : », Rp partir 
l'ait comme abandonné au moment qu’il en avoit le pouvoir. Mais tous les 
détails qu'on vient de lire étant tirés de fes Lettres, qui avoient précédé l’ar- 
rivée de Saris, & qui avoient même été le motif de fon voyage, on ignore 
ce qui put le retenir encore; fur-tout lorfque dans la relation de Cocks, on 
lui voit entreprendre le voyage de Siam avec une liberté à laquelle on n'ap- 
porte aucun obftacle, & qu’on le voit retourner enfüuite au Comptoir An- 
lois & dans fa Terre , aufli librement qu'il en étoit forti. Peut-être l’ardeur 
e fervir fa Nation, dans l’origine de cet établiffement, l’emporta-t-elle fur 
la tendrefle conjugale & fur l'affeétion paternelle. ] 


LATITUDES. 


Ifle de Sainte-Marie dans Ifle Mocha............…… 38 
la Mer du Sud... 37 12S. Cap Nord du Japon... 35 


Fin du Livre Quatriéme éÿ de la Seconde Partie. 


méma 
Car, 
man 


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Le 
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oirs & 
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l'ardeur 
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38 00 
35 3° 


T À B LE 


DES CHAPITRES ET PARAGRAPHES 
CONTENUS DANS CE VOLUME. 


LETTRE de M. nr dre de la Marne à M. l'Abbé 
PREVOST, - - - - se + - - + Page ij 


LIVRE ÏIIL 


Premiers Voyages des Anglois aux Indes Orientales, entrepris par une 


Compagnie de Marchands. 
HAPITRE Î. Pryage du Capitaine James Lan.  ling, à Bantam €? à Banda a: 
Cr caler, en 1601, - - Pag. 1. Cnar. V. Poya age du Capitaine David à M dateton 


Cuae. il. Voyage du Capitaine Middietun en 1604, à Bantam E$ aux Moluques, en 1607, + 136. 
au nom de la Compagnie des IndesOrientales, 28. Cuar. VI. Voyage du Qu taine Aléxondre cr 
Parag. 1. Voyage du Capitaine Colsburf} de Ban-  pey, en 1608, - - 


tam à Banda, - 33 Car. VII. Autres cireomflances du mms Fou 
ans: li. Supplément aux deux Relations “précé. ge par Thomas ones, - 166. 
lentes, - Ciav. VI. Po . 
Cuar. jet page du * Chevalier Edouard Mob. nd dans a. = Av Capiraine 8 Roues à Pris 
burne antam, en 1605 Cuir, dt Oupitai 
Cuar. IV. Voyage du Cabraine William F4 à Fava g à à Bande , ” 160 Dovid ddr 


LIVRE IP. 


Premiers Voyages des Anglois aux Indes Orientales, entrepris par une 
Compagnie de Marchands. 


Cane 1. Voyage de Sir Henri Middieton, Cnar. V. Voyage du Capitaine Fobn Saris à la 
Cie Rou si àSurate, en 1610, Pag. 198. Mer Rouge, aux Moliques d au Jopon, en 
Fournal de Nicolas Dounton, Capitaine du Pep- 1611, - - . 334: 
gros dans la Flotte de Sir Henri ar Char. ŸL Divers événemens amivés à Bantam 


en 245. dans d'autres Parties des Indes Oriental 
Car. IL. Woyage d’ Antoine Hippon à le Cüte de né le mois d'Oltobre 1605, juju au nes 


Coromandel , à Bantam € à Siam en 1611, 300. mois 1609, - i 
Cuar. III. ourhal de Peter Williamfon Floris, : Char. VII. Relation de ce qui fe ga dons PI Pie } 

premier Faëteur du Coptoie Hippon _ ; de Firando pendant 2 Po38e 4 ris à la se 

méme Voyage, - - de’ NÉ + du = + 416 
Cuar. IV. Voyage de Samuel Ca/hleton à Pria- CHar. VII. Pryage Faure de William A. 

man, 6m 1612, - - - + - + - ‘3206  dams, Pilote Hollandois, aux Ifles du Fapon. 442. 


FIN DE LA TABLE DES CHaPriTRES Du I. Vorumz. 


De L'Imprituerie de Pierre Vos, à la Haye. 


” En , è L 1 


AVIS AU RELIEUR 
POUR PLACER LES FIGURES 
DUSECOND VOLUME, 


ARTE de toutes les Ifles connues fur la Côte’ de Zanguébar & de Ma- 


dagafcar, que l'on trouve dans la route de l'Inde, - - - . Pag. 2) 
Circoncifion du Roi de Bantam. - - - - + + - - . . . . (65. 
Baye de Sierra Leona & - .- . = 
Vüe de l’Entrée de la Baye de Sierra Leons. . 9 :.% SA 
Vüûe des Montagnes , nommées Sierra Leona - - 

Maifons de Sierra Leona. - - - - - - - - COURENT TE 


Jeune Crocodile, deffiné vivant à Londres au mois d'Oétobre 1739. -  95./ 
SE à 
D Carte de la Côte Orientale d'Afrique depuis le XIII. degré de Latitude Mé- 
rid, jufqu'an XVIe. de Laltude Septentr. - - - . D» “+ 
Vüe du Cap-Verd. - 5 
Autre Vûüe du Cap- -Verd dans l'éloignement. - RS 


Vüûe du Cap de Bonne-Efpérance, - - - - - - - - - . . - 9248. 
Carte du Golphe de Bengale. - - - + - - - . - . . - . 300.. 


Carte des Ifles de Java, Sumatra, Bornéo, &c. Les détroits de la Sonde, Ma- 
laca, & Banca, Golphe de Siam, &c. - - - - - - - - - II 


Vüûe du Cap-Verd à trois lieuës en mer au Sud-Sud-Oueft. 


Vûe du Cap-Verd à trois lieuës en mer au Sud-Sud-Et. re + er 
Feitin du Gouverneur de Mocka. + - - - - - - + - - . . 947. 
Carte des Ifles Philippines , Célèbes, & Moluques. - : - ot 3 20. 


Carte des Ifles du Japon, & la Prefqu’Ifle de Corée, avec Î0s Côtes de Ja Chi- 


ne, depuis Pékin jufqu'! à Canton. - - - - - - 972. ( 
Supplices du Japon. - - - - - - - - - - - - . . . - 378. 
Marche Militaire du Japon. - - - + - - + + - - 382. 


Carte des Côtes de Cochinchine, Tunquin, & partie de celles de la Chine. 394. 
Ein de la Seconde Partie.